Forum Fanfiction

Pokémon Park !

Posté à 12h11 le 20/11/20

Malcolm



Peu avant minuit, il monta dans l'avion à l'aéroport de Ville Noire. C'était un homme de trente-cinq ans, grand et mince, les cheveux noirs ébouriffés, tout de noir vêtu : chemise, pantalon, chaussettes, chaussures de sport, tout était noir. Même son Pokémon, un Cornébre perché à son épaule, était noir.
- Ah, docteur Malcolm ! lança Hammond avec une jovialité forcée.
- Bonjour, John, répondit Malcolm avec un sourire. Eh oui, je craint que votre persécuteur ne soit de retour !
Il serra la main de tout le monde en se présentant rapidement.
- Ian Malcolm, comment allez vous ? Je fait des math.
Il donna l'impression à Grant d'être plus amusé qu'autre chose par cette expédition. Le paléontologiste le connaissait déjà de nom. Ian Malcolm était l'un des plus célèbres mathématiciens de la nouvelle génération pour qui il était important de savoir "comment fonctionne véritablement le monde". Ces scientifiques rompaient avec le cloisonnement traditionnel des mathématiques sur plusieurs points d'importances. D'abord, ils faisaient une utilisation systématique de l'ordinateur, une pratique qui faisait tiquer les tenants de la tradition. Ensuite, ils travaillaient presque exclusivement sur des équations non linéaires, dans la spécialité naissante baptisée "théorie du chaos". Ils semblaient également tenir à ce que les mathématiques décrivent quelque chose existant réellement. Pour finir, comme s'ils voulaient marquer la rupture avec l'univers clos de l'Université et leur entrée dans le monde, ils s'habillaient et s'exprimaient avec ce qu'un de leur confrères blanchis sous le harnois qualifiaient de "déplorable excès de personnalité". En fait, ils se conduisaient le plus souvent comme des stars du rock.
Malcolm prit place dans un fauteuil capitonné et l'hôtesse s'avança pour savoir s'il désirait boire quelque chose.
- Un Soda Cool. Et un Jus de Baies pour Cornébre.
Des bouffées d'air moites entraient par la porte ouverte.
- Ne fait-il pas un peu trop chaud pour s'habiller en noir ? demanda Ellie.
- Vous êtes vraiment ravissante, docteur Sattler, fit Malcolm, et je pourrait admirer vos jambes durant une journée entière. Mais vous vous trompez, le noir est une couleur parfaitement adaptée à la chaleur. Souvenez vous du corps noir : il absorbe toutes les radiations qu'il reçoit. Quoi qu'il en soit, je ne choisit des vêtements que de deux couleurs : le noir et le gris.
Ellie le regarda, bouche bée.
- Ces couleurs conviennent à toutes les circonstances, poursuivit le mathématicien. De plus, elles s'harmonisent et, s'ils m'arrivaient par erreur de mettre des chaussettes grises avec un pantalon noir, ce ne serait pas gênant.
- Mais ne trouvez vous pas ennuyeux de toujours porter les deux même couleurs ?
- Pas le moins du monde. Je trouve au contraire que c'est une libération. J'attache du prix à ma vie et je ne veux pas la gaspiller en pensant au vêtements. Je ne veux pas me demander le matin comment je vais m'habiller. Sincèrement, peut-on imaginer quelque chose de plus barbant que la mode ? Le sport professionnel, peut-être... Des adultes qui lancent un ballon ou tapent dans une petite balle pendant que le reste du monde paie pour aller les applaudir. Mais, tout compte fait, je trouve la mode encore plus ennuyeuse que le sport.
- Le Dr.Malcolm, crut bon de glisser Hammond, est un homme aux opinions tranchées.
- Et il travaille du chapeau, ajouta gaiement Malcolm. Mais vous devez reconnaitre que ce ne sont pas des questions triviales. Le convenu est partout dans le monde ou nous vivons... Il est convenu de se conduire de telle manière, de s'intéresser à telle chose. N'est pas stupéfiant ? Dans la société de l'information, personne ne pense. Nous avons cru éliminer le papier, mais c'est la réflexion que nous avons bannie.
- C'est vous qui l'avez invité, dit Hammond en se tournant vers Gennaro et en levant les mains en signe d'impuissance.
- Heureusement, répliqua Malcolm. Car il semble que vous ayez un grave problème.
- Nous n'avons aucun problème, riposta vivement Hammond.
- J'ai toujours affirmé que cette ile serait inexploitable, dit Malcolm. Je l'ai prédit dès le commencement. Et je suis sûr, ajouta-t-il en fouillant dans sa serviette en cuir, que tout le monde sait maintenant à quoi s'en tenir : vous allez être obligé de fermer.
- De fermer ! s'écria Hammond en bondissant de son siège, rouge de colère. C'est ridicule, oiseau de malheur !
- J'ai apporté des copies de mon premier rapport, poursuivit imperturbablement le mathématicien. Ce que vous allez lire est le rapport que j'ai rédigé pour InGen au titre de consultant. Les math sont assez compliqués, mais je pourrai vous aider à vous y retrouver. Vous nous quittez ? ajouta-t-il en voyant Hammond s'éloigner.
- J'ai des coups de téléphone à donner, siffla Hammond en se dirigeant vers la cabine contiguë.
- Le voyage sera long, reprit Malcolm à l'intention des autres. Cela vous fera un peu de lecture.

Grant savait que Ian Malcolm ne manquait pas de détracteurs et il comprenait pourquoi d'aucuns trouvaient son style trop corrosif et ses applications de la théorie du chaos parfois tirées par les cheveux. Le paléontologiste feuilleta le rapport sans s'attarder sur les équations.
- La conclusion de votre rapport est que le projet de Hammond est voué à l'échec, dit Gennaro.
- Exact.
- A cause de la théorie du chaos ?
- Encore exact. Ou plutôt, pour être plus précis, à cause du comportement du système dans l'espace des phases.
- Pouvez vous expliquer cela d'une manière compréhensible ? demanda Gennaro en posant le rapport.
- Bien sûr, répondit Malcolm. Voyons par où nous allons commencer. Savez vous ce qu'est une équation non linéaire ?
- Non.
- Bon, fit le mathématicien. Reprenons par le commencement.
Il réfléchit quelques instants, les yeux levés au plafond.
- La physique a parfaitement réussi à décrire certaines sortes de comportements : planètes en orbite, vaisseau spatial se dirigeant vers la lune, pendules, ressorts et roulement d'une balle, ce genre de chose. Le mouvement régulier d'objets. Pour les décrire, on utilise ce qu'on appelle des équations linéaires, faciles à résoudre pour des mathématiciens. Nous connaissons cela depuis plusieurs siècles.
- D'accord, dit Gennaro.
Mais il y a une autre sorte de comportement que la physique traite d'une manière beaucoup moins satisfaisante. Par exemple, tout ce qui se rapporte aux turbulences. Le jaillissement de l'eau, l'air glissant sur l'aile d'un avion, les conditions météorologiques, la circulation du sang à l'intérieur du cœur. Les turbulences sont décrites par des équations non linéaires, difficiles à résoudre... En fait, elles sont le plus souvent impossible à résoudre. Voilà donc toute une catégorie de phénomènes que la physique n'a jamais permis de bien comprendre. Jusqu'à il y a une dizaine d'années. La nouvelle théorie qui les décrit à reçu le nom de théorie du chaos. Son origine remonte aux années soixante, lorsqu'on a essayé, à l'aide d'ordinateurs, de créer des modèles des phénomènes atmosphériques. La météorologie est un système vaste et complexe, à savoir l'étude de l'atmosphère de notre planète en interaction avec la Terre et le Soleil. Le fonctionnement de ce système est si complexe qu'il a toujours défié l'entendement. Il nous était donc impossible de prévoir le temps qu'il allait faire. Mais, d'après les modèles fournis par leurs ordinateurs, les premiers chercheurs ont découverts que, même si l'on parvenait à comprendre les phénomènes atmosphériques, on ne pouvait rien prévoir. Toute prévision météorologique est absolument impossible. La raison en est que le comportement du système dépend notablement des conditions initiales.
- Je ne vous suit plus, fit Gennaro.
- Si j'utilise un canon pour lancer un obus d'un certain poids, à une certaine vitesse et à un certain angle d'inclinaison... et si je tire ensuite un deuxième obus avec à peu près le même poids, la même vitesse et le même angle, que se passera-t-il ?
- Les deux obus vont tomber à peu près au même endroit.
- Exact. C'est de la dynamique linéaire.
- D'accord.
- Mais si je prends maintenant un système atmosphérique avec une certaine température, une certaine vitesse du vent et une certaine humidité, puis un autre avec des données très voisine, le second système n'évoluera pas d'une manière voisine au premier. Son comportement s'en écartera et il deviendra rapidement très différent. Il y aura des orages à la place du soleil. C'est une dynamique non linéaire. Elle est sensible aux conditions initiales : des différences infimes ne feront que s'amplifier.
- Je crois avoir compris, murmura Gennaro.
- C'est ce que l'on appelle l'"effet Papilord". Si un papillon bat des ailes à Doublonville, le temps sera différent à Volucité.
- D'après la théorie du chaos, tout est donc le fait du hasard et impossible à prévoir ? demanda Gennaro. C'est bien cela ?
- Non, répliqua Malcolm. En réalité, nous trouvons certains phénomènes cachés qui se reproduisent régulièrement dans l'infinie variété de comportements d'un système complexe. C'est pourquoi la théorie du chaos a maintenant des applications très vastes et est utilisée pour étudier aussi bien les marchés financiers qu'une émeute ou les ondes cérébrales durant une crise d'épilepsie. Dans tout les systèmes complexes où il y a confusion et imprévisibilité, nous pouvons trouver un ordre sous-jacent. Vous me suivez ?
- Oui, répondit Gennaro. Et quel est cet ordre sous-jacent ?
- Il est essentiellement caractérisé par le mouvement du système à l'intérieur de l'espace des phases.
- Seigneur ! soupira l'avocat. Tout ce que je veux savoir, c'est pourquoi vous pensez que l'entreprise de Hammond ne réussira pas.
- Je comprends, fit Malcolm, et je vais y arriver. La théorie du chaos affirme de choses. D'abord qu'il y a un ordre sous-jacent dans les systèmes complexes tels que la météorologie ; ensuite, l'inverse, à savoir que des systèmes simples peuvent engendrer un comportement complexe. Prenons l'exemple de la boule de billard. Quand on frappe une boule de billard, elle commence à rebondir sur les bandes du billard. En théorie, c'est un système relativement simple, presque newtonien. Sachant que l'on peut déterminer la force transmise à la boule et sa masse, il est possible de calculer selon quel angle elle touchera la bande et donc de prévoir sa trajectoire. Nous sommes théoriquement en mesure de prévoir cette trajectoire pendant un laps de temps très long, tandis que la balle continue de rebondir sur les bandes. On peut prévoir où elle s'arrêtera au bout de trois heures... toujours en théorie.
- D'accord, fit Gennaro en hochant lentement la tête.
- Mais, en réalité, il apparait que l'on ne peut prévoir le mouvement de la boule pendant plus de quelques secondes. Presque aussitôt après l'impact, des détails infimes - imperfections de la surface de la boule, minuscules aspérités sur le rebord ou le tapis - modifient la trajectoire et il ne faut pas longtemps pour que les calculs les plus minutieux soient faussés. C'est ainsi que l'on découvre que le système simple d'une boule roulant sur une table de billard a un comportement imprévisible.
- D'accord.
- Le projet de Hammond, reprit le mathématicien, est en apparence un autre système simple - des Pokémon à l'intérieur d'un parc zoologique - qui finira par montrer un comportement imprévisible.
- Ce qui vous permet de dire cela, c'est...
- La théorie du chaos, acheva Malcolm.
- Mais ne pensez vous pas qu'il vaudrait mieux voir l'ile afin de savoir ce qui s'y passe réellement ?
- Non, c'est tout à fait superflu. Les détails n'ont aucune importance. La théorie m'assure que la situation de l'île va bientôt évoluer d'une manière imprévisible.
- Et vous faites confiance à votre théorie ?
- Sans restriction, répondit le Mathématicien en s'enfonçant dans son siège. Il y a un problème dans cette ile. Un accident va se produire.

Posté à 14h15 le 04/01/21

Isla Nublar



Dans un hurlement de rotors, l'appareil décolla et ses pales projetèrent leur ombre sur la piste de l'aéroport d'Ekaeka. Grant perçut des grésillements dans son casque tandis que le pilote dialoguait avec la tour de contrôle.
Ils avaient pris un nouveau passager à Ekaeka, un certain Dennis Nedry, arrivé en avion. C'était un homme adipeux et débraillé qui grignotait une baie Oran. Il avait des traces bleues sur les doigts et des bouts d'écorces sur le devant de sa chemise. Nedry avait marmonné quelque chose à propos des ordinateurs de l'île et s'était assis sans serrer la main à quiconque. Son Porygon-Z s'était au contraire montré très courtois et avait tenté de saluer chacun avant que Nedry le rappelle.
A travers la vitre de plexiglas, Grant regarda la piste se dérouler sous l'appareil et l'ombre de l'hélicoptère prendre de la vitesse en faisant route vers le sud, vers la mer.
- Nous en avons pour trois quarts d'heures, annonça Hammond, assis à l'arrière.
Quinze minutes plus tard, l'hélicoptère survolait Poni. Grant observa les canyons qui se rapprochaient en se disant qu'ils devaient être remplis de fossiles, puis l'hélicoptère traversa une zone nuageuse avant de déboucher de nouveau en plein soleil. Il contempla le relief tourmenté des falaises et s'étonna de l'ampleur du déboisement tandis que l'appareil survolait les pentes dénudées.
- Poni exerce un contrôle plus strict que les autres villes d'Alola, reprit Hammond, mais la déforestation est importante. Le phénomène s'est accéléré ces dix dernières années.
Quand ils sortirent d'une autre couche de nuages, ils étaient de l'autre coté des montagnes et Grant distingua les plages de sable de la côte Pacifique. Puis l'hélicoptère survola un petit village.
- Le Village Flottant, annonça le pilote. Un village de pêcheurs. Un peu plus haut sur la côte, ajouta-t-il, vous apercevrez la réserve de Poni et ses plages magnifiques.
L'appareil changea de cap et commença à survoler l'océan. L'eau devint verte, puis d'un bleu-vert profond. Sa surface miroitait au soleil, déjà fort malgré l'heure matinale.
- Encore quelques minutes, dit Hammond, et nous allons apercevoir Isla Nublar.
Il expliqua que ce n'était pas une vraie ile, mais le sommet d'un volcan immergé et inactif, un soulèvement du fond de l'océan, tout comme Hoenn.
- Cette origine volcanique se retrouve sur toute la surface de l'ile, poursuivit-il. Il y a des projections de vapeurs en de nombreux endroits et le sol est souvent très chaud. C'est pour cela, mais aussi en raison des courants dominants, qu'Isla Nublar se trouve dans les brumes...
De l'hélicoptère rasant les flots, Grant vit apparaitre au loin une ile rocheuse, escarpée, brisant la surface de l'océan.
- Bon sang ! souffla Malcolm. On dirait Isolarmure !
Le brouillard enveloppant les versants boisés conférait à l'ile un aspect mystérieux.
- Mais en beaucoup plus grand, fit observer Hammond. Treize kilomètre de long sur cinq à l'endroit le plus large, soit une supercifie d'environ soixante kilomètre carré, qui en fait le plus grand parc Safari privé du monde.
L'hélicoptère commença à prendre de la hauteur, en direction de l'extrémité nord de l'ile. Grant écarquilla les yeux pour distinguer le relief dans l'épais brouillard.
- En général, il n'est pas aussi dense, fit Hammond avec une pointe d'inquiétude.
Au nord de l'ile, les monts plus élevés se dressaient à plus de six cent mètres au dessus de l'océan. Les crêtes étaient invisibles, mais Grant distingua des versants escarpés et le bouillonnement des vagues se fracassant contre la roche. Puis l'hélicoptère reprit de la hauteur.
- Nous sommes malheureusement obligés de nous poser sur l'ile, dit Hammond. Je n'aime pas le faire, parce que cela effraie les Pokémons et que c'est parfois assez risqué...
Il fut interrompu par la voix du pilote.
- Nous allons commencer la descente. Accrochez vous bien.
L'appareil descendit un peu et ils furent aussitôt plongés dans le brouillard. Grant entendit dans son casque un signal électrique discontinu, mais il ne distinguait absolument rien. Au bout d'un moment, il commença à discerner la cime de grands pins qui perçaient le brouillard. L'hélicoptère frôla quelques branches.
- Comment diable peut-il réussir cela ? demanda Malcolm.
Mais personne ne répondit.
Le pilote regarda d'abord sur la gauche, puis sur la droite. Les arbres étaient encore très près et l'appareil descendait rapidement.
- Arceus ! souffla Malcolm.
L'intensité du signal électronique s'accrut. Grant tourna la tête vers le pilote qui était très concentré. Le paléontologiste baissa les yeux et vit sous l'appareil, à travers le plexiglass, une gigantesque croix brillante.
Des lumières clignotaient à l'extrémité de ses branches. Le pilote corrigea légèrement le cap et l'appareil se posa sur l'aire d'atterrissage. Le bruit des rotors diminua, puis cessa.
Grant poussa un soupir et détacha sa ceinture.
- Nous sommes obligés de descendre rapidement, comme vous l'avez constaté, expliqua Hammond. C'est ç cause des courants ascendants. Ils sont souvent très forts ici, et... Quoi qu'il en soit, nous sommes sains et saufs.
Quelqu'un s'élança vers l'hélicoptère, un homme aux cheveux roux, coiffé d'une casquette de base-ball. Un Vigoroth et un Ramboum le suivaient.
- Bonjour tout le monde ! s'écria-t-il d'une voix joviale en ouvrant la porte. Je m'appelle Ed Regis et je vous souhaite la bienvenue à Isla Nublar. Faites attention en descendant.
Un sentier étroit serpentait à fleur de colline. A mesure qu'ils descendaient dans l'air froid et humide, le brouillard se dissipait et le paysage leur apparaissait plus distinctement. Grant trouva qu'il ressemblait un peu à celui d'Hoenn.
- Très juste, dit Régis. L'écosystème est celui d'une forêt pluviale à feuillage caduc, assez différente de la végétation d'Alola, où la forêt pluviale est plus classique. Mais nous avons ici un microclimat qui ne se trouve pas sur les hauteurs, sur les pentes des monts du nord. Le climat de la plus grande partie de l'ile est de type tropical.
Ils distinguaient en contrebas les toits blancs de plusieurs grands bâtiments nichés au milieu de la végétation. Grant fut surpris de voir une construction aussi soignée. Lorsque les dernières écharpes de brumes eurent disparu, l'ile lui apparut dans toute son étendue ; comme l'avait dit Régis, elle était essentiellement couverte par une forêt pluviale.
A quelque distance du petit groupe, Grant remarqua un tronc nu, quasiment dépourvu de feuilles, une haute tige incurvée s'élevant au dessus des Noadkoko. Puis le tronc se mit à bouger et se tourna pour faire face aux nouveaux arrivants. C'est alors que le paléontologue comprit qu'il ne s'agissait pas d'un arbre.
C'était le cou gracieux et interminable d'un animal gigantesque, s'élevant jusqu'à une quinzaine de mètres du sol.
Ce qu'il avait devant les yeux était un dinosaure.

Posté à 18h45 le 09/01/21

Comité d'accueil



- Arceus ! souffla Ellie, les yeux fixés sur l'animal dont la tête dominait les arbres. Arceus !
Sa première pensée fut que le dinosaure était d'une extraordinaire beauté. Les livres les décrivaient comme des créatures colossales et obtuses, mais ce Pokémon de type Plante se déplaçait avec grâce, voire une manière de dignité. Et il était vif... Son comportement n'était assurément pas celui d'un lourdaud. Le sauropode les considéra avec attention, puis il émit une sorte de barrissement assez semblable à celui du Donphan. Quelques instants plus tard, une deuxième tête se dressa au-dessus des arbres, suivie d'une troisième et d'une quatrième.
- Arceus ! répéta Ellie, terrifiée.

Gennaro demeurait sans voix. Il savait depuis le commencement à quoi s'attendre - il le savait depuis plusieurs années - mais, au fond, il n'y avait jamais cru entièrement et là, en considérant cette scène, il avait le souffle coupé. Le pouvoir terrifiant des nouvelles technologies génétiques, qu'il avait jusqu'alors considérées comme de simples arguments de vente, lui apparaissait désormais avec une implacable clarté. Ces Pokémons étaient si gros ! Véritablement énormes, grands comme des maison ! Et ils étaient si nombreux ! Des dinosaures en chair et en os, aussi réels qu'on pouvait l'imaginer !
Nous allons gagner une fortune ici, songea-t-il. Une véritable fortune !
Il se prit à espérer que l'ile offrait toutes les garanties nécessaires de sécurité.

Immobile sur le sentier à flanc de colline, des trainées de brumes passant devant son visage, Grant ne pouvait détacher son regard des long cous gris tendus au-dessus des palmiers. Il était pris de vertige, comme si le sol plongeait à pic devant lui, et il avait de la peine à respirer. Il contemplait quelque chose qu'il avait cru ne jamais voir de son vivant. Et pourtant ce n'étaient pas des hallucinations.
Les animaux sortant de la brume étaient indiscutablement des Apatropis ajax, des sauropodes de taille moyenne. Son cerveau engourdi par l'émotion passait machinalement ses connaissances en revue : Herbivore d'Unys, fin du jurassique. Communément appelé : "Tropius". Découvert en 1876 par Edward Cope dans l'ouest d'Unys, près d'Amaillide. Auparavant classé dans la famille des Mégagnidés d'après le type, mais reclassé dans une nouvelle famille a laquelle il a donné son nom, les Tropidés, d'après sa forme de crâne inhabituelle. On considérait en géné;al que Tropius passait la majeure partie de son temps dans des eaux peu profondes, ce qui l'aurait aidé à soutenir son poids énorme. L'animal qui se dressait devant lui ne se trouvait manifestement pas dans l'eau, mais ses mouvements étaient très prompt ; la tête et me cou se déplaçaient au dessus des feuillages avec une grande vivacité... une étonnante vivacité.
Grant éclata de rire.
- Que se passe-t-il ? demanda Hammond d'une voix inquiète. Il y a quelque chose qui ne va pas ?
Grant se contenta de secouer la tête et continua de rire. Il ne pouvait pas leur dire que ce qui l'amusait tant, c'est qu'il lui avait suffi de quelques secondes pour accepter l'existence de l'animal et qu'il commençait à utiliser ses facultés d'observation pour répondre à certaines questions que se posaient depuis longtemps les spécialistes.
Il riait encore quand il vit apparaitre un cinquième, puis une sixième tête au-dessus des palmiers. Les sauropodes qui gardaient les yeux fixés sur le petit groupe évoquaient à Grant des Girafarig d'une taille démesurée... Ils avaient le même regard doux et un peu stupide.
- J'imagine que ce ne sont pas des animaux artificiels animés, fit Grant. Ils ont l'air tellement vivant.
- Bien sur qu'ils sont vivants, dit Hammond. Pourquoi voulez vous qu'ils ne le soient pas ?
Des barrissement se firent de nouveau entendre. D'abord le cri d'un seul animal, repris par ses congénères.
- C'est leur manière de nous souhaiter la bienvenue sur l'ile, déclara Regis.
Grant s'immobilisa et écouté, le visage extasié.
- Vous avez probablement envie de savoir ce que nous allons faire maintenant, repris Hammond en se remettant en route. Eh bien, nous avons prévu une visite complète de nos installations et, dans le courant de l'après-midi, nous feront le tour du parc pour admirer les dinosaures. Je vous retrouverais pour le diner et je répondrai à toute les questions que vous pourriez encore vous poser. Et maintenant, si vous voulez bien suivre M.Regis...
Le petit groupe emboîta le pas à Ed Regis qui se dirigeait vers le batiment le plus proche. Au bord du chemin, un écriteau peint à la main indiquait : BIENVENUE AU PARC JURASSIQUE.

Posté à 14h26 le 27/01/21

Seconde itération



Le Parc Pokémon.



Ils s'engagèrent dans un tunnel de verdure formé de feuilles de palmier en voute qui menait au bâtiment principal. Partout, des plantations foisonnantes et soigneusement choisies accentuaient l'impression qu'avait le visiteur de pénétrer dans un autre monde, un univers préhistorique à la végétation tropicale.
- Ils ont l'air très bien, dit Ellie à Grant.
- Oui, fit-il, mais je veux les voir de plus près. Je veux soulever leurs pattes pour inspecter les griffes et toucher leur peau. Je veux ouvrir leurs mâchoires et regarder les dents. Je veux les voir attaquer. Tant que je n'aurais pas fait tout cela, je n'aurait aucune certitude. Mais c'est vrai, ils ont l'air très bien.
- Je suppose que cela apportera des changements dans votre spécialité, lança Malcolm.
- Oui, fit Grant en remuant la tête. C'est une révolution.
Pendant cent cinquante ans, depuis la découverte des premiers ossements d'animaux géants dans l'alliance Galar/Kalos, l'étude des dinosaures avait été un exercice de déduction scientifique. La paléontologie consistait essentiellement en un travail de détective, la recherche d'indices dans les ossements fossilisés et les empreintes des géants du passé. Les meilleurs spécialistes étaient ceux qui arrivaient au déduction les plus ingénieuses.
Toutes les grandes controverses paléontologiques se déroulaient de cette façon, y compris l'âpre débat dans lequel Grant était un des personnages clés ; comment déterminer si les dinosaures étaient ou non des Pokémons à sang chaud ?
Les scientifiques avaient toujours classifié les dinosaures comme des reptiles, des animaux à sang froid tirant du milieu ambiant la chaleur dont ils avaient besoin. Une poignée de chercheurs, sous l'impulsion de John Ostrom et Robert Bakker, de l'université d'Ogoesse, avait commencé à soupçonner que l'idée selon laquelle les dinosaures étaient des animaux indolents, à sang froid, n'apportait pas des explications totalement satisfaisantes aux découvertes de fossiles. En suivant la méthode déductive traditionnelle, ils avaient été amenés à cette conclusion par un faisceau d'indices.
Tout d'abord, l'attitude : les lézards et les reptiles sont des animaux rampants aux pattes tournées vers l'extérieur et qui collent leur ventre au sol pour profiter de la chaleur - à part certains rares Pokémons Feu qui produisent leur propre chaleur par combustion comme Dracaufeu. Les lézards n'ont pas la force de se soulever sur leurs membres postérieurs pendant plus de quelque secondes alors que les dinosaures se tenaient debout, les membres à l'aplomb du corps, et qu'un grand nombre d'entre eux marchaient sur leurs pattes arrières. Parmi les animaux contemporains, la station debout ne s'observe que chez les mammifères, les oiseaux et les Pokémon Feu qui sont capables de réguler la température de leur corps. L'attitude des dinosaures suggère donc qu'il s'agissait d'animaux à sang chaud.
Les chercheurs étudièrent ensuite le métabolisme, calculèrent la pression nécessaire pour faire monter le sang le long des cinq mètres cinquante du cou d'un Méganium et en déduisirent que ce n'était possible qu'avec un coeur à quatre ventricules et un sang chaud.
Ils étudièrent les traces, les empreintes fossilisées laissées dans la boue et en conclurent que certains dinosaures couraient au moins aussi vite que des humains, ce qui impliquait qu'il s'agissait d'animaux à sang chaud. Ils découvrirent des restes de dinosaures au delà du cercle arctique, un environnement inimaginable pour un reptiles. Les études les plus récentes de comportement de groupe, reposant largement sur les propres travaux de Grant, laissaient supposer que les dinosaures avaient une vie sociale complexe et, contrairement au reptiles, prenaient soin de leurs petits. Les Tortank abandonnent leurs oeufs, mais les dinosaures ne le faisaient probablement pas.
La controverse sur la thermorégulation avait fait rage pendant quinze ans, avant que tout le monde se rallie à l'idée que les dinosaures étaient des animaux rapides et actifs, et il subsistait des rancoeurs si profondes que certains spécialistes participant au même colloque ne s'adressaient toujours pas la parole.
Mais s'il était devenu possible de cloner des dinosaures, la spécialité de Grant allait changer du tout au tout. C'en était fini de l'étude paléontologique des dinosaures. Toute la structure existante - les salles de musée exposant des squelettes géants et résonnant d'exclamations étouffées des troupes d'écolier, les laboratoires universitaires avec leurs plateaux remplis d'os, les thèses de recherche, les revues spécialisées - tout cela allait disparaitre, ou en tout cas changer du tout au tout.
- Vous ne semblez pas vraiment bouleversé, reprit Malcolm.
- Nous en parlons depuis un certain temps, répondit Grant en secouant la tête. Un grand nombre d'entre nous imaginaient que cela finirait par arriver... Mais pas si vite.
- C'est l'histoire de l'humanité, poursuivit Malcolm avec un petit rire. Tout le monde sait que cela arrivera, mais pas aussi vite qu'on l'imagine.
Ils continuèrent à descendre le sentier et perdirent de vue les dinosaures. Mais Alan entendait encore leur barrissements étouffés par la distance.
- J'ai une seule question à poser, dit-il. Où se sont ils procuré l'A.D.N ?
Il n'ignorait pas que dans certains laboratoires, à Mérouville, Céladopole ou Old Chister, des chercheurs envisageaient sérieusement la possibilité de cloner un Pokémon d'une race éteinte tel que le dinosaure. A condition de pouvoir se procurer l'A.D.N. indispensable, sachant que tous les dinosaures connus étaient fossilisés et que la fossilisation détruisait la plus grande partie de l'A.D.N. et la remplaçait par des matières minérales. Mais, si un dinosaure était congelé, conservé dans une tourbière ou momifié dans un milieu désertique, l'A.D.N. pouvait naturellement être récupérable.
Mais malgré les grandes probabilités - un antique Dragmara devait sans aucun doute apprendre des attaques pouvant geler - personne n'avait jamais découvert un Pokémon congelé ou momifié. Il n'existait donc pas de matériel pouvant servir au clonage et la technologie génétique la plus sophistiquée était parfaitement inutile. C'était comme si on disposait d'une photocopieuse sans rien avoir à reproduire.
- On ne peut reproduire un vrai dinosaure si l'on ne dispose pas d'A.D.N., fit observer Ellie.
- A moins qu'il n'existe un moyen auquel nous n'avons pas pensé, dit Grant.
- Quel moyen ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas, répondit Grant.

Après avoir franchi une clôture, ils arrivèrent à la piscine dont le trop-plein alimentait une cascade en gradin et une succession de petit bassins rocheux environnés par des fougères. On pouvait voir quelques Mystherbe et des Chétiflor, mais aussi des des pokémons violets, immobiles, et un autre vert et très gros, qui semblait endormi.
- C'est extraordinaire, n'est-ce pas ? fit Ed Regis. Ces plantes contribuent à créer une atmosphère préhistorique, surtout dans la brume. Ce sont, bien entendu, d'authentiques variétés du Jurassique.
Ellie s'arrêta pour observer les plantes de plus près. Regis n'avait pas menti : Il s'agissait bien de Lilia et Vacilys Veriformans, des plantes trouvée en abondances dans les couches fossilifères remontant à plus de deux-cent-cinquante millions d'années et qui n'était plus répandue que dans certains terrains marécageux d'Hoenn. Mais ceux qui avaient décidé d'installer cette variété de Pokémons Plantes près de la piscine ignoraient à l'évidence que leurs sève contenait un alcaloïde corrosif mortel, utilisé dans leurs attaques Acide et Suc Digestif. Même le simple contact des feuilles d'un rose attirant avait des effets toxiques, et, si un enfant en avalait une bouchée, il n'avait que très peu de chances de survivre. La toxine était cinquante fois plus puissante que celle d'un Séviper.
Ellie trouvait invraisemblable l'ignorance des gens en matière de plantes. Ils les choisissaient uniquement pour leur apparence, comme on choisit un tableau pour l'accrocher au mur. Jamais il ne leur venait à l'esprit que le végétaux, et même les Pokémons de type plante, étaient vivant et qu'ils accomplissaient toutes les fonctions vitales de respiration, d'ingestion, d'excrétion, de reproduction... et de défense.
Ellie savait que dans l'histoire du monde, les végétaux avaient évolué avec autant d'obstination que les animaux, et, d'une certaine manière, avec plus de cruauté. La toxine de Vacilys Veriforman n'était qu'un exemple de l'arsenal chimique très sophistiqué dont les végétaux s'étaient dotés. Il y avait des terpènes que certaines espèces répandaient autour d'elles pour empoisonner le sol et repousser les autres végétaux ; des alcaloïdes qui leur donnait un goût exécrable et les protégeaient des insectes, des prédateurs... et des enfants ; des phéromones servant a transmettre des messages... Quand un Fragilady était attaqué par des insectes, elle sécrétait une substance chimique et était imitée par d'autres Fragilady disséminés dans la forêt. Un corps chimique sécrété en signal par les arbres attaqués transmettait le message.
Ceux qui s'imaginaient que la vie sur terre se réduisait à des Pokémon se déplaçant sur une toile de fond verte se fourvoyaient grandement. Ce fond vert grouillait de vie. Les végétaux croissaient, se tordaient, se retournaient pour bénéficier de la lumière du soleil, dans une interdépendance continuelle avec les Pokémon, se protégeant d'eux avec leur écorce ou leurs épines, en empoisonnant d'autres ou bien en nourrissant certains afin d'assurer leur propre reproduction en dispersant leur pollen et leurs graines. Certaines plantes se déplaçaient, certaines étaient même devenue "intelligente" de la façon dont la plupart des gens l'entendait. Cependant, elle devenaient du même coup pour eux des Pokémon. Leur vie était un processus complexe et dynamique qu'Ellie avait toujours trouvé fascinant, mais elle n'ignorait pas que la plupart des gens n'y entendaient goutte.
Si le fait d'avoir installer des plantes toxiques tout près de la piscine constituait une indication, il semblait évident que les créateurs du parc Pokémon n'avaient pas pris toutes les précautions nécessaires.
- N'est-ce pas merveilleux ? poursuivit Ed Regis avec enthousiasme. Le batiment que vous voyez devant vous est notre Pavillon safari.
Ellie leva les yeux et découvrit une construction basse, au toit orné d'une succession de pyramides de verre.
- C'est là que vous dormirez tous pendant votre séjour dans le parc Pokémon.

La suite de Grant était dans les tons beiges, avec un mobilier de rotin à grands motifs vert jungle. Le séjour n'était pas tout à fait terminé ; il y avait du bois empilé dans la penderie et des morceaux de tubes électrique par terre. Dans un angle se trouvait un téléviseur sur lequel était posé un carton :

Canal 2 : Mont des Chapignon.
Canal 3 : Territoire des Galeking.
Canal 4 : Marais des Tropius.
Canal 5 : Domaine des Carnéléon.
Canal 6 : Pays des Stegolar.
Canal 7 : Vallée des Jungko.
Canal 8 : Pic des Ptéra.

Grant fut à la fois agacé et séduit par ces noms. Il alluma le téléviseur, mais n'obtint que des parasites. Il éteignit le récepteur, entra dans la chambre et lança sa valise sur le lit. Juste au dessus s'ouvrait une grande lucarne pyramidale qui donnait l'étrange impression au visiteur d'être sous une tente ou de dormir à la belle étoile. Le verre était malheureusement soutenu par d'épais barreaux dont l'ombre zébrait le lit.
Grant fronça les sourcils. Il avait vu les plans du pavillon et ne se souvenait pas de ces barreaux. En fait, les barres de métal semblaient avoir été ajoutées à la construction. A l'extérieur des parois de verre, on avait fixé un châssis d'acier noir auquel étaient soudés les barreaux.
Perplexe, Grant repassa dans l'autre pièce dont la fenêtre donnait sur la piscine.
- Au fait, Alan, lança Ellie en pénétrant dans la suite, sais-tu que ces plantes sont vénéneuses ? Et as-tu remarqué quelque chose dans nos chambres ?
- Ils ont modifié les plans.
- Oui, je crois, fit Ellie en marchant dans la pièce. Les fenêtres sont petites, ajouta-t-elle après un silence, et le verre trempé est monté dans un châssis d'acier. Les portes sont renforcées par une plaque d'acier... Tout cela ne devrait pas être nécessaire. As tu vu la clôture quand nous sommes arrivé ?
Grant acquiesça d'un mouvement de la tête. Toute la construction était entourée par une clôture au barreaux d'acier de deux à trois centimètres d'épaisseur. L'enceinte, peinte en noir mat pour imiter le fer forgé, était bien intégrée dans le paysage, mais aucun camouflage ne pouvait dissimuler l'épaisseur des barreaux ni la hauteur de trois mètres cinquante.
- Je ne crois pas non plus que cette clôture figurait sur les plans, poursuivit Ellie. Tout cela me donne l'impression qu'ils ont fait de cet endroit une véritable forteresse.
- Nous ne manquerons pas de soulever la question, dit Grant en regardant sa montre. La visite commence dans vingt minutes.

Posté à 11h16 le 13/02/21

Quand les dinosaures régnaient sur la terre.



Ils se retrouvèrent dans le centre des visiteurs, un bâtiment de deux étages, tout en verre. Avec ses poutrelles et ses supports de charpentes anodisés, Grant lui trouvait un aspect résolument high-tech. Il y avait un petit auditorium dominé par un Rexillius Tyrannus, un robot à l'air menaçant dressé près de l'entrée d'une galerie d'exposition portant un écriteau : QUAND LES DINOSAURES REGNAIENT SUR LA TERRE. Un peu plus loin, d'autres panneaux indiquaient : QU'EST-CE QU'UN DINOSAURE ? et LA TERRE AU MEZOZOIQUE. Mais les travaux n'étaient pas terminés, et, sur le sol, courait un enchevêtrement de fils et de câbles. Gennaro grimpa sur l'estrade et s'adressa a Grant, Ellie et Malcolm d'une voix qui résonnait légèrement dans la salle vide.
Hammond s'installa au fond, les mains croisées sur la poitrine.
- Nous allons commencer la visite des installations, commença Gennaro, et je suis sûr que M. Hammond et son équipe auront à cœur de tout nous montrer dans les meilleures conditions. Avant de commencer, je désirais simplement vous rappeler la raison de notre présence et la décision qu'il me faudra prendre à la fin de notre séjour. Vous avez tous compris maintenant que nous nous trouvons sur une ile dans laquelle des dinosaures, produits du génie génétique, ont la possibilité de vivre dans un environnement naturel formant un parc zoologique à vocation touristique. Les installations ne sont pas encore ouvertes au public, mais elles doivent l'être dans un an. La question à laquelle je vous demande de répondre est très simple. Cette ile offre-t-elle les garanties de sécurité ? Est-elle sans danger pour les visiteurs et n'y a-t-il pas de risques que les dinosaures s'en échappent ? Il y a d'abord deux points que je tiens à examiner avec vous, reprit l'avocat après avoir baissé les lumières de la salle. En premier lieu, une identification faite par le docteur Grant d'un dinosaure découvert sur la côte de Poni. Ce dinosaure, jusqu'alors inconnu, n'a été identifié que par un fragment. Il a été découvert au mois de juillet de cette année, après que le Pokémon eut, selon toute vraisemblance, attaqué et mordu une fillette Unyssoise. Le Dr Grant pourra ultérieurement vous fournir tout les détails dont il dispose. J'ai demandé que le fragment du corp de l'animal, actuellement dans un laboratoire de Volucité, nous soit expédié afin de pouvoir l'étudier directement. Mais il y a un autre élément auquel je vous demande de prêter attention. Alola dispose d'un excellent service de santé qui réunit et analyse des données de toute sorte. Depuis le mois de mars de cette année, des lézards auraient mordu un certain nombre de bébés dans leur berceaux ; j'ajoute qu'ils auraient également mordu des personnes âgées, profondément endormies. Des attaques sporadiques ont étés signalées dans plusieurs villages de l'archipel, du Village Flottant au Village Toko. Après le mois de mars, plus aucune morsure de lézard n'a été signalée. Mais je me suis procuré un diagramme établi par le Service de santé publique de San José et présentant la mortalité infantile dans les agglomérations de Poni et d'Ula Ula, pour les six premiers mois de l'année.

"J'attire votre attention sur deux points, poursuivit Gennaro. D'abord, la mortalité infantile, faible pendant les mois de janvier et de février, augmente brusquement en mars, puis baisse de nouveau en avril. Mais, à partir du mois de mai, elle demeure élevée jusqu'en juillet, à l'époque où la fillette Unyssoise a été mordue. Le Service de la santé publique a l'impression que quelque chose agit sur la mortalité infantile, mais que les habitants des villages côtiers gardent le silence. Le second point, ce sont ces pointes bimensuelles qui semblent suggérer l'existence d'un phénoméne présentant une alternance.
"Voilà, conclut Gennaro tandis que les lumières revenaient. C'est sur ces différents points que j'aimerai avoir des explications. Et maintenant, y a-t-il des... ?
- Nous pouvons gagner du temps, lança Malcolm sans le laisser achever sa phrase. Je vais vous expliquer tout de suite.
- Vraiment ? fit Gennaro.
- Oui, répondit le mathématicien. Tout d'abord, il est très vraisemblable que des dinosaures aient réussis à s'échapper de l'ile.
- Arrêtez vos conneries ! gronda Hammond du fond de la salle.
- Deuxièmement, le diagramme du Service de la santé publique n'a presque certainement aucun rapport avec des animaux qui se seraient évadés.
- Comment pouvez vous savoir cela ? demanda Grant.
- Vous remarquerez que ce graphique présente une alternance de pic et de creux, expliqua Malcolm. C'est une courbe caractéristique de nombreux systèmes complexes. Prenons l'exemple d'un robinet laissant couler de l'eau. Si on l'entrouvre, l'eau s'écoulera goutte à goutte, avec un mouvement continu, mais, si on l'ouvre un peu plus afin de créer une légère turbulence dans le flux, on observera une alternance de grosses et petites gouttes. Ploc ! Ploc !... Ploc ! Ploc !... Comme cela. Vous pouvez faire l'expérience. La turbulence produit l'alternance... C'est une signature. De même, quand une nouvelle maladie se propage au sein de cette communauté, on obtient une courbe de ce type.
- Mais pourquoi affirmez vous qu'elle n'est pas provoquée par des dinosaures échappés ? demanda Grant.
- Parce qu'il s'agit d'une signature non linéaire, répondit Malcolm. Il faudrait des centaines d'animaux échappés pour arriver à ce résultat et je ne pense pas que des centaines de dinosaures aient réussis à quitter l'ile. J'en conclus donc qu'un autre phénomène, tel qu'une grippe d'un type nouveau, est responsable des fluctuations que l'on observe sur ce graphisme.
- Mais vous pensez quand même que des dinosaures se sont échappés ? insista Gennaro.
- Probablement.
- Pourquoi ?
- A cause de ce qu'on est en train de faire ici. On essaye de recréer sur cette ile un environnement naturel du passé, un monde isolé où des animaux appartenant à des espèces disparues vivront en liberté. Exact ?
- Oui.
- A mon avis, une telle entreprise est vouée à l'échec. Les probabilités sont si élevées qu'il n'est même pas utile de les calculer... C'est comme si vous me demandiez si vous êtes imposables avec des revenus annuels d'un milliard de dollars. Vous n'avez même pas à prendre votre calculatrice. De la même façon, je suis absolument convaincu que l'on ne peut réussir à faire reproduire la nature comme vous tentez de le faire ou espérer en isoler une parcelle.
- Pourquoi pas ? Après tout, il y a des parc zoologiques...
- Les parcs zoologiques ne recréent pas la nature, rétorqua Malcolm. Soyons précis : les zoos prennent la nature telle qu'elle existe déjà et la modifient très légèrement afin de créer des enclos pour les Pokémons. Aussi minimes soient-elles, ces modifications sont souvent un échec et les Pokémons s'échappent régulièrement. Mais votre parc n'a pas été construit sur le modèle d'un zoo. Il est beaucoup plus ambitieux dans sa conception, qui s'apparente à la création d'une station spatiale sur la terre.
- Je ne comprend pas, fit Gennaro en secouant la tête.
- C'est pourtant très simple. A part l'air qui, dans tout les cas, circule librement, tout dans ce parc vise à l'isolement. Rien ne peut entrer ni sortir. Les animaux qui y vivent ne pourront jamais se mêler au grands écosystèmes de la planète. Il leur est interdit de s'échapper.
- Et cela ne s'est jamais produit, lança Hammond.
- Un tel isolement est impossible, poursuivit Malcolm d'un ton péremptoire. C'est tout simplement irréalisable.
- Mais si, c'est réalisable ! Cela se fait partout !
- Pardonnez-moi, répliqua Malcolm, mais je pense que vous ne savez pas de quoi vous parlez.
- Votre arrogance est insupportable ! s'écria Hammond en se dressant d'un bond et en quittant précipitamment la salle.
- Messieurs ! implora Gennaro. Messieurs, je vous en prie !
- Je regrette cet incident, reprit Malcolm, mais je maintient ma position. Ce que nous appelons "nature" est en réalité un système complexe beaucoup plus fragile que nous ne voulons le reconnaitre. Nous fabriquons une image simplifiée de la nature, puis nous la dégradons. Je ne suis pas un environnementaliste, mais il y a des choses qu'il faut bien comprendre. Combien de fois faudra-t-il revenir là-dessus ? Combien de fois faudra-t-il nous fourrer les preuves sous le nez ? Nous avons commencé à construire le phare de Carmin-sur-mer en déclarant qu'il allait apporter une nouvelle vitalité commerciale à la région. Résultat : le chantier a détruit l'espèce d'artichaut utilisée par Canarticho pour se défendre, ce qui a failli éteindre l'espèce. Nous avons construit...
- Pardonnez moi de vous interrompre, dit Gennaro, mais je croit entendre le bruit d'un hélicoptère. C'est probablement l'échantillon que je voudrais faire examiner par le Dr Grant.
Il sortit de l'auditorium, et tous les autres le suivirent.

Au pied de la colline, les veines du coup gonflées, Gennaro hurlait pour couvrir le bruit des rotors d'un hélicoptère.
- Qu'est-ce que vous avez fait ? Vous avez invité qui ?
- Calmez vous, fit Hammond.
- Vous êtes complétement cinglé ! s'écria Gennaro.
- Ecoutez, répondit Hammond en se redressant, je pense que le moment est venu d'avoir une explication...
- C'est ça, ayons une explication ! Vous n'avez donc pas compris qu'il ne s'agit pas d'une visite organisée ni d'une excursion de week-end !
- Cette ile m'appartient et je peux inviter qui bon me semble !
- Je suis ici pour mener une enquête approfondie sur cette ile, à la demande des investisseurs qui redoutent que la situation ne vous échappe. Nous considérons que cet endroit est extrêmement dangereux et...
- Vous ne me contraindrez pas à fermer le parc, Donald...
- S'il le faut, je le ferai...
- Contrairement à ce que prétend ce foutu mathématicien, il offre toutes les garanties de sécurité...
- Absolument pas !
- Et je vais le prouver en...
- J'exige que vous les fassiez immédiatement remonter dans cet hélicoptère ! lança Gennaro.
- Impossible ! répliqua Hammond en levant un doigt vers le ciel. Il est déjà reparti.
De fait, le bruit des rotors commençait à diminuer.
- Arceus ! grogna l'avocat. Vous ne vous rendez pas compte que vous risquez inutilement...
- Allons, allons, fit Hammond d'un ton apaisant. Nous reprendrons cette discussion plus tard. Je ne veux pas perturber les enfants.
Grant se retourna et vit deux enfants descendre le sentier en compagnie d'Ed Regis. Il y avait un garçon à lunettes, âgé d'une douzaine d'années, et une fillette plus jeune, d'environ sept ou huit ans, les cheveux blonds ramassés sous une casquette de combat Pokémon du Pokéhatlon, un gant de cuir sur l'épaule. Ils avaient chacun trois Pokéballs à leur ceinture.
- Arceus ! souffla l'avocat entre ses dents.
- Doucement, fit Hammond. Leurs parents sont en instance de divorce et je tient à ce qu'ils passent un excellent week-end.
- Bonjour, grand-père, dit la fillette en levant une main hésitante. Nous voilà.

Posté à 08h38 le 19/03/21

Je met cette fanfiction en pause pour manque de motivation. Le projet ne sera pas abandonné puisque je m'attaque à la rédaction du volet "Pokémon World".

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