Forum Fanfiction

Pokémon Park !

Posté à 15h03 le 15/04/20

Note 1 : Cette fanfiction est un alliage fait de Pokémon, de Jurassic Park (le livre) et de quelques détails à ma sauce.Les noms des personnages, par exemple, seront pour la plupart ceux des personnages de Jurassic Park. Ceux qui on déjà lu Jurassic Park peuvent donc sortir de ce topic si ils ne veulent pas relire une histoire déjà connue. Cependant, le livre est assez différent du film, de sorte que si vous avez vu Jurassic Park sans lire le livre, ce sera quand même pour vous une histoire inédite.

Note 2 : Il y aura des scénes où des humain ou des Pokémons mourront. Je n'insisterai que le moins possible sur les détails pendant ces scénes pour éviter de choquer le maximum de monde (ironie bien sûr)

Note 3 : Cette histoire se déroule dans un univers paralléle aux jeux et à l'animé, dans cet univers beaucoup plus d'espèces de Pokémons ont disparues.


Première itération



Introduction : L'incident InGen.



La fin du XXe siècle a vu dans le domaine scientifique une nouvelle ruée vers l'or d'une ampleur considérable : un mouvement impétueux et acharné pour commercialiser les découvertes du génie génétique. Le phénoméne s'est développé si rapidement et a fait l'objet de si rares études en dehors de la communauté scientifique que son extension et ses conséquences sont très mal comprises. La biotechnologie annonce la plus grande révolution de l'histoire de l'humanité. Dès la fin de la décennie, ses applications dans notre vie de tout les jours dépasseront celles du nucléaire et de l'informatique. Selon les termes d'un observateur averti :
"La biotechnologie va transformer tout les aspects de la vie humaine : soins médicaux, alimentation, santé, loisirs, jusqu'à notre corps. Plus rien ne sera comme avant. La face de la planéte en sera littéralement changée."
Mais la révolution biotechnologique différe sur trois points essentiels des précédentes transformations scientifiques.

Premièrement, elle a une large base. Unys est entré dans l'ère atomique grâce aux travaux d'un unique groupe de chercheurs éttablis à Janusia, puis dans l'ère informatique grâce aux recherches effectuées dans une douzaine d'entreprises. Mais les chercheurs en biotechnologie sont aujourd'hui disséminés dans plus de deux milles laboratoires, uniquement sur le territoire Unysois. Cinq cents entreprises dépensent anuellement cinq milliards de dollars pour cette technologie.

Deuxièmement, une grande partie de ces recherches a un caractère futile ou manque à tout le moins de sérieux. Des travaux visant à créer des Bargantuas noirs pour les rendre plus visibles dans un cours d'eau, des arbres à section carrée pour faciliter le débitage, ou encore des cellules odorantes injectables pour sentir en permanence son parfum préféré pourraient passer pour une blague, mais il n'en est rien. En réalité, le fait que la biotechnologie trouve des applications dans les industries traditionnellement soumises aux caprices de la mode, telles que la cosmétologie et les activités de loisir, contribue à accroître les inquiétudes que l'on peut nourrir sur une utilisation fantaisiste de cette nouvelle technologie.

Troisièmement, ces travaux ne font l'objet d'aucun contrôle. Nul ne les supervise ; aucune loi ne les réglemente ; il n'existe aucune politique gouvernementale cohérente, pas plus à Unys qu'ailleurs. En outre, comme la gamme des produits de la bio-industrie s'étend des drogues aux productions agricoles et à la neige artificielle, l'instauration d'une politique intelligente est malaisée.

Mais le plus inquiétant est l'absence de toute surveillance à l'intérieur de la communauté scientifique. Il faut savoir que la quasi totalité des généticiens sont également engagés dans le domaine de la biotechnologie. Il n'y a pas d'observateurs désintéressés ; tout le monde a beaucoup à y gagner.


La commercialisation de la biologie moléculaire est, sur le plan de l'éthique, l'événement le plus étonnant de l'histoire de la science et tout s'est passé avec une rapidité stupéfiante. Depuis Galilée et pendant près de quatre siècles, la science a mené sans relâche ni contrainte ses investigations surles mécanismes de la nature. Les scientifiques ne tenaient aucun compte des frontières et ne se souciaient pas des contingences de la politique, ni même des guerres. Ils se rebellaient contre le secret des recherches et voyaient d'un mauvais oeil la nécessité de faire breveter leurs découvertes. Dans leur esprit, ils oeuvraient pour le bien de l'humanité et , pour des générations d'humains, les découvertes des scientifiques furent essentiellement désintéressées.
Quand, en 1953, deux jeunes chercheurs, Francis Crick et James Watson, déchiffrèrent à Galar la structure de l'A.D.N., leurs travaux furent salués comme un triomphe de l'esprit humain, un pas décisif dans la quête séculaire vers la compréhension de l'univers. Nul ne doutait que cette découverte serait utilisée, d'une manière désintéressée, pour le plus grand bien de l'humainté.
Il en alla tout autrement, et, trente ans plus tard, la plupart des collègues de Watson et Crick étaient engagées dans une oeuvre d'un geste entièrement différent. La recherche en génétique moléculaire était devenue une vaste entreprise commerciale, avec des milliards de dollars à la clé, dont le point de départ pouvait être fixé non pas en 1953, mais en avril 1976.
C'est à cette époque que des contacts avaient été noués entre un homme d'affaire, Robert Swanson, et Herbert Boyer, biochimiste à l'université de Californie. Les deux hommes décidérent de fonder une société destinée à assurer l'exploitation commerciale des techniques de greffe de gènes de Boyer. Cette société, Genentech, devint rapidement la plus importante et la plus prospère des nouvelles entreprises de génie génétique.
Tout le monde semblait soudain n'avoir qu'un seul but : s'enrichir. De nouvelles sociétés étaient créées chaque semaine ou presque et les scientifiques affluaient pour s'adonner à l'exploitation de la recherche génétique. En 1986, on dénombrait au moins trois cent soixante-deux chercheurs, dont soixante-quatre membres de l'Académie des Sciences, qui siégaient aux comités consultatifs des firmes de biotechnologie. Le nombres de ceux qui avaient inveti des capitaux personnels était encore beaucoup plus élevé.
Il convient d'insister sur la portée de ce changement d'attitude. Les adeptes de la recherche fondamentale n'avaient toujours eu que mépris pour les affaires. Pour eux, la poursuite de l'argent était une activité dépourvue d'intérêt, qu'ils laissaient aux boutiquiers. La recherche industrielle, y compris dans les prestigieux laboratoires Bell, I.B.M. ou même ceux de Macro Cosmos, n'était qu'un prix de consolation pour ceux qui n'avaient pu obtenir un poste universitaire. La recherche fondamentale se montrait donc très critique à l'égard des sciences appliquées et de l'industrie en général. Un antagoniste de longue date protégeait les chercheurs du corps universitaire de toute contamination de l'industrie, et, chaque fois qu'un débat s'engageait sur une question de technologie, des tenants de la recherche fondamentale étaient toujours disponibles pour donner un avis désintéressé au niveau le plus élevé.
Mais la situation a beaucoup évolué. Il y a de nos jours très peu de spécialistes de la biologie moléculaire et d'instituts de recherches qui ne soient rattachés à une structure commerciale. Une page est tournée. La recherche génétique se poursuit avec une frénésie accrue. Mais elle est faite en secret, à la hâte et uniquement pour le profit.


Dans ce climat mercantile, il semble inévitable de voir apparaître une société aussi ambitieuse qu'International Genetic Technologies, basée à Volucité, et nul ne s'étonnera que la crise qu'elle a provoqué ait été passée sous silence. Les recherches d'InGen avaient été menées dans le plus grand secret, l'"incident" eu lieu dans une région totalement isolée d'Alola et il eut à peine une vingtaine de témoins dont une poignée seulement survécurent.
Même par la suite, quand International Genetic Technologies comparut devant le Tribunal Fédéral de Port Yoneuve, le 5 octobre 1989, le procès n'attira guère l'attention des médias. L'affaire semblait banale ; InGen était la troisième société de biotechnologie à déposer son bilan cette année-là et la septième depuis 1986. Peu de documents furent rendus publics, les créanciers étant des consortiums d'investissement de Kanto ou d'Hoenn, comme la Sylphe et la Devon SARL, qui, traditionnellement, fuient la publicité. Afin d'éviter toute révélation embarrassante, l'avocat d'InGen, Daniel Ross, du cabinet Cowan, Swain et Ross, représentait également les investisseurs japonais. Et la déposition insolite du vice-consul d'Ekaeka fut reçue à huis clos. Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce que l'affaire eut été discrètement réglée à l'amiable en moins d'un mois.
Les parties intéressées, y compris les scientifiques distingués siégeant à la commission consultative, signérent un accord de non-divulgation et personne ne révélera ce qui s'est passé. Mais la plupart des principaux acteurs de l'"incident InGen" ne figurent pas parmi les signataires et ils ont acceptés de revenir sur les événements extraordinaires qui se déroulèrent pendant ces deux journées du mois d'août 1989 sur une petite île écartée, au large de la côte ouest d'Alola.

Posté à 12h09 le 24/06/20

Prologue : La morsure du Jungko.




La pluie tropicale tombant à verse à verse tambourinait sur le toit de tôle ondulée de la clinique. L'eau vomie par les goutières éclaboussait le sol et s'écoulait en torrents. Debout devant la fenêtre, Roberta Joelle Carter soupira. Elle distinguait à peine la plage et l'océan voilés par le brouillard. Elle ne s'attendait certainement pas à ça quand elle avait décidé de passer deux mois en qualité de médecin au Village Flottant, un village de pêcheurs sur la côte Pacifique de Poni. Bobbie Carter comptait se détendre au soleil, après deux années d'internat éreintantes au service des urgences de l'hôpital Michael Reese, à Volucité.
Elle était au Village Flottant depuis trois semaines. Et il avait plu tout les jours.
Le reste lui plaisait. Elle aimait l'isolement du village et la gentillesse de ses habitants. L'infrastructure hospitalière d'Alola était l'une des vingt meilleures au monde et la modeste clinique du petit village côtier était bien entretenue et bien équipée. Manuel Aragon, son assistant, était intelligent et tout à fait compétent. Bobbie avait donc la possibilité de donner des soins d'une qualité comparable à ceux qu'elle donnait à Volucité.
Hélas ! Il y avait la pluie. Cette pluie incessante !
Manuel, qui travaillait à l'autre bout de la salle d'examens, pencha soudain la tête sur le coté.
- Ecoutez, murmura t'il.
- N'ayez crainte, dit Bobbie, j'entends.
- Mais non, écoutez bien !
Elle perçut un bruit qui se mêlait à celui de la pluie, un grondement d'abord indistinct qui se précisa peu à peu jusqu'à ce qu'elle reconaisse le bourdonnempaent saccadé d'un hélicoptère. Ce n'est pas possible, songea t'elle, on ne peut pas voler par ce temps !
Mais le vrombissement ne cessait de s'amplifier. L'hélicoptére déchira soudain le brouillard flottant sur l'océan et survola la clinique en rase-motte avant de décrire un grand cercle pour revenir. Bobbie vit l'appareil passer près des barques de pêche, se laisser glisser vers la jetée branlante, puis repartir en direction de la plage. Il cherchait un endroit où se poser.
C'était un Sikorsky ventru portant sur le flanc une bande bleue et une inscription : InGen Constructions. Le nom de l'entreprise qui construisait un parc de loisir sur une île au large d'Alola. Le bruit courait que le résultat serait impressionant et une abondante main d'oeuvre locale participait à la construction de ce complexe dont les travaux déjà depuis plus de deux ans. Bobie imaginait ce que serait le parc de loisir : un ensemble gigantesque, à l'Unysienne, avec piscines et courts de tennis, où les clients pourraient se distraire et siroter des daiquiris sans avoir le moindre contact avec les autochtones, sans rien connaître du pays.
Elle se demanda ce qui avait bien pu arriver dans l'île pour qu'un hélicoptère décolle sous cette pluie diluvienne. Elle vit à travers le plexiglas de l'habitacle le pilote manifester son soulagement quand l'appareil se posa sur la grève. Des hommes bondirent sur le sable et ouvrirent la porte latérale de l'hélicoptère. Bobbie entendit des cris et des exclamations en Alolien, et Manuel la poussa du coude.
Ils réclamaient un médecin.


Un blanc aboya des ordres et deux noirs transportérent un corps inanimé vers la clinique. Le Blanc était vêtu d'un ciré jaune et des mèches rousses dépassaient de sa casquette de base-ball.
- Y'a t'il un médecin ? cria t'il tandis que Bobbie s'élançait à la rencontre du petit groupe.
- Je suis le Dr Carter, dit-elle.
De grosses gouttes de pluie s'écrasaient sur sa tête et ses épaules. Elle vit le regard sceptique du rouquin se poser sur son short en jean et son débardeur. Elle avait sur l'épaule un stéthoscope dont le métal était déjà rouillé par l'air marin.
- Je m'appelle Ed Regis. Nous avons un blessé grave, docteur.
- Dans ce cas, il vaudrait mieux l'emmener à San José. En hélicoptère, vous en avez pour vingt minutes.
- C'est ce que nous voulions, mais avec ce temps, nous ne pourrons pas franchir les montagnes. On dirait que Fulguris est en colère. Il va falloir le soigner ici.
Bobbie suivit les deux noirs qui transportaient le blessé vers l'entrée de la clinique. Il était très jeune, pas plus de dix-huit ans. Elle écarta la chemise imbibée de sang, découvrit une plaie profonde à l'épaule, une longue déchirure dans les chairs, et une autre le long de la jambe.
- Que lui est il arrivé ? demanda t'elle en élevant la voix pour couvrir le bruit de la pluie.
- Accident du travail, répondit vivement Ed Régis. Il est tombé et une pelleteuse lui est passé dessus.
Debout devant la porte verte de la clinique, Manuel fit signe d'entrer au deux noirs qui déposérent sur la table occupant le centre de la salle d'examens le blessé sans conaissance, exsangue et frissonant. Puis il commença à lui faire une intraveineuse tandis que Bobbie faisait pivoter la lampe pour examiner les plaies. Elle comprit aussitôt que c'était grave et que le jeune homme ne s'en sortirait probablement pas.
Une longue déchirure courait de l'épaule au torse. Au centre de la plaie aux bords déchiquetés, les os de l'épaule disloquée était visible. Une seconde plaie béante montrait montrait les muscles lacérés de la cuisse et, tout au fond, l'artère fémorale qui battait. La première impression de Bobbie fut que la jambe avait été ouverte par une morsure.
- Pouvez vous me donner des détails sur ce qui s'est passé ? demanda t'elle.
- Je n'ai pas vu l'accident, répondit Ed, mais on m'a dit qu'il avait été traîné par la pelleteuse.
- On dirait presque une morsure, poursuivit Bobbie Carter en palpant les bords de la plaie.
De ses années passées au service des urgences, elle avait conservé le souvenir très précis de certains patients. Elle avait vu deux cas de morsures graves : le premier était un enfant de deux ans qui s'était fait attaquer par un Elecsprint, le second un employé de cirque ivre qui s'était fait surprendre par un Félinferno. Les blessures étaient similaires et elles avaient un aspect caractéristique.
- Une morsure ? reprit Ed. Non, non, je vous assure que c'était une pelleteuse.
Le visage crispé, il passait nerveusement la langue sur ses lèvres et donnait l'impression d'avoir fait quelque chose de mal. Bobbie se demanda pourquoi : s'il employaient sur l'île une main d'oeuvre locale inexpérimentée, les accidents devaient être très fréquents.
- Voulez vous que je nettoie la plaie ? demanda Manuel, accompagné de son Ptiravi.
- Oui, mais faites d'abord une ligature.
Elle se pencha un peu plus pour écarter du bout des doigts les lèvres de la plaie. S'il était bien passé sous un excavateur, il aurait dû y avoir de la terre jusqu'au fond de la plaie. Mais il n'y avait rien, juste une sorte de mousse écumeuse et visqueuse. Une odeur bizarre se dégageait de la plaie, une odeur fétide de pourriture et de mort que Bobbie ne conaissait pas.
- Quand l'accident s'est il produit ?
- Il y a une heure.
Elle fut de nouveau frappée par la nervosité d'Ed Regis. Il avait un tempérament ardent, agité et ne ressemblait pas du tout à un contremaître d'une entreprise de construction. On aurait plutôt dit un cadre et il était à l'évidence complétement dépassé.
Bobbie Carter reporta son attention sur le blessé. Elle avait la conviction qu'il ne s'agissait pas d'une lésion mécanique. La plaie n'était pa ssouillée de terre et il n'y avait pas d'écrasement des tissus. Un choc violent - accident de voiture ou du travail - provoquait presque toujours un écrasement des tissus dont elle ne trouvait pas trace ici. Mais la peau de l'épaule et de la cuisse était déchirée, lacérée.
Cela ressemblait décidément à une morsure. Et pourtant la plus grande partie du corps ne portait pas de marques, ce qui était rare en cas d'attaque par un Pokémon. Elle examina attentivement la tête, les bras, les mains...
Les mains ! Elle ne put réprimer un frisson en voyantles mains du jeune homme. De profondes coupures zébraient les deux paumes ; les poignets et les avant-bras étaient recouverts d'ecchymoses. Bobbie avait assez d'espérience pour savoir ce que ça signifiait.
- Allez attendre dehors, ordonna t'elle à Ed Regis.
- Pourquoi ? demanda t'il, manifestement inquiet de la tournure que prenaient les choses.
- Voulez vous que je le soigne ou non ? lança t'elle en le repoussant vers la porte qu'elle lui claqua au nez.
Elle ne savait pas ce qui s'était passé, mais elle n'aimait pas ce qu'elle voyait.
- Je continue à nettoyer la plaie ? demanda Manuel d'une voix hésitante.
- Oui.
Elle alla chercher spn petit Olympus Autofocus et prit plusieurs photos des blessures en changeant de position pour avoir un meilleur éclairage. Cela vraiment à des morsures. Quand le blessé fit entendre un gémissement, elle reposa son appareil et se pencha vers le jeune homme. Elle vit ses lèvres remuer.
- Jun... articula t'il avec difficulté. Lo Jun...Ko !
A ces mots, Manuel eut un mouvement de recul horrifié.
- Qu'est ce que ça veut dire ? demanda Bobbie.
- Je ne sais pas, docteur, répondit vivement Manuele en secouant la tête. Lo Junko... No es Alolién.
- Vraiment ? fit Bobbie, qui avait pourtant cru reconnaître des mots Aloliens. Dans ce cas, continuez à nettoyer ses blessures.
- Non, docteur, répliqua Manuel en froncant le nez. Mauvaise odeur, ajouta t'il en se signant.
Bobbie examina de nouveau les traînées d'écume visqueuse. Elle en prit un peu et la frotta entre ses doigts : cela ressemblait beaucoup à de la bave... Le blessé remua encore les lèvres.
- Jungko, murmura t'il d'une voix à peine audible.
- Il a été mordu, fit Manuel d'une voix horrifiée.
- Par quoi ?
- Un Jungko.
- Qu'est ce que c'est ?
- Lo Marshadow.
Le visage de Bobbie s'assombrit. Les Aloliens n'étaient pas particuliérement superstitieux, mais elle avait déjà entendu au village ce nom de Marshadow. S'il fallait en croire les rumeurs, il s'agissait d'esprits nocturnes, de vampires qui enlevaient des enfants en bas âge. D'après les croyances populaires, les Marshadows, qui vivaient autrefois dans les montagnes, habitaient maintenant dans les îles.
Manuel continuait à reculer en se signant et en marmonnant des paroles incompréhensibles.
- Ce n'est pas normal, cette odeur, murmura t'il. C'est lo Marshadow. Bobbie s'apprêtait à lui ordonner de se remettre au travail quand le blessé ouvrit les yeux et se dressa sur son séant. Manuel poussa un hurlement de terreur. Le jeune homme gémit et tourna la tête de droite et de gauche, les yeux écarquillés, puis il vomit du sang. Il se tordit aussitôt dans les convulsions. Bobbie essaya de le retenir, mais il tomba de la table sur le sol de ciment. Il vomit derechef, il y avait du sang partout.
- Que se passe t'il ? demanda Ed Regis en ouvrant brusquement la porte.
En voyant le sang, il se détourna en portant la main à sa bouche. Bobbie saisit une baguette qu'elle glissa entre les mâchoires crispées du jeune homme, mais elle comprit qu'il était trop tard. Le corps fut secoué d'un dernier spasme, puis il se détendit et demeura inerte.
Elle se pencha pour pratiquer le bouche à bouche, mais Manuel la prit par l'épaule et la tira violemment en arrière.
- Non ! s'écria t'il. Lo Marshadow passerait dans votre corps.
- Manuel, je vous en prie !
- Non ! répéta t'il en affrontant hardiment son regard. Il y a des choses que vous ne pouvez pas comprendre !
Bobbie baissa les yeux sur le corps étendu sur le ciment et elle comprit qu'il ne servait à rien d'insister : jamais elle n'aurait réussi à le ranimer. Manuel appela les noirs, qui entrérent dans la salle d'examens et emportèrent le corps. Ed apparut à son tour, s'essuyant la bouche du dos de la main.
- Je suis sur que vous avez fait tout votre possible, marmonna t'il.
Bobbie suivit du regard les hommes qui transportaient le corps. Ils le hissèrent dans l'hélicoptère et l'appareil décolla aussitôt en vrombissant.
- C'est mieux comme ça, déclara Manuel.
Bobbie songeait encore aux mains du jeune homme, sillonées de coupures et couvertes d'ecchymoses, des mains levées pour se défendre. Elle avait maintenant la conviction qu'il n'avait pas péri dans un accident du travail, mais qu'il avait été attaqué et avait simplement cherché à se protéger.
- Où se trouve cette île ? demanda t'elle.
- Dans l'océan. A environ cent quatre-vingts kilomètres de la côte.
- Un endroit bien isolé pour un parc de loisirs.
- J'espère qu'ils ne reviendront pas, dit Manuel en suivant des yeux l'hélicoptère qui s'éloignait rapidement.
J'ai au moins réussi à prendre quelques photos, songea Bobbie. Mais, quand elle retourna dans la salle d'examens, elle constata que son appareil avait disparu.


Dans le courant de la nuit, la pluie cessa enfin. Seule dans sa chambre, à l'arrière de la clinique, Bobbie se plongea dans son dictionnaire d'Alolien très usagé. Le jeune homme avait dit "Jungko" et malgré les dénégations de Manuel, elle soupçonnait que c'était un mot Alolien. Elle le trouva effectivement ; il signifiait "ravisseur" ou "kidnappeur".
Cela lui donna à réfléchir ; le sens de ce mot était étrangement proche de celui de Marshadow. Il allait sans dire qu'elle ne croyait pas à cette superstition et que les mains du jeune homme n'avaient pas été lacérées par un fantôme.
Qu'avait t'il essayé de lui révéler ?
Elle entendit des gémissements venant de la pièce voisine. Une des villageoises était dans les douleurs de l'accouchement et Elena Morales, la sage-femme de la clinique, se trouvait à son chevet. Bobbie entra dans la salle de travail et fit signe à Elena de sortir avec elle.
- Elena...
- Si, docteur ?
- Savez vous ce qu'est un raptor ?
Robuste et grisonnante, âgée d'une soixantaine d'années, la sage-femme avait l'esprit pratique et les pieds sur terre. A la clarté des étoiles, Bobbie la vit plisser le front.
- Un raptor ?
- Oui. Vous connaissez ce mot ?
- Si, fit Elena en hochant la tête. C'est... Une personne qui vient dans la nuit et qui enlève un enfant.
- Un kidnappeur ?
- Oui.
- Un Marshadow ?
L'attitude de la sage-femme changea du tout au tout.
- Ne prononcez pas ce mot, docteur.
- Pourquoi ?
- Ne parlez pas de Marshadow en ce moment, reprit Elena avec fermeté en indiquant de la tête la porte de la salle de travail. Ce n'est pas prudent.
- Est ce qu'un Jungko mord et lacére ses victimes ? insista Bobbie.
- Non, docteur, répondit la sage-femme, l'air perplexe. Pas du tout... Un Jungko est un homme qui enlève les nouveaux-nés.
Elle semblait irritée par la conversation et impatiente d'y mettre un terme.
- Je vous appellerai quand elle sera prête, docteur, poursuivit t'elle en repartant vers la salle de travail. Je pense qu'il y en a encore pour une ou deux heures.
Bobbie leva la tête vers les étoiles. Elle entendait le doux clapotis des vagues sur la grève et distinguait dans l'obscurité les barques de pêche amarrées à une encablure du rivage. La scéne était si paisible, si rassurante, qu'elle se sentait idiote de parler de vampires et de bébés kidnappés.
Bobbie regagna sa chambre en se souvenant que Manuel avait affirmé avec insistance que ce n'était pas un mot Alolien. Par curiosité, elle ouvrit son petit dictionnaire de Galarien, et, à son grand étonnement, elle découvrit que le mot y figurait également.

Jungko [deriv of L. Jungko pillard, kl. raptus] : oiseau de proie.

Posté à 19h23 le 27/09/20

La côte de la mer intérieure.



La température dépassait 35°C. Alan Grant était accroupi, le nez à quelques centimètres du sol. Il avait mal aux genoux malgré ses genouillères de grosse toile, la poussière alcaline lui irritait les poumons et des gouttes de sueur coulaient de son front. Mais Grant était indifférent à l'inconfort de sa position. Toute son attention était concentrée sur les quinze centimètres carrés de terre qui se trouvaient juste devant lui.
Travaillant patiemment à l'aide d'un cure-dents et d'une brosse de peintre en poil de Camérupt, il était en train d'exhumer un minuscule fragment de maxillaire en forme de L, long de vingt-cinq millimètres et pas plus épais que son auriculaire. Les dents, qui formaient une rangée de petites pointes, étaient plantées selon un angle caractéristique. Des débris d'os se détachaient à mesure qu'il progressait. Grant s'arrêta quelques instants pour enduire l'os de colle avant de poursuivre sa tâche. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait d'un maxillaire ayant appartenu à un bébé dinosaure carnivore, mort depuis soixante-dix-neuf millions d'années, à l'âge de deux mois.
Si la chance était avec lui, Grant pouvait découvrir le reste du squelette. Et, si cela se réalisait, ce serait le premier squelette complet d'un bébé carnivore...
- Ohé ! Alan !
Grant leva la tête en plissant les yeux pour se protéger du soleil. Il ajusta ses lunettes de soleil et s'essuya le front du revers de la main.
Il se trouvait sur le flanc d'une butte isolée par l'érosion, dans les bad lands du Désert Délassant, à Unys. Sous le ciel d'un bleu implacable, des éminences de calcaire érodé parsemaient la plaine à perte de vue. Pas le moindre buisson, pas un seul arbre à l'horizon : rien que la pierre dénudée, le soleil brûlant et les gémissements du vent.
Les visiteurs trouvaient les bad lands d'une austérité déprimante, mais, quand Grant contemplait ce paysage, il y voyait tout autre chose. Ces terres désolées étaient tout ce qui restait d'un monde très différent, disparu depuis quatre-vingt millions d'années. Grant se représentait un lieu chaud et marécageux formant la limite d'une vaste mer intérieure. Cette mer, large de plusieurs centaines de kilomètres, s'étendait du mont Foré, de formation très récente, au mont Renenvers. Tout le Middle West d'Unys était sous l'eau.
A l'époque, il y avait de petits nuages dans le ciel assombri par la fumée des volcans voisins. L'atmosphère était plus dense, plus riche en gaz carbonique, et les plantes poussaient rapidement en bordure de la mer. Il n'y avait pas de poissons dans ces eaux, mais des Crustabri et des Ammonistar. Des ptérosaures descendaient en piqué pour saisir des algues flottant à la surface de l'eau. Quelques dinosaures carnivores rôdaient entre les palmiers poussant sur les rives marécageuses. Au large apparaissait une petite ile, d'une superficie d'un hectare. Bordée par une végétation dense, cette ile formait un sanctuaire où des troupeaux de dinosaures herbivores à bec de canard pondaient leurs œufs dans des nids communautaires et élevaient leurs petits.
Pendant les millions d'années qui suivirent, la profondeur du gigantesque lac alcalin d'un vert pâle diminua et toute l'eau finit par disparaitre. La terre dénudée se plissa et se craquela sous l'effet de la chaleur : l'ile où les dinosaures pondaient leurs œufs devint le mamelon érodé au flanc duquel Alan Grant, un barbu de quarante ans au large poitrail, était en train de creuser.
- Ohé ! Alan !
Il se releva. Il entendit le halètement du générateur portable et le fracas lointain du marteau-piqueur attaquant la roche de la colline voisine. Il vit les étudiants s'agiter autour de la machine et écarter les blocs de pierre après avoir vérifié qu'ils ne renfermaient pas de fossiles. Au pied de la colline, il vit les six tipis du campement, la tente de la cantine battue par le vent et la caravane qui faisait office de laboratoire de campagne. Il vit Ellie qui lui faisait de grands signes de la main à l'ombre de la caravane, accompagnée de son Mimantis.
- De la visite ! cria-t-elle en tendant le bras vers l'est.
Grant distingua le nuage de poussière et la Ford bleue cahotant sur la route défoncée. Il regarda sa montre : pile à l'heure. Sur la colline voisine, les jeunes gens suivaient la voiture avec intérêt. Les visiteurs étaient rares dans le Désert Délassant et les raisons poussant un policier de l'Agence pour la protection de l'environnement à venir voit Alan Grant avaient donné lieu à bien des conjectures.
Mais Grant savait que la paléontologie, la science des êtres disparus, prenait depuis quelques années une importance inattendue dans le monde moderne. Ce monde changeait rapidement et des questions urgentes sur les conditions météorologiques, la déforestation, le réchauffement général de l'atmosphère ou la couche d'ozone semblaient pouvoir obtenir des réponses, au moins partielles, du passé. Les paléontologistes étaient en mesure de fournir certaines précisions et, en deux occasions, Alan Grant avait été appelé à témoigner en qualité d'expert.
Suivi de son fidèle Minotaupe, il commença à descendre la colline pour aller à la rencontre du visiteur.

La poussière blanche fit tousser l'homme tandis qu'il claquait la portière de la voiture.
- Beladonis, F.P.I. (section A.P.E.), dit-il en tendant la main. Je travaille actuellement pour le bureau de Janusia.
- Vous avez l'air d'avoir chaud, fit Grant après s'être présenté. Voulez vous une bière ?
- Et comment !
Beladonis n'avait pas 30 ans. Malgré la chaleur, il portait un long imperméable brun, une cravate et tenait un porte-document. Il portait une Pokéball à sa ceinture. Ses chaussures à languette crissaient sur les pierres tandis que les deux hommes se dirigeaient vers la caravane.
- Quand je suis arrivé au sommet de la colline, fit Beladonis en désignant les tipis, j'ai cru que c'était une réserve indienne.
- Non, répliqua Grant, mais c'est le meilleur moyen de vivre par ici.
Il lui expliqua qu'en 1978, la première année des fouilles, ils avaient fait venir des tentes octogonales ultra-perfectionnées, mais le vent les avaient renversées. Ils essayèrent ensuite d'autres modèles, mais le résultat fut le même. Ils décidèrent enfin de monder des tipis, plus spacieux, plus confortables et plus stables quand le vent soufflait.
- Ce sont des tipis de Pieds-Noirs, ajouta Grant. Ils sont tendus sur quatre piquets alors que ceux des Sioux n'en ont que trois. Mais comme nous sommes sur le territoire des Pieds-Noirs, nous avons pensé...
- Oui, oui, bonne idée, fit Beladonis, les yeux plissés, et parcourant du regard le paysage désolé. Depuis combien de temps êtes vous ici ?
- A peu près soixante caisses, répondit Grant. Nous mesurons le temps en caisses de bière, expliqua-t-il en voyant l'air surpris de l'inspecteur. Nous commençons en juin avec cent caisses et nous en avons fini une soixantaine.
- Soixante-trois, pour être précis, lança Ellie Sattler au moment ou ils arrivaient devant la caravane.
Grant souris en voyant Beladonis écarquiller les yeux. Âgée de vingt-quatre ans, le teint hâlé, des cheveux blonds attachés en queue-de-cheval, Ellie portait un jean coupé en haut des cuisses et une chemise nouée autour de la taille.
- Si nous tenons le coup, c'est grâce à elle, poursuivit Grant après avoir fait les présentations. Elle est très bonne dans sa partie.
- Quelle est sa partie ? demanda Beladonis.
- Paléobotanique, répondit Ellie. Et je m'occupe aussi des préparations de routine.
Elle ouvrit la porte et ils entrèrent dans la caravane. La climatisation abaissait seulement la température à 28°C, mais ils eurent une impression de fraicheur après la chaleur torride de midi. Plusieurs longues tables de bois étaient alignées, sur lesquelles de petits fragments d'os étaient soigneusement disposés et étiquetés. Un peu plus loin, il y avait des plats et des pots de céramique. Une forte odeur de vinaigre flottait dans l'air.
- Je croyais que les dinosaures étaient très gros, dit Beladonis en regardant les os.
- C'est vrai, fit Ellie, mais tout ce que vous voyez ici provient de bébés. Le site du Désert Délassant est particulièrement important pour le nombre de nids fossilisés. Avant que nous commencions les travaux sur ce gisement, les bébés dinosaures étaient très mal connus, puisqu'un seul nids avait été découvert, dans le désert de Gobi. Ici, nous avons mis au jour une douzaine de nids de Muplodocus, avec des œufs et des squelettes de bébés.
En se dirigeant vers le réfrigérateur, Grant montra à Beladonis les bains d'acide acétique utilisés pour dissoudre la gangue calcaire entourant les fragiles ossements.
- On dirait des os de Galifeu, fit Beladonis en se penchant vers les plats de céramique.
- Oui, acquiesça Ellie. Ils ressemblent à des os d'oiseaux.
- Et ceux-là ? demanda Beladonis en montrant par la fenêtre de la caravane des piles de gros os enveloppés dans des bâches en plastique.
- Des rebuts. Des débris trop fragmentaire que nous avons extraits. Avant, nous les aurions jetés mais, aujourd'hui, nous faisons faire des analyses génétiques.
- Des analyses génétiques ? répéta Beladonis.
- Tenez, fit Grant en lui fourrant une bière dans la main.
Il en tendit une autre à Ellie qui la but au goulot en rejetant son long cou en arrière sous le regard ahuri de Beladonis.
- Comme vous le voyez, nous ne faisons pas de manières ici, déclara Grant. Voulez-vous passer dans mon bureau ?
- Avec plaisir, répondit Beladonis.
Le chercheur le précéda tout au fond de la caravane où se trouvaient un canapé défoncé, un fauteuil affaissé et une table basse de guingois. Grant se laissa tomber sur le canapé qui émit un craquement et projeta un nuage de poussière crayeuse. Tandis que son Minotaupe grimpait à son tour sur le canapé, il s'appuya contre le dossier, posa ses bottes sur le bord de la table et indiqua le fauteuil au visiteur.
- Asseyez vous donc.

Alan Grant était professeur de paléontologie à l'université d'Ogoesse et l'un des plus éminents chercheurs dans son domaine, mais il fuyait les mondanités. Il se considérait comme un homme de terrain et savait que, dans sa spécialité, les découvertes les plus importantes étaient faites sur le terrain, avec les mains. Grant supportait difficilement les universitaires et autres conservateurs de musée, ceux qu'il surnommait les "chasseurs de dinosaures en chambre", et dont il mettait un point d'honneur à se distinguer, aussi bien dans sa mise que dans son attitude, allant jusqu'à donner ses cours en jean et tennis.
Grant regarda Beladonis épousseter soigneusement le fauteuil avant de s'asseoir, ouvrir son porte-document, fouiller ses papiers, tourner la tête vers Ellie qui retirait des os d'un bain d'acide avec des pincettes sans prêter la moindre attention aux deux hommes.
- Vous devez vous demander ce que je suis venu faire ?
- C'est un long trajet, monsieur Beladonis, fit Grant en hochant la tête.
- Allons droit au but, si vous voulez bien. L'Agence pour la protection de l'environnement se préoccupe des activités de la fondation Hammond qui vous verse des subsides.
- Trente mille dollars par an, confirma Grant en hochant la tête. Depuis cinq ans.
- Que savez vous sur cette fondation ?
- La fondation Hammond est une source respectée de subventions universitaires. Elle finance des recherches dans le monde entier, y compris les travaux de plusieurs spécialistes des dinosaures. Je sais qu'elle aide financièrement Bob Kerry, à Arpentières, et John Weller, dans le mont Foré. Il y en a probablement d'autres.
- Savez vous pourquoi la fondation Hammond subventionne tant de recherches sur les dinosaures ? poursuivit Beladonis.
- Bien sûr. C'est car le vieux John Hammond est dingue de ces gros pokémons.
- L'avez vous déjà rencontré ?
-Une ou deux fois, répondit Grant avec un haussement d'épaules. Il est venu nous rendre de courtes visites. Il n'est plus de la première jeunesse, vous savez. C'est un excentrique, comme le sont parfois les gens très riches, mais il est toujours plein d'enthousiasme. Pourquoi cette question ?
- Eh bien, répondit Beladonis, il se trouve que la fondation Hammond est un organisme assez mystérieux.
Il prit dans ses papiers la photocopie d'un planisphère parsemé de points rouges, qu'il tendit à Grant.
- Voici les fouilles que la fondation a finançée l'année dernière. Est-ce que vous remarquez quelque chose de curieux ? Désert Délassant, Arpentières, Sinnoh, Johto... Uniquement des sites septentrionaux. Il n'y a rien en dessous du quarante-cinquième paralléle. Et tous les ans, c'est la même chose, ajouta Beladonis en sortant d'autres cartes. Jamais aucun programme de recherche n'a été subventionné dans le sud, que ce soit à Hoenn, à Alola ou autre part. La fondation Hammond finance exclusivement des fouilles dans les régions froides. Nous aimerions savoir pourquoi.
Grant parcourut rapidement les cartes du regard. S'il était vrai que seules les fouilles dans les régions froides recevaient une aide financière de la fondation, c'était un politique bizarre, car certains des meilleurs chercheurs travaillaient dans les pays chauds et...
- Il y a d'autres énigmes, reprit Beladonis. Quel est par exemple le lien entre les dinosaures et l'ambre ?
- L'ambre ?
- Oui. La résine fossilisée, dure est jaune...
- Je sais ce que c'est, le coupa Grant. Mais pourquoi me posez vous cette question ?
- Parce que, depuis cinq ans, Hammond a fait l'acquisition d'énormes quantités d'ambre aussi bien à Unys qu'à Kalos ou à Kanto, y compris un certains nombre de bijoux dignes d'être exposés dans les musées. La fondation a investi dix-sept millions de dollars dans des achats d'ambre. Elle posséde aujourd'hui la plus importante réserve privée du monde.
- Je ne comprends pas pourquoi, dit Grant.
- Personne ne comprend pourquoi. Autant que nous puissions en juger, cela ne méne à rien. L'ambre synthétique est facile à produire ; cette matière n'a aucune valeur commerciale ni militaire. Il n'y a aucune raison de la stocker, mais c'est ce que fait Hammond depuis plusieurs années. Il a notamment fait acquisition d'un morceau d'ambre de Kanto gigantesque, dans lequel aurait été retrouvé un os de ptéra.
- De l'ambre, murmura Grant en secouhant la tête.
- Et cette ile à Alola ? poursuivit Beladonis. Il y a dix ans, la fondation Hammond a loué une ile au gouvernement de cet archipel, soi-disant pour y créer une réserve biologique.
- Je ne suis pas au courant, fit Grant, l'air perplexe.
- Je n'ai pas réussi à découvrir grand-chose, reconnut Beladonis. L'ile se trouve entre Volucité et l'ile de Poni. Elle est très accidentée et, dans ces parages, la conjonction des vents et des courants engendre un brouillard presque permanent. Les autochtones la surnomment l'ile des brumes, Isla Nublar. Les Aloliens ne comprenaient pas que quelqu'un s'y intéresse. Si je vous en parle, poursuivit l'inspecteur en fouillant dans son porte-documents, c'est parce que d'après nos dossiers, vous avez reçu des honoraires de consultant à propos de cette ile.
- Moi ? demanda Grant.
Beladonis lui tendit une feuille de papier. C'était la photocopie d'un chèque émis en mars 1984 par InGen Inc., Volucité, Unys. Payez contre ce chèque à M.Alan Grant la somme de douze mille PokéDollars. Au bas du chèque, dans l'angle, était écrit : Honoraires consultants/Alola/Hyperespace Jeunesse.
- Oui, fit Grant, je m'en souvient. C'était une histoire très bizarre, mais je m'en souvient très bien. Et cela n'avait rien à voir avec une ile.

C'est en 1979 qu'Alan Grant avait découvert sa première couvée d’œufs de dinosaures et il en avait exhumé plusieurs autres pendant les deux années suivantes. Mais c'est seulement en 1983 que les résultats de ses recherches avaient été publiés. Sa description d'un troupeau de dix milles Muplodocus vivant sur la rive d'une vaste mer intérieure, construisant dans la boue des nids communautaires et élevant leurs petits au sein du troupeau, avait fait de lui du jour au lendemain une célébrité. La notion d'instinct maternel chez les dinosaures géants - et les croquis d'adorables bébés Mucuscules pointant le museau à travers la coquilles de leur œuf - avait séduit dans le monde entier. Grant s'était vu harcelé de demandes d'interviews, de conférences et de livres. Fidèle à son image, il avait refusé en bloc, car seule la poursuite de ses fouilles intéressait. C'est pendant cette période agitée des années 83-84 que la société InGen lui avait proposé un poste de consultant.
- Aviez vous déjà entendu parler d'InGen ? demanda Beladonis.
- Non.
- Comment ont-ils pris contact avec vous ?
- J'ai reçu un message d'un certain Gennaro, ou Gennino, quelque chose comme ça.
- Donald Gennaro, confirma Beladonis avec un petit hochement de tête. C'est leur conseiller juridique.
- Quoi qu'il en soit, ce Gennaro voulait se renseigner sur les habitudes alimentaires des dinosaures et il m'a proposé de l'argent si j'écrivais ce que je savais là-dessus.
Grant vida sa bière et la posa sur le plancher.
- Gennaro s'intéressait surtout aux jeunes dinosaures. Il voulait savoir ce que mangeaient les bébés et les jeunes. Il devait penser que je savais tout cela.
- Et ce n'est pas le cas ?
- Pas vraiment. Nous avons découvert un grand nombre d'ossements, mais nous disposions de peu d'éléments sur le régime alimentaire. Gennaro m'a dit qu'il savait que tout n'avait pas été publié et il voulait tout ce que nous avions. Il m'a proposé une très grosse somme : cinquante mille PokéDollars.
- Vous permettez ? demanda Beladonis en prenant un magnétophone qu'il posa sur la table basse.
- Je vous en prie.
- Gennaro vous a donc téléphoné en 1984. Que s'est-il passé ensuite ?
- Vous avez vu notre site, répondit Grant. Cinquante mille dollars nous permettaient de financer les fouilles pendant deux étés. Je lui ai dit que je ferais le maximum.
- Vous avez donc accepté de rédiger un document ?
- Oui.
- Sur l'alimentation des jeunes dinosaures ?
- Oui.
- Avez vous rencontré Gennaro ?
- Non, tout s'est passé au téléphone.
- Gennaro vous a-t-il dit pourquoi il voulait ces renseignements ?
-Oui, répondit Grant. Il se proposait d'ouvrir un musée pour enfant et il désirait présenter des bébés dinosaures. Il m'a dit qu'il avait engagé un certain nombre de consultants choisis dans le corps universitaire et m'a donné quelques noms. Il y avait plusieurs paléontologistes, un mathématicien de Ville Noire nommé Ian Malcolm, deux écologistes, un analyste-programmeur. Une bonne équipe.
- Vous avez donc accepté ce poste de consultant ? demanda Beladonis en prenant des notes.
- Oui. J'ai accepté de lui envoyer un résumé de nos travaux, ce que nous savions sur les Muplodocus que nous avions découvert.
- Quels genres de renseignements lui avez vous fourni ? demanda Beladonis.
- Nidification, étendue du territoire, habitudes alimentaires, comportement social. Tout.
- Comment Gennaro réagissait-il ?
- Il ne cessait de téléphoner. Parfois en pleine nuit pour demander si les dinosaures mangeaient telle ou telle chose, si tel ou tel objet pouvait être exposé. Je n'ai jamais compris pourquoi il se mettait dans cet état. Bien sur, les dinosaures sont importants, mais pas à ce point-là. Ils ont disparu depuis soixante-cinq millions d'années et il aurait pu attendre le lendemain matin pour téléphoner !

- Je vois, dit Beladonis. Et les cinquante mille PokéDollars ?
- Finalement, j'en ai eu assez de Gennaro et j'ai laissé tomber. Nous nous sommes mit d'accord sur la somme de douze mille PokéDollars. Ce devait être vers l'été 1985.
- Et InGen ? demanda Beladonis en griffonant quelques chiffres. Avez vous eu d'autres rapports avec eux ?
- Pas depuis 1985.
- Quand la fondation Hammond a-t-elle commencée à financer vos recherches ?
- Il faudrait que je vérifie, répondit Grant, mais c'était à la même époque.
- Tout ce que vous savez sur Hammond, c'est qu'il est riche et passioné par les dinosaures ?
- Oui.
Beladonis continua de prendre des notes.
- Ecoutez, fit Grant, si l'Agence pour la protection de l'environnement s'intéresse tellement à Hammond et à ses activités - les fouilles dans les pays froids, les achats d'ambres, l'ile à Alola -, pourquoi ne l'interrogez vous pas ?
- Pour l'instant, c'est impossible.
- Pourquoi ?
- Parce que nous n'avons aucune preuve que ses activités soient illégales. Mais pour moi, il ne fait aucun doute que John Hammond tourne la loi.

- C'est le Bureau des transferts de technologies qui nous a alerté, expliqua Beladonis. Cet organisme contrôle les expéditions de matériel Unysois pouvant avoir de l'importance dans le domaine militaire. Ils ont appelé pour nous signaler qu'InGen avait peut-être effectué des transferts de technologies illégaux dans deux secteurs d'activités. D'une part, trois PorygonXMP avaient étés expédiés à Alola sous le couvert d'un envoi de matériel à une autre division de l'entreprise et en spécifiant qu'ils n'étaient pas destinés à la revente. Mais le Bureau se demandait qui pourrait avoir besoin de machines aussi performantes à Alola.
- Trois Porygon... ce sont bien des programmes informatiques ?
- Les XMP sont une amélioration extrêmement puissante du programme Porygon2 aujourd'hui banal. Pour vous donner une idée, la puissance de calcul de trois PorygonXMP est supérieure à celle de l'équipement informatique de n'importe quelle compagnie privée Unysoise. Et InGen les a envoyés à Alola... On est bien obligé de se poser des questions.
- Je donne ma langue au chat. Vous savez pourquoi ?
- Personne ne le sait. Et le cas des Motisma-Hood est encore plus inquiétant. Ce sont des séquenceurs automatiques boostés par un Motisma, des machines capables de déterminer seules les codes génétiques, si récentes qu'elles ne figurent pas encore sur la liste du matériel sensible. Mais n'importe quel laboratoire de génie génétique peut en posséder une, s'il a les moyens de débourser un demi-million de PokéDollars. Si mes renseignement sont exacts, poursuivit-il en consultant ses notes, InGen a expédié vingt-quatre Motisma-Hood vers son ile d'Alola. Ils affirment là aussi qu'il s'agit d'un transfert de matériel vers une filiale de l'entreprise et non une exportation. Le Bureau des transferts de technologies n'a pas pu faire grand-chose, car l'utilisation du matériel n'est pas officiellement de son ressort. Mais, à l'évidence, InGen est en train de mettre sur pied l'une des plus importantes installations de génie génétique du monde dans un petit pays. Un pays sans réglementation. Cela s'est déjà vu.
- Il y avait déjà plusieurs entreprises de biotechnologies qui s'étaient installées à l'étranger afin d'échapper aux lois et réglementations en vigueur à Unys. Le cas le plus flagrant était celui de BioSyn.
En 1986, la Genetic BioSyn Corporation, de Janusia, expérimenta un vaccin antirabique dans une ferme de Johto sans en avertir les autorités locales ni les ouvriers agricoles et sans prendre la moindre précaution.
Le vaccin consistait en un échantillon de Pokérus, dont on avait modifié le matériel génétique pour rendre le virus inactif. Mais la virulence n'avait pas été vérifiée : BioSyn ne savait pas si l'échantillon pouvait inoculer la rage. De plus, le virus avait été modifié. On ne pouvait en principe contracter la rage qu'après avoir été mordu par un animal atteint, mais les expériences de BioSyn sur le virus lui permettaient de traverser les alvéoles pulmonaires de sorte qu'il suffisait de respirer pour être infecté. Les chercheurs de BioSyn transportèrent le virus dans un sac, sur un vol commercial. Beladonis s'était souvent demandé ce qui serait arrivé si la capsule s'était brisée pendant le vol. Tout les voyageurs auraient pu contracter le Pokérus.
C'était une attitude scandaleuse, irresponsable. C'était une négligence criminelle. Et pourtant aucune mesure ne fut prise contre BioSyn. Les ouvriers agricoles qui avaient risqués leur vie sans le savoir n'étaient que des paysans ignorants ; le gouvernement de Johto avait une crise sur les bras et d'autres Chaffreux à fouetter ; les autorités Unysoises ne pouvaient exercer leur juridiction. Lewis Nikolai Dogson, le généticien responsable du projet, était toujours employé par BioSyn qui continuai d'agir avec la même insouciance. Et d'autres entreprises Unysoise s'empressaient de s'installer dans des régions dont la législation n'était pas adaptée au développement des recherches génétiques. Des régions pour qui le génie génétique n'était qu'une des technologies de pointe et qui acqueillaient ces entreprises sur leur territoire sans soupçonner les périls qu'elles leur faisait courir.
- Voilà donc pourquoi nous avons commencez à nous intéresser à InGen, reprit Beladonis. Cela remonte à trois semaines.
- Qu'avez vous découvert ? demanda Grant.
- Pas grand-chose, reconnut le jeune homme. A mon retour à Volucité, nous serons probablement obligés de clore l'enquête. Et je pense avoir à peu près terminé. A propos, que signifie "hyperespace jeunesse" ?
- C'était juste une appelation fantaisiste pour mon rapport, répondit Grant. Hyperespace est un terme désignant un espace multidimensionnel. D'après certains de mes confréres, le comportement d'un animal doit être considéré à l'intérieur d'un hyperespace écologique. Un "hyperespace jeunesse" - expression prétentieuse s'il en fut - fait simplement allusion au comportement de jeunes dinosaures.
L'Holokit sonna à l'autre extrémité de la caravane. Ellie décrocha.
- Il est en réunion en ce moment, dit-elle. Peut-il vous rappeler ?
- Merci pour votre aide, dit Beladonis en se levant et en refermant son porte-documents. Et pour la bière.
- Je vous en prie, fit Grant en le raccompagnant jusqu'à la porte.
- Hammond vous a-t-il demandé de lui fournir du matériel provenant de votre site ? Des os, des oeufs, ce genre de chose ?
- Non.
- D'après le Dr.Sattler, vous faites des travaux de génétique ici...
- Ce n'est pas exactement cela, rétorqua Grant. Quand nous mettons au jour des fossiles endommagés ou qui, pour toute autre raison, ne peuvent être conservés dans un musée, nous expédions les ossements à un laboratoire qui les broie et essaie d'en extraire des protéines. Ces protéines sont identifiés et on nous envoie les résultats.
- Quel est le nom de ce laboratoire ? demanda Beladonis.
- Medical Biologic Services, à Janusia.
- Comment l'avez vous choisi ?
- Leurs prix sont compétitifs.
- Ce laboratoire n'a rien à voir avec InGen ? insista Beladonis.
- Pas à ma connaissance.
Grant ouvrit la porte de la caravane et sentit un souffle d'air brulant. Beladonis prit le temps de mettre ses lunettes de soleil.
- Une dernière chose, dit-il. Imaginons que le véritable objectif d'InGen n'ait pas été une exposition dans un musée. Auraient-ils pu utiliser d'une autre maniére les renseignements que vous leur avez fournis ?
- Bien sûr, fit Grant en riant. Ils auraient pu nourrir un bébé Mucuscule.
- Un bébé Mucuscule, répéta Beladonis en se mettant à rire à son tour. J'aimerais bien voir cela. Quelle taille faisaient-ils ?
- Ils étaient grands comme ça, fit Grant en écartant les mains d'une quinzaine de centimétres. De la taille d'un Rongourmand.
- Et combien de temps fallait-il à l'animal pour évoluer ?
- A peu près trois ans, répondit Grant.
- Eh bien, reprit Beladonis en lui tenant la main, merci encore pour votre aide.
- Soyez prudent en conduisant, fit Grant.
Il attendit que Beladonis soit arrivé devant sa voiture, puis il referma la porte de la caravane.
- Que penses-tu de lui ? demanda-t-il à Ellie.
- Un garçon candide.
- As tu aimé la manière dont il a présenté John Hammond comme le parfait scélérat ? poursuivit Grant en riant. Hammond est à peu près aussi sinistre que Walt Disney... A propos, qui a appellé ?
- Une femme de Poni, Roberta Carter. Apparemment, elle voudrait que tu identifie un animal. Elle aimerait que tu la rappelle tout de suite.

Posté à 18h50 le 13/10/20

Squelette



Ellie Sattler écarta de son visage une mèche de cheveux blonds et reporta toute son attention sur les bains d'acides. Il y en avait six, échelonnés de cinq à trente pour cent. Elle devait surveiller les solution les plus fortes, sinon après avoir rongé le calcaire elles attaqueraient les os. Et les os d'un bébé dinosaure étaient extrêmement fragiles. Ellie s'émerveillait encore à l'idée qu'ils s'étaient conservés pendant quatre-vingts millions d'années.
Elle écouta distraitement Grant qui parlait au téléphone.
- Madame Carter ? Alan Grant à l'appareil. De quoi s'agit-il exactement ?... Vous avez quoi ? Un quoi ?
Il éclata d'un gros rire.
- Oh ! J'en doute fort, mademoiselle..., poursuivit le paléontologiste. Non, je regrette, je n'ai vraiment pas le temps. Écoutez, je veux bien jeter un coup d’œil, mais je peux déjà vous garantir qu'il s'agit d'un Salaméche. Mais... Oui, vous pouvez faire cela. D'accord, envoyez le tout de suite.
Grant raccrocha en secouant la tête.
- Les gens ont de ces idées, soupira-t-il.
- Que voulait-elle ? demanda Ellie.
- C'est à propos d'un lézard qu'elle essaie d'identifier, expliqua Grant. Elle va m'envoyer un fax d'une radiographie.
Il se dirigea vers le télécopieur et attendit la transmission du document.
- A propos, dit-il, j'ai fait une nouvelle trouvaille qui t'intéressera.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Je l'ai trouvé juste avant l'arrivée de Beladonis. Colline sud, horizon quatre. Un bébé Arcko, avec mâchoire et dentition complète : l'identification est donc facile. Et, comme le site à l'air intact, nous trouverons peut-être un squelette entier.
- Fantastique ! s'écria Ellie. Quel âge ?
- Tout jeune, répondit Grant. Entre deux et quatre mois.
- Tu es sûr qu'il s'agit d'un Arcko ?
- Je suis formel. La chance à peut-être enfin tournée.
Depuis deux ans, l'équipe travaillant sur le site du désert Délassant n'avait exhumé que des bébés Mucuscule. Ils avaient déjà rassemblé de nombreux indices attestant que de grands troupeaux de dix ou vingt milles de ces dinosaures herbivores parcouraient les plaines de crétacé comme on le verrai faire plus tard aux troupeaux de Frisons.
Mais une question se posait avec une insistance croissante : où étaient les prédateurs ?
Il allait de soi qu'ils étaient en nombre limité. Des études menées dans les parcs Safaris de Kanto et d'Hoenn montraient qu'il y avait en gros un prédateur carnivore pour quatre cents herbivores. Cela signifiait qu'un troupeau de dix milles Muplodocus pouvait nourrir vingt-cinq Rexillius. Ils avaient donc très peu de chances de découvrir les restes d'un grand prédateur.
Mais où étaient les petits ? Il y avait plusieurs dizaines de sites de nidifications au désert Délassant - à certains endroits, le sol était littéralement recouvert de morceaux de coquilles - et de nombreux petits dinosaures se nourrissaient d’œufs. Il aurait dû avoir une profusion de prédateurs de un à deux mètres de long, des animaux tels que Lézargus, Malamandre, Jungko et Drakkarmin.
Mais ils n'en avaient pas encore découvert un seul.
Ce squelette d'Arcko était peut-être le signe que la chance allait leur sourire. Et c'était un bébé ! Ellie savait que l'un des rêves d'Alan était d'étudier la manière dont les dinosaures carnivores élevaient leurs petits comme il l'avait fait pour les herbivores. Peut-être était-ce le premier pas sur la voie de la réalisation de ce rêve.
- Tu dois être très excité, lança-t-elle.
Grant ne répondit pas.
- J'ai dit : tu dois être très excité, répéta Ellie.
- Arceus ! murmura Grant, le regard fixé sur le télécopieur.

Ellie regarda le fax de la radiographie par-dessus l'épaule du paléontologiste et et elle expira lentement.
- Tu crois que c'est un amassicus ?
- Oui, répondit Grant. Ou bien un triassicus ; le squelette est si frêle.
- Mais ce n'est pas un simple lézard.
- Non. Pas un seul lézard à cinq doigts n'a foulé le sol de notre planète depuis deux cents millions d'années.
La première idée d'Ellie fut qu'il s'agissait d'un canular. Un canular habile et ingénieux, une menace dont tous les biologistes savaient qu'elle était omniprésente. Le plus célèbre canular, celui de l'Homme des ruines Zarbis, avait mystifié le monde entier pendant quarante ans et son auteur demeurait inconnu. Plus récemment, un astronome distingué du nom de Kosmo avait certifié qu'un Aéroptéryx, un oiseau fossile exposé au Museum d'Histoire Naturelle de Maillard, était un faux. Mais il fut prouvé par la suite qu'il était authentique.
L'essence d'un canular réussi consistait à présenter aux scientifiques ce qu'ils s'attendaient à voir. Pour Ellie, la radio était absolument exacte. Le pied tridactyle avait les proportions voulues, avec la griffe médiane plus petite que les deux autres. Le tibia était fort et sensiblement plus long que le fémur ; la cavitée cotyloide complète. La queue comptait quarante-cinq vertèbres. C'était bien un jeune Tritox.
- Cette radio est-elle truquée ? demanda Ellie.
- Je n'en sais rien, répondit Grant, mais il est presque impossible de falsifier une radio. Et Tritox est un animal peu connu ; même chez ceux qui connaissent bien les dinosaures, beaucoup n'ont jamais entendu parler de lui.
Ellie commença à lire le texte accompagnant le cliché.
- Spécimen découvert sur la plage de Poni, près du Village Flottant, le 16 juillet... Il semble qu'un Capidextre ai été en train de manger le Pokémon et c'est tout ce qui a pu être récupéré... Ha ! Il parait aussi que le lézard avait attaqué une petite fille.
- J'en doute, dit Grant, mais on ne sait jamais. Tritox était si petit et si léger que nous supposons qu'il était nécrophage, qu'il ne pouvait se nourrir que d'animaux morts. Pour ce qui est de la taille, poursuivit-il en mesurant rapidement, il ne fait que vingt centimètres de haut. A peu près la taille d'un Galifeu. Même un enfant lui paraitrait redoutable. Il pourrait s'attaquer à un bébé, mais pas à un enfant. Le front barré par un plis perplexe, Ellie étudiait la radio.
- Tu crois qu'il pourrait s'agir d'un Pokémon redécouvert ? Comme le Relicanth ?
- Peut-être, fit Grant.
Le Relicanth était un Pokémon poisson de type Eau et Roche long d'un mètre cinquante dont on croyait l'espèce disparue depuis soixante-cinq millions d'années, jusqu'à ce qu'un spécimen vivant soit pêché en 1938. Mais il y avait d'autres exemples : Ixon, l'évolution de Linéon de Galar, ainsi que toute sa lignée évolutive, dont on ne connaissait que quelques fossiles, jusqu'à ce qu'on trouve un Zigzaton de Galar dans une poubelle, à Smashings. Et Chovsourir, une chauve-souris frugivore d'Unys, un fossile de dix mille ans, dont la description fut faite par un zoologiste qui, peu de temps après, en reçut un spécimen vivant par la poste.
- Tu crois que cela peut-être sérieux ? insista Ellie. Quel âge aurait-il ?
- Ce n'est pas facile de déterminer l'âge, fit Grant en hochant la tête.
La plupart des Pokémon redécouverts s'ajoutaient aux fossiles connus remontant à une époque assez récente, de l'ordre de dix ou vingt mille ans. Certains dataient de quelques millions d'années, soixante-cinq pour le Relicanth, mais ce qu'ils avaient devant les yeux était nettement plus vieux. Les dinosaures avaient disparu à la fin du crétacé, soixante-cinq millions d'années avant notre ère. Leur apparition au trias remontait à peu près à deux cent vingt millions d'années et ils avaient dominé la vie de la planète pendant tout le jurassique, la période intermédiaire.
Tritox avait vécu au trias, en des temps si reculés que notre planète avait un aspect très différent de celui que nous connaissons. Tous les continents étaient rassemblés en un bloc unique, la Pangée, qui s'étendait d'un pôle à l'autre ; un gigantesque continent couvert de fougères et de forêts, comprenant quelques grands désert. L'océan Atlantique n'était qu'un lac étroit entre ce qui allait devenir Kanto d'un coté, Unys de l'autre. L'air était plus dense et la terre plus chaude. Il y avait des centaines de volcans actifs. C'est dans cet environnement que vivait Tritox.
- Nous savons, reprit Ellie, que certains Pokémons ont traversés le temps. Les Crocorible sont des animaux du trias qui ont survécus jusqu'à nos jours. Les Sharpedo aussi. Nous pouvons donc affirmer que c'est possible.
- Quelle autre explication peut-il y avoir ? fit Grant en acquiesçant de la tête. Soit la radio est truquée, ce dont je doute, soit cet animal vient d'être redécouvert. Je ne vois pas d'autre solution.
Le téléphone sonna.
- C'est probablement Roberta Carter qui rappelle, dit Grant. Voyons si elle acceptera de nous envoyer le Pokémon en chair et en os.
Il décrocha et se tourna vers Ellie, perplexe.
- Oui, je prends M.Hammond. Oui, oui, bien sûr.
- Hammond ? dit Ellie d'un ton interrogateur. Que veut-il ?
Grant secoua la tête en signe d'ignorance, puis il retourna son visage vers le combiné.
- Oui, monsieur Hammond. Oui, à moi aussi, cela me fait plaisir de vous entendre... Oui...
Il se tourna derechef vers Ellie.
- Ah bon ! C'est vrai ? Toujours aussi excentrique, ajouta-t-il à l'intention d'Ellie en posant la main sur le microphone. Il faut que tu écoute ça.
Grant enfonça la touche "haut-parleur" et Ellie entendit une voix râpeuse de vieillard, au débit rapide.
- ...Toutes ces tracasseries d'un type de l'A.P.E. qui doit être à moitié cinglé... On dirait qu'il travaille pour son compte... Il passe son temps à poser des questions et à fouiner partout. J'imagine que vous n'avez encore reçu la visite de personne...
- En fait, répondit Grant, quelqu'un est venu me voir.
- C'est bien ce que je craignais, ricana Hammond. Un jeunot du nom de Beladonis qui se croit plus malin que tout le monde ?
- Oui, il s'appelait bien Beladonis.
- Il va voir tout nos consultants, poursuivit Hammond. L'autre jour, il a rendu visite à Ian Malcolm... Vous savez, le mathématicien de Ville Noire. C'est lui qui m'a mit au courant. Nous essayons d'étouffer l'affaire, mais c'est tout à fait caractéristique de la manière dont agit le gouvernement : aucune plainte, aucune charge, rien que les tracasseries d'un blanc-bec qui voyage au frais du contribuable ! Vous a-t-il dérangé ? A-t-il interrompu votre travail ?
- Non, non, il ne m'a pas dérangé.
- Dans un certain sens, je le regrette, fit Hammond. Si c'était le cas, j'essaierais de faire mettre un terme à ses agissements. Nos avocats ont pris contact avec l'A.P.E. pour savoir quel était leur problème et ils ont prétendus ne pas être au courant ! Essayez de comprendre quelque chose à cette foutue bureaucratie ! Si vous voulez mon avis, je pense que ce jeune fouineur cherche à se renseigner sur notre ile à Alola. Vous savez que nous avions une ile là-bas ?
- Non, répondit Grant en regardant Ellie. Je n'était pas au courant.
- Mais si, nous avions achetés une ile et nous avons commencés à mettre sur pied notre affaire, il y a quatre ou cinq ans... je ne sais plus très bien. C'est une grande île, appelée Isla Nublar, à cent cinquante kilomètres de Volucité. Ce sera une réserve biologique... Un endroit de rêve, une végétation tropicale. Vous devriez aller y faire un tour, docteur.
Cela me parait très intéressant, répliqua Alan, mais, vous savez...
- Les travaux sont presque terminés maintenant, poursuivit Hammond sans le laisser achever sa phrase. Je vous ai envoyé une documentation. L'avez vous reçue ?
- Non, mais nous sommes si loin de tout.
- Vous l'aurez peut-être dans le courant de la journée. Etudiez-la... L'île est magnifique ; il y a tout ce dont on peux rêver... Un parc immense. Les travaux ont commencé il y a trente mois, vous imaginez ? L'ouverture est prévue pour septembre, l'an prochain. Vous devriez vraiment aller la voir.
- Cela à l'air très excitant, mais...
- En fait, poursuivit Hammond, je tiens absolument à ce que vous y alliez. Je sais que vous vous y sentirez en pays de connaissance, que vous serez absolument fasciné.
- Je suis en plein...., commença Grant.
- Ecoutez, je vais vous dire quelque chose, lança Hammond comme si l'idée kui venait juste à l'esprit. Il se trouve que certains de nos anciens consultants s'y rendent ce week-end pour la visiter. A nos frais, cela va sans dire. Ce serait merveilleux si vous pouviez nous donner votre avis.
- C'est impossible, affirma Grant.
- Juste pour le week-end, insista Hammond avec la jovialité irritante d'un vieillard obstiné. C'est tout ce que je vous demande, docteur... Je ne voudrais pas interrompre votre travail. Je sais à quel point c'est important... Ne jamais interrompre votre travail, je sais. Mais vous pourriez faire un saut, juste pour le week-end, et être de retour lundi.
- Non, je ne peux pas, dit Grant, Je viens juste de découvrir un nouveau squelette et...
- Oui, je comprends, mais je pense quand même que vous devriez venir, reprit Hammond qui n'écoutait même pas.
- De plus, nous venons de recevoir du matériel concernant une découverte tout à fait extraordinaire. Il s'agirait d'un Tritox vivant.
- Un quoi ? demanda Hammond ? Je n'ai pas bien compris, ajouta-t-il plus lentement. Vous avez dit un Tritox vivant ?
- Parfaitement, confirma Grant. Un spécimen biologique, un fragment de Pokémon rapporté d'Alola. Un Pokémon vivant. - Ca alors ! s'exclama Hammond. Un Pokémon vivant ! C'est extraordinaire !
- C'est aussi notre avis, fit Grant. Vous comprenez bien que le moment est mal choisi pour m'absenter...
- Vous avez parlé d'Alola ?
- Oui.
- Savez vous plus précisément où, à Alola ?
- Le Village Flottant de Poni. Mais je ne sais pas exactement où...
- Je vois, fit Hammond en s'éclaircissant la voix. Et quand ce spécimen est-il arrivé entre vos mains ?
- Aujourd'hui.
- Aujourd'hui... fit Hammond en s'éclaircissant la gorge. Je vois, je vois...
Grant se tourna vers Ellie et forma silencieusement avec les lèvres : Qu'est-ce qu'il a ?
Il a l'air troublé, fit-elle de la même manière, en secouant la tête.
Regarde si Morris est encore là.
Ellie se dirigea vers la fenêtre, mais la voiture était partie.
- Heu ! reprit Hammond en toussotant. En avez vous parlé à quelqu'un, docteur ?
- Non.
- Bien, très bien. Ecoutez, je vais être franc avec vous : il y a un petit problème dans cette ile et l'affaire avec l'Agence pour la Protection de l'Environnement arrive au mauvais moment.
- Que se passe-t-il ? demanda Grant.
- Eh bien, il y a eu des difficultés imprévues, des retards... Disons simplement que je suis sous pression en ce moment. J'aimerais que vous voyiez comment cela ce passe et que vous me donniez votre avis. Votre rémunération sera de vingt milles dollars par jour, le prix habituel pour nos consultants du week-end. Pour les trois jours, cela vous fera soixante mille dollars. Et, si le Dr.Sattler est libre, elle sera payée au même tarif. Nous avons besoin d'une botaniste. Qu'en pensez vous ?
Le regard d'Ellie resta fixé sur le visage de Grant tandis qu'il parlait.
- Ce que j'en pense, c'est qu'une telle somme nous permettrait de financer l'intégralité de nos travaux pendant les deux étés qui viennent.
- Parfait, parfait, fit distraitement Hammond qui semblait déjà avoir l'esprit ailleurs. Je veux que les choses soient aussi simples que possible... Je veux que les choses soient aussi simples que possibles... Je vais envoyer l'avion de la société vous prendre à l'aéroport privé qui se trouve à l'est de Parsemille. Vous voyez celui auquel je pense. En voiture, vous n'en avez que pour deux heures de trajet. Soyez-y demain, à 17 heures. Je vous y attendrai et nous partirons directement. Pouvez-vous prendre cet avion tout les deux ?
- Je pense que c'est possible.
- Parfait... Emportez le minimum de bagages. Vous n'aurez pas besoin de passeport. A demain.
Et John Hammond décrocha.

Posté à 16h34 le 22/10/20

Cowan, Swain et Ross



Le soleil de midi pénétrait dans le bureau du cabinet Cowan, Swain et Ross, donnant à la pièce une gaieté que Donald Gennaro était loin d'éprouver. La Pokémontre collée à l'oreille, il regardait son patron, Daniel Ross, une figure de croque-mort dans un complet sombre à petites rayures qui le faisait ressembler à un Noctunoir. Le Sovkipou de Gennaro était tout aussi mal à l'aise.
- Je comprend, John, dit Gennaro. Et Grant a accepté de venir ? Très bien... Oui, cela me convient parfaitement. Mes félicitations, John.
Il raccrocha et se tourna vers Ross.
- Nous ne pouvons plus faire confiance à Hammond, déclara-t-il. La pression est trop forte pour lui. L'Agence pour la Protection de l'Environnement a ouvert une enquête sur ses activités, les travaux ont pris du retard à Alola et les investisseurs commencent à s'impatienter. Trop de rumeurs ont courus, trop d'ouvriers sont morts... Et maintenant cette histoire d'un Trifox, Trihox... D'un de ces Pokémon vivants découvert à Poni.
- De quoi s'agit-il ? demanda Ross.
- Ce n'est peut-être rien, dit Gennaro. Mr.Rochard est l'un de nos principaux investisseur et j'ai reçu la semaine dernière un rapport de leur représentant à Volucité. Il semblerait que des lézards d'une espèce inconnue mordent des enfants sur la cote pacifique.
- Des lézards d'une espèce inconnue ? s'étonna Ross en écarquillant les yeux.
- Oui, répondit Gennaro. Nous ne devons pas prendre cela à la légère. Il faut faire une inspection de cette île sans perdre de temps. J'ai demandé à Hammond de prendre des dispositions pour organiser une inspection hebdomadaire des différents chantiers pendant les trois semaines à venir.
- Qu'a-t-il répondu ?
- Il affirme qu'il n'y a aucun problème dans l'ile et que toutes les mesures de sécurité nécessaire ont étés prises.
- Mais vous ne le croyez pas ?
- Non, je ne le crois pas.
Gennaro avait rejoint le cabinet Cowan, Swain et Ross après avoir commencé sa carrière dans une banque d'affaires. Les clients du cabinet, des sociétés de technologies avancées, avaient fréquemment besoin de capitaux que Gennaro les aider à trouver. L'une des premières tâches qu'on lui avait confié, en 1982, avait consisté à assister le vieux John Hammond, presque septuagénaire, qui cherchait à se procurer les capitaux nécessaires à la création d'InGen. Ils réussirent à rassembler près d'un milliard de dollars, mais Gennaro se rappelait encore des difficultés qu'ils leur avait fallu surmonter.
- Hammond est un rêveur, lança-t-il.
- Un rêveur potentiellement dangereux, renchérit Ross. Jamais nous n'aurions dû nous laisser entrainer dans cette affaire. Quelle est notre position ?
- Le cabiner possède cinq pour cent des parts.
- C'est une S.A.R.L. ?
- Non.
- Jamais nous n'aurions dû faire cela, répéta Ross en secouant la tête.
- A l'époque, cela semblait être une bonne idée. Cela remonte à huit ans, vous savez. Nous avons accepté ces parts en échange d'une partie de nos honoraires et, comme vous ne l'avez probablement pas oublié, le projet de Hammond pouvait rapporter gros. Personne ne croyait vraiment qu'il y arriverait.
- Et pourtant, il semble bien avoir réussi, fit Ross. Quoi qu'il en soit, il est temps d'aller inspecter les lieux. A qui allez vous demander de vous accompagner ?
- Je vais commencer par des spécialistes que Hammond avait engagés comme consultants au début du projet, répondit Gennaro en posant une liste sur le bureau de Ross. Le premier groupe est composé d'un paléontologue, d'une paléobotaniste et d'un mathématicien. Il y vont ce week-end et je les accompagne.
- Allez vous leur dire la vérité ?
- Je crois. Aucun d'eux n'a eu grand-chose à voir avec l'ile et le mathématicien, Ian Malcolm, était ouvertement hostile au projet depuis le début. Il a toujours affirmé que cela ne marcherait pas, ne pourrait pas marcher.
- Qui y aura-t-il d'autre ?
- Juste un technicien, l'analyste programmeur. Il doit vérifier le fonctionnement de l'installation informatique du parc et corriger quelques erreurs de programmation. Il devrait arriver vendredi matin.
- Très bien, dit Ross. Vous vous occupez de prendre les contacts ?
- Hammond a demandé de s'en charger personnellement. Je crois qu'il tient à faire comme si tout allait pour le mieux, comme si c'était une simple invitation à visiter les installations dont il est si fier.
- Parfait, conclut Ross. Mais je compte sur vous ; il faut de la poigne. Je veux que la question soit réglée dans une semaine.
Sur ce, il se leva et sortit du bureau.

Gennaro composa un numéro et entendit le sifflement d'une Pokémontre.
- Grant à l'appareil, articula une voix grave.
- Bonjour, docteur Grant. C'est Donald Gennaro, l'avocat-conseil d'InGen. Nous nous sommes déjà parlé à la Pokémontre, il y a quelques années... Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi...
- Je m'en souviens.
- Voilà, poursuivit Gennaro, je viens d'avoir une conversation sur Pokémontre avec John Hammond qui m'a annoncé la bonne nouvelle. Vous venez visiter notre ile à Alola...
- Oui, grommela Grant, je pense que nous y allons demain.
- Eh bien, je voulais juste vous remercier d'avoir pu vous libérer si vite. Tout le monde apprécie beaucoup votre bonne volonté. Nous avons également demandé de venir à Ian Malcolm, qui, comme vous, fut l'un de nos premiers consultants. Vous savez, c'est le mathématicien de l'université de Ville Noire.
- John Hammmond m'en a parlé, fit Grant.
- Bon, très bien, poursuivit Gennaro. Je serai également du voyage... A propos de ce spécimen que vous avez découvert, le Trirox... Tritos... Comment dites vous ?
- Tritox Triassicus.
- C'est ça... Vous l'avez en votre possession ?
- Non, répondit Grant, j'ai seulement vu une radio. Le spécimen se trouve à Volucité. C'est quelqu'un de Poni qui m'a averti.
- Peut-être pourriez vous me donner quelques détails, insista Gennaro, afin que je puisse en faire la description à M.Hammond qui est très impatient d'en savoir plus. Je suis sûr que vous mourez d'envie de voir ce spécimen... Je pourrais peut-être m'arranger pour qu'on nous l'envoie sur l'île pendant que nous y serons tous.
Grant lui fournit tout les renseignement dont il disposait, mais Gennaro écoutait distraitement et ne retient que les éléments exprimés dans le langage courant. Alors que Grant se lançait dans une série de termes scientifiques tels que proto et métatarses, l'avocat le coupa :
- Je vous remercie, fit-il. Mes hommages au Dr.Sattler. Je me réjouis de vous voir demain, ajouta l'avocat avant de raccrocher.

Posté à 12h09 le 07/11/20

Plans



- Ça vient d'arriver, annonça Ellie le lendemain matin en se dirigeant vers le fond de la caravane, une grosse enveloppe de papier bulle à la main. Un des étudiants l'a rapportée du village. C'est de la part d'Hammond.
En décachetant l'enveloppe, Grant reconnut le logo bleu et blanc d'InGen. Il n'y avait pas de lettre à en-tête, juste une liasse de feuillets attachés ensemble qu'il sortit de l'enveloppe. C'étaient des plans, de format réduit, assemblés en cahier. La couverture portait en titre : Parc Isla Nublar/Installations (Compléments : Pavillon Safari)
- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il en ouvrant le cahier.
Une feuille volante tomba.

Chers Alan et Ellie,

Comme vous pouvez l'imaginer, nous ne disposons pas encore d'un abondant matériel publicitaire, mais les documents ci-joints vous donneront une idée de notre projet de l'ile des brumes. J'espère que vous partagerez mon enthousiasme !

Amicalement, John Hammond.

- Je ne comprend pas, dit Grant en feuilletant le cahier. Ce sont des plans.
Il regarda la première feuille.

Centre des
visiteurs/Pavillon Parc de l'île des brumes

__________________________________________________________________________________________________________________
Client : InGen Inc., Volucité, Unys.
Architectes : Dunning, Murphy & associés, Volucité. Conception : Richard Murphy ; plans : Théodore Chen Administration ; Sheldon James.
Ingénierie : Construction : Harlow, Whitney & Fields, Janusia. Mécanique : A.T. Mishikawa, Mérouville.
Aménagement
Paysagers :
Shepperton Rogers, Winscor ; A. Ashikiga, H. Ieyasu, Kanasawa.
Electricité : N.V. Kobayashi, Céladopole. Consultant : A.R. Makasawa
Equipement
Informatique :
Integrated Computer Systems Inc., Motorby, Mass. Direction du programme : Dennis Nedry.
__________________________________________________________________________________________________________________

Grant commença à étudier les plans. Ils portaient les mentions : Secrets industriels/Reproduction interdite et Documents Confidentiels/Ne pas diffuser. En haut de chaque feuille numérotée figurait la même inscription : Ces plans représentent les réalisations confidentielles d'InGen Inc. Ne sont communiqués qu'après signature du document 112/4A, sous peine de poursuites.
- Complétements paranos, marmonna Grant.
- Il doit y avoir une raison, dit Ellie.
La feuille suivante était une carte topographique représentant Isla Nublar. En forme de larme renversée, renflée au nord et effilée au sud, l'ile était divisée en plusieurs grands secteurs.
Le secteur septentrional était baptisé : Zone Visiteurs, et contenait un certain nombre de bâtiments nommés : "Accueil visiteurs", "Centre des visiteurs/Administration", "Électricité/Dessalement", "Résid. Hammond" et "Pavillon Safari". Grant distingua le contour d'une piscine, les rectangles de quelques terrains de Matchs Pokémon et des gribouillis arrondis représentant sans doute des plate-bandes et des massifs d'arbustes.
- Cela ressemble vraiment à un parc de loisir, glissa Ellie.
Il y avait ensuite plusieurs plans détaillés du Pavillon Safari. Les croquis en élévation montraient un long bâtiment bas aux dimensions imposantes et au toit surmonté d'une série de formes pyramidales. Mais il n'y avait pas grand-chose sur les autres bâtiments du Secteur Visiteurs.
Le reste de l'ile était encore plus mystérieux. Autant que Grant put en juger, il y avait peu de constructions ; un réseau de routes, des tunnels, des bâtiments isolés et un lac étroit et allongé, apparemment artificiel, avec des digues de béton. Chacune de ces zones était désignée par un code :

/P/TRIT/V/2A, /D/GALE/L/5(4A+1), /LN/IGUO/C/4(3A+1), /VV/MUPL/X/11(6A+3+3DB).

- Y a-t-il une explication pour tout ces codes ? demanda Ellie.
Grant feuilleta le cahier, en vain.
- Peut-être l'ont ils fait disparaitre, suggéra-t-elle.
- Vraiment paranos, grommela Grant.
Il étudia les grandes zones de l'ile, délimitées par un réseau de routes. Il n'y avait que six divisions, séparées des routes par des fossés de béton le long desquels s'élevait une clôture portant une pancarte figurant un éclair. Ils s’interrogèrent pendant quelque temps et finirent par comprendre que les clôtures devaient être électrifiées.
- C'est curieux, remarqua Ellie. Des clôtures électrifiées dans un parc de loisir ?
- Elle s'étendent sur des kilomètres, fit Grant. Clôtures électrifiées et fossés côte à côte. Et le plus souvent en bordure de la route.
- Comme dans un zoo, lança Ellie.
Ils revinrent à la carte topographique et étudièrent soigneusement les courbes de niveau. Les routes étaient bizarrement disposées. La voie principale, tracée du nord au sud, traversait les collines centrales de l'ile et une section semblait même courir au flanc d'une colline surplombée d'eau. Ils commençaient à soupçonner qu'il y avait eu une volonté délibérée de faire de ces vastes espaces de gigantesques enclos séparés des routes par des fossés et des clôtures électrifiées. Et les routes étaient surélevées, de sorte que l'on pouvait voir par-dessus les clôtures...
- As-tu remarqué, fit Ellie, que certaines dimensions sont véritablement imposantes ? Regarde ce fossé de béton : il fait près de dix mètres de large. On dirait un ouvrage défensif.
- Les bâtiments aussi, fit Grant.
Il avait remarqué que chaque zone renfermait quelques constructions, situées en général à l'écart de la route, des bâtiments en béton aux murs épais. Vus de profil, on aurait dit des sortes de bunkers percés d'ouvertures étroites, semblables au blockhaus construits par les Sinniens.
A ce moment là, ils entendirent une détonation assourdie.
- Il faut se remettre au travail, déclara Grant en reposant les plans.

- Gamblast, Go ! Vibraqua !
Une fois le bruit de l'explosion passé, il y eut une légère vibration, puis des lignes apparurent sur l'écran de l'ordinateur. Cette fois, la netteté était parfaite et Alan Grant distingua le squelette au contours bien marqués, le long cou ployé en arrière. C'était indiscutablement un bébé Arcko et il avait l'air en parfait...
L'écran s'éteignit brusquement.
- Je déteste ces foutus ordinateurs, grommela Grant en plissant les yeux pour se protéger du soleil. Que se passe-t-il encore ?
- Un problème d'alimentation, expliqua un des étudiants. Il y en a pour une minute.
Le jeune homme s'agenouilla pour étudier l'enchevêtrement de fils branchés sur l'arrière de l'ordinateur portable qu'ils avaient installés sur une caisse de bière, au sommet de la Colline Quatre, tout près du Gamblast.
Grant s’assit et regarda sa montre.
- Nous allons être obligé de faire cela à l'ancienne mode, annonça-t-il à Ellie.
- Allons, Alan, lança un autre étudiant.
- Écoute, répliqua Grant, j'ai un avion à prendre et je tiens à ce que le fossile soit protégé avant mon départ.
Quand on avait commencé à exhumer un fossile, il fallait continuer, sinon on risquait de le perdre. Les visiteurs s'imaginaient que le paysage des bad lands était immuable, mais en réalité une incessante érosion se poursuivait, littéralement sous leur yeux. Toute la journée, on entendait le bruit des cailloux dévalant les collines qui s'éboulaient. Et il y avait toujours le risque qu'un fragile fossile soit emporté par une pluie torrentielle, même de courte durée. Le squelette partiellement exhumé de Grant était donc en péril et il convenait de le protéger jusqu'à son retour.
La protection des fossiles consistaient ordinairement à recouvrir le site d'une toile goudronnée et à creuser une tranchée autour pour l'écoulement des eaux. La question était de savoir quelles dimensions devait avoir la tranchée pour le fossile d'Arcko. Pour les calculer, ils utilisaient un tomographe à ondes sonores, assisté par ordinateur, appelé C.A.S.T., un procédé très récent. Le Gamblast d'un étudiant produisait un Vibraqua à retardement, qui restait sous la forme d'une sphère d'eau quelques instants avant d'éclater, ce qui produisait des ondes de choc qui étaient interprétés par l'ordinateur et reconstituées pour former une sorte de radiographie de la colline. Ils avaient utilisé ce procédé tout l'été, avec des résultats variables.
L'engin se trouvait à cinq ou six mètres, une grosse boite argentée, surmontée d'un parasol, offrant le spectacle insolite d'une voiture de marchand de glace égarée dans les bad lands. Deux jeunes gens était en train de sortir leurs Flingouste, ajoutant leurs efforts à ceux du Gamblast.
Jusqu'à présent, le programme C.A.S.T. n'avait servi qu'à évaluer la surface des gisements et avait aidé l'équipe de Grant à travailler plus efficacement. Mais les étudiants affirmaient que dans quelques temps, ils seraient capables d'obtenir une image parfaite des ossements, si détaillée que les excavations deviendraient inutiles. C'était la promesse d'un âge d'or pour l'archéologie, qui pourrait se passer des fouilles.
Mais on n'en était pas encore là et le matériel fonctionnant impeccablement dans le laboratoire de l'université se révélait extrêmement peu fiable sur le terrain.
- Combien de temps faut-il encore ? demanda Grant.
- Nous avons l'image, Alan. Ce n'est pas mauvais du tout.
Grant alla regarder l'écran. Il vit le squelette complet, aux traits d'un jaune vif. La caractéristique la plus remarquable des Jungkos, une griffe recourbée en faux qui, chez l'adulte, constituaient une arme de quinze centimètres de long lui permettant d'éventrer sa proie, n'était, chez ce jeune Arcko, pas plus grosse qu'une épine de Rozbouton et à peine visible sur l'écran. De plus, le Jungko était un dinosaure à la charpente frêle, un Pokémon aux os aussi fins que ceux d'un oiseau et à l'intelligence vraisemblablement aussi développée. C'était aussi la première espèce de Pokémon fossile chez qui on a décelé des traces de plumes, qui recouvraient la queue entière chez les Pokémon Forêt.
Le squelette semblait être parfaitement disposé, sauf la tête et le cou qui étaient renversés vers l'arrière train. Cette flexion du cou était si fréquente chez les fossiles que certains chercheurs avaient formulés une théorie pour l'expliquer. Ils avançaient que les dinosaures avaient disparus de la surface de la terre parce qu'ils avaient été empoisonnés par les alcaloïdes des nouveaux Pokémon plantes comme les Chétiflor, une espèce qui subsiste encore de nos jours. Pour eux, le cou rejeté en arrière était le signe de l'agonie. Grant avait réfuté cette théorie en démontrant que, chez de nombreux Pokémon oiseaux ou reptiles, il se produisait après la mort une contraction des ligaments postérieurs du cou provoquant une inclinaison caractéristique de la tête en arrière. Cela n'avait rien à voir avec la cause de la mort ; il s'agissait simplement de la manière dont le cadavre séchait au soleil.
Grant remarqua aussi que le squelette qu'il voyait sur l'écran avait aussi une déformation latérale, de sorte que la jambe et le pied droits étaient plus hauts que la colonne vertébrale.
- Il a l'air tordu, fit l'un des étudiants. Mais je ne pense pas que cela vienne de l'ordinateur.
- Non, répondit Grant. C'est juste l'oeuvre du temps. D'un temps immensément long.
Grant savait qu'il était difficile au profane de se faire une idée des temps géologiques. La vie humaine est à une échelle totalement différente. La chair d'une baie brunit en quelques minutes ; l'argenterie noircit en quelques jours ; un tas de compost pourrit en une saison : un enfant grandit en une décennie. Aucun de ces phénomènes de la vie de tout les jours ne prépare les gens à imaginer ce que représentent quatre-vingt millions d'années, le laps de temps écoulé depuis que ce petit Pokémon était mort.
Pour ses cours, Grant avait essayé différente comparaisons. Si l'on imaginait les soixante ans de la durée d'une vie humaine condensés en un jour, quatre-vingt-millions d'années en représenteraient encore trois mille six cent cinquante deux, bien plus que l'âge du Temple Couronne. Cela faisait vraiment très longtemps que le bébé Arcko était mort.
- Il n'a pas l'air très effrayant, fit remarquer l'un des étudiants.
- Il le serait devenu en atteignant l'âge adulte, rétorqua Grant.
Le bébé s'était probablement nourri des carcasses de Pokémon tués par les adultes quand, le ventre plein, ils se doraient au soleil. Les carnivores pouvaient ingurgiter en un seul repas le quart de leur poids, ce qui provoquait une somnolence bien naturelle. Les bébés devaient pendant ce temps escalader avec force pépiements les corps engourdis des adultes indulgents et arracher des lambeaux de chair à la carcasse de la proie. Ces petits devaient être des Pokémons très mignons.
Il n'en allait pas de même d'un Jungko adulte. A poids égal, ce dinosaure était le plus vorace de tout ceux qui eussent jamais existé. Bien que relativement petit, de la taille d'un Léopardus, et ne pesant que quatre-vingt-dix kilos, le Jungko était rapide, intelligent et méchant, bien armé avec ses dents acérées, ses bras puissants aux ongles crochus et la terrible griffe de son pied.
Les Jungko chassaient en groupe et Grant songeait que ce devait être un sacré spectacle que de voir une douzaine de ces Pokémon fondre sur leur proie et bondir sur le dos d'un dinosaure beaucoup plus gros qu'eux, lui mordre le cou, lui lacérer les côtes et le ventre...
- Nous n'avons plus beaucoup de temps, dit Ellie, interrompant sa rêverie.
Grant donna ses instructions pour le creusement du fossé. D'après l'image obtenue sur l'écran, le squelette se trouvait dans une zone bien délimitée et il suffisait de creuser un fossé autour d'un carré de deux mètres de coté. Pendant ce temps, Ellie commençait à fixer la toile goudronnée. Grant l'aida à enfoncer les derniers pieux.
- Comment ce bébé est-il mort ? demanda un étudiant.
- Je doute que nous puissions le découvrir, répondit Grant. La mortalité infantile est très forte chez les animaux sauvages. Dans les parcs d'Hoenn, elle s'élève à soixante-dix pour cent chez certains carnivores. La mort peut avoir été provoqué par une maladie, la séparation du groupe, n'importe quoi... Il peut même avoir été attaqué par un adulte. Nous savons que ces animaux chassaient en groupe, mais nous ignorons tout de leur comportement social.
Les jeunes gens hochérent la tête. Ils avaient tous étudiés le comportement des animaux et savaient par exemple que, lorsqu'un nouveau mâle remplace l'ancien chef à la tête d'une meute de Némélios, il commence par tuer tout les Hélionceaux. La raison est en apparence d'ordre génétique : le mâle tenant à engendrer sa propre descendance, une fois les Hélionceaux disparus, toutes les femelles sont rapidement en chaleur et fécondées par ses soins. Cela évite également au lionnes de perdre leur temps avec la progéniture d'un autre mâle.
Peut-être les hordes de vélociraptor étaient-elles également conduites par un mâle dominant. Nous en savons si peu sur les dinosaures, songea Grant. Après cent cinquante ans de recherches et de fouilles sur toutes les régions, nous ne savons presque rien de leur vie.
- Si nous voulons être à Parsemille à cinq heures, dit Ellie, il faut partir maintenant.

Posté à 15h40 le 07/11/20

Hammond



La secrétaire de Gennaro entra en coup de vent, portant une valise neuve dont elle n'avait même pas enlevé les étiquettes.
- Vous savez, monsieur, lança-t-elle d'un air sévère, quand vous oubliez vos bagages, j'ai l'impression que vous n'avez pas vraiment envie de partir.
- Vous avez peut-être raison, fit Gennaro. Je vais rater l'anniversaire de ma fille.
L'anniversaire de Samantha était le lendemain et Elizabeth avait invité une vingtaine de petits brailleurs de quatre ans ainsi que Pierry le clown et un magicien. Sa femme n'avait pas été contente d'apprendre qu'il serait absent durant le week-end et Samantha encore moins.
- Compte tenu du peu de temps dont je disposais, poursuivit la secrétaire, j'ai fait ce que j'ai pu. Il y a des chaussures de sport à votre pointure, un short, des chemises kaki et un nécessaire de rasage. La voiture vous attends pour vous conduire à l'aéroport et, si vous ne voulez pas rater votre avion, je vous conseille de partir tout de suite.
Elle sortit et Gennaro s'engagea dans le couloir en arrachant les étiquettes attachées à la poignée de la valise, suivi par Sovkipou. Quand il passa devant la salle de conférence aux parois de verre, Dan Ross quitta la table et le rejoignit dans le couloir.
- Bon voyage, Donald, dit Ross. Mais il faut que les choses soient bien claires... Je ne sais pas exactement quelle est la situation, mais s'il y a un problème dans cette ile, n'hésitez pas à tout foutre en l'air.
- Mais enfin, Dan... C'est un énorme investissement !
- N'hésitez pas, ne vous posez pas de questions. Faites ce que je vous dit ! C'est compris ?
- Compris, fit Gennaro en acquiescant de la tête. Mais Hammond...
- Qu'il aille se faire voir !

- Mon garçon, mon garçon, murmura la voix âpre et familière. Comment allez vous donc, mon cher Donald ?
- Très bien, monsieur, répondit Gennaro en s'enfonçant dans la siége de cuir capitonné du Gulfstream II qui avait mis le cap à l'est et volait en direction du Mont Foré et de Parsemille.
- Vous ne m'appelez plus jamais, poursuivit Hammond d'un ton de reproche. Vous me manquez, Donald... Et comment va votre ravissante épouse ?
- Elizabeth va très bien, je vous remercie. Nous avons une petite fille.
- C'est merveilleux ! Quelle joie d'avoir des enfants ! Je suis sûr qu'elle serait enchantée de visiter notre nouveau parc, à Alola.
Gennaro avait oublié qu'Hammond était tout petit. Assis dans le siège voisin du jet, ses pieds ne touchaient même pas le sol et il balançait les jambes en parlant. Il y avait quelque chose d'enfantin chez ce vieillard qui devait maintenant avoir soixante-quinze ans... peut-être soixante-seize. Il paraissait plus vieux que Gennaro n'en avait gardé le souvenir, mais il ne s'étaient pas revu depuis plus de cinq ans.
Ce que Gennaro n'avait pas oublié, c'était le Pokémon du vieil homme, un Absol. Gennaro n'avait aucune idée de comment Hammond avait capturé le Pokémon Désastre, et il soupçonnait même qu'Hammond l'avait acheté au marché noir. Le Pokémon n'obéissait qu'à soi-même, sortait dans sa Pokéball quand il le voulait (mais jamais sous l'appel de son maitre) - et Gennaro avait la ferme impression que quand l'Absol sortait, c'était uniquement pour annonçer le malheur et l'infortune.
Absol était couché au pied d'Hammond. Il fixait Gennaro des yeux, il le transperçait. Gennaro commençait à se sentir mal à l'aise, comme s'il disparaissait. Le regard de ce Pokémon lui faisait toujours cet effet. Comme si Absol regardait à travers lui, et autre chose que lui. Cela donnait toujours la frousse à l'avocat, mais Hammond ne semblait bizarrement ne pas s'en rendre compte.
John Hammond était un personnage débordant d'énergie, qui avait le sens de la mise en scène. Quand Gennaro l'avait connu, en 1983, il avait un Pachyradjah qu'il emportait avec lui dans une petite cage. Le Pokémon Pachycuivre, qui ne mesurait que 22 centimètres de haut et trente de long, était parfaitement proportionné, sauf ses défenses, qui étaient rabougries. Hammond l'emmenait dans toutes les réunions organisées pour récolter des fonds, et c'était en général Gennaro qui apportait dans la salle la cage recouverte d'un tissu léger comme un couvre-théière. Hammond faisait son discours habituel sur les perspectives de développement de ce qu'il appelait "le marché de la biologie" puis, d'un geste théâtral, il enlevait le tissu et l'éléphant apparaissait.
L'éléphant avait toujours un succès monstre. Son corps minuscule, à peine plus gros que celui d'un Chaglam, était la promesse de miracles inouïs à venir du laboratoire de Norman Keteleeria, le généticien de Volucité associé à Hammond dans son ambitieuse entreprise.
Hammond parlait fort bien de l'éléphant, mais il passait un certain nombre de choses sous silence. Pour commencer, il voulait lancer une firme de biotechnologie, mais le Pokémon n'était pas le résultat de travaux génétiques ; Keteleeria s'était contenté de prendre un embryon de Pachyradjah nain et l'avait placé dans une matrice artificielle en apportant des modifications hormonales. C'était déjà un exploit, mais Hammond laissait entendre qu'il y avait encore beaucoup plus fort.
Malgré tout ses efforts, Keteleeria n'avait pas réussi à produire un autre spécimen de son Pachyradjah miniature, or tout ceux qui le voyaient en réclamaient un. De plus, le Pokémon s'enrhumait facilement, surtout en hiver, et les éternuements sortant de la petite trompe remplissaient Hammond d'appréhension. Parfois, Radjah (comme le nommait Hammond) coinçait ses défenses entre les barreaux de la cage et essayait en vain de se dégager avec de petits barrissements irrités ; parfois encore, une infection se déclarait à la racine des défenses. Hammond redoutait que le Pokémon ne meure avant que Keteleeria lui fournisse un remplaçant.
Ce que le vieillard prenait soin de cacher aux investisseurs éventuels, c'était que le processus de miniaturisation avait profondément altéré le comportement de Radjah. Le petit Pokémon ressemblait certes à un éléphant, mais il avait des réactions très vives de Ratentif vicieux et méchant, et Hammond devait dissuader les gens de le caresser pour qu'ils ne se fassent pas mordre les doigts.
Même si John Hammond avançait avec assurance des revenus pour l'année 1983 d'un montant de sept milliard de dollars, son projet était extrêmement hasardeux. Il avait les idées et l'enthousiasme, mais il ne pouvait y avoir aucune certitude que son plan réussirait. D'autant plus que Norman Keteleeria, le cerveau de l'affaire, était atteint d'un cancer dans sa phase terminale... Encore un point qu'Hammond oubliait de mentionner.
Quoi qu'il en soit, avec l'aide de Gennaro, il réussit à trouver l'argent dont il avait besoin. Entre septembre 1983 et novembre 1985, John Alfred Hammond trouva huit cent soixante-dix millions de dollars pour financer sa future compagnie, International Genetics Technologies Inc. Il aurait pu en avoir plus, mais il tenait à garder le secret absolu sur son entreprise et ne proposait aux investisseurs aucune rémunération pendant au moins cinq ans. Cette condition en découragea plus d'un et, en fin de compte, il lui fallut accepter une majorité de capitaux Kantiens. Les Kantiens et Johtiens étaient les seuls investisseurs à qui la patience ne faisait pas défaut.
Confortablement installé dans le siège du jet, Sovkipou rangé dans sa Ball, Gennaro songeait que le vieil homme était décidément très retors. Hammond faisait comme si cette inspection ne lui avait pas été imposée par le cabinet d'avocats et se conduisait comme s'il s'agissait d'un simple voyage d'agrément.
- Dommage que vous n'ayez pu emmener votre famille, Donald !
- C'est l'anniversaire de ma fille, répondit Gennaro avec un haussement d'épaules. Une vingtaine de gamin avaient déjà été invités, sans parler du gâteau et du clown. Vous savez ce que c'est...
- Je comprends, dit Hammond. Ce sont des choses importantes pour les enfants.
- Le parc est-il près à accueillir des visiteurs ? demanda Gennaro.
- Pas officiellement, répondit Hammond. Mais l'hôtel est terminé et il est donc possible d'y dormir...
- Et les Pokémon ?
- Bien sur ! Les Pokémon y sont tous. Dans les zones qui leur sont réservés.
- Si ma mémoire est bonne, poursuivit Gennaro, vous espériez, dans le projet originel, atteindre un total de douze...
- Oh ! Nous avons fait beaucoup mieux ! Nous en sommes à un total de deux cent trente-huit, Donald.
- Deux cent trente-huit ?
Le vieillard émit un gloussement de plaisir en voyant la tête de l'avocat.
- Vous ne pouvez pas imaginer... Nous en avons des troupeaux entiers !
- Deux cent trente-huit... Et combien d'espèce ?
- Quinze espèce différentes, Donald.
- C'est incroyable ! s'exclama Gennaro. C'est fantastique ! Et tout le reste, tout ce dont vous aviez besoin ? Les installations, les ordinateurs ?
- Nous avons tout, répondit Hammond. Et tout ce que nous avons fait venir sur cette ile est du matériel de pointe. Vous le verrez vous-même, c'est absolument merveilleux. Voilà pourquoi vos... inquiétudes... sont sans fondement. Il n'y a absolument aucun problème.
- Dans ce cas, poursuivit Gennaro, une inspection ne devrait pas non plus poser de problèmes.
- Aucun, rétorqua Hammond. Mais cela fait perdre du temps. Tout doit s'arrêter durant la visite officielle...
- De toute façon, vous êtes déjà en retard. Vous avez différé l'ouverture.
- Oh ! fit Hammond en tirant sur la pochette de soie rouge qui ornait son blazer. C'était inévitable... Absolument inévitable.
- Pourquoi ? demanda Gennaro.
- Pour expliquer cela, Donald, il faut remonter au tout début. A l'idée de départ, celle du parc d'attraction le plus sophistiqué du monde, doté des derniers perfectionnements électroniques et utilisant les découvertes les plus récentes de la biotechnologie. Je ne parle pas des circuits ; il y en a partout, même au PokéParc. Et maintenant, tout le monde recrée des environnement avec animation électronique... La tour hantée de Lavanville, le Paradis Aether à Alola, le Château Enfoui du Désert Délassant, la ligue Pokémon de Sinnoh... Tout ces endroits ont étés recréés électroniquement dans divers parc d'attractions du monde, avec des animatroniques représentants les personnages, que ce soit des fantômes, des soigneurs, des fouilleurs ou les membres de la ligue. On trouve cela partout ! Nous avons donc entrepris de créer des attractions biologiques, des attractions vivantes. Si stupéfiantes qu'elles enflammeront l'imagination du monde entier.
Gennaro ne put s'empêcher de sourire. C'était, presque mot pour mot, le discours qu'il tenait aux investisseurs cinq ans auparavant.
- Et nous ne pouvons oublier notre objectif essentiel, poursuivit Hammond en regardant par le hublot. Gagner de l'argent... Gagner énormément d'argent.
- Je n'ai pas oublié, fit Gennaro.
- Le secret pour gagner de l'argent dans un parc d'attraction, ajouta Hammond, c'est de réduire les frais de personnel, d'ouvrir un parc qui fonctionne avec un minimum de personnel. C'est pourquoi nous avons investi de si grosses sommes dans l'équipement informatique. Nous avons automatisés tout ce que nous pouvions.
- Je me souviens...
- Mais il faut savoir, poursuivit Hammond sans lui laisser le temps de parler, qu'avec tout les animaux et un équipement informatique aussi sophistiqué on rencontre nécessairement des obstacles. Qui a jamais mené à bien la réalisation d'un programme informatique d'envergure sans problème de retard ? A ma connaissance, personne.
- Vous considérez donc qu'il s'agit d'un retard normal de mise en service ?
- C'est bien cela, dit Hammond. Un retard normal.
- A ce qu'il parait, il y a eu des accidents durant les travaux. Des ouvriers seraient morts.
- En effet, il y a eu plusieurs accidents et un total de trois morts. Deux ouvriers ont péris pendant la construction de la route de la corniche et un autre a perdu la vie en janvier, écrasé par un excavateur. Mais il n'y a pas eu d'accidents depuis plusieurs mois. Donald, poursuivit-il en posant la main sur le bras de l'avocat, il faut me croire quand je vous dit que tout avance comme prévu. Tout va bien dans notre ile.
L'interphone bourdonna.
- Veuillez attacher vos ceintures, annonça la voix du pilote. Nous allons atterrir à Parsemille.

Posté à 19h03 le 07/11/20

Parsemille



La plaine aride s'enfuyait en direction de lointaines buttes sombres. Le vent faisait voler de la poussière sur la piste de béton craquelé. Debout près de la jeep, leurs Pokémon à leurs cotés, Grant et Ellie attendaient que le jet Grumman ait terminé ses manœuvres d'approches avant l’atterrissage.
- Je déteste être à la disposition de ces richards, grommela Grant.
- Cela fait partie du boulot, répondit Ellie.
Un certain nombre de disciplines scientifiques, telles que la physique et la chimie, étaient subventionnés par l’État, mais la paléontologie dépendait encore fortement des fonds privés. Indépendamment de sa propre curiosité pour l'ile d'Alola, Grant savait que, si John Hammond faisait appel à ses services, il ne pourrait pas les lui refuser. C'est ainsi que, de toute éternité, le mécénat avait fonctionné.
Le petit appareil se posa en douceur et roula sur la piste dans leur direction. Ellie fit passer son sac de voyage sur son épaule. Le jet s'immobilisa et une hôtesse en uniforme bleu ouvrit la porte de la carlingue.
Grant fut étonné par l’exigüité de l'intérieur de l'appareil, malgré les aménagements luxueux. Il lui fallut courber la tête pour aller saluer Hammond.
- Docteur Grant, docteur Sattler c'est vraiment très gentil d'avoir accepté de vous joindre à nous. Permettez-moi de vous présenter mon associé, Donald Gennaro.
Gennaro était un homme trapu et vigoureux, d'environ trente-cinq ans, portant un complet Armani et des lunettes à monture métallique. Grant éprouva pour lui une aversion instinctive et lui donna une poignée de main rapide. Puis Ellie, Mimantis à ses talons, s'avança à son tour pour lui serrer la main.
- Mais vous êtes une femme ! s'exclama Gennaro.
- Ce sont des choses qui arrivent, répliqua Ellie.
Elle ne l'aime pas non plus, songea Grant en rappelant son Minotaupe.
- Vous savez, bien entendu, mon cher Donald, ce que font les docteurs Grant et Sattler. Ce sont des paléontologistes ; ils exhument des dinosaures.
Sur ce, Hammond éclata de rire, comme s'il trouvait l'idée très drôle.
- Veuillez vous asseoir, s'il vous plait, demanda l'hôtesse en refermant la porte.
Aussitôt, l'appareil se mit en mouvement.
- Vous m'excuserez, reprit Hammond, mais nous sommes assez pressés. Donald pense qu'il est important d'arriver là-bas aussi vite que possible.
Le pilote annonça que la durée de vol était de quatre heures jusqu'à Ville Noire, où ils se ravitailleraient en carburant et prendrait le mathématicien, Malcolm, avant de repartir pour Alola où l'arrivée était prévu pour le lendemain matin
- Combien de temps y resterons nous ? demanda Grant.
- Eh bien, répondit Gennaro, cela dépend. Nous avons un certain nombre de choses à éclaircir.
- Vous avez ma parole, glissa Hammond en se tournant vers Grant, que nous n'y resterons pas plus de quarante-huit heures.
- Je n'avais jamais entendu parler de cette ile, dit Grant en bouclant sa ceinture. Renferme-t-elle des secrets ?
- D'une certaine manière, répondit Hammond. Nous avons pris toute les précautions pour que personne ne sache quoi que ce soit, en attendant le jour où nous ouvriront l'ile à un public étonné et émerveillé.

Posté à 16h04 le 15/11/20

Une occasion à saisir.



La BioSyn Corporation, de Janusia, n'avait encore jamais organisé une réunion en urgence de son conseil d'administration. Les dix administrateurs assis dans la salle de conférence étaient donc nerveux et d'humeur irascible. Il était 20 heures et ils discutaient entre eux depuis dix minutes, mais le silence s'installait peu à peu dans la salle. Chacun remuait des papiers ou regardait sa montre avec insistance.
- Qu'attendons nous ? demanda l'un d'entre eux.
- Il en manque encore un, répondit Lewis Nikolai Dogson. Il en faut un de plus.
Il regarda sa montre. La secrétaire de Ron Meyers avait confirmé que son patron avait pris le vol en provenance de Port Yoneuve, dont l'arrivée était prévue à 18 heures. Même en tenant compte des difficultés de la circulation, Meyers devrait être là.
- Il vous faut un quorum ? demanda un autre administrateur.
- Oui, dit Dogson, c'est exactement ça.
Tout le monde se tut. S'il fallait un quorum, cela signifiait qu'on allait leur demander de prendre une décision d'importance. Et elle était d'importance, même si Dogson eût préféré se dispenser de cette réunion. Mais Steingarten, le patron de la BioSyn, avait été intraitable.
- Cette fois, vous aurez besoin de leur accord, Lew, lui avait-il dit.
Les avis était partagés : Lewis Dogson était considéré tantôt comme le plus dynamique des généticiens, tantôt comme le plus dangereux. Agé de trente-quatre ans, le front dégarni, avec un visage émacié et un regard d'aigle, il avait été renvoyé de l'université Johns Hopkins pour avoir utilisé une thérapie génique sur des patients sans avoir obtenu les autorisations de la Food and Drug Administration. Engagé par la BioSyn, il avait dirigé à Johto l'expérience très contestée du vaccin contre le Pokérus. Il occupait maintenant le poste de chef du développement des produits, ce qui constituait en gros à prendre le projet d'un concurrent, à le décortiquer, à découvrir comment il fonctionnait et à fabriquer sa propre version. En pratique, il s'agissait de mener à bien des opérations d'espionnage industriel, essentiellement dirigées contre InGen.
C'était à cette époque que son père lui avait légué son Pokémon. Le Pokémon, gris, avec un canon sur le dos, ressemblant vaguement à un Kabutops, était si informatisé que Dogson se disait que ce ne devait être qu'un robot. Mais Genesect était puissant et le reste importait peu.
Pendant les années quatre-vingt, quelques entreprises de génie génétique commencèrent à se poser une question : "Quel est l'équivalent d'un walkman Sony dans le domaine biologique ?" Ces firmes ne s'intéressaient nullement aux produits pharmaceutiques ou à la santé, ce qu'elles visaient, c'était les activités de loisir ou sportives, les produits de beauté, les Pokémon de compagnie. La demande individuelle à l'horizon 1990 était très forte. InGen et la BioSyn attaquaient toutes deux le même créneau.
La BioSyn avait déjà un succès à son actif : la création pour le Département de la chasse et de la pêche d'Unys d'une variété de Bargantua blanche. Ce nouveau poisson, plus aisé à repérer dans les cours d'eau, était censé faciliter la vie du pêcheur à la ligne. (Il avait en tout cas l'avantage de faire taire ceux qui se plaignaient au Département de la pêche et de la chasse qu'il n'y avait plus de Bargantuas dans les cours d'eaux de la région) On oubliait simplement de préciser que la brûlure du soleil pouvait être fatale à la nouvelle variété, que sa chair était pâteuse et insipide. La BioSyn travaillait sur ces différents points et...
La porte s'ouvrit et Ron Meyers entra pour se glisser aussitôt dans un fauteuil. Le quorum était atteint ; Dogson se leva.
- Messieurs, nous sommes réunis ce soir pour décider si nous devons saisir une occasion. La cible est InGen.
Dogson fit un rapide historique. La création d'InGen en 1983, grâce à des investisseurs japonais ; l'achat de trois programmes PorygonXMP ; l'acquisition d'une ile d'Alola, Isla Nublar ; le stockage d'ambre ; les donations insolites à des zoos du monde entier, du parc des Amis de Batisques au Grand Marais de Sinnoh, en passant par le Parc Safari de Parmanie.
- Malgré tout ces indices, poursuivit le généticien, nous ignorions le véritable objectif d'InGen. A l'évidence, ils concentraient leurs activités sur des Pokémon et ils avaient engagé des chercheurs dans des disciplines orientées vers l'étude du passé, paléobiologistes, phylogénéticiens, etc. Puis, en 1987, InGen racheta la Millipore Plastics Products, une modeste société basée à Ondes-sur Mer. C'était une entreprise en matériel agricole qui venait de faire breveter une matière plastique ayant les caractéristiques d'une coquille d’œuf de Pokémon oiseau et utilisée pour le développement d'embryons de poulet. Dès l'année suivante, InGen réserva à son usage exclusif la totalité de la production de cette matière plastique.
- Tout cela est passionnant, docteur Dogson, mais...
- Simultanément, poursuivit le généticien sans tenir compte de l'interruption, les travaux commencèrent à Isla Nublar. De très importants travaux de terrassement et en particulier le creusement d'un lac de faible profondeur et de trois kilomètres de long, au centre de l'ile. Les plans d'un complexe touristiques ont étés dressés dans la plus grande discrétion, mais il semble bien qu'InGen ait entrepris dans cette ile la construction d'un immense parc zoologique privé.
- Très bien, Dogson, fit l'un des administrateurs en se penchant vers la table. Où voulez vous en venir ?
- Ce n'est pas un zoo comme les autres, répondit Dogson. Celui-ci est unique au monde. Il semble en effet qu'InGen ait réalisé quelque chose de tout à fait extraordinaire. Ils ont réussis à cloner des Pokémon appartenant à des espèces disparues.
- Quels Pokémon ?
- Des Pokémon dont l'incubation se fait dans des œufs d'oiseaux et qui ont besoin de beaucoup d'espace.
- Quels Pokémons ?
- Des dinosaures, répondit Dogson. Ils clonent des dinosaures.

Le silence consterné qui s'abbatit dans la salle était, de l'avis de Dogson, totalement injustifié. Le problème avec tous ces gens de la finance, c'est qu'ils ne se tenaient au courant de rien. Ils avaient investi de l'argent dans un domaine, mais ignoraient toutes les possibilités qui leurs étaient offertes.
En fait, l'idée du clonage de dinosaures était apparue dans les revues spécialisées dès 1982. D'une année à l'autre, la manipulation de l'A.D.N. était mieux maitrisée. Du matériel génétique avait déjà été extrait de certaines momies des Ruines des Abysses et de quelques bouts de peau de Blizzpectre, une espèce hybride de Blizzeval et Spectreval disparue en 1880. Il semblait possible, en 1985, de reconstituer l'A.D.N. de Blizzpectre et de donner naissance à un autre animal. S'il en allait ainsi, il s'agirait du premier Pokémon éteint recréé par l'homme. Si c'était possible avec ce cheval, pourquoi pas avec d'autres animaux ? Le Mammochon ? Le Luxray ? Le Ludicolo ?
Et pourquoi pas un dinosaure ?
Il allait sans dire que l'A.D.N. de dinosaure était introuvable. Mais, en broyant de grandes quantitées d'os de ces Pokémons, il serait peut-être possible d'en extraire des fragments. On considérait autrefois que la fossilisation éliminait l'A.D.N., mais les chercheurs avaient démontrés que cette théorie était erronée. En récupérant des fragments d'A.D.N. en quantité suffisante, il n'était pas interdit de penser que l'on parviendrait à cloner un animal vivant.
En 1982, les problèmes techniques semblaient insupportables, mais il n'existait pas d'obstacle théorique. C'était simplement difficile, couteux et extrêmement aléatoire. Mais c'était assurément possible, si quelqu'un décidait de s'atteler à la tâche.
C'est apparemment ce qu'InGen avait décidé de faire.
- Ils ont donc construit le plus grand parc d'attraction dans l'histoire du monde, reprit Dogson. Comme vous le savez sans doute, les zoos sont extrêmement populaires. L'an dernier, les parcs zoologiques ont accueilli plus de visiteurs qu'il n'y a eu de spectateurs dans les Pokéathlons et arènes Pokémon du monde entier. Les Kantiens et Johtiens sont particulièrement friands de zoos... Il y en a actuellement cinquante dans ces deux régions et d'autres sont en construction. Pour la visite du sien, InGen pourra pratiquer n'importe quel tarif. Deux mille Pokédollars par jour... Pourquoi pas dix mille ? Sans compter les à-cotés : la vente de livres, tee-shirt, peluches, illustrés, starters...
- Comment cela ?
- Bien sûr. Si InGen est en mesure de fabriquer des dinosaures grandeur nature, ils peuvent également fabriquer des dinosaures nains pour servir de starter à un jeune quelconque. Quel gamin n'aura pas envie d'un dinosaure miniature pour partir à l'aventure ? Un petit animal breveté rien que pour lui ? InGen en vendra par millions... Et ils les fabriqueront d'une telle manière que ces Pokémons n'accepteront que les Poffins, Potions, Bonbons et CT produits par InGen...
- Arceus ! souffla quelqu'un.
- Eh oui ! Le parc zoologique sera le pivot d'une gigantesque entreprise.
- Vous avez dit que ces dinosaures seraient brevetés ?
- Bien sûr. Les Pokémons résultants de manipulations génétiques peuvent désormais être brevetés. C'est une décision du conseil des Ligues Pokémons qui s'est prononcé en faveur de la sylphe S.A.R.L. en 1987, lors de cette affaire de Mewtwo. Ces dinosaures seront la propriété d'InGen et personne ne pourra légalement en fabriquer de semblables.
- Qu'est-ce qui nous empêche de créer nos propres dinosaures ? demanda quelqu'un.
- Rien, mais ils ont cinq ans d'avance. Il sera presque impossible de les rattraper avant la fin du siècle. Bien sûr, poursuivit Dogson après un silence, si nous parvenions à nous procurer des échantillons de leurs dinosaures, nous pourrions les analyser et fabriquer les nôtres en apportant suffisamment de modifications à l'A.D.N. pour passer outre à leur brevet.
- Pouvons nous nous procurer ces échantillons ?
- Oui, répondit Dogson, je pense que c'est possible.
- Il n'y aurait rien d'illégal ? demanda un autre administrateur après s'être éclairci la voix.
- Oh non ! fit vivement Dogson. Absolument rien d'illégal. Je pense à un employé mécontent, des déchets incomplètement détruits, quelque chose de ce genre...
- Avez vous une source sure, docteur Dogson ?
- Oui, répondit le généticien. Mais je crains qu'il ne faille prendre une décision extrêmement rapide, car InGen est actuellement en proie à de petites difficultés et ma source devra agir dans les vingt-quatre heures.
Un long silence tomba dans la salle. Les regards des administrateurs se tournèrent vers la secrétaire qui prenait des notes et le magnétophone posé devant elle.
- Je ne vois pas la nécessité d'une résolution en bonne et due forme, reprit Dogson au bout d'un moment. J'aimerais simplement avoir votre sentiment, savoir si nous devons continuer dans cette voie...
Toute les têtes s’inclinèrent lentement.
Personne ne prononça un seul mot. Pas une déclaration ne figura au procès verbal de séance. Ils hochèrent simplement la tête en silence.
- Messieurs, je vous remercie d'être venus, conclut Dogson. C'est maintenant à moi d'agir.

Posté à 13h47 le 17/11/20

Aéroport



Lewis Dogson entra dans la cafétéria de l'aéroport de Janusia et balaya la salle du regard. L'homme qu'il cherchair était déjà là, assis au comptoir. Dogson s'installa sur le siège voisin et posa entre eux sa mallette.
- Vous êtes en retard, mon vieux, dit l'homme qui attendait. Qu'est-ce que c'est, un déguisement ? ajouta-t-il en riant, le regard fixé sur le chapeau de paille du généticien.
- On ne sait jamais, répliqua Dogson en réprimant un mouvement de colère.
Depuis six mois, il cultivait patiemment cet homme qui, à chaque rencontre, devenait d'une arrogance plus odieuse. Mais il ne pouvait rien y faire : ils savaient tous deux ce qui était en jeu.
L'A.D.N. synthétisé était, à poids égal, ce qu'il y avait de plus précieux au monde. Une unique bactérie microscopique, invisible à l’œil nu, mais contenant le gène d'une enzyme responsable de l'infarctus, la streptokinase, ou bien une autre qui protégeait les récoltes du gel, pouvait atteindre, si l'on savait à qui s'adresser, la somme de cinq milliards de Pokédollars.
Cet état de choses avait donné naissance à une nouvelle forme d'espionnage industriel dans lequel Dogdon excellait. En 1987, il avait persuadé une généticienne mécontente de quitter Macro Cosmos pour Biosyn en emportant cinq souches de bactéries. Sa consœur avait tout simplement déposée avant de sortir de son laboratoire une goutte de chaque souche sur les ongles de sa main.
Mais, pour InGen, le pari était plus difficile. Ce n'était plus de l'A.D.N. bactérien que voulait Dogson, mais des embryons congelés, et il savait qu'InGen avait pris pour protéger ses embryons des mesures de sécurité extrêmement développées. Il lui fallait trouver quelqu'un ayant un accès aux embryons, acceptant de les dérober et capable de déjouer les mesures de sécurité. Une telle personne n'était pas facile à dénicher.
Dogson avait enfin réussi quelques mois auparavant. Bien que cet homme n'eut pas accès au matériel génétique, Dogson était resté en contact avec lui. Il l'avait retrouvé une fois par mois au café d'Ogoesse, et lui avait rendu de menus services. Maintenant qu'InGen invitait des commanditaires et des consultants à visiter l'ile, le moment tant attendu était proche ; l'homme allait avoir accès aux embryons.
- Ne tournons pas autour du pot, dit l'homme. Je ne dispose que de dix minutes avant le départ de mon avion.
- Voulez vous que nous revoyions tout encore une fois ? demanda Dogson.
- Inutile, docteur. Ce que je veux voir, c'est la couleur de l'argent.
Dogson fit jouer la fermeture de la mallette et l'entrouvrit de quelques centimètres. L'homme balança la tête avec un détachement feint.
- C'est tout ?
- Il y a la moitié de la somme. Sept cent cinquante mille dollars.
- Bon, d'accord, dit l'homme en finissant son Soda Cool. C'est parfait, docteur.
- C'est pour les quinze espèces, fit Dogson en refermant prestement la mallette. Vous n'avez pas oublié ?
- Je n'ai pas oublié. Quinze espèces... Des embryons congelés. Mais comment vais-je les transporter ?
Dogson lui tendit une bouteille de Potion.
- C'est ça ?
- Oui, c'est ça.
- Et si on fouille dans mes bagages ?
- Appuyez sur le bouchon, dit Dogson.
L'homme fit ce qu'on lui demandait et un nuage de gouttes de Potion jaillit du spray.
- Pas mal, murmura-t-il en s'essuyant la main sur le bord de son assiette. Pas mal...
- La bouteille est un peu plus lourde que les autres, c'est tout.
L'équipe de techniciens de Dogson avait passé quarante-huit heures à mettre le dispositif au point, en travaillant jour et nuit. Il en expliqua rapidement le fonctionnement.
- Quelle quantité de gaz réfrigérant contient la bouteille ?
- Il y en a assez pour trente-six heures. C'est le temps dont vous disposez pour rapporter les embryons à Volucité.
- Cela dépendra du type de bateau, répliqua l'homme. Vous feriez mieux de vous assurer qu'il a une glacière à bord.
- Je m'en occuperait, acquiesça Dogson.
- Récapitulons les conditions...
- Elles n'ont pas changées ; cinquante mille dollars à la remise de chaque embryons. S'il est viable, cinquante mille de plus.
- Parfait. Assurez-vous que le bateau attendra bien vendredi soir, le long du quai est de l'ile. Pas le quai nord, où accostent les bateaux ravitailleurs. Le quai est ; c'est un petit quai de service. Vous vous en souviendrez ?
- Je m'en souviendrai. Quand serez vous de retour à San José ?
- Probablement dimanche, répondit l'homme en s'écartant du comptoir.
- Vous êtes sur que vous savez comment neutraliser... commença Dogson sans dissimuler son anxiété.
- Je le sais. Faites moi confiance.
- Encore une chose, lança le généticien. Nous croyons savoir que l'ile reste en contact radio permanent avec le siège central d'InGen, à Volucité...
- Ne vous inquiétez pas, j'ai tout prévu. La seule chose que vous ayez à faire, c'est préparer l'argent. Je veux la totalité de la somme dimanche matin, à l'aéroport de Janusia, en espèces.
- Je vous y attendrai, dit Dogson. N'ayez aucune crainte.

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