Forum Fanfiction

Pokémon Park !

Posté à 15h03 le 15/04/20

Note 1 : Cette fanfiction est un alliage fait de Pokémon, de Jurassic Park (le livre) et de quelques détails à ma sauce.Les noms des personnages, par exemple, seront pour la plupart ceux des personnages de Jurassic Park. Ceux qui on déjà lu Jurassic Park peuvent donc sortir de ce topic si ils en éprouvent le besoin.

Note 2 : Il y aura des scénes où des humain ou des Pokémons mourront. Je n'insisterai que le moins possible sur les détails pendant ces scénes pour éviter de choquer le maximum de monde.

Note 3 : Cette histoire se déroule dans un univers paralléle aux jeux et à l'animé, dans cet univers beaucoup plus d'espèces de Pokémons ont disparues.


Introduction : L'incident InGen.

La fin du XXe siècle a vu dans le domaine scientifique une nouvelle ruée vers l'or d'une ampleur considérable : un mouvement impétueux et acharné pour commercialiser les découvertes du génie génétique. Le phénoméne s'est développé si rapidement et a fait l'objet de si rares études en dehors de la communauté scientifique que son extension et ses conséquences sont très mal comprises. La biotechnologie annonce la plus grande révolution de l'histoire de l'humanité. Dès la fin de la décennie, ses applications dans notre vie de tout les jours dépasseront celles du nucléaire et de l'informatique. Selon les termes d'un observateur averti :
"La biotechnologie va transformer tout les aspects de la vie humaine : soins médicaux, alimentation, santé, loisirs, jusqu'à notre corps. Plus rien ne sera comme avant. La face de la planéte en sera littéralement changée."
Mais la révolution biotechnologique différe sur trois points essentiels des précédentes transformations scientifiques.

Premièrement, elle a une large base. Unys est entré dans l'ère atomique grâce aux travaux d'un unique groupe de chercheurs éttablis à Janusia, puis dans l'ère informatique grâce aux recherches effectuées dans une douzaine d'entreprises. Mais les chercheurs en biotechnologie sont aujourd'hui disséminés dans plus de deux milles laboratoires, uniquement sur le territoire Unysois. Cinq cents entreprises dépensent anuellement cinq milliards de dollars pour cette technologie.

Deuxièmement, une grande partie de ces recherches a un caractère futile ou manque à tout le moins de sérieux. Des travaux visant à créer des Bargantuas noirs pour les rendre plus visibles dans un cours d'eau, des arbres à section carrée pour faciliter le débitage, ou encore des cellules odorantes injectables pour sentir en permanence son parfum préféré pourraient passer pour une blague, mais il n'en est rien. En réalité, le fait que la biotechnologie trouve des applications dans les industries traditionnellement soumises aux caprices de la mode, telles que la cosmétologie et les activités de loisir, contribue à accroître les inquiétudes que l'on peut nourrir sur une utilisation fantaisiste de cette nouvelle technologie.

Troisièmement, ces travaux ne font l'objet d'aucun contrôle. Nul ne les supervise ; aucune loi ne les réglemente ; il n'existe aucune politique gouvernementale cohérente, pas plus à Unys qu'ailleurs. En outre, comme la gamme des produits de la bio-industrie s'étend des drogues aux productions agricoles et à la neige artificielle, l'instauration d'une politique intelligente est malaisée.

Mais le plus inquiétant est l'absence de toute surveillance à l'intérieur de la communauté scientifique. Il faut savoir que la quasi totalité des généticiens sont également engagés dans le domaine de la biotechnologie. Il n'y a pas d'observateurs désintéressés ; tout le monde a beaucoup à y gagner.


La commercialisation de la biologie moléculaire est, sur le plan de l'éthique, l'événement le plus étonnant de l'histoire de la science et tout s'est passé avec une rapidité stupéfiante. Depuis Galilée et pendant près de quatre siècles, la science a mené sans relâche ni contrainte ses investigations surles mécanismes de la nature. Les scientifiques ne tenaient aucun compte des frontières et ne se souciaient pas des contingences de la politique, ni même des guerres. Ils se rebellaient contre le secret des recherches et voyaient d'un mauvais oeil la nécessité de faire breveter leurs découvertes. Dans leur esprit, ils oeuvraient pour le bien de l'humanité et , pour des générations d'humains, les découvertes des scientifiques furent essentiellement désintéressées.
Quand, en 1953, deux jeunes chercheurs, Francis Crick et James Watson, déchiffrèrent à Galar la structure de l'A.D.N., leurs travaux furent salués comme un triomphe de l'esprit humain, un pas décisif dans la quête séculaire vers la compréhension de l'univers. Nul ne doutait que cette découverte serait utilisée, d'une manière désintéressée, pour le plus grand bien de l'humainté.
Il en alla tout autrement, et, trente ans plus tard, la plupart des collègues de Watson et Crick étaient engagées dans une oeuvre d'un geste entièrement différent. La recherche en génétique moléculaire était devenue une vaste entreprise commerciale, avec des milliards de dollars à la clé, dont le point de départ pouvait être fixé non pas en 1953, mais en avril 1976.
C'est à cette époque que des contacts avaient été noués entre un homme d'affaire, Robert Swanson, et Herbert Boyer, biochimiste à l'université de Californie. Les deux hommes décidérent de fonder une société destinée à assurer l'exploitation commerciale des techniques de greffe de gènes de Boyer. Cette société, Genentech, devint rapidement la plus importante et la plus prospère des nouvelles entreprises de génie génétique.
Tout le monde semblait soudain n'avoir qu'un seul but : s'enrichir. De nouvelles sociétés étaient créées chaque semaine ou presque et les scientifiques affluaient pour s'adonner à l'exploitation de la recherche génétique. En 1986, on dénombrait au moins trois cent soixante-deux chercheurs, dont soixante-quatre membres de l'Académie des Sciences, qui siégaient aux comités consultatifs des firmes de biotechnologie. Le nombres de ceux qui avaient inveti des capitaux personnels était encore beaucoup plus élevé.
Il convient d'insister sur la portée de ce changement d'attitude. Les adeptes de la recherche fondamentale n'avaient toujours eu que mépris pour les affaires. Pour eux, la poursuite de l'argent était une activité dépourvue d'intérêt, qu'ils laissaient aux boutiquiers. La recherche industrielle, y compris dans les prestigieux laboratoires Bell, I.B.M. ou même ceux de Macro Cosmos, n'était qu'un prix de consolation pour ceux qui n'avaient pu obtenir un poste universitaire. La recherche fondamentale se montrait donc très critique à l'égard des sciences appliquées et de l'industrie en général. Un antagoniste de longue date protégeait les chercheurs du corps universitaire de toute contamination de l'industrie, et, chaque fois qu'un débat s'engageait sur une question de technologie, des tenants de la recherche fondamentale étaient toujours disponibles pour donner un avis désintéressé au niveau le plus élevé.
Mais la situation a beaucoup évolué. Il y a de nos jours très peu de spécialistes de la biologie moléculaire et d'instituts de recherches qui ne soient rattachés à une structure commerciale. Une page est tournée. La recherche génétique se poursuit avec une frénésie accrue. Mais elle est faite en secret, à la hâte et uniquement pour le profit.


Dans ce climat mercantile, il semble inévitable de voir apparaître une société aussi ambitieuse qu'International Genetic Technologies, basée à Volucité, et nul ne s'étonnera que la crise qu'elle a provoqué ait été passée sous silence. Les recherches d'InGen avaient été menées dans le plus grand secret, l'"incident" eu lieu dans une région totalement isolée d'Alola et il eut à peine une vingtaine de témoins dont une poignée seulement survécurent.
Même par la suite, quand International Genetic Technologies comparut devant le Tribunal Fédéral de Port Yoneuve, le 5 octobre 1989, le procès n'attira guère l'attention des médias. L'affaire semblait banale ; InGen était la troisième société de biotechnologie à déposer son bilan cette année-là et la septième depuis 1986. Peu de documents furent rendus publics, les créanciers étant des consortiums d'investissement de Kanto ou d'Hoenn, comme la Sylphe et la Devon SARL, qui, traditionnellement, fuient la publicité. Afin d'éviter toute révélation embarrassante, l'avocat d'InGen, Daniel Ross, du cabinet Cowan, Swain et Ross, représentait également les investisseurs japonais. Et la déposition insolite du vice-consul d'Ekaeka fut reçue à huis clos. Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce que l'affaire eut été discrètement réglée à l'amiable en moins d'un mois.
Les parties intéressées, y compris les scientifiques distingués siégeant à la commission consultative, signérent un accord de non-divulgation et personne ne révélera ce qui s'est passé. Mais la plupart des principaux acteurs de l'"incident InGen" ne figurent pas parmi les signataires et ils ont acceptés de revenir sur les événements extraordinaires qui se déroulèrent pendant ces deux journées du mois d'août 1989 sur une petite île écartée, au large de la côte ouest d'Alola.

Posté à 12h09 le 24/06/20

Prologue : La morsure du Jungko.


La pluie tropicale tombant à verse à verse tambourinait sur le toit de tôle ondulée de la clinique. L'eau vomie par les goutières éclaboussait le sol et s'écoulait en torrents. Debout devant la fenêtre, Roberta Joelle Carter soupira. Elle distinguait à peine la plage et l'océan voilés par le brouillard. Elle ne s'attendait certainement pas à ça quand elle avait décidé de passer deux mois en qualité de médecin au Village Flottant, un village de pêcheurs sur la côte Pacifique de Poni. Bobbie Carter comptait se détendre au soleil, après deux années d'internat éreintantes au service des urgences de l'hôpital Michael Reese, à Volucité.
Elle était au Village Flottant depuis trois semaines. Et il avait plu tout les jours.
Le reste lui plaisait. Elle aimait l'isolement du village et la gentillesse de ses habitants. L'infrastructure hospitalière d'Alola était l'une des vingt meilleures au monde et la modeste clinique du petit village côtier était bien entretenue et bien équipée. Manuel Aragon, son assistant, était intelligent et tout à fait compétent. Bobbie avait donc la possibilité de donner des soins d'une qualité comparable à ceux qu'elle donnait à Volucité.
Hélas ! Il y avait la pluie. Cette pluie incessante !
Manuel, qui travaillait à l'autre bout de la salle d'examens, pencha soudain la tête sur le coté.
- Ecoutez, murmura t'il.
- N'ayez crainte, dit Bobbie, j'entends.
- Mais non, écoutez bien !
Elle perçut un bruit qui se mêlait à celui de la pluie, un grondement d'abord indistinct qui se précisa peu à peu jusqu'à ce qu'elle reconaisse le bourdonnempaent saccadé d'un hélicoptère. Ce n'est pas possible, songea t'elle, on ne peut pas voler par ce temps !
Mais le vrombissement ne cessait de s'amplifier. L'hélicoptére déchira soudain le brouillard flottant sur l'océan et survola la clinique en rase-motte avant de décrire un grand cercle pour revenir. Bobbie vit l'appareil passer près des barques de pêche, se laisser glisser vers la jetée branlante, puis repartir en direction de la plage. Il cherchait un endroit où se poser.
C'était un Sikorsky ventru portant sur le flanc une bande bleue et une inscription : InGen Constructions. Le nom de l'entreprise qui construisait un parc de loisir sur une île au large d'Alola. Le bruit courait que le résultat serait impressionant et une abondante main d'oeuvre locale participait à la construction de ce complexe dont les travaux déjà depuis plus de deux ans. Bobie imaginait ce que serait le parc de loisir : un ensemble gigantesque, à l'Unysienne, avec piscines et courts de tennis, où les clients pourraient se distraire et siroter des daiquiris sans avoir le moindre contact avec les autochtones, sans rien connaître du pays.
Elle se demanda ce qui avait bien pu arriver dans l'île pour qu'un hélicoptère décolle sous cette pluie diluvienne. Elle vit à travers le plexiglas de l'habitacle le pilote manifester son soulagement quand l'appareil se posa sur la grève. Des hommes bondirent sur le sable et ouvrirent la porte latérale de l'hélicoptère. Bobbie entendit des cris et des exclamations en Alolien, et Manuel la poussa du coude.
Ils réclamaient un médecin.


Un blanc aboya des ordres et deux noirs transportérent un corps inanimé vers la clinique. Le Blanc était vêtu d'un ciré jaune et des mèches rousses dépassaient de sa casquette de base-ball.
- Y'a t'il un médecin ? cria t'il tandis que Bobbie s'élançait à la rencontre du petit groupe.
- Je suis le Dr Carter, dit-elle.
De grosses gouttes de pluie s'écrasaient sur sa tête et ses épaules. Elle vit le regard sceptique du rouquin se poser sur son short en jean et son débardeur. Elle avait sur l'épaule un stéthoscope dont le métal était déjà rouillé par l'air marin.
- Je m'appelle Ed Regis. Nous avons un blessé grave, docteur.
- Dans ce cas, il vaudrait mieux l'emmener à San José. En hélicoptère, vous en avez pour vingt minutes.
- C'est ce que nous voulions, mais avec ce temps, nous ne pourrons pas franchir les montagnes. On dirait que Fulguris est en colère. Il va falloir le soigner ici.
Bobbie suivit les deux noirs qui transportaient le blessé vers l'entrée de la clinique. Il était très jeune, pas plus de dix-huit ans. Elle écarta la chemise imbibée de sang, découvrit une plaie profonde à l'épaule, une longue déchirure dans les chairs, et une autre le long de la jambe.
- Que lui est il arrivé ? demanda t'elle en élevant la voix pour couvrir le bruit de la pluie.
- Accident du travail, répondit vivement Ed Régis. Il est tombé et une pelleteuse lui est passé dessus.
Debout devant la porte verte de la clinique, Manuel fit signe d'entrer au deux noirs qui déposérent sur la table occupant le centre de la salle d'examens le blessé sans conaissance, exsangue et frissonant. Puis il commença à lui faire une intraveineuse tandis que Bobbie faisait pivoter la lampe pour examiner les plaies. Elle comprit aussitôt que c'était grave et que le jeune homme ne s'en sortirait probablement pas.
Une longue déchirure courait de l'épaule au torse. Au centre de la plaie aux bords déchiquetés, les os de l'épaule disloquée était visible. Une seconde plaie béante montrait montrait les muscles lacérés de la cuisse et, tout au fond, l'artère fémorale qui battait. La première impression de Bobbie fut que la jambe avait été ouverte par une morsure.
- Pouvez vous me donner des détails sur ce qui s'est passé ? demanda t'elle.
- Je n'ai pas vu l'accident, répondit Ed, mais on m'a dit qu'il avait été traîné par la pelleteuse.
- On dirait presque une morsure, poursuivit Bobbie Carter en palpant les bords de la plaie.
De ses années passées au service des urgences, elle avait conservé le souvenir très précis de certains patients. Elle avait vu deux cas de morsures graves : le premier était un enfant de deux ans qui s'était fait attaquer par un Elecsprint, le second un employé de cirque ivre qui s'était fait surprendre par un Félinferno. Les blessures étaient similaires et elles avaient un aspect caractéristique.
- Une morsure ? reprit Ed. Non, non, je vous assure que c'était une pelleteuse.
Le visage crispé, il passait nerveusement la langue sur ses lèvres et donnait l'impression d'avoir fait quelque chose de mal. Bobbie se demanda pourquoi : s'il employaient sur l'île une main d'oeuvre locale inexpérimentée, les accidents devaient être très fréquents.
- Voulez vous que je nettoie la plaie ? demanda Manuel, accompagné de son Ptiravi.
- Oui, mais faites d'abord une ligature.
Elle se pencha un peu plus pour écarter du bout des doigts les lèvres de la plaie. S'il était bien passé sous un excavateur, il aurait dû y avoir de la terre jusqu'au fond de la plaie. Mais il n'y avait rien, juste une sorte de mousse écumeuse et visqueuse. Une odeur bizarre se dégageait de la plaie, une odeur fétide de pourriture et de mort que Bobbie ne conaissait pas.
- Quand l'accident s'est il produit ?
- Il y a une heure.
Elle fut de nouveau frappée par la nervosité d'Ed Regis. Il avait un tempérament ardent, agité et ne ressemblait pas du tout à un contremaître d'une entreprise de construction. On aurait plutôt dit un cadre et il était à l'évidence complétement dépassé.
Bobbie Carter reporta son attention sur le blessé. Elle avait la conviction qu'il ne s'agissait pas d'une lésion mécanique. La plaie n'était pa ssouillée de terre et il n'y avait pas d'écrasement des tissus. Un choc violent - accident de voiture ou du travail - provoquait presque toujours un écrasement des tissus dont elle ne trouvait pas trace ici. Mais la peau de l'épaule et de la cuisse était déchirée, lacérée.
Cela ressemblait décidément à une morsure. Et pourtant la plus grande partie du corps ne portait pas de marques, ce qui était rare en cas d'attaque par un Pokémon. Elle examina attentivement la tête, les bras, les mains...
Les mains ! Elle ne put réprimer un frisson en voyantles mains du jeune homme. De profondes coupures zébraient les deux paumes ; les poignets et les avant-bras étaient recouverts d'ecchymoses. Bobbie avait assez d'espérience pour savoir ce que ça signifiait.
- Allez attendre dehors, ordonna t'elle à Ed Regis.
- Pourquoi ? demanda t'il, manifestement inquiet de la tournure que prenaient les choses.
- Voulez vous que je le soigne ou non ? lança t'elle en le repoussant vers la porte qu'elle lui claqua au nez.
Elle ne savait pas ce qui s'était passé, mais elle n'aimait pas ce qu'elle voyait.
- Je continue à nettoyer la plaie ? demanda Manuel d'une voix hésitante.
- Oui.
Elle alla chercher spn petit Olympus Autofocus et prit plusieurs photos des blessures en changeant de position pour avoir un meilleur éclairage. Cela vraiment à des morsures. Quand le blessé fit entendre un gémissement, elle reposa son appareil et se pencha vers le jeune homme. Elle vit ses lèvres remuer.
- Jun... articula t'il avec difficulté. Lo Jun...Ko !
A ces mots, Manuel eut un mouvement de recul horrifié.
- Qu'est ce que ça veut dire ? demanda Bobbie.
- Je ne sais pas, docteur, répondit vivement Manuele en secouant la tête. Lo Junko... No es Alolién.
- Vraiment ? fit Bobbie, qui avait pourtant cru reconnaître des mots Aloliens. Dans ce cas, continuez à nettoyer ses blessures.
- Non, docteur, répliqua Manuel en froncant le nez. Mauvaise odeur, ajouta t'il en se signant.
Bobbie examina de nouveau les traînées d'écume visqueuse. Elle en prit un peu et la frotta entre ses doigts : cela ressemblait beaucoup à de la bave... Le blessé remua encore les lèvres.
- Jungko, murmura t'il d'une voix à peine audible.
- Il a été mordu, fit Manuel d'une voix horrifiée.
- Par quoi ?
- Un Jungko.
- Qu'est ce que c'est ?
- Lo Marshadow.
Le visage de Bobbie s'assombrit. Les Aloliens n'étaient pas particuliérement superstitieux, mais elle avait déjà entendu au village ce nom de Marshadow. S'il fallait en croire les rumeurs, il s'agissait d'esprits nocturnes, de vampires qui enlevaient des enfants en bas âge. D'après les croyances populaires, les Marshadows, qui vivaient autrefois dans les montagnes, habitaient maintenant dans les îles.
Manuel continuait à reculer en se signant et en marmonnant des paroles incompréhensibles.
- Ce n'est pas normal, cette odeur, murmura t'il. C'est lo Marshadow. Bobbie s'apprêtait à lui ordonner de se remettre au travail quand le blessé ouvrit les yeux et se dressa sur son séant. Manuel poussa un hurlement de terreur. Le jeune homme gémit et tourna la tête de droite et de gauche, les yeux écarquillés, puis il vomit du sang. Il se tordit aussitôt dans les convulsions. Bobbie essaya de le retenir, mais il tomba de la table sur le sol de ciment. Il vomit derechef, il y avait du sang partout.
- Que se passe t'il ? demanda Ed Regis en ouvrant brusquement la porte.
En voyant le sang, il se détourna en portant la main à sa bouche. Bobbie saisit une baguette qu'elle glissa entre les mâchoires crispées du jeune homme, mais elle comprit qu'il était trop tard. Le corps fut secoué d'un dernier spasme, puis il se détendit et demeura inerte.
Elle se pencha pour pratiquer le bouche à bouche, mais Manuel la prit par l'épaule et la tira violemment en arrière.
- Non ! s'écria t'il. Lo Marshadow passerait dans votre corps.
- Manuel, je vous en prie !
- Non ! répéta t'il en affrontant hardiment son regard. Il y a des choses que vous ne pouvez pas comprendre !
Bobbie baissa les yeux sur le corps étendu sur le ciment et elle comprit qu'il ne servait à rien d'insister : jamais elle n'aurait réussi à le ranimer. Manuel appela les noirs, qui entrérent dans la salle d'examens et emportèrent le corps. Ed apparut à son tour, s'essuyant la bouche du dos de la main.
- Je suis sur que vous avez fait tout votre possible, marmonna t'il.
Bobbie suivit du regard les hommes qui transportaient le corps. Ils le hissèrent dans l'hélicoptère et l'appareil décolla aussitôt en vrombissant.
- C'est mieux comme ça, déclara Manuel.
Bobbie songeait encore aux mains du jeune homme, sillonées de coupures et couvertes d'ecchymoses, des mains levées pour se défendre. Elle avait maintenant la conviction qu'il n'avait pas péri dans un accident du travail, mais qu'il avait été attaqué et avait simplement cherché à se protéger.
- Où se trouve cette île ? demanda t'elle.
- Dans l'océan. A environ cent quatre-vingts kilomètres de la côte.
- Un endroit bien isolé pour un parc de loisirs.
- J'espère qu'ils ne reviendront pas, dit Manuel en suivant des yeux l'hélicoptère qui s'éloignait rapidement.
J'ai au moins réussi à prendre quelques photos, songea Bobbie. Mais, quand elle retourna dans la salle d'examens, elle constata que son appareil avait disparu.


Dans le courant de la nuit, la pluie cessa enfin. Seule dans sa chambre, à l'arrière de la clinique, Bobbie se plongea dans son dictionnaire d'Alolien très usagé. Le jeune homme avait dit "Jungko" et malgré les dénégations de Manuel, elle soupçonnait que c'était un mot Alolien. Elle le trouva effectivement ; il signifiait "ravisseur" ou "kidnappeur".
Cela lui donna à réfléchir ; le sens de ce mot était étrangement proche de celui de Marshadow. Il allait sans dire qu'elle ne croyait pas à cette superstition et que les mains du jeune homme n'avaient pas été lacérées par un fantôme.
Qu'avait t'il essayé de lui révéler ?
Elle entendit des gémissements venant de la pièce voisine. Une des villageoises était dans les douleurs de l'accouchement et Elena Morales, la sage-femme de la clinique, se trouvait à son chevet. Bobbie entra dans la salle de travail et fit signe à Elena de sortir avec elle.
- Elena...
- Si, docteur ?
- Savez vous ce qu'est un raptor ?
Robuste et grisonnante, âgée d'une soixantaine d'années, la sage-femme avait l'esprit pratique et les pieds sur terre. A la clarté des étoiles, Bobbie la vit plisser le front.
- Un raptor ?
- Oui. Vous connaissez ce mot ?
- Si, fit Elena en hochant la tête. C'est... Une personne qui vient dans la nuit et qui enlève un enfant.
- Un kidnappeur ?
- Oui.
- Un Marshadow ?
L'attitude de la sage-femme changea du tout au tout.
- Ne prononcez pas ce mot, docteur.
- Pourquoi ?
- Ne parlez pas de Marshadow en ce moment, reprit Elena avec fermeté en indiquant de la tête la porte de la salle de travail. Ce n'est pas prudent.
- Est ce qu'un Jungko mord et lacére ses victimes ? insista Bobbie.
- Non, docteur, répondit la sage-femme, l'air perplexe. Pas du tout... Un Jungko est un homme qui enlève les nouveaux-nés.
Elle semblait irritée par la conversation et impatiente d'y mettre un terme.
- Je vous appellerai quand elle sera prête, docteur, poursuivit t'elle en repartant vers la salle de travail. Je pense qu'il y en a encore pour une ou deux heures.
Bobbie leva la tête vers les étoiles. Elle entendait le doux clapotis des vagues sur la grève et distinguait dans l'obscurité les barques de pêche amarrées à une encablure du rivage. La scéne était si paisible, si rassurante, qu'elle se sentait idiote de parler de vampires et de bébés kidnappés.
Bobbie regagna sa chambre en se souvenant que Manuel avait affirmé avec insistance que ce n'était pas un mot Alolien. Par curiosité, elle ouvrit son petit dictionnaire de Galarien, et, à son grand étonnement, elle découvrit que le mot y figurait également.

Jungko [deriv of L. Jungko pillard, kl. raptus] : oiseau de proie.

Posté à 19h23 le 27/09/20

La température dépassait 35°C. Alan Grant était accroupi, le nez à quelques centimètres du sol. Il avait mal aux genoux malgré ses genouillères de grosse toile, la poussière alcaline lui irritait les poumons et des gouttes de sueur coulaient de son front. Mais Grant était indifférent à l'inconfort de sa position. Toute son attention était concentrée sur les quinze centimètres carrés de terre qui se trouvaient juste devant lui.
Travaillant patiemment à l'aide d'un cure-dents et d'une brosse de peintre en poil de Camérupt, il était en train d'exhumer un minuscule fragment de maxillaire en forme de L, long de vingt-cinq millimètres et pas plus épais que son auriculaire. Les dents, qui formaient une rangée de petites pointes, étaient plantées selon un angle caractéristique. Des débris d'os se détachaient à mesure qu'il progressait. Grant s'arrêta quelques instants pour enduire l'os de colle avant de poursuivre sa tâche. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait d'un maxillaire ayant appartenu à un bébé dinosaure carnivore, mort depuis soixante-dix-neuf millions d'années, à l'âge de deux mois.
Si la chance était avec lui, Grant pouvait découvrir le reste du squelette. Et, si cela se réalisait, ce serait le premier squelette complet d'un bébé carnivore...
- Ohé ! Alan !
Grant leva la tête en plissant les yeux pour se protéger du soleil. Il ajusta ses lunettes de soleil et s'essuya le front du revers de la main.
Il se trouvait sur le flanc d'une butte isolée par l'érosion, dans les bad lands du Désert Délassant, à Unys. Sous le ciel d'un bleu implacable, des éminences de calcaire érodé parsemaient la plaine à perte de vue. Pas le moindre buisson, pas un seul arbre à l'horizon : rien que la pierre dénudée, le soleil brûlant et les gémissements du vent.
Les visiteurs trouvaient les bad lands d'une austérité déprimante, mais, quand Grant contemplait ce paysage, il y voyait tout autre chose. Ces terres désolées étaient tout ce qui restait d'un monde très différent, disparu depuis quatre-vingt millions d'années. Grant se représentait un lieu chaud et marécageux formant la limite d'une vaste mer intérieure. Cette mer, large de plusieurs centaines de kilomètres, s'étendait du mont Foré, de formation très récente, au mont Renenvers. Tout le Middle West d'Unys était sous l'eau.
A l'époque, il y avait de petits nuages dans le ciel assombri par la fumée des volcans voisins. L'atmosphère était plus dense, plus riche en gaz carbonique, et les plantes poussaient rapidement en bordure de la mer. Il n'y avait pas de poissons dans ces eaux, mais des Crustabri et des Ammonistar. Des ptérosaures descendaient en piqué pour saisir des algues flottant à la surface de l'eau. Quelques dinosaures carnivores rôdaient entre les palmiers poussant sur les rives marécageuses. Au large apparaissait une petite ile, d'une superficie d'un hectare. Bordée par une végétation dense, cette ile formait un sanctuaire où des troupeaux de dinosaures herbivores à bec de canard pondaient leurs œufs dans des nids communautaires et élevaient leurs petits.
Pendant les millions d'années qui suivirent, la profondeur du gigantesque lac alcalin d'un vert pâle diminua et toute l'eau finit par disparaitre. La terre dénudée se plissa et se craquela sous l'effet de la chaleur : l'ile où les dinosaures pondaient leurs œufs devint le mamelon érodé au flanc duquel Alan Grant, un barbu de quarante ans au large poitrail, était en train de creuser.
- Ohé ! Alan !
Il se releva. Il entendit le halètement du générateur portable et le fracas lointain du marteau-piqueur attaquant la roche de la colline voisine. Il vit les étudiants s'agiter autour de la machine et écarter les blocs de pierre après avoir vérifié qu'ils ne renfermaient pas de fossiles. Au pied de la colline, il vit les six tipis du campement, la tente de la cantine battue par le vent et la caravane qui faisait office de laboratoire de campagne. Il vit Ellie qui lui faisait de grands signes de la main à l'ombre de la caravane, accompagnée de son Mimantis.
- De la visite ! cria-t-elle en tendant le bras vers l'est.
Grant distingua le nuage de poussière et la Ford bleue cahotant sur la route défoncée. Il regarda sa montre : pile à l'heure. Sur la colline voisine, les jeunes gens suivaient la voiture avec intérêt. Les visiteurs étaient rares dans le Désert Délassant et les raisons poussant un policier de l'Agence pour la protection de l'environnement à venir voit Alan Grant avaient donné lieu à bien des conjectures.
Mais Grant savait que la paléontologie, la science des êtres disparus, prenait depuis quelques années une importance inattendue dans le monde moderne. Ce monde changeait rapidement et des questions urgentes sur les conditions météorologiques, la déforestation, le réchauffement général de l'atmosphère ou la couche d'ozone semblaient pouvoir obtenir des réponses, au moins partielles, du passé. Les paléontologistes étaient en mesure de fournir certaines précisions et, en deux occasions, Alan Grant avait été appelé à témoigner en qualité d'expert.
Suivi de son fidèle Minotaupe, il commença à descendre la colline pour aller à la rencontre du visiteur.

La poussière blanche fit tousser l'homme tandis qu'il claquait la portière de la voiture.
- Beladonis, F.P.I. (section A.P.E.), dit-il en tendant la main. Je travaille actuellement pour le bureau de Janusia.
- Vous avez l'air d'avoir chaud, fit Grant après s'être présenté. Voulez vous une bière ?
- Et comment !
Beladonis n'avait pas 30 ans. Malgré la chaleur, il portait un long imperméable brun, une cravate et tenait un porte-document. Il portait une Pokéball à sa ceinture. Ses chaussures à languette crissaient sur les pierres tandis que les deux hommes se dirigeaient vers la caravane.
- Quand je suis arrivé au sommet de la colline, fit Beladonis en désignant les tipis, j'ai cru que c'était une réserve indienne.
- Non, répliqua Grant, mais c'est le meilleur moyen de vivre par ici.
Il lui expliqua qu'en 1978, la première année des fouilles, ils avaient fait venir des tentes octogonales ultra-perfectionnées, mais le vent les avaient renversées. Ils essayèrent ensuite d'autres modèles, mais le résultat fut le même. Ils décidèrent enfin de monder des tipis, plus spacieux, plus confortables et plus stables quand le vent soufflait.
- Ce sont des tipis de Pieds-Noirs, ajouta Grant. Ils sont tendus sur quatre piquets alors que ceux des Sioux n'en ont que trois. Mais comme nous sommes sur le territoire des Pieds-Noirs, nous avons pensé...
- Oui, oui, bonne idée, fit Beladonis, les yeux plissés, et parcourant du regard le paysage désolé. Depuis combien de temps êtes vous ici ?
- A peu près soixante caisses, répondit Grant. Nous mesurons le temps en caisses de bière, expliqua-t-il en voyant l'air surpris de l'inspecteur. Nous commençons en juin avec cent caisses et nous en avons fini une soixantaine.
- Soixante-trois, pour être précis, lança Ellie Sattler au moment ou ils arrivaient devant la caravane.
Grant souris en voyant Beladonis écarquiller les yeux. Âgée de vingt-quatre ans, le teint hâlé, des cheveux blonds attachés en queue-de-cheval, Ellie portait un jean coupé en haut des cuisses et une chemise nouée autour de la taille.
- Si nous tenons le coup, c'est grâce à elle, poursuivit Grant après avoir fait les présentations. Elle est très bonne dans sa partie.
- Quelle est sa partie ? demanda Beladonis.
- Paléobotanique, répondit Ellie. Et je m'occupe aussi des préparations de routine.
Elle ouvrit la porte et ils entrèrent dans la caravane. La climatisation abaissait seulement la température à 28°C, mais ils eurent une impression de fraicheur après la chaleur torride de midi. Plusieurs longues tables de bois étaient alignées, sur lesquelles de petits fragments d'os étaient soigneusement disposés et étiquetés. Un peu plus loin, il y avait des plats et des pots de céramique. Une forte odeur de vinaigre flottait dans l'air.
- Je croyais que les dinosaures étaient très gros, dit Beladonis en regardant les os.
- C'est vrai, fit Ellie, mais tout ce que vous voyez ici provient de bébés. Le site du Désert Délassant est particulièrement important pour le nombre de nids fossilisés. Avant que nous commencions les travaux sur ce gisement, les bébés dinosaures étaient très mal connus, puisqu'un seul nids avait été découvert, dans le désert de Gobi. Ici, nous avons mis au jour une douzaine de nids de Muplodocus, avec des œufs et des squelettes de bébés.
En se dirigeant vers le réfrigérateur, Grant montra à Beladonis les bains d'acide acétique utilisés pour dissoudre la gangue calcaire entourant les fragiles ossements.
- On dirait des os de Galifeu, fit Beladonis en se penchant vers les plats de céramique.
- Oui, acquiesça Ellie. Ils ressemblent à des os d'oiseaux.
- Et ceux-là ? demanda Beladonis en montrant par la fenêtre de la caravane des piles de gros os enveloppés dans des bâches en plastique.
- Des rebuts. Des débris trop fragmentaire que nous avons extraits. Avant, nous les aurions jetés mais, aujourd'hui, nous faisons faire des analyses génétiques.
- Des analyses génétiques ? répéta Beladonis.
- Tenez, fit Grant en lui fourrant une bière dans la main.
Il en tendit une autre à Ellie qui la but au goulot en rejetant son long cou en arrière sous le regard ahuri de Beladonis.
- Comme vous le voyez, nous ne faisons pas de manières ici, déclara Grant. Voulez-vous passer dans mon bureau ?
- Avec plaisir, répondit Beladonis.
Le chercheur le précéda tout au fond de la caravane où se trouvaient un canapé défoncé, un fauteuil affaissé et une table basse de guingois. Grant se laissa tomber sur le canapé qui émit un craquement et projeta un nuage de poussière crayeuse. Tandis que son Minotaupe grimpait à son tour sur le canapé, il s'appuya contre le dossier, posa ses bottes sur le bord de la table et indiqua le fauteuil au visiteur.
- Asseyez vous donc.

Alan Grant était professeur de paléontologie à l'université d'Ogoesse et l'un des plus éminents chercheurs dans son domaine, mais il fuyait les mondanités. Il se considérait comme un homme de terrain et savait que, dans sa spécialité, les découvertes les plus importantes étaient faites sur le terrain, avec les mains. Grant supportait difficilement les universitaires et autres conservateurs de musée, ceux qu'il surnommait les "chasseurs de dinosaures en chambre", et dont il mettait un point d'honneur à se distinguer, aussi bien dans sa mise que dans son attitude, allant jusqu'à donner ses cours en jean et tennis.
Grant regarda Beladonis épousseter soigneusement le fauteuil avant de s'asseoir, ouvrir son porte-document, fouiller ses papiers, tourner la tête vers Ellie qui retirait des os d'un bain d'acide avec des pincettes sans prêter la moindre attention aux deux hommes.
- Vous devez vous demander ce que je suis venu faire ?
- C'est un long trajet, monsieur Beladonis, fit Grant en hochant la tête.
- Allons droit au but, si vous voulez bien. L'Agence pour la protection de l'environnement se préoccupe des activités de la fondation Hammond qui vous verse des subsides.
- Trente mille dollars par an, confirma Grant en hochant la tête. Depuis cinq ans.
- Que savez vous sur cette fondation ?
- La fondation Hammond est une source respectée de subventions universitaires. Elle finance des recherches dans le monde entier, y compris les travaux de plusieurs spécialistes des dinosaures. Je sais qu'elle aide financièrement Bob Kerry, à Arpentières, et John Weller, dans le mont Foré. Il y en a probablement d'autres.
- Savez vous pourquoi la fondation Hammond subventionne tant de recherches sur les dinosaures ? poursuivit Beladonis.
- Bien sûr. C'est car le vieux John Hammond est dingue de ces gros pokémons.
- L'avez vous déjà rencontré ?
-Une ou deux fois, répondit Grant avec un haussement d'épaules. Il est venu nous rendre de courtes visites. Il n'est plus de la première jeunesse, vous savez. C'est un excentrique, comme le sont parfois les gens très riches, mais il est toujours plein d'enthousiasme. Pourquoi cette question ?
- Eh bien, répondit Beladonis, il se trouve que la fondation Hammond est un organisme assez mystérieux.
Il prit dans ses papiers la photocopie d'un planisphère parsemé de points rouges, qu'il tendit à Grant.
- Voici les fouilles que la fondation a finançée l'année dernière. Est-ce que vous remarquez quelque chose de curieux ? Désert Délassant, Arpentières, Sinnoh, Johto... Uniquement des sites septentrionaux. Il n'y a rien en dessous du quarante-cinquième paralléle. Et tous les ans, c'est la même chose, ajouta Beladonis en sortant d'autres cartes. Jamais aucun programme de recherche n'a été subventionné dans le sud, que ce soit à Hoenn, à Alola ou autre part. La fondation Hammond finance exclusivement des fouilles dans les régions froides. Nous aimerions savoir pourquoi.
Grant parcourut rapidement les cartes du regard. S'il était vrai que seules les fouilles dans les régions froides recevaient une aide financière de la fondation, c'était un politique bizarre, car certains des meilleurs chercheurs travaillaient dans les pays chauds et...
- Il y a d'autres énigmes, reprit Beladonis. Quel est par exemple le lien entre les dinosaures et l'ambre ?
- L'ambre ?
- Oui. La résine fossilisée, dure est jaune...
- Je sais ce que c'est, le coupa Grant. Mais pourquoi me posez vous cette question ?
- Parce que, depuis cinq ans, Hammond a fait l'acquisition d'énormes quantités d'ambre aussi bien à Unys qu'à Kalos ou à Kanto, y compris un certains nombre de bijoux dignes d'être exposés dans les musées. La fondation a investi dix-sept millions de dollars dans des achats d'ambre. Elle posséde aujourd'hui la plus importante réserve privée du monde.
- Je ne comprends pas pourquoi, dit Grant.
- Personne ne comprend pourquoi. Autant que nous puissions en juger, cela ne méne à rien. L'ambre synthétique est facile à produire ; cette matière n'a aucune valeur commerciale ni militaire. Il n'y a aucune raison de la stocker, mais c'est ce que fait Hammond depuis plusieurs années. Il a notamment fait acquisition d'un morceau d'ambre de Kanto gigantesque, dans lequel aurait été retrouvé un os de ptéra.
- De l'ambre, murmura Grant en secouhant la tête.
- Et cette ile à Alola ? poursuivit Beladonis. Il y a dix ans, la fondation Hammond a loué une ile au gouvernement de cet archipel, soi-disant pour y créer une réserve biologique.
- Je ne suis pas au courant, fit Grant, l'air perplexe.
- Je n'ai pas réussi à découvrir grand-chose, reconnut Beladonis. L'ile se trouve entre Volucité et l'ile de Poni. Elle est très accidentée et, dans ces parages, la conjonction des vents et des courants engendre un brouillard presque permanent. Les autochtones la surnomment l'ile des brumes, Isla Nublar. Les Aloliens ne comprenaient pas que quelqu'un s'y intéresse. Si je vous en parle, poursuivit l'inspecteur en fouillant dans son porte-documents, c'est parce que d'après nos dossiers, vous avez reçu des honoraires de consultant à propos de cette ile.
- Moi ? demanda Grant.
Beladonis lui tendit une feuille de papier. C'était la photocopie d'un chèque émis en mars 1984 par InGen Inc., Volucité, Unys. Payez contre ce chèque à M.Alan Grant la somme de douze mille PokéDollars. Au bas du chèque, dans l'angle, était écrit : Honoraires consultants/Alola/Hyperespace Jeunesse.
- Oui, fit Grant, je m'en souvient. C'était une histoire très bizarre, mais je m'en souvient très bien. Et cela n'avait rien à voir avec une ile.

C'est en 1979 qu'Alan Grant avait découvert sa première couvée d’œufs de dinosaures et il en avait exhumé plusieurs autres pendant les deux années suivantes. Mais c'est seulement en 1983 que les résultats de ses recherches avaient été publiés. Sa description d'un troupeau de dix milles Muplodocus vivant sur la rive d'une vaste mer intérieure, construisant dans la boue des nids communautaires et élevant leurs petits au sein du troupeau, avait fait de lui du jour au lendemain une célébrité. La notion d'instinct maternel chez les dinosaures géants - et les croquis d'adorables bébés Mucuscules pointant le museau à travers la coquilles de leur œuf - avait séduit dans le monde entier. Grant s'était vu harcelé de demandes d'interviews, de conférences et de livres. Fidèle à son image, il avait refusé en bloc, car seule la poursuite de ses fouilles intéressait. C'est pendant cette période agitée des années 83-84 que la société InGen lui avait proposé un poste de consultant.
- Aviez vous déjà entendu parler d'InGen ? demanda Beladonis.
- Non.
- Comment ont-ils pris contact avec vous ?
- J'ai reçu un message d'un certain Gennaro, ou Gennino, quelque chose comme ça.
- Donald Gennaro, confirma Beladonis avec un petit hochement de tête. C'est leur conseiller juridique.
- Quoi qu'il en soit, ce Gennaro voulait se renseigner sur les habitudes alimentaires des dinosaures et il m'a proposé de l'argent si j'écrivais ce que je savais là-dessus.
Grant vida sa bière et la posa sur le plancher.
- Gennaro s'intéressait surtout aux jeunes dinosaures. Il voulait savoir ce que mangeaient les bébés et les jeunes. Il devait penser que je savais tout cela.
- Et ce n'est pas le cas ?
- Pas vraiment. Nous avons découvert un grand nombre d'ossements, mais nous disposions de peu d'éléments sur le régime alimentaire. Gennaro m'a dit qu'il savait que tout n'avait pas été publié et il voulait tout ce que nous avions. Il m'a proposé une très grosse somme : cinquante mille PokéDollars.
- Vous permettez ? demanda Beladonis en prenant un magnétophone qu'il posa sur la table basse.
- Je vous en prie.
- Gennaro vous a donc téléphoné en 1984. Que s'est-il passé ensuite ?
- Vous avez vu notre site, répondit Grant. Cinquante mille dollars nous permettaient de financer les fouilles pendant deux étés. Je lui ai dit que je ferais le maximum.
- Vous avez donc accepté de rédiger un document ?
- Oui.
- Sur l'alimentation des jeunes dinosaures ?
- Oui.
- Avez vous rencontré Gennaro ?
- Non, tout s'est passé au téléphone.
- Gennaro vous a-t-il dit pourquoi il voulait ces renseignements ?
-Oui, répondit Grant. Il se proposait d'ouvrir un musée pour enfant et il désirait présenter des bébés dinosaures. Il m'a dit qu'il avait engagé un certain nombre de consultants choisis dans le corps universitaire et m'a donné quelques noms. Il y avait plusieurs paléontologistes, un mathématicien de Ville Noire nommé Ian Malcolm, deux écologistes, un analyste-programmeur. Une bonne équipe.
- Vous avez donc accepté ce poste de consultant ? demanda Beladonis en prenant des notes.
- Oui. J'ai accepté de lui envoyer un résumé de nos travaux, ce que nous savions sur les Muplodocus que nous avions découvert.
- Quels genres de renseignements lui avez vous fourni ? demanda Beladonis.
- Nidification, étendue du territoire, habitudes alimentaires, comportement social. Tout.
- Comment Gennaro réagissait-il ?
- Il ne cessait de téléphoner. Parfois en pleine nuit pour demander si les dinosaures mangeaient telle ou telle chose, si tel ou tel objet pouvait être exposé. Je n'ai jamais compris pourquoi il se mettait dans cet état. Bien sur, les dinosaures sont importants, mais pas à ce point-là. Ils ont disparu depuis soixante-cinq millions d'années et il aurait pu attendre le lendemain matin pour téléphoner !

- Je vois, dit Beladonis. Et les cinquante mille PokéDollars ?
- Finalement, j'en ai eu assez de Gennaro et j'ai laissé tomber. Nous nous sommes mit d'accord sur la somme de douze mille PokéDollars. Ce devait être vers l'été 1985.
- Et InGen ? demanda Beladonis en griffonant quelques chiffres. Avez vous eu d'autres rapports avec eux ?
- Pas depuis 1985.
- Quand la fondation Hammond a-t-elle commencée à financer vos recherches ?
- Il faudrait que je vérifie, répondit Grant, mais c'était à la même époque.
- Tout ce que vous savez sur Hammond, c'est qu'il est riche et passioné par les dinosaures ?
- Oui.
Beladonis continua de prendre des notes.
- Ecoutez, fit Grant, si l'Agence pour la protection de l'environnement s'intéresse tellement à Hammond et à ses activités - les fouilles dans les pays froids, les achats d'ambres, l'ile à Alola -, pourquoi ne l'interrogez vous pas ?
- Pour l'instant, c'est impossible.
- Pourquoi ?
- Parce que nous n'avons aucune preuve que ses activités soient illégales. Mais pour moi, il ne fait aucun doute que John Hammond tourne la loi.

- C'est le Bureau des transferts de technologies qui nous a alerté, expliqua Beladonis. Cet organisme contrôle les expéditions de matériel Unysois pouvant avoir de l'importance dans le domaine militaire. Ils ont appelé pour nous signaler qu'InGen avait peut-être effectué des transferts de technologies illégaux dans deux secteurs d'activités. D'une part, trois PorygonXMP avaient étés expédiés à Alola sous le couvert d'un envoi de matériel à une autre division de l'entreprise et en spécifiant qu'ils n'étaient pas destinés à la revente. Mais le Bureau se demandait qui pourrait avoir besoin de machines aussi performantes à Alola.
- Trois Porygon... ce sont bien des programmes informatiques ?
- Les XMP sont une amélioration extrêmement puissante du programme Porygon2 aujourd'hui banal. Pour vous donner une idée, la puissance de calcul de trois PorygonXMP est supérieure à celle de l'équipement informatique de n'importe quelle compagnie privée Unysoise. Et InGen les a envoyés à Alola... On est bien obligé de se poser des questions.
- Je donne ma langue au chat. Vous savez pourquoi ?
- Personne ne le sait. Et le cas des Motisma-Hood est encore plus inquiétant. Ce sont des séquenceurs automatiques boostés par un Motisma, des machines capables de déterminer seules les codes génétiques, si récentes qu'elles ne figurent pas encore sur la liste du matériel sensible. Mais n'importe quel laboratoire de génie génétique peut en posséder une, s'il a les moyens de débourser un demi-million de PokéDollars. Si mes renseignement sont exacts, poursuivit-il en consultant ses notes, InGen a expédié vingt-quatre Motisma-Hood vers son ile d'Alola. Ils affirment là aussi qu'il s'agit d'un transfert de matériel vers une filiale de l'entreprise et non une exportation. Le Bureau des transferts de technologies n'a pas pu faire grand-chose, car l'utilisation du matériel n'est pas officiellement de son ressort. Mais, à l'évidence, InGen est en train de mettre sur pied l'une des plus importantes installations de génie génétique du monde dans un petit pays. Un pays sans réglementation. Cela s'est déjà vu.
- Il y avait déjà plusieurs entreprises de biotechnologies qui s'étaient installées à l'étranger afin d'échapper aux lois et réglementations en vigueur à Unys. Le cas le plus flagrant était celui de BioSyn.
En 1986, la Genetic BioSyn Corporation, de Janusia, expérimenta un vaccin antirabique dans une ferme de Johto sans en avertir les autorités locales ni les ouvriers agricoles et sans prendre la moindre précaution.
Le vaccin consistait en un échantillon de Pokérus, dont on avait modifié le matériel génétique pour rendre le virus inactif. Mais la virulence n'avait pas été vérifiée : BioSyn ne savait pas si l'échantillon pouvait inoculer la rage. De plus, le virus avait été modifié. On ne pouvait en principe contracter la rage qu'après avoir été mordu par un animal atteint, mais les expériences de BioSyn sur le virus lui permettaient de traverser les alvéoles pulmonaires de sorte qu'il suffisait de respirer pour être infecté. Les chercheurs de BioSyn transportèrent le virus dans un sac, sur un vol commercial. Beladonis s'était souvent demandé ce qui serait arrivé si la capsule s'était brisée pendant le vol. Tout les voyageurs auraient pu contracter le Pokérus.
C'était une attitude scandaleuse, irresponsable. C'était une négligence criminelle. Et pourtant aucune mesure ne fut prise contre BioSyn. Les ouvriers agricoles qui avaient risqués leur vie sans le savoir n'étaient que des paysans ignorants ; le gouvernement de Johto avait une crise sur les bras et d'autres Chaffreux à fouetter ; les autorités Unysoises ne pouvaient exercer leur juridiction. Lewis Nikolai Dogson, le généticien responsable du projet, était toujours employé par BioSyn qui continuai d'agir avec la même insouciance. Et d'autres entreprises Unysoise s'empressaient de s'installer dans des régions dont la législation n'était pas adaptée au développement des recherches génétiques. Des régions pour qui le génie génétique n'était qu'une des technologies de pointe et qui acqueillaient ces entreprises sur leur territoire sans soupçonner les périls qu'elles leur faisait courir.
- Voilà donc pourquoi nous avons commencez à nous intéresser à InGen, reprit Beladonis. Cela remonte à trois semaines.
- Qu'avez vous découvert ? demanda Grant.
- Pas grand-chose, reconnut le jeune homme. A mon retour à Volucité, nous serons probablement obligés de clore l'enquête. Et je pense avoir à peu près terminé. A propos, que signifie "hyperespace jeunesse" ?
- C'était juste une appelation fantaisiste pour mon rapport, répondit Grant. Hyperespace est un terme désignant un espace multidimensionnel. D'après certains de mes confréres, le comportement d'un animal doit être considéré à l'intérieur d'un hyperespace écologique. Un "hyperespace jeunesse" - expression prétentieuse s'il en fut - fait simplement allusion au comportement de jeunes dinosaures.
L'Holokit sonna à l'autre extrémité de la caravane. Ellie décrocha.
- Il est en réunion en ce moment, dit-elle. Peut-il vous rappeler ?
- Merci pour votre aide, dit Beladonis en se levant et en refermant son porte-documents. Et pour la bière.
- Je vous en prie, fit Grant en le raccompagnant jusqu'à la porte.
- Hammond vous a-t-il demandé de lui fournir du matériel provenant de votre site ? Des os, des oeufs, ce genre de chose ?
- Non.
- D'après le Dr.Sattler, vous faites des travaux de génétique ici...
- Ce n'est pas exactement cela, rétorqua Grant. Quand nous mettons au jour des fossiles endommagés ou qui, pour toute autre raison, ne peuvent être conservés dans un musée, nous expédions les ossements à un laboratoire qui les broie et essaie d'en extraire des protéines. Ces protéines sont identifiés et on nous envoie les résultats.
- Quel est le nom de ce laboratoire ? demanda Beladonis.
- Medical Biologic Services, à Janusia.
- Comment l'avez vous choisi ?
- Leurs prix sont compétitifs.
- Ce laboratoire n'a rien à voir avec InGen ? insista Beladonis.
- Pas à ma connaissance.
Grant ouvrit la porte de la caravane et sentit un souffle d'air brulant. Beladonis prit le temps de mettre ses lunettes de soleil.
- Une dernière chose, dit-il. Imaginons que le véritable objectif d'InGen n'ait pas été une exposition dans un musée. Auraient-ils pu utiliser d'une autre maniére les renseignements que vous leur avez fournis ?
- Bien sûr, fit Grant en riant. Ils auraient pu nourrir un bébé Mucuscule.
- Un bébé Mucuscule, répéta Beladonis en se mettant à rire à son tour. J'aimerais bien voir cela. Quelle taille faisaient-ils ?
- Ils étaient grands comme ça, fit Grant en écartant les mains d'une quinzaine de centimétres. De la taille d'un Rongourmand.
- Et combien de temps fallait-il à l'animal pour évoluer ?
- A peu près trois ans, répondit Grant.
- Eh bien, reprit Beladonis en lui tenant la main, merci encore pour votre aide.
- Soyez prudent en conduisant, fit Grant.
Il attendit que Beladonis soit arrivé devant sa voiture, puis il referma la porte de la caravane.
- Que penses-tu de lui ? demanda-t-il à Ellie.
- Un garçon candide.
- As tu aimé la manière dont il a présenté John Hammond comme le parfait scélérat ? poursuivit Grant en riant. Hammond est à peu près aussi sinistre que Walt Disney... A propos, qui a appellé ?
- Un homme, un pêcheur du Village Flottant, sur l'ile Poni d'Alola. Apparement, sa fille se serait fait mordre par un dinosaure. Il aurait retrouvé le cadavre de ce dernier, sur la plage, le lendemain. Il ne restait plus qu'une jambe, tout le reste avait été dévoré. Il voudrait te demander d'identifier l'animal. Il voudrait que tu rappelle tout de suite.

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