Forum Fanfiction

Deus Ex Machina

Posté à 23h20 le 15/05/18

Le Moment de la Rage (2/4)



Les quelques militaires étaient à l’affût, prêts à courir vers leur cible dès que le Major Luther, l’homme aux bandages plein la tête, leur en donnerait l’ordre. Parmi eux, Elodie, son Métamorph sur les épaules, était particulièrement angoissée, même si la présence de Billy à ses côtés la rassurait. Ils étaient sur le point d’entrer dans la Tour Radio, attendant juste que le Général Planck fasse diversion plus loin, en menant l’offensive pour reprendre la ville des mains du Professeur Higgs.

Ils avaient appris que les messages qu’ils avaient reçus tout au long du trajet et même avant n’étaient en vérité que des tissus de mensonge. Doublonville avait été l’une des premières cibles, bien avant Rosalia ou Mauville, qui, normalement, étaient encore intactes. La grande cité était rapidement tombée, même si plusieurs citoyens étaient parvenus à s’enfuir par le Bois aux Chênes ou les deux villes prétendument détruites. Le Général Planck avait bien failli tomber dans le panneau si son groupe d’éclaireurs, mené par le Major Luther, n’avait pas communiqué à temps son rapport quant à l’état de la ville. Une partie des troupes du Général était ainsi tombée dans un piège qui leur avait coûté pas mal de vies humaines, de Pokémon, et de matériel. Mais heureusement, les régiments avaient été sauvés et ils s’étaient réfugiés près du Dôme du Pokéathlon.

La cause de cette mascarade n’était autre que le piratage de la Tour Radio par les forces du professeur Higgs. De nombreuses fausses informations avaient alors circulé et les vrais messages interceptés, rendant toute communication dangereuse et souvent contrefaite. Ainsi, le Général avait dû envoyer des hommes pour dévier les renforts envoyés à Doublonville dans le but sécuriser la cité qui était déjà prise, leur empêchant ainsi de sauter dans la gueule du Grahyena sans se douter de l’accueil qui leur était réservé.

Il était donc une priorité absolue que de mettre la Tour Radio hors d’état, afin d’empêcher que continue l’opération de désinformation dont était victime l’Etat de Johto et tout autre Etat qui tenterait de communiquer avec eux. Et pour ce faire, Elodie était l’Ingénieure idéale.

Cependant, ce n’était pas tant l’opération de sabotage qui inquiétait Elodie, mais ce qu’avait raconté le Major Luther concernant les forces de leurs ennemis. Si ceux-ci regroupaient pas mal de dresseurs et encore plus de Chimères, ce qui en soit n’était pas encore trop différent de ceux de Kanto, c’était surtout un certain groupe de personne que redoutait l’Ingénieure.

Un petit escadron d’une trentaine d’individus. Toutes des Infirmières Joëlle, des femmes qui avaient subi le Programme, comme Elodie avant qu’elle ne soit arrachée des griffes du Dr Vygotsky par Aldebert et Isaac. Des femmes qui, pendant des années, avaient œuvré pour le bien-être des Pokémon dans les Centres et qui, aujourd’hui, représentaient l’une des plus grandes menaces dans cette Guerre. Car, toujours d’après le Major Luther, elles avaient été capables de dévier des tirs d’obus et de démolir un Tank sans bouger, simplement en usant de leurs pouvoirs Télékinésiques, d’une puissance rarement enregistrée.

Des pouvoirs similaires à ceux qu’Elodie avait développés. A plusieurs reprises, elle avait été capable de véritables exploits et était même en mesure, en se concentrant, de manipuler pas mal d’objets, même très lourds, par la pensée. C’était avec ça qu’elle avait sauvé Billy à plusieurs reprises, comme la veille lorsqu’il avait été pris pour cible par l’arbalète de la Chimère au pelage noir. Mais de là à détruire un USI – 215, l’Ingénieure ne s’en croyait pas capable. Elle suspectait d’ailleurs que leur nombre devait jouer un grand rôle dans une telle maitrise psychique.

Mais au-delà des dangers qu’elles représentaient, c’était encore toute son identité qui était remise en question. Elle s’était crue unique parmi les enfants du Programme en ayant ce don qui n’avait jamais été visible auparavant chez les Infirmières. Mais elle se rendait compte qu’elle avait été créée pour cela, dès le départ. Avait-elle vraiment eu le moindre choix dans sa vie ? Son destin était-il déjà tout tracé depuis le début ? Des questions qui la hantaient depuis des années déjà et qui revenaient, plus fortes que jamais, pour tirailler son esprit et la faire douter de sa propre existence.

Mais l’heure n’était pas aux débats philosophiques. Elodie tentait tant bien que mal de se sortir ces idées de la tête et de se concentrer sur sa mission. La Tour Radio de Doublonville n’était pas loin d’eux, mais trois dresseurs postés en sentinelles avec de gros Pokémon surveillaient le périmètre, avec une certaine négligence toutefois. Il y en avait certainement d’autres à l’intérieur. Cependant, le Général leur avait fourni une carte du bâtiment, et, après l’avoir longuement étudiée, l’équipe d’éclaireurs du Major Luther était prête à investir les lieux de manière la plus discrète possible.

Le seul qui ne semblait pas parfaitement concentré, c’était Billy. Le Major Campbell n’était à la base pas censé se joindre à cette mission. Mais étant le supérieur hiérarchique d’Elodie et n’ayant personne d’autre sous sa juridiction, il était parvenu à négocier sa participation avec le Général Planck. Il accompagnait ainsi la bande, tout en laissant la direction des opérations au Major Luther. Mais Billy était surtout très inquiet pour son amie. Il avait bien vu à quel point son attitude avait changé quand on leur avait parlé des infirmières, et il n’en ignorait pas la raison. Il savait qu’Elodie aurait besoin de son soutien, particulièrement s’ils devaient se retrouver face à ces femmes.

Au bout d’un moment d’attente, alors que leurs montres synchronisées indiquaient 18h pile, les premiers tirs d’obus retentirent au loin. Aussitôt, les sentinelles attrapèrent des Talkies pour réclamer des ordres. Au final, deux d’entre eux partirent en courant sur le dos de leurs Pokémon, laissant un unique gardien. Ils attendirent encore un instant, voyant d’autres dresseurs sortir en trombe du bâtiment pour rejoindre les autres sur le front. Le bruit des explosions continuait à intervalles réguliers. Hélas, leurs canons ne pouvaient pas atteindre la Tour Radio de là où ils se trouvaient, car les avancer suffisamment nécessitait de passer dans le territoire ennemi, et d’autres bâtiment auraient gêné les tirs. Parvenir à s’introduire jusque-là avait déjà demandé pas mal de temps et de détours pour leur petit groupe, tant et si bien que les mêmes manœuvres avec un canon auraient étés impossibles. Tout aurait été si simple, sinon…

Après quelques minutes de patience, la Patrouille des éclaireurs abandonna sa planque. Ils laissaient néanmoins un homme en retrait. Ce dernier avait été lourdement blessé lors de leur dernière opération, et il disposait d’un pistolet de détresse, à n’utiliser que si des forces ennemies venaient à arriver à la Tour Radio, histoire de les prévenir. Ils avancèrent le plus discrètement et silencieusement possible puis, soudain, le Lieutenant Horowitz balança un fumigène près de la sentinelle, qui laissa échapper une exclamation de surprise avant d’être pris d’une quinte de toux. Rapides comme l’éclair, les Major Luther et Campbell fondirent dans le nuage de fumée avec leurs Pokémon, Arbok et Noarfang. Lorsque le nuage se dissipa, l’Oiseau tenait entre ses serres le Talkie de leur cible, et Arbok avait mis Ko son Miradar. Luther était en train de ligoter son dresseur, menacé à la gorge par un coutelas de Billy qui l’empêchait de bouger ou de pousser l’alerte. Puis Horowitz appliqua sur son visage un tissu imbibé de chloroforme et les autres l’emmenèrent rapidement à côté du soldat encore en planque. Puis, sans plus attendre, ils pénétrèrent à l’intérieur de la Tour.

Le Major Luther menait la danse, donnant ses ordres à ses hommes par de simples gestes de la main. Le rez-de-chaussée, qui abritait d’ordinaire l’accueil, était sans dessus-dessous, comme s’il y avait eu lutte. Il y avait des tessons de verre par terre et les cadavres de quelques machines qui avaient été renversées, ainsi que quelques traces de sang déjà séché. Luther invoqua son Farfuret et demanda à son Lieutenant de faire pareil avec son Smogo et, à eux deux, ils avancèrent vers les escaliers qui menaient au premier étage. Ils observèrent discrètement ce qu’il s’y passait et envoyèrent Farfuret pour voir plus loin. Puisque celui-ci ne signalait aucun danger, ils firent signe aux autres de les suivre. Campbell et Ross ne se firent pas prier, avançant en même temps que les militaires. Ils gravirent les escaliers le plus silencieusement possible, le Major et son Lieutenant toujours devant.

Une fois au bout des escaliers, ils s’arrêtèrent pour attendre le reste du groupe. Luther avait les oreilles plaquées contre les murs, comme pour essayer d’entendre ce qu’il se passait derrière. Il fit un signe à ses hommes, en dressant quatre doigts avant d’agiter la main. Voilà un signe qui n’était pas compliqué à comprendre et Billy hocha la tête pour signifier qu’il était prêt, tout comme les militaires derrière. Puis, après un rapide décompte, le Lieutenant ouvrit la porte à la volée et Smogo et Farfuret y pénétrèrent. Le premier dégagea un Brouillard épais tandis que le second fonçait, ayant repéré les menaces. Les deux Major pénétrèrent en même temps, suivis de leurs hommes et d’Elodie, en retrait. Rapidement, ils prirent l’avantage sur les hommes qui étaient postés là. Ils avaient l’avantage de la surprise, mais aussi de la force, car ceux-ci n’avaient alors avec eux qu’un Yanma et un Elektek, qui avaient rapidement été maitrisés par Farfuret et Arbok. L’un des hommes était en train de se rapprocher dangereusement de la cage d’escalier suivante avant d’être assommé par le plus jeune des militaires, qui répondait au nom de Doyle. Elodie elle-même en fit glisser un autre en utilisant son Métamorph. Finalement, les estimations du Major étaient presque justes, puisqu’ils mirent hors d’état cinq hommes. Et tout s’était passé dans un calme surprenant, les hommes de Luther ayant été entrainés pour combattre en évitant le bruit et Farfuret ayant utilisé l’attaque Execu-son sur certains adversaires pour éviter qu’ils ne poussent l’alerte. Pour l’instant, tout se passait bien. Après les avoir tous endormis avec du chloroforme, Luther fit de nouveau signe à ses hommes de se mettre en position, et ils continuèrent d’avancer.

L’escalier suivant, tout aussi vide que le premier, donnait sur deux salles distinctes. Ils pouvaient emprunter un chemin qui, normalement, devait être moins dangereux, quitte à faire un détour sur la fin. C’était là leur plan de base, mais le Major envoya néanmoins un de ses subalternes, Murdoch, faire une estimation devant la porte qui n’était pas sur leur trajet. Ce dernier indiqua plus de huit hommes et Luther parut un peu mécontent de l’apprendre, malgré ses bandages. Puis il leur fit signe de le suivre et ils passèrent par l’autre chemin.

Une bonne nouvelle les y attendait. Leur déplacement les menait dans un petit couloir qui donnait sur des studios d’enregistrement. Après une rapide inspection avec Farfuret, le Major les appela pour suivre. Il n’y avait personne ici ! Après tout, la pièce n’avait pas grand intérêt, à moins de vouloir enregistrer en avance quelques émissions. Ils arrivèrent donc rapidement à la cage d’escalier qui donnait vers le troisième étage.

Malheureusement, si l’une des cibles à saboter était censée se trouver là-bas, il allait falloir monter jusqu’au cinquième puis redescendre au troisième par un autre chemin pour pouvoir accéder aux machines visées. Entre-temps, ils allaient surement avoir accès à d’autres dispositifs qu’Elodie pourrait désactiver discrètement, sans donner l’alerte immédiatement.

Le plan se passa sans souci. Ils ne croisèrent qu’un unique dresseur, apparemment mal réveillé, avant d’arriver au quatrième étage. Il n’avait même pas eu le temps d’appeler ses Pokémon que Farfuret l’avait déjà frappé au niveau des cordes vocales, avant qu’Arbok ne l’étreigne entre ses anneaux. Après s’être débarrassé de lui dans une sorte de cagibi, ils purent accéder à la première salle importante. Une pièce où devait se trouver, en toute logique, les ordinateurs contrôlant les antennes paraboliques de la Tour du côté est. Ils furent surpris de n’y voir absolument personne, mais ne tardèrent pas pour autant pour sécuriser le périmètre, trois militaires se postant aux deux portes des escaliers tandis qu’Elodie se mettait au travail, secondée par le Major Campbell.

Après avoir coupé plusieurs câbles et saboter les prises de courant de l’étage, le tout à la hâte, Elodie adressa un signe de tête au Major Luther, qui l’observait avec curiosité sous ses bandages. Ainsi mise au travail, l’Ingénieure en avait oublié toutes ses craintes. En ce moment, la mécanique était plus qu’une passion. C’était un véritable refuge.

Ils s’apprêtaient à partir en direction du dernier étage quand le Major Luther se retourna soudainement et adressa un regard interrogateur à un de ses hommes qui était encore au fond de la pièce, prêt de la porte par laquelle ils étaient entrés. Si Billy ou Elodie n’avaient rien entendu, ce dernier, Rohmer, avait appelé son Supérieur d’une voix à peine audible. Que Luther soit parvenu à l’entendre démontrait à quel point il était doté d’une audition très sensible. Comme le militaire communiquait en utilisant des codes précis avec des gestes de main, l’Ingénieure ne comprenait pas ce qu’il voulait. Mais en voyant la mine inquiète du commandant de la Patrouille passer devant elle, elle eut comme un mauvais pressentiment. Une fois devant la porte, il y plaqua son oreille droite. Puis il étouffa un juron et fit signe au reste de l’équipe de se mettre en position pour accueillir ce qui se dirigeait vers eux.

- Trois individus, souffla-t-il au Major Campbell qui s’était rapproché avec Arbok. Et peut-être d’autres derrière, je ne suis pas sûr.
- Ils nous auraient repérés ?
demanda Billy le plus bas possible.
- Possible, les corps inanimés ont dû être trouvés… pesta son collègue.

Il adressa quelques signes au Lieutenant Horowitz, puis se prépara lui-même à accueillir les personnes qui allaient arriver. De chaque côté de la porte, deux soldats, Rohmer et Murdoch, avaient préparé du tissus au chloroforme. Doyle invoqua son Lougaroc aux côté de l’Aeromite de Brecht, un homme chétif mais qui était l’ainé du groupe. Farfuret et Arbok les rejoignirent tandis que Smogo et Noarfang se postaient juste au-dessus de l’encadrement de la porte. Puis leurs dresseurs allèrent se cacher derrière les machines qu’Elodie avait préalablement sabotées, et cette dernière fit de même avec Quesnay, le dernier soldat, qui n’avait pas envoyé son partenaire pour éviter qu’il ne gêne les autres dans cette situation délicate.

Ils étaient ainsi prêts à accueillir les trois personnes prévues par le Major. Au moment où ils pousseraient la porte, ils seraient éblouis par un Flash, qui permettrait à leur propre camp de mieux voir à qui ils avaient à faire avant que Smogo n’expulse son Brouillard. Murdoch et Rohmer interviendraient pour endormir deux cibles sur trois tandis que Farfuret et Arbok désarmeraient la troisième. Les autres Pokémon n’étaient là qu’au cas où des Pokémon adverses venaient à entrer dans l’équation.

Ils étaient cachés depuis quelques secondes, prêts à en découdre. Cependant, personne ne semblait venir et le Lieutenant Horowitz ne cessait de jeter des coups d’œil impatients depuis sa cachette. Les deux militaires proches de la porte ne semblaient pas très rassurés et chacun sentait des gouttes de sueur couler dans sa nuque. Ce serait trop bête d’interrompre l’opération si proche du but.

Soudain, la porte fut propulsée vers les Pokémon, balayant Lougaroc et Farfuret, surpris, vers la cachette de leurs dresseurs. Leurs adversaires n’étaient pas entrés dans la pièce, contrairement à ce qu’ils avaient prévu, mais Noarfang et Aeromite utilisèrent néanmoins leur Flash, ce qui permit aux deux Major de jeter un coup d’œil avant de se baisser tout aussi soudainement. Si Luther paraissait interdit, Billy était devenu blanc comme un linge et fixait désormais Elodie avec inquiétude. Comprenant pourquoi, celle-ci déglutit et, tremblant un peu, se mit à souffler comme pour se donner du courage. Puis, elle afficha un air déterminé et se leva pour faire face à ses adversaires.

Trois infirmières Joëlle se tenaient debout dans le couloir, avec un regard neutre, fixant les Pokémon et la cachette dont venait de sortir Elodie. Sur les deux côtés de l’encadrement, Rohmer et Murdoch semblaient pris au dépourvu, ne sachant comment réagir, puisqu’elles n’étaient pas entrées. Lougaroc et Farfuret s’étaient dégagés et, comme les autres Pokémon, ils regardaient d’un air mauvais ces femmes qui, il y a quelques jours encore, étaient censées soigner leurs blessures, et non pas en provoquer.

Puis, comme rien ne se passait, Billy, Doyle et Horowitz se levèrent à leur tour pour regarder. Aussitôt, plusieurs objets de la pièce se mirent à léviter et furent comme propulser vers eux. Mais ils freinèrent subitement avant de les atteindre et les trois hommes donnèrent l’ordre d’attaquer à leurs Pokémon. Aussitôt s’élancèrent-ils, mais ils furent bien vite arrêtés dans leur course par les pouvoirs des trois femmes.

- Ok… elles veulent jouer à ça… souffla-t-elle, le visage crispé. Très bien… Métamorph ! Une porte plus petite, s’il-te-plait !

Le Pokémon sur son épaule changea immédiatement de forme, prenant l’apparence de la porte qui avait été arrachée de ses gonds, mais, comme demandé, avec des dimensions un peu moins importantes. Une fois cela fait, Elodie se concentra pour soulever son Pokémon et le projeter vers les trois assaillantes, faisant son possible pour viser correctement. Si Métamorph sembla un peu freiné sur la fin, il se cogna tout de même contre les trois Infirmières qui, trop confiantes, n’avaient pas bougée. Le choc les poussa sur quelques mètres et elles tombèrent dans les escaliers, provoquant des cris de victoire de la part des militaires.

- Waw, bien joué ! J’sais pas qui a fait ça, mais bravo ! lança Doyle, impressionné.
- On dirait bien que tu es plus fortes qu’elles, dit Billy en adressant un clin d’œil à Elodie.

L’Ingénieure ne répondit pas, mais un sourire apparut sur son visage. Cependant, l’heure n’était pas aux félicitations et, déjà, deux des Infirmières se relevaient, ayant dégagé la porte d’un air un peu sonné. Elles étaient en train de se rapprocher à la hâte, mais, cette fois, elles n’arrêtèrent ni Farfuret ni Lougaroc, ne parvenant qu’à repousser Arbok à distance. Les deux Pokémon avaient reçu l’ordre d’attaquer sans se soucier de les garder en vie. Après tout, il s’agissait d’ennemis particulièrement dangereux. Ils eurent le temps de les griffer violemment avant d’être finalement réexpédiés avec violence contre un mur par les pouvoirs psychiques des infirmières. Le sang coulait sur leurs visages, mais elles gardaient une expression très froide, presque sans sentiment. Puis, Elodie profita qu’ils ne soient plus dans son angle de tir et lança sur elles les objets qu’elles avaient d’abord elle-même envoyés vers eux. Alors qu’elles s’attendaient à les toucher malgré tout, les infirmières parvinrent à stopper l’attaque d’Elodie à un peu moins d’un mètre d’elles. Mais Métamorph, qui avait repris sa forme initiale, s’étant glissé dans le dos de l’une d’elle, recouvrit subitement son visage. Elle sursauta et se secoua dans tous les sens tandis que sa comparse se prenait les projectiles d’Elodie au visage, pour finir assommée. La victime de Métamorph tenta de l’arracher avec ses mains, en vain. Puis, après plusieurs secondes de suffocation, elle tomba à genoux, eut quelques spasmes, puis cessa de bouger. Le Pokémon se dégagea de son visage, la laissant inconsciente, et se déplaça pour retourner vers sa dresseuse d’un air enjoué.

- Alors là… chapeau, s’écria la voix étouffée du Major Luther, qui s’était relevé, les yeux écarquillés.
- C’est peut-être plutôt au front qu’on aurait besoin de vous, renchérit le Lieutenant Horowitz en souriant tandis qu’Elodie sortait de sa cachette pour ramasser Métamorph.

Ni Billy ni Elodie ne répondirent, se contentant de sourire et de s’adresser mutuellement des regards satisfaits.

- Major, s’écria soudainement Rohmer depuis le fond de la pièce, juste assez fort pour qu’ils l’entendent. Y en a d’autres qui arrivent, je crois !

Le Major Luther fit un geste de main et tout le monde se tut, la bonne humeur disparaissant immédiatement. Il plissa les yeux puis fit signe à Murdoch et Rohmer de rester à leur place. Puis, d’un signe de tête, il fit comprendre aux autres qu’ils allaient devoir remettre ça.

Plutôt confiants, cette fois, personne ne se cacha. Ils attendaient simplement, debout, prêts à se baisser cependant si nécessaire. Effectivement, des bruits de pas dans les escaliers se rapprochaient. Les Pokémon eux aussi semblaient cette fois plutôt excités qu’inquiets. Puis, enfin, ils la virent.

Elle était seule. Une infirmière Joëlle comme toutes les autres. Elle marchait avec cette même expression d’indifférence froide, les bras le long du corps. Elle n’adressa pas même un regard aux trois autres infirmières tombées avant elle et se contenta d’enjamber leurs corps. Pourtant, en la voyant, Elodie fronça les sourcils. Elles avaient beau toutes se ressembler, celle-ci lui disait vaguement quelque chose. Elle les avait bien vus dans la pièce et, pourtant, elle ne s’arrêta pas de marcher comme les trois autres avant elle. Les grognements des Pokémon et le regard décidé des militaires ne semblaient pas l‘impressionner.

Au moment où elle posa un pied dans la pièce, Murdoch et Rohmer se jetèrent sur elle, prêts à appliquer leur chloroforme sur son visage. Mais elle écarta soudainement les bras de chaque côté et ils se figèrent sur place avant de tomber à la renverse, un Kunai planté entre les deux yeux. La vue de l’arme rappela immédiatement à Elodie où elle l’avait déjà vue. C’était quelques jours avant, à la Sylphe Sarl, que cette femme, Pandora, était parvenue à elle seule à les mettre dans une position très inconfortable.

A la vue de leurs deux camarades morts, les militaires retinrent leur souffle avant d’exiger à leurs Pokémon d’attaquer. Mais l’Infirmière avait d’autres armes cachées dans ses manches et elle exécuta aisément Farfuret, qui était en première ligne, ainsi qu’Aeromite. Mais si ses mouvements étaient très rapides, en plus d’être amplifiés par ses pouvoirs, Elodie parvint tout de même à dévier une grosse partie de ses jets. Ainsi, s’ils auraient pu mourir sur le coup, Lougaroc et Arbok furent simplement blessés et réussirent même à l’obliger à reculer.

De nouveau dans le couloir, l’Infirmière fit soudain voleter plusieurs de ses projectiles tranchants autour d’elle. Puis, d’un mouvement de bras, comme si elle ordonnait à un Pokémon d’attaquer, ses armes filèrent rapidement, contournant les Pokémon afin de viser Elodie. Les militaires poussèrent des cris de stupeur, mais l’Ingénieure parvint tout de même à stopper les Kunai pas loin de son visage. Elle respirait désormais avec une certaine angoisse, pas très rassurée. Elle était d’un tout autre niveau que les trois premières.

Le combat semblait soudainement être mis en pause, personne ne sachant quoi faire face à la menace que représentait Pandora. Le Major Luther et le Lieutenant Horowitz avaient discrètement attrapé quelques fumigènes, et Billy une des petites bombes à spores d’Elodie. Quesnay serrait une Ball en main. Ils attendaient le bon moment pour les balancer sur l’Infirmière sans que cela ne se retourne contre eux, et si possible avant qu’elle ne parvienne à étriper l’Ingénieure. Heureusement, celle-ci semblait être en train de reprendre l’avantage, le Kunai reculant, lentement mais surement.

Puis, comme pour briser le silence, de nouveaux bruits de pas retentirent dans les escaliers. Billy laissa échapper un juron et attrapa tant bien que mal son coutelas avec sa main blessée. Si une autre infirmière venait prêter main forte à Pandora, ils étaient finis. Mais ce n’était pas une femme qui s’avançait vers eux.

L’homme semblait plutôt âgé, le visage parsemé de rides sous ses lunettes. Ses cheveux gras étaient restés blond malgré le temps. Il portait des vêtements d’une blancheur immaculée, des chaussures aux gants, en passant par la veste. Même ses dents, qu’il exposait avec un large et désagréable sourire, étaient d’un blanc éclatant. Si aucun militaire ne semblait reconnaitre le vieillard, il en était autrement pour Elodie.

Cette dernière s’était subitement mise à trembler de tout son corps, ses dents claquant l’une contre l’autre de manière incontrôlable, comme en plein crise de panique. Les Kunai qui lui faisaient face eux aussi s’étaient mis à être pris de soubresaut, comme un cœur qui bat à la chamade.

- Elodie ?! s’écria Billy en voyant l’état de l’Ingénieure. Qu’est-ce que…
- Vy… Vyg… Vygotsky…
bégaya-t-elle, des larmes commençant à perler à ses yeux.
- Hé bien ? lança le vieillard. Ne serait-ce pas là la petite Elodie Ross ? Comment vas-tu ? Nous ne nous étions pas vus depuis la mort de tes parents, je crois ?

Il n’en fallut pas plus pour qu’Elodie perde soudainement son emprise sur les Kunai. Ceux-ci filèrent pour se planter à différents endroits du corps de l’Ingénieure qui cria de panique plus que de douleur. Elle recula en pleurnichant, ne voyant pas où elle allait à cause du sang chaud qui s’échappait de l’orbite de son œil gauche, transpercé par une des lames. Son bras droit était lui aussi marqué de plusieurs larges coupures et ses jambes avaient été mutilées, tranchant certains tendons et l’empêchant de tenir debout plus longtemps. Billy cria son nom en la réceptionnant, abandonnant la bombe et le coutelas par terre et sacrifiant son poignet blessé pour la rattraper. Elodie était en pleine crise de panique, la main gauche crispée sur son visage tandis qu’elle pleurait. Les autres militaires, qui ne comprenaient pas ce qu’il venait de se passer, regardaient la pauvre femme, désemparés.

- Que voilà un petit être fragile, lança le Dr Vygotsky avec entrain. Une expérience qui reste intéressante, néanmoins, mais qui ne mérite pas plus d’attention, désormais.
- Ta gueule !
cria Billy en relevant la tête, déformée par la haine. Elodie n’est pas une des tes foutues expériences !
- Bien sûr que si !
répliqua Vygotsky en élargissant le sourire. Une expérience qui consiste à abandonner le Programme pour la mettre dans un environnement différent, tout en lui faisant subir un traumatisme qui a encore des répercussions près de quarante ans après. Toutes. Toutes les Joëlle sont mes créations, quel que soit le chemin qu’elles ont emprunté, elles y ont toutes été forcées par MES décision. Je suis maitre du destin de chacune et des choix qu’elles pensent faire tout au long de leur vie, et ce, même si j’avais dû mourir !
- C’est faux !
renchérit Billy. Vous ne pouvez pas décider pour toutes ! Vous ne pouvez pas contrôler leurs vies, et encore moins la sienne !
- Voilà qui est touchant
, ricana le Docteur en penchant légèrement la tête. Mais dans ce cas, Mr le soldat, peut-être puis-je mettre un terme aux vôtres ?
- Quesnay !
cria soudain Luther.

Le soldat ainsi appelé n’attendit pas plus longtemps et lança sa Ball, invoquant son Steelix dans la salle. Le Pokémon gigantesque faisait désormais barrage entre les militaires et Pandora. Le géant grogna en approchant son museau de l’Infirmière, qui dût reculer en attrapant le Dr avec elle pour le mettre en sécurité. Profitant de la distraction, ils rappelèrent leurs Pokémon et le Lieutenant Horowitz aida Billy à soulever Elodie. Puis, sans attendre, ils suivirent le Major Luther qui courait vers les escaliers du cinquième étage, Brecht et Doyle sur les talons. Quesnay, lui, était resté pour ralentir l’Infirmière avec son Pokémon. Le sol même de la salle menaçait de s’écrouler sous le poids du Steelix.

Toujours prise de panique, Elodie ressentait de plus en plus la douleur physique la déchirer. Elle ne pouvait s’empêcher de crier et le fait qu’elle ne puisse plus bouger sa jambe gauche la terrifiait. Mais moins que cette angoissante présence, celle de ce monstre qui hantait ses pires cauchemars depuis l’âge de ses huit ans. Le groupe continuait d’avancer, oubliant toute prudence. La situation virait au fiasco, mais ils pouvaient peut-être encore trouver une échappatoire, voir continuer le sabotage.

___________________________________________


Depuis qu’il avait été arrêté dans cette même ville d’Illumis qu’il assiégeait en ce moment-même, le Professeur Xanthin vouait une haine sans limite envers Isaac Holley. Ce petit informaticien de pacotille l’avait roulé dans la farine, exploitant l’une des rares failles de sa plus belle invention. Ce sale opportuniste l’avait humilié et défiguré. Encore aujourd’hui, il avait mal à la mâchoire de temps en temps, à l’endroit exact ou son Terhal s’était jeté sur lui. Il avait d’ailleurs dû remplacer l’une ou l’autre dent.

Mais ce n’était pas tout. Après avoir été sorti de prison par le Professeur Higgs, il avait appris que ce diable d’Holley s’était approprié ses recherches. Il utilisait pour ses missions une combinaison similaire à celle qu’il testait alors dans la Ville Lumière. Surement l’avait-il modifiée au passage, l’améliorant sur divers aspects. Mais, aux yeux du Professeur Xanthin, il s’agissait ni plus ni moins que d’un vol éhonté.

Cependant, Xanthin n’était pas en reste. Depuis qu’il avait retrouvé sa liberté, le Professeur Higgs lui avait offert tous les moyens nécessaires pour poursuivre ses recherches. Il avait donc lui aussi eu l’occasion de perfectionner les Combinaisons Booster, améliorant leurs performances et leurs capacités. Et aujourd’hui une centaine de dresseurs était équipée du résultat de son génie pour faire tomber l’ensemble de l’Etat de Kalos !

Ces nouvelles combinaisons n’avaient plus rien à voir avec la version de base qu’il testait à l’époque sur la jeune Millie. Elles étaient maintenant beaucoup plus résistantes et amélioraient d’autant plus les capacités physiques et réflexes des porteurs. Elles étaient aussi légèrement plus légères et la méthode pour en prendre le contrôle à distance avait été revu, en particulier à cause de ce qu’il s’était produit, 17 ans plus tôt. Maintenant, il donnait ses ordres directement via une machine, un centre de contrôle qu’il occupait avant qu’Isaac n’arrive. Mais surtout, l’autonomie des combinaisons avait été revue à la hausse, intégrant des IA plus performantes à qui il pouvait librement donner le contrôle du dresseur. Et, au pire des cas, un système de sécurité pouvait rendre les commandes aux porteurs, mais il n’y avait aucune raison de l’utiliser. Ses hommes étaient en pilotage automatique et la marche à suivre n’était pas bien compliquée. Le Professeur Xanthin avait donc tout le loisir de donner à cet insolent intrus la leçon qu’il méritait.

- Tu pensais pouvoir mettre la pagaille, comme la dernière fois, pas vrai ? demanda Xanthin avec un rictus en s’avançant vers lui.
- C’était mon objectif de base, répliqua l’homme sous la combinaison. Je peux aussi te refaire le portrait si tu veux, comme au bon vieux t…

Xanthin ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase. Il s’élança avec une vitesse prodigieuse vers lui et le percuta d’un puissant coup de poing au visage, qui le propulsa contre le fond de la pièce, près de la porte par laquelle il était entré. Le Professeur Higgs l’avait prévenu qu’on risquait de lui envoyer cet informaticien prétentieux. Et, s’il ne s’attendait pas à le voir si vite, l’ancien membre de la Team Flare s’était tout de même équipé en vue de cet affrontement. Aussi portait-il sur lui une de ses propres combinaisons Booster, de la meilleure qualité et avec toutes les options possibles. Son chef d’œuvre. Il avait tout simplement activé le camouflage de celle-ci pour lui donner une apparence tout-à-fait normale, cachant ainsi le fait de la porter. Ainsi, et malgré son âge, il était amplement capable de rivaliser avec n’importe quel autre porteur de combinaison, et d’écraser n’importe qui d’autre n’en portant pas. Il sourit en voyant son adversaire se relever péniblement, imaginant son air ahuri sous son casque.

- Pas mal, non ? lança-t-il avec une expression narquoise. Je dois t’avouer que ça me fait un bien fou ! Ça me démangeait depuis le temps.
- Ouais, bof,
répliqua la voix d’Isaac une fois debout. Il en faudra d’autres pour…

A nouveau, Xanthin profita de sa prise de parole pour attaquer. Mais cette fois-ci, sa cible parvint à parer son attaque et même à répliquer d’un coup de jambe. Mais la protection de sa combinaison amortit le choc pourtant amplifié et lui-même l’imita, l’obligeant à sauter par au-dessus dans une pirouette presque acrobatique. Il était encore en vol que le Professeur prit appuie par terre pour s’élancer à son tour, un peu plus haut, concentrant toute l’énergie de sa combinaison dans son bras droit pour s’en servir comme d’un marteau et écraser son ennemi vers le sol. Heureusement pour ce dernier, il évita de justesse l’attaque et recula rapidement, voyant au passage que le sol était maintenant fissuré là où le poing de Xanthin avait finalement frappé. Puis, sans attendre, il se lança lui aussi à l’attaque, bien décidé à ne plus laisser le Professeur mener ce combat.

Les mouvements de chacun étaient rapides et difficiles à décrire. Tout spectateur qui aurait le malheur d’entrer dans la pièce aurait eu une grande difficulté à suivre les combats, tant chacun était véloce. L’agilité des deux adversaires leur permettait d’esquiver les coups trop puissants, et seuls les coups faibles mais rapides parvenaient à atteindre leur cible, tout en risquant une contre-attaque à tout instant. La combinaison du Professeur Xanthin, cependant, semblait être particulièrement robuste, malgré que son porteur soit aussi bien plus âgé que son adversaire.

Soudain, comme pour offrir une pause aux deux combattants, les portes s’ouvrirent à la volée, et un nouvel homme en combinaison entra, suivi d’un Dodrio et d’un Métang. Xanthin s’arrêta immédiatement en apercevant ce dernier, reconnaissant ce fichu Pokémon à qui il devait une mâchoire brisée. L’autre portait une de ses propres combinaisons, mais il ne s’agissait certainement pas d’un de ses hommes, en vue du comportement des Pokémon. C’était donc surement le partenaire d’Isaac dans cette mission, un quelconque gradé de l’Armée qui n’était surement pas encore habitué à utiliser sa combinaison.

- Colonel ! s’écria son adversaire, qui s’était lui aussi arrêté dans ses mouvements. Vous tombez à pic.
- Ouais, j’ai dû me… me débarrasser des autres …. avant, désolé pour mon… mon retard…
, bafouilla le nouvel arrivant, comme s’il avait du mal à respirer.
- Colonel ? s’étonna la voix d’Isaac.

Xanthin, qui l’avait un instant perdu, récupéra soudain son sourire narquois. La combinaison était abimée par endroit et, vu comme il parlait, ce militaire était certainement bien blessé. C’est qu’il avait dû affronter seul tous ses hommes du Dirigeable. Qu’il en soit sorti vainqueur était une grosse surprise, mais il fallait surement le mettre sur le compte de son entrainement militaire et de l’inexpérience de ses propres hommes, qui n’étaient pas pour rien restés dans le dirigeable. Mais même s’il était sorti gagnant, il était bien blessé, tout comme le Dodrio qui, malgré son air assassin, saignait abondement à ses trois têtes. D’ailleurs, il ne fallut pas longtemps avant que le soldat ne s’écroule, s’étalant de tout son long par terre.

- Colonel ! cria la voix paniquée d’Isaac derrière lui.
- Huhuhu… ricana Xanthin en se détournant de lui. Hé bien ? C’est ça, tes renforts, Holley ? C’est pitoyable.

Puis, soudain, son adversaire se jeta sur lui. Cette fois-ci, Xanthin ne fut pas assez rapide, et reçut le coup de plein fouet, reculant de quelques mètres. Mais s’il en avait eu le souffle coupé quelques secondes, sa combinaison avait largement amorti l’impact. Et le combat recommença rapidement entre les deux porteurs de Combinaison. Lorsque les deux Pokémon voulurent se mêler du combat, Xanthin invoqua rapidement les siens, un Nostenfer et un Sepiatroce, pour les occuper. Ce mouvement lui couta quelques coups au niveau des bras, le forçant de plus en plus à reculer. Xanthin comprit alors que son adversaire tentait de l’acculer contre un mur. Il tenta une fois de sauter par-dessus lui, sans succès, puis feinta pour passer sur les côtés. Mais à chaque fois son rival lui barrait la route et le poussait de plus en plus. Puis, comme il n’avait pas envie de finir contre un mur, il dévia plutôt pour se diriger vers la porte.

Lorsqu’enfin il se situa contre celle-ci, il laissa son adversaire lui asséner l’un ou l’autre coup afin de défoncer l’entrée de la pièce d’un coup de pied pour ensuite la traverser et se retrouver dans la grande pièce qui précédait. Dans celle-ci, il y avait de nombreux corps de Pokémon et de dresseurs par terre, inanimés. Mais Xanthin n’en avait que faire. Comme son opposant s’engouffrait à son tour dans la salle, il en profita pour le pousser contre un mur proche. Il retournait ainsi la situation. Ce n’était plus lui qui se retrouvait coincé contre un mur mais bien ce diable d’Isaac. Ainsi gêné dans ses mouvements, il ne pouvait plus aussi bien riposter et parer les attaques, et Xanthin en profita pour le rouer de coups, sans s’arrêter, prenant un malin plaisir à le faire souffrir. Il entendait des grognements et des cris étouffés sous le casque, ce qui lui procurait une immense satisfaction. Même s’il était équipé d’une combinaison, autant de coups ne pouvaient pas laisser indifférent, et la capacité d’amortissement devrait bien finir par baisser.

Après s’en être donné à cœur joie, Xanthin s’arrêta, épuisé, pour reprendre son souffle. Son équipement avait beau faire de lui un surhomme, il n’en restait pas moins fatigué par les efforts. Mais cela valait aussi pour cet opportuniste d’Holley, qui n’était plus de première jeunesse. Il ricana en voyant le corps de son adversaire assis par terre, la tête cachée par le casque penchée sur le côté. Enfin, il avait eu sa revanche ! Ce petit effronté avait fini par plié sous son génie. C’était lui qui avait fabriqué la meilleur Combinaison Booster, et il l’avait prouvé lors de ce combat.

Il poussa un soupir de soulagement puis regarda autour de lui. Tous ses hommes étaient KO, mais ce n’était pas bien grave. Il avait su gérer l’intrusion et allait maintenant pouvoir se concentrer plus en détail sur la destruction d’Illumis. Il allait retourner dans son centre de commande quand, soudain, son Nosfenfer traversa l’ouverture, poussé par ce qui devait être une attaque Hydrocanon, avant de retomber inerte au sol.

Xanthin s’arrêta alors subitement. Que son Pokémon soit vaincu n’était pas tant un problème. Mais ni Métang ni Dodrio n’étaient capables d’utiliser une telle attaque. Alors d’où venait-elle ? Pris soudain d’un doute, il se précipita à l’intérieur et poussa une exclamation de surprise devant la scène qui s’offrait à lui.

Sepiatroce aussi avait été mis hors combat, et un Amonistar s’était ajouté à Dodrio et Métang. Les trois Pokémon s’interposaient entre le Professeur et l’homme qui, quelques minutes avant, s’était écroulé par terre. Mais en ce moment, ce dernier était assis à son centre de commande et pianotait sur les touches avec une vitesse effarante, parfaitement conscient.

- Ha, vous revoilà ? lui lança la voix d’Isaac depuis son propre siège. Ça tombe bien, j’ai quasiment terminé.
- Qu’est-ce … Holley ?
s’exclama Xanthin avec un mouvement de recul, effaré. Mais… Je viens de vous tabasser à l’instant !
- Ha non, désolé, c’était le Colonel
, lui répondit Isaac d’une voix amusée. Décidément, mon modificateur de voix est vachement efficace contre vous.

Xanthin serra les poings, saisi par la colère. Sa mâchoire lui faisait à nouveau mal, autant à cause de ses souvenirs qui surgissaient que parce qu’il se mordait les lèvres à sang sous la haine. Comment avait-il put tomber une seconde fois dans ce piège ! Il n’avait pas été assez vigilent et cet enfoiré d’Isaac l’avait de nouveau berné pour l’éloigner de son centre de commande.

- Petit emmerdeur ! cria Xanthin avant de s’élancer rapidement vers lui, esquivant sans souci les trois Pokémon qui tentèrent de lui barrer la route.

Il allait lui asséner un violent uppercut en plein visage quand, vif comme l’éclair, Isaac pivota sur son siège et, avec ses bras croisé, dévia son bras vers le haut, l’empêchant de le toucher. Puis, sans prévenir, prenant appuie au sol, il se releva et poussa Xanthin en arrière avec une force qui surprit le septuagénaire. Il allait retomber en arrière, essayant tant bien que mal de se redresser, qu’un coup de jambe surpuissant le balaya vers la droite. Il retomba contre ses propres machines, brisant en partie ces dernières. Mais il se releva bien vite, aveuglé par la haine, pour repartir à l’assaut.

Isaac s’était maintenant éloigné du poste de commande et, sans gêne, provoquait Xanthin à venir l’attaquer, avec des gestes grossiers. L’intention du Professeur ainsi détournée, il ne vit pas sur son écran que l’ensemble de ses hommes se dirigeait maintenant vers la Place rose, comme l’avait ordonné Isaac pendant qu’il s’attaquait au Colonel Von Stradonitz.

_________________________________________


Le Général Nobel était à l’écart des affrontements, observant ses radars avec une pointe d’excitation. Enfin leurs adversaires filaient-ils tous vers la zone prévue. Cela signifiait que le plan de Mr Holley était une totale réussite. Il était temps, car, selon le Major Byron, ils avaient perdu beaucoup d’équipement et d’hommes jusqu’ici. Il avait bien failli sonner la retraite plusieurs fois en entendant à quel point ses hommes succombaient. Mais sa patience allait enfin pouvoir payer.

Ils allaient pouvoir se débarrasser de tous les dresseurs sous combinaison Booster d’un seul coup. Et cela n’allait leur coûté que quelques tonnes d’explosifs, disposés par ses soins dans toute la Place Rose. De quoi les accueillir de la manière la plus retentissante qui soit. Et une fois cela terminée, ils allaient pouvoir reprendre l’avantage des combats.

__________________________________________


Isaac était toujours aux prises avec le Professeur Xanthin, esquivant tant bien que mal ses assauts répétés et puissants. La colère qui l’avait saisi en se sentant à nouveau berné semblait l’avoir rendu plus fort, mais aussi moins réfléchi. Il s’attaquait à Isaac sans se soucier des coups qu’il recevait lui-même, que ce soit de la part de l’informaticien ou des Pokémon. Heureusement, sous sa propre combinaison, Isaac restait calme et parvenait à réduire au maximum les dégâts subis.

Subitement, une alarme se déclencha, provoquant un bruit aigu et très désagréable. Xanthin s’arrêta en plein mouvement, comme figé d’effroi. Pour la première fois, il se détourna de sa cible et se précipita vers son centre de commande. En voyant que les signaux de toutes ses combinaisons étaient en train de s’éteindre les uns après les autres, il poussa une série de jurons et se mit à pianoter sur son grand clavier de manière paniquée.

- Non, non, non, NON ! s’écria-t-il en brisant l’écran d’un coup de poing. Comment… Comment est-ce que…
- C’est pas si compliqué
, lança Isaac. J’ai juste eu à modifier les directives de vos hommes. Ils se sont tous dirigés vers un endroit bourré d’explosifs. Tu connais la suite, je crois.
- Espèce de petite enflure…
siffla Xanthin, effondré sur son centre de commande. Mon chef d’œuvre… des années de recherches… évanouie en un instant…

Isaac ne lui répondit pas. Il était discrètement en train de se diriger vers la sortie. Subitement, criant de rage, le Professeur Xanthin se releva pour foncer sur Isaac. Mais cette fois, Metang s’interposa et tenta de l’intercepter. Cependant, même s’il parvint à attraper ses deux bras, le Pokémon fut repoussé en arrière et Isaac esquiva le choc de justesse. Ainsi bloqué par le Pokémon, le Professeur eut tout juste le temps d’adresser un dernier regard de haine à Isaac avant de se prendre un violent coup de la tête. Fatigué par les efforts et par sa frustration, Xanthin finit par s’écrouler par terre, assommé une bonne fois pour toute. L’air méfiant, Isaac se rapprocha prudemment puis lui retira son casque. Voyant qu’il ne représentait plus une menace, l’informaticien soupira de soulagement. La mission était un succès.

Isaac remercia les Pokémon, rappela les siens et se dirigea avec Dodrio pour voir l’état du Colonel. Celui-ci commençait tout juste à remuer à nouveau.

- Alors, gémit-il avec sa propre voix cette fois-ci. J’ai été comment ?
- Formidable, Colonel
, assura Isaac en retirant son casque, lui adressant un sourire. Vous l’avez bien berné.
- Ma maman a toujours dit que j’étais un bon acteur,
répliqua le militaire essayant de se relever maladroitement.
- Je vais vous aider, lança Isaac en le soutenant par les épaules. Vous pourrez faire le trajet de retour ?
- T’inquiète, va, je ferai ça même dans mon sommeil
, plaisanta-t-il d’une voix fatiguée mais assurée.

Et c’est ainsi que, abandonnant le Dirigeable du Professeur Xanthin sans personne de conscient pour le piloter, Isaac Holley et le Colonel Von Stradonitz repartirent rejoindre les forces du Général Nobel, ayant réussi à accomplir une mission capitale pour la défense de l’Etat de Kalos.

Posté à 23h33 le 15/05/18

Le Moment de la Rage (3/4)



Suite à un manque de carburant, Stephen avait été forcé d’atterrir en bordure de la Forêt de Jade. Le trio avait alors abandonné l’hélicoptère volé derrière eux, loin des sentiers habituels, à l’écart de la civilisation. Les lieux étaient particulièrement calmes, sans la moindre présence humaine, hormis eux trois. Malgré l’âge avancé d’Aldebert et de Stephen, ils commencèrent alors à marcher en direction d’Argenta. Selon Kate, c’était vers cette ville que semblait se déplacer le Dirigeable du Professeur Higgs. Durant le trajet, aucun des trois hommes ne prit la parole. Stephen était toujours d’une humeur massacrante, tandis que Patrick paraissait plutôt stressé à l’idée de courir vers leur ennemi sans équipement approprié. Aldebert enfin, au contraire, semblait plutôt perdu dans ses pensées, observant le paysage d’un regard distrait et manquant plusieurs fois de trébucher. Stephen en vint même à se demander si le Professeur Caul n’avait pas pris une dose de spores pour se donner du courage, mais si c’était le cas, il avait dû être très discret. Mais comme il ne Lui parlait pas, il chassa cette idée de ses pensées.

Finalement, Patrick s’arrêta, le visage blême, pointant son doigt devant lui. Ils apercevaient enfin Argenta. Ou plutôt, ce qu’il en restait. La ville était en feu, les flammes ravageant les bâtiments sans en épargner aucun. Les maisons s’écroulaient dans de grands fracas qu’ils entendaient déjà depuis quelques centaines de mètres. Dans le ciel, recouvrant la ville de son ombre écrasante, un gigantesque Dirigeable flottait presque tranquillement, larguant par moment l’une ou l’autre bombe. Mais le plus effrayant restait les innombrables Genesect, qui voltigeaient tout autour de l’aéronef géant, tel un essaim d’abeilles protégeant leur Reine gigantesque. Ainsi enveloppé de cette aura vivante, dont s’échappait parfois un Pokémon pour prendre quelqu’un en chasse, ce véhicule était sans conteste l’un des pires cauchemars des 5 Etats. Une telle menace que l’Armée n’avait, pour le moment, aucune idée de comment faire pour l’abattre sans perdre un nombre colossale d’hommes et de matériel dans la bataille. Tout cela dans le seul but de vaincre un seul homme. Car c’était bien dans cette machine infernale que se trouvait, toujours selon Kate, le leader des forces ennemies. Le Professeur Oscha Higgs.

Son dirigeable pointait dans leur direction. De toute évidence, il allait survoler la forêt pour se diriger vers Jadielle, cette ville où Aldebert et lui s’étaient rencontrés pour la première fois. Et, très certainement, elle allait subir le même sort que sa voisine Argenta, tout comme Azuria avant. Puis ce serait le tour de Bourg-Palette, à moins qu’il ne se dirige vers le Mont Argenté et Johto. Mais Aldebert était bien décidé à l’en empêcher.

Cependant, si sa détermination restait sans faille, la vue de la ville en feu et à sang et de l’Essaim de Genesect l’avait un peu refroidi. Le vieillard déglutit en observant minutieusement le paysage. Il entendait son ami écrivain grogner à côté de lui. Ce dernier observait comment les Pokémon robotiques fonçaient dans les quelques derniers habitants qui tentaient désespérément de fuir. Ils tiraient sans arrêt, jusqu’à toucher leur cible, puis partaient l’achever de leurs griffes si elle avait survécu à l’impact. Ils ne comptaient laisser aucun survivant derrière eux.

- Bon… qu’est-ce qu’on fait ? demanda Patrick, pas très rassuré, en posant les mains sur le haut de son bassin. C’est … C’est quoi le plan maintenant ?
- J’ai comme dans l’idée que le plan est un peu compromis
, ronchonna Stephen.
- Attendez… vous ne pensiez quand même pas courir bêtement dans le tas et entrer dans le dirigeable ? protesta l’Informaticien en écarquillant les yeux, offusqué. Vous avez écouté quand Kate nous a fait son rapport ?!
- Oui bah, on pensait pas que ce serait à ce point-là !
répliqua sèchement l’écrivain en détournant le regard.
- Je vais l’attendre ici, dit alors simplement Aldebert dans un souffle, sans les regarder.
- Je te demande pardon ? s’exclama Stephen avec de grands yeux. Al’, c’est hors de question, ces créatures vont te tuer en l’espace de quelques secondes !
- Elles ne le feront pas
, affirma Caul, l’attention toujours posée sur Argenta. C’est lui qui les dirige, qui les a conçus. Il ne voudra pas me tuer. Pas avant de m’avoir parlé.
- Professeur Caul, outre tout le respect que je vous dois, nous parlons de l’enfoiré qui menace toute la population humaine !
s’écria Patrick Stearns, l’air récalcitrant. Vous allez vous faire tailler en pièce !
- C’est surement ce qu’il fera, à terme, effectivement
, répondit Aldebert en se mordant les lèvres, loin d’être enchanté à l’idée évoquée. Mais je connais Higgs. Je sais qu’il voudra me parler avant de me tuer. Et c’est à ce moment-là que je pourrai en profiter.
- Mais enfin, Al’, c’est insensé !
s’écria Stephen avec de grands gestes. Nous sommes venus ensemble, on va bien trouver une autre solut…

Il s’interrompit soudainement. Des Genesect venaient de s’éloigner du dirigeable qui avait soudainement accéléré dans leur direction. Et ces Pokémon, s’ils semblaient rester à une certaine distance du véhicule, se déplaçait inéluctablement vers eux.

Laissant s’échapper une exclamation paniquée, Patrick fit un pas en arrière, l’air effrayé. L’écrivain, lui aussi, avait tronqué son air grognon pour marquer sa soudaine inquiétude. Même s’il était persuadé qu’ils ne lui feraient aucun mal, Aldebert n’était pas très rassuré et hésita l’espace de quelques secondes. Puis il poussa un grand soupir et se retourna vers ses deux amis.

- Qu’est-ce que vous attendez ? s’écria-t-il, énervé. Courrez ! Ils n’ont aucune raison de vous épargner, vous !
- Al’…
- PARTEZ !
leur ordonna le vieux scientifique en hurlant.

Il n’en fallut pas plus pour que Patrick fasse volte-face, obéissant au Professeur Caul sans rechigner. Stephen Shelley, par contre, resta quelques secondes sur place, pris au dépourvu. Il n’avait aucune envie d’abandonner son dernier ami, pas après la perte de Dorothéa. Mais, au fond de lui, il avait une confiance sans borne en Aldebert. Si celui-ci affirmait qu’il ne lui serait rien fait, alors, il devait lui obéir. Serrant les poings, le vieil écrivain imita son cadet et, malgré le poids des années, boosté par l’adrénaline, il se mit à courir aussi bien que son corps le lui permettait.

Stephen ne cessait de jeter des coups d’œil en arrière. Aldebert n’était déjà plus qu’une silhouette dont les Genesect se rapprochaient dangereusement. Il ne pourrait pas voir ce qu’il lui arriverait cependant, et il devait se concentrer sur sa propre fuite. Devant lui, Stearns avait quelques dizaines de mètres d’avance, et il sentait que son âge ne jouait pas en sa faveur. Décidant qu’il avait trop couru, il s’arrêta quelques secondes, le temps d’invoquer son Ursaring. L’immense Pokémon, qui était bien plus grand que ses congénères, l’attrapa dans ses bras et leur escapade se poursuivit sous les encouragements de l’écrivain. Il ne fallut pas longtemps pour que la Bête de Vestigion ne rattrape Patrick qui, inspiré, en appela à son propre Airmure.

Les deux Pokémon filaient vers l’hélicoptère, qui restait à l’écart de la forêt. Si le dirigeable se contentait de traverser l’étendue d’arbres, alors ils pouvaient espérer y être à l’abri. Cependant, des bruits derrière eux attirèrent bien vite leur attention. Deux Genesect s’étaient lancés à leur poursuite. Ils filaient à une vitesse ahurissante, bien plus grande que celle d’Ursaring ou Airmure, et gagnaient du terrain de seconde en seconde. Soudain, l’un d’eux tira un puissant coup de TechnoBuster, percutant Ursaring dans le dos. Le Pokémon chancela, mais parvint à éviter la chute et, malgré la douleur, continua sa course.

- Et merde, cria Stephen, qui avait bien cru qu’il allait finir écrasé sous le poids de son Pokémon. Ça va, Ursaring ?
- Je crois qu’ils ralentissent !
s’écria Patrick, pas loin de lui, avec une expression réjouie.
- Vraiment ?

L’écrivain se risqua à sortir la tête pour regarder derrière lui. Leurs poursuivants étaient toujours visibles, mais ils paraissaient effectivement s’enrayer dans leur course, jusqu’au moment où ils freinèrent subitement, comme pour éviter de passer outre un certain périmètre invisible. L’écrivain poussa un rire de soulagement, rassuré de voir la menace abandonner si vite après avoir failli tout de même y laisser la vie.

- Ils ont dû être programmés pour ne pas s’éloigner de trop loin du Dirigeable, lança Patrick. On va pouvoir se mettre à l’abr…

Soudain, un faisceau de lumière vive caractéristique des TechnoBuster des Genesect illumina la vision de Stephen. Le tir frappa de plein fouet Airmure et son maitre, qui poussèrent des cris mêlant surprise et douleur. Puis le corps de Patrick retomba par terre, ses membres formant des angles improbables, visiblement inconscient. Son Pokémon s’écrasa de la même manière peu de temps après, à quelques mètres. Effaré, Stephen cria le nom de l’informaticien et ordonna à son Pokémon de s’arrêter. Ils devaient l’emmener avec eux ! Ils devaient le sauver ! Mais Ursaring refusa, faisant la sourde oreille, malgré les protestations de l’écrivain. S’arrêter maintenant était bien trop dangereux, d’autant qu’ils n’étaient pas assez éloignés pour éviter les tirs des opposants. Et puis, en vue de l’horrible douleur qu’il avait lui-même encaissée, il était certainement trop tard pour le pauvre Patrick.

Shelley hurla encore quelques fois le nom de l’informaticien, son regard fixé sur son cadavre, priant pour qu’il finisse par se relever, tentant vainement de s’extirper des bras d’Ursaring, qui le maintenait sans céder. Mais le corps ne bougea pas d’un centimètre. Il resta par terre et, tout comme Aldebert, finit par disparaitre de son champ de vision. Alors, à nouveau, Stephen Shelley sentit une énorme détresse s’emparer de lui. Il avait côtoyé l’informaticien tous les jours pendant trois ans, s’était lié d’amitié avec lui. Ils étaient devenus complices, malgré leurs disputes sur des sujets stupides. Et qu’en était-il d’Aldebert ? Lui aussi avait disparu de sa vue. Mais lui, pourrait-il un jour le revoir … ?

_____________________________________


L’équipe du Major Luther continuait d’avancer dans la Tour Radio. Cependant, s’ils avaient tout fait pour rester discrets au départ, ils avançaient maintenant d’un pas pressé. Ils avaient laissé derrière eux Quesnay et son Steelix, afin de retarder le Dr Vygotsky et Pandora. Elodie était dans un état alarmant. Pleurnichant toujours, elle était soutenue par Billy et le soldat Doyle. Sa jambe gauche refusait d’obéir aux ordres de son cerveau, et la présence du psychologue à l’étage du dessous continuait de la perturber. Le Major Campbell était particulièrement inquiet. Il ne cessait de lui parler pour essayer de la rassurer.

Arrivés au cinquième étage, le Major Luther avait tout de même ordonné aux Pokémon encore en forme de s’en prendre aux différentes machines. A la base, ils étaient juste censés les saboter pour pouvoir s’en servir eux même s’ils reprenaient la ville. Mais en vue de la situation actuelle, les plans se devaient de changer. Elodie était incapable de saboter quoique ce soit dans son état. Alors, quitte à être venus jusqu’ici pour mourir, autant provoquer un maximum de dégâts pour délivrer l’Etat de Jotho du piratage radio, quitte à attirer tout le monde vers eux. De toute façon, Quesnay et son Steelix faisaient un tel raffut plus bas qu’ils pouvaient tout de même passer inaperçus, avec un peu de chance. Ainsi Noarfang, Arbok, Lougaroc et même Métamorph se donnèrent à cœur joie de détruire rapidement les engins de communication présents. Derrière eux, le Smogo du Lieutenant Horowitz lançait à intervalle régulier un coup de Brouillard, afin de rendre la progression de leurs poursuivants plus difficile.

Le cinquième étage était le plus haut de la Tour Radio. Il allait maintenant falloir redescendre rapidement. D’autres escaliers donnaient sur le quatrième étage, mais à une partie qui n’avait pas encore reçu leur visite et qui était inaccessible directement depuis l’endroit d’où ils venaient. Ils pourraient ensuite redescendre jusqu’au rez-de-chaussée et espérer s’enfuir. Mais une telle perspective restait, cependant, très peu plausible.

Dans la tête du Major Luther, c’était bien simple. Ils allaient tous mourir ici. Il estimait leurs chances de survie inférieure à un pourcent. Il aurait pu abandonner, se laisser tuer, ou même s’enfuir sur le dos de son Noarfang. Mais ce n’était pas le genre du militaire, ni d’aucun de ses hommes d’ailleurs. De plus, il savait que d’autres machines se trouvaient encore au quatrième et même au troisième. Alors, autant tenter le tout pour le tout.

Faisant signe à son équipe de le suivre à travers le cinquième, il leur lança des encouragements. Ce n’était pas grand-chose, mais il n’y avait pas rien d’autre à faire. Il désignait les machines qui lui paraissaient suspectes afin que les Pokémon ou les militaires qui avaient les bras libres s’en chargent. L’opération sabotage était devenue l’opération « tout casser ». Une simplicité qui faisait du bien et permettait à Brecht et Horowitz de se défouler un peu après la perte de plusieurs camarades.

Arrivés devant l’escalier, il envoya rapidement Noarfang en éclaireur et pressa les autres à s’engouffrer dedans. Voyant que l’Ingénieure était toujours en larme, il déglutit.

- Major Campbell, lança-t-il à Billy d’une voix embarrassée. Comment va-t-elle ?
- A votre avis ?
répliqua-t-il sèchement. Elle n’arrive plus à bouger la jambe, et elle saigne de partout, ça vous donne un indice ?
- Peut-être… Peut-être devriez-vous …
commença Luther, l’air gêné en baissant sa tête parsemée de bandages.
- Vous vous foutez de moi ? s’écria le Major Campbell, indigné. Je ne l’abandonnerai pas dans cette merde !
- Vous m’avez mal compris… Avec votre Métamorph, vous pouvez peut-être tenter de vous enfuir tous les deux. Dans cet état, vous n’êtes plus utiles pour la mission et …


Il s’apprêtait à ajouter qu’ils risquaient même de les ralentir tout en empêchant Doyle d’aider les autres, mais il s’arrêta à temps. Il n’était pas toujours bon d’être trop franc, surtout quand la situation était à la panique générale. Néanmoins, cet instant d’hésitation suffit à Billy pour qu’il comprenne où il voulait en venir. Il adressa un signe à Doyle, et celui-ci l’aida à placer Elodie sur le dos du Major Campbell, ses bras autour de son cou. Celle-ci continuait d’haleter en sanglotant. Son porteur adressa alors un regard de défis à son confrère et dégagea le passage pour fermer la marche.

- Ne vous souciez plus de nous deux, lança-t-il, l’air bougon. On vous suit, mais n’essayez pas de nous sauver si on était en danger. Souciez-vous plutôt de votre équipe.

Luther resta quelques secondes à fixer le Major Campbell puis, prenant Doyle par l’épaule, il commença à dévaler les escaliers pour rejoindre son Lieutenant et le soldat Brecht. Plus lent et d’un pas plus prudent, Campbell et Ross suivaient. Luther n’avait aucune envie de les abandonner, même s’ils ne les avaient rencontrés qu’aujourd’hui. Leur complicité et l’inquiétude du Major pour cette femme le touchaient, lui qui pourtant était un militaire endurci. Mais malgré tout, son pessimisme face aux aboutissements de la mission restait plus fort que le reste.

Arrivés à la seconde partie du quatrième, à peu près à la moitié de la première salle, trois dresseurs qui étaient manifestement à leur recherche ouvrirent la porte. Sans prendre le temps de leur parler, le Lieutenant Horowitz, qui était devant, ordonna à Smogo d’expulser du Brouillard dans toute la pièce. Puis, sans hésitation, le Major Luther fit quelques pas en arrière pour pousser le Major Campbell sur le côté, là où s’étaient rapidement réfugiés le reste des soldats, entrainés à une telle manœuvre. Tout comme plus haut, ils profitèrent de différentes machines pour se cacher derrière si bien que, lorsqu’un Togekiss balaya le Brouillard en agitant ses ailes, ils avaient tous disparus des yeux de leurs ennemis.

Les trois dresseurs, étonnés, poussèrent des jurons en ne voyant pas leurs cibles, tournant la tête dans tous les sens. Malheureusement, le bruit des hoquets d’Elodie trahit rapidement leur position et ils entendaient depuis leur cachette le pas lourd d‘un Pokémon se rapprocher d’eux en grognant. Noarfang s’en échappa et attaqua ce dernier par surprise au niveau du visage, enfonçant ses serres dans ses yeux. Sa victime, un Mackogneur, cria de douleur en essayant avec ses quatre bras d’attraper son agresseur, en vain. Noarfang fit alors exprès de faire du bruit afin d’attirer vers lui le Pokémon en colère, malgré les protestations de son propriétaire.

Brecht et Doyle profitèrent alors de la distraction du Pokémon du Major pour envoyer Lougaroc et un Cochignon pour combattre le Togekiss. Mais c’est un Démolosse qui les arrêta, soufflant sur eux un jet de flammes brûlantes. Le Pokémon Vol, quant à lui, fonçait vers leur cachette pour s’en prendre aux militaires directement, mais Smogo et Arbok l’interceptèrent à temps et un combat entre eux trois débuta.

La situation n’était pas encore trop ingérable. Les dresseurs étaient en infériorité numérique, et si leurs Pokémon semblaient plus puissants que les leurs, le Lieutenant et les soldats étaient sur le point de se jeter sur eux avec leurs couteaux de combat, afin d’arrêter au plus vite l’affrontement. De plus, ils profitaient même de la colère du Mackogneur aveugle pour détruire des machines, puisque Noarfang y attirait le Pokémon qui frappait au hasard. Mais ce qui inquiétait vraiment le Major Luther, c’était le temps, dont ils manquaient cruellement. Des renforts pouvaient surgir à tout moment, et s’il s’agissait d’Infirmières, c’en serait fini pour eux. De plus, depuis quelques secondes, il n’entendait plus de bruit provenant de la première partie de l’étage. Ce qui signifiait certainement que l’Infirmière de tout à l’heure n’était peut-être plus occupée…

Billy, voyant les soldats préparer leur coup, déposa calmement le corps d’Elodie contre une des machines.

- Elodie, susurra-t-il d’un ton bienveillant en attrapant son visage dans ses deux mains. Ecoute-moi… je vais revenir dans un instant, ça va aller… je dois les aider pour qu’on s’en sorte vivants, mais je te promets qu’on va s’en tirer !

L’Ingénieure continuait de larmoyer, hoquetant sans cesse, mais elle acquiesça malgré tout une fois que le Major eut terminé de parler. Avec le sang qui recouvrait presque tout son visage, elle était incapable de voir autour d’elle. Seule la voix de Billy la maintenait dans la réalité et l’empêchait de plonger dans ses idées noires. Rassuré de la voir réagir, Billy attrapa son dernier coutelas de sa main valide et se dirigea vers les trois soldats. Il écouta brièvement le plan du Lieutenant et ils comptèrent jusque trois avant de l’exécuter.

Smogo expulsa à nouveau son Brouillard, surprenant le Togekiss qui s’était attendu à un jet de poison. La distraction permis en outre à Arbok de le piéger dans ses anneaux. Mais surtout, une fois la pièce à nouveau plongée dans la brume, les trois Militaires sortirent de leur cachette. Alors que Doyle et Brecht attaquaient le Démolosse aux jambes avec leurs armes blanches, afin de le déstabiliser et permettre à leurs Pokémon de l’achever, le Lieutenant Horrowitz assomma un à un les dresseurs en les frappant à la nuque, après s’être glissé derrière eux. Billy, enfin, dû plonger sa lame dans le dos du Mackogneur dissident. Cela ne lui plaisait pas, et il savait qu’Elodie aurait désapprouvé, mais il s’agissait du dernier obstacle à leur fuite de cet étage.

Aussitôt, Noarfang secoua ses ailes à son tour. Une fois la visibilité retrouvée, Brecht et Horowitz se jetèrent vers la sortie, suivie de leurs Pokémon. Le Major Luther, lui, était resté près d’Elodie, comme pour veiller sur elle, et Billy se dirigeait vers eux pour la reprendre sur ses épaules. Doyle, quant à lui, était aussi resté en retrait, apparemment inquiet pour l’Ingénieure. Mais quand il vit le corps de Brecht passer à côté de lui avec Smogo, une barre de fer les transperçant de part en part, il poussa un cri d’horreur et tomba à la renverse. Alertés par le bruit, Luther et Campbell détournèrent le regard et furent saisis d’effroi.

Cette fois, ce n’était plus une infirmière, ni même trois. Elles devaient bien être une dizaine, peut-être plus. Elles avaient toutes le même regard froid et sans émotion, les bras le long du corps, droite comme des I. Devant cet attroupement, une seule d’entre-elle occupait le premier rang. Les militaires la reconnurent immédiatement, puisque un grand nombre de Kunai voltigeaient autour d’elle, tels des papillons aux ailes tranchantes.

- L’expérience s’arrête ici ! s’exclama la voix du Dr Vygotsky, qui s’avança de derrière elles, les clones s’écartant sur son passage jusqu’à ce qu’il arrive à la hauteur de Pandora. Vous ne pourrez plus fuir, maintenant.

Toujours à terre, claquant des dents sans parvenir à s’en empêcher, le soldat Doyle se servait de se bras pour reculer un peu, comme dans un dernier espoir. Le Lieutenant Horowitz, lui, était juste en face d’elles, toujours debout mais incapable de bouger. C’était comme s’il faisait face à la mort elle-même. Il avait beau réfléchir, il ne voyait aucune issue à sa situation, même avec l’aide de Cochignon ou Lougaroc. Le Major Luther, lui, soupira en se mordant les lèvres à sang. Il savait depuis déjà un moment qu’ils étaient condamnés et leur fin n’avait jamais été aussi proche qu’en ce moment. Il serrait les poings en regardant Elodie. Celle-ci s’était mise à trembler de plus en plus en entendant la voix du Docteur. Il avait beau n’avoir aucune idée de ce que cet homme lui avait fait, il ne pouvait que compatir.

Billy, enfin, avait du mal à maitriser sa colère. Il tenait encore fermement son coutelas dans sa main gauche. Il n’avait qu’une envie, égorger cette ordure qui avait fait tant de mal à Elodie. Mais il savait qu’en cet instant, cela relèverait plutôt du suicide. D’ailleurs, le moindre de ses gestes risquait d’entrainer sa perte. Il était fichu. Ils étaient tous fichus. Mais il n’avait pas pour autant envie d’abandonner.

- Vous savez quoi ? lança-t-il soudainement d’une voix forte. Vous disiez tantôt qu’Elodie était une de vos inventions. Mais c’est entièrement faux.
- Tu remets en doute mes compétences et celles du Programme que j’ai conçu ?
lança le vieillard, un rictus sur le visage. Mais es-tu aveugle ? Ces femmes qui vont causer votre mort à tous sont toutes issues de mes travaux. Elles sont le fruit de tous mes efforts, mon œuvre pour la cause de Dieu ! Le dernier visage de l’homme sur Terre. Les femmes les plus puissantes du monde !
- C’est faux
, s’exclama le Major Campbell. Elodie est plus forte qu’elles.
- Petit insolent !
lança le Dr sans perdre son sourire éclatant. Ta pauvre amie a quitté mon Programme. Comment pourrait-elle être plus puissante ? Si elle a été capable de rivaliser tout à l’heure avec la Charité, c’est uniquement grâce à ses prédispositions et à l’adrénaline !
- Non
, souffla Billy. C’est parce qu’elle a eu une vie différente. Une vie à l’écart de vous. Une vie où elle a pu faire ce qu’elle voulait. Une vie où elle a été aimée par ses proches.
- Ho, comme c’est touchant
, répliqua Vygotsky en élargissant son sourire. Et donc, cela expliquerait sa force, selon toi ? Quelle idée stupide ! Tu ne comprends rien !

Luther, depuis sa cachette, écoutait les paroles du Major Campbell avec attention. Les deux hommes continuaient de causer. Après tout, autant profiter de ces derniers instants. Mais il remarqua soudainement qu’Elodie, à côté de lui, semblait s’être calmée. Elle respirait avec calme et sérénité. Des larmes continuaient de couler, dégageant un peu de sang sur leur passage. On aurait dit que les mots de Billy étaient en train de soigner sa panique. Fronçant les sourcils, le Major accorda un regard à son Noarfang. Ils étaient partenaires depuis longtemps, et le Pokémon comprit immédiatement ce qu’il avait en tête. Aussi Luther se plaça discrètement devant le corps de l’Ingénieure, lui demandant à voix basse d’attraper son cou, ce qu’elle fit. Il fit signe au Métamorph d’imiter sa dresseuse, et il se joignit à eux. Puis, après une grande inspiration, il se leva et jeta son dernier fumigène vers le Dr Vygotsky

Ce dernier s’interrompit dans son discours et fut poussé en retrait par Pandora. Décidant d’en finir, Horowitz poussa un cri de guerre et chargea vers le groupe des infirmières avec les derniers Pokémon en état de se battre. Pendant ce temps, Doyle se releva et courut rejoindre les deux Majors. Il aida Elodie à se cramponner à Billy plutôt qu’à Luther puis donna des directives à son Lougaroc, laissant son supérieur s’exprimer. Par rapport aux dernières minutes, l’Ingénieure semblait presque calme maintenant.

- Faites ce qu’on a dit, Major ! s’exclama-t-il. C’est votre seule chance.
- On peut pas vous abandonner ici…
rechigna Billy, le visage crispé, en s’assurant qu’Elodie était bien maintenue, gardant toujours son coutelas en main.
- Je suis le chef de la mission, et celle-ci reste une réussite malgré la perte de l’équipe, répondit-il. Et je décide que notre nouvelle mission est de vous permettre de fuir ! Vous avez raison, votre amie est puissante ! Elle pourrait changer le cours de cette guerre ! Alors fuyez tant qu’il en est temps, on assure votre sécurité un maximum.

Billy déglutit puis, l’air décidé, hocha la tête. Enfin, sans plus attendre, il se mit à courir vers l’entrée qu’ils avaient passée quelques minutes avant. Doyle et Luther se dressaient désormais entre eux et les infirmières. Le Lieutenant poussa un juron en voyant, une fois la fumée dissipée, que le Lieutenant Horowitz avait perdu la tête. Littéralement. Celle-ci roulait par terre tandis que le reste du corps gisait dans une flaque de sang. A cette vue, il vit que le soldat Doyle faisait un pas en arrière, l’air paniqué. Des lames volaient dans tous les sens, et les derniers Pokémon s’effondraient les uns après les autres. Même Arbok, trop fatigué par ces derniers jours, venait de tomber.

En voyant que les deux derniers militaires faisaient barrage de leur corps entre eux et les deux fuyards, Vygotsky éclata d’un rire particulièrement désagréable avant de s’arrêter soudainement.

- Pandora, dit-il dans un murmure. Montre leur à quel point ils sont… inutiles !

Les Kunai qui voltigeaient tombèrent immédiatement par terre, dans un grand fracas. Tout d’abord, Luther et Doyle crurent y voir des signes encourageants, mais comme l’Infirmière de devant semblait se concentrer, ils eurent un petit mouvement de recul, méfiants. Billy, lui, n’avait pas entendu la phrase du Dr Vygostky. Il était trop concentré sur la sauvegarde d’Elodie. Il avait presque atteint la porte, et avec l’aide de Métamoph, ils pourraient tenter de fuir par la voie des airs. Mais alors qu’il se pensait en sécurité, il sentit soudain son corps se soulever de quelques centimètres au-dessus du sol. Ainsi figé en l’air, il poussa un juron et tenta de résister pour garder la maitrise de son corps. Cependant, son bras gauche, tremblant légèrement sous les efforts de Billy et maintenant toujours fermement le coutelas, était en train de se plier dangereusement. Puis, soudain, il se sentit obligé de se poignardé lui-même au ventre.

Sa propre lame traversa ses intestins et l’emprise de l’infirmière cessa immédiatement. Il retomba lourdement, incapable de retenir le corps d’Elodie qui tomba à côté de lui, poussant un cri de surprise et de douleur. Billy, pourtant, ne disait rien. Il avait le souffle coupé par la blessure et du sang lui remontait l’œsophage avant qu’il ne le crache. Il tenta tant bien que mal de se relever, l’esprit étourdi, puis finit par trouver une position assise où la douleur se montrait moins forte. Il faisait son possible pour respirer, mais il sentait ses forces l’abandonner de plus en plus.

A côté, rampant avec ses bras, Elodie essaya de se rapprocher de lui en laissant s’échapper des plaintes sous l’effort et la douleur. Avec le sang qu’elle avait toujours sur le visage, elle n’arrivait toujours pas à voir autour d’elle. Le Métamorph, sur le côté, avait une mine toute triste en regardant les deux humains.

- Qu-Qu’est… Qu’est-ce qui… se passe … Billy ? parvint enfin à prononcer l’Ingénieure, avec de gros efforts, en se rapprochant tant que possible du Major. Pou… Pourquoi t’es… T’es tombé… ?

Le Major ne lui répondit pas de suite. A quelques mètres d’eux, Luther et Doyle avaient une expression effarée. Ils étaient prêts à se sacrifier pour leur permettre de fuir. Mais le Dr Vygotsky avait raison. C’était inutile. Faire barrage de leur corps ne suffisait pas face à l’ampleur des pouvoirs de la Charité. Les deux hommes serraient les poings. Allaient-ils donc mourir pour rien ? En face d’eux, Vygotsky était secoué d’un rire cruel, le sourire carnassier aux dents blanches. Elodie était de plus en plus inquiète par le manque de réponse de son ami. Puis, soudain, elle sentit les mains de ce dernier attraper son visage par l’arrière pour le rapprocher de lui. Ne sachant pas que Pandora pouvait prendre possession de son corps, la jeune femme n’hésita pas à se laisser faire. Mais de toute façon, Billy agissait de son plein gré. Et, quand elle fut enfin assez proche, il rassembla ses dernières forces pour l’embrasser.

Elodie, surprise, prit quelques secondes avant de réaliser. L’heure n’était pourtant pas aux manifestations d’amour. Pourtant, elle lui rendit son baiser et, quand celui-ci s’interrompit, elle recula de quelques centimètres, serrant fort l’autre main de Billy dans les siennes.

- Haha… Tu sais que j’ai le poignet cassé… dit Billy dans un souffle, le sourire aux lèvres.
- Ho ! s’exclama-t-elle soudain en lâchant prise. Dé… déso…
- Non, ne me lâche pas…
gémit Billy en rattrapant ses mains. Je me sens encore vivant comme ça… encore quelques instants…

Ces derniers mots firent l’effet d’une bombe dans l’esprit d’Elodie. Elle ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Puis, tout en gardant une main autour de celle de Billy, elle utilisa l’autre pour dégager le sang qui troublait sa vue. L’image qu’elle avait restait floue, mais elle put enfin voir le visage de Billy qui lui souriait tendrement. Lorsqu’elle vit le coutelas encore plongé dans son bas-ventre et le sang qui s’en échappait, elle eut un nouveau hoquet incontrôlable. Elle sentit à nouveau des larmes couler et elle poussa une plainte comparable à celle d’un animal sur le point de mourir.

- Non, ne sois pas triste… murmura Billy en lui caressant la joue avec son autre main. J’ai eu une belle vie, grâce à toi… Tu es mon rayon de soleil. Tu dois… Tu dois sortir d’ici vivante… Promets-moi que tu y arriveras…
- Je… Je … Je peux pas …
sanglota-t-elle, son corps pris de violents soubresauts. Tu …Tu peux pas … Pas maintenant…
- Y a pourtant pas meilleur moment
, répondit-il en fermant les yeux, toujours souriant. Comme ça… Je t’aurai vu … Une dernière fois…

En sentant le poignet qu’elle tenait dans une main retomber piteusement, telle une vulgaire poupée de chiffon, Elodie tenta maladroitement de la rattraper pour la serrer dans ses deux mains, balbutiant quelques mots sous la panique. Mais le Major Campbell ne réagit pas. Si un sourire plein de tendresse restait imprimé sur son visage, il n’en était pas moins mort. Réalisant la situation, Elodie poussa un grand hurlement de désespoir et elle serra contre sa poitrine le corps de Billy, criant son nom comme si cela allait le ramener à la vie.

- Putain de merde ! jura le Major Luther en voyant la scène, la main crispée cachant son visage défait.
- Le Major Campbell aussi… prononça le soldat Doyle en baissant les épaules, l’air déconfit.
- Comme vous tous ! clama le Dr Vygotsky en écartant les bras. L’humanité est dépassée. Il est temps de faire table rase et de laisser les Nouvelles Générations l’emporter. Vous étiez tous condamnés dès le départ. Vous n’aviez aucune chance ! Et cette expérience misérable… n’en avait pas plus.

Elodie cessa subitement de crier, et même de bouger. Luther crut un instant qu’elle était désormais sous l’emprise de la Charité comme Billy juste avant. Mais il l’entendait tenter de reprendre une respiration normale, comme si elle tentait de se calmer. Pourtant, son corps tout entier tremblotait.

- J’ai brisé son esprit, et maintenant, son cœur ! ironisa le vieillard d’un air sadique. Mais au moins, j’aurai fait de très intéressantes observations ! Décidément, elle reste un sujet d’expérience passionnant, malgré tout !
- Ta gueule.


Le sourire du Dr Vygotsky disparut soudainement quand il entendit la voix d’Elodie. Elle avait parlé fort, d’un ton assuré et, surtout, colérique. Son corps, à l’autre bout de la pièce, continuait d’être secoué par des tremblements, mais elle semblait tout de même reprendre peu à peu conscience d’elle-même. Luther et Doyle, eux aussi, paraissaient surpris par la réaction d’Elodie. Ils pensaient que la mort du Major Campbell l’aurait achevée. Mais apparemment, ce n’était pas le cas.

- Hé bien ? reprit Vygotsky, une fois la surprise passée, en récupérant son sourire. On se ressaisit ? C’est dommage, mais c’est trop tard !
- La ferme !
cria Elodie en se relevant soudain pour lui faire face, son corps flottant à quelques centimètres du sol pour empêcher sa jambe blessée de toucher le sol.

Le visage d’Elodie était sans équivoque. Elle était secouée par la colère et la haine. Elle serrait les poings et avait repris contenance pour utiliser ses pouvoirs psychiques. Elle s’en servit d’ailleurs pour écarter subitement le Major Luther et le soldat Doyle, les poussant vers un coin de la salle sans qu’ils puissent réagir. Elle adressait maintenant au Dr Vygotsky un regard assassin à faire pâlir n’importe qui. Même Métamorph, derrière, semblait effrayé. Pourtant, le vieillard conservait son sourire, qui s’était même élargi.

- Voyez-vous ça ? ricana-t-il. Voilà qui devient … fascinant ! Une si belle expérience…
- JE NE SUIS PAS UNE EXPERIENCE !
cria Elodie en s’élançant soudain vers lui, soulevant avec ses pouvoirs plusieurs débris de machines qui se trouvaient éparpillés dans la pièce, ainsi que les armes que les soldats avaient abandonnés.

Pandora se dressa immédiatement pour barrer la route à Elodie, soulevant ses Kunai pour qu’ils se dressent vers elle. Les autres infirmières, pendant ce temps, faisaient reculer leur concepteur pour qu’il se trouve à l’abri, puis elles parurent se concentrer pour aider Pandora à riposter.

Mais, si elles se trouvaient en bien grand nombre et qu’elles s’aidaient mutuellement, aucune d’entre-elle ne parvint à arrêter les projectiles d’Elodie qui les frappèrent violement, allant jusqu’à les transpercer par endroit. Même les Kunai furent secoués dans tous les sens avant de se retourner subitement contre Pandora, qui fut percée de toute part. Chaque objet, chaque débris repartait à l’attaque une fois qu’il avait touché une cible. Et la violence des coups augmentait au fur et à mesure qu’Elodie se rapprochait, enragée. Une fois arrivée à la hauteur de Pandora, elle l’attrapa par la gorge et la souleva pour la cogner violemment au plafond, frottant son visage dessus pour lui provoquer un maximum de douleur. Toute infirmière qui se relevait et tentait d’intervenir se voyait subir le même sort, sans les mains d’Elodie. Puis, renforçant sa propre poigne, elle fit éclater le cou de Pandora entre ses doigts comme s’il s’agissait d’un fruit trop mûr et elle balança les restes contre les autres avant de continuer son massacre.

A l’écart, Luther et Doyle ne parvenaient pas à quitter le spectacle des yeux, malgré le sang et les scènes qui risquaient fort de les hanter pour la suite de leur vie. C’était plus qu’un massacre, une véritable boucherie ! La rage aveuglait Elodie et amplifiait ses pouvoirs si bien qu’elle était parvenue à surclasser largement l’ensemble de la Charité. Doyle en avait des haut-le-cœur, et Luther, pour la première fois, comprit véritablement le sens du mot « peur ».

En retrait, les mains derrière le dos, le Dr Vygotsky observait lui aussi le spectacle. Au contraire des militaires, cependant, il semblait plutôt l’apprécier. Il conservait cet immortel sourire de dents impeccablement blanches et on pouvait presque l’entendre ricaner.

Puis, quand la dernière infirmière fut achevée, Elodie se tourna vers lui. Pour la première fois, son veston blanc était tâché de rouge. Il avait été éclaboussé par les effusions de ses « expériences ». La haine était toujours présente sur le visage d’Elodie tandis que celui-ci applaudissait.

- Formidable ! lança-t-il, enthousiaste. Vraiment, formidable !

Les yeux d’Elodie s’écarquillèrent soudain et le corps du Professeur fut littéralement démembrer. A distance, elle lui arracha les deux bras et les deux jambes. Seule sa tête restait attachée à son tronc. Cependant, le vieil homme se contenta d’éclater de rire, bien que crispant un peu le visage sous la douleur. Elodie remarqua bien vite que, parmi les membres qu’elle venait de sectionner, il y avait une prothèse d’un bras et d’une jambe, ainsi qu’une main de métal. Des substituts destinés à permettre au Docteur de rester performant malgré son âge. En temps normal, Elodie aurait certainement souhaité examiner cela de plus prêt. Mais en ce moment, la seule envie qui la tiraillait était celle du meurtre.

- Alors, c’est ça ? lança-t-elle avec dégout. Vous n’étiez pas entièrement un homme, c’est rassurant…
- Bien sûr que si !
cria Vygotsky de son plus grand sourire. Ma conscience et mon esprit sont restés les mêmes, même après mes opérations ! Et si celles-ci m’ont permis de vivre assez longtemps pour vivre cet instant, je n’ai pas de regret à avoir !
- Dans ce cas, c’est ta tête que je vais démolir,
lança Elodie en serrant les poings, tout en faisant virevolter un Kunai devant son visage.
- Qu’importe ! clama Vygostky avec une certaine béatitude. Puisque je vais mourir en sachant que j’ai réalisé mon objectif ! J’ai créé la créature la plus puissante sur Terre ! Tu es mon chef d’œuvre ! Tu …

Il ne termina jamais sa phrase. Le Kunai pénétra son crâne si rapidement s’il resortit par l’autre côté et alla se planter dans le mur. Tout comme Billy, il affichait cependant toujours un sourire, mais bien plus désagréable. Elodie, dégoutée, projeta le reste du corps plus loin puis se retourna vers les deux militaires. Ces deux ci avaient du mal à tenir sur leurs jambes, tant ils tremblaient de peur. Ils ne savaient pas si Elodie était encore aveuglée par la rage ou s’ils ne risquaient plus rien.

- Si l’un de vous pouvait… porter Billy… lança-t-elle après quelques secondes de silence en baissant la tête. Je … Je m’occupe des autres et de sécuriser le chemin…

Luther poussa un soupir de soulagement et acquiesça. Lui et Doyle partirent soulever le cadavre du Major tandis que ceux du Lieutenant et du soldat tombé avant lui furent élevés dans les airs par Elodie. Puis, sans que celle-ci ne leur adresse de regard, ils avancèrent, prêts à quitter cette Tour de malheur. En vie.

Posté à 23h38 le 15/05/18

Le Moment de la Rage (4/4)



La Colonelle Irène Klein était l’une des rares femmes à être parvenues si haut dans l’Armée mondiale. Si rien ne l’avait jamais interdit, les militaires étaient, pour la plupart, des hommes. On retrouvait cependant de temps à autre quelques grandes figures féminines au sein de l’Armée, et Irène comptait bien en faire partie un jour, visant le grade de Générale. Une grande ambition, qui lui avait toujours permis de saisir les occasions, sans hésitation. En cette journée, elle s’était illustrée pour avoir tenu avec ses hommes face à plusieurs dresseurs en combinaison, parvenant à les retarder assez longtemps et à limiter la casse le temps que le plan du Général Nobel n’aboutisse enfin. Elle avait été blessée au bras, mais s’était elle-même enroulé ce dernier dans des bandages après l’avoir désinfecté avec une bouteille d’alcool qu’elle avait trouvée dans les restes d’un café.

