Forum Fanfiction

[Fiction] Deus Ex Machina

Posté à 23h20 le 15/05/18

Le Moment de la Rage (2/4)



Les quelques militaires étaient à l’affût, prêts à courir vers leur cible dès que le Major Luther, l’homme aux bandages plein la tête, leur en donnerait l’ordre. Parmi eux, Elodie, son Métamorph sur les épaules, était particulièrement angoissée, même si la présence de Billy à ses côtés la rassurait. Ils étaient sur le point d’entrer dans la Tour Radio, attendant juste que le Général Planck fasse diversion plus loin, en menant l’offensive pour reprendre la ville des mains du Professeur Higgs.

Ils avaient appris que les messages qu’ils avaient reçus tout au long du trajet et même avant n’étaient en vérité que des tissus de mensonge. Doublonville avait été l’une des premières cibles, bien avant Rosalia ou Mauville, qui, normalement, étaient encore intactes. La grande cité était rapidement tombée, même si plusieurs citoyens étaient parvenus à s’enfuir par le Bois aux Chênes ou les deux villes prétendument détruites. Le Général Planck avait bien failli tomber dans le panneau si son groupe d’éclaireurs, mené par le Major Luther, n’avait pas communiqué à temps son rapport quant à l’état de la ville. Une partie des troupes du Général était ainsi tombée dans un piège qui leur avait coûté pas mal de vies humaines, de Pokémon, et de matériel. Mais heureusement, les régiments avaient été sauvés et ils s’étaient réfugiés près du Dôme du Pokéathlon.

La cause de cette mascarade n’était autre que le piratage de la Tour Radio par les forces du professeur Higgs. De nombreuses fausses informations avaient alors circulé et les vrais messages interceptés, rendant toute communication dangereuse et souvent contrefaite. Ainsi, le Général avait dû envoyer des hommes pour dévier les renforts envoyés à Doublonville dans le but sécuriser la cité qui était déjà prise, leur empêchant ainsi de sauter dans la gueule du Grahyena sans se douter de l’accueil qui leur était réservé.

Il était donc une priorité absolue que de mettre la Tour Radio hors d’état, afin d’empêcher que continue l’opération de désinformation dont était victime l’Etat de Johto et tout autre Etat qui tenterait de communiquer avec eux. Et pour ce faire, Elodie était l’Ingénieure idéale.

Cependant, ce n’était pas tant l’opération de sabotage qui inquiétait Elodie, mais ce qu’avait raconté le Major Luther concernant les forces de leurs ennemis. Si ceux-ci regroupaient pas mal de dresseurs et encore plus de Chimères, ce qui en soit n’était pas encore trop différent de ceux de Kanto, c’était surtout un certain groupe de personne que redoutait l’Ingénieure.

Un petit escadron d’une trentaine d’individus. Toutes des Infirmières Joëlle, des femmes qui avaient subi le Programme, comme Elodie avant qu’elle ne soit arrachée des griffes du Dr Vygotsky par Aldebert et Isaac. Des femmes qui, pendant des années, avaient œuvré pour le bien-être des Pokémon dans les Centres et qui, aujourd’hui, représentaient l’une des plus grandes menaces dans cette Guerre. Car, toujours d’après le Major Luther, elles avaient été capables de dévier des tirs d’obus et de démolir un Tank sans bouger, simplement en usant de leurs pouvoirs Télékinésiques, d’une puissance rarement enregistrée.

Des pouvoirs similaires à ceux qu’Elodie avait développés. A plusieurs reprises, elle avait été capable de véritables exploits et était même en mesure, en se concentrant, de manipuler pas mal d’objets, même très lourds, par la pensée. C’était avec ça qu’elle avait sauvé Billy à plusieurs reprises, comme la veille lorsqu’il avait été pris pour cible par l’arbalète de la Chimère au pelage noir. Mais de là à détruire un USI – 215, l’Ingénieure ne s’en croyait pas capable. Elle suspectait d’ailleurs que leur nombre devait jouer un grand rôle dans une telle maitrise psychique.

Mais au-delà des dangers qu’elles représentaient, c’était encore toute son identité qui était remise en question. Elle s’était crue unique parmi les enfants du Programme en ayant ce don qui n’avait jamais été visible auparavant chez les Infirmières. Mais elle se rendait compte qu’elle avait été créée pour cela, dès le départ. Avait-elle vraiment eu le moindre choix dans sa vie ? Son destin était-il déjà tout tracé depuis le début ? Des questions qui la hantaient depuis des années déjà et qui revenaient, plus fortes que jamais, pour tirailler son esprit et la faire douter de sa propre existence.

Mais l’heure n’était pas aux débats philosophiques. Elodie tentait tant bien que mal de se sortir ces idées de la tête et de se concentrer sur sa mission. La Tour Radio de Doublonville n’était pas loin d’eux, mais trois dresseurs postés en sentinelles avec de gros Pokémon surveillaient le périmètre, avec une certaine négligence toutefois. Il y en avait certainement d’autres à l’intérieur. Cependant, le Général leur avait fourni une carte du bâtiment, et, après l’avoir longuement étudiée, l’équipe d’éclaireurs du Major Luther était prête à investir les lieux de manière la plus discrète possible.

Le seul qui ne semblait pas parfaitement concentré, c’était Billy. Le Major Campbell n’était à la base pas censé se joindre à cette mission. Mais étant le supérieur hiérarchique d’Elodie et n’ayant personne d’autre sous sa juridiction, il était parvenu à négocier sa participation avec le Général Planck. Il accompagnait ainsi la bande, tout en laissant la direction des opérations au Major Luther. Mais Billy était surtout très inquiet pour son amie. Il avait bien vu à quel point son attitude avait changé quand on leur avait parlé des infirmières, et il n’en ignorait pas la raison. Il savait qu’Elodie aurait besoin de son soutien, particulièrement s’ils devaient se retrouver face à ces femmes.

Au bout d’un moment d’attente, alors que leurs montres synchronisées indiquaient 18h pile, les premiers tirs d’obus retentirent au loin. Aussitôt, les sentinelles attrapèrent des Talkies pour réclamer des ordres. Au final, deux d’entre eux partirent en courant sur le dos de leurs Pokémon, laissant un unique gardien. Ils attendirent encore un instant, voyant d’autres dresseurs sortir en trombe du bâtiment pour rejoindre les autres sur le front. Le bruit des explosions continuait à intervalles réguliers. Hélas, leurs canons ne pouvaient pas atteindre la Tour Radio de là où ils se trouvaient, car les avancer suffisamment nécessitait de passer dans le territoire ennemi, et d’autres bâtiment auraient gêné les tirs. Parvenir à s’introduire jusque-là avait déjà demandé pas mal de temps et de détours pour leur petit groupe, tant et si bien que les mêmes manœuvres avec un canon auraient étés impossibles. Tout aurait été si simple, sinon…

Après quelques minutes de patience, la Patrouille des éclaireurs abandonna sa planque. Ils laissaient néanmoins un homme en retrait. Ce dernier avait été lourdement blessé lors de leur dernière opération, et il disposait d’un pistolet de détresse, à n’utiliser que si des forces ennemies venaient à arriver à la Tour Radio, histoire de les prévenir. Ils avancèrent le plus discrètement et silencieusement possible puis, soudain, le Lieutenant Horowitz balança un fumigène près de la sentinelle, qui laissa échapper une exclamation de surprise avant d’être pris d’une quinte de toux. Rapides comme l’éclair, les Major Luther et Campbell fondirent dans le nuage de fumée avec leurs Pokémon, Arbok et Noarfang. Lorsque le nuage se dissipa, l’Oiseau tenait entre ses serres le Talkie de leur cible, et Arbok avait mis Ko son Miradar. Luther était en train de ligoter son dresseur, menacé à la gorge par un coutelas de Billy qui l’empêchait de bouger ou de pousser l’alerte. Puis Horowitz appliqua sur son visage un tissu imbibé de chloroforme et les autres l’emmenèrent rapidement à côté du soldat encore en planque. Puis, sans plus attendre, ils pénétrèrent à l’intérieur de la Tour.

Le Major Luther menait la danse, donnant ses ordres à ses hommes par de simples gestes de la main. Le rez-de-chaussée, qui abritait d’ordinaire l’accueil, était sans dessus-dessous, comme s’il y avait eu lutte. Il y avait des tessons de verre par terre et les cadavres de quelques machines qui avaient été renversées, ainsi que quelques traces de sang déjà séché. Luther invoqua son Farfuret et demanda à son Lieutenant de faire pareil avec son Smogo et, à eux deux, ils avancèrent vers les escaliers qui menaient au premier étage. Ils observèrent discrètement ce qu’il s’y passait et envoyèrent Farfuret pour voir plus loin. Puisque celui-ci ne signalait aucun danger, ils firent signe aux autres de les suivre. Campbell et Ross ne se firent pas prier, avançant en même temps que les militaires. Ils gravirent les escaliers le plus silencieusement possible, le Major et son Lieutenant toujours devant.

Une fois au bout des escaliers, ils s’arrêtèrent pour attendre le reste du groupe. Luther avait les oreilles plaquées contre les murs, comme pour essayer d’entendre ce qu’il se passait derrière. Il fit un signe à ses hommes, en dressant quatre doigts avant d’agiter la main. Voilà un signe qui n’était pas compliqué à comprendre et Billy hocha la tête pour signifier qu’il était prêt, tout comme les militaires derrière. Puis, après un rapide décompte, le Lieutenant ouvrit la porte à la volée et Smogo et Farfuret y pénétrèrent. Le premier dégagea un Brouillard épais tandis que le second fonçait, ayant repéré les menaces. Les deux Major pénétrèrent en même temps, suivis de leurs hommes et d’Elodie, en retrait. Rapidement, ils prirent l’avantage sur les hommes qui étaient postés là. Ils avaient l’avantage de la surprise, mais aussi de la force, car ceux-ci n’avaient alors avec eux qu’un Yanma et un Elektek, qui avaient rapidement été maitrisés par Farfuret et Arbok. L’un des hommes était en train de se rapprocher dangereusement de la cage d’escalier suivante avant d’être assommé par le plus jeune des militaires, qui répondait au nom de Doyle. Elodie elle-même en fit glisser un autre en utilisant son Métamorph. Finalement, les estimations du Major étaient presque justes, puisqu’ils mirent hors d’état cinq hommes. Et tout s’était passé dans un calme surprenant, les hommes de Luther ayant été entrainés pour combattre en évitant le bruit et Farfuret ayant utilisé l’attaque Execu-son sur certains adversaires pour éviter qu’ils ne poussent l’alerte. Pour l’instant, tout se passait bien. Après les avoir tous endormis avec du chloroforme, Luther fit de nouveau signe à ses hommes de se mettre en position, et ils continuèrent d’avancer.

L’escalier suivant, tout aussi vide que le premier, donnait sur deux salles distinctes. Ils pouvaient emprunter un chemin qui, normalement, devait être moins dangereux, quitte à faire un détour sur la fin. C’était là leur plan de base, mais le Major envoya néanmoins un de ses subalternes, Murdoch, faire une estimation devant la porte qui n’était pas sur leur trajet. Ce dernier indiqua plus de huit hommes et Luther parut un peu mécontent de l’apprendre, malgré ses bandages. Puis il leur fit signe de le suivre et ils passèrent par l’autre chemin.

Une bonne nouvelle les y attendait. Leur déplacement les menait dans un petit couloir qui donnait sur des studios d’enregistrement. Après une rapide inspection avec Farfuret, le Major les appela pour suivre. Il n’y avait personne ici ! Après tout, la pièce n’avait pas grand intérêt, à moins de vouloir enregistrer en avance quelques émissions. Ils arrivèrent donc rapidement à la cage d’escalier qui donnait vers le troisième étage.

Malheureusement, si l’une des cibles à saboter était censée se trouver là-bas, il allait falloir monter jusqu’au cinquième puis redescendre au troisième par un autre chemin pour pouvoir accéder aux machines visées. Entre-temps, ils allaient surement avoir accès à d’autres dispositifs qu’Elodie pourrait désactiver discrètement, sans donner l’alerte immédiatement.

Le plan se passa sans souci. Ils ne croisèrent qu’un unique dresseur, apparemment mal réveillé, avant d’arriver au quatrième étage. Il n’avait même pas eu le temps d’appeler ses Pokémon que Farfuret l’avait déjà frappé au niveau des cordes vocales, avant qu’Arbok ne l’étreigne entre ses anneaux. Après s’être débarrassé de lui dans une sorte de cagibi, ils purent accéder à la première salle importante. Une pièce où devait se trouver, en toute logique, les ordinateurs contrôlant les antennes paraboliques de la Tour du côté est. Ils furent surpris de n’y voir absolument personne, mais ne tardèrent pas pour autant pour sécuriser le périmètre, trois militaires se postant aux deux portes des escaliers tandis qu’Elodie se mettait au travail, secondée par le Major Campbell.

Après avoir coupé plusieurs câbles et saboter les prises de courant de l’étage, le tout à la hâte, Elodie adressa un signe de tête au Major Luther, qui l’observait avec curiosité sous ses bandages. Ainsi mise au travail, l’Ingénieure en avait oublié toutes ses craintes. En ce moment, la mécanique était plus qu’une passion. C’était un véritable refuge.

Ils s’apprêtaient à partir en direction du dernier étage quand le Major Luther se retourna soudainement et adressa un regard interrogateur à un de ses hommes qui était encore au fond de la pièce, prêt de la porte par laquelle ils étaient entrés. Si Billy ou Elodie n’avaient rien entendu, ce dernier, Rohmer, avait appelé son Supérieur d’une voix à peine audible. Que Luther soit parvenu à l’entendre démontrait à quel point il était doté d’une audition très sensible. Comme le militaire communiquait en utilisant des codes précis avec des gestes de main, l’Ingénieure ne comprenait pas ce qu’il voulait. Mais en voyant la mine inquiète du commandant de la Patrouille passer devant elle, elle eut comme un mauvais pressentiment. Une fois devant la porte, il y plaqua son oreille droite. Puis il étouffa un juron et fit signe au reste de l’équipe de se mettre en position pour accueillir ce qui se dirigeait vers eux.

- Trois individus, souffla-t-il au Major Campbell qui s’était rapproché avec Arbok. Et peut-être d’autres derrière, je ne suis pas sûr.
- Ils nous auraient repérés ?
demanda Billy le plus bas possible.
- Possible, les corps inanimés ont dû être trouvés… pesta son collègue.

Il adressa quelques signes au Lieutenant Horowitz, puis se prépara lui-même à accueillir les personnes qui allaient arriver. De chaque côté de la porte, deux soldats, Rohmer et Murdoch, avaient préparé du tissus au chloroforme. Doyle invoqua son Lougaroc aux côté de l’Aeromite de Brecht, un homme chétif mais qui était l’ainé du groupe. Farfuret et Arbok les rejoignirent tandis que Smogo et Noarfang se postaient juste au-dessus de l’encadrement de la porte. Puis leurs dresseurs allèrent se cacher derrière les machines qu’Elodie avait préalablement sabotées, et cette dernière fit de même avec Quesnay, le dernier soldat, qui n’avait pas envoyé son partenaire pour éviter qu’il ne gêne les autres dans cette situation délicate.

Ils étaient ainsi prêts à accueillir les trois personnes prévues par le Major. Au moment où ils pousseraient la porte, ils seraient éblouis par un Flash, qui permettrait à leur propre camp de mieux voir à qui ils avaient à faire avant que Smogo n’expulse son Brouillard. Murdoch et Rohmer interviendraient pour endormir deux cibles sur trois tandis que Farfuret et Arbok désarmeraient la troisième. Les autres Pokémon n’étaient là qu’au cas où des Pokémon adverses venaient à entrer dans l’équation.

Ils étaient cachés depuis quelques secondes, prêts à en découdre. Cependant, personne ne semblait venir et le Lieutenant Horowitz ne cessait de jeter des coups d’œil impatients depuis sa cachette. Les deux militaires proches de la porte ne semblaient pas très rassurés et chacun sentait des gouttes de sueur couler dans sa nuque. Ce serait trop bête d’interrompre l’opération si proche du but.

Soudain, la porte fut propulsée vers les Pokémon, balayant Lougaroc et Farfuret, surpris, vers la cachette de leurs dresseurs. Leurs adversaires n’étaient pas entrés dans la pièce, contrairement à ce qu’ils avaient prévu, mais Noarfang et Aeromite utilisèrent néanmoins leur Flash, ce qui permit aux deux Major de jeter un coup d’œil avant de se baisser tout aussi soudainement. Si Luther paraissait interdit, Billy était devenu blanc comme un linge et fixait désormais Elodie avec inquiétude. Comprenant pourquoi, celle-ci déglutit et, tremblant un peu, se mit à souffler comme pour se donner du courage. Puis, elle afficha un air déterminé et se leva pour faire face à ses adversaires.

Trois infirmières Joëlle se tenaient debout dans le couloir, avec un regard neutre, fixant les Pokémon et la cachette dont venait de sortir Elodie. Sur les deux côtés de l’encadrement, Rohmer et Murdoch semblaient pris au dépourvu, ne sachant comment réagir, puisqu’elles n’étaient pas entrées. Lougaroc et Farfuret s’étaient dégagés et, comme les autres Pokémon, ils regardaient d’un air mauvais ces femmes qui, il y a quelques jours encore, étaient censées soigner leurs blessures, et non pas en provoquer.

Puis, comme rien ne se passait, Billy, Doyle et Horowitz se levèrent à leur tour pour regarder. Aussitôt, plusieurs objets de la pièce se mirent à léviter et furent comme propulser vers eux. Mais ils freinèrent subitement avant de les atteindre et les trois hommes donnèrent l’ordre d’attaquer à leurs Pokémon. Aussitôt s’élancèrent-ils, mais ils furent bien vite arrêtés dans leur course par les pouvoirs des trois femmes.

- Ok… elles veulent jouer à ça… souffla-t-elle, le visage crispé. Très bien… Métamorph ! Une porte plus petite, s’il-te-plait !

Le Pokémon sur son épaule changea immédiatement de forme, prenant l’apparence de la porte qui avait été arrachée de ses gonds, mais, comme demandé, avec des dimensions un peu moins importantes. Une fois cela fait, Elodie se concentra pour soulever son Pokémon et le projeter vers les trois assaillantes, faisant son possible pour viser correctement. Si Métamorph sembla un peu freiné sur la fin, il se cogna tout de même contre les trois Infirmières qui, trop confiantes, n’avaient pas bougée. Le choc les poussa sur quelques mètres et elles tombèrent dans les escaliers, provoquant des cris de victoire de la part des militaires.

- Waw, bien joué ! J’sais pas qui a fait ça, mais bravo ! lança Doyle, impressionné.
- On dirait bien que tu es plus fortes qu’elles, dit Billy en adressant un clin d’œil à Elodie.

L’Ingénieure ne répondit pas, mais un sourire apparut sur son visage. Cependant, l’heure n’était pas aux félicitations et, déjà, deux des Infirmières se relevaient, ayant dégagé la porte d’un air un peu sonné. Elles étaient en train de se rapprocher à la hâte, mais, cette fois, elles n’arrêtèrent ni Farfuret ni Lougaroc, ne parvenant qu’à repousser Arbok à distance. Les deux Pokémon avaient reçu l’ordre d’attaquer sans se soucier de les garder en vie. Après tout, il s’agissait d’ennemis particulièrement dangereux. Ils eurent le temps de les griffer violemment avant d’être finalement réexpédiés avec violence contre un mur par les pouvoirs psychiques des infirmières. Le sang coulait sur leurs visages, mais elles gardaient une expression très froide, presque sans sentiment. Puis, Elodie profita qu’ils ne soient plus dans son angle de tir et lança sur elles les objets qu’elles avaient d’abord elle-même envoyés vers eux. Alors qu’elles s’attendaient à les toucher malgré tout, les infirmières parvinrent à stopper l’attaque d’Elodie à un peu moins d’un mètre d’elles. Mais Métamorph, qui avait repris sa forme initiale, s’étant glissé dans le dos de l’une d’elle, recouvrit subitement son visage. Elle sursauta et se secoua dans tous les sens tandis que sa comparse se prenait les projectiles d’Elodie au visage, pour finir assommée. La victime de Métamorph tenta de l’arracher avec ses mains, en vain. Puis, après plusieurs secondes de suffocation, elle tomba à genoux, eut quelques spasmes, puis cessa de bouger. Le Pokémon se dégagea de son visage, la laissant inconsciente, et se déplaça pour retourner vers sa dresseuse d’un air enjoué.

- Alors là… chapeau, s’écria la voix étouffée du Major Luther, qui s’était relevé, les yeux écarquillés.
- C’est peut-être plutôt au front qu’on aurait besoin de vous, renchérit le Lieutenant Horowitz en souriant tandis qu’Elodie sortait de sa cachette pour ramasser Métamorph.

Ni Billy ni Elodie ne répondirent, se contentant de sourire et de s’adresser mutuellement des regards satisfaits.

- Major, s’écria soudainement Rohmer depuis le fond de la pièce, juste assez fort pour qu’ils l’entendent. Y en a d’autres qui arrivent, je crois !

Le Major Luther fit un geste de main et tout le monde se tut, la bonne humeur disparaissant immédiatement. Il plissa les yeux puis fit signe à Murdoch et Rohmer de rester à leur place. Puis, d’un signe de tête, il fit comprendre aux autres qu’ils allaient devoir remettre ça.

Plutôt confiants, cette fois, personne ne se cacha. Ils attendaient simplement, debout, prêts à se baisser cependant si nécessaire. Effectivement, des bruits de pas dans les escaliers se rapprochaient. Les Pokémon eux aussi semblaient cette fois plutôt excités qu’inquiets. Puis, enfin, ils la virent.

Elle était seule. Une infirmière Joëlle comme toutes les autres. Elle marchait avec cette même expression d’indifférence froide, les bras le long du corps. Elle n’adressa pas même un regard aux trois autres infirmières tombées avant elle et se contenta d’enjamber leurs corps. Pourtant, en la voyant, Elodie fronça les sourcils. Elles avaient beau toutes se ressembler, celle-ci lui disait vaguement quelque chose. Elle les avait bien vus dans la pièce et, pourtant, elle ne s’arrêta pas de marcher comme les trois autres avant elle. Les grognements des Pokémon et le regard décidé des militaires ne semblaient pas l‘impressionner.

Au moment où elle posa un pied dans la pièce, Murdoch et Rohmer se jetèrent sur elle, prêts à appliquer leur chloroforme sur son visage. Mais elle écarta soudainement les bras de chaque côté et ils se figèrent sur place avant de tomber à la renverse, un Kunai planté entre les deux yeux. La vue de l’arme rappela immédiatement à Elodie où elle l’avait déjà vue. C’était quelques jours avant, à la Sylphe Sarl, que cette femme, Pandora, était parvenue à elle seule à les mettre dans une position très inconfortable.

A la vue de leurs deux camarades morts, les militaires retinrent leur souffle avant d’exiger à leurs Pokémon d’attaquer. Mais l’Infirmière avait d’autres armes cachées dans ses manches et elle exécuta aisément Farfuret, qui était en première ligne, ainsi qu’Aeromite. Mais si ses mouvements étaient très rapides, en plus d’être amplifiés par ses pouvoirs, Elodie parvint tout de même à dévier une grosse partie de ses jets. Ainsi, s’ils auraient pu mourir sur le coup, Lougaroc et Arbok furent simplement blessés et réussirent même à l’obliger à reculer.

De nouveau dans le couloir, l’Infirmière fit soudain voleter plusieurs de ses projectiles tranchants autour d’elle. Puis, d’un mouvement de bras, comme si elle ordonnait à un Pokémon d’attaquer, ses armes filèrent rapidement, contournant les Pokémon afin de viser Elodie. Les militaires poussèrent des cris de stupeur, mais l’Ingénieure parvint tout de même à stopper les Kunai pas loin de son visage. Elle respirait désormais avec une certaine angoisse, pas très rassurée. Elle était d’un tout autre niveau que les trois premières.

Le combat semblait soudainement être mis en pause, personne ne sachant quoi faire face à la menace que représentait Pandora. Le Major Luther et le Lieutenant Horowitz avaient discrètement attrapé quelques fumigènes, et Billy une des petites bombes à spores d’Elodie. Quesnay serrait une Ball en main. Ils attendaient le bon moment pour les balancer sur l’Infirmière sans que cela ne se retourne contre eux, et si possible avant qu’elle ne parvienne à étriper l’Ingénieure. Heureusement, celle-ci semblait être en train de reprendre l’avantage, le Kunai reculant, lentement mais surement.

Puis, comme pour briser le silence, de nouveaux bruits de pas retentirent dans les escaliers. Billy laissa échapper un juron et attrapa tant bien que mal son coutelas avec sa main blessée. Si une autre infirmière venait prêter main forte à Pandora, ils étaient finis. Mais ce n’était pas une femme qui s’avançait vers eux.

L’homme semblait plutôt âgé, le visage parsemé de rides sous ses lunettes. Ses cheveux gras étaient restés blond malgré le temps. Il portait des vêtements d’une blancheur immaculée, des chaussures aux gants, en passant par la veste. Même ses dents, qu’il exposait avec un large et désagréable sourire, étaient d’un blanc éclatant. Si aucun militaire ne semblait reconnaitre le vieillard, il en était autrement pour Elodie.

Cette dernière s’était subitement mise à trembler de tout son corps, ses dents claquant l’une contre l’autre de manière incontrôlable, comme en plein crise de panique. Les Kunai qui lui faisaient face eux aussi s’étaient mis à être pris de soubresaut, comme un cœur qui bat à la chamade.

- Elodie ?! s’écria Billy en voyant l’état de l’Ingénieure. Qu’est-ce que…
- Vy… Vyg… Vygotsky…
bégaya-t-elle, des larmes commençant à perler à ses yeux.
- Hé bien ? lança le vieillard. Ne serait-ce pas là la petite Elodie Ross ? Comment vas-tu ? Nous ne nous étions pas vus depuis la mort de tes parents, je crois ?

Il n’en fallut pas plus pour qu’Elodie perde soudainement son emprise sur les Kunai. Ceux-ci filèrent pour se planter à différents endroits du corps de l’Ingénieure qui cria de panique plus que de douleur. Elle recula en pleurnichant, ne voyant pas où elle allait à cause du sang chaud qui s’échappait de l’orbite de son œil gauche, transpercé par une des lames. Son bras droit était lui aussi marqué de plusieurs larges coupures et ses jambes avaient été mutilées, tranchant certains tendons et l’empêchant de tenir debout plus longtemps. Billy cria son nom en la réceptionnant, abandonnant la bombe et le coutelas par terre et sacrifiant son poignet blessé pour la rattraper. Elodie était en pleine crise de panique, la main gauche crispée sur son visage tandis qu’elle pleurait. Les autres militaires, qui ne comprenaient pas ce qu’il venait de se passer, regardaient la pauvre femme, désemparés.

- Que voilà un petit être fragile, lança le Dr Vygotsky avec entrain. Une expérience qui reste intéressante, néanmoins, mais qui ne mérite pas plus d’attention, désormais.
- Ta gueule !
cria Billy en relevant la tête, déformée par la haine. Elodie n’est pas une des tes foutues expériences !
- Bien sûr que si !
répliqua Vygotsky en élargissant le sourire. Une expérience qui consiste à abandonner le Programme pour la mettre dans un environnement différent, tout en lui faisant subir un traumatisme qui a encore des répercussions près de quarante ans après. Toutes. Toutes les Joëlle sont mes créations, quel que soit le chemin qu’elles ont emprunté, elles y ont toutes été forcées par MES décision. Je suis maitre du destin de chacune et des choix qu’elles pensent faire tout au long de leur vie, et ce, même si j’avais dû mourir !
- C’est faux !
renchérit Billy. Vous ne pouvez pas décider pour toutes ! Vous ne pouvez pas contrôler leurs vies, et encore moins la sienne !
- Voilà qui est touchant
, ricana le Docteur en penchant légèrement la tête. Mais dans ce cas, Mr le soldat, peut-être puis-je mettre un terme aux vôtres ?
- Quesnay !
cria soudain Luther.

Le soldat ainsi appelé n’attendit pas plus longtemps et lança sa Ball, invoquant son Steelix dans la salle. Le Pokémon gigantesque faisait désormais barrage entre les militaires et Pandora. Le géant grogna en approchant son museau de l’Infirmière, qui dût reculer en attrapant le Dr avec elle pour le mettre en sécurité. Profitant de la distraction, ils rappelèrent leurs Pokémon et le Lieutenant Horowitz aida Billy à soulever Elodie. Puis, sans attendre, ils suivirent le Major Luther qui courait vers les escaliers du cinquième étage, Brecht et Doyle sur les talons. Quesnay, lui, était resté pour ralentir l’Infirmière avec son Pokémon. Le sol même de la salle menaçait de s’écrouler sous le poids du Steelix.

Toujours prise de panique, Elodie ressentait de plus en plus la douleur physique la déchirer. Elle ne pouvait s’empêcher de crier et le fait qu’elle ne puisse plus bouger sa jambe gauche la terrifiait. Mais moins que cette angoissante présence, celle de ce monstre qui hantait ses pires cauchemars depuis l’âge de ses huit ans. Le groupe continuait d’avancer, oubliant toute prudence. La situation virait au fiasco, mais ils pouvaient peut-être encore trouver une échappatoire, voir continuer le sabotage.

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Depuis qu’il avait été arrêté dans cette même ville d’Illumis qu’il assiégeait en ce moment-même, le Professeur Xanthin vouait une haine sans limite envers Isaac Holley. Ce petit informaticien de pacotille l’avait roulé dans la farine, exploitant l’une des rares failles de sa plus belle invention. Ce sale opportuniste l’avait humilié et défiguré. Encore aujourd’hui, il avait mal à la mâchoire de temps en temps, à l’endroit exact ou son Terhal s’était jeté sur lui. Il avait d’ailleurs dû remplacer l’une ou l’autre dent.

Mais ce n’était pas tout. Après avoir été sorti de prison par le Professeur Higgs, il avait appris que ce diable d’Holley s’était approprié ses recherches. Il utilisait pour ses missions une combinaison similaire à celle qu’il testait alors dans la Ville Lumière. Surement l’avait-il modifiée au passage, l’améliorant sur divers aspects. Mais, aux yeux du Professeur Xanthin, il s’agissait ni plus ni moins que d’un vol éhonté.

Cependant, Xanthin n’était pas en reste. Depuis qu’il avait retrouvé sa liberté, le Professeur Higgs lui avait offert tous les moyens nécessaires pour poursuivre ses recherches. Il avait donc lui aussi eu l’occasion de perfectionner les Combinaisons Booster, améliorant leurs performances et leurs capacités. Et aujourd’hui une centaine de dresseurs était équipée du résultat de son génie pour faire tomber l’ensemble de l’Etat de Kalos !

Ces nouvelles combinaisons n’avaient plus rien à voir avec la version de base qu’il testait à l’époque sur la jeune Millie. Elles étaient maintenant beaucoup plus résistantes et amélioraient d’autant plus les capacités physiques et réflexes des porteurs. Elles étaient aussi légèrement plus légères et la méthode pour en prendre le contrôle à distance avait été revu, en particulier à cause de ce qu’il s’était produit, 17 ans plus tôt. Maintenant, il donnait ses ordres directement via une machine, un centre de contrôle qu’il occupait avant qu’Isaac n’arrive. Mais surtout, l’autonomie des combinaisons avait été revue à la hausse, intégrant des IA plus performantes à qui il pouvait librement donner le contrôle du dresseur. Et, au pire des cas, un système de sécurité pouvait rendre les commandes aux porteurs, mais il n’y avait aucune raison de l’utiliser. Ses hommes étaient en pilotage automatique et la marche à suivre n’était pas bien compliquée. Le Professeur Xanthin avait donc tout le loisir de donner à cet insolent intrus la leçon qu’il méritait.

- Tu pensais pouvoir mettre la pagaille, comme la dernière fois, pas vrai ? demanda Xanthin avec un rictus en s’avançant vers lui.
- C’était mon objectif de base, répliqua l’homme sous la combinaison. Je peux aussi te refaire le portrait si tu veux, comme au bon vieux t…

Xanthin ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase. Il s’élança avec une vitesse prodigieuse vers lui et le percuta d’un puissant coup de poing au visage, qui le propulsa contre le fond de la pièce, près de la porte par laquelle il était entré. Le Professeur Higgs l’avait prévenu qu’on risquait de lui envoyer cet informaticien prétentieux. Et, s’il ne s’attendait pas à le voir si vite, l’ancien membre de la Team Flare s’était tout de même équipé en vue de cet affrontement. Aussi portait-il sur lui une de ses propres combinaisons Booster, de la meilleure qualité et avec toutes les options possibles. Son chef d’œuvre. Il avait tout simplement activé le camouflage de celle-ci pour lui donner une apparence tout-à-fait normale, cachant ainsi le fait de la porter. Ainsi, et malgré son âge, il était amplement capable de rivaliser avec n’importe quel autre porteur de combinaison, et d’écraser n’importe qui d’autre n’en portant pas. Il sourit en voyant son adversaire se relever péniblement, imaginant son air ahuri sous son casque.

- Pas mal, non ? lança-t-il avec une expression narquoise. Je dois t’avouer que ça me fait un bien fou ! Ça me démangeait depuis le temps.
- Ouais, bof,
répliqua la voix d’Isaac une fois debout. Il en faudra d’autres pour…

A nouveau, Xanthin profita de sa prise de parole pour attaquer. Mais cette fois-ci, sa cible parvint à parer son attaque et même à répliquer d’un coup de jambe. Mais la protection de sa combinaison amortit le choc pourtant amplifié et lui-même l’imita, l’obligeant à sauter par au-dessus dans une pirouette presque acrobatique. Il était encore en vol que le Professeur prit appuie par terre pour s’élancer à son tour, un peu plus haut, concentrant toute l’énergie de sa combinaison dans son bras droit pour s’en servir comme d’un marteau et écraser son ennemi vers le sol. Heureusement pour ce dernier, il évita de justesse l’attaque et recula rapidement, voyant au passage que le sol était maintenant fissuré là où le poing de Xanthin avait finalement frappé. Puis, sans attendre, il se lança lui aussi à l’attaque, bien décidé à ne plus laisser le Professeur mener ce combat.

Les mouvements de chacun étaient rapides et difficiles à décrire. Tout spectateur qui aurait le malheur d’entrer dans la pièce aurait eu une grande difficulté à suivre les combats, tant chacun était véloce. L’agilité des deux adversaires leur permettait d’esquiver les coups trop puissants, et seuls les coups faibles mais rapides parvenaient à atteindre leur cible, tout en risquant une contre-attaque à tout instant. La combinaison du Professeur Xanthin, cependant, semblait être particulièrement robuste, malgré que son porteur soit aussi bien plus âgé que son adversaire.

Soudain, comme pour offrir une pause aux deux combattants, les portes s’ouvrirent à la volée, et un nouvel homme en combinaison entra, suivi d’un Dodrio et d’un Métang. Xanthin s’arrêta immédiatement en apercevant ce dernier, reconnaissant ce fichu Pokémon à qui il devait une mâchoire brisée. L’autre portait une de ses propres combinaisons, mais il ne s’agissait certainement pas d’un de ses hommes, en vue du comportement des Pokémon. C’était donc surement le partenaire d’Isaac dans cette mission, un quelconque gradé de l’Armée qui n’était surement pas encore habitué à utiliser sa combinaison.

- Colonel ! s’écria son adversaire, qui s’était lui aussi arrêté dans ses mouvements. Vous tombez à pic.
- Ouais, j’ai dû me… me débarrasser des autres …. avant, désolé pour mon… mon retard…
, bafouilla le nouvel arrivant, comme s’il avait du mal à respirer.
- Colonel ? s’étonna la voix d’Isaac.

Xanthin, qui l’avait un instant perdu, récupéra soudain son sourire narquois. La combinaison était abimée par endroit et, vu comme il parlait, ce militaire était certainement bien blessé. C’est qu’il avait dû affronter seul tous ses hommes du Dirigeable. Qu’il en soit sorti vainqueur était une grosse surprise, mais il fallait surement le mettre sur le compte de son entrainement militaire et de l’inexpérience de ses propres hommes, qui n’étaient pas pour rien restés dans le dirigeable. Mais même s’il était sorti gagnant, il était bien blessé, tout comme le Dodrio qui, malgré son air assassin, saignait abondement à ses trois têtes. D’ailleurs, il ne fallut pas longtemps avant que le soldat ne s’écroule, s’étalant de tout son long par terre.

- Colonel ! cria la voix paniquée d’Isaac derrière lui.
- Huhuhu… ricana Xanthin en se détournant de lui. Hé bien ? C’est ça, tes renforts, Holley ? C’est pitoyable.

Puis, soudain, son adversaire se jeta sur lui. Cette fois-ci, Xanthin ne fut pas assez rapide, et reçut le coup de plein fouet, reculant de quelques mètres. Mais s’il en avait eu le souffle coupé quelques secondes, sa combinaison avait largement amorti l’impact. Et le combat recommença rapidement entre les deux porteurs de Combinaison. Lorsque les deux Pokémon voulurent se mêler du combat, Xanthin invoqua rapidement les siens, un Nostenfer et un Sepiatroce, pour les occuper. Ce mouvement lui couta quelques coups au niveau des bras, le forçant de plus en plus à reculer. Xanthin comprit alors que son adversaire tentait de l’acculer contre un mur. Il tenta une fois de sauter par-dessus lui, sans succès, puis feinta pour passer sur les côtés. Mais à chaque fois son rival lui barrait la route et le poussait de plus en plus. Puis, comme il n’avait pas envie de finir contre un mur, il dévia plutôt pour se diriger vers la porte.

Lorsqu’enfin il se situa contre celle-ci, il laissa son adversaire lui asséner l’un ou l’autre coup afin de défoncer l’entrée de la pièce d’un coup de pied pour ensuite la traverser et se retrouver dans la grande pièce qui précédait. Dans celle-ci, il y avait de nombreux corps de Pokémon et de dresseurs par terre, inanimés. Mais Xanthin n’en avait que faire. Comme son opposant s’engouffrait à son tour dans la salle, il en profita pour le pousser contre un mur proche. Il retournait ainsi la situation. Ce n’était plus lui qui se retrouvait coincé contre un mur mais bien ce diable d’Isaac. Ainsi gêné dans ses mouvements, il ne pouvait plus aussi bien riposter et parer les attaques, et Xanthin en profita pour le rouer de coups, sans s’arrêter, prenant un malin plaisir à le faire souffrir. Il entendait des grognements et des cris étouffés sous le casque, ce qui lui procurait une immense satisfaction. Même s’il était équipé d’une combinaison, autant de coups ne pouvaient pas laisser indifférent, et la capacité d’amortissement devrait bien finir par baisser.

Après s’en être donné à cœur joie, Xanthin s’arrêta, épuisé, pour reprendre son souffle. Son équipement avait beau faire de lui un surhomme, il n’en restait pas moins fatigué par les efforts. Mais cela valait aussi pour cet opportuniste d’Holley, qui n’était plus de première jeunesse. Il ricana en voyant le corps de son adversaire assis par terre, la tête cachée par le casque penchée sur le côté. Enfin, il avait eu sa revanche ! Ce petit effronté avait fini par plié sous son génie. C’était lui qui avait fabriqué la meilleur Combinaison Booster, et il l’avait prouvé lors de ce combat.

Il poussa un soupir de soulagement puis regarda autour de lui. Tous ses hommes étaient KO, mais ce n’était pas bien grave. Il avait su gérer l’intrusion et allait maintenant pouvoir se concentrer plus en détail sur la destruction d’Illumis. Il allait retourner dans son centre de commande quand, soudain, son Nosfenfer traversa l’ouverture, poussé par ce qui devait être une attaque Hydrocanon, avant de retomber inerte au sol.

Xanthin s’arrêta alors subitement. Que son Pokémon soit vaincu n’était pas tant un problème. Mais ni Métang ni Dodrio n’étaient capables d’utiliser une telle attaque. Alors d’où venait-elle ? Pris soudain d’un doute, il se précipita à l’intérieur et poussa une exclamation de surprise devant la scène qui s’offrait à lui.

Sepiatroce aussi avait été mis hors combat, et un Amonistar s’était ajouté à Dodrio et Métang. Les trois Pokémon s’interposaient entre le Professeur et l’homme qui, quelques minutes avant, s’était écroulé par terre. Mais en ce moment, ce dernier était assis à son centre de commande et pianotait sur les touches avec une vitesse effarante, parfaitement conscient.

- Ha, vous revoilà ? lui lança la voix d’Isaac depuis son propre siège. Ça tombe bien, j’ai quasiment terminé.
- Qu’est-ce … Holley ?
s’exclama Xanthin avec un mouvement de recul, effaré. Mais… Je viens de vous tabasser à l’instant !
- Ha non, désolé, c’était le Colonel
, lui répondit Isaac d’une voix amusée. Décidément, mon modificateur de voix est vachement efficace contre vous.

Xanthin serra les poings, saisi par la colère. Sa mâchoire lui faisait à nouveau mal, autant à cause de ses souvenirs qui surgissaient que parce qu’il se mordait les lèvres à sang sous la haine. Comment avait-il put tomber une seconde fois dans ce piège ! Il n’avait pas été assez vigilent et cet enfoiré d’Isaac l’avait de nouveau berné pour l’éloigner de son centre de commande.

- Petit emmerdeur ! cria Xanthin avant de s’élancer rapidement vers lui, esquivant sans souci les trois Pokémon qui tentèrent de lui barrer la route.

Il allait lui asséner un violent uppercut en plein visage quand, vif comme l’éclair, Isaac pivota sur son siège et, avec ses bras croisé, dévia son bras vers le haut, l’empêchant de le toucher. Puis, sans prévenir, prenant appuie au sol, il se releva et poussa Xanthin en arrière avec une force qui surprit le septuagénaire. Il allait retomber en arrière, essayant tant bien que mal de se redresser, qu’un coup de jambe surpuissant le balaya vers la droite. Il retomba contre ses propres machines, brisant en partie ces dernières. Mais il se releva bien vite, aveuglé par la haine, pour repartir à l’assaut.

Isaac s’était maintenant éloigné du poste de commande et, sans gêne, provoquait Xanthin à venir l’attaquer, avec des gestes grossiers. L’intention du Professeur ainsi détournée, il ne vit pas sur son écran que l’ensemble de ses hommes se dirigeait maintenant vers la Place rose, comme l’avait ordonné Isaac pendant qu’il s’attaquait au Colonel Von Stradonitz.

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Le Général Nobel était à l’écart des affrontements, observant ses radars avec une pointe d’excitation. Enfin leurs adversaires filaient-ils tous vers la zone prévue. Cela signifiait que le plan de Mr Holley était une totale réussite. Il était temps, car, selon le Major Byron, ils avaient perdu beaucoup d’équipement et d’hommes jusqu’ici. Il avait bien failli sonner la retraite plusieurs fois en entendant à quel point ses hommes succombaient. Mais sa patience allait enfin pouvoir payer.

Ils allaient pouvoir se débarrasser de tous les dresseurs sous combinaison Booster d’un seul coup. Et cela n’allait leur coûté que quelques tonnes d’explosifs, disposés par ses soins dans toute la Place Rose. De quoi les accueillir de la manière la plus retentissante qui soit. Et une fois cela terminée, ils allaient pouvoir reprendre l’avantage des combats.

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Isaac était toujours aux prises avec le Professeur Xanthin, esquivant tant bien que mal ses assauts répétés et puissants. La colère qui l’avait saisi en se sentant à nouveau berné semblait l’avoir rendu plus fort, mais aussi moins réfléchi. Il s’attaquait à Isaac sans se soucier des coups qu’il recevait lui-même, que ce soit de la part de l’informaticien ou des Pokémon. Heureusement, sous sa propre combinaison, Isaac restait calme et parvenait à réduire au maximum les dégâts subis.

Subitement, une alarme se déclencha, provoquant un bruit aigu et très désagréable. Xanthin s’arrêta en plein mouvement, comme figé d’effroi. Pour la première fois, il se détourna de sa cible et se précipita vers son centre de commande. En voyant que les signaux de toutes ses combinaisons étaient en train de s’éteindre les uns après les autres, il poussa une série de jurons et se mit à pianoter sur son grand clavier de manière paniquée.

- Non, non, non, NON ! s’écria-t-il en brisant l’écran d’un coup de poing. Comment… Comment est-ce que…
- C’est pas si compliqué
, lança Isaac. J’ai juste eu à modifier les directives de vos hommes. Ils se sont tous dirigés vers un endroit bourré d’explosifs. Tu connais la suite, je crois.
- Espèce de petite enflure…
siffla Xanthin, effondré sur son centre de commande. Mon chef d’œuvre… des années de recherches… évanouie en un instant…

Isaac ne lui répondit pas. Il était discrètement en train de se diriger vers la sortie. Subitement, criant de rage, le Professeur Xanthin se releva pour foncer sur Isaac. Mais cette fois, Metang s’interposa et tenta de l’intercepter. Cependant, même s’il parvint à attraper ses deux bras, le Pokémon fut repoussé en arrière et Isaac esquiva le choc de justesse. Ainsi bloqué par le Pokémon, le Professeur eut tout juste le temps d’adresser un dernier regard de haine à Isaac avant de se prendre un violent coup de la tête. Fatigué par les efforts et par sa frustration, Xanthin finit par s’écrouler par terre, assommé une bonne fois pour toute. L’air méfiant, Isaac se rapprocha prudemment puis lui retira son casque. Voyant qu’il ne représentait plus une menace, l’informaticien soupira de soulagement. La mission était un succès.

Isaac remercia les Pokémon, rappela les siens et se dirigea avec Dodrio pour voir l’état du Colonel. Celui-ci commençait tout juste à remuer à nouveau.

- Alors, gémit-il avec sa propre voix cette fois-ci. J’ai été comment ?
- Formidable, Colonel
, assura Isaac en retirant son casque, lui adressant un sourire. Vous l’avez bien berné.
- Ma maman a toujours dit que j’étais un bon acteur,
répliqua le militaire essayant de se relever maladroitement.
- Je vais vous aider, lança Isaac en le soutenant par les épaules. Vous pourrez faire le trajet de retour ?
- T’inquiète, va, je ferai ça même dans mon sommeil
, plaisanta-t-il d’une voix fatiguée mais assurée.

Et c’est ainsi que, abandonnant le Dirigeable du Professeur Xanthin sans personne de conscient pour le piloter, Isaac Holley et le Colonel Von Stradonitz repartirent rejoindre les forces du Général Nobel, ayant réussi à accomplir une mission capitale pour la défense de l’Etat de Kalos.

Posté à 23h33 le 15/05/18

Le Moment de la Rage (3/4)



Suite à un manque de carburant, Stephen avait été forcé d’atterrir en bordure de la Forêt de Jade. Le trio avait alors abandonné l’hélicoptère volé derrière eux, loin des sentiers habituels, à l’écart de la civilisation. Les lieux étaient particulièrement calmes, sans la moindre présence humaine, hormis eux trois. Malgré l’âge avancé d’Aldebert et de Stephen, ils commencèrent alors à marcher en direction d’Argenta. Selon Kate, c’était vers cette ville que semblait se déplacer le Dirigeable du Professeur Higgs. Durant le trajet, aucun des trois hommes ne prit la parole. Stephen était toujours d’une humeur massacrante, tandis que Patrick paraissait plutôt stressé à l’idée de courir vers leur ennemi sans équipement approprié. Aldebert enfin, au contraire, semblait plutôt perdu dans ses pensées, observant le paysage d’un regard distrait et manquant plusieurs fois de trébucher. Stephen en vint même à se demander si le Professeur Caul n’avait pas pris une dose de spores pour se donner du courage, mais si c’était le cas, il avait dû être très discret. Mais comme il ne Lui parlait pas, il chassa cette idée de ses pensées.

Finalement, Patrick s’arrêta, le visage blême, pointant son doigt devant lui. Ils apercevaient enfin Argenta. Ou plutôt, ce qu’il en restait. La ville était en feu, les flammes ravageant les bâtiments sans en épargner aucun. Les maisons s’écroulaient dans de grands fracas qu’ils entendaient déjà depuis quelques centaines de mètres. Dans le ciel, recouvrant la ville de son ombre écrasante, un gigantesque Dirigeable flottait presque tranquillement, larguant par moment l’une ou l’autre bombe. Mais le plus effrayant restait les innombrables Genesect, qui voltigeaient tout autour de l’aéronef géant, tel un essaim d’abeilles protégeant leur Reine gigantesque. Ainsi enveloppé de cette aura vivante, dont s’échappait parfois un Pokémon pour prendre quelqu’un en chasse, ce véhicule était sans conteste l’un des pires cauchemars des 5 Etats. Une telle menace que l’Armée n’avait, pour le moment, aucune idée de comment faire pour l’abattre sans perdre un nombre colossale d’hommes et de matériel dans la bataille. Tout cela dans le seul but de vaincre un seul homme. Car c’était bien dans cette machine infernale que se trouvait, toujours selon Kate, le leader des forces ennemies. Le Professeur Oscha Higgs.

Son dirigeable pointait dans leur direction. De toute évidence, il allait survoler la forêt pour se diriger vers Jadielle, cette ville où Aldebert et lui s’étaient rencontrés pour la première fois. Et, très certainement, elle allait subir le même sort que sa voisine Argenta, tout comme Azuria avant. Puis ce serait le tour de Bourg-Palette, à moins qu’il ne se dirige vers le Mont Argenté et Johto. Mais Aldebert était bien décidé à l’en empêcher.

Cependant, si sa détermination restait sans faille, la vue de la ville en feu et à sang et de l’Essaim de Genesect l’avait un peu refroidi. Le vieillard déglutit en observant minutieusement le paysage. Il entendait son ami écrivain grogner à côté de lui. Ce dernier observait comment les Pokémon robotiques fonçaient dans les quelques derniers habitants qui tentaient désespérément de fuir. Ils tiraient sans arrêt, jusqu’à toucher leur cible, puis partaient l’achever de leurs griffes si elle avait survécu à l’impact. Ils ne comptaient laisser aucun survivant derrière eux.

- Bon… qu’est-ce qu’on fait ? demanda Patrick, pas très rassuré, en posant les mains sur le haut de son bassin. C’est … C’est quoi le plan maintenant ?
- J’ai comme dans l’idée que le plan est un peu compromis
, ronchonna Stephen.
- Attendez… vous ne pensiez quand même pas courir bêtement dans le tas et entrer dans le dirigeable ? protesta l’Informaticien en écarquillant les yeux, offusqué. Vous avez écouté quand Kate nous a fait son rapport ?!
- Oui bah, on pensait pas que ce serait à ce point-là !
répliqua sèchement l’écrivain en détournant le regard.
- Je vais l’attendre ici, dit alors simplement Aldebert dans un souffle, sans les regarder.
- Je te demande pardon ? s’exclama Stephen avec de grands yeux. Al’, c’est hors de question, ces créatures vont te tuer en l’espace de quelques secondes !
- Elles ne le feront pas
, affirma Caul, l’attention toujours posée sur Argenta. C’est lui qui les dirige, qui les a conçus. Il ne voudra pas me tuer. Pas avant de m’avoir parlé.
- Professeur Caul, outre tout le respect que je vous dois, nous parlons de l’enfoiré qui menace toute la population humaine !
s’écria Patrick Stearns, l’air récalcitrant. Vous allez vous faire tailler en pièce !
- C’est surement ce qu’il fera, à terme, effectivement
, répondit Aldebert en se mordant les lèvres, loin d’être enchanté à l’idée évoquée. Mais je connais Higgs. Je sais qu’il voudra me parler avant de me tuer. Et c’est à ce moment-là que je pourrai en profiter.
- Mais enfin, Al’, c’est insensé !
s’écria Stephen avec de grands gestes. Nous sommes venus ensemble, on va bien trouver une autre solut…

Il s’interrompit soudainement. Des Genesect venaient de s’éloigner du dirigeable qui avait soudainement accéléré dans leur direction. Et ces Pokémon, s’ils semblaient rester à une certaine distance du véhicule, se déplaçait inéluctablement vers eux.

Laissant s’échapper une exclamation paniquée, Patrick fit un pas en arrière, l’air effrayé. L’écrivain, lui aussi, avait tronqué son air grognon pour marquer sa soudaine inquiétude. Même s’il était persuadé qu’ils ne lui feraient aucun mal, Aldebert n’était pas très rassuré et hésita l’espace de quelques secondes. Puis il poussa un grand soupir et se retourna vers ses deux amis.

- Qu’est-ce que vous attendez ? s’écria-t-il, énervé. Courrez ! Ils n’ont aucune raison de vous épargner, vous !
- Al’…
- PARTEZ !
leur ordonna le vieux scientifique en hurlant.

Il n’en fallut pas plus pour que Patrick fasse volte-face, obéissant au Professeur Caul sans rechigner. Stephen Shelley, par contre, resta quelques secondes sur place, pris au dépourvu. Il n’avait aucune envie d’abandonner son dernier ami, pas après la perte de Dorothéa. Mais, au fond de lui, il avait une confiance sans borne en Aldebert. Si celui-ci affirmait qu’il ne lui serait rien fait, alors, il devait lui obéir. Serrant les poings, le vieil écrivain imita son cadet et, malgré le poids des années, boosté par l’adrénaline, il se mit à courir aussi bien que son corps le lui permettait.

Stephen ne cessait de jeter des coups d’œil en arrière. Aldebert n’était déjà plus qu’une silhouette dont les Genesect se rapprochaient dangereusement. Il ne pourrait pas voir ce qu’il lui arriverait cependant, et il devait se concentrer sur sa propre fuite. Devant lui, Stearns avait quelques dizaines de mètres d’avance, et il sentait que son âge ne jouait pas en sa faveur. Décidant qu’il avait trop couru, il s’arrêta quelques secondes, le temps d’invoquer son Ursaring. L’immense Pokémon, qui était bien plus grand que ses congénères, l’attrapa dans ses bras et leur escapade se poursuivit sous les encouragements de l’écrivain. Il ne fallut pas longtemps pour que la Bête de Vestigion ne rattrape Patrick qui, inspiré, en appela à son propre Airmure.

Les deux Pokémon filaient vers l’hélicoptère, qui restait à l’écart de la forêt. Si le dirigeable se contentait de traverser l’étendue d’arbres, alors ils pouvaient espérer y être à l’abri. Cependant, des bruits derrière eux attirèrent bien vite leur attention. Deux Genesect s’étaient lancés à leur poursuite. Ils filaient à une vitesse ahurissante, bien plus grande que celle d’Ursaring ou Airmure, et gagnaient du terrain de seconde en seconde. Soudain, l’un d’eux tira un puissant coup de TechnoBuster, percutant Ursaring dans le dos. Le Pokémon chancela, mais parvint à éviter la chute et, malgré la douleur, continua sa course.

- Et merde, cria Stephen, qui avait bien cru qu’il allait finir écrasé sous le poids de son Pokémon. Ça va, Ursaring ?
- Je crois qu’ils ralentissent !
s’écria Patrick, pas loin de lui, avec une expression réjouie.
- Vraiment ?

L’écrivain se risqua à sortir la tête pour regarder derrière lui. Leurs poursuivants étaient toujours visibles, mais ils paraissaient effectivement s’enrayer dans leur course, jusqu’au moment où ils freinèrent subitement, comme pour éviter de passer outre un certain périmètre invisible. L’écrivain poussa un rire de soulagement, rassuré de voir la menace abandonner si vite après avoir failli tout de même y laisser la vie.

- Ils ont dû être programmés pour ne pas s’éloigner de trop loin du Dirigeable, lança Patrick. On va pouvoir se mettre à l’abr…

Soudain, un faisceau de lumière vive caractéristique des TechnoBuster des Genesect illumina la vision de Stephen. Le tir frappa de plein fouet Airmure et son maitre, qui poussèrent des cris mêlant surprise et douleur. Puis le corps de Patrick retomba par terre, ses membres formant des angles improbables, visiblement inconscient. Son Pokémon s’écrasa de la même manière peu de temps après, à quelques mètres. Effaré, Stephen cria le nom de l’informaticien et ordonna à son Pokémon de s’arrêter. Ils devaient l’emmener avec eux ! Ils devaient le sauver ! Mais Ursaring refusa, faisant la sourde oreille, malgré les protestations de l’écrivain. S’arrêter maintenant était bien trop dangereux, d’autant qu’ils n’étaient pas assez éloignés pour éviter les tirs des opposants. Et puis, en vue de l’horrible douleur qu’il avait lui-même encaissée, il était certainement trop tard pour le pauvre Patrick.

Shelley hurla encore quelques fois le nom de l’informaticien, son regard fixé sur son cadavre, priant pour qu’il finisse par se relever, tentant vainement de s’extirper des bras d’Ursaring, qui le maintenait sans céder. Mais le corps ne bougea pas d’un centimètre. Il resta par terre et, tout comme Aldebert, finit par disparaitre de son champ de vision. Alors, à nouveau, Stephen Shelley sentit une énorme détresse s’emparer de lui. Il avait côtoyé l’informaticien tous les jours pendant trois ans, s’était lié d’amitié avec lui. Ils étaient devenus complices, malgré leurs disputes sur des sujets stupides. Et qu’en était-il d’Aldebert ? Lui aussi avait disparu de sa vue. Mais lui, pourrait-il un jour le revoir … ?

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L’équipe du Major Luther continuait d’avancer dans la Tour Radio. Cependant, s’ils avaient tout fait pour rester discrets au départ, ils avançaient maintenant d’un pas pressé. Ils avaient laissé derrière eux Quesnay et son Steelix, afin de retarder le Dr Vygotsky et Pandora. Elodie était dans un état alarmant. Pleurnichant toujours, elle était soutenue par Billy et le soldat Doyle. Sa jambe gauche refusait d’obéir aux ordres de son cerveau, et la présence du psychologue à l’étage du dessous continuait de la perturber. Le Major Campbell était particulièrement inquiet. Il ne cessait de lui parler pour essayer de la rassurer.

Arrivés au cinquième étage, le Major Luther avait tout de même ordonné aux Pokémon encore en forme de s’en prendre aux différentes machines. A la base, ils étaient juste censés les saboter pour pouvoir s’en servir eux même s’ils reprenaient la ville. Mais en vue de la situation actuelle, les plans se devaient de changer. Elodie était incapable de saboter quoique ce soit dans son état. Alors, quitte à être venus jusqu’ici pour mourir, autant provoquer un maximum de dégâts pour délivrer l’Etat de Jotho du piratage radio, quitte à attirer tout le monde vers eux. De toute façon, Quesnay et son Steelix faisaient un tel raffut plus bas qu’ils pouvaient tout de même passer inaperçus, avec un peu de chance. Ainsi Noarfang, Arbok, Lougaroc et même Métamorph se donnèrent à cœur joie de détruire rapidement les engins de communication présents. Derrière eux, le Smogo du Lieutenant Horowitz lançait à intervalle régulier un coup de Brouillard, afin de rendre la progression de leurs poursuivants plus difficile.

Le cinquième étage était le plus haut de la Tour Radio. Il allait maintenant falloir redescendre rapidement. D’autres escaliers donnaient sur le quatrième étage, mais à une partie qui n’avait pas encore reçu leur visite et qui était inaccessible directement depuis l’endroit d’où ils venaient. Ils pourraient ensuite redescendre jusqu’au rez-de-chaussée et espérer s’enfuir. Mais une telle perspective restait, cependant, très peu plausible.

Dans la tête du Major Luther, c’était bien simple. Ils allaient tous mourir ici. Il estimait leurs chances de survie inférieure à un pourcent. Il aurait pu abandonner, se laisser tuer, ou même s’enfuir sur le dos de son Noarfang. Mais ce n’était pas le genre du militaire, ni d’aucun de ses hommes d’ailleurs. De plus, il savait que d’autres machines se trouvaient encore au quatrième et même au troisième. Alors, autant tenter le tout pour le tout.

Faisant signe à son équipe de le suivre à travers le cinquième, il leur lança des encouragements. Ce n’était pas grand-chose, mais il n’y avait pas rien d’autre à faire. Il désignait les machines qui lui paraissaient suspectes afin que les Pokémon ou les militaires qui avaient les bras libres s’en chargent. L’opération sabotage était devenue l’opération « tout casser ». Une simplicité qui faisait du bien et permettait à Brecht et Horowitz de se défouler un peu après la perte de plusieurs camarades.

Arrivés devant l’escalier, il envoya rapidement Noarfang en éclaireur et pressa les autres à s’engouffrer dedans. Voyant que l’Ingénieure était toujours en larme, il déglutit.

- Major Campbell, lança-t-il à Billy d’une voix embarrassée. Comment va-t-elle ?
- A votre avis ?
répliqua-t-il sèchement. Elle n’arrive plus à bouger la jambe, et elle saigne de partout, ça vous donne un indice ?
- Peut-être… Peut-être devriez-vous …
commença Luther, l’air gêné en baissant sa tête parsemée de bandages.
- Vous vous foutez de moi ? s’écria le Major Campbell, indigné. Je ne l’abandonnerai pas dans cette merde !
- Vous m’avez mal compris… Avec votre Métamorph, vous pouvez peut-être tenter de vous enfuir tous les deux. Dans cet état, vous n’êtes plus utiles pour la mission et …


Il s’apprêtait à ajouter qu’ils risquaient même de les ralentir tout en empêchant Doyle d’aider les autres, mais il s’arrêta à temps. Il n’était pas toujours bon d’être trop franc, surtout quand la situation était à la panique générale. Néanmoins, cet instant d’hésitation suffit à Billy pour qu’il comprenne où il voulait en venir. Il adressa un signe à Doyle, et celui-ci l’aida à placer Elodie sur le dos du Major Campbell, ses bras autour de son cou. Celle-ci continuait d’haleter en sanglotant. Son porteur adressa alors un regard de défis à son confrère et dégagea le passage pour fermer la marche.

- Ne vous souciez plus de nous deux, lança-t-il, l’air bougon. On vous suit, mais n’essayez pas de nous sauver si on était en danger. Souciez-vous plutôt de votre équipe.

Luther resta quelques secondes à fixer le Major Campbell puis, prenant Doyle par l’épaule, il commença à dévaler les escaliers pour rejoindre son Lieutenant et le soldat Brecht. Plus lent et d’un pas plus prudent, Campbell et Ross suivaient. Luther n’avait aucune envie de les abandonner, même s’ils ne les avaient rencontrés qu’aujourd’hui. Leur complicité et l’inquiétude du Major pour cette femme le touchaient, lui qui pourtant était un militaire endurci. Mais malgré tout, son pessimisme face aux aboutissements de la mission restait plus fort que le reste.

Arrivés à la seconde partie du quatrième, à peu près à la moitié de la première salle, trois dresseurs qui étaient manifestement à leur recherche ouvrirent la porte. Sans prendre le temps de leur parler, le Lieutenant Horowitz, qui était devant, ordonna à Smogo d’expulser du Brouillard dans toute la pièce. Puis, sans hésitation, le Major Luther fit quelques pas en arrière pour pousser le Major Campbell sur le côté, là où s’étaient rapidement réfugiés le reste des soldats, entrainés à une telle manœuvre. Tout comme plus haut, ils profitèrent de différentes machines pour se cacher derrière si bien que, lorsqu’un Togekiss balaya le Brouillard en agitant ses ailes, ils avaient tous disparus des yeux de leurs ennemis.

