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Pokémon Park !

Posté à 12h11 le 20/11/20

Malcolm



Peu avant minuit, il monta dans l'avion à l'aéroport de Ville Noire. C'était un homme de trente-cinq ans, grand et mince, les cheveux noirs ébouriffés, tout de noir vêtu : chemise, pantalon, chaussettes, chaussures de sport, tout était noir. Même son Pokémon, un Cornébre perché à son épaule, était noir.
- Ah, docteur Malcolm ! lança Hammond avec une jovialité forcée.
- Bonjour, John, répondit Malcolm avec un sourire. Eh oui, je craint que votre persécuteur ne soit de retour !
Il serra la main de tout le monde en se présentant rapidement.
- Ian Malcolm, comment allez vous ? Je fait des math.
Il donna l'impression à Grant d'être plus amusé qu'autre chose par cette expédition. Le paléontologiste le connaissait déjà de nom. Ian Malcolm était l'un des plus célèbres mathématiciens de la nouvelle génération pour qui il était important de savoir "comment fonctionne véritablement le monde". Ces scientifiques rompaient avec le cloisonnement traditionnel des mathématiques sur plusieurs points d'importances. D'abord, ils faisaient une utilisation systématique de l'ordinateur, une pratique qui faisait tiquer les tenants de la tradition. Ensuite, ils travaillaient presque exclusivement sur des équations non linéaires, dans la spécialité naissante baptisée "théorie du chaos". Ils semblaient également tenir à ce que les mathématiques décrivent quelque chose existant réellement. Pour finir, comme s'ils voulaient marquer la rupture avec l'univers clos de l'Université et leur entrée dans le monde, ils s'habillaient et s'exprimaient avec ce qu'un de leur confrères blanchis sous le harnois qualifiaient de "déplorable excès de personnalité". En fait, ils se conduisaient le plus souvent comme des stars du rock.
Malcolm prit place dans un fauteuil capitonné et l'hôtesse s'avança pour savoir s'il désirait boire quelque chose.
- Un Soda Cool. Et un Jus de Baies pour Cornébre.
Des bouffées d'air moites entraient par la porte ouverte.
- Ne fait-il pas un peu trop chaud pour s'habiller en noir ? demanda Ellie.
- Vous êtes vraiment ravissante, docteur Sattler, fit Malcolm, et je pourrait admirer vos jambes durant une journée entière. Mais vous vous trompez, le noir est une couleur parfaitement adaptée à la chaleur. Souvenez vous du corps noir : il absorbe toutes les radiations qu'il reçoit. Quoi qu'il en soit, je ne choisit des vêtements que de deux couleurs : le noir et le gris.
Ellie le regarda, bouche bée.
- Ces couleurs conviennent à toutes les circonstances, poursuivit le mathématicien. De plus, elles s'harmonisent et, s'ils m'arrivaient par erreur de mettre des chaussettes grises avec un pantalon noir, ce ne serait pas gênant.
- Mais ne trouvez vous pas ennuyeux de toujours porter les deux même couleurs ?
- Pas le moins du monde. Je trouve au contraire que c'est une libération. J'attache du prix à ma vie et je ne veux pas la gaspiller en pensant au vêtements. Je ne veux pas me demander le matin comment je vais m'habiller. Sincèrement, peut-on imaginer quelque chose de plus barbant que la mode ? Le sport professionnel, peut-être... Des adultes qui lancent un ballon ou tapent dans une petite balle pendant que le reste du monde paie pour aller les applaudir. Mais, tout compte fait, je trouve la mode encore plus ennuyeuse que le sport.
- Le Dr.Malcolm, crut bon de glisser Hammond, est un homme aux opinions tranchées.
- Et il travaille du chapeau, ajouta gaiement Malcolm. Mais vous devez reconnaitre que ce ne sont pas des questions triviales. Le convenu est partout dans le monde ou nous vivons... Il est convenu de se conduire de telle manière, de s'intéresser à telle chose. N'est pas stupéfiant ? Dans la société de l'information, personne ne pense. Nous avons cru éliminer le papier, mais c'est la réflexion que nous avons bannie.
- C'est vous qui l'avez invité, dit Hammond en se tournant vers Gennaro et en levant les mains en signe d'impuissance.
- Heureusement, répliqua Malcolm. Car il semble que vous ayez un grave problème.
- Nous n'avons aucun problème, riposta vivement Hammond.
- J'ai toujours affirmé que cette ile serait inexploitable, dit Malcolm. Je l'ai prédit dès le commencement. Et je suis sûr, ajouta-t-il en fouillant dans sa serviette en cuir, que tout le monde sait maintenant à quoi s'en tenir : vous allez être obligé de fermer.
- De fermer ! s'écria Hammond en bondissant de son siège, rouge de colère. C'est ridicule, oiseau de malheur !
- J'ai apporté des copies de mon premier rapport, poursuivit imperturbablement le mathématicien. Ce que vous allez lire est le rapport que j'ai rédigé pour InGen au titre de consultant. Les math sont assez compliqués, mais je pourrai vous aider à vous y retrouver. Vous nous quittez ? ajouta-t-il en voyant Hammond s'éloigner.
- J'ai des coups de téléphone à donner, siffla Hammond en se dirigeant vers la cabine contiguë.
- Le voyage sera long, reprit Malcolm à l'intention des autres. Cela vous fera un peu de lecture.