Les dégâts étaient lourds, très lourds. La rue Méridionale était sans-dessus-dessous, et l’Avenue Thermidor complètement dévastée. Mais cela aurait largement pu être pire. Brillante tacticienne, elle était parvenue à maintenir ses positions pour empêcher les ennemis de déborder. Le Major Byron, d’ordinaire sous ses ordres, avait été soulagé de la voir revenir en vie. Elle était restée plus longtemps que ce qu’ils n’avaient prévu et les différents messages d’autres unités militaires laissaient sous-entendre le pire. Mais finalement, Irène Klein ne s’en sortait pas trop mal.
Elle était en train de descendre en toute hâte au premier étage de la Tour Prismatique. Elle revenait à l’instant du bureau du Ministre Descartes. Le Général Nobel lui avait demandé de faire un rapport de la situation au Premier, mais elle avait retrouvé ce dernier en train de picoler, avachi sur son bureau. Elle avait bien commencé à lui expliquer la situation, mais lorsque Descartes s’était exprimé, c’était uniquement pour lui faire une remarque déplacée. Elle lui avait alors frappé la tête contre son propre bureau avant de sortir de la pièce. Elle avait un rire nerveux à l’idée que le Général l’avait envoyée elle en pensant justement que s’il y allait lui, il risquait fort de le frapper. Mais elle n’avait pas non plus envie de raconter à Nobel ce qu’il s’était passé, préférant éviter les réprimandes qui risquaient bien vite d’arriver, maintenant...

Lorsqu’elle arriva dans la pièce où le Général avait dressé une carte de Kalos, elle remarqua immédiatement que le Colonel Von Stradonitz et l’informaticien venu de Kanto étaient de retour. Le Général était en train de les féliciter avec beaucoup d’enthousiasme. Elle soupira, se disant que c’était justement l‘occasion de ne parler de ce qu’il s’était passé en haut, puis les rejoignit.

- Les dirigeables ont fait demi-tour, lança le Général Nobel, enflammé. La perte de leurs hommes sous combinaison a dû les effrayer !
- Oui, enfin, il en reste encore un
, fit remarquer le Major Byron, qui, au contraire, semblait plutôt réservé.
- Oui, évidemment, c’est celui d’où vous veniez, concéda le militaire en se grattant la barbe. Je voulais être sûr que vous reveniez avant de lancer les manœuvres pour l’abattre. Il est resté en vol stationnaire depuis pas mal de temps, je suppose que le pilote n’était pas capable de le faire bouger ?
- A vrai dire, il n’y avait pas de pilote
, répondit Isaac, soudain intrigué. On en a croisé aucun, ni aucun module de commande, je crois…
- Mais de toute manière, on n’en a laissé aucun de capable de manier l’engin !
s’exclama Von Stradonitz sous le ton de la plaisanterie.
- Et bien, nous allons réfléchir à ce que nous allons faire, maintenant que les forces ennemies reculent, continua le Général. Mr Holley, pour votre implication dans le sauvetage de la Région et au nom de toute l’Armée, je vous remercie !

Il serra la main de l’informaticien, qui regretta vite d’avoir retiré sa combinaison, tant il avait de la poigne. Isaac adressa néanmoins un sourire aux militaires et à tous ses officiers présents. Quelques-uns affichaient certes une mine grave, comme le Major Byron, mais d’autres paraissaient plus optimistes que jamais.

- Si le Colonel Von Stradonitz n’est pas trop blessé, peut-être pourra-t-il vous ramener à Hesse et Cornell ? lança le Général au Chef de la Brigade Aérienne.
- Mais oui, ça va, répondit ce dernier avec un grand sourire qui lui causa tout de même une vilaine douleur à la mâchoire. Je pourrai faire encore des heures de trajets sur Roucarnage, et le tout, avec des pirouettes !
- D’ailleurs, le Colonel Cornell a essayé de nous contacter pour avoir de vos nouvelles
, se rappela soudain Nobel en claquant des doigts. Ça avait l’air assez urgent, surement a-t-il lui aussi besoin de votre précieuse aide !
- Ha,
s’exclama Isaac en perdant son sourire, pris d’un mauvais pressentiment. Vous pouvez l’appeler pour moi ?
- Bien sûr, Major Byron, lancez la communication avec Kanto pour Mr Holley.
- Bien, mon Général !


Même s’il avait l’air de ronchonner un peu, le Major s’exécuta sans protester. Il fit signe à l’informaticien de le suivre à une table où divers appareils de communications avaient été installés. Des téléphones sécurisés, spécialement conçus par l’Armée pour éviter d’être intercepté, et qui garantissaient une communication discrète, à moins d’être perturbée par des signaux trop puissants comme ceux de la Tour Radio de Doublonville. Un dispositif qui adoptait un design assez spécial, puisqu’il rappelait les vieux téléphones à roulette d’antan. Le Major introduisit le code d’entrée de ce téléphone via la roulette et lança l’appel en introduisant le code du téléphone de Kanto. Isaac le remercia, mais il n’eut pas de réponse du militaire qui s’éloignait déjà pour retourner vers les autres. Pour le Major, comme pour d’autres, les pertes à Illumis avaient été beaucoup trop grandes pour venir à bout d’une poignée d’hommes. Ils ne se rendaient pas encore compte à quel point cette victoire pouvait influencer la tournure des évènements. Mais Isaac ne lui en tenait pas rigueur. Il n’avait qu’une envie, c’était de rejoindre les autres.

- Ministre et Colonel Cornell, qui me demande ? lança une voix dans le combiné.
- Colonel, c’est moi, Isaac, répondit-il. Il y a quelque chose d’urgent pour moi ?
- Ha, Holley, vous allez bien !
s’exclama la voix légèrement déformée du Ministre. Le ciel soit loué, j’ai cru comprendre que votre mission était un succès ?
- Oui, le Général Nobel n’a plus besoin de moi
, répondit Isaac. Von Stradonitz va me ramener à Kanto, sauf si vous avez besoin de moi autre part… C’est bien pour ça que vous vouliez me parler, pas vrai ?
- Pas exactement,
répondit le Colonel Cornell après quelques secondes de silence. Isaac, écoutez-moi… Le Professeur Caul, Mr Shelley et Mr Stearns ont dérobé un hélicoptère de l’Armée.
- QUOI ?
s’exclama l’informaticien, attirant les regards des militaires vers lui. Mais … pourquoi ?
- Isaac, ce que je m’apprête à dire est censé rester secret et…
- Dites-moi juste où Al et les autres sont partis !
- … D’après l’Agent Beladonis, ils voulaient rejoindre le Dirigeable du Professeur Higgs, vers Argenta, afin de l’arrêter… Mais c’est du suicide, même l’Arm…


Isaac n’en attendait pas plus. Il venait de lâcher le combiné et se dirigeait vers la sortie, faisant signe à Von Stradonitz de le suivre. Le Colonel s’excusa auprès de ses collègues et le suivit, intrigués par sa mauvaise humeur manifeste. On aurait dit qu’il allait tuer quelqu’un. Le Général fit signe à ses officiers de les suivre, se disant qu’ils méritaient tous les deux un au-revoir digne de leur exploit, mais Isaac ne leur accordait déjà plus d’attention. Il aida le Colonel à grimper sur son Roucarnage et s’éleva vers le ciel sans attendre.

- Hé bien, quel curieux personnage, soupira le Général en se grattant la barbe. Au moins, grâce à lui, on peut lancer la riposte sans trop de crainte…
- Mon Général,
s’exclama la Colonelle Klein en pointant le ciel du doigt. Est-ce que je me trompe ou bien… est-ce que le dirigeable s’est remis en route ?
- Parbleu, mais vous avez raison…
répondit Nobel en plissant les yeux. Mais enfin, que fait-il… Il ne va quand même pas…

_________________________________________


A l’intérieur du Dirigeable, le Professeur Xanthin se relevait péniblement. Sa combinaison avait été diablement endommagée, il n’en avait pas pris assez soin lors de son combat final contre le vrai Holley. L’informaticien lui avait retiré son casque, mais il le laissa par terre, le temps de reprendre ses esprits. Autour de lui, une grosse partie de ses machines étaient endommagées. Son écran qui lui permettait de surveiller l’état de ses hommes n’affichait plus rien. Il soupira, démoralisé. Il avait encore perdu, et contre la même personne. Il y avait de quoi enrager.

Il fit quelques pas maladroit, se retenant de justesse de tomber. Quelque chose clochait. Le dirigeable s’était remis en route. Il avança prudemment jusqu’à une fenêtre pour observer ce qu’il se passait, afin de mieux comprendre la situation. Il eut un petit sourire en voyant qu’il survolait une ville en partie détruite. Les décombres étaient encore fumantes par endroit. Surtout de la place Rose, à vrai dire, et il eut un pincement au cœur en repensant que c’était là que ces créations avaient été détruites… Puis il redressa la tête et se figea, interdit. Quand il comprit que ce n’était pas une illusion ou un rêve, il fit un pas en arrière, l’air effrayé, laissant s’échapper un glapissement.

Il se dirigeait tout droit vers la tour Prismatique. Le choc que cela allait entrainer risquait de produire des étincelles, qui, à leur tour, provoqueraient l’embrasement et l’explosion du dirigeable. En d’autres termes, ils fonçaient droit vers la mort. Et il ne pouvait rien y faire. Le pilotage du Dirigeable se faisait à distance, depuis un unique centre de Commande qui déplaçait à sa guise tous les véhicules de guerre. Et la seule personne à y avoir accès, c’était le Professeur Higgs.

L’impact était pour dans quelques minutes, voir quelques secondes. Le Professeur Xanthin se mit à courir vers la piste de décollage. C’était son unique chance d’échapper au sort qu’on lui réservait, maintenant qu’il avait échoué à sa mission. Les larmes lui montaient aux yeux en repensant aux belles paroles du Professeur Higgs. Xanthin avait cru qu’il était un privilégié, l’un des puissants de cette Guerre. Et pourtant, il allait être sacrifié, comme un vulgaire Pion, pour prendre la vie du Ministre de Kalos.

Lorsqu’il atteignit la piste, son regard alla de gauche à droite, paniqué. Il ne savait pas ce qu’il cherchait, un parachute, un Pokémon, quelque chose. Quand, soudain, la déflagration qu’il redoutait le poussa en avant, l’obligeant à faire une chute de plus de 300 mètres. Même en portant sa combinaison, sa plus belle création, il ne pourrait survivre à un tel choc. Mais, de toute façon, le souffle de l’explosion l’avait déjà sonné à nouveau.

Le Premier Ministre Descarte n’eut pas le temps de voir le Dirigeable venir. Il se remettait à peine du coup donné par la Colonelle et s’épongeait le nez en sang avec des papiers officiels, toujours sous l’emprise de l’alcool, quand l’explosion l’emporta, détruisant au passage son bureau et entamant l’incendie de la Tour Prismatique.

- Ha, bha zut alors ! s’exclama le Général Nobel en cachant très mal son désintérêt quant à la mort du Premier. C’est vraiment pas de chance !

Le Major Byron le fusilla du regard. Mais quand il entendit la Colonelle prendre exactement le même ton, il lui adressa un regard surpris. Remarquant son étonnement, elle lui assura de tout lui expliquer plus tard. Pour elle, c’était la garantie de ne pas avoir de problème. Pouvait-elle vraiment se plaindre de cette mort ?

________________________________________


Le professeur Higgs poussa un grand soupir. Sur un écran, il venait d’assister au sacrifice d’un de ses dirigeables sur la Tour Prismatique. Ce n’était pas seulement la tête d’un Ministre qu’il venait de prendre, mais tout un symbole. Peut-être cela impacterait-il le moral des troupes ? Ses forces de Kalos en auraient grand besoin après cet échec du Professeur Xanthin. Il avait reposé beaucoup d’espoir quant aux performances des combinaisons Booster. Beaucoup de bruits et d’investissements pour pas grand-chose, au final. Il n’avait même pas pris la peine de rentrer en communication avec lui.

Pourtant, c’était une chose courante pour lui, d’habitude, d’adresser un dernier remerciement à ses collaborateurs. Après tout, même si cela avait été moins performant que prévu, Xanthin s’était donné corps et âme dans cette guerre. Dans d’autres circonstances, surement l’aurait-il appelé via un écran ou l’autre.
Mais voilà. En ce moment-même, à l’abri à l’intérieur de son propre dirigeable, le Professeur Higgs était assis dans son siège en cuir blanc, la tête reposant au-dessus de ses deux mains croisées. L’écran d’Illumis ne l’intéressait déjà plus. Ni aucune nouvelle de nulle part ailleurs. Seul lui importait ce vieil homme qui se tenait face à lui, debout, de l’autre côté d’une vitre supposée incassable. Ce vieillard qui le regardait avec un visage qui mêlait à la fois une certaine confiance en soi, mais aussi une vive colère.

- Je suis heureux de te revoir après tant d’années, lança finalement le Professeur Higgs pour rompre le silence. Mon très cher Aldebert…

Posté à 17h34 le 23/05/18

Le Dernier Moment



D'après Albert Einstein :
Nous aurons le destin que nous aurons mérité.


Déjà le théâtre de plusieurs affrontements, la Route 7, entre Celadopole et Safrania, s’apprêtait à vivre une nouvelle grande bataille. Depuis la ville, le Général Hesse avait commandé à tous ses hommes de se tenir prêts et de mettre à contribution la quasi-intégralité de leurs ressources en prévision de ce qui allait arriver. Ses éclaireurs lui avaient effectivement communiqué des informations très préoccupantes, comme quoi les dresseurs retranchés à Safrania étaient en route en grand nombre avec des milliers de Chimères et de Pokémon autour d’eux. Une véritable armée d’adversaires, là où auparavant ils n’avaient envoyé qu’une poignée d’individus à la fois.

Aussi, afin de les accueillir dignement, plus de dix-mille hommes et Pokémon avaient été postés, auxquels on ajoutait les pilotes de 150 M47 Pasteur, véhicules de guerre prêts à foncer dans le tas et à provoquer un maximum de dommages. Ils avaient aussi déployé une ligne de canon à obus, manœuvrés par quelques militaires, avec l’aide des citoyens volontaires. Enfin, en retrait, des ingénieurs et les derniers bénévoles civils attendaient, à l’abri, qu’on leur demande d’intervenir, que ce soit pour réparer en urgence des machines endommagées ou simplement sauver des soldats et Pokémon blessés.

A peine avaient-ils su que les forces de Red étaient en mouvement que le Général Hesse et ses officiers avaient réagi. Il ne fallait surtout pas leur laisser l’occasion d’entrer dans la ville, même si l’Opération Fouinette était déjà en grosse partie terminée à Celadopole. Cependant, et ils le savaient, ils avaient dû réagir dans l’urgence et ils craignaient d’avoir fait des erreurs stratégiques dans leurs positions. Mais ils n’avaient hélas plus beaucoup de temps pour changer quoi que ce soit.

En première ligne, aux côté de son Charkos, maintenant son épée à la manière d’une canne de la main gauche et observant l’horizon avec des jumelles de la main droites, le Général Hesse patientait. Les militaires s’étaient tout de suite mis en mouvements, sans rechigner ni protester, suivant à la lettre le protocole et la discipline qui faisaient la force de l’Armée. D’après les derniers messages de ses officiers, ils étaient fin prêts. Le Général ne pouvait cependant s’empêcher d’avoir une boule au ventre. Une partie des leurs étaient déjà blessés et certains n’avaient jamais combattu en situation réelle. Ils n’avaient que leur lourd et strict entrainement sur les épaules, pour affronter les Chimères, ces créatures tout droit sorties de leurs cauchemars, et les Pokémon tout aussi endurcis des dresseurs. Au moins pouvaient-ils compter sur leurs véhicules pour tirer leur épingle du jeu.

Plus loin, à la tête d’une autre troupe, le Colonel Cornell paraissait très inquiet. Mais ce n’était pas à la bataille à venir qu’il devait cet état. Il ne cessait de penser au Professeur Caul et à Mr Shelley. Ceux-ci s’étaient jetés dans la gueule du Grahyena sans hésitation, allant jusqu’à voler un hélicoptère. Il n’était pas sans nouvelle cependant, car Kate lui avait permis d’entrer en communication avec Stephen. L’écrivain lui avait alors appris qu’Aldebert était resté sans bouger devant les Genesect et que Patrick Stearns était décédé. Lui-même avait frôlé la mort, à l’entendre. De plus, selon eux, le dirigeable ne bougeait plus. Le Colonel ne savait qu’en penser. Le Professeur Caul était-il encore en vie ? Et quelle allait être la réaction d’Isaac, qui n’avait pas attendu toutes les explications pour courir les rejoindre. Et puis, il y avait le Major Campbell et mademoiselle Ross, dont il n’avait toujours aucune nouvelle. Devait-il les prévenir à leur tour, au risque de les voir risquer leur vie eux aussi ?

Son Talkie vibrant dans sa poche le rappela soudain à la réalité. Il soupira et l’attrapa pour mieux entendre. Saisissant ses propres jumelles, il observa ensuite l’horizon. Hesse ne mentait pas. Ils arrivaient.

Il balaya rapidement les adversaires du regard, afin d’avoir une vue d’ensemble. Ils étaient nombreux, très nombreux. Des milliers de Chimères et de Pokémon avançaient, prêts à en découdre. Mais ce qui étonnait Cornell, c’était l’absence de dresseurs. Il n’en voyait aucun en première ligne. Il grogna en comprenant que ces derniers laissaient faire le sale boulot à leurs partenaires. Surement étaient-ils tous en retrait. Puis, soudain, il lança un juron. Il venait de voir, au-dessus des troupes ennemies, le Pokémon violet que lui avait décrit le Major Campbell précédemment. Cette créature aux pouvoirs psychiques risquait de poser de gros problèmes à l’Armée. Des problèmes auxquels ils n’étaient pas nécessairement préparés.

Lorsqu’enfin ils furent à portée, le Général Hesse donna l’ordre de tirer les obus depuis les lignes de l’arrière. Les projectiles filèrent bruyamment, signal du début de combat. Si la plupart des bombes firent mouche, blessant et tuant les cibles dans un certain périmètre, une petite partie d’entre-elles furent stoppées en plein vol. Une partie des soldats qui s’étaient élancés vers les ennemis se figèrent soudain, poussés par ceux de derrière, comprenant ce qu’il se passait. Les obus pivotèrent avant de pointer vers eux et reprirent subitement leur course, explosant cette fois parmi les militaires. Constatant le fiasco de la manœuvre, et estimant que les pertes seraient trop conséquentes, le Général et une bonne partie des officiers contactèrent immédiatement les lignes arrières pour annuler tous les tirs prévus. Leur propre équipement se retournait contre eux. Certes, ils pouvaient provoquer plus de dégâts qu’ils n’en recevaient, Mewtwo ne pouvant pas tout bloquer. Mais les hauts gradés n’avaient aucune envie de sacrifier leurs hommes. Pas quand leurs ennemis disposaient de quoi soigner rapidement et totalement leurs blessés et pas eux, en tout cas.

Résigné, le Général Hesse brandit son épée devant lui et cria aux hommes qui l’entouraient de foncer. C’était encore la meilleure solution pour envisager le combat. Ainsi, marchant en rang d’oignon aux côtés de leurs propres Pokémon, les militaires s’avancèrent, leur arme en main, couverts par les tanks qui, malgré la présence écrasante de Mewtwo, restaient un atout sur lequel ils pouvaient compter.

Ainsi la bataille pour Celadopole s’engagea. Des Chimères particulièrement excitées se précipitaient vers les militaires, toutes griffes et crocs dehors, comme si elles n’avaient plus été nourries depuis des jours et qu’elles ne s’alimentaient que de chair humaine. Leurs proies pouvaient cependant compter sur leurs Pokémon pour les protéger et garder des distances avec elles, et ils n’hésitaient pas à frapper de leurs armes tranchantes si elles venaient à s’approcher de trop près. Les Pokémon des deux camps s’entrechoquaient sans cesse, enchainant les adversaires sans nécessairement en avoir terminé avec le précédent. Le tout était à la mêlée générale.

Les dresseurs, bien loin en retrait, assistaient aux affrontements presque confortablement. Certains d’entre eux avaient même pris de quoi grignoter pour observer le spectacle. Chacun d’eux disposait d’un Holokit spécial qui leur donnait une vision globale de leurs propres Pokémon et leur permettaient de leur donner des ordres. En effet, presque dissimulés dans le désordre de la bataille, des Pokémon plus petits et chétifs étaient équipés de caméras et suivaient l’un ou l’autre Pokémon qui leur avait été désigné. C’était ainsi que, sans risquer leur vie, les dresseurs pouvaient exploiter au maximum leurs talents de dressage dans cette guerre.

Red lui-même disposait de tout un équipement afin de garder un œil sur un grand nombre de ses protégés. En tant que dresseur de légende, il avait entrainé énormément de Pokémon en prévision de ce moment. Il assistait, l’air exalté, aux combats de ces derniers et riait avec un certain plaisir quand il les voyait tuer des militaires ou des Pokémon. Chaque meurtre était autant d’offrande faite à Dieu pour le Paradis à venir.

Pourtant, parmi les forces déployées aujourd’hui par le camp du Professeur Higgs, il y avait quelqu’un qui ne partageait pas la bonne humeur générale. Toujours à plusieurs mètres du sol, Mewtwo avait plutôt l’air songeur, observant la plupart des combats sans intervenir. Il ne faisait attention ni aux cris de guerre, ni aux hurlements de douleur, ni au vacarme des tirs de tank. Seuls les ordres de Red depuis son oreillette semblaient le faire sortir de sa torpeur, l’espace d’un instant, le temps qu’il pulvérise un véhicule ou l’autre par la simple force de son esprit ou qu’il tue quelques soldats gênants. Mais aussitôt sa mission était-elle remplie qu’il s’abandonnait à nouveau dans ses réflexions.
Sa rencontre avec la jeune fille qui affirmait ne pas être une infirmière le troublait encore, même deux jours plus tard. Il avait crû l’espace d’un instant avoir retrouvé cette jeune humaine, le seul contact qu’il avait alors qu’il était encore en développement dans sa cuve sur l’Ile Neuve. Avant même sa naissance, les deux clones avaient eu l’occasion de longuement discuter ensemble, dans le plus grand des secrets. La jeune fille avait hérité de la plupart des souvenirs de son original grâce à son père. Elle lui avait alors appris à quel point la vie pouvait être belle et comme elle avait hâte de vivre à nouveau. Et puis, un jour, sans raison, elle était morte. Lui-même avait été empoisonné. Mais il avait survécu avant d’être plongé dans le coma. Cependant, sa peine était encore là lorsqu’il avait enfin pu sortir de sa prison de verre. Et la colère avait tout emporté. Il s’était déchainé ce jour-là, criant sa colère contre la vie.

Par la suite, il avait vécu de nombreuses années en compagnie de Giovanni. Un homme qui s’était présenté à lui comme son seul ami, la seule personne avec laquelle il pourrait être bien. Finalement, ce n’était encore qu’une déception, car il avait fini par comprendre que ce qui intéressait Giovanni, c’était ses pouvoirs. Mais ayant appris à calmer ses pulsions, il s’était simplement enfuis.

Quelques temps plus tard, c’était le jeune Red qui l’avait découvert, reclus au fond de sa grotte. Le jeune homme était alors plein de vie e de compassion envers Mewtwo. Ils finirent par s’apprivoiser l’un et l’autre, puis par devenir partenaires, sans contrainte d’une Pokéball pour autant. Ils s’amusaient ensemble, se distrayant à l’abri du regard des autres. C’est au cours d’une belle après-midi passée avec le jeune homme et ses Pokémon que Mewtwo s’était sentit véritablement vivant pour la première fois, alors qu’ils étaient simplement couchés ensemble dans l’herbe à observer les nuages et à imaginer les formes de ceux-ci.

Red le présenta ensuite au professeur Higgs. Ce-dernier leur expliqua à tous les deux que Dieu les avaient choisis pour porter une mission sur leurs épaules. Ils étaient là pour rendre la Terre aux Pokémon et débarrasser la planète des êtres humains. Mais pour cela, il ne suffirait pas de foncer tête baissée. Ils devaient suivre les plans de Dieu et lui jurer fidélité. Ce que Mewtwo avait accepté, souhaitant aider son ami. Il avait alors grandi avec Red, l’accompagnant en secret dans différentes missions. Ils étaient plus que des partenaires, de véritables amis qui pouvaient compter les uns sur les autres. Mais au delà de ça, ils avaient de plus en plus de tâches à effectuer. Et le souvenir d’Amber s’était caché au plus profond de son cœur.

Mais aujourd’hui, le désir de vivre sa vie et d’en profiter s’était de nouveau manifestée. Cette femme, qui qu’elle soit, avait au moins cela en commun avec le clone défunt. Une volonté de vivre sans contrainte. Lui aussi l’avait longtemps ressentie avant de s’abandonner à ses responsabilités prévues par Dieu.

Mewtwo ne cessait d’y penser. Au départ, il s’était dit que, justement, à l’aube de ce nouveau Paradis, il n’allait plus tarder à pouvoir profiter de la vie pleinement. Mais à y réfléchir, était-ce vraiment la voie que Mewtwo désirait suivre ? La Paradis de Dieu allait lui confier de nouvelles tâches auxquelles il ne pourrait pas se défiler. De nouvelles responsabilités qu’il n’avait plus envie d’assumer. Tout ce qu’il voulait, c’était vivre à nouveau avec quelqu’un comme Red ou Amber, et se coucher avec eux dans l’herbe verte d’une plaine pour observer les nuages. Vivre en toute liberté, comme Amber lui avait promis et comme il l’avait découvert avec Red.

Mais aujourd’hui, alors que leurs efforts étaient sur le point d’aboutir, Mewtwo ne reconnaissait plus le jeune homme qui lui avait appris à vivre. Etait-ce l’effet du temps ? Où était l’adolescent, prodige parmi les dresseurs, qui prenait tant soin de ses partenaires ? Et comment était né cet homme qui riait à la vision des combats et des morts, qui ne prenait même pas le temps de pleurer la perte d’un de ses Pokémon et préférait se concentrer sur les affrontements des autres, tant que ceux-ci provoquaient de nouveaux décès ? Comment en était-il arrivé là ? Etait-ce là le mauvais aspect de l’être humain dont Higgs avait si souvent parlé qui se manifestaient chez lui aussi ? Dans ce cas, que devait-il faire ? Continuer d’obéir, afin de provoquer, comme prévu, l’extinction totale de l’humanité, Red compris ? Ou bien autre chose ?

La grande bataille durait déjà depuis plusieurs heures. Chaque camp avait subi de larges pertes et le sol était couvert de corps inanimés. Pourtant, personne n’abandonnait le champ de bataille. Le Général Hesse et ses officiers ne pouvaient pas abandonner sans signer la mort de tous les hommes présents, et les dresseurs voulaient plus que tout en finir avec Celadopole et, par extension, l’Armée à Kanto. Personne ne voulait lâcher le morceau. Et puis, quand bien même ils augmentaient la liste des blessés, il suffirait de quelques minutes à Dieu pour les remettre sur pied.

Puis, soudain, au son tonitruant des Brouhabam, les Chimères et les Pokémon commencèrent à fuir le champ de bataille. Mewtwo resta un instant le seul Pokémon présent avant de se retirer lentement. Les militaires, surpris, laissèrent éclater leur joie, pensant qu’ils avaient fini par l’emporter ! Mais le Général Hesse, plus méfiant, n’y croyait pas. Il réclama de suite un rapport des unités les plus avancées afin de savoir ce qu’il se tramait. Il attendait les informations quand le Colonel Cornell arriva vers lui. Ce dernier constata que son Supérieur avait les vêtements tâchés de sang, comme beaucoup d’autres soldats, mais il était impossible de dire s’il était gravement blessé. Lui-même avait reçu tout au plus des éraflures dues aux griffes des Chimères, mais il avait vu de nombreux soldats qu’il avait lui-même instruit être brûlés à mort par plusieurs Pokémon. Il n’y avait pas de trace du Charkoss du Général.

- Les hommes attendent le signal du repli, Général, lança-t-il avec sérieux. Je leur ai dit qu’il ne fallait pas nécessairement compter là-dessus…
- Ouais, j’y crois pas trop non plus
, lança-t-il, perplexe. Je soupçonne un sale coup de Red et des autres…

Ils restèrent quelques secondes sans bouger, silencieux, pendant que les militaires autour d’eux ramassaient du matériel, s’entraidaient pour déplacer des corps, ou repartaient simplement vers Celadopole avec allégresse. Ni le Général ni le Colonel n’avait envie de leur ordonner de rester sur place tant qu’ils n’étaient pas fixés. Après une si terrible bataille, tout le monde avait besoin de repos. Puis, enfin, le talkie vibra. Quand il vit le Général blêmir et déglutir bruyamment, Marcus poussa un grand soupir avant de lui adresser un regard interrogateur.

Pendant toute la durée de la bataille, alors que les dresseurs coordonnaient leurs Pokémon, d’autres hommes avaient préparé l’arme secrète de leur groupe. Une quantité phénoménale de Pokémon avait été préparée pour former un gigantesque troupeau de Pokémon. Parmi eux, on comptait surtout un très grand nombre de Tauros, mais aussi des Rhinocorne, des Frison, des Bourrinos, et bien d’autres encore. Il y avait là au minimum un million d’individus rassemblés. Et les dresseurs étaient tout simplement en train de les exciter au maximum, piégés sur place pour le moment. Mais une fois qu’ils seraient libérés, ils allaient foncer dans le tas, et tout détruire sur leur passage.

Aussitôt, Hesse ordonna à tout le monde de se replier et de s’écarter de la ville au plus vite. Le Troupeau allait agir comme un raz-de-marée vivant, impossible à arrêter. Celadopole était condamnée, quels que furent leurs efforts pour préserver la ville. Et s’ils tentaient de les arrêter, ils allaient tous finir piétinés. Même les Tanks seraient renversés par les puissants Pokémon du troupeau et seraient endommagés. Et pour les canons à obus, ils n’avaient tout simplement plus le temps de les déplacer. Hesse enrageait tellement qu’il balança bien loin son épée couverte de sang et hurla de rage.

- Général, calmez-vous, se risqua Cornell en se rapprochant de lui.
- Me calmer ? répéta-t-il avec ironie. Alors qu’on a perdu la bataille comme des cons ? On a perdu la moitié de nos hommes pour rien, et bientôt la ville avec ! Et en plus, nous aussi, on va crever, on pourra pas tous évacuer à temps ! Y a que ceux qui ont des Pokémon volants qui pourront s’en sortir, et encore…

Il donna un coup de pied sur le corps d’une Chimère qu’il avait lui-même tuée pour évacuer sa colère. Le Colonel soupira et attrapa son propre talkie-walkie après l’avoir réglé sur le bon canal.

- Mr Offenbach ? lança-t-il. C’est Cornell.
- Oui, oui, on sait, on est en train de se carap…
- Surtout restez sur place et écoutez mes instructions
, l’interrompit sèchement le Colonel.

_______________________________________


Le Troupeau venait à peine de commencer sa charge mortelle que Red éclata d’un rire gras en écartant grand les bras. Dans quelques instants, les Pokémon allaient détruire la ville de Celadopole, emportant avec eux une grosse partie de l’Armée, ceux qui n’auraient pas eu le temps de s’enfuir suffisamment vite. Mais les autres n’auront droit à aucun répit. Sans repère ou QG pour les abriter, ils seront traqués par les Chimères jusqu’au dernier. C’était avec cette ultime stratégie qu’ils allaient gagner la guerre dans la région de Kanto. Son seul regret était que les cris de peur et de douleur allaient être étouffés par celui des sabots des Pokémon.

Toujours en l’air, Mewtwo était le seul à ne pas avoir le regard pointé sur les mouvements du Troupeau. Il fixait Red durement, réfléchissant. Ce dernier ne l’avait pas remarqué, cependant, bien trop obnubilé par le million de Pokémon. Beaucoup d’entre eux allaient mourir, sans aucun doute, piétinés par les autres ou subissant un choc trop lourd. Mais peu importe, puisque cela signait la fin des hommes du Général Hesse ! C’était un sacrifice nécessaire pour l’accès au Paradis de Dieu.

Bien vite, le Troupeau commençait à disparaitre de leur vue. Red arracha les jumelles d’un autre dresseur afin d’assister, comme les autres, à la fin du spectacle, gloussant toujours de joie. De nouveaux cadavres méconnaissables apparaissaient au sol dans le sillage des sabots. Il y avait toujours plus de morts. Les Tank tiraient bien quelques coups désespérés mais finissaient par être retournés malgré leur poids. Ils se rapprochaient de seconde en seconde de la ville.

Puis, soudain, Red s’arrêta de rire, les yeux écarquillés. Le Troupeau semblait ne plus progresser. De loin, malgré les jumelles, le Dresseur Légendaire ne comprenait pas ce qu’il se passait. C’était comme si les Pokémon de devant faisaient demi-tour, s’entrechoquant à ceux de derrière dans le désordre et la confusion. Finalement, au bout de plus d’une minute, le Troupeau, réduit d’au moins neuf dixièmes par ses propres collisions, reprit sa charge mortelle. Mais dans le sens inverse. Vers Safrania. Vers les dresseurs.

Personne ne semblait comprendre ce qu’il se passait et beaucoup commencèrent à crier de peur. Red lui-même était devenu livide. Il restait figé par l’incompréhension. Comment un tel chaos avait-il pu démarrer dans les rangs des Pokémon pour qu’ils finissent par se retourner contre eux? Mais, quelle qu’en soit la cause, le résultat était là. Ils étaient les nouvelles cibles du Troupeau géant. Et même si celui-ci était bien plus petit qu’à l’origine, ils n’avaient aucune chance d’y survivre s’ils ne les arrêtaient pas en pleine course.

Seulement voilà. Il s’agissait, pour la grosse majorité, de Pokémon sauvages issus d’élevages intensifs. Ils n’obéiraient à personnes, encore moins maintenant. Et comme ils se rapprochaient dangereusement, les Chimères se mirent à fuir en vitesse, tandis que les dresseurs faisaient appel à leurs Pokémon pour les aider à partir en prenant la voie des airs. Et, bien vite, alors que l’impact se rapprochait inexorablement, Red fut le dernier sur place, n’ayant toujours pas bougé.

- Mewtwo ! cria-t-il subitement en reprenant ses esprits. Vas-y, soulève-moi !

Il resta immobile, s’attendant d’un instant à l’autre à se sentir hissé dans les airs. Mais comme rien ne venait après quelques secondes, et comme les Pokémon se rapprochaient toujours plus, il se tourna vers Mewtwo, avec un petit air qui mêlait surprise et peur.

- Mewtwo ? répéta-t-il. Qu’est-ce que tu attends ?

Le Pokémon ne répondit pas. Il le fixait toujours aussi durement qu’auparavant. Un regard pénétrant qui fit faire un pas en arrière à Red. Le dresseur avait des sueurs froides, ne sachant si c’était l’attitude de Mewtwo qui les provoquaient ou bien l’approche fatidique du Troupeau.

- Mewtwo… MEWTWO ! cria-t-il, sentant la panique l’emporter. Me laisse pas ! Tu vas pas abandonner ton partenaire comme ça ?!
- Tu n’es plus le Red que j’ai connu.


Red déglutit, les yeux exorbités. Il en oublia pendant quelques secondes la terrible situation dans laquelle il se trouvait. Il avait l’impression de voir sa vie défiler devant lui, s’arrêtant sur les instants passés avec le Pokémon cloné. Avait-il répété les erreurs de Giovanni ? Ou bien était-ce autre chose ?
Puis, comme le cri d’un Tauros le ramenait soudain à la réalité, il détourna le regard. Ils n’étaient plus qu’à quelques mètres de lui. Saisi d’effroi, il hurla le nom de son partenaire. Son cœur tressaillait dans sa poitrine, comme pour dépenser toute l’énergie qu’il avait encore en réserve. Puis il sentit son corps propulsé en arrière par un puissant coup de tête. Il était à peine retombé que son visage était écrasé par les multitudes de sabots qui défilaient. C’est ainsi que finit l’histoire du Dresseur Légendaire.

_________________________________________


Suite au revirement de situation, les dresseurs et les Chimères étaient repartis vers Safrania une fois que le Troupeau s’était calmé et dissipé. Leurs pertes n’avaient pas été si terrible, ayant pu fuir les Pokémon avec moins de difficulté que l’Armée. Mais sans leur leader, ils n’avaient plus le désir de se battre pour aujourd’hui.

Seul Mewtwo était resté sur le champ de bataille. Il s’était assis en position fœtale, juste à côté du cadavre de Red. Il ressentait pour la seconde fois de sa vie cette colère qui accompagnait la mort d’un proche. Mais, alors qu’il avait un coupable tout trouvé pour Amber, cette fois-ci, il ne savait que penser. Il était en colère contre lui-même de n’avoir rien fait pour le sauver alors qu’il réclamait son aide. Il était aussi en colère contre les Pokémon, qui avaient agis si étrangement, et contre l’Armée, qui était responsable, d’une manière ou d’un autre, de ce comportement imprévu. Il était aussi en colère contre les autres dresseurs, qui n’avaient pas pris la peine de l’aider à fuir. Mais, surtout, il éprouvait une colère sans nom envers Red lui-même.

- Pourquoi as-tu changé ? demanda-t-il en fixant le visage méconnaissable de son ancien partenaire. Tu es devenu ce que nous détestions tant en l’être humain… mon imbécile de partenaire…
- C’est uniquement à cause de cette guerre.


Mewtwo releva la tête. Les militaires avaient profité du retrait des troupes pour récupérer les corps des victimes, mais aucun autre n’avait osé s’approcher à ce point. L’homme portait un uniforme d’officier que Mewtwo reconnut comme celui d’un Colonel. Alors qu’ils avaient remporté la bataille, il avait la mine triste et fixait Mewtwo d’un air compatissant. Ce dernier ne bougea pas d’un centimètre. Si nécessaire, il pouvait rompre les os de cet homme en un instant avec ses pouvoirs psychiques. Mais il ne semblait pas hostile, ni même armé.

- La guerre fait resurgir chez l’homme les pires penchants dont il est capable, continua-t-il en détournant la tête pour observer l’horizon. Il s’abandonne à ses pulsions et se rend coupable des pires tourments. Red s’est laissé emporter par ses péchés…
- Vous êtes tout aussi sujet à ces péchés que ne l’était Red
, répliqua Mewtwo d’un air mauvais.
- Peut-être, répondit Cornell en hochant la tête. Seulement, nous, nous ne l’avons pas voulue, cette guerre…

Il poussa un soupir et pivota pour s’en aller. Il avait à peine fait quelques pas quand il entendit Mewtwo se mettre en mouvement derrière lui.

- Pourquoi êtes-vous venus me trouver ? demanda-t-il.

Le Colonel se retourna et le jaugea du regard. Il s’était mis debout et était resté au sol. Il adressait un regard assez mystérieux au Colonel. Ce dernier hésita quelques secondes avant de se décider à lui dire la vérité.

- J’espérais, peut-être, que vous puissiez m’aider, lança-t-il en le regardant dans les yeux. Pour interrompre cette guerre à la source.

___________________________________________-


Une fois sortis de la Tour Radio, Elodie, le Major Luther et le soldat Doyle étaient de suite retournés au Dôme Pokéathlon. Comme les forces du Général Planck étaient toujours en plein combat, les rares médecins qui patientaient au camp de base avaient de suite pu s’occuper des soigner leurs blessures. Elodie était la plus mal en point, évidemment. Elle était toujours incapable de bouger la jambe gauche, du moins de par ses muscles, et elle était couverte de coupures profondes. On les désinfecta à l’aide d’alcool sans qu’elle ne réagisse et on lui appliqua plusieurs tissus pour éviter qu’elle ne perde trop de sang. On ne pouvait hélas rien faire pour son membre inerte pour le moment, n’ayant pas le matériel nécessaire pour diagnostiquer avec précision ce qui clochait. On lui confia simplement des antidouleurs, qu’elle refusa. Elle n’en ressentait pas le besoin, et elle était désormais capable de se déplacer en utilisant ses pouvoirs accrus par la peine et la colère.
Une fois soignée, elle s’isola des autres militaires pour se rapprocher de la zone où l’on entassait les dépouilles des soldats tombés. Même s’ils étaient recouverts de draps et que la nuit était tombée, elle n’eut aucun mal à trouver le corps de Billy, et elle s’assit simplement à côté de lui, silencieuse, la mine sombre. Ni la grande quantité de mouches ni l’odeur de décomposition qui s’échappait des corps ne la dérangeaient. De loin, inquiet pour elle, le Major Luther l’observait, sans oser s’approcher. Il avait compris qu’elle avait besoin d’être seule en ce moment. Pour faire son deuil d’un ami parti trop tôt.

Finalement, alors que les forces du Général Planck revenaient, il se décida à la quitter des yeux. Il devait faire son rapport à son Supérieur. L’offensive de celui-ci n’avait été ni un succès ni un échec. Ils n’avaient certes pas regagné Doublonville, mais ils avaient tout de même fait pas mal de dommages dans les rangs ennemis, abattant un grand nombre de Chimères et quelques dresseurs. Ils étaient même parvenus à tuer deux Infirmières isolées, en les mitraillant d’obus de toute part, au point qu’elles avaient été incapables d’arrêter tous les projectiles. C’était là la preuve qu’elles n’étaient pas invincibles, même si en tuer une réclamait énormément de moyens. Eux-mêmes avaient perdu une cinquantaine de véhicules et plus de huit-cents hommes. Mais si le Colonel Patton n’avait pas signalé l’arrivée d’un grand groupe de la Charité, ils auraient franchement pu réussir à reprendre la ville aujourd’hui. Ce n’était que partie remise pour le Général, qui devait maintenant réfléchir à la meilleure manière pour se débarrasser des dernières infirmières, en limitant si possible la casse.

En apercevant le Major l’attendre devant sa tente, Planck l’accueillit les bras ouverts. Sa présence ne pouvait être qu’annonciatrice de bonnes nouvelles. Et effectivement, celles-ci dépassèrent toutes ses attentes. Non seulement leur mission était un succès, ce qui signifiait qu’ils allaient pouvoir librement communiquer avec les autres régions, mais en plus l’Ingénieure avait massacré à elle-seule un grand groupe de la Charité, en montrant des pouvoirs similaires, mais bien supérieurs, aux leurs ! Très excité par l’annonce, le Général réclama une entrevue immédiate avec la jeune femme. Mais comme le Major Luther lui donnait plus de détails, son excitation se calma. La pauvre femme avait besoin de calme encore quelques temps. Jugeant qu’elle l’avait bien mérité, mais qu’il devait tout de même la voir au plus tôt, il demanda au Major de lui dire de passer dès qu’elle se sentirait prête. Pendant ce temps, il n’aurait qu’à prendre des nouvelles des autres Généraux et passer des annonces aux habitants de Johto pour qu’ils se mettent à l’abri.

Ainsi prévenue, Elodie se contenta d’acquiescer au Major. Comme elle ne bougeait toujours pas, celui-ci se retira pour rejoindre le soldat Doyle, occupé à aider les quelques médecins débordés. Il lui fallut encore une bonne vingtaine de minutes pour finalement se relever, en s’appuyant d’abord sur la jambe droite puis en utilisant ses pouvoirs pour se déplacer. Elle avait toujours la mine attristée quand elle arriva près de la tente du Général Planck. Elle était juste derrière celle-ci, et s’apprêtait à la longer pour atteindre l’entrée quand elle entendit l’homme parler d’une voix forte. Il devait être en pleine communication avec des collègues. Elle s’arrêta, hésita quelques secondes, puis se rapprocha de la toile, pour écouter. Elle dut se concentrer pour bien comprendre ce que le correspondant du Général répondait depuis le combiné, et crût reconnaitre la voix du Général Hesse.

- Oui, je viens d’avoir ce fourbe de Prigogine, juste avant, disait le Général Planck. Il s’en sort pas trop mal à Sinnoh, et Robespierre les soutient comme il faut. On peut pas en dire autant à Kalos…
- Ouais, j’ai entendu
, parvint à comprendre Elodie depuis le dehors. Enfin, d’après Nobel, ce n’est pas si grave, et il a les mains libres pour le reste. Mais ça aurait créé des tensions dans ses rangs…
- Peu importe Kalos
, répondit Planck. Mr Darwin est bien en sécurité à Celadopole ? Vous gérez ?
- J’ai bien crû que j’allais perdre la ville il y a une heure, mais…


Elodie étouffa une exclamation et recula subitement, horrifiée, la main sur la bouche. C’était là-bas qu’Aldebert et les autres se trouvaient… Elle ne pourrait supporter de les perdre eux aussi, pas après Billy. Mais elle regretta bien vite sa petite panique, car elle n’était plus assez concentrée pour entendre ce que disait le Général Hesse. Elle respira un grand coup pour reprendre son écoute, mais il était trop tard pour avoir plus d’explications.

- Hé bien, vous l’avez échappée belle sur le coup, alors, lança fortement Planck d’un ton impressionné. Pas de victimes civiles, c’est déjà pas mal. Au moins, vous avez de quoi gérer s’ils réutilisent la même stratégie.
- Ils ne prendront pas le risque, ils ont perdu leur leader dans la réplique
, répliqua Hesse. Mais méfiez-vous de ce genre de coups…
- Ho, tu sais, on a nos propres emmerdes, à Johto,
ironisa Planck d’une voix cinglante. Ces fichues infirmières détruisent les tanks comme si c’était du carton. Mais on en a tuées deux, et avec l’Ingénieure que tu m’as envoyée, je pense qu’on pourrait reprendre l’avantage sur elles… Tu sais, Russ…
- Mademoiselle Ross ?
s’étonna Hesse tandis qu’Elodie déglutissait à son évocation. Quel est le rapport…
- C’est grâce à elle qu’on peut de nouveau communiquer
, répondit Planck. Mais elle a surtout tué des infirmières, dix, peut-être vingt… D’après le Major Luta, elle est bien plus redoutable que toutes les autres, avec des pouvoirs similaires.
- Mmmh, nous aussi, on a eu un adversaire du genre tout à l’heure… Il bloquait une grosse partie de nos tirs et détruisait nos tanks.
- Ha, il y a des infirmières aussi à Kanto ?
s’étonna Planck.
- Non, c’était un Pokémon, je crois… Je n’en avais jamais vu de pareil avant. Mais il est parti avec Cornell, de toute façon, donc…
- Qu’est-ce que le Colonel Curnell a à voir avec les infirmières ?
demanda Planck.
- Mais rien, enfin… Je ne sais pas comment il a fait, mais ils vont partir pour Argenta tous les deux. Je crois qu’ils vont essayer de s’introduire dans le Dirigeable de Higgs.
- Quoi ?!
rugit le Général. C’est insensé… Tu crois qu’ils ont une chance d’entrer ?
- Je ne sais pas, mais Mr Darwin a donné la permission de tenter… C’est parce qu’un ami du Colonel s’est déjà aventuré là-bas, une sale histoire… Je crois que le Premier Ministre l’a en grande estime, le Professeur Caul, et…


Cette fois, c’en était trop pour Elodie. Elle recula, flottant toujours à quelques centimètres du sol, une expression épouvantée sur le visage. Aldebert s’était donc aventuré jusqu’Argenta pour retrouver le Professeur Higgs ? Mais quel Rubombelle l’avait piqué ? C’était de la folie pure ! Et comment avait-il fait pour quitter la ville, alors qu’il était censé y être en sécurité en compagnie de Stephen et Patrick ? Quelles qu’en soient les raisons, il s’était mis en danger.

Mille questions lui tournaient dans la tête. Quel était le Pokémon dont Hesse venait de parler ? Etait-ce possible qu’il s’agisse de la même créature qui avait failli tuer Billy, la veille ? Comment le Colonel avait-il fait pour s’en faire un allié ? Et si c’était un piège ? Al’ était-il encore vivant ? Avait-il seulement atteint la ville d’Argenta, il était bien capable de se perdre en chemin… Et qu’en était-il des autres, Isaac, Stephen…

Elle resta encore immobiles quelques minutes avant de se décider. L’expression déterminée, elle se détourna de la tente du Général Planck. Il y avait plus urgent pour elle que de l’aider à sauver Doublonville. Aldebert était en danger. Elle devait absolument lui venir en aide. Elle s’éleva soudain plus haut de le ciel et commença à s’éloigner du campement militaire. Mais à peine atteignait-elle la limite du périmètre de celui-ci qu’elle entendit une voix l’appeler par son nom. Elle se retourna soudain et aperçut plus bas la silhouette du Major Luther.

- Où allez-vous ? demanda-t-il. Vous … vous nous abandonnez ?
- Je suis désolée, Major
, répondit-elle en se rapprochant de lui pour ne pas à devoir parler trop fort. Mais … des amis ont besoin de moi…
- Le Général Planck est au courant ?
questionna Luther en se renfrognant.
- Non, répliqua-t-elle après quelques secondes d’hésitation.

Un silence pesant s’installa. Au bout de quelques secondes, le Major poussa un grand soupir et se détourna de l’Ingénieure.

- Alors soyez plus discrète, mademoiselle Ross, lança-t-il. Et bonne chance.

Elodie cligna des yeux, surprise, et lui adressa un sourire qu’il ne pouvait voir de dos. Puis, sans plus tarder, elle reprit sa route vers l’est, en direction d’Argenta. La ville avait beau être dans une autre région, elle ne se trouvait pas si loin de sa position actuelle. Et surtout, elle volait plutôt rapidement. Le trajet durerait certainement quelques heures, tout au plus.

___________________________________________


Le Professeur Caul était assis sur un confortable siège que lui avait apporté Amos, le Noctunoir. Son propre Pokémon, Chapignon, se tenait droit debout, les bras croisés, juste derrière lui, observant le Spectre avec un air méfiant. Aldebert, quant à lui, était extrêmement concentré sur un plateau d’échec. La partie avait commencé plus de 7 heures auparavant, et pourtant il n’avait perdu que quelques rares pièces, tout comme son adversaire. Ils jouaient tous les deux très lentement, pouvant réfléchir jusque vingt minutes avant de déplacer ne serait-ce qu’un Pion d’une case, comme s’ils envisageaient toutes les possibilités directes, et bien au-delà.

Le Professeur Higgs, quant à lui, lui faisait face dans son propre siège, les doigts croisés devant sa bouche et les coudes posés sur les appuie-bras. Il restait silencieux et observait son adversaire sous toutes ses coutures. Une large vitre le séparait de son vieil ami. Chapignon s’était montré incapable de la briser lorsqu’ils étaient arrivés et, au bout de plusieurs tentatives pour l’atteindre, il leur avait simplement proposé une partie d’échecs, « comme au bon vieux temps ». Il restait en sécurité, intouchable derrière le verre incassable, il se contentait de donner ses directions à Amos pour qu’il déplace les pièces à sa place.

Il s’était attendu à pouvoir discuter librement avec Aldebert. Pourtant, le vieillard était presque resté muet pendant toute la partie. Il avait bien tenté de lui parler du Paradis qui était en construction, mais Aldebert était resté de marbre, dans un mutisme presque religieux. Higgs ne voulait pas le brusquer et, après quelques tentatives pour entamer la discussion, il avait fini par abandonner. S’il voulait pouvoir lui parler, il devait le laisser commencer, peu importe le temps que cela prendrait. Et la partie d’échecs lui semblait la meilleure solution pour le débloquer dans son aphasie.

Tout autour du Professeur Higgs, d’innombrables écrans lui donnaient des informations sur les évènements du monde. Il savait ainsi que les forces d’Unys étaient sur le point de faire tomber le Ministre Faraday, après avoir biaisé le Général Eysenck qui avait baissé sa garde. Il savait aussi que la jeune Robespierre s’en sortait mieux que prévue à Sinnoh, et que la résistance des citoyens d’Hoenn était plus forte que ce qu’il n’avait imaginé. Il était aussi au courant de la mort de Red et de la trahison apparente de Mewtwo. Mais peu importe. Il n’accordait pas tant d’importance à ses péripéties, qui seraient vite réglées de toute façon. Seul lui importait le Professeur Aldebert Caul.

Mais, surtout, derrière le Professeur Higgs, Aldebert pouvait observer une étrange colonne de métal qui devait faire 5 ou 6 mètre, s’élevant jusqu’au plafond du Dirigeable. Plusieurs mécanismes étranges étaient rattachés à sa base, lui donnant l’aspect d’une fleur retournée, des machines dont le Professeur Caul ne pouvait qu’imaginer l’utilité. Un léger son s’échappait de l’ensemble, régulièrement, comme un cœur qui bat lentement.

Quand enfin Aldebert déplaça sa Tour, le Professeur releva un sourcil. L’une de ses hypothèses tendait à se confirmer. Cette fois-ci, prompt à la tester, il donna immédiatement son ordre à Amos.

- Pion en C4, clama-t-il alors qu’Aldebert finissait tout juste de lâcher sa Tour.

Le Professeur Caul releva la tête, un peu surpris, pour observer Higgs. Il tentait de fuir son regard depuis quelques heures, comme par peur de ce que ce dernier pourrait lui dire. Mais le dernier mouvement du Professeur était des plus intrigants. Effectivement, ainsi positionné, Aldebert avait pas moins de 7 possibilités pour prendre le Pion en question. Mais, au contraire, Higgs, lui, n’avait aucune solution pour reprendre la pièce assassine en retour. Il se mit alors à étudier les différentes solutions qui se présentaient à lui. Il y avait bien un Fou qui ne serait plus en sécurité s’il décidait de prendre le Pion avec son Cavalier, mais c’était tout. Aldebert avait rarement vu une situation si tranquille dans une partie d’échec, et encore moins face à Oscha. Prendre le Pion, tant que c’était avec autre chose que son Cavalier, était parfaitement sans danger.

Mais cela n’arrangeait pas pour autant Aldebert qui se mit à réfléchir plus loin. Il en vint à imaginer les coups qui pouvaient suivre par la suite, avec toutes les possibilités qui lui venaient en tête. Au bout de pas moins de trente minutes, il ne comprenait toujours pas où Higgs voulait en venir en plaçant son Pion ainsi. Il soupira en se redressant dans son siège, puis déplaça un autre Pion, à l’extrémité du plateau. Sans aucune incidence sur celui du Professeur Higgs.

En voyant ce déplacement, Higgs sourit légèrement. Il avait correctement cerné son ami. Aldebert ne cherchait pas nécessairement à gagner la partie, mais plutôt à gagner du temps. Il avait eu beaucoup d’occasion de prendre des pièces, mais ne s’était décidé que pour protéger les siennes. Il voulait faire durer la partie au maximum, comme s’il était stressé par ce qui arriverait une fois celle-ci terminée. Mais il ne pourrait retarder les plans de Dieu éternellement. Et il finirait par craquer une fois que la pression serait trop grande. Alors autant la lui mettre au maximum à partir de maintenant. Pour enfin lui dire ce qu’il voulait.

Posté à 17h43 le 23/05/18

Le Dernier moment (2/4)



Bien que le Colonel Cornell n’ait pu partir que plusieurs heures après avoir annoncé la nouvelle à Isaac, il était arrivé un peu plus tôt, en compagnie de Mewtwo. La proximité à vol d’oiseau entre Argenta et Celadopole y était pour beaucoup, l’informaticien ayant du parcourir bien plus de kilomètres sur le dos des oiseaux du Colonel Von Stradonitz. Et c’était tant mieux, car à peine étaient-ils sur place que les deux hommes voulurent foncer droit vers les Génesect, avant d’être arrêtés in extremis par Mewtwo. Ils avaient ensuite été ramenés près de l’hélicoptère volé, malgré la mauvaise humeur apparente d’Isaac.

Cela faisait plus d’une heure maintenant qu’ils étaient réunis, ne sachant pas vraiment que faire. Le Dirigeable du Professeur Higgs semblait inaccessible, à cause de la quantité phénoménale des Pokémon robotiques qui l’entourait, tel un essaim d’abeilles autour d’une reine. Même s’ils avaient maintenant le soutien de Mewtwo, celui-ci ne se sentait hélas pas capable d’affronter seul les Pokémon. Il avait prouvé qu’il pouvait agir sur beaucoup de munitions en même temps lors de la Bataille pour Celadopole, mais aussi qu’il restait néanmoins des limites à ses pouvoirs. Et il ne faisait aucun doute qu’il serait largement dépassé, d’autant que les Génesect eux même étaient des Pokémon très puissants, bénéficiant du soutien de Dieu.
Attendre sans rien faire avait le don d’agacer Isaac, qui ne pouvait s’empêcher de scruter l’horizon, comme si sa patience pouvait se voir récompenser par l’apparition d’une faille dans la formation des gardiens du Dirigeable. Ayant dépassé ce stade, Stephen Shelley, lui, observait le feu de fortune qu’il était parvenu à allumer, en mettant à profit le peu d’essence qu’il avait récupéré dans l’hélicoptère. Comme l’avait fait remarquer le Colonel Cornell en arrivant, puis ensuite Von Stradonitz, le feu risquait de les faire repérer. Mais c’était bien le dernier des soucis de l’écrivain. Il savait pertinemment que les Génesect ne s’éloignaient pas d’un certains périmètre, et qu’ils étaient donc en sécurité, tant que le Dirigeable ne bougeait pas. Or, il était resté parfaitement immobile depuis que les Pokémon avaient embarqué Aldebert à l’intérieur. Stephen était toujours très inquiet pour lui, espérant que l’immobilité était signe que son ami était toujours en vie. Mais plus le temps passait et plus il craignait qu’Aldebert ne soit mort et qu’Higgs fasse simplement une sieste en vol stationnaire.

Les deux Colonels, quant à eux, discutaient avec Mewtwo depuis un bon moment déjà, cherchant une manière de pénétrer à l’intérieur du Dirigeable. Mais quel que soit la possibilité proposée, l’un d’entre eux finissait par pointer une faille, et ils devaient tout reprendre de zéro. Kate, l’intelligence artificielle, finit même par les aider depuis un ordinateur, donnant le résultat de simulations à l’aide des données que lui avait fournies Mewtwo et ses différentes observations. Elle ne s’était pas exprimée sur la mort de son père.

- J’en ai marre… pesta Isaac en donnant un coup de pied dans une branche sèche. Marre, marre !
- Mr Holley, s’il-vous-plait, calmez-vous
, soupira Marcus Cornell.
- On pourrait peut-être demander des renforts, proposa le Chef de la Brigade Aérienne. Mr Darwin a bien accepté que vous veniez…
- Je dois avouer que je ne lui ai pas vraiment laissé le choix
, dit Cornell en détournant la tête. Et puis, avec les pertes de la dernière bataille, je ne pense pas qu’Hesse puisse se permettre d’envoyer des hommes nous aider…
- Han, vous m’énervez !
s’écria Isaac en s’élançant soudain avant d’invoquer son Métang et de monter dessus. Moi, j’y vais !

Ils avaient à peine fait quelques mètres en direction du Dirigeable qu’ils furent figés en l’air. Isaac lança un juron et se tourna, le visage haineux, vers Mewtwo, qui avait simplement du tendre le bras pour les arrêter. Stephen n’observa même pas la scène et adressa un sourire complice à Ursaring, qui était assis en face de lui, à tailler un morceau de bois avec ses griffes pour s’occuper. Si Isaac était généralement le plus malin et le plus raisonnable de l’équipe, la pression n’avait jamais été aussi grande sur ses épaules. C’était de la survie d’Aldebert qu’il était question, l’homme qui l’avait recueilli enfant et éduqué comme son fils. C’était comme un second père pour lui, et le savoir pris au piège dans un tel guêpier le mettait hors de lui et l’empêchait de réfléchir. Du moins pour le moment. Stephen le savait très bien, étant passé par cette phase lui aussi. Juste après avoir contacté le Colonel via Kate, il avait tenté à quatre reprises de retourner vers le Dirigeable. Mais à chaque fois, son Ursaring l’en avait empêché. Il était presque surpris qu’Isaac n’ait rien tenté avant cela.

- Lâchez-moi, immédiatement ! cria Isaac, sentant des larmes apparaitre au coin de ses yeux.
- C’est pour votre bien, Mr Holley, dit le Colonel Cornell.
- Vous précipiter seul équivaudrait à un suicide, lança Mewtwo en forçant lentement Métang à se poser par terre.
- Alors venez m’aider au lieu de rester planté là, sans rien faire ! clama l’informaticien. On doit aller l’aider !
- Je ne pense pas que votre ami serait heureux de nous voir nous sacrifier pour lui, Isaac
, intervint Von Stradonitz. Nous devons au moins limiter les risques …

Metang était presque à terre, résistant en vain à l’emprise de Mewtwo, quand, soudain, un arbre entier s’éleva un peu plus loin dans le ciel avant d’être précipité vers le Clone. Mewtwo dut tendre son deuxième bras pour arrêter l’arbre en plein mouvement, et encore, il ne put que le ralentir et fut forcé de faire quelques pas de côtés pour éviter la collision, tandis que les militaires se mettaient à couvert. L’arbre, en percutant le sol, souleva un nuage de poussière et provoqua un bruit sourd qui surprit Stephen, qui n’avait pas fait attention auparavant. L’écrivain se leva péniblement, paniqué, croyant qu’ils étaient à nouveau les cibles des Génesect, signe que le Dirigeable s’était mis en mouvement. Mais il n’en était rien et il retint son exclamation quand il la remarqua.

Flottant à quelques mètres du sol, l’air maussade et couverte à différents endroits de pansements, Elodie adressait un regard assassin à Mewtwo. Autour d’elle, d’autres arbres étaient déracinés et commençaient à flotter, pivotant lentement pour pointer vers le Pokémon violet. Ce dernier, après sa dernière esquive, était resté immobile, surpris et méfiant devant la manifestation des pouvoirs d’Elodie. Le Colonel Von Stradonitz, ne connaissant pas l’Ingénieure, avait attrapé ses PokéBalls, qu’il s’apprêtait à utiliser pour invoquer ses compagnons d’armes, jusqu’à ce que son collègue ne lui fasse signe de les ranger, l’air ébahi. Isaac, enfin, s’était relevé sur Métang pour mieux la voir, et en avait le souffle coupé.

- Ne touche… pas … à mon frère… lança Elodie d’une voix rude ponctuée de quelques hoquets, tandis qu’elle semblait un peu trembler.
- Mademoiselle Ross ! s’écria le Colonel Cornell. Arrêtez ça !
- C’est bon, Elo’, il est avec nous !
lui cria Isaac, calmé par la situation soudaine.
- C’est ça, et quand il a essayé de tuer Billy, il était aussi avec nous ? répondit-elle d’une voix cinglante.

Mewtwo ne répondit pas de suite, fronçant les sourcils. Ce n’était plus la même jeune fille qui lui avait tant rappelé Amber deux jours avant. La pauvre femme était secouée par la haine et la tristesse. Comme si quelque chose était mort en elle. Comme lui-même l’avait été à plusieurs reprises…

- Alors, tuez-moi, lança-t-il. Mais ça n’apaisera pas votre peine. Cela ne fera qu’alourdir votre cœur.

Serrant les dents au point que la mâchoire ne commence à faire un bruit de craquement, Elodie continuait d’observer Mewtwo avec toujours autant de haine. Les arbres qu’elle manipulait commencèrent à filer vers lui subitement, mais s’arrêtèrent à bonne distance quand elle entendit tous les cris de protestation de son frère, de Stephen et du Colonel. Maintenant, Mewtwo l’observait avec un air désolé, et elle se sentit soudain secouée par le sanglot. Elle retomba lentement pour atteindre leur hauteur et, quand elle fut enfin accessible, Isaac sauta de son Métang pour la prendre dans ses bras et la rassurer, vite rejoint par Stephen. Les arbres tombèrent lourdement par terre, l’influence d’Elodie ayant cessé. Les deux militaires observèrent quelques instants les retrouvailles de la famille, de l’équipe, puis Cornell adressa un regard à Mewtwo, et celui-ci hocha la tête. Seul, il n’aurait pas su gérer l’Essaim des Génesect. Mais s’ils s’y mettaient à deux…

_______________________________________________


Le Dirigeable du Professeur Higgs disposait de plusieurs salles. La principale était celle du fond, celle qui rassemblait une grosse majorité des appareils de contrôle du véhicule aérien, mais aussi tout ce qui permettait au Professeur de garder un œil sur les différents évènements de la Guerre en cours. C’était aussi derrière la vitre incassable, au côté de leur leader, que l’un des Cœur de Dieu avait été installé, afin de permettre à Higgs d’agir directement sur les différentes entités de Dieu à travers le monde si cela devait être nécessaire. Mais si le principal se trouvait là, les autres pièces n’étaient pas en reste. Trois d’entre-elles stockaient un grand nombre de Pokémon, enfermés dans des Pokéball, ainsi que d’innombrables Chimères en cage, prêts à être appelés ou utilisés en cas de besoin. La quatrième, enfin, était occupée par le seul être humain à avoir le privilège de naviguer dans le même Dirigeable que le Professeur Higgs et Dieu. Léo, le Pokémaniaque, considéré par beaucoup comme le second de l’Armée du Professeur, avait un œil attentif lui aussi sur différents évènements de la Guerre. La pièce dans laquelle il se trouvait disposait de deux énormes cylindres de métal, les téléporteurs de son invention, la machine qui était aussi capable de créer des Chimères. Ceux-ci, cependant, étaient très différents des autres téléporteurs que Léo avait conçus, du fait de leur taille. On aurait pu aisément mettre deux Ronflex dans chacun, et pousser pour y ajouter d’autres Pokémon. Entre les deux, l’ordinateur central, équipé de son logiciel de création de Chimère, effectuait diverses simulations. Effectivement, pour s’occuper pendant la pause que constituait la visite du Professeur Caul au Professeur Higgs, Léo s’était mis en tête de trouver de nouvelles idées pour les futures Chimères qu’il créerait, peut-être, avec l’aide des prisonniers de guerre ou les dresseurs survivants à la fin de la Guerre…

Cependant, un bruit d’alarme le tira soudain de ses rêveries. Surpris, il sursauta et se releva péniblement, cherchant la source du son du regard. Quand enfin il la trouva, il s’approcha de la machine, intrigué. C’était la première fois que celle-ci se manifestait, et il n’avait aucune idée de ce à quoi elle servait. Il alluma l’écran et obtint soudain l’image des combats aériens des Génesect, filmés depuis le dos de l’un d’eux. Ceux-ci tiraient des salves de rayons sur deux créatures volantes. Lorsque Léo reconnut Mewtwo, il poussa une exclamation de surprise, et une autre en voyant la femme qui l’accompagnait. Les deux êtres volaient agilement et esquivaient au mieux les tirs des protecteurs du Dirigeable, se protégeant avec des débris et des morceaux d’arbres. Rapidement, la totalité de l’essaim les prit pour cible, provoquant un véritable déluge d’attaques et les forçant à s’éloigner du Dirigeable. Mais c’était trop tard pour eux, ils s’étaient bien trop rapprochés pour que les Génesect ne les laissent tranquilles. Léo eut un sourire satisfait en voyant la nuée de Pokémon les prendre en chasse.
Mais ce n’est qu’en apercevant soudain un étrange groupe, composé de Pokémon Oiseaux montés par des hommes et protégés par des arbres sprinter vers le Dirigeable qu’il comprit la manœuvre. Les Genesect aussi s’en rendirent compte, et une petite partie d’entre eux changèrent brusquement de trajectoire pour les prendre pour cible. Mais c’était trop tard et si l’un ou l’autre tir parvint à passer outre les protections, ils filaient trop rapidement et accédèrent bien vite à l’entrée du Dirigeable, s’y engouffrant en vitesse. Léo frappa la machine de surveillance du poing, pestant contre les Genesect, qu’il jugeait incapables de sécuriser le Dirigeable. Mais le Pokémaniaque n’allait pas les laisser interférer ainsi. Ils ne devaient pas intervenir dans la rencontre des deux professeurs. Il en allait de la concrétisation des Plans de Dieu. Et quitte à devoir se mouiller soi-même, Léo ferait tout pour les empêcher d’avancer plus loin.

Aussitôt, il quitta l’écran après en avoir éteint l’alarme. Il se dirigea vers une autre machine et déclencha la libération des Chimères qui y étaient stockées. Il était temps pour elles de se dégourdir les griffes et les crocs. Tandis qu’aux Pokémon, il commanda immédiatement leur transfert par téléporteur dans sa propre salle. Il avait un plan en réserve s’ils se montraient plus forts que ces petits protégés.

_______________________________________________


Aldebert observait maintenant l’échiquier en se frottant le front, en sueur. La partie commençait à s’accélérer, et Higgs ne prenait maintenant pas plus de quelques secondes pour jouer ses coups, ce qui donnait à Aldebert la désagréable sensation d’être tombé dans la stratégie de celui-ci. Il hésitait à jouer ses coups et il n’était pas rare qu’il prenne une pièce et la garde en main quelques secondes avant de la redéposer à sa place pour en prendre une autre. Pour ne rien arranger, le Professeur Higgs le fixait toujours immobile depuis son siège, avec un sourire confiant et les sourcils froncés. En cet instant, Aldebert se sentait captif, pris au piège dans une cellule inviolable, à l’écart du reste de l’Univers. Il n’y avait plus que lui, Higgs et le plateau d’échec. Un horriblement sentiment qui commençait doucement à lui faire perdre ses moyens.

Finalement, lorsqu’Higgs lui prit son Fou, après avoir été forcé de le sacrifier au profit de sa Tour qui était menacée par la même pièce, Aldebert poussa un grand soupir, le visage fuyant. Il avait la main droite proche de ses lèvres, comme pour se ronger les ongles inconsciemment. A cette réaction, le Professeur releva un sourcil, son sourire s’élargissant presque imperceptiblement. C’était presque un record de mouvements depuis le début de la partie. Il continuait de l’observer de la même manière, comme si son seul regard suffisait à le perturber. Puis, soudain, Aldebert frappa du poing sur la table, faisant légèrement trembler les pièces sur le plateau de jeu.

- Je ne comprends pas, lança le vieillard, l’air énervé. Nous ne sommes pourtant pas de simples Pions !
- Que veux-tu dire par là ?
l’encouragea le Professeur Higgs d’une voix doucereuse, intrigué, en penchant légèrement la tête.
- Les dresseurs, tes scientifiques, l’Armées, les politiques... même moi ! énuméra Aldebert avec colère, en maintenant son front avec sa main. Comment as-tu fait, bon sang, pour nous pousser dans cette situation, dans cette fichue Guerre ! Tu as toujours tout prévu, mais je ne comprends pas par quel coup du sort tu es parvenu à tes fins diaboliques !
- N’exagérons pas
, répondit Higgs en se redressant dans son fauteuil. Il y a eu des imprévus tous les jours, mais tant que je parvenais à redresser la situation, seule le résultat final compte…
- Ça n’explique pas pour autant qu’on y soit quand même arrivé !
s’écria Aldebert en faisant mine de vouloir se relever, prenant appui sur les accoudoirs. Alors réponds-moi ! C’est encore un de tes tours de passe-passe ?
- Han je t’en prie, Al’, ne compare pas Dieu aux illusions pour amuser les enfants
, répondit le Patron de la Sylphe en se renfrognant tout de même, l’air un peu désappointé. Et pour une fois, Dieu n’a rien à voir.
- Alors quoi ?
répéta Aldebert, obstiné. Comment as-tu fait pour envoyer à la mort tant de personnes ?!
- Simplement avec des mots.


Aldebert cligna des yeux, pas sûr d’avoir bien compris ce que lui avait répondu son ancien ami. Higgs avait de nouveau les doigts croisés devant lui et fixait Aldebert comme durant la partie d’échecs, avec un sourire en coin. Pour une raison inconnue, le Professeur Caul sentait pourtant comme un fossé se creuser entre lui et son vieux camarade. Ils n’étaient qu’à quelques mètres l’un de l’autre, séparés tout juste d’une vitre, et, pourtant, il avait l’impression que plusieurs kilomètres les séparaient.

- Il n’y a rien de plus dangereux que des mots, continua Higgs après quelques instants de silence. Les mots sont ce qui permet à notre Réalité de prendre forme à travers nos yeux et notre cerveau. Sans les mots, le monde nous est inconnu. Mais il existe bien d’autres facettes qui font des mots l’arme la plus redoutable que j’avais à ma disposition.

Il soupira et baissa la tête avant d’être pris d’un petit rire nerveux. Lorsqu’il releva le visage, Higgs adressait un sourire complice à son vieil ami. Mais ce dernier, lui, restait interdit, l’air méfiant.

- N’as-tu jamais ressenti ce sentiment, mon cher Aldebert ? demanda Higgs en se relevant de son siège. Lorsqu’un simple mot vous coupe dans vos actions et vous triture l’esprit. Quand des paroles nous restent en tête plusieurs jours durant et nous torturent de l’intérieur ? Lorsqu’une insulte blesse plus largement et durablement l’esprit qu’un poignard ne mutile le corps ? Ou encore quand notre avis est biaisé après un discours d’une connaissance quelconque ? Le champ d’action des mots et leur impact sur l’homme est quasi sans limite. C’est ce pouvoir que j’exploite depuis des années sur l’Humanité et qui m’a permis de vous avoir tous dans la paume de ma main, comme des marionnettes au bout de mes fils !
- Tu ne vas quand même pas essayer de me faire croire qu’il t’a suffi de parler un peu avec quelques personnes pour les convaincre de courir à la mort ?
protesta Aldebert en se relevant pour de bon lui aussi.
- Et pourquoi pas, mon bon Aldebert ? le questionna Higgs en écartant les bras tout en crispant les doigts de plus en plus, comme s’il serrait quelques objets invisibles. Il n’y a rien de plus redoutable que les mots ! Seulement, il faut les choisir avec soin et parcimonie pour parvenir à nos fins. C’est bien de cette manière que les politiques ont toujours gouverné le monde, non ? Avec des promesses et de belles paroles. Peu importe leurs actions, tant qu’ils parviennent à rendre leurs mots suffisamment crédibles !
- Peut-être,
concéda Aldebert en se mordant les lèvres, Chapignon commençant à se remuer derrière lui avec un air sombre. Mais on ne parle pas d’élection, ici. On parle d’une Guerre mondiale, qui est sur le point d’emporter l’espèce humaine toute entière ! Des mots ne peuvent pas suffire pour justifier une telle hérésie !
- Tu surestimes bien trop l’être humain, mon cher Aldebert
, reprit Higgs en baissant les bras pour les disposer dans son dos, son sourire de plus en plus large. L’espèce humaine, depuis son apparition, a toujours été une race déviante, autodestructrice. Elle est la seule créature à qui l’on doit tant de malheur pour le reste de la vie sur Terre. L’être humain entame sa propre chute, bâtit des empires pour mieux les détruire par la suite. Nous sommes animés d’une soif de destruction inhérente à notre race. Et pour cela, l’évolution nous a dotés, dès notre plus jeune âge, de moyen pour maitriser cette invention, la plus terrible d’entre toutes. Le langage. Ce même langage que nous apprenons encore tout enfant et manipulons jusqu’au jour de notre mort, dans le seul but de partager nos idées, et de convaincre les autres à celles-ci. C’est avec ce couteau-suisse merveilleux que je suis parvenu à convaincre, un à un, chacun des acteurs de cette Guerre que celle-ci était nécessaire.

Il poussa un long soupir et fut secoué d’un nouveau rire. Il profita de cet instant pour observer discrètement les écrans autour de lui. L’un d’entre eux l’intéressait particulièrement, et il y attarda son regard un peu plus longtemps, son sourire s’élargissant encore. Enfin, il posa à nouveau ses yeux sur Aldebert, qui s’était mis sur la défensive, les poings serrés. Son Pokémon s’était avancé et se tenait juste à sa droite, fusillant Higgs et Amos du regard. Le Noctunoir, lui, était toujours calmement derrière le Professeur, dans la même attitude que lui, les bras derrière le dos.

- Evidemment, lança Higgs pour rompre le silence. Tous les mots ne marchent pas de la même manière chez tout le monde. C’est pourquoi connaitre son interlocuteur est toujours une contrainte inévitable afin de le convaincre. Pour certains, il faut les encourager, les rendre uniques. Pour d’autres, il faut leur offrir ce qu’ils recherchent. Certains ne demandent qu’une place, une reconnaissance au-delà de la vie sur terre. Mais le plus efficace reste indubitablement la Promesse. Et sur ce point, j’ai eu une aide précieuse pour renforcer l’impact de mes mots.

Il se tourna vers la haute colonne de métal derrière lui, celle qui laissait régulièrement s’échapper un petit bruit qui faisait penser aux battements d’un cœur. Lentement, il se rapprocha de l’entité et caressa le pilier tendrement, le regard presque perdu. Puis, soudain, il se retourna pour faire à nouveau face à son vieil ami.

- Le vois-tu, mon très cher Aldebert ? s’écria Higgs, soudain enhardi, en tendant le bras droit vers le cylindre. Nous sommes en présence d’un des dix Cœurs de Dieu ! Depuis celui-ci, j’ai une vue d’ensemble sur l’entièreté des machines reliées à Dieu. Mais même si, par le plus grand des hasards, vous parveniez à le détruire, il en resterait 9 autres pour mettre hors d’état le reste du système ! Autant dire que vaincre Dieu est tout simplement impossible. Or, tant que cette divinité, sous sa forme de composantes et de programmes, est debout, la victoire m’est assurée ! Dieu va provoquer la fin de l’Humanité et rebâtir un Monde calme et sans aucune imperfection ! L’homme n’y a pas sa place.
- Ce n’est pas pour cela que nous l’avions fabriquée
, lui rappela Aldebert en fronçant les sourcils. C’était pour aider les gens !
- Pour sauver les Pokémon, au contraire !
rectifia Higgs en dressant l’index d’une manière réprobatrice. Les humains, dans leur soif de destruction, entrainaient le reste des êtres vivants dans leur chute. Et c’est pour cela que nous avons fabriqué Dieu, ensemble… C’est ce que voulait Rémus.

Aldebert s’apprêtait à répliquer, mais le dernier mot provoqua en lui l’effet d’une bombe et il se figea, ses bras retombant piteusement le long de son corps, tel une poupée de chiffon. Avait-il bien entendu ?

- Tu as l’air surpris, lui lança Higgs, avec un air un peu désappointé cette fois. Tu crois que j’aurai été capable d’oublier mon frère, si toi-même t’en souvenais ?
- Tu … Tu n’as jamais parlé de lui…
- Bien sûr que si, juste quand c’est arrivé
, lui rappela Oscha en fronçant les sourcils. Seulement, tu ne prenais pas de spores, à l’époque, et tu ne comprenais pas ce que je racontais. Tu as dû croire que je délirais.

Il soupira et détourna le regard, visiblement mécontent. Mais très vite, le sourire confiant revint à son visage et il observa Aldebert. Celui-ci déglutit. Comment savait-il pour les spores ? Etait-ce Dorothéa qui lui en avait parlé, du temps où elle était encore partagée entre les deux camps ? Ou bien était-il au courant de plus de chose ? Pouvait-il savoir que…

- Par ce jour maudit où Dieu est intervenu pour la première fois, j’ai compris ses desseins, reprit finalement Higgs, tirant Aldebert de ses réflexions. J’ai compris que si Dieu était venu à nous, c’était pour faire disparaitre cette immonde humanité. Mais une Machine ne peut y parvenir seule. Aussi l’ai-je soutenu et amélioré, pendant plus de 60 ans, pour arriver, aujourd’hui, au sommet de sa puissance et de son influence. Une maitrise totale de ses pouvoirs divins qui permettent à mes mots d’avoir un impact encore plus grand sur ses fidèles qui, aujourd’hui, mettent leur vie en jeu sans hésitation pour le Paradis promis.
- Cela n’en reste pas moins une machine
, lança Aldebert d’un ton désinvolte. Je ne comprends pas comment tu peux croire en de telles sornettes !
- Pas n’importe quelle machine, Al !
s’écria Higgs, courroucé en écartant à nouveau les bras, parlant de plus en plus vite. Nous même, un trio de trois génies, étions incapables de comprendre certains principes sur les Plans de base que nous avions récupérés. Et pourtant, le résultat était là, ça fonctionnait ! Dieu était et est toujours capable de régénérer entièrement l’organisme des Pokémon ! Mais ce n’est pas tout. Dieu est aussi en mesure d’améliorer ceux-ci, de leur faire exploiter un maximum de leur potentiel. C’est ce que j’appelle les Bénédictions de Dieu. Et avec cela, j’ai réussi à créer des Légendes vivantes parmi les dresseurs, des jeunes hommes et des jeunes femmes invaincus qui défiaient à eux seuls des Organisations criminelles, dont le seul but était parfois justement de tomber pour participer à cette montée en popularité. Pour s’en servir comme effet de propagande au service de Dieu par la suite ! C’est ainsi que mes mots ont remporté l’impact nécessaire pour la création de notre Armée finale !
- Non
, lança Aldebert en faisant pivoter sa tête de droite à gauche. Je refuse de croire ça. C’est toi, et uniquement toi, le responsable. Tu peux dire ce que tu veux, mais il n’y a pas de Dieu. Il n’y a que toi, chargé d’un pouvoir aveuglant, derrière toute cette mascarade. Et des imbéciles pour te croire naïvement.
- C’est toi qui est aveugle dans cette histoire, mon cher Aldebert,
soupira Higgs. Mais vois plutôt…

Il se retourna et Amos s’écarta pour le laisser passer. Il s’approcha d’un des modules qui s’échappait du Cœur de Dieu et pianota quelques instants sur une sorte de clavier tactile. Aussitôt, une encoche sur le Cylindre s’ouvrit, libérant une sorte de casque relié à un câble. Amos s’en saisit et le tendit à son dresseur qui l’observa quelques secondes avant de soupirer à nouveau.

- Il existe pourtant un point sur lequel tu as raison, lança Higgs. Je suis à fond derrière le Projet du Paradis, mais qu’arriverait-il si je venais à mourir ? Dieu pourrait-il parvenir seul à la concrétisation du Paradis ? Ne risquerait-on pas de voir se soulever des leaders aux projets différents ? Et une fois que le monde serait en paix, comment assurer qu’une nouvelle peste ne vienne pas remplacer l’être humain, ou que les Chimères ne retrouvent les anciens penchants malsains des hommes ? C’est avec toutes ses inquiétudes en tête que j’ai intégré un nouveau pouvoir en Dieu…

Il se tourna vers Aldebert et lui sourit amicalement, tandis que celui-ci était partagé entre l’inquiétude et la curiosité. Puis il disposa le casque sur son crâne et, aussitôt, sur le cylindre, un écran s’alluma. C’était le visage d’Oscha Higgs, en plus jeune néanmoins, dans un décor de prairie avec un pommier juste derrière, qui lui souriait avec confiance.

- Je vais intégrer Dieu, dirent ensemble à la fois l’avatar sur l’écran et le véritable Higgs. Ou plutôt une copie de mon être. Simplement dans un dispositif à part, afin d’éviter de subir le même sort que mon frère qui n’a jamais existé. Ainsi je pourrai continuer à avoir un œil attentif sur les évènements, même par-delà la mort.
- J’avais compris ta mégalomanie, mais à ce point, ça me dépasse
, répondit Aldebert avec dégout, les sourcils froncés après avoir ricané. En clair, ton Dieu n’était qu’une façade pour prendre le Monde sous ton joug et t’approprier à toi seul la planète et la vie, c’est ça ?!
- Pas à moi seul,
répondirent les deux Higgs en souriant. A dire vrai, je comptais sur toi pour partager ce privilège.

Aldebert perdit, lentement, son sourire ironique, blêmissant. Il cligna des yeux, comme s’il ne comprenait pas ce que lui disait son ancien camarade. Puis, détournant la tête, il regarda sur le côté gauche, fuyant non seulement le regard d’Higgs mais aussi celui de Chapignon, qui s’inquiétait de son attitude.

- Le monde que je veux construire ne te convient pas, certes, lança le Ministre en retirant le casque de sa tête, désactivant ainsi l’écran sur le Cœur de Dieu. Mais justement. Je t’offre la possibilité d’avoir, toi aussi, ton mot à dire dans ce Paradis en construction. Nous représentons chacun deux facettes opposées d’une même pièce, pile et face, yin et yang. Nous ne serons pas Dieu, mais juge à la place de celui-ci. Ce sont alors nos deux avis qui seront pris en compte pour chaque décision à prendre, ou seulement le mien si tu refusais mon offre. Alors… qu’en dis-tu, mon très cher Aldebert ?

Le Professeur Higgs lui tendait la main comme pour attraper la sienne et la tirer vers lui. Mais pour le moment, Aldebert Caul restait immobile. Réfléchissant.

_____________________________________________


Le petit groupe d’intrus, une fois entré dans le Dirigeable par la piste de décollage, fila tout droit, ne prenant pas la peine d’inspecter les alentours. Il n’était pas question de perdre une seule seconde. Le Colonel Cornell menait la marche, aux côtés de son Scalproie, qu’il invoqua une fois qu’il posa pied sur le sol. Juste derrière lui, Isaac avançait avec assurance aux côté de Métang, la Ball de Fibonacci en main. Serrant lui aussi la sphère de son Pokémon, Stephen ne l’avait pas encore appelé pour éviter que ce dernier ne les gêne pour avancer, ce dernier étant plutôt imposant. Enfin, le Colonel Von Stradonitz fermait la marche aux côté de son Dodrio après avoir rappelé ses autres Oiseaux. Ce dernier tenait son épaule droite de sa main gauche et avait le visage crispé par la douleur. Un des tirs de Génesect l’avait blessé, mais il s’estimait heureux de ne pas se l’être pris de plein fouet. Il n’avait rien dit, pour ne pas attirer l’attention des autres et ne pas compromettre leur mission, de la plus haute importance.

A peine allaient-ils quitter la piste de décollage que le comité d’accueil se jetait sur eux, pour les empêcher d’avancer dans le couloir derrière elles. Plusieurs Chimères de toutes sortes rugissaient et couraient vers eux, prêtes à les écorcher jusqu’à ce que mort s’en suivent. Scalproie s’élança immédiatement, rejoint par Métang et Fibonacci. Le Colonel décida bien vite d’envoyer son Mackogneur en renfort, afin qu’ils ne soient pas pris de court, et ce dernier alla aider son comparse, qui commençait à avoir du mal. Comme la lutte devenait de plus en plus hargneuse, Dodrio et Ursaring se jetèrent dans la mêlée, dans un désordre indescriptible.
Assez vite, Marcus Cornell dut lui-même intervenir, enfilant des gants garnis de pointes en acier pour donner des coups puissants. Un seul coup suffit à assommer une Chimère plus intrépide que les autres. Encouragé par le succès du militaire et par la vision de son Amonistar en mal avec une créature mi-homme mi-Zeblitz, Isaac entra lui aussi dans la bataille, toujours vêtu de sa combinaison Booster. Il grimpa sur le dos de la créature et entreprit de l’étrangler, la déstabilisant assez pour que Fibonacci attrape ses pattes avec ses tentacules et ne le fasse lourdement chuter. Profitant d’avoir encore sur lui la combinaison volée à Xanthin, Von Stradonitz imita Isaac et partit à la rescousse de Métang et Dodrio. Stephen, enfin, se contentait de les encourager, en retrait, n’ayant aucune aptitude particulière pour les combats, et un âge trop avancé pour tenter quoique ce soit.

Finalement, au bout de quelques minutes au cours desquelles de nouvelles Chimères vinrent remplacer celles qui étaient tombées avant elles, la voie semblait, enfin, libre. Le Colonel poussa un grand soupir de soulagement et s’écoula contre un mur, le temps de reprendre sa respiration. Il avait quelques plaies, marques des griffes d’une Chimères aux bras de Drakkarmin contre laquelle il avait un peu plus peiné. Von Stradonitz et Isaac, eux, n’étaient pas plus blessés, grâce à leurs combinaisons. Les Pokémon, par contre, étaient dans le même état que le Colonel, essoufflés. Ursaring était couvert de blessures, le combat ayant même réveillé le coup reçu dans le dos quelques heures auparavant. Dodrio avait tant de mal à se relever que son dresseur suspectait une patte cassée, et il préféra le rappeler, sans le remplacer pour autant, ses autres Pokémon étant désavantagés dans les espaces clos. Fibonacci avait perdu quelques morceaux de tentacules, mais restait déterminé. Mackogneur avait les bras en sang, mais il était difficile de dire s’il s’agissait du sien ou de celui de ses adversaires.

Après à peine quelques secondes de repos bien mérité, ils se remirent en course, laissant Cornell derrière avec Stephen. Le couloir n’était pas très long et donnait sur deux portes de chaque côté, ainsi qu’une dernière tout au fond. Mais au milieu, un homme se tenait droit debout, pour leur barrer la route, avec deux Chimères identiques, mêlant le long cou d’un Seviper sur le corps d’un Cerfrousse. Reconnaissant son ami Léo, Isaac s’arrêta brusquement, surpris. Le Colonel Von Stradonitz, lui, ne le remarqua pas de suite et s’élança sans hésiter vers le Pokémaniaque. Il prit appuie sur ses pied, plia les genoux au maximum, et fit un bon prodigieux pour l’atteindre directement. Mais les Chimères qui le protégeaient ne le laissaient pas entendre de cette oreille et, d’un mouvement des plus vifs, leurs gueules de serpent se dressèrent pour l’attraper, l’une au flanc, l’autre à l’épaule, déjà abimée par le tir des Génesect. L’élan du militaire lui fit faire encore quelques centimètres, mais les mâchoires des Chimère s’étaient bel et bien refermées sur son corps, leurs longues dents le transperçant. Il poussa un cri de douleur, crachant du sang dans son propre casque. Ses jambes et ses bras retombèrent mollement, n’ayant plus la force de les maintenir droit. Devant l’horreur de la scène, Isaac cria de stupeur. Le Colonel Cornell et Stephen se figèrent eux aussi, ainsi que les différents Pokémon. Léo, qui se tenait juste devant le militaire en l’air, n’avait pas bougé d’un pouce, comme s’il n’y avait même pas prêté attention.