Les trois dresseurs, étonnés, poussèrent des jurons en ne voyant pas leurs cibles, tournant la tête dans tous les sens. Malheureusement, le bruit des hoquets d’Elodie trahit rapidement leur position et ils entendaient depuis leur cachette le pas lourd d‘un Pokémon se rapprocher d’eux en grognant. Noarfang s’en échappa et attaqua ce dernier par surprise au niveau du visage, enfonçant ses serres dans ses yeux. Sa victime, un Mackogneur, cria de douleur en essayant avec ses quatre bras d’attraper son agresseur, en vain. Noarfang fit alors exprès de faire du bruit afin d’attirer vers lui le Pokémon en colère, malgré les protestations de son propriétaire.

Brecht et Doyle profitèrent alors de la distraction du Pokémon du Major pour envoyer Lougaroc et un Cochignon pour combattre le Togekiss. Mais c’est un Démolosse qui les arrêta, soufflant sur eux un jet de flammes brûlantes. Le Pokémon Vol, quant à lui, fonçait vers leur cachette pour s’en prendre aux militaires directement, mais Smogo et Arbok l’interceptèrent à temps et un combat entre eux trois débuta.

La situation n’était pas encore trop ingérable. Les dresseurs étaient en infériorité numérique, et si leurs Pokémon semblaient plus puissants que les leurs, le Lieutenant et les soldats étaient sur le point de se jeter sur eux avec leurs couteaux de combat, afin d’arrêter au plus vite l’affrontement. De plus, ils profitaient même de la colère du Mackogneur aveugle pour détruire des machines, puisque Noarfang y attirait le Pokémon qui frappait au hasard. Mais ce qui inquiétait vraiment le Major Luther, c’était le temps, dont ils manquaient cruellement. Des renforts pouvaient surgir à tout moment, et s’il s’agissait d’Infirmières, c’en serait fini pour eux. De plus, depuis quelques secondes, il n’entendait plus de bruit provenant de la première partie de l’étage. Ce qui signifiait certainement que l’Infirmière de tout à l’heure n’était peut-être plus occupée…

Billy, voyant les soldats préparer leur coup, déposa calmement le corps d’Elodie contre une des machines.

- Elodie, susurra-t-il d’un ton bienveillant en attrapant son visage dans ses deux mains. Ecoute-moi… je vais revenir dans un instant, ça va aller… je dois les aider pour qu’on s’en sorte vivants, mais je te promets qu’on va s’en tirer !

L’Ingénieure continuait de larmoyer, hoquetant sans cesse, mais elle acquiesça malgré tout une fois que le Major eut terminé de parler. Avec le sang qui recouvrait presque tout son visage, elle était incapable de voir autour d’elle. Seule la voix de Billy la maintenait dans la réalité et l’empêchait de plonger dans ses idées noires. Rassuré de la voir réagir, Billy attrapa son dernier coutelas de sa main valide et se dirigea vers les trois soldats. Il écouta brièvement le plan du Lieutenant et ils comptèrent jusque trois avant de l’exécuter.

Smogo expulsa à nouveau son Brouillard, surprenant le Togekiss qui s’était attendu à un jet de poison. La distraction permis en outre à Arbok de le piéger dans ses anneaux. Mais surtout, une fois la pièce à nouveau plongée dans la brume, les trois Militaires sortirent de leur cachette. Alors que Doyle et Brecht attaquaient le Démolosse aux jambes avec leurs armes blanches, afin de le déstabiliser et permettre à leurs Pokémon de l’achever, le Lieutenant Horrowitz assomma un à un les dresseurs en les frappant à la nuque, après s’être glissé derrière eux. Billy, enfin, dû plonger sa lame dans le dos du Mackogneur dissident. Cela ne lui plaisait pas, et il savait qu’Elodie aurait désapprouvé, mais il s’agissait du dernier obstacle à leur fuite de cet étage.

Aussitôt, Noarfang secoua ses ailes à son tour. Une fois la visibilité retrouvée, Brecht et Horowitz se jetèrent vers la sortie, suivie de leurs Pokémon. Le Major Luther, lui, était resté près d’Elodie, comme pour veiller sur elle, et Billy se dirigeait vers eux pour la reprendre sur ses épaules. Doyle, quant à lui, était aussi resté en retrait, apparemment inquiet pour l’Ingénieure. Mais quand il vit le corps de Brecht passer à côté de lui avec Smogo, une barre de fer les transperçant de part en part, il poussa un cri d’horreur et tomba à la renverse. Alertés par le bruit, Luther et Campbell détournèrent le regard et furent saisis d’effroi.

Cette fois, ce n’était plus une infirmière, ni même trois. Elles devaient bien être une dizaine, peut-être plus. Elles avaient toutes le même regard froid et sans émotion, les bras le long du corps, droite comme des I. Devant cet attroupement, une seule d’entre-elle occupait le premier rang. Les militaires la reconnurent immédiatement, puisque un grand nombre de Kunai voltigeaient autour d’elle, tels des papillons aux ailes tranchantes.

- L’expérience s’arrête ici ! s’exclama la voix du Dr Vygotsky, qui s’avança de derrière elles, les clones s’écartant sur son passage jusqu’à ce qu’il arrive à la hauteur de Pandora. Vous ne pourrez plus fuir, maintenant.

Toujours à terre, claquant des dents sans parvenir à s’en empêcher, le soldat Doyle se servait de se bras pour reculer un peu, comme dans un dernier espoir. Le Lieutenant Horowitz, lui, était juste en face d’elles, toujours debout mais incapable de bouger. C’était comme s’il faisait face à la mort elle-même. Il avait beau réfléchir, il ne voyait aucune issue à sa situation, même avec l’aide de Cochignon ou Lougaroc. Le Major Luther, lui, soupira en se mordant les lèvres à sang. Il savait depuis déjà un moment qu’ils étaient condamnés et leur fin n’avait jamais été aussi proche qu’en ce moment. Il serrait les poings en regardant Elodie. Celle-ci s’était mise à trembler de plus en plus en entendant la voix du Docteur. Il avait beau n’avoir aucune idée de ce que cet homme lui avait fait, il ne pouvait que compatir.

Billy, enfin, avait du mal à maitriser sa colère. Il tenait encore fermement son coutelas dans sa main gauche. Il n’avait qu’une envie, égorger cette ordure qui avait fait tant de mal à Elodie. Mais il savait qu’en cet instant, cela relèverait plutôt du suicide. D’ailleurs, le moindre de ses gestes risquait d’entrainer sa perte. Il était fichu. Ils étaient tous fichus. Mais il n’avait pas pour autant envie d’abandonner.

- Vous savez quoi ? lança-t-il soudainement d’une voix forte. Vous disiez tantôt qu’Elodie était une de vos inventions. Mais c’est entièrement faux.
- Tu remets en doute mes compétences et celles du Programme que j’ai conçu ?
lança le vieillard, un rictus sur le visage. Mais es-tu aveugle ? Ces femmes qui vont causer votre mort à tous sont toutes issues de mes travaux. Elles sont le fruit de tous mes efforts, mon œuvre pour la cause de Dieu ! Le dernier visage de l’homme sur Terre. Les femmes les plus puissantes du monde !
- C’est faux
, s’exclama le Major Campbell. Elodie est plus forte qu’elles.
- Petit insolent !
lança le Dr sans perdre son sourire éclatant. Ta pauvre amie a quitté mon Programme. Comment pourrait-elle être plus puissante ? Si elle a été capable de rivaliser tout à l’heure avec la Charité, c’est uniquement grâce à ses prédispositions et à l’adrénaline !
- Non
, souffla Billy. C’est parce qu’elle a eu une vie différente. Une vie à l’écart de vous. Une vie où elle a pu faire ce qu’elle voulait. Une vie où elle a été aimée par ses proches.
- Ho, comme c’est touchant
, répliqua Vygotsky en élargissant son sourire. Et donc, cela expliquerait sa force, selon toi ? Quelle idée stupide ! Tu ne comprends rien !

Luther, depuis sa cachette, écoutait les paroles du Major Campbell avec attention. Les deux hommes continuaient de causer. Après tout, autant profiter de ces derniers instants. Mais il remarqua soudainement qu’Elodie, à côté de lui, semblait s’être calmée. Elle respirait avec calme et sérénité. Des larmes continuaient de couler, dégageant un peu de sang sur leur passage. On aurait dit que les mots de Billy étaient en train de soigner sa panique. Fronçant les sourcils, le Major accorda un regard à son Noarfang. Ils étaient partenaires depuis longtemps, et le Pokémon comprit immédiatement ce qu’il avait en tête. Aussi Luther se plaça discrètement devant le corps de l’Ingénieure, lui demandant à voix basse d’attraper son cou, ce qu’elle fit. Il fit signe au Métamorph d’imiter sa dresseuse, et il se joignit à eux. Puis, après une grande inspiration, il se leva et jeta son dernier fumigène vers le Dr Vygotsky

Ce dernier s’interrompit dans son discours et fut poussé en retrait par Pandora. Décidant d’en finir, Horowitz poussa un cri de guerre et chargea vers le groupe des infirmières avec les derniers Pokémon en état de se battre. Pendant ce temps, Doyle se releva et courut rejoindre les deux Majors. Il aida Elodie à se cramponner à Billy plutôt qu’à Luther puis donna des directives à son Lougaroc, laissant son supérieur s’exprimer. Par rapport aux dernières minutes, l’Ingénieure semblait presque calme maintenant.

- Faites ce qu’on a dit, Major ! s’exclama-t-il. C’est votre seule chance.
- On peut pas vous abandonner ici…
rechigna Billy, le visage crispé, en s’assurant qu’Elodie était bien maintenue, gardant toujours son coutelas en main.
- Je suis le chef de la mission, et celle-ci reste une réussite malgré la perte de l’équipe, répondit-il. Et je décide que notre nouvelle mission est de vous permettre de fuir ! Vous avez raison, votre amie est puissante ! Elle pourrait changer le cours de cette guerre ! Alors fuyez tant qu’il en est temps, on assure votre sécurité un maximum.

Billy déglutit puis, l’air décidé, hocha la tête. Enfin, sans plus attendre, il se mit à courir vers l’entrée qu’ils avaient passée quelques minutes avant. Doyle et Luther se dressaient désormais entre eux et les infirmières. Le Lieutenant poussa un juron en voyant, une fois la fumée dissipée, que le Lieutenant Horowitz avait perdu la tête. Littéralement. Celle-ci roulait par terre tandis que le reste du corps gisait dans une flaque de sang. A cette vue, il vit que le soldat Doyle faisait un pas en arrière, l’air paniqué. Des lames volaient dans tous les sens, et les derniers Pokémon s’effondraient les uns après les autres. Même Arbok, trop fatigué par ces derniers jours, venait de tomber.

En voyant que les deux derniers militaires faisaient barrage de leur corps entre eux et les deux fuyards, Vygotsky éclata d’un rire particulièrement désagréable avant de s’arrêter soudainement.

- Pandora, dit-il dans un murmure. Montre leur à quel point ils sont… inutiles !

Les Kunai qui voltigeaient tombèrent immédiatement par terre, dans un grand fracas. Tout d’abord, Luther et Doyle crurent y voir des signes encourageants, mais comme l’Infirmière de devant semblait se concentrer, ils eurent un petit mouvement de recul, méfiants. Billy, lui, n’avait pas entendu la phrase du Dr Vygostky. Il était trop concentré sur la sauvegarde d’Elodie. Il avait presque atteint la porte, et avec l’aide de Métamoph, ils pourraient tenter de fuir par la voie des airs. Mais alors qu’il se pensait en sécurité, il sentit soudain son corps se soulever de quelques centimètres au-dessus du sol. Ainsi figé en l’air, il poussa un juron et tenta de résister pour garder la maitrise de son corps. Cependant, son bras gauche, tremblant légèrement sous les efforts de Billy et maintenant toujours fermement le coutelas, était en train de se plier dangereusement. Puis, soudain, il se sentit obligé de se poignardé lui-même au ventre.

Sa propre lame traversa ses intestins et l’emprise de l’infirmière cessa immédiatement. Il retomba lourdement, incapable de retenir le corps d’Elodie qui tomba à côté de lui, poussant un cri de surprise et de douleur. Billy, pourtant, ne disait rien. Il avait le souffle coupé par la blessure et du sang lui remontait l’œsophage avant qu’il ne le crache. Il tenta tant bien que mal de se relever, l’esprit étourdi, puis finit par trouver une position assise où la douleur se montrait moins forte. Il faisait son possible pour respirer, mais il sentait ses forces l’abandonner de plus en plus.

A côté, rampant avec ses bras, Elodie essaya de se rapprocher de lui en laissant s’échapper des plaintes sous l’effort et la douleur. Avec le sang qu’elle avait toujours sur le visage, elle n’arrivait toujours pas à voir autour d’elle. Le Métamorph, sur le côté, avait une mine toute triste en regardant les deux humains.

- Qu-Qu’est… Qu’est-ce qui… se passe … Billy ? parvint enfin à prononcer l’Ingénieure, avec de gros efforts, en se rapprochant tant que possible du Major. Pou… Pourquoi t’es… T’es tombé… ?

Le Major ne lui répondit pas de suite. A quelques mètres d’eux, Luther et Doyle avaient une expression effarée. Ils étaient prêts à se sacrifier pour leur permettre de fuir. Mais le Dr Vygotsky avait raison. C’était inutile. Faire barrage de leur corps ne suffisait pas face à l’ampleur des pouvoirs de la Charité. Les deux hommes serraient les poings. Allaient-ils donc mourir pour rien ? En face d’eux, Vygotsky était secoué d’un rire cruel, le sourire carnassier aux dents blanches. Elodie était de plus en plus inquiète par le manque de réponse de son ami. Puis, soudain, elle sentit les mains de ce dernier attraper son visage par l’arrière pour le rapprocher de lui. Ne sachant pas que Pandora pouvait prendre possession de son corps, la jeune femme n’hésita pas à se laisser faire. Mais de toute façon, Billy agissait de son plein gré. Et, quand elle fut enfin assez proche, il rassembla ses dernières forces pour l’embrasser.

Elodie, surprise, prit quelques secondes avant de réaliser. L’heure n’était pourtant pas aux manifestations d’amour. Pourtant, elle lui rendit son baiser et, quand celui-ci s’interrompit, elle recula de quelques centimètres, serrant fort l’autre main de Billy dans les siennes.

- Haha… Tu sais que j’ai le poignet cassé… dit Billy dans un souffle, le sourire aux lèvres.
- Ho ! s’exclama-t-elle soudain en lâchant prise. Dé… déso…
- Non, ne me lâche pas…
gémit Billy en rattrapant ses mains. Je me sens encore vivant comme ça… encore quelques instants…

Ces derniers mots firent l’effet d’une bombe dans l’esprit d’Elodie. Elle ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Puis, tout en gardant une main autour de celle de Billy, elle utilisa l’autre pour dégager le sang qui troublait sa vue. L’image qu’elle avait restait floue, mais elle put enfin voir le visage de Billy qui lui souriait tendrement. Lorsqu’elle vit le coutelas encore plongé dans son bas-ventre et le sang qui s’en échappait, elle eut un nouveau hoquet incontrôlable. Elle sentit à nouveau des larmes couler et elle poussa une plainte comparable à celle d’un animal sur le point de mourir.

- Non, ne sois pas triste… murmura Billy en lui caressant la joue avec son autre main. J’ai eu une belle vie, grâce à toi… Tu es mon rayon de soleil. Tu dois… Tu dois sortir d’ici vivante… Promets-moi que tu y arriveras…
- Je… Je … Je peux pas …
sanglota-t-elle, son corps pris de violents soubresauts. Tu …Tu peux pas … Pas maintenant…
- Y a pourtant pas meilleur moment
, répondit-il en fermant les yeux, toujours souriant. Comme ça… Je t’aurai vu … Une dernière fois…

En sentant le poignet qu’elle tenait dans une main retomber piteusement, telle une vulgaire poupée de chiffon, Elodie tenta maladroitement de la rattraper pour la serrer dans ses deux mains, balbutiant quelques mots sous la panique. Mais le Major Campbell ne réagit pas. Si un sourire plein de tendresse restait imprimé sur son visage, il n’en était pas moins mort. Réalisant la situation, Elodie poussa un grand hurlement de désespoir et elle serra contre sa poitrine le corps de Billy, criant son nom comme si cela allait le ramener à la vie.

- Putain de merde ! jura le Major Luther en voyant la scène, la main crispée cachant son visage défait.
- Le Major Campbell aussi… prononça le soldat Doyle en baissant les épaules, l’air déconfit.
- Comme vous tous ! clama le Dr Vygotsky en écartant les bras. L’humanité est dépassée. Il est temps de faire table rase et de laisser les Nouvelles Générations l’emporter. Vous étiez tous condamnés dès le départ. Vous n’aviez aucune chance ! Et cette expérience misérable… n’en avait pas plus.

Elodie cessa subitement de crier, et même de bouger. Luther crut un instant qu’elle était désormais sous l’emprise de la Charité comme Billy juste avant. Mais il l’entendait tenter de reprendre une respiration normale, comme si elle tentait de se calmer. Pourtant, son corps tout entier tremblotait.

- J’ai brisé son esprit, et maintenant, son cœur ! ironisa le vieillard d’un air sadique. Mais au moins, j’aurai fait de très intéressantes observations ! Décidément, elle reste un sujet d’expérience passionnant, malgré tout !
- Ta gueule.


Le sourire du Dr Vygotsky disparut soudainement quand il entendit la voix d’Elodie. Elle avait parlé fort, d’un ton assuré et, surtout, colérique. Son corps, à l’autre bout de la pièce, continuait d’être secoué par des tremblements, mais elle semblait tout de même reprendre peu à peu conscience d’elle-même. Luther et Doyle, eux aussi, paraissaient surpris par la réaction d’Elodie. Ils pensaient que la mort du Major Campbell l’aurait achevée. Mais apparemment, ce n’était pas le cas.

- Hé bien ? reprit Vygotsky, une fois la surprise passée, en récupérant son sourire. On se ressaisit ? C’est dommage, mais c’est trop tard !
- La ferme !
cria Elodie en se relevant soudain pour lui faire face, son corps flottant à quelques centimètres du sol pour empêcher sa jambe blessée de toucher le sol.

Le visage d’Elodie était sans équivoque. Elle était secouée par la colère et la haine. Elle serrait les poings et avait repris contenance pour utiliser ses pouvoirs psychiques. Elle s’en servit d’ailleurs pour écarter subitement le Major Luther et le soldat Doyle, les poussant vers un coin de la salle sans qu’ils puissent réagir. Elle adressait maintenant au Dr Vygotsky un regard assassin à faire pâlir n’importe qui. Même Métamorph, derrière, semblait effrayé. Pourtant, le vieillard conservait son sourire, qui s’était même élargi.

- Voyez-vous ça ? ricana-t-il. Voilà qui devient … fascinant ! Une si belle expérience…
- JE NE SUIS PAS UNE EXPERIENCE !
cria Elodie en s’élançant soudain vers lui, soulevant avec ses pouvoirs plusieurs débris de machines qui se trouvaient éparpillés dans la pièce, ainsi que les armes que les soldats avaient abandonnés.

Pandora se dressa immédiatement pour barrer la route à Elodie, soulevant ses Kunai pour qu’ils se dressent vers elle. Les autres infirmières, pendant ce temps, faisaient reculer leur concepteur pour qu’il se trouve à l’abri, puis elles parurent se concentrer pour aider Pandora à riposter.

Mais, si elles se trouvaient en bien grand nombre et qu’elles s’aidaient mutuellement, aucune d’entre-elle ne parvint à arrêter les projectiles d’Elodie qui les frappèrent violement, allant jusqu’à les transpercer par endroit. Même les Kunai furent secoués dans tous les sens avant de se retourner subitement contre Pandora, qui fut percée de toute part. Chaque objet, chaque débris repartait à l’attaque une fois qu’il avait touché une cible. Et la violence des coups augmentait au fur et à mesure qu’Elodie se rapprochait, enragée. Une fois arrivée à la hauteur de Pandora, elle l’attrapa par la gorge et la souleva pour la cogner violemment au plafond, frottant son visage dessus pour lui provoquer un maximum de douleur. Toute infirmière qui se relevait et tentait d’intervenir se voyait subir le même sort, sans les mains d’Elodie. Puis, renforçant sa propre poigne, elle fit éclater le cou de Pandora entre ses doigts comme s’il s’agissait d’un fruit trop mûr et elle balança les restes contre les autres avant de continuer son massacre.

A l’écart, Luther et Doyle ne parvenaient pas à quitter le spectacle des yeux, malgré le sang et les scènes qui risquaient fort de les hanter pour la suite de leur vie. C’était plus qu’un massacre, une véritable boucherie ! La rage aveuglait Elodie et amplifiait ses pouvoirs si bien qu’elle était parvenue à surclasser largement l’ensemble de la Charité. Doyle en avait des haut-le-cœur, et Luther, pour la première fois, comprit véritablement le sens du mot « peur ».

En retrait, les mains derrière le dos, le Dr Vygotsky observait lui aussi le spectacle. Au contraire des militaires, cependant, il semblait plutôt l’apprécier. Il conservait cet immortel sourire de dents impeccablement blanches et on pouvait presque l’entendre ricaner.

Puis, quand la dernière infirmière fut achevée, Elodie se tourna vers lui. Pour la première fois, son veston blanc était tâché de rouge. Il avait été éclaboussé par les effusions de ses « expériences ». La haine était toujours présente sur le visage d’Elodie tandis que celui-ci applaudissait.

- Formidable ! lança-t-il, enthousiaste. Vraiment, formidable !

Les yeux d’Elodie s’écarquillèrent soudain et le corps du Professeur fut littéralement démembrer. A distance, elle lui arracha les deux bras et les deux jambes. Seule sa tête restait attachée à son tronc. Cependant, le vieil homme se contenta d’éclater de rire, bien que crispant un peu le visage sous la douleur. Elodie remarqua bien vite que, parmi les membres qu’elle venait de sectionner, il y avait une prothèse d’un bras et d’une jambe, ainsi qu’une main de métal. Des substituts destinés à permettre au Docteur de rester performant malgré son âge. En temps normal, Elodie aurait certainement souhaité examiner cela de plus prêt. Mais en ce moment, la seule envie qui la tiraillait était celle du meurtre.

- Alors, c’est ça ? lança-t-elle avec dégout. Vous n’étiez pas entièrement un homme, c’est rassurant…
- Bien sûr que si !
cria Vygotsky de son plus grand sourire. Ma conscience et mon esprit sont restés les mêmes, même après mes opérations ! Et si celles-ci m’ont permis de vivre assez longtemps pour vivre cet instant, je n’ai pas de regret à avoir !
- Dans ce cas, c’est ta tête que je vais démolir,
lança Elodie en serrant les poings, tout en faisant virevolter un Kunai devant son visage.
- Qu’importe ! clama Vygostky avec une certaine béatitude. Puisque je vais mourir en sachant que j’ai réalisé mon objectif ! J’ai créé la créature la plus puissante sur Terre ! Tu es mon chef d’œuvre ! Tu …

Il ne termina jamais sa phrase. Le Kunai pénétra son crâne si rapidement s’il resortit par l’autre côté et alla se planter dans le mur. Tout comme Billy, il affichait cependant toujours un sourire, mais bien plus désagréable. Elodie, dégoutée, projeta le reste du corps plus loin puis se retourna vers les deux militaires. Ces deux ci avaient du mal à tenir sur leurs jambes, tant ils tremblaient de peur. Ils ne savaient pas si Elodie était encore aveuglée par la rage ou s’ils ne risquaient plus rien.

- Si l’un de vous pouvait… porter Billy… lança-t-elle après quelques secondes de silence en baissant la tête. Je … Je m’occupe des autres et de sécuriser le chemin…

Luther poussa un soupir de soulagement et acquiesça. Lui et Doyle partirent soulever le cadavre du Major tandis que ceux du Lieutenant et du soldat tombé avant lui furent élevés dans les airs par Elodie. Puis, sans que celle-ci ne leur adresse de regard, ils avancèrent, prêts à quitter cette Tour de malheur. En vie.

Posté à 23h38 le 15/05/18

Le Moment de la Rage (4/4)



La Colonelle Irène Klein était l’une des rares femmes à être parvenues si haut dans l’Armée mondiale. Si rien ne l’avait jamais interdit, les militaires étaient, pour la plupart, des hommes. On retrouvait cependant de temps à autre quelques grandes figures féminines au sein de l’Armée, et Irène comptait bien en faire partie un jour, visant le grade de Générale. Une grande ambition, qui lui avait toujours permis de saisir les occasions, sans hésitation. En cette journée, elle s’était illustrée pour avoir tenu avec ses hommes face à plusieurs dresseurs en combinaison, parvenant à les retarder assez longtemps et à limiter la casse le temps que le plan du Général Nobel n’aboutisse enfin. Elle avait été blessée au bras, mais s’était elle-même enroulé ce dernier dans des bandages après l’avoir désinfecté avec une bouteille d’alcool qu’elle avait trouvée dans les restes d’un café.

Les dégâts étaient lourds, très lourds. La rue Méridionale était sans-dessus-dessous, et l’Avenue Thermidor complètement dévastée. Mais cela aurait largement pu être pire. Brillante tacticienne, elle était parvenue à maintenir ses positions pour empêcher les ennemis de déborder. Le Major Byron, d’ordinaire sous ses ordres, avait été soulagé de la voir revenir en vie. Elle était restée plus longtemps que ce qu’ils n’avaient prévu et les différents messages d’autres unités militaires laissaient sous-entendre le pire. Mais finalement, Irène Klein ne s’en sortait pas trop mal.
Elle était en train de descendre en toute hâte au premier étage de la Tour Prismatique. Elle revenait à l’instant du bureau du Ministre Descartes. Le Général Nobel lui avait demandé de faire un rapport de la situation au Premier, mais elle avait retrouvé ce dernier en train de picoler, avachi sur son bureau. Elle avait bien commencé à lui expliquer la situation, mais lorsque Descartes s’était exprimé, c’était uniquement pour lui faire une remarque déplacée. Elle lui avait alors frappé la tête contre son propre bureau avant de sortir de la pièce. Elle avait un rire nerveux à l’idée que le Général l’avait envoyée elle en pensant justement que s’il y allait lui, il risquait fort de le frapper. Mais elle n’avait pas non plus envie de raconter à Nobel ce qu’il s’était passé, préférant éviter les réprimandes qui risquaient bien vite d’arriver, maintenant...

Lorsqu’elle arriva dans la pièce où le Général avait dressé une carte de Kalos, elle remarqua immédiatement que le Colonel Von Stradonitz et l’informaticien venu de Kanto étaient de retour. Le Général était en train de les féliciter avec beaucoup d’enthousiasme. Elle soupira, se disant que c’était justement l‘occasion de ne parler de ce qu’il s’était passé en haut, puis les rejoignit.

- Les dirigeables ont fait demi-tour, lança le Général Nobel, enflammé. La perte de leurs hommes sous combinaison a dû les effrayer !
- Oui, enfin, il en reste encore un
, fit remarquer le Major Byron, qui, au contraire, semblait plutôt réservé.
- Oui, évidemment, c’est celui d’où vous veniez, concéda le militaire en se grattant la barbe. Je voulais être sûr que vous reveniez avant de lancer les manœuvres pour l’abattre. Il est resté en vol stationnaire depuis pas mal de temps, je suppose que le pilote n’était pas capable de le faire bouger ?
- A vrai dire, il n’y avait pas de pilote
, répondit Isaac, soudain intrigué. On en a croisé aucun, ni aucun module de commande, je crois…
- Mais de toute manière, on n’en a laissé aucun de capable de manier l’engin !
s’exclama Von Stradonitz sous le ton de la plaisanterie.
- Et bien, nous allons réfléchir à ce que nous allons faire, maintenant que les forces ennemies reculent, continua le Général. Mr Holley, pour votre implication dans le sauvetage de la Région et au nom de toute l’Armée, je vous remercie !

Il serra la main de l’informaticien, qui regretta vite d’avoir retiré sa combinaison, tant il avait de la poigne. Isaac adressa néanmoins un sourire aux militaires et à tous ses officiers présents. Quelques-uns affichaient certes une mine grave, comme le Major Byron, mais d’autres paraissaient plus optimistes que jamais.

- Si le Colonel Von Stradonitz n’est pas trop blessé, peut-être pourra-t-il vous ramener à Hesse et Cornell ? lança le Général au Chef de la Brigade Aérienne.
- Mais oui, ça va, répondit ce dernier avec un grand sourire qui lui causa tout de même une vilaine douleur à la mâchoire. Je pourrai faire encore des heures de trajets sur Roucarnage, et le tout, avec des pirouettes !
- D’ailleurs, le Colonel Cornell a essayé de nous contacter pour avoir de vos nouvelles
, se rappela soudain Nobel en claquant des doigts. Ça avait l’air assez urgent, surement a-t-il lui aussi besoin de votre précieuse aide !
- Ha,
s’exclama Isaac en perdant son sourire, pris d’un mauvais pressentiment. Vous pouvez l’appeler pour moi ?
- Bien sûr, Major Byron, lancez la communication avec Kanto pour Mr Holley.
- Bien, mon Général !


Même s’il avait l’air de ronchonner un peu, le Major s’exécuta sans protester. Il fit signe à l’informaticien de le suivre à une table où divers appareils de communications avaient été installés. Des téléphones sécurisés, spécialement conçus par l’Armée pour éviter d’être intercepté, et qui garantissaient une communication discrète, à moins d’être perturbée par des signaux trop puissants comme ceux de la Tour Radio de Doublonville. Un dispositif qui adoptait un design assez spécial, puisqu’il rappelait les vieux téléphones à roulette d’antan. Le Major introduisit le code d’entrée de ce téléphone via la roulette et lança l’appel en introduisant le code du téléphone de Kanto. Isaac le remercia, mais il n’eut pas de réponse du militaire qui s’éloignait déjà pour retourner vers les autres. Pour le Major, comme pour d’autres, les pertes à Illumis avaient été beaucoup trop grandes pour venir à bout d’une poignée d’hommes. Ils ne se rendaient pas encore compte à quel point cette victoire pouvait influencer la tournure des évènements. Mais Isaac ne lui en tenait pas rigueur. Il n’avait qu’une envie, c’était de rejoindre les autres.

- Ministre et Colonel Cornell, qui me demande ? lança une voix dans le combiné.
- Colonel, c’est moi, Isaac, répondit-il. Il y a quelque chose d’urgent pour moi ?
- Ha, Holley, vous allez bien !
s’exclama la voix légèrement déformée du Ministre. Le ciel soit loué, j’ai cru comprendre que votre mission était un succès ?
- Oui, le Général Nobel n’a plus besoin de moi
, répondit Isaac. Von Stradonitz va me ramener à Kanto, sauf si vous avez besoin de moi autre part… C’est bien pour ça que vous vouliez me parler, pas vrai ?
- Pas exactement,
répondit le Colonel Cornell après quelques secondes de silence. Isaac, écoutez-moi… Le Professeur Caul, Mr Shelley et Mr Stearns ont dérobé un hélicoptère de l’Armée.
- QUOI ?
s’exclama l’informaticien, attirant les regards des militaires vers lui. Mais … pourquoi ?
- Isaac, ce que je m’apprête à dire est censé rester secret et…
- Dites-moi juste où Al et les autres sont partis !
- … D’après l’Agent Beladonis, ils voulaient rejoindre le Dirigeable du Professeur Higgs, vers Argenta, afin de l’arrêter… Mais c’est du suicide, même l’Arm…


Isaac n’en attendait pas plus. Il venait de lâcher le combiné et se dirigeait vers la sortie, faisant signe à Von Stradonitz de le suivre. Le Colonel s’excusa auprès de ses collègues et le suivit, intrigués par sa mauvaise humeur manifeste. On aurait dit qu’il allait tuer quelqu’un. Le Général fit signe à ses officiers de les suivre, se disant qu’ils méritaient tous les deux un au-revoir digne de leur exploit, mais Isaac ne leur accordait déjà plus d’attention. Il aida le Colonel à grimper sur son Roucarnage et s’éleva vers le ciel sans attendre.

- Hé bien, quel curieux personnage, soupira le Général en se grattant la barbe. Au moins, grâce à lui, on peut lancer la riposte sans trop de crainte…
- Mon Général,
s’exclama la Colonelle Klein en pointant le ciel du doigt. Est-ce que je me trompe ou bien… est-ce que le dirigeable s’est remis en route ?
- Parbleu, mais vous avez raison…
répondit Nobel en plissant les yeux. Mais enfin, que fait-il… Il ne va quand même pas…

_________________________________________


A l’intérieur du Dirigeable, le Professeur Xanthin se relevait péniblement. Sa combinaison avait été diablement endommagée, il n’en avait pas pris assez soin lors de son combat final contre le vrai Holley. L’informaticien lui avait retiré son casque, mais il le laissa par terre, le temps de reprendre ses esprits. Autour de lui, une grosse partie de ses machines étaient endommagées. Son écran qui lui permettait de surveiller l’état de ses hommes n’affichait plus rien. Il soupira, démoralisé. Il avait encore perdu, et contre la même personne. Il y avait de quoi enrager.

Il fit quelques pas maladroit, se retenant de justesse de tomber. Quelque chose clochait. Le dirigeable s’était remis en route. Il avança prudemment jusqu’à une fenêtre pour observer ce qu’il se passait, afin de mieux comprendre la situation. Il eut un petit sourire en voyant qu’il survolait une ville en partie détruite. Les décombres étaient encore fumantes par endroit. Surtout de la place Rose, à vrai dire, et il eut un pincement au cœur en repensant que c’était là que ces créations avaient été détruites… Puis il redressa la tête et se figea, interdit. Quand il comprit que ce n’était pas une illusion ou un rêve, il fit un pas en arrière, l’air effrayé, laissant s’échapper un glapissement.

Il se dirigeait tout droit vers la tour Prismatique. Le choc que cela allait entrainer risquait de produire des étincelles, qui, à leur tour, provoqueraient l’embrasement et l’explosion du dirigeable. En d’autres termes, ils fonçaient droit vers la mort. Et il ne pouvait rien y faire. Le pilotage du Dirigeable se faisait à distance, depuis un unique centre de Commande qui déplaçait à sa guise tous les véhicules de guerre. Et la seule personne à y avoir accès, c’était le Professeur Higgs.

L’impact était pour dans quelques minutes, voir quelques secondes. Le Professeur Xanthin se mit à courir vers la piste de décollage. C’était son unique chance d’échapper au sort qu’on lui réservait, maintenant qu’il avait échoué à sa mission. Les larmes lui montaient aux yeux en repensant aux belles paroles du Professeur Higgs. Xanthin avait cru qu’il était un privilégié, l’un des puissants de cette Guerre. Et pourtant, il allait être sacrifié, comme un vulgaire Pion, pour prendre la vie du Ministre de Kalos.

Lorsqu’il atteignit la piste, son regard alla de gauche à droite, paniqué. Il ne savait pas ce qu’il cherchait, un parachute, un Pokémon, quelque chose. Quand, soudain, la déflagration qu’il redoutait le poussa en avant, l’obligeant à faire une chute de plus de 300 mètres. Même en portant sa combinaison, sa plus belle création, il ne pourrait survivre à un tel choc. Mais, de toute façon, le souffle de l’explosion l’avait déjà sonné à nouveau.

Le Premier Ministre Descarte n’eut pas le temps de voir le Dirigeable venir. Il se remettait à peine du coup donné par la Colonelle et s’épongeait le nez en sang avec des papiers officiels, toujours sous l’emprise de l’alcool, quand l’explosion l’emporta, détruisant au passage son bureau et entamant l’incendie de la Tour Prismatique.

- Ha, bha zut alors ! s’exclama le Général Nobel en cachant très mal son désintérêt quant à la mort du Premier. C’est vraiment pas de chance !

Le Major Byron le fusilla du regard. Mais quand il entendit la Colonelle prendre exactement le même ton, il lui adressa un regard surpris. Remarquant son étonnement, elle lui assura de tout lui expliquer plus tard. Pour elle, c’était la garantie de ne pas avoir de problème. Pouvait-elle vraiment se plaindre de cette mort ?

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Le professeur Higgs poussa un grand soupir. Sur un écran, il venait d’assister au sacrifice d’un de ses dirigeables sur la Tour Prismatique. Ce n’était pas seulement la tête d’un Ministre qu’il venait de prendre, mais tout un symbole. Peut-être cela impacterait-il le moral des troupes ? Ses forces de Kalos en auraient grand besoin après cet échec du Professeur Xanthin. Il avait reposé beaucoup d’espoir quant aux performances des combinaisons Booster. Beaucoup de bruits et d’investissements pour pas grand-chose, au final. Il n’avait même pas pris la peine de rentrer en communication avec lui.

Pourtant, c’était une chose courante pour lui, d’habitude, d’adresser un dernier remerciement à ses collaborateurs. Après tout, même si cela avait été moins performant que prévu, Xanthin s’était donné corps et âme dans cette guerre. Dans d’autres circonstances, surement l’aurait-il appelé via un écran ou l’autre.
Mais voilà. En ce moment-même, à l’abri à l’intérieur de son propre dirigeable, le Professeur Higgs était assis dans son siège en cuir blanc, la tête reposant au-dessus de ses deux mains croisées. L’écran d’Illumis ne l’intéressait déjà plus. Ni aucune nouvelle de nulle part ailleurs. Seul lui importait ce vieil homme qui se tenait face à lui, debout, de l’autre côté d’une vitre supposée incassable. Ce vieillard qui le regardait avec un visage qui mêlait à la fois une certaine confiance en soi, mais aussi une vive colère.

- Je suis heureux de te revoir après tant d’années, lança finalement le Professeur Higgs pour rompre le silence. Mon très cher Aldebert…