Grant savait que Ian Malcolm ne manquait pas de détracteurs et il comprenait pourquoi d'aucuns trouvaient son style trop corrosif et ses applications de la théorie du chaos parfois tirées par les cheveux. Le paléontologiste feuilleta le rapport sans s'attarder sur les équations.
- La conclusion de votre rapport est que le projet de Hammond est voué à l'échec, dit Gennaro.
- Exact.
- A cause de la théorie du chaos ?
- Encore exact. Ou plutôt, pour être plus précis, à cause du comportement du système dans l'espace des phases.
- Pouvez vous expliquer cela d'une manière compréhensible ? demanda Gennaro en posant le rapport.
- Bien sûr, répondit Malcolm. Voyons par où nous allons commencer. Savez vous ce qu'est une équation non linéaire ?
- Non.
- Bon, fit le mathématicien. Reprenons par le commencement.
Il réfléchit quelques instants, les yeux levés au plafond.
- La physique a parfaitement réussi à décrire certaines sortes de comportements : planètes en orbite, vaisseau spatial se dirigeant vers la lune, pendules, ressorts et roulement d'une balle, ce genre de chose. Le mouvement régulier d'objets. Pour les décrire, on utilise ce qu'on appelle des équations linéaires, faciles à résoudre pour des mathématiciens. Nous connaissons cela depuis plusieurs siècles.
- D'accord, dit Gennaro.
Mais il y a une autre sorte de comportement que la physique traite d'une manière beaucoup moins satisfaisante. Par exemple, tout ce qui se rapporte aux turbulences. Le jaillissement de l'eau, l'air glissant sur l'aile d'un avion, les conditions météorologiques, la circulation du sang à l'intérieur du cœur. Les turbulences sont décrites par des équations non linéaires, difficiles à résoudre... En fait, elles sont le plus souvent impossible à résoudre. Voilà donc toute une catégorie de phénomènes que la physique n'a jamais permis de bien comprendre. Jusqu'à il y a une dizaine d'années. La nouvelle théorie qui les décrit à reçu le nom de théorie du chaos. Son origine remonte aux années soixante, lorsqu'on a essayé, à l'aide d'ordinateurs, de créer des modèles des phénomènes atmosphériques. La météorologie est un système vaste et complexe, à savoir l'étude de l'atmosphère de notre planète en interaction avec la Terre et le Soleil. Le fonctionnement de ce système est si complexe qu'il a toujours défié l'entendement. Il nous était donc impossible de prévoir le temps qu'il allait faire. Mais, d'après les modèles fournis par leurs ordinateurs, les premiers chercheurs ont découverts que, même si l'on parvenait à comprendre les phénomènes atmosphériques, on ne pouvait rien prévoir. Toute prévision météorologique est absolument impossible. La raison en est que le comportement du système dépend notablement des conditions initiales.
- Je ne vous suit plus, fit Gennaro.
- Si j'utilise un canon pour lancer un obus d'un certain poids, à une certaine vitesse et à un certain angle d'inclinaison... et si je tire ensuite un deuxième obus avec à peu près le même poids, la même vitesse et le même angle, que se passera-t-il ?
- Les deux obus vont tomber à peu près au même endroit.
- Exact. C'est de la dynamique linéaire.
- D'accord.
- Mais si je prends maintenant un système atmosphérique avec une certaine température, une certaine vitesse du vent et une certaine humidité, puis un autre avec des données très voisine, le second système n'évoluera pas d'une manière voisine au premier. Son comportement s'en écartera et il deviendra rapidement très différent. Il y aura des orages à la place du soleil. C'est une dynamique non linéaire. Elle est sensible aux conditions initiales : des différences infimes ne feront que s'amplifier.
- Je crois avoir compris, murmura Gennaro.
- C'est ce que l'on appelle l'"effet Papilord". Si un papillon bat des ailes à Doublonville, le temps sera différent à Volucité.
- D'après la théorie du chaos, tout est donc le fait du hasard et impossible à prévoir ? demanda Gennaro. C'est bien cela ?
- Non, répliqua Malcolm. En réalité, nous trouvons certains phénomènes cachés qui se reproduisent régulièrement dans l'infinie variété de comportements d'un système complexe. C'est pourquoi la théorie du chaos a maintenant des applications très vastes et est utilisée pour étudier aussi bien les marchés financiers qu'une émeute ou les ondes cérébrales durant une crise d'épilepsie. Dans tout les systèmes complexes où il y a confusion et imprévisibilité, nous pouvons trouver un ordre sous-jacent. Vous me suivez ?
- Oui, répondit Gennaro. Et quel est cet ordre sous-jacent ?
- Il est essentiellement caractérisé par le mouvement du système à l'intérieur de l'espace des phases.
- Seigneur ! soupira l'avocat. Tout ce que je veux savoir, c'est pourquoi vous pensez que l'entreprise de Hammond ne réussira pas.
- Je comprends, fit Malcolm, et je vais y arriver. La théorie du chaos affirme de choses. D'abord qu'il y a un ordre sous-jacent dans les systèmes complexes tels que la météorologie ; ensuite, l'inverse, à savoir que des systèmes simples peuvent engendrer un comportement complexe. Prenons l'exemple de la boule de billard. Quand on frappe une boule de billard, elle commence à rebondir sur les bandes du billard. En théorie, c'est un système relativement simple, presque newtonien. Sachant que l'on peut déterminer la force transmise à la boule et sa masse, il est possible de calculer selon quel angle elle touchera la bande et donc de prévoir sa trajectoire. Nous sommes théoriquement en mesure de prévoir cette trajectoire pendant un laps de temps très long, tandis que la balle continue de rebondir sur les bandes. On peut prévoir où elle s'arrêtera au bout de trois heures... toujours en théorie.
- D'accord, fit Gennaro en hochant lentement la tête.
- Mais, en réalité, il apparait que l'on ne peut prévoir le mouvement de la boule pendant plus de quelques secondes. Presque aussitôt après l'impact, des détails infimes - imperfections de la surface de la boule, minuscules aspérités sur le rebord ou le tapis - modifient la trajectoire et il ne faut pas longtemps pour que les calculs les plus minutieux soient faussés. C'est ainsi que l'on découvre que le système simple d'une boule roulant sur une table de billard a un comportement imprévisible.
- D'accord.
- Le projet de Hammond, reprit le mathématicien, est en apparence un autre système simple - des Pokémon à l'intérieur d'un parc zoologique - qui finira par montrer un comportement imprévisible.
- Ce qui vous permet de dire cela, c'est...
- La théorie du chaos, acheva Malcolm.
- Mais ne pensez vous pas qu'il vaudrait mieux voir l'ile afin de savoir ce qui s'y passe réellement ?
- Non, c'est tout à fait superflu. Les détails n'ont aucune importance. La théorie m'assure que la situation de l'île va bientôt évoluer d'une manière imprévisible.
- Et vous faites confiance à votre théorie ?
- Sans restriction, répondit le Mathématicien en s'enfonçant dans son siège. Il y a un problème dans cette ile. Un accident va se produire.

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