- Vous n’avancerez pas plus loin, lança-t-il. Je ne peux pas le permettre.
- Léo, libère-le, merde !
cria Isaac, pris de panique.
- Qui ça, lui ? s’étonna le Pokémaniaque en regardant enfin vers le Colonel, toujours maintenu en l’air par les Chimères qui étaient restées immobiles. Haha, tu as vu mes beautés à l’œuvre ? Saisissant, pas vrai ?
- Tes beautés ?
répéta Isaac, offusqué. Ce sont des monstres, Léo !
- Ho non, Isaac, pour toi, il s’agit peut-être de monstre, mais pour moi, c’est un échantillon du futur de la vie sur Terre ! s’exclama Léo. Une petite perfection de vitesse et de réflexe ! Sans aucune origine humaine, qui plus est.


Il s’interrompit, perdant son sourire. Malgré ses blessures, les bras de Von Stradonitz, pris de tremblements, étaient en train de retirer péniblement son masque. Lorsqu’il y parvint, il ne réussit pas à le retenir et il tomba par terre dans un petit fracas, libérant le visage couvert de sang du Chef de la Brigade aérienne. Il respira un coup et adressa un regard de défis à Léo, qui l’observa quelques secondes, mal à l’aise, avant de l’ignorer et de regarder à nouveau vers les autres.

- Hey, regarde-moi, enfoiré ! s’écria Von Stradonitz.
- Vous n’êtes pas les bienvenus ici, clama Léo. Je dois me débarrasser de vous, quel qu’en soit le prix. Partez d’ici, et peut-être que je libèrerai votre amis.
- T’es con, ou quoi, je suis quasi déjà mort, tu veux pas que je serve de monnaie d’échange, quand même !
lança le militaire avant de cracher à nouveau du sang. Et vous, vous attendez quoi ? Ces créatures sont bloquées, c’est le moment !

Léo écarquilla les yeux et fit soudain un pas en arrière aux paroles du Colonel. Ses adversaires n’allaient quand même pas attaquer maintenant ? Mais si, comme si ces paroles les avaient soudainement ramenés à la réalité, Scalproie, Mackogneur et Métang s’élancèrent vers l’avant. Léo, pris de panique, attrapa une télécommande cachée dans sa poche pour ordonner à quelques Chimères planquées dans les pièces derrière ses ennemis de sortir pour prendre part au combat. Mais se rendant compte de la supercherie à temps, Cornell et Ursaring les réceptionnèrent correctement, minimisant les blessures qu’elles auraient pu leur infliger par surprise et entreprenant de les défoncer une à unes à grand coup de poings et de griffes. Les autres Pokémon étant sur le point de les attaquer, les Chimères relâchèrent leur emprise sur le Colonel, qui retomba lourdement à terre, profitant néanmoins de l’occasion pour saisir la Ball de Roucarnage et l’appeler à la rescousse. Isaac et Stephen, quant à eux, restèrent en plein milieu du couloir, trop étroit pour pouvoir venir en aide à leurs Pokémon.

Léo, tout au fond, se mordait les lèvres. Le combat ne se déroulait pas comme il l’aurait souhaité. Si le militaire ne semblait plus bouger, étalé par terre dans son propre sang, ses deux Chimères commençaient à être dépassées par les évènements. Leurs morsures étaient redoutables, rapides, et qui plus est vénéneuses. Mais lorsque la première tenta de mordre Roucarnage, Métang se dressa entre les-deux, obligeant la Chimère à éclater ses dents contre son corps d’acier. Aveuglée par la douleur, elle recula, manqua d’écraser le Colonel de ses sabots, puis se prit un puissant jet d’eau de la part de Fibonacci. La seconde, quant à elle, faisait face au Mackogneur, évitant ses coups de poings et faisant claquer sa mâchoire pour le menacer. Mais son attention étant portée sur les bras musclés de son adversaire, elle ne vit pas Scalproie glisser au sol pour trancher dans ses jambes. Surprise par la douleur, elle poussa un cri et fut suffisamment déstabilisée pour permettre aux autres Pokémon de l’attaquer sans prendre le moindre risque. Devant ce spectacle inquiétant, Léo déglutit et prit immédiatement la fuite, passant par la porte à sa droite, et non celle du fond. Aussitôt les Chimères vaincues, les humains s’avancèrent en vitesse et Stephen se pencha immédiatement sur le corps du Colonel Von Stradonitz. Le Roucarnage de ce dernier se posa juste à côté, l’air très inquiet.

- Je pense qu’il est encore en vie… se risqua Stephen. Mais il perd énormément de sang…
- Il faut enlever sa combinaison et lui appliquer des bandages
, lança Isaac, troublé par la vue du liquide rouge.
- Et merde, comme si on n’était pas pressés… pesta Cornell en suivant les consignes d’Isaac.
- Et l’autre, il est passé où ? s’écria Stephen en se relevant. Il a couru vers cette porte, non ?

Posté à 18h01 le 23/05/18

Le Dernier Moment (3/4)



Il s’en rapprocha, l’air énervé, et l’ouvrit à la volée, Ursaring le suivant de près. Il cherchait Aldebert du regard mais il n’y avait que Léo, qui était penché sur un clavier d’ordinateur, pianotant en vitesse quelque chose. Comme les autres étaient occupés avec le militaire en proie à la mort, l’écrivain bomba le torse et s’avança, l’air décidé, Ursaring sur les talons. Leurs bruits de pas firent sursauter Léo, qui se retourna avant d’éclater d’un rire de folie.

- C’est trop tard ! s’écria-t-il. J’ai terminé, je n’ai plus qu’à enclencher ma machine !
- C’est quand même pas un bouton d’auto-destruction ?
plaisanta Stephen. C’est d’un ringard, tellement cliché, aucun écrivain sérieux n’en utilise plus !
- Ho que non
, riposta Léo en reculant lentement vers un des deux grands cylindres derrière lui. Je vous ai montré quelques une de mes plus belles trouvailles… Mais il est temps de mettre en œuvre le fruit de mes recherches !
- Encore une Chimère ?
s’étonna Stephen en fronçant les sourcils. Ce n’est pas parce qu’elles ont des physiques originaux qu’elles sont nécessairement redoutables, on a battu toutes les autres, alors, tu penses bien qu’on fera pareil avec les nouvelles ! Puis, tu la caches où ?
- Dans mon autre téléporteur, il y a plus de vingt Pokémon, triés sur le volet pour offrir à la Chimère humaine les plus puissantes armes de la nature et les meilleures protections !
s’exclama Léo en désignant l’autre cylindre de l’autre côté. Ce sera une Chimère Parfaite !
- Attends, Chimère humaine ?
répéta Stephen. Mais… Tu vas quand même pas…
- Bien sûr que si !
s’écria Léo alors que le téléporteur derrière lui s’ouvrait pour le laisser entrer. Je l’ai dit, je ne reculerai devant rien pour permettre la concrétisation des Plans de Dieu !

Et sans plus attendre, il s’engouffra à l’intérieur. Stephen eut tout juste le temps de faire quelques pas vers lui que le cylindre se refermait et commençait à émettre un grand bruit strident. L’écrivain recula, soudain inquiet. Il regarda tout autour de lui, cherchant une manière d’interrompre le programme, et se précipita vers l’ordinateur d’où Léo avait commandé sa propre fusion. Il tenta plusieurs touches, mais rien ne semblait fonctionner, impossible d’annuler quoique ce soit. Une barre de chargement avançait, trop rapidement au goût de Stephen. Le cylindre dans lequel Léo était entré commençait à produire de nouveaux sons, comme si quelque chose était à l’étroit à l’intérieur.

Puis, pris d’une soudaine idée, Stephen se mit à fouiller ses poches et en retira une clé USB, dans laquelle se trouvait une version de Kate. Il chercha rapidement de quoi l’introduire, et y parvint alors que le chargement était à 71%. Le visage de Kate s’ouvrit alors dans une autre fenêtre.

- Qu’est-ce que je peux faire ? demanda-t-elle d’un ton neutre
- Annule la téléportation ! s’écria Stephen. Vite !
- Impossible,
répondit Kate. C’est trop tard.
- Hé merde,
fulmina l’écrivain en se frappant le front de la main. Merde merde merde !
- Mais par contre, je peux altérer les données du programme en parallèle.
- De quoi ?
- C’est en cours, c’est tout ce que je peux faire.
- Attends, et ça va faire quoi, exactement ?
demanda Stephen en fronçant les sourcils.

Kate ne lui répondit pas. La barre de chargement continuait de progresser. Pas très rassuré, Stephen se mit à reculer, pour se tenir le plus loin possible des cylindres sous pression, au cas où la créature qui en sortirait puisse attaquer à distance. Finalement, le bruit strident cessa et la porte par laquelle Léo était entré précédemment s’ouvrit. Et lorsqu’il vit la créature en sortir péniblement, l’écrivain comprit ce que Kate avait voulu dire par « altérer le programme ».

La créature qui en sortir était aussi affreuse qu’elle n’était gigantesque. Elle se tenait dressée comme un I dans le tube, prenant tout l’espace possible et dévoilant son bas ventre ainsi que ses innombrables pattes. La structure de son corps aurait pu faire penser à un Brutapode, si toutes ses jambes n’avaient pas été si différentes et de tailles si variables. Il y avait beaucoup de diversité, et l’écrivain crût reconnaitre des pattes de Galifeu, de Maraiste ou encore de Canarticho, mais certaines d’entre-elles semblaient tout simplement désarticulées. Mais le plus horrible de cette première vision, c’était les organes qui semblaient sortir du ventre, à peine retenu par la peau trop fine, ainsi que les poches de sang qui s’écoulaient à rythme régulier par terre depuis des artères qui s’arrêtaient brutalement en dehors du corps de la Chimère.

Malgré cet état indéfinissable, la créature s’extirpa du cylindre, retombant lourdement sur ses nombreuses pattes, tout en laissant échapper des plaintes depuis plusieurs gueules, qui semblaient être éparpillées un peu partout sur ce qui lui servait de visage. Les yeux de la Chimères étaient tout aussi mal disposés, comme le fruit d’un cruel hasard. Une patte aux doigts crochus, qui rappelait les bras des Sablaireau, se tendit vers l’écrivain avant de se crisper sur son propre visage, criant à nouveau sous la douleur.

- Qu-Qu’est-ce que tu m’as fait ! s’écria l’imposante Chimère ratée d’une voix perturbante qui rappelait néanmoins vaguement celle de Léo. J’étais…. j’étais censé devenir parfait, parfait, parfait !
- Alors, heu… Je vais m’absenter…
, s’excusa Stephen en se rapprochant de la sortie
- RESTE ICI, s’écria la chimère en se dressant sur quelques unes de ses pattes, vacillant à cause de la disparité de celles-ci, puis retombant par terre en s’élançant vers l’écrivain.
- AU SECOURS ! cria Stephen en courant.

Attirés par les cris, le Colonel et Isaac entrèrent dans la pièce. Mais en voyant Stephen courir comme un dément vers eux, poursuivi par la gigantesque créature de cauchemar, ils s’écartèrent rapidement et, une fois l’écrivain passé, ils refermèrent la porte et se tinrent devant celle-ci pour empêcher la créature d’entrer. Le choc que Léo provoqua en s’y cognant faillit les faire lâcher et le Colonel fit signe aux Pokémon de leur prêter main forte au cas où il recommencerait.

- C’est quoi ce bordel ? s’écria Isaac. Il vient d’où, ce monstre ?
- C’est Léo… il était en train de se changer en Chimère, et j’ai demandé à Kate de l’en empêcher…
- Ha oui, super, beau succès !
répliqua le Colonel, cinglant.
- J’ai paniqué, ok !? s’exclama l’écrivain. Je ne pensais pas que ça ferait ce… cette chose…
- Kate a déjà fait un truc dans le style, avec le Porygon spécial de Pluton
, rappela Isaac. Sauf qu’il n’était pas viable…
- Léo ne l’est peut-être pas beaucoup plus,
proposa le Colonel avant qu’ils ne soient secoués d’un nouveau choc, tenant toujours bon.
- C’est vrai qu’il avait l’air vachement mal en point, il perdait des litres de sang… lança Stephen. Il va peut-être mourir de lui-même…
- Mouais, encore faut-il tenir pour qu’il ne nous tue pas avant,
répliqua Isaac, pas très rassuré.

Il jeta un coup d’œil par terre. Ils avaient soigné au possible le Colonel Von Stradonitz et arrêté les hémorragies, mais impossible de dire s’il s’en sortirait. Puis il regarda l’autre porte, à quelques mètres d’eux. C’était celle que protégeait Léo, à la base. C’était donc surement là que se trouvait Aldebert… Si proche d’eux.

- Colonel ! s’écria-t-il après avoir tenu un autre choc de derrière la porte, ponctué par des cris de rage de la Chimère. Vous pensez que vous tiendriez sans moi ?
- Possible, vous avez un plan ?
demanda-t-il.
- Aucun, mais Aldebert est surement là ! lança-t-il en relâchant la porte pour s’élancer vers la pièce du fond.
- Mr Holley, attendez ! s’offusqua le Colonel. Vous ne pouvez pas partir tout seul comme ça !
- Vous avez raison, je vais l’aider !
répondit le vieil écrivain en suivant les pas d’Isaac, laissant le Colonel avec Mackogneur, Ursaring, Scalproie et Métang pour maintenir la porte.
- Mr Shelley ! protesta Cornell. C’est pas ce que je voulais dire !

Mais c’était trop tard. Suivi de Fibonacci et de Stephen, Isaac avait déjà la main sur la poignée de la porte qui le séparait de son père adoptif et de l’homme à l’origine de toute cette guerre.

________________________________________


Aldebert était resté debout, toujours presque immobile, face au Professeur Higgs qui l’observait avec une certaine attention. Le silence pesant fut enfin rompu lorsque la porte, à l’autre bout de la pièce, s’ouvrit à la volée, laissant entrer Isaac, Stephen et Fibonacci. Entendant son fils adoptif crier son nom, Aldebert se retourna, surpris, tandis que le Professeur Higgs perdait son sourire, fronçant les sourcils.

- Isaac ? Stephen ? s’exclama le Professeur Caul, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Mais … qu’est-ce que vous faites ici ?
- Tu ne pensais pas que j’allais rester les bras croisés
, lui répondit Stephen en se rapprochant à pas vif, tout en observant Higgs derrière la vitre avec méfiance.
- Mais… comment diable êtes-vous entrés ici ? les questionna le Professeur Caul, blêmissant. Vous… Vous êtes en danger, bon sang !
- Et toi pas, peut-être ?
répliqua Isaac en croisant les bras, l’air sévère. T’es pas un peu fou de te jeter tout seul dans le pétrin ?
- Loin de moi l’idée de mettre un terme à ces retrouvailles émouvantes
, les interrompit soudain le Professeur Higgs avec une mine agacée. Mais nous étions occupés.

Soudain, sortant du sol à leurs pieds, Amos le Noctunoir attrapa Isaac et Stephen à la gorge, les soulevant tous les deux de quelques centimètres du sol tandis qu’ils se débattaient en vain. Aldebert poussa un cri d’effroi et de contestation tandis que Fibonacci et Chapignon s’élançaient pour sauver les humains, avant de s’arrêter précipitamment, comprenant qu’Amos se servait de leurs corps comme de boucliers. Le Spectre recula, suivi par les Pokémon, qui étaient prêts à intervenir à la moindre occasion. Quand, enfin, ils furent assez reculés, Aldebert remarqua avec effroi qu’une vitre similaire à celle qui l’empêchait de toucher Higgs sortait du sol, afin de séparer la pièce à nouveau et l’isoler de ses amis et des Pokémon. Chapignon n’eut pas le temps de rejoindre son dresseur qu’ils étaient dissociés, et le Pokémon roua la vitre de coups, en vain, provoquant tout juste quelques bruits sourds. Amos relâcha alors les deux hommes, qui tombèrent à genoux par terre, la main sur la gorge pour reprendre leur respiration, puis il s’enfonça dans le sol malgré les attaques d’un Fibonacci particulièrement remonté. Enfin, une fois leurs esprits retrouvés, Stephen et Isaac se jetèrent sur la vitre et la frappèrent de toutes leurs forces avec Chapignon, criant le nom d’Aldebert. Ce dernier, épouvanté, semblait désarçonné. Il se retourna finalement vers Higgs, tremblant de colère.

- Tu es fou, tu aurais pu les tuer ! s’exclama-t-il, furieux.
- Et c’est justement l’une des choses que tu pourrais empêcher si tu acceptais mon offre, souligna Higgs avec un sourire pernicieux, croisant les doigts devant lui tandis qu’Amos reprenait sa place dans son dos.
- Al’, quoi que ce soit, n’accepte rien venant de cet enfoiré ! s’écria Stephen depuis l’autre côté.
- C’est un piège, ça ne peut-être qu’un piège ! continua Isaac. Il va te tuer !
- Allons, si j’avais vraiment voulu te tuer, j’aurai eu mille occasions
, précisa Higgs dans un soupir en écartant les bras. Pourtant, tu es toujours là, en face de moi, et je te propose ni plus ni moins qu’une place aux côtés de Dieu dans ce nouveau Paradis en construction.

Aldebert semblait particulièrement désarçonné. Son regard passait frénétiquement de droite à gauche, comme à la recherche de quelque chose. Derrière lui, les jérémiades d’Isaac et de Stephen se poursuivaient, l’empêchant de réfléchir correctement. Il finit par baisser la tête, l’air abattu et déconfit. Il la releva après quelques secondes, croisant le regard de son ancien ami avec qui il était resté fâché pendant tant d’années et qui, malgré tout, désirait le voir à ses côtés. Subitement, les appels d’Isaac et de Stephen semblèrent cesser, tout comme le reste de l’ambiance sonore. A nouveau, Aldebert avait l’impression d’être seul à seul avec Oscha, perdu dans un recoin de l’Univers, loin de toute réalité. Le Professeur Caul déglutit et fit un premier pas en avant, sans cesser d’observer Higgs qui souriait d’un air victorieux.

- Papa ! cria Isaac, ramenant soudainement Aldebert à la réalité, figé dans son mouvement. Si tu fais ça, tu nous condamnes tous ! Moi, Stephen, Elodie…

Aldebert sentit des larmes lui monter aux yeux. Il renifla et frotta sa manche pour enlever l’humidité, puis adressa un regard interdit à Higgs, dont le sourire avait disparu à nouveau. Le Ministre soupira et fit quelques pas vers le côté, ouvrant la portière d’un petit frigidaire.

- Tu veux quelque chose à boire ? demanda-t-il d’un ton agacé, en lui tournant le dos. Café, vin, soda ? Tu es toujours amateur de soda, non ?
- Oscha, qu’est-ce qu’il arrivera aux autres si je venais à accepter ta proposition ?
demanda Aldebert, reprenant peu à peu contenance.
- Aucune idée, répondit Higgs, sans plus le regarder, affairé à verser le contenu d’une bouteille dans un verre. Juste quelques hypothèses.

Il se retourna, un verre de vin dans une main et une canette de Soda Cool dans l’autre. Il désigna cette dernière à Aldebert d’un air interrogateur, mais, peut-être pour la première fois de sa vie, le Professeur Caul n’y prêta pas attention.

- Comment ça, des hypothèses ? demanda Aldebert, inquiet.
- Je te l’ai dit, nous serons tous les deux juges, ou plutôt conseillers, de Dieu, lui rappela Higgs en se redirigeant vers son fauteuil. Mais lorsque notre avis différera, ce sera à Dieu que reviendra la décision finale.
- Donc, tu désireras toujours exterminer les hommes ?
demanda Aldebert, l’air peiné.
- Oui, répondit Higgs en s’asseyant confortablement après avoir déposé la canette à ses pieds. Qu’il s’agisse d’amis à toi ou de mes collaborateurs, je juge que tous doivent disparaitre pour que commence réellement l’Ere de Dieu. Je n’en démordrais pas.
- Mais c’est à la machine, enfin, « Dieu », que reviendra la décision finale si je demandais à épargner quelqu’un ?
persista Aldebert.
- C’est ça, confirma Higgs avant de boire une gorgée de vin. Cela dépendra de ta manière de défendre leur cas.
- C’est ridicule !
s’écria Stephen, irrité. Al’, ce type a lui-même réglé sa saloperie de machine, tu penses bien qu’il saura comment s’y prendre ! Sa proposition n’est qu’une façade, une offre en carton ! Il aura toujours le dernier mot, quoiqu’il arrive !

Isaac n’ajouta rien, mais son visage voulait tout dire. Il était entièrement d’accord avec l’écrivain. Higgs voulait simplement faire subir à Aldebert une sorte de supplice éternel, en l’obligeant à assister à son succès à ses côtés et à le rendre impuissant malgré ses promesses. Forcer Aldebert à voir le monde s’écrouler tout autour de lui. C’était en tous les cas leur vision des choses. Le Professeur Caul adressa à son ami un regard pétrifié, comprenant bien qu’ils avaient certainement raison. Il regarda à nouveau Higgs, qui fronçait les sourcils et regardait maintenant Stephen Shelley avec antipathie.

- Alors c’est pour ça ? demanda Aldebert, serrant les poings, tout doucement gagné par la colère. Tu veux juste me faire souffrir au de-là de la mort ? Mais ça ne marchera pas ! Parce que ta proposition, tu peux te la …
- T’ai-je déjà montré les pouvoirs de Dieu en action ?
l’interrompit soudain Higgs en levant le bras gauche avant de claquer des doigts.

Aussitôt, le plus grand des écrans derrière lui s’alluma, donnant une vision du dehors depuis le dos d’un Génesect. Aldebert devint soudainement livide, perdant toute la prestance qu’il avait gagné quelques secondes avant. Isaac poussa une exclamation horrifiée tandis que Stephen faisait un pas en arrière, la main sur la bouche. Chapignon et Fibonacci, quant à eux, eurent un petit mouvement de recul, dévisageant Higgs mais ne comprenant pas aussi bien la situation.

Dehors, les Génesect s’étaient rassemblés par terre. Le sol était jonché de pièces métalliques et de gravats. Mais, ce qui effrayait tant les humains, c’était le fait que Mewtwo était étalé par terre, maintenu au sol par cinq Pokémon robotiques, tandis qu’Elodie, pas très loin, était ligotée par des câbles et surveillée par d’autres Génesect. Les deux étaient couverts de blessures, et l’ingénieure se remuait péniblement, prise de quintes de toux régulières.

- Je… Je ne comprends pas… bredouilla Aldebert en observant la scène, saisi d’inquiétude pour sa fille adoptive. Qu… Qu’est-ce qu… Elodie…
- C’est vrai que tu n’es pas au courant,
répliqua Higgs en se frappant le visage avec la main gauche, toujours assis dans son siège, sans avoir pris la peine de se retourner pour observer de lui-même la scène. Tu sais depuis longtemps, je crois, que j’ai ordonné la création d’un Clone du Pokémon Mew, un être particulièrement puissant ?
- Oui… confirma Aldebert. Mais… Je pensais que…
- Que ton ami, le Professeur Millstein, lui avait permis de s’enfuir tranquillement ?
compléta Higgs avec un petit rire satisfait. Sauf que non, ça encore, c’était prévu. Mewtwo a rejoint mes rangs à plusieurs reprises, sans même le savoir au début. J’avais de très grands projets pour lui. Mais le Dr Vygotsky m’avait mis en garde à son sujet, selon quoi la mort des clones autour de lui pouvait avoir eu des résultats dangereux. J’ai compris qu’il risquerait de me trahir. Et finalement, ce jour est arrivé à un moment des plus critiques…

Il soupira et fit pivoter son fauteuil pour enfin observer la scène. Mewtwo était toujours au sol, se débattant à peine, bien trop blessé à ce stade pour sauver sa peau.

- Je lui ai tout offert, lança Higgs d’un air mélancolique. Son organisme a été des plus favorisés et il a qui plus est obtenu l’égard de Dieu… Mais ce que Dieu donne… Il peut aussi le reprendre…

C’est à ce moment qu’atterrirent huit Génesect, transportant une machine qui ressemblait très fort à celles qu’on retrouvait dans les Centres Pokémon, le fabuleux système de soin qui avait permis au Professeur Higgs d’atteindre les sommets. La seule différence était l’absence d’une plateforme pour y disposer des Pokéball. A la place, plusieurs câbles sortaient du dispositif. Les Génesect les attrapèrent et commencèrent à les attacher à différentes parties du corps de Mewtwo qui, s’il redoubla d’effort pour se dégager de là, ne parvint pas pour autant à les en empêcher. Puis, quand ils eurent fini, les Pokémon robotique s’envolèrent, s’écartant en vitesse du Clone qui se releva péniblement. Il était à peine debout quand la machine commença à produire un sifflement aigu, vite couvert par les cris de douleur de Mewtwo. Le Pokémon violet tituba, tenant sa tête entre ses mains comme si celle-ci était sur le point d’exploser. Il tenta ensuite d’arracher les câbles, sans y arriver. Puis, dans un dernier soubresaut, il eut comme un haut-le-cœur et cracha par terre un mélange de sang et d’autres liquides inconnus. Il se répéta à quelques reprises, sous les plaintes d’Elodie, qui assistait elle aussi, impuissante, à ce spectacle. Enfin, après quelques secondes, Mewtwo chancela et tomba à terre.

- Pourquoi… Pourquoi est-ce que tu as fait ça… demanda Aldebert, la main sur le ventre, ne se sentant pas très bien après avoir vu un tel spectacle.
- Il refusait finalement le destin merveilleux que nous lui avions promis, lança simplement Higgs en se détournant à son tour tandis que les Génesect se rapprochaient à nouveau du corps sans vie. Voici le châtiment qui attend ceux qui se détournent de Dieu.
- Et pourquoi est-ce que tu me montre ça ?
cria Aldebert, à nouveau en colère. Tu crois que je ne savais pas de quelles choses horribles ton soi-disant dieu est capable ? Tu oublies que j’étais là, ce jour-là, et que je m’en souviens !
- Ce n’est pas pour te faire peur,
lança Higgs. Juste pour te convaincre. Regarde mieux.

Aldebert fronça les sourcils, toujours énervé, et fixa à nouveau l’écran. Les Génesect détachaient les câbles du corps de Mewtwo. Une fois qu’ils eurent terminé, ils se tournèrent alors soudain vers Elodie, toujours ligotée, et avancèrent lentement vers elle. L’Ingénieure, tout comme Mewtwo avant elle, se mit à se débattre, des larmes apparaissant à ses yeux. Il n’en fallut pas plus pour qu’Aldebert se mette à crier.

- NON ! PAS ELLE ! NE FAIS PAS ÇA !

Aussitôt, comme s’ils répondaient à ses ordres, les Pokémon s’arrêtèrent à l’écran, immobiles alors qu’Elodie continuait de s’agiter avec de plus en plus de frénésie. Higgs, les doigts croisés devant lui, souriait avec satisfaction. Son vieil ami respirait avec difficulté, sans oser quitter l’écran des yeux. Stephen et Isaac, quant à eux, restaient sans bouger, incapables de dire quoique ce soit.

- Tu vois, Al’, reprit le Professeur Higgs. Quand j’ai pris connaissance des risques que nous encourrions avec Mewtwo, j’ai cherché un plan B, un remplaçant pour son poste. Et finalement, c’est encore Vygotsky qui me l’a proposé. Le hasard a voulu que tu recueilles cette enfant du Programme juste après un traumatisme. Ce bon Docteur a alors gardé un œil discret sur toi et la jeune Elodie. Les résultats n’étaient pas assurés, et c’est pourquoi j’ai organisé la création de ces innombrables Génesect. Mais finalement, en la poussant à bout, il est parvenu à créer une créature aussi, voir plus puissante que Mewtwo ! Bien au de-là de ce que nous attendions des Infirmières du Programme original ! Elodie a toutes les aptitudes nécessaires pour devenir la Gardienne de ce nouveau Paradis à venir. Elle a les pouvoirs, mais aussi l’esprit et la morale nécessaire, puisque tu l’as toi-même éduquée avec ta vision des choses qui, malgré tout, ressemble bien plus à la mienne que ce que tu veux bien admettre.

Il s’interrompit quelques secondes et observa à nouveau Aldebert. Toute colère avait disparu. Il semblait désemparé, la mine défaite, comme s’il ne pouvait admettre d’avoir servi d’outils pour que le Professeur Higgs atteigne ses objectifs.

- Mais pour que cela fonctionne, il faut qu’elle accepte d’elle-même de se joindre à Dieu, reprit Higgs en fronçant les sourcils. Et c’est pour cela que j’ai besoin de toi. Si, ensemble, nous ne faisons qu’un auprès de Dieu, alors elle pourrait accepter de se plier à son destin. C’est soit ça… soit sa mort immédiate, des mains de Dieu lui-même. Alors, mon très cher Aldebert, quelle est ta décision ?
- Vous bluffez !
s’écria Stephen depuis sa vitre. Vous vous en fichez, d’Elodie ! Sinon, vous ne prendriez pas le risque de la perdre !
- Elodie n’est certes pas indispensable
, admit Higgs d’un mouvement de tête. Les Génesect peuvent très bien faire le travail. Mais il s’agit tout de même d’un atout non négligeable, que je me ferai une joie d’accueillir dans les rangs de Dieu. Mais cela ne dépend pas de moi.

Aldebert déglutit. Lui qui était persuadé quelques minutes avant qu’il ne devait pas accepter venait maintenant à douter. S’il n’acceptait pas, Elodie mourrait tout de suite, et tous ses proches suivraient inéluctablement le même destin. Alors que, s’il acceptait, Elodie serait sauve, et peut-être que, malgré les avertissements de Stephen, il parviendrait à sauver d’autres vies avec la sienne. Mais il serait tout aussi condamné à voir le triomphe d’Higgs.

Il regarda derrière lui. Isaac semblait sous le choc, incapable de dire quoique ce soit. Stephen, quant à lui, hochait lentement la tête de droite à gauche avec un regard suppliant. Chapignon et Fibonacci avaient cessé de frapper la vitre, puisque c’était inutile, mais paraissaient tout aussi troublés que leurs dresseurs respectifs. Le Professeur Higgs, enfin, attendait, sans rien laisser paraitre, mais serrant ses doigts les uns contre les autres de plus en plus fort. L’air de rien, il appréhendait le choix d’Aldebert.

- Très bien… marmonna finalement Aldebert dans un souffle, rompant le silence pesant qui s’était instauré. C’est d’accord… J’accepte ton offre.
- Al’…
souffla Stephen, dépité, en tombant à genoux.
- Merveilleux, s’exclama Higgs en se relevant d’un bond, un sourire aux lèvres. Dans ce cas...[/i]

La vitre qui le séparait de son vieil ami se mit soudain à se baisser, comme sur la portière d’une voiture, pour disparaitre dans le sol. Quand ce fut terminé, Higgs se déplaça vers le Cœur de Dieu et fit signe à Aldebert de le rejoindre. Ce dernier resta quelques secondes sur place avant de faire un pas malhabile devant lui. Il jeta un coup d’œil sur le plateau d’échecs. Il avait presque oublié que tout avait commencé par un simple jeu de société. La partie s’était interrompue depuis trop longtemps et il avait reçu beaucoup trop d’informations d’un coup pour s’en soucier. Néanmoins, son regard s’attarda sur la disposition des pièces, les sourcils froncés. Puis il se remit en marche, lentement, comme un condamné en route vers la potence. Chacun de ses pas lui demandait un courage tout particulier, surtout avec les cris de désaccord de Stephen et Isaac qui s’étaient ressaisis. Il aurait souhaité s’arrêter là, et que le temps en fasse de même. Mais il n’en était rien. Il continuait de marcher vers son destin, vers son ancien ami, et vers Dieu. Toutes ces années passées à essayer de le combattre alors que, sans le savoir, il formait en Elodie une figure importante de ses machinations. Pourtant, il n’y avait pas de regret à avoir.

En arrivant à un mètre du Professeur Higgs, il s’arrêta et mit ses mains dans ses poches, le regard baissé. Il sursauta quand son ancien ami lui tapota amicalement le dos et fut d’autant plus surpris de le voir sourire d’un air si bienveillant. Etait-ce vraiment sincère ? Manifestait-il réellement de la sympathie envers lui, après tant d’années de guerre froide, ou n’était-ce qu’un dernier effort d’acteur pour s’assurer de son entière collaboration ? Quoiqu’il en soit, Aldebert se laissa guider et il se rapprocha, au plus près de Dieu. Il observa son adversaire quelques instants. Il ne l’avait pas remarqué depuis la vitre, mais Oscha était plein de cernes sous les yeux. Après tout, ils n’avaient pas dormi depuis peut-être plus d’une journée, ce qui n’était plus très bon à leur âge. Higgs pianota sur l’écran tactile et une seconde encoche s’ouvrit, libérant un deuxième casque, exactement similaire à celui qu’il avait mis pour montrer comment il comptait fusionner avec Dieu. Comme c’était un peu haut, Amos l’attrapa et prit aussi le premier, qu’il amena aux deux vieux scientifiques.

- [i]Mon esprit est déjà informatisé
, rappela Higgs d’un air affectueux. Il faudra quelques heures au minimum pour faire de même avec le tien. Il suffit de tenir le casque sur ta tête, et le programme se chargera de scanner les données de ton cerveau. Quand ce sera fini, tu seras en mesure de te connecter, comme moi, à Dieu. Et lorsque nous mourrons, la sécurité sera levée, et nous ferons partie intégrante de Dieu.
- Il n’y a pas d’autres moyens de faire ça ?
demanda Aldebert.
- Ceci est le seul Cœur de Dieu équipé de ce genre de dispositif, précisa Higgs en baillant. Néanmoins, je n’étais pas certains que tu viendrais jusque moi, alors j’avais d’autres machines capable de te digitaliser l’esprit… J’aurai surement fini par te kidnapper puis on aurait déplacé le résultat via une simple clé USB… Mais c’est plus simple comme ceci, non ?
- Effectivement…
répondit Aldebert, amer, en observant le Cœur de Dieu de plus près, comme s’il cherchait quelque chose.
- Amos, tu veux bien aller nous chercher des sièges ? demanda Higgs en plaçant le casque sur sa tête. Que nous ne restions pas debout tout ce temps…, ça risque d’être long…

Le Noctunoir s’inclina respectueusement et fit volte-face pour récupérer ce sur quoi ils s’étaient assis durant la partie d’échecs. Une fois disposés, Higgs prit place dans le sien et s’y enfonça confortablement, baillant une première fois. Il invita ensuite Aldebert à faire de même, ce qu’il fit avant d’attacher le casque sur sa tête, malgré les protestations d’Isaac et de Stephen. Une fois que ce fut fait, il crispa le visage, imaginant qu’il allait recevoir un choc électrique qui ne vint pas. Puis, il regarda Higgs, s’attendant à ce qu’il prenne la parole.

- C’est tout ? demanda-t-il après un instant de silence.
- C’est tout, répéta Higgs avant de bailler une seconde fois. Je l’ai dit, ce sera long, mais je te propose de faire une sieste en attendant que Dieu intègre ton esprit… Toi comme moi sommes éveillés depuis bien trop longtemps et, tant que nous sommes encore des êtres de chaires de sang, ce n’est pas très bon… Alors… patientons…

Aldebert déglutit avant d’acquiescer et de se tourner vers les autres. Il ne s’en rendait compte que maintenant, mais lui aussi était fatigué. Fatigué de sa journée. Fatigué de cette guerre à peine entamée. Fatigué de sa lutte. Fatigué de perdre des proches. Fatigué de ce monde…

Il observait Isaac, Stephen et les Pokémon continuer de marteler la vitre de coups, provoquant les seuls bruits à parvenir à leurs oreilles. Le Professeur Caul ne disait rien et se contentait de soupirer, jetant sans cesse des regards vers Higgs. Celui-ci, dans son propre fauteuil, l’observait lui aussi, avec un sourire paisible.

Dans sa tête, le Professeur Higgs avait enfin gagné. Déjà maintenant, dans les pensées de Dieu, il profitait d’une plaine virtuelle, dans un calme absolument parfait. Le monde qu’il avait toujours rêvé de construire était plus que jamais en marche. Peu importe qu’il meurt dans les minutes qui venaient, maintenant. Il avait réussi. Il avait porté le Projet de Dieu jusqu’au bout, allant même jusqu’à convaincre son plus farouche opposant à se plier à la volonté de la Divinité de processeurs et de métal. Il pouvait maintenant profiter de ce repos bien mérité…
Le temps passa, lentement. Higgs se sentait de plus en plus emporté par la fatigue, abandonnant son esprit dans les méandres de Dieu, proche du succès. Soudain, cependant, le Colonel Cornell pénétra dans la pièce, lui aussi de l’autre côté de la vitre. Il était accompagné des trois Pokémon, qui étaient couverts de blessures. Apparemment, Léo avait fini par défoncer la porte, mais il n’avait pas fait le poids pour autant… Isaac et Stephen lui expliquèrent la situation et le vacarme reprit de plus belle, avec de nouveaux poings. C’était inutile, évidemment, mais ce bruit commençait tout doucement à courroucer le Professeur Higgs. Lui qui ne rêvait que de calme et de paix n’appréciait pas le chahut, d’autant plus qu’il essayait tant bien que mal de s’endormir pour regagner des forces. Chapignon semblait particulièrement remonté, et poussait maintenant des hurlements adressés à son dresseur tandis qu’il continuait de marteler la vitre, les poings en sang. Higgs adressa donc un regard à Amos, qui comprit directement. Le Spectre s’éloigna donc du Cœur de Dieu, disparaissant dans le sol avant de réapparaitre derrière les intrus pour entamer de les mettre dehors, profitant au maximum de son statut de spectre pour éviter les coups et les trainer plus loin. La bataille contre Amos débuta ainsi, provoquant beaucoup moins de sons que leurs manifestations, ce qui permit à Higgs de fermer les yeux, calmement…

Puis, soudain, après quelques minutes, alors qu’il était dans un état second, Higgs sentit Aldebert se lever près de lui. Il tourna la tête, inquiet, puis mit toutes ses forces à contribution pour se tourner dans son siège et voir ce qu’il se passait. Aldebert portait toujours le casque. Il s’était simplement rapproché du Cœur de Dieu. Oscha prit appuie sur ses bras pour se relever péniblement et vit alors qu’Aldebert triturait quelque chose dans sa poche. Ce n’est qu’en le voyant sortir une simple clé USB et l’insérer dans un des quelques supports qu’il avait prévu pour le Plan B qu’il se releva, soudain bien réveillé, l’air fâché.

- Qu’est-ce que tu fais ? s’écria-t-il, en colère. Amos !

Le Noctunoir lâcha immédiatement Isaac, qu’il trainait au sol en esquivant les coups de Fibonacci et de Chapignon. Aussitôt, il disparut dans le sol pour réapparaitre derrière Aldebert, l’air fâché. Ce dernier venait de sursauter en voyant Oscha bouger, le pensant endormi. Il avait la tête d’un enfant coupable pris sur le fait.

- J’ai changé d’avis, murmura-t-il. En fait, je n’ai jamais voulu…
- Franchement, Al’, et tu crois qu’un virus peut détruire Dieu ?
s’exclama Higgs alors que le Noctunoir se saisissait des bras d’Aldebert par derrière pour l’empêcher de bouger. Tu es ridicule !
- Ce n’est pas un virus
, répondit Aldebert dans un souffle. Tu n’as qu’à voir par toi-même…

Higgs fronça les sourcils et observa la clé USB. C’était certainement déjà trop tard pour l’en retirer sans conséquence… Il soupira et adressa un regard mauvais à Aldebert.

- Dire que j’ai cru que je t’avais convaincu… Mais soit… Laisse-moi rire de ton tour de passe-passe, avant de régler votre sort à tous…

Et il ferma les yeux, s’abandonnant à Dieu.

Posté à 18h11 le 23/05/18

Le Dernier Moment (4/4)



L’esprit de Higgs ouvrit les yeux au milieu d’une vaste plaine d’herbes vertes. Le ciel était d’un bleu clair et le faux soleil donnait tout de même l’agréable sensation de chaleur sur son corps, simple avatar, amas de données parfaitement rangées. Il y régnait un silence paisible. Rien ne semblait se passer. Tout était comme cela avait toujours été. Il fronça les sourcils. Surement le virus d’Aldebert avait-il de suite été neutralisé par Dieu… Mais cela semblait trop beau, trop simple, venant de son vieil ami.

Il soupira, patient. Ce qu’il se passait dans le monde réel n’avait aucune importance. Les amis d’Aldebert ne pouvaient toujours pas l’atteindre et Amos maintenait solidement ce dernier. Ils avaient fait tellement de bruit… Au moins, dans quelques jours, peut-être même quelques heures, il pourrait gouter à la quiétude et à la paix de son monde, de son Paradis.

Puis, enfin, quelque chose sembla se matérialiser devant lui. Il plissa les yeux, avant de les écarquiller en reconnaissant la personne qu’il avait en face de lui. Il déglutit et se rapprocha, n’en croyant pas sa vision.

- C’est impossible… susurra-t-il. Comment…
- Bonjour, Oscha
, lança une voix qu’il reconnaitrait entre mille. Cela faisait … soixante ans, je crois ? Ou peut-être quelques mois, seulement… A moins qu’il ne s’agisse de millénaires ? J’ai perdu la notion du temps.

Oscha Higgs s’arrêta, complètement désarçonné. Pour la première fois de sa vie, il ne savait pas quoi dire.

- Rémus… finit-il par placer. Tu… Tu es…
- Pas vraiment vivant, faut se l’avouer
, répondit l’entité qui avait la forme de son frère à l’époque de leurs vingt ans, avec un sourire. Mais Aldebert a fait un excellent travail avec ses deux amis.
- Mais… comment…
- Al’ pouvait communiquer avec moi
, lança Rémus. Il m’avait gardé en souvenir, au fond de son cerveau, malgré l’action des Zarbi sur mon existence. Il avait juste besoin de petit coup de boost pour qu’on puisse librement communiquer. Lui et son ami écrivain ont alors passé des années à collecter assez d’informations pour qu’un informaticien, qui je dois avouer était brillant, ne fabrique mon esprit de toute pièce ! En gros, c’est comme si Aldebert avait fait un gigantesque puzzle de mon esprit et que ses deux amis avaient mis un alliage de colle spécial pour que le tout tienne correctement ensemble. Et au final… Me voilà !

Il s’inclina puis adressa un grand sourire à son frère, toujours figé par la surprise, ne sachant comment réagir. Finalement, Oscha fit quelques pas et tendit un bras pour le toucher, comme pour se persuader qu’il était bien là. Mais il l’avait à peine effleuré que le ciel bleu se mit à noircir. Il leva les yeux au ciel et étouffa une exclamation d’horreur. Tout ce qui l’entourait était en train de disparaitre, comme dévoré par le néant, des Zarbi apparaissant et se détachant les uns des autres avant d’être entrainés dans une bourrasque soudaine. Les arbres et les herbes de la plaine fanaient sur place avant de partir en poussière à une vitesse hallucinante. Oscha observa, paniqué, le monde de Dieu s’écrouler tout autour de lui, dans un ballet de Zarbi qui lui rappelait ce triste jour où ils s’étaient vus pour la dernière fois puis il se retourna en entendant son frère ricaner.

- Qu’est-ce… qu’est-ce que tu as fait… bredouilla-t-il à son frère tandis que les alentours disparaissaient petit à petit.
- Rien du tout, répondit Rémus en haussant les épaules. Mais il faut croire que ton « Dieu » n’apprécie pas de me revoir. Après tout, pour lui, je suis censé n’avoir jamais existé. Alors voir mes données implémentées à l’intérieur de lui-même, ça doit lui faire un choc.
- Non… C’est impossible !
s’écria Oscha en continuant d’observer le monde qui l’entourait s’assombrir. Quand bien même, ils n’ont pas pu créer une réplique aussi parfaite de toi ! Dieu n’a pas à réagir ainsi !
- Je ne suis peut-être pas Rémus à 100%
, admit son frère en levant la main droite d’un air négligent. Mais tu oublies que les seules personnes pour qui je continue d’exister sont en ce moment même connectées à Dieu, qui lui-même a du conserver, éparpillées de toutes part, les particules de mon existence ! Alors, tu penses bien, c’en est trop pour lui !

Oscha en était bouche bée. Il était lui-même un des rouages qui actionnait la fin de Dieu, et avait poussé Aldebert à placer les deux derniers correctement, sans se douter de ce qu’il arriverait. Secoué, il fit un pas en arrière, puis sentit que son propre corps, ou plutôt l’avatar de son esprit, était en train de disparaitre, tout comme le monde de Dieu, comme si les Zarbi qui le composaient étaient aspirer vers le néant. Il adressa alors un regard suppliant à Rémus, tendant le bras vers lui.

- Rémus, arrête-ça !
- Moi, mais je n’y suis pour rien
, répondit Rémus en haussant bras et épaules. C’est cette machine qui s’autodétruit, dans l’espoir de me détruire, moi. Mais Mr Stearns m’a aussi fourni de quoi résister. Je continuerai de fuir la foudre Dieu à l’intérieur de celui-ci, jusqu’à ce qu’aucun de nous deux ne puissions plus exister du tout ! Tu disais qu’il y avait neuf autres Cœurs? Je fuirai à l’intérieur de ceux-ci, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune échappatoire !

Oscha écarquilla les yeux. Ainsi, son frère, celui pour qui tout avait commencé, celui-là même qui l’avait poussé dans les rangs de Dieu, était en train de détruire tous ses rêves, tous ses plans. Il était en train de forcer Dieu à appliquer sur lui-même le châtiment qu’il avait subi autrefois, tout ça pour mettre à bien sa première punition d’il y a 62 ans. La réplique de son esprit partait en miette, et il ne pourrait bientôt plus rien faire ici, de nouveau piégé dans le Monde réel qu’il comptait détruire.

- Rémus… S’il-te-plait…
- A la revoyure, Oscha !
répondit-il d’un grand sourire compatissant. C’était un plaisir de te revoir ! Dis bonjour à Amos pour moi !

Et enfin, une bonne fois pour toute, son avatar, son lien avec le Divin, fut détruit, ainsi que toute connexion avec Dieu par la même occasion. Et il rouvrit les yeux, dans la réalité.

________________________________________


Aldebert était toujours maintenu par Amos, incapable de bouger et trop fatigué que pour s’agiter. Il regardait d’un air inquiet le corps de son vieux camarade, le casque sur la tête, les yeux fermés. Lorsqu’enfin il les rouvrit, Higgs semblait exténué, comparable à un athlète qui venait de courir le marathon. Il respirait avec difficulté, et paraissait particulièrement troublé. Il avait la tête baissée et la main sur la poitrine, au niveau du cœur. Quand enfin il releva la tête, il adressa un regard implorant à Aldebert, incapable de dire quoique ce soit, haletant toujours. Finalement, il déglutit et tourna la tête pour observer le Cœur de Dieu.

La colonne de métal dans laquelle il avait posé tous ses espoirs était toujours là, droite, presque fière. Mais aucun de ses boutons ni de ses voyant n’était allumé. L’écran tactile, lui aussi, était éteint. Comme tout le reste. Même les innombrables machines qui lui étaient reliées ne produisaient ni bruit, ni lumière, ni aucune manifestation. Plus rien de fonctionnait à l’intérieur de Dirigeable, pas même ses écrans de surveillance. Tout semblait mort, comme privé d’électricité.

Higgs s’approcha du Cœur de Dieu et posa sa main dessus. Le métal s’était déjà refroidi. Toutes ses années de recherches. Toutes ses machinations. Tous ses sacrifices. Tout était maintenant réduit au néant.

- Alors, comme ça… Tu voulais le retrouver ? demanda-t-il à Aldebert avec un rire nerveux en faisant signe à Amos de le relâcher.
- C’était mon ami, comme toi à l’époque, confirma le professeur Caul en se frottant les poignets après avoir été libéré. Mais… Qu’est-ce qu’il s’est passé, exactement ?
- Peu importe…
murmura Higgs en serrant le poing. C’est terminé pour moi, à présent… Dieu… Dieu n’est plus…

Amos, baissant la tête d’un air mauvais, disparut soudainement dans le sol, abandonnant le Professeur Higgs avec Aldebert. De l’autre côté de la vitre, Isaac, Stephen, le Colonel et les Pokémon observaient la scène, sans comprendre ce qu’il se passait. Ils chuchotaient entre eux, évoquant des hypothèses et se demandant quoi faire quand ils entendirent du bruit derrière eux.

- Je croyais qu’il avait fini par mourir de lui-même, lança Isaac en se retournant, l’air sombre, en faisant un geste à Fibonacci pour se préparer.
- Il l’est, je peux vous l’assurer, répondit le Colonel en se mettant tout de même en position de cogner. Mais c’est peut-être le Noctunoir qui revient à la charge finir le travail…

Stephen ne répondit pas, se plaquant plutôt contre la vitre pour éviter de devoir se mêler du combat, Ursaring devant lui. Mais quand il vit la fine silhouette ouvrir calmement la porte, il passa à côté de son Pokémon pour se précipiter vers elle, tout comme Isaac et le Colonel.

- Elodie ! s’écria l’écrivain. Tu es vivante !
- Le ciel soit loué, tu as réussi à t’échapper de là !
s’écria Isaac avec euphorie.
- Content de vous revoir en vie, mademoiselle Ross, lança le Colonel, avec un sourire sincère.

L’ingénieure ne répondit pas, se contentant d’un léger sourire. Elle restait très fatiguée par son affrontement avec les Génesect. Elle avait d’ailleurs bien cru qu’elle allait y mourir, lorsqu’ils avaient fait mine de la connecter avec la même machine qui avait fait tant de mal à Mewtwo. Mais ils s’étaient tout simplement arrêtés de bouger soudainement, pour retomber simplement par terre, comme des jouets inanimés dont les piles auraient rendu l’âme. Elle en avait donc profité pour se dégager de ses liens et rejoindre ensuite ses amis, malgré ses très nombreuses plaies et brûlures, toutes plus profondes les unes que les autres. Elle était cependant heureuse de voir que ses trois amis n’avaient rien, surtout après avoir aperçu le cadavre du Colonel Von Stradonitz et des monstrueuses chimères dans le couloir. Quand enfin elle aperçut Aldebert, elle poussa un cri de surprise. Ce dernier était juste derrière le Professeur Higgs et il semblait être en train d’essayer de le réconforter.

- Je ne pensais pas… que ça produirait une telle chose… lui murmura Aldebert. Franchement… Je pensais juste que Rémus… serait un meilleur juge que moi…
- Quelle ironie…
répliqua sèchement Higgs sans se détourner. C’est donc en t’ayant finalement convaincu que j’ai signé la fin de Dieu…
- Al’ !
s’écrièrent en chœur Elodie et Isaac. Tu vas bien ?
- Les enfants !
s’exclama-t-il en se retournant. Elodie, tu es saine et sauve !
- Attend, je viens te chercher…


Elodie ferma les yeux et se concentra. Aussitôt, la vitre, au lieu de voler en éclat, descendit, lentement, comme si on l’y forçait en appuyant par-dessus. Finalement, au bout de presqu’une minute entière, la voie était dégagée, et Isaac se précipita vers son père adoptif.

- Qu’est-ce que tu as fait ? demanda-t-il. C’était… un virus ? Patrick n’aimait pas le piratage, pourtant…
- Non, ce n’était pas un virus… Je t’expliquerai plus tard…
- Dépêchons !
les mit en garde Elodie. Le Dirigeable a perdu la boule. Il est en train de perdre de l’altitude et va s’écraser sur Argenta, si ça continue comme ça.
- Qu’est-ce qu’on attend pour sortir ?
demanda Stephen. Allez, vite vite !

Tout le monde pressa alors le pas, l’écrivain le premier, pour rejoindre la piste de décollage par laquelle ils étaient tous entrés. Si Von Stradonitz avait fini par rendre l’âme, ses Pokémon étaient toujours là, et Elodie pouvait aussi aider à descendre sans encombre. Aldebert était soutenu par Isaac. Mais au moment où ils allaient quitter la pièce une bonne fois pour toute, le Professeur Higgs leur cria quelque chose.

- Je n’ai pas perdu, Al’ !

Aldebert se figea, mal à l’aise. Isaac semblait le presser pour qu’il avance, mais le vieillard se retourna, l’air inquiet, vers Oscha. Ce dernier avait fini par faire volte-face, et il le fusillait du regard.

- Dieu n’est plus, tu l’as dit toi-même, répondit Aldebert.
- Al’, magne-toi, laisse-le ! lui disait Isaac.
- Certes, Dieu n’a plus d’influence sur le monde, désormais, reconnut Higgs. Mais ça ne change rien. L’homme est auto-destructeur. L’homme est mauvais. Il va poursuivre cette guerre pour d’autres raisons, et il finira par provoquer sa propre chute. Et si ce n’est pas lors de cette guerre, ce ne sera que partie remise. Il n’y a qu’une seule fin possible. Dieu était là pour accélérer les choses. Mais ça ne veut pas dire que son absence arrêtera tout subitement. Il restera toujours des personnes pour faire le travail à sa place. Comme c’était le cas avant qu’il ne prenne forme !

Aldebert restait bouche-bée. Il cherchait des mots pour répondre au Professeur Higgs, mais rien ne lui venait à l’esprit. Finalement, il se laissa entrainer par Isaac, laissant son ancien ami sans réponse. Ce dernier, désormais seul, soupira. Il sentait, sous ses pieds, son dirigeable perdre de plus en plus d’altitude. Il allait atterrir dans une ville encore atteinte des flammes de ses propres destructions. Le dirigeable n’allait pas tarder à prendre feu. Et il ne pouvait rien faire pour y réchapper. Il sentait des larmes perler à ses yeux. Après tant d’efforts, il avait échoué à créer son Paradis parfait. Finalement, une secousse du Dirigeable le fit trébucher et il retomba, au pied du Cœur de Dieu.

- Dieu, mon Dieu… dit-il en tendant le bras vers ce dernier. Pourquoi m’as-tu abandonné…

Soudain, apparaissant près de lui, il vit Amos, qui le regardait avec un air peiné. Il était venu lui faire ses adieux. Higgs se retourna vers le Pokémon et soupira. Mais quand il vit ce qu’il tenait en main, un dernier sourire apparut sur son visage.

- Amen… chuchota-t-il.

Au loin, le Professeur Caul et toute la bande s’étaient posés pour observer le dirigeable terminer sa chute. Comme prévu, il était à peine arrivé au sol qu’il prit feu, à cause des incendies qui régnaient encore dans Argenta après son passage. Sans rien dire, Stephen commença à tapoter le dos de son ami. C’était maintenant terminé…

_______________________________________________


Huit mois s’étaient écoulés depuis la mort du Professeur Higgs. Cependant, comme lui-même l’avait mis en garde, le monde n’avait pas pour autant retrouver sa paix immédiate. Au contraire, les 5 Etats étaient encore dans la tourmente. Prenant la mort du Professeur comme une tentative de désinformation, la plupart de ses hommes avaient continué à se battre pour lui, jusqu’à ce que de nouveau leader ne prennent les rennes pour des objectifs plus personnels. Plusieurs factions étaient nées, toutes dans le but de prendre le pouvoir, et les pertes civiles étaient de plus en plus nombreuses.

Même au sein de l’Armée, on avait noté plusieurs rebellions. La plus notable était celle de Générale en Chef Klein, qui avait trahit le Général Nobel à Kalos et sacrifié au combats tous les soldats qui ne souhaitaient pas la voir à la tête de l’Etat. Kalos était ainsi le premier des 5 Etats à basculer dans une nouvelle politique, plus brute, et à entrer ensuite en guerre avec les autres nations.
Unys n’avait pas tardé à suivre un sort similaire. Le Premier Ministre Faraday avait été tué par des hordes de dresseurs, qui avaient instauré un nouvel ordre à leur tour, chassant l’Armée et forçant les civils à participer aux combats. Puis, résistants, les habitants d’Unys étaient parvenus à reprendre la pouvoir, avec à leur tête un ancien Ministre de la Gestion, qui n’avait pas tardé à être le premier d’une longue liste d’assassinat pour le pouvoir.

Sinnoh, par contre, était parvenu à repousser les dresseurs et à les vaincre, au sacrifice de quelques villes autrefois parmi les plus peuplées de la région. La Première Ministre Robespierre était ensuite venue à la rescousse d’Hoenn, avec qui elle menait d’une main de fer la guerre contre l’état dissident de Kalos du Général Klein.

L’état de Kanto-Johto s’était à nouveau séparé, comme plusieurs siècles auparavant. Si l’Etat de Kanto avait fini par reprendre une vie presque normale, il en était autrement de Jotho, toujours secoué par les batailles. Le Général Planck était finalement tombé au combat contre les dernières membres de la Charité, une dizaine de femmes qui semblaient avoir pris le pouvoir et avaient instauré dix tribus alliés dans toute la région, dont le seul but était de tuer les civils autour et prendre de nouveaux territoires. Les dresseurs sous leurs ordres avaient, du plus, réussi à voler une grosse partie du matériel du Général Planck, les tanks en particulier. Mais une petite partie de l’Armée, menée par Patton et Luther, promu au grade de Colonel, était parvenue à s’en sortir. Ils s’étaient un moment réfugiés à Kanto pour prévoir avec le Général Hesse d’une marche à suivre.

Ainsi, le monde était toujours plongé en pleine tourmente. Mais, à Kanto, Aldebert et ses amis étaient à nouveau tranquilles. Ils n’étaient plus forcés de se cacher, et apportaient leur soutien au Ministre Darwin sans prendre part aux combats pour autant. Isaac fabriquait des Combinaisons et Elodie garantissait la sécurité d’unités en déplacement, n’ayant aucune envie de vraiment participer. Elle offrait aussi tout son soutien technologique et collaborait beaucoup avec le Colonel Luther. Cornell, promu Général, accompagnait Darwin partout et était un peu devenu le bras droit de son gouvernement. Stephen quant à lui, passait son temps à recueillir des témoignages, persuadé qu’ils seront utiles pour l’après-guerre.

Aldebert, enfin, était souvent convié à donner son avis, ou à fabriquer divers systèmes, voir à analyser des choses. On lui avait confié tout une équipe de scientifiques avec lesquels il collaborait sur des projets parfois un peu fous, surtout destinés à nourrir le peuple, à cause de la famine qui commençait à guetter. Mais quand il était seul, dans son laboratoire privé, et que ses enfants et ses amis n’étaient pas dans les parages, il travaillait, en secret, sur un tout nouveau projet. C’était plutôt simple, il n’avait que quelques ajustements à faire à la machine dont les plans lui avaient été confiés, un soir, par un Noctunoir…