Forum Fanfiction

Deus Ex Machina

Posté à 14h07 le 07/03/18

(suite du chapitre, trop long pour être posté en une fois)

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Lorsqu’enfin il se réveilla, Billy eut la surprise de se retrouvé couché dans un grand lit moelleux. Il était torse nu et couvert de bandages sur le torse et le crâne. Son bras gauche avait été plâtré et une écharpe passait derrière son cou pour le maintenir correctement. On lui avait mis un nouveau pantalon un peu vieillot. Il avait toujours mal à différentes parties de son corps, mais cela le confortait en un sens. Il était toujours vivant.

Il tenta tant bien que mal de se relever à moitié pour observer l’endroit où il se trouvait. Il s’agissait d’une grande chambre qui devait appartenir à un garçon de son âge et passionné de mécanique. Il y avait plusieurs images de différents véhicules, tous annotés à la main. Sur le mur, il y avait aussi tout une collection d’outils, telles des clé-à-molette, des tournevis, etc. Sur le bureau, il y avait des centaines de petites pièces de métal éparpillé, vis, boulon, etc.

Il entendit soudainement un petit bruit, semblable à un couinement. Il détourna le regard et aperçut une Mélofée, qui semblait très contente de le voir réveillé. Sans plus attendre, le Pokémon sautilla et ouvrit la porte de la chambre pour en sortir. Billy se frotta un instant les cheveux, hésitant, avant de se décider à se lever pour suivre le Pokémon.

Billy avançait prudemment et maladroitement, comme si ça faisait une éternité qu’il n’avait plus marché. Ses jambes lui paraissaient encore engourdies. Il descendit l’escalier en se maintenant à la rampe de son bras valide afin de suivre le Pokémon Fée qui l’attendait en bas de ceux-ci. Enfin arrivé en bas, Mélofée lui montra une porte avec un grand sourire. Apparemment, il y avait plusieurs personnes dans cette pièce, car Billy les entendait parler et rire. Le sbire déglutit, hésita un instant, puis frappa à la porte.

Les voix cessèrent subitement et, après quelques secondes d’un silence presque angoissant, la porte s’ouvrit sur un homme qui approchait surement de la cinquantaine d’année, portant un vieux pull en laine ainsi qu’un pantalon à bretelles. Il semblait à la fois très surpris et très content de voir Billy qui, pourtant, aurait été incapable de mettre un nom sur cet homme qu’il n’avait jamais vu. En retrait, un autre homme, d’environ 35 ou 40 ans, le regardait d’un air curieux, à côté d’une jeune femme à peine plus âgée que Billy qui, elle, semblait plutôt rassurée.

- Voilà notre criminel qui se réveille ! s’écria l’homme qui semblait le plus âgé en l’invitant à rentrer dans le salon. Venez, venez !

Si Billy s’était sentit un peu rassuré par les premières réactions qu’il avait suscité, l’emploi du mot « criminel » lui fit instantanément perdre son sourire. Il déglutit à nouveau et fit quelques pas à l’intérieur. Le salon disposait d’une grande télévision ainsi que de plusieurs fauteuils. Mais Billy restait debout, regardant ses hôtes avec appréhension.

- Vous nous avez fait peur, mon jeune ami ! poursuivit le vieux en refermant la porte. Je me présente, je suis le Professeur Caul, mais vous pouvez m’appeler Aldebert. Et voici Isaac, qui était avec moi quand je vous ai trouvé aux portes de la mort. Et la sublime jeune femme à côté s’appelle Elodie. C’est elle qui vous a généreusement prêté sa chambre le temps que vous vous reposiez.

Isaac fit un signe de tête à l’évocation de son nom tandis qu’Elodie lui adressa un grand sourire. Billy leur rendit un sourire, qui se changea cependant en grimace incontrôlée. Aldebert lui montra un fauteuil et l’obligea à s’asseoir, prétextant que son corps avait encore besoin de beaucoup de repos. Puis il s’assit lui-même à sa place et le jeune homme l’imita.

- Et vous ? demanda Isaac. Vous avez bien un nom ?
- Billy
, répondit-il. Billy Campbell. Je … Je ne sais pas comment je pourrai vous remercier…
- On allait pas laisser quelqu’un mourir comme ça
, fit remarquer Elodie.
- Elodie a raison, poursuivit Aldebert. Ne rien faire, c’est être coupable, un peu. Et je ne voudrais pas avoir une mort sur la conscience…
- Même si, dans votre cas, j’avoue que j’ai un peu hésité
, dit Isaac. Après tout, vous êtes un membre de la Team Rocket, n’est-ce pas ?

Billy baissa les yeux, l’air sombre. Aldebert semblait un peu décontenancé et mal-à-l’aise tandis que sa fille adoptive adressait à son frère un regard de reproche.

- Ça fait plus de deux ans que j’ai été embarqué dans cette galère, lança soudain le sbire. Je n’ai pas eu une enfance très facile depuis la mort de mes parents. Puis j’ai assisté à plusieurs évènements qui m’ont conduit à… à vouloir changer les choses. C’est pour ça que je suis rentré dans l’organisation, à la base.
- Comment ça ?
s’étonna Aldebert.
- Disons que je n’approuvais pas beaucoup le système politique… Le pouvoir est entre les mains d’une poignée de personnes. Je voulais changer cela, et c’était justement ce que proposait la Team Rocket.
- Et pour cela, vous n’hésitiez pas à provoquer des accidents, des cambriolages et des attentats
, dit Isaac.
- Nos chefs… ils parlaient comme personne ne nous avait parlé auparavant. Ils parvenaient à nous convaincre de faire les pires choses. Parfois, on hésitait, mais on était si nombreux que, finalement, il y en avait bien quelques-uns pour obéir, et le reste suivait.
- Mouais… ça n’empêche pas que des centaines, voire des milliers de personnes, sont mortes à cause de la Team Rocket.


Billy déglutit à nouveau. Les paroles d’Isaac lui faisaient presque aussi mal que les coups de pieds des dresseurs d’arène.

- Je suis coupable de tout ça, dit-il finalement en relevant la tête d’un air déterminé. Mais… je regrette. Je regrette tout. Je voudrais pouvoir tout réparer…
- Et c’est pour vous laisser cette chance que nous vous avons sauvé
, lança Aldebert. Vous êtes encore fort jeune. Vous avez toute la vie devant vous, Billy.
- Il y a plein de manières de se racheter
, dit Elodie d’une voix douce. A toi de choisir la bonne.

Billy croisa son regard et sentit son cœur se réchauffer. Oui, il y avait plusieurs moyens de se racheter. Et Billy avait justement une petite idée sur la voie qu’il allait prendre.

Ils parlèrent ensemble encore plusieurs heures, expliquant à Billy ce qu’il était advenu de la Team Rocket pendant son sommeil de plusieurs jours. La Team Rocket avait été vaincue par l’Armée. On estimait que 97% des membres avaient été fait captifs en attente d’un jugement. Les autres avaient été tués en tentant de se défendre et quelques rares sbires, comme Billy, étaient parvenus à en réchapper. Giovanni quant à lui s’était suicidé en sautant d’un immeuble après avoir été chassé de son repère par un jeune et talentueux dresseur. Partout dans les 5 Etats, on célébrait la fin de cette période de paranoïa constante qu’avait entrainée l’organisation.

Le Pokémon de Billy avait lui aussi été soigné par Aldebert, mais il s’était bien plus vite remis que son dresseur et traînait avec Chapignon, Mélofée et Fibonacci depuis lors. Aldebert et Isaac lui parlèrent d’ailleurs longuement de son Abo, car, étrangement, le Pokémon semblait ne ressentir aucune douleur. Billy leur avoua qu’un des scientifiques de la Team Rocket avait testé quelques expériences sur plusieurs de leurs Pokémon, mais il n’en savait pas plus.

Au fur et à mesure que le temps passait, Billy se décontractait et se sentait revivre. Il ria à une plaisanterie d’Elodie avant de ressentir une vive douleur aux côtes et dû se retenir le reste de la soirée afin de ne pas reproduire l’expérience. Ils passèrent ensuite à table et le sbire se rendit compte qu’il était affamé. Il se resservit près de trois fois des Bouchées à la Reine aux Gros Champi d’Aldebert, qui paraissait satisfait de voir quelqu’un autant apprécier sa cuisine. Elodie lui montra ensuite son atelier et il l’écouta parler sans avoir la moindre occasion d’en placer une. Puis ils retournèrent dans le salon, où Aldebert lui proposa une partie d’échec. Leur invité aurait préféré éviter, car il ne connaissait pas les règles du jeu, mais comme le vieux professeur insistait, il finit par accepter. Il avait déjà perdu presque deux tiers de ses pièces quand on sonna à la porte d’entrée. Isaac partit le temps d’ouvrir et revint accompagné de deux personnes. Mais lorsque Billy se retourna pour voir les nouveaux venus, il en eut le souffle coupé.

Devant lui se tenaient Dorothéa Crowfoot et Stephen Shelley. Ceux-ci eurent exactement la même réaction que lui en l’apercevant, c’est-à-dire qu’ils se figèrent sur place. Dorothéa en lâcha même la bouteille de vin qu’elle avait apporté, répandant son contenu sur le tapis. Ils n’avaient pas changé depuis deux ans, si ce n’est que Billy avait récupéré des bleus que l’écrivain lui avait donnés pour s’en prendre de nouveau il y a peu. Car leur dernière rencontre remontait au moment où, lors de la Prise de la Sylphe, Billy gardait les otages au huitième étage. Puis, sans crier gare, Stephen se jeta sur lui et le souleva par le col.

- Tu es venu pour te venger, c’est ça ? cria-t-il, furieux, en le secouant. Tu ne supportes pas que ta bande de petits copains ait été arrêtée, hein ?
- Stephen !
s’écrièrent Aldebert et Elodie, effaré.
- Steph’, lâche-le, s’exclama Isaac. Il ne nous veut aucun mal.
- Ha oui, et qu’est-ce qu’il fiche ici, alors ? C’est le petit enculé qui gardait les otages il y a deux ans !
- C’est moi qui l’ai amené ici
, dit Aldebert, paniqué. Dépose-le, bon sang !
- Comment ça, c’est toi ?
demanda l’écrivain en tournant la tête, soudain plus étonné qu’en colère.
- Il avait été blessé en tentant de fuir la ville après les assauts de l’Armée. Il vient juste de se réveiller aujourd’hui et n’est pas complètement rétabli.
- Stephen
, lui murmura Dorothéa en prenant son mari par le bras. Lâche-le, veux-tu ? Ils vont tout nous expliquer…

Stephen adressa un regard noir à Billy avant de le lâcher. Celui-ci retomba lourdement par terre, ses jambes tremblotant trop que pour le maintenir debout. Il regarda Dorothéa comme si elle avait été le Messie. C’était la deuxième fois qu’elle le sauvait de la colère de son mari. Stephen, sa femme, Aldebert et Isaac s’enfermèrent ensuite dans a cuisine pour parler entre eux, laissant seuls Elodie et le sbire. Au bout d’un moment, leur discussion se fit entendre dans toute la maison. Stephen reprochait au Professeur Caul d’être venu en aide à un scélérat, lui disant qu’il se rendait ainsi complice de tous les crimes que la Team Rocket avait causé. L’écrivain crachait ouvertement sur le Team Rocket, la diabolisant toujours plus. Puis ce fut à Aldebert de crier, mais comme ils s’y mettaient à deux en même temps, leur dialogue était devenu incompréhensible de l’extérieur.

Finalement, le couple partit sans demander leur reste. Isaac et Aldebert semblait de très mauvaise humeur et décidèrent de partir se coucher de bonne heure. Elodie les imita et Billy, mal à l'aise, décida de partir se coucher lui aussi. Mais alors qu’il était allongé dans le lit d’Elodie, celle-ci ayant refusé de quitter son lit de camp tant qu’il n’était pas pleinement rétabli, Billy ne pouvait s’empêcher de réfléchir. Tant et si bien qu’il ne parvint pas à s’endormir.

Le lendemain matin, Aldebert trouva une lettre écrite par Billy et qui leur était adressée. Il les y remerciait, pour tout ce qu’ils avaient fait pour lui, et leur promettait qu’il allait saisir cette chance pour faire quelque chose de bon dans sa vie.

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Trois mois plus tard.



Ils étaient une vingtaine de jeunes, des garçons pour la plupart, à se tenir au garde-à-vous. Ils revêtaient l’uniforme de l’Armée pour la première fois de leur vie. La chaleur était accablante, et le vent emportait les grains de sable sur son passage. Devant eux, un homme plutôt costaud, d’à peine une trentaine d’année mais déjà largement décoré, les jaugeait du regard, plusieurs gros sacs d’équipement à côté de lui. Il passa devant chacun d’eux et s’arrêta quelques secondes devant le plus jeune, comme intrigué, puis il se mit à faire les 100 pas.

- Bienvenue au Désert Délassant, cria-t-il d’une voix forte. Dans cette zone spécialement occupée par l’Armée, il n’y a absolument aucune âme qui vive, si ce n’est des Pokémon qui attendent juste que vous creviez pour pouvoir se régaler de vos restes. Vous serez donc seul et ne pourrez compter que sur vous-mêmes et sur vos camarades tout au long de votre formation.
- Chef, oui, Chef !
crièrent ensemble les apprentis.
- Je suis le Major Marcus Cornell, et c’est entre mes mains qu’on a remis vos vies pour que je fasse des chiffes-molles que vous êtes des soldats qui seront prêt à servir les Etats au péril de vos vies. Lorsque j’ordonne, vous exécutez, sans poser de question. Est-ce bien clair ?
- Chef, oui, Chef !
- Vous n’allez pas tarder à devoir traverser le désert pour rejoindre la base, à plus de 8 Km d’ici. Nous devons y être dans 2 heures, avant qu’il fasse noir. Aucune pause ne sera tolérée et si quelqu’un est fatigué, il n’a qu’à s’arrêter en chemin et crever. C’est bien clair pour tout le monde ?
- Chef, oui, Chef !
- Toi !
s’écria-t-il en se plantant devant la plus jeune des recrues. Comment tu t’appelles ?
- Billy Campbell, Chef !
s’écria ce dernier.
- Décidément, gamin, faut croire que quand je t’ai dit de pas gâcher ta vie, t’as pas tout compris ! cria à nouveau le Major Cornell en lui adressant pourtant un sourire. Allez, attrapez moi vos sacs, la tempête risque de se lever et j’ai pas du tout envie de bouffer du sable !
- Chef, oui, Chef !

Posté à 14h26 le 14/03/18

L'Année de Dieu, première partie



D'après Albert Einstein :
S'il n'y a pas de prix à payer, c'est que cela ne vaut rien.


Aldebert et Oscha étaient en train de charger à l’arrière de leur Pick-up le matériel nécessaire pour soigner des Pokémon blessés quand on frappa à la porte du garage. Oscha abandonna de suite la trousse qu’il tenait en main afin d’aller ouvrir à son frère, Rémus, qui était enfin de retour avec leur mère, Olivia Higgs. Elle était vêtue de vieux vêtements, un peu déchirés, et n’avait comme bagage que son petit sac à main. Son frère aidait la pauvre femme à rester debout, car elle se sentait de plus en plus faible ces derniers jours et avait beaucoup de mal à se déplacer.

Mais malgré son état de grande fatigue, Olivia Higgs gardait le sourire. Elle n’avait plus vu ses garçons depuis leur départ de la maison, juste après leur dernier diplôme, quelques mois auparavant. Afin d’échapper à l’influence de leur père, les jumeaux s’étaient littéralement enfuis de chez eux. Ils avaient trouvé, avec Aldebert, un travail à Parmanie, au Parc Safari, l’une des plus grande réserves naturelles de Kanto et qui servait aussi d’attraction touristique très règlementée pour les dresseurs de passage. Ils n’avaient pas pris la peine de prévenir leur père, qui était entré dans une rage folle et se refusait désormais de les voir. Olivia, par contre, avait été mise au courant, mais n’avait rien dit à son mari. Elle avait profité d’un voyage professionnel de l’architecte pour arranger une visite chez ses deux fils, dans le plus grand secret.

Les jumeaux Higgs attendaient ces retrouvailles avec beaucoup d’impatience, mais en voyant son état, Oscha se demandait si c’était bien raisonnable. Il aida son frère à la soutenir et la firent s’asseoir sur une vieille chaise en osier.

- On ferait mieux de t’installer chez nous, aujourd’hui, lui lança Oscha, l’air inquiet. On dirait que tu es complètement lessivée…
- Ho, non, j’ai dormi tout le trajet avec Rémus,
dit-elle en soupirant. Je vais bien, ne t’inquiète pas pour moi…
- Oscha a raison, tu couves quelque chose, maman !
répliqua Rémus en se mordillant les lèvres.
- Mais je n’ai pas de température, tu l’as dit toi-même, répondit leur mère, contrariée. Je ne vous ai plus vu depuis si longtemps, je ne vais quand même pas rester au lit toute la journée sans vous voir ! Je veux passer la journée avec vous, mes trésors. C’est ce qui était prévu…
- Bon, d’accord…
dit Rémus. On va s’arranger…

Ils finirent de charger le reste du matériel, ainsi que la nourriture spéciale à donner aux Minidraco, puis chargèrent un lit de camp à l’arrière du véhicule, le bloquant pour qu’il ne bouge pas à l’aide des sacs et des boites qui s’y trouvaient. Ils y installèrent leur mère, qui protesta un peu, mais se laissa faire. Il y avait normalement deux places à l’avant, mais comme les deux frères voulaient veiller sur leur mère, seul Aldebert s’y installa, et son Balignon prit la place du passager. A trois à l’arrière, les jumeaux n’étaient pas installés de manière aussi confortable que leur mère, mais ils s’en fichaient. Nucléos et Fluvetin, contents de retrouver Olivia, s’étaient posés prêts de sa tête, comme pour veiller sur elle, à l’image de leurs dresseurs. Puis Aldebert démarra, pas trop vite car il souhaitait éviter les chemins les plus mal tenus de la réserve pour ne pas secouer leur visiteuse.

- Je crois qu’elle s’est endormie… dit Oscha après quelques minutes, en voyant que leur mère avait les yeux clos.
- Ça ne durera pas longtemps, je crois, répondit Rémus, qui ne la quittait pas du regard. Elle a fait plusieurs petites siestes comme celle-ci, à l’aller, mais elle s’est toujours réveillée après quelques minutes.
- On n’aurait pas dû l’emmener avec nous,
regretta Oscha. Elle est vraiment pas bien, elle doit être malade…
- Elle était comme ça quand je suis arrivé à Jadielle… et malgré ça, elle était toute seule chez nous… Pas que je voulais voir papa, hein, mais il aurait pu annuler son stupide voyage en voyant sa femme de cet état, franchement…
- Il a toujours été un hypocrite qui pense qu’à lui
, cracha Oscha.
- Ouais… Dis, on va où, comme ça, d’ailleurs ? répondit Rémus pour changer de sujet. J’ai même pas demandé, et je vois plein de matériel de soin, à bord…
- C’est un des troupeaux de Kangourex de la zone F
, répondit son frère. On nous a signalé que plusieurs individus avaient été blessés.
- C’est étrange, c’est pas leur saison des amours, pourtant…
- Je sais, mais Mr Baoba, le directeur, a dit qu’on ne devait pas s’en inquiéter, et qu’ils avaient surement eu des affrontements avec les Tauros. D’après lui, ça arrive parfois...


Une fois arrivés aux abords du troupeau de Kangourex, Aldebert arrêta le Pick-up. En les apercevant, les Pokémon se dirigèrent d’eux-mêmes vers eux. Ils avaient l’habitude de croiser des humains, se trouvant dans la zone réservée aux visites des touristes. De plus, quelques fois par semaine, les employés du Parc venaient pour distribuer de la nourriture supplémentaire à ce qu’ils trouvaient naturellement dans le Parc, afin de leur assurer un meilleur régime. C’est donc tout naturellement que les Pokémon se rassemblèrent autour d’eux. Malgré leur taille et leur physique imposant, ces Pokémon étaient plutôt placides et rarement agressifs, tant qu’on ne s’en prenait pas à leur progéniture.

Ils descendirent le lit de camp et Olivia afin qu’elle puisse observer ce qu’ils faisaient. Puis, attrapant chacun un kit de soin, les trois jeunes hommes commencèrent à inspecter les différents individus qui composaient le groupe, tout en offrant un peu de nourriture à chacun. Le constat était assez inquiétant, car presque un Pokémon sur quatre avait de larges entailles au niveau des jambes, comme si elles avaient été réalisées par des objets tranchants ou perçants.

- Je me demande bien ce qui a fait ça, grommela Aldebert en nettoyant les plaies qu’un mâle avait aux cuisses.
- C’est pas un Tauros, ça, c’est sûr, lança Oscha. Une corne ne peut pas laisser des marques comme ça…
- Ouais, et c’est trop régulier aussi. Une sorte de morsure, peut-être…
- Je pensais plutôt aux cornes d’un Scarabrute
, dit Aldebert. Si le Pokémon les referme sur leur jambe, ça pourrait faire quelque chose comme ça…
- Sauf qu’il n’y a pas de Scarabrute en Zone F, ni autour
, dit Rémus.
- Et ces deux espèces ne s’attaquent jamais entre-elles, or, ici, ils sont nombreux à avoir été blessés. Ce n’est pas normal…

Ils continuèrent à soigner les plaies des Pokémon. Plus tard, Rémus tomba sur un individu femelle particulièrement amoché. Elle avait des blessures sur tout le ventre et semblait fortement souffrir de celles-ci. Rémus s’en approcha doucement et lui pris calmement le bébé qu’elle avait dans la poche ventrale. Le Pokémon grogna, manifestement pas très heureux d’être séparée de son enfant, mais Rémus lui chuchota des mots rassurants à l’oreille. Le Pokémon le laissa faire et le soigneur déposa le petit auprès de sa propre mère, pour lui montrer qu’il était en de bonnes mains. Le Pokémon renifla, agacé, mais se laissa ensuite soigner. Après quelques minutes, Rémus récupéra le petit Pokémon et le rendit à sa mère, qui le plaça dans sa poche avant de se détourner.

- Tu sais t’y prendre avec les Pokémon, dit Olivia avec un faible sourire.
- Ils savent que je fais ça pour leur bien, répondit-il. Mais je suis quand même inquiet, les blessures de celle-ci sont très profondes, et j’ai peur que ça ne s’infecte…
- Ho…
- Il faudra qu’on revienne vérifier l’évolution dans les prochains jours… j’espère vraiment qu’on ne devra pas l’euthanasier…
- Tu penses qu’il y a un risque,
demanda sa mère, visiblement troublée.
- Hélas… Tu sais, j’aimerai vraiment trouver un moyen de soigner efficacement tous les types de blessures, mais malheureusement, ça n’existe pas…
- Alors, invente-le !
lui proposa sa mère. Toi et ton frère, vous êtes mes petits génies. Rien n’est impossible pour vous.
- Merci, maman
, dit Rémus avec un sourire embarrassé. C’est sûr que ce serait vraiment génial …
- Dans ce cas, je compte sur vous deux ! r
épondit-elle en continuant de sourire.
- Qu’est-ce que vous racontez ? demanda Oscha, qui venait d’arriver pour reprendre une nouvelle boite de désinfectant.
- Ho, je disais à ton frère que j’étais vraiment très fière de ce que vous étiez devenus, tous les deux.
- Tu ne nous en veux pas de t’avoir quitté comme ça ?
demanda Oscha en rougissant.
- Au contraire, vous deviez vivre vos rêves, leur dit leur mère en sortant de son sac une petite bouteille. Votre père vous en empêchait, et c’est bien normal que d’être partis… Mais je suis quand même contente de vous avoir revus. Je suis vraiment fière de vous, mes trésors… Je sais que vous allez faire de grandes et belles choses.
- Merci Maman
, lui répondirent ses deux garçons en souriant, avant de repartir au travail.

Une fois qu’ils furent tous les deux de nouveau en train de soigner les Kangourex, Olivia tenta de se relever péniblement. La voyant en détresse, Aldebert alla l’aider. Elle désirait simplement attraper son sac à main, qui était resté à l’arrière du véhicule. Le jeune homme alla le chercher à sa place et lui remit avec un grand sourire. La femme le remercia faiblement et il se détourna tandis qu’elle attrapait une bouteille en plastique remplie à moitié d’un liquide vert pâle, qu’elle but d’une traite avant de se recoucher sur le lit de camp.

Mais peu de temps après, alors que les jeunes vétérinaires avaient presque terminé d’inspecter tous les Pokémon du Troupeau, le bruit caractéristique d’un moteur se fit entendre. Alors que les Kangourex étaient d’ordinaire habitué à celui-ci et se laissaient approcher facilement, ceux-ci poussèrent des cris de contestations et la plupart des plus jeunes firent même mine de s’éloigner. Surpris par cette étrange réaction, Aldebert, Oscha et Rémus regardèrent la voiture s’approcher d’eux.

- Ce n’est pas un pick-up du Safari… dit Rémus en fronçant les sourcils.
- Qu’est-ce qu’ils foutent ici… s’étonna Aldebert, l’air pas très rassuré.
- Aucune idée…

La plupart des Kangourex étaient en train de partir dans la direction opposée. Cependant, quelques-uns étaient restés, et s’étaient mis en position de manière à empêcher la voiture de passer pour rejoindre leurs semblables. Ils grognaient et écartaient les bras comme pour se rendre plus imposants. Enfin, l’automobile s’arrêta à un dizaine de mètres d’eux et trois hommes dont le visage était en partie caché par un foulard en sortirent. Les trois jeunes scientifiques, quant à eux, se tenaient entre eux et les Pokémon du troupeau.

- Des braconniers, chuchota Oscha, en serrant les poings.
- Déguerpissez d’ici ! leur cria Rémus. Vous n’avez pas le droit d’être là, et ces Pokémon ne sont pas à vous !

Pour toute réponse, les hommes se mirent à rire et envoyèrent chacun trois Poké-ball en l’air, invoquant des Scarabrute. Les Pokémon Insecte étaient plutôt imposants et paraissaient particulièrement agressifs, faisant claquer leurs cornes. En les voyant, Aldebert, Oscha et Rémus comprirent aussitôt que c’était ces-mêmes Pokémon qui étaient à l’origine des blessures des Kangourex qu’ils avaient soignés. Ceux qui étaient restés poussaient des grognements de colère.

- Si j’étais vous, je m’en mêlerais pas, les jeunes ! lança un des braconniers, narquois. Allez plutôt voir dans une autre zone.
- Allez vous faire foutre
, répondit Rémus. Amos !

Le Fluvetin réagit aussitôt, envoyant un Eclat magique en direction des Insectes. Mais ceux-ci étaient d’un tout autre niveau et l’attaque ne sembla pas leur faire de mal, alors qu’ils n’avaient pas bougé. Leurs dresseurs rirent, puis leur ordonnèrent de charger. Ils s’exécutèrent, fonçant à trois vers un Kangourex chacun. Les Pokémon pris pour cible s’élancèrent à leur tour avec Bélier, dans l’espoir de freiner l’attaque de leurs adversaires. Mais ce n’était en rien suffisant et les cris de douleur fusèrent quand les puissantes cornes claquèrent violement partout sur leur corps.

Les trois scientifiques crièrent avant d’ordonner à Nucléos, Fluvetin et Balignon d’attaquer pour venir en aide au Kangourex le plus proche. Fluvetin tentait désespérément d’attirer l’attention d’un des Scarabrute vers lui, à l’aide d’odeurs et d’Eclats Magiques. Mais le Pokémon continuait de planter ses cornes autour du corps de Kangourex avant de les refermer, provoquant de nouvelles effusions de sang. Nucléos, lui, était parvenu à énerver l’un des Scarabrute en le provoquant. Le Pokémon s’était détourné de sa victime et s’avançait en claquant des cornes, menaçant. Balignon, quant à lui, balançait des spores diverses sur le dernier Scarabrute, espérant l’empêcher de continuer.

Pour résumer, l’aide de ces trois Pokémon n’était pas un grand succès. De plus, ils n’aidaient qu’un seul des Kangourex, les deux autres devant se battre seuls contre trois Pokémon chacun, et poussant des cris d’agonie de moins en moins forts, comme si leur force les abandonnaient. Ils parvenaient bien à frapper l’un ou l’autre Scarabrute, mais sans parvenir à les faire tous dégager. Les autres Kangourex, apeurés, s’étaient enfuis pour se diriger vers le troupeau. Ils savaient qu’ils ne faisaient pas le poids…

Finalement, le Pokémon attaqué par Balignon s’endormit, ayant enfin respiré assez de Spore. Balignon allait venir en aide à Fluvetin quand, soudain, le Kangourex s’écroula et manqua de l’écraser. Le pauvre Pokémon gémissait faiblement alors que le dernier Scarabrute continuait de s’acharner dessus, les cornes rougies par le sang de sa victime. Amos le Fluvetin tenta alors de l’attaquer directement et physiquement. Mal lui en prit, car son adversaire l’attrapa de sa main et l’écrasa violemment au sol. Rémus, son dresseur laissa échappé un cri de surprise et, voyant son Pokémon inconscient, le rappela dans sa Poké-ball. Enragé par la situation, il se dirigea vers le Pick-up, dans l’espoir de trouver de quoi les aider à s’enfuir. Presque au même moment, le Nucléos d’Oscha esquiva de justesse un claquement de Cornes. Le Pokémon se rapprochait de lui et semblait avoir la ferme intention de le déchiqueter sans ménagement. Oscha avait sa Poké-ball prête à rappeler son partenaire en cas de pépins. Heureusement, Balignon arrivait par derrière afin d’aider son ami.

De son côté, Rémus était en train de fouiller le véhicule, désespéré. Ils avaient surement oublié les Talkie-walkie car il n’arrivait pas à mettre la main dessus. Il était en train de retourner tous le matériel, priant pour trouver quelque chose d’utile. Ne trouvant rien, il pesta et détourna son regard pour voir comment son frère et Aldebert s’en sortaient. Mais son regard fut soudain attiré vers le lit de camp sur lequel se trouvait sa mère. Elle n’avait pas dit un mot, n’avait pas bougé depuis que l’attaque avait commencé. Il fronça les sourcils et se rapprocha, d’elle. Elle souriait paisiblement, les yeux clos. Par terre, à côté de son sac à main, il y avait une bouteille presque vide. Rémus la ramassa, déglutit, puis l’ouvrit et huma l’odeur qui s’en dégageait. Un parfum acre et nauséabond…

Rémus lâcha la bouteille en écarquillant les yeux. Il regarda sa mère et tomba à genoux. Il en avait oublié la gravité de la situation, et jusqu’à l’existence même des braconniers qui les attaquaient. Il prit le bras de sa mère et chercha son pouls. Sans succès.

- Non… Non… non non non… répétait-il alors qu’il vérifiait, l’un après l’autre, chaque signe vital qu’un être humain en bonne santé était censé présenter. Non… NON !

Il s’écroula sur le cadavre d’Olivia Higgs, éclatant en sanglots. Il caressa ses cheveux, lui quémandant désespérément qu’elle se réveille, ne voulant pas y croire. Il cria soudainement un juron, qui attira ainsi l’attention de Rémus et Aldebert, mais aussi des Pokémon encore en état de se battre. Son frère le regardait de loin, l’air étonné, tandis qu’Aldebert s’approchaient de lui. C’est quand il vit Rémus tenter un massage cardiaque qu’il comprit que quelque chose de terrible était arrivé. Il resta un instant pétrifié puis se mit à courir vers eux.

Puis, brusquement, il se ravisa, et se retourna à nouveau. Il avait entendu un braconnier donner un nouvel ordre, comme s’il voulait régler l’histoire au plus vite. Nucléos était resté sur place et, son attention attirée, il avait baissé sa garde. C’est ainsi qu’Oscha vit son Pokémon se faire déchiqueter en lambeau par le Scarabrute qui l’avait pris pour cible.

Le jeune homme en resta pétrifié d’horreur. C’était le choc de trop pour lui. On aurait dit que le temps s’était arrêté et que, partout autour de lui, le monde s’écroulait sous ses yeux. Les braconniers envoyèrent alors des Poké-ball pour cueillir les Kangourex qu’ils avaient littéralement massacrés et qui peinaient à respirer, laissant derrière eux de l’herbe souillée par leur sang. Ils rappelèrent ensuite leurs Scarabrutes et se hâtèrent de retourner dans leur véhicule, tout en proférant aux jeunes scientifiques qui avaient échoué à les arrêter de nouvelles insultes et moqueries. Mais aucune d’entre-elles n’atteignirent les oreilles d’Oscha.

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L’enterrement d’Olivia Higgs eut lieu trois jours plus tard, à Lavanville. La défunte ayant toujours été une femme très discrète et qui ne sortait presque jamais de chez elle depuis son mariage, peu nombreux furent les personnes présentes pour l’inhumation. Leur vieille voisine et la pharmacienne de Jadielle étaient ses seules amies qui avaient fait le trajet pour lui rendre un dernier hommage. Il y avait aussi quelques cousins éloignés qu’Oscha et Rémus ne voyaient qu’une fois par an et dont ils n’avaient que faire, les sachant là par simple politesse. Dorothéa et Aldebert avaient tenus à être présents, eux aussi, afin de soutenir leurs amis dans le deuil. Enfin, leur père, Robert Higgs, n’avait même pas daigné écourter son voyage d’affaire pour assister à l’enterrement.

- J’ai du mal à croire qu’il ne soit même pas venu… murmura Rémus, tête baissée, juste assez fort pour que son frère l’entende.
- Je t’avouerai que ça ne me surprend presque pas… lui répondit Oscha en serrant les poings. Il n’y en a jamais eu que pour lui. Il ne lui laissait aucune liberté, ne lui demandait jamais son avis… C’est sa faute tout ça…

Les quelques personnes présentes commençaient à partir, leur serrant la main en leur assurant faussement leurs condoléances et maudissant la maladie qui l’avait emportée. Les jumeaux n’avaient fait aucun commentaire sur la manière dont était morte leur mère, et personne n’était alors au courant qu’il s’agissait en vérité d’un suicide. Les deux frères en étaient même venus à penser que l’état maladif dans lequel leur mère se trouvait depuis tant d’année était peut-être dû au même breuvage qui l’avait achevée en plein Parc Safari. Quoiqu’il en soit, aucun mot de ce que pouvaient dire ces étrangers à leurs yeux n’était capable de soulager la peine qu’ils éprouvaient, ni d’étouffer la rage qu’ils ressentaient envers leur père, qu’ils tenaient pour seul responsable de la situation.

Bientôt, il ne resta plus qu’eux, debout face à la tombe, ne pouvant détacher leur regard de l’inscription qu’ils avaient choisi ensemble pour la pierre tombale : « A notre regrettée maman, un nouvel ange pour les cieux ». Leurs deux amis attendaient, en retrait, mal à l’aise. Ils avaient beau bien connaitre les frères Higgs, ils n’avaient que rarement rencontré la défunte. Mais s’ils étaient là, c’était avant tout pour soutenir les vivants.

- Je vais y aller, dit finalement Oscha au bout de quelques minutes de silence. Je dois terminer de préparer quelques petites choses avec Mr Fuji pour l’enterrement de Nucléos…

Rémus ne répondit pas et se contenta de hocher la tête sans détourner son regard. Le Pokémon de son frère était mort là-bas lui aussi, tué par les Scarabrute. Amos, son Fluvetin, avait lui aussi pris très cher pendant le combat et plusieurs de ses os avaient été brisés. Balignon était le seul à l‘avoir échappé belle. Et tout ça pourquoi ? Ils n’avaient même pas été en mesure de stopper ces bandits ou de sauver ne serait-ce qu’un Kangourex…

Oscha partit, accompagné de Dorothéa et Aldebert. Ils savaient que, en ce moment précis, Rémus avait besoin d’être seul. Il était celui qui s’était aperçu en premier de la mort de leur mère et aucun de ses efforts sur le moment n’était parvenu à la relever. A quoi lui avait-il servi d’avoir des diplômes à ne plus savoir les compter s’il était resté incapable de sauver la vie d’un être cher ?

- Pardonnez-moi, jeune homme…

Rémus sursauta. Il pensait être resté seul sur place maintenant que son frère était parti et n’avait entendu personne arriver. Il se retourna, s’attendant à voir un oncle ou un cousin qui ne lui avait pas encore fait part de ses condoléances. Mais à la place, devant lui se tenait un homme vêtu d’une vieille toge grise et délavée, parsemée de déchirures. Il exposait ses dents d’un blanc éclatant dans un sourire exagéré. Il avait de longs cheveux blancs et un chapeau melon trop grand qui lui tombait sur le visage, cachant ses yeux.

- Vous me semblez avoir traversé de tragiques événements, récemment. Je me trompe ?

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Cela faisait presque deux semaines que les trois scientifiques étaient de retour à Parmanie. Leur contrat avec le Parc Safari était toujours d’actualité et, en vue de ce qui leur était arrivé, ils étaient parvenus à convaincre Mr Baoba, le jeune et excentrique directeur de Parc, de renforcer la sécurité. Comme le Parc avait en partie le statut de réserve naturelle, quelques agents du Ministère de Régulation étaient venus pour faire un rapport de la situation et prendre diverses mesures. Si aucun d’eux n’appréciait le Ministre Hoffman, à cause de ce qu’il avait fait au Tyranocif de Jadielle, ils s’estimaient néanmoins bien contents de pouvoir compter sur quelques experts dans les parages pour leur venir en aide en cas de pépin. Aussi continuaient-ils de travailler normalement, avec une liaison talkie-walkie d’urgence et des fusées lumineuses pour les appeler à l’aide si nécessaire.

Mais tout n’était pas revenu à la normale pour autant. Pour une raison inconnue, Rémus avait décidé de s’exiler dans un vieil entrepôt désaffecté du Parc. Oscha et Aldebert réalisaient donc à deux le travail qu’ils effectuaient d’ordinaire à trois. Mais comme ils ne voulaient pas attirer d’ennuis à Rémus, ils se taisaient. Ils voulaient régler le problème avec lui et personne d’autre, mais, hélas, les situations manquaient… Ils n’avaient rien dit les premiers jours, le sachant toujours très affecté par la mort d’Olivia. Puis, quand ils voulurent lui en parler, ils cessèrent tout simplement de le croiser. Rémus revenait à leur appartement très tard le soir et se levait plus tôt qu’eux, au point qu’ils se demandaient s’il ne dormait pas dans le Parc. En journée aussi, il leur était impossible de lui dire quoique ce soit car ils étaient tout simplement surchargés de travail et aucune pause n’était permise. Et c’était bien pour cela que la situation posait problème.

Enfin l’occasion se présenta à Oscha de revoir son frère. Lui et Aldebert avaient découvert l’existence d’une petite famille de Donphan dans le Parc, fait très rare car le Pokémon n’était pas natif de Kanto. Malheureusement, avec la présence des membres du Ministère de la Gestion, c’était un réel problème. Ils étaient bien placés pour savoir que les méthodes du Ministère étaient bien trop cruelles en ce qui concerne les Pokémon qui ne se trouvaient pas au bon endroit. Ils avaient donc besoin de l’avis de Rémus pour savoir que faire des Pokémon dans ce cas. Devaient-ils les cacher, à l’abri des braconniers et du Ministère ? Organiser un transfert ? Ou bien même en parler avec Mr Baoba ?

Lorsqu’Oscha arriva à l’entrepôt, seul car Aldebert devait aller nourrir les Minidraco, il frappa une première fois à la porte. Comme son frère ne venait pas lui ouvrir, il recommença, en l’appelant par son prénom. Toujours sans succès. Il soupira et essaya de défoncer la porte. Mais celle-ci avait beau être en mauvais état, il lui fallut plusieurs tentatives avant d’enfin briser les premières planches. Il continua de forcer et, au bout de longs efforts, il parvint enfin à se frayer un chemin. Il dut se contorsionner un peu pour entrer.

L’entrepôt était vieux et délabré, et seule la lumière du soleil perçant par des fenêtres poussiéreuses éclairait son intérieur. Oscha fit quelques pas, alerte, à la recherche de son frère. A première vue, il n’y avait personne. Il se demanda un instant s’il ne s’était pas trompé d’hangar, fouillant dans sa mémoire, avant d’apercevoir des escaliers qui descendaient vers l’étage du dessous. Il hésita un instant, puis se décida à les emprunter.

La pièce dans laquelle il arriva était étonnement grande. Il y avait sur place énormément de matériel, des outils, des chalumeaux, des vis, des écrous, mais aussi des morceaux de Poké-ball coupées en deux, des tuyaux, des livres et plein d’autres choses éparpillées en désordre. Mais le plus impressionnant était une grande machine dans le fond de la pièce. Elle ne ressemblait à rien de ce qu’Oscha connaissait. Des centaines de câbles de toutes les couleurs en sortaient et certains d’entre eux étaient reliés à Amos, le Fluvetin de Rémus, qui semblait paisiblement endormi sur un petit lit. Son dresseur, quant à lui, était dos à Oscha et aux escaliers, en train de fixer un grand tableau noir remplis d’inscriptions à la craie, comme de longues équations compliquées.

Oscha resta un instant silencieux, étonné par ce qu’il avait sous les yeux. Il ne comprenait même pas ce que son frère avait écrit à la craie, ni le contexte de la dite équation. Il continua de descendre les escaliers tandis qu’il entendait son frère murmurer des choses pour lui-même.

- Tu peux m’expliquer ce que tu fiches ? lui demanda-t-il soudainement alors qu’il arrivait à quelques pas de lui.

Son frère se retourna d’un coup, l’air apeuré, avant de comprendre que c’était son frère qui lui avait parlé. Il paraissait épuisé et surmené, et ne s’était surement pas rasé depuis bien 10 jours. Il poussa un soupir de soulagement puis eut un petit rire nerveux.

- Je ne m’attendais pas à te voir ici… dit-il finalement. Quel bon vent t’amène ?
- Peu importe… tu m’expliques ?
l’interrogea son frère, apparemment tracassé de le voir ainsi.
- Expliquer quoi ?
- Arrête, Rémus
, le gronda son frère. Je t’ai jamais vu dans un état pareil. Alors tu vas m’expliquer calmement ce que tu fais dans cet entrepôt depuis deux semaines. C’est quoi, cette équation biscornue au tableau ?
- Ho, ça, juste un détail pour améliorer les performances de ma machine.
- Ta machine ?
répéta Oscha en écarquillant les yeux. Attends, ce truc, là, c’est toi qui l’as fabriquée ?
- Oui !
répondit Rémus, soudainement enthousiaste. C’est encore un prototype, mais les résultats sont vraiment très encourageants !
- Quels résultats ?
demanda Oscha en fronçant les sourcils. Rémus, tu n’as quand même pas testé ton truc sur Amos ?
- Si
, répondit-il. Les premières fois, ça n’a rien donné, mais ma dernière tentative est fructueuse !
- Mais bon sang, Rémus, tu vas cracher le morceau ?
s’indigna Oscha. Qu’est-ce qui valait la peine de tester sur Amos alors que celui-ci est déjà assez blessé comme ça ?
- Mais justement, Oscha ! Amos n’est plus blessé ! Il est guéri ! Ma machine l’a entièrement soigné ! Bon, théoriquement, ça devrait être plus rapide, mais en 53 heures, Fluvetin a vu tous ses os se réparer à une vitesse prodigieuse en contact avec elle !


Oscha regarda son frère, abasourdi. Il avait du mal à le croire et était persuadé qu’il délirait. Et pourtant, son air d’euphorie totale et la vision du Fluvetin dormant sans manifester aucune souffrance le faisait douter dans son jugement. Sceptique, il se rapprocha de la machine pour l’observer de plus près.

- Tu peux… m‘expliquer comment ça marche ? demanda-t-il à nouveau en fronçant les sourcils.
- Viens, je vais te montrer les plans ! lui proposa Rémus, enflammé à l’idée de partager ses découvertes.

Rémus passa près d’une heure à expliquer les plans de sa machine à son frère, tant celle-ci se basait sur des détails techniques compliqués que même Oscha ne comprenait pas. Et à l’entendre, Rémus lui-même ne maîtrisait pas encore très bien certains principes. Durant ses explications, Oscha lui fit d’ailleurs remarquer qu’il avait fait l’une ou l’autre erreur de calcul, ce qui modifiait certaines données du tout au tout. Mais malgré ça, Oscha sentait naître en lui une fascination croissante. S’il n’était pas sûr de tout comprendre à 100%, il n’en restait pas moins que, en théorie, cette machine était réellement capable de soigner n’importe quel Pokémon de n’importe quelle blessure ou maladie.

- C’est absolument génial, Rémus, finit-il par dire sans quitter les plans des yeux. Mais comment diable as-tu eu cette idée ? Ou ces idées, plutôt, parce que c’est une véritable révolution à elle seule, ta machine !
- Pour tout t’avouer
, commença Rémus, l’air embarrassé, ces plans ne sont pas de moi…
- Ha bon ?
demanda Oscha, intrigué. Mais alors de qui ? Tu travailles avec quelqu’un ?
- Non, tout seul… disons que je … je les ai trouvé, ici…
- Ici,
répéta Oscha, presque indigné. Tu veux dire que les plans d’une machine aussi sensationnelle que celle-ci trainaient là depuis des années ?
- Oui, c’est dingue, non ?
dit Rémus, précipitamment, alors que son frère le regardait, incrédule.
- Hmmm… quoiqu’il en soit, il est hors de question que tu continues comme ça.
- Quoi ?
s’indigna Rémus. Mais Oscha, cette machine est capable de vrais miracles ! On peut soigner n’importe quel être vivant avec elle, et quel que soit la chose dont il souffre ! C’était le rêve de maman ! Je ne peux pas arrêter mes recherches comme ça ! J’ai encore trop de choses à régler, notamment avec le temps que ça prend et …
- Je ne veux pas que tu arrêtes de travailler dessus, Rémus
, l’interrompit Oscha. Non, je ne veux juste pas que tu meurs d’épuisement en t’y consacrant autant…
- Mais…
- Du coup, tu vas aller dormir illico-presto à l’appartement. Tu as besoin de repos. Puis après, tu reviendras travailler avec Al’ et moi, on a plein de boulot au Parc, l’air de rien. Non, tu me laisses continuer ! On bossera ensemble sur ta machine. Tous les trois. On a toujours été plus doués en trio, l’un pouvant régler les problèmes insolubles par les deux autres.


Rémus resta un instant silencieux avant de regagner un faible sourire.

- Vous m’aideriez à terminer ça, malgré le travail au Parc ?
- Evidemment, qu’on t’aidera
, répliqua Oscha, un peu agacé. Je suis même un peu frustré que tu ne nous en aies pas parlé avant. Mais bon, avec ce qu’il s’est passé récemment, disons que je comprends, t’avais peut-être besoin d’être seul…
- Oscha… merci,
dit Rémus, un peu gêné. Et désolé …
- T’inquiète, et suis-moi, je te raccompagne chez nous. Tu vas aller te reposer et on en reparlera demain avec Al’, pour voir comment on s’arrange.


Il prit son frère par les épaules et le força à déposer les plans de la machine sur le bureau. Ils reprirent Fluvetin avec eux, qui se réveilla et manifesta sa bonne humeur, prouvant qu’il était bel et bien rétabli. Puis ils montèrent ensemble les escaliers, jetant un dernier coup d’œil derrière eux vers le prototype de ce qui allait, quelques années plus tard, provoquer l’une des plus grandes révolutions du monde Pokémon.

Posté à 14h38 le 14/03/18

L'Année de Dieu, seconde partie



Les jours qui suivirent furent bien meilleurs pour chacun. Le matin, les trois amis se réveillaient ensemble à leur appartement. Ils avalaient un solide petit déjeuner, préparé par Aldebert selon ses envies, puis se rendaient au Parc Safari pour découvrir l’horaire de leurs journées et les tâches qui leur étaient assignées. Ils effectuaient alors leur travail en voyageant de zones en zones, pour nourrir, soigner ou encore observer les Pokémon. Ils parvenaient toujours à faire une escale au plus profond de la zone K, là où les Donphan se trouvaient, afin de vérifier que tout allait bien pour eux. Ils avaient finalement décidé de parler de ces Pokémon à Mr Baoba, qui s’était montré très compréhensif. Lui aussi connaissait la politique du Ministère et, en tant que Directeur de cet espace de sauvegarde des Pokémon, il ne pouvait laisser les Donphan se faire euthanasier. Aussi était-il désormais lui aussi dans le secret, en l’attente d’une solution. Après tout, les Donphan n’étaient pas nuisibles et s’étaient fait tellement discrets jusqu’alors qu’ils ne risquaient rien à les laisser vivre tranquillement, disait-il.

Après leur journée de travail, les trois associés terminaient au Hangar, qui n’était plus si abandonné que ça. Stupéfié par l’inconfort des lieux, Aldebert avait tenu à y installer de nouvelles lampes et néons, ainsi qu’un petit frigo afin qu’ils ne manquent pas de boissons fraîches. Il avait aussi pris la poussière dans tous les coins et recoins, même les plus éloignés de leur lieu de travail, se transformant avec Balignon en une véritable fée du logis.
Les lieux étant désormais bien plus agréable, ils pouvaient se concentrer sur la Machine de Rémus. Ce dernier restait toujours aussi vague quant aux origines des plans de celle-ci, au point qu’Oscha avait abandonné l’idée d’en savoir plus. Mais, même s’ils travaillaient moins de temps que Rémus ne le faisait quand il était seul, les recherches gardaient un très bon rythme. En vérité, à eux trois, ils formaient une équipe parfaite, l’un comblant les faiblesses des autres. Ainsi, chaque équation résolue, chaque nouvelle pièce améliorée ou inventée, chaque optimisation des paramètres faisaient gagner de précieuses minutes sur le temps d’utilisation nécessaire pour soigner un Pokémon. Et au fil des jours, l’accumulation de minutes devenait des heures.

Ils avaient décidé de tester leur Machine, pour laquelle ils n’avaient pas encore décidé de noms, sur les Pokémon blessés du Parc Safari. A chaque utilisation, c’était un succès. Seule la durée changeait, s’écourtant au fur et à mesure des améliorations que lui apportaient ces trois scientifiques passionnés. Au bout d’un mois de travail acharné, le temps nécessaire était ainsi passé de 53 heures, pour les os de Fluvetin, à 29 heures pour leurs nouveaux cas, soit presque la moitié ! Certes, pour un profane, cela semblait bien misérable. Mais pour n’importe quel scientifique digne de ce nom, une telle amélioration d’une machine aussi complexe que celle-ci se révélait être un exploit, voir même un miracle.

Ils travaillaient ainsi chaque jour, tout en se permettant parfois une petite pause récupératrice, jusque bien tard le soir. Ils étaient tant absorbés par leurs travaux qu’Aldebert lui-même en oubliait parfois de manger. Ils revenaient alors à l’appartement pour dormir, et le lendemain, ils repartaient pour une journée identique.

Ce train de vie laborieux n’était pas pour autant désagréable. Les trois compères se complétaient parfaitement, dans une harmonie parfaite et sans faille. Ils travaillaient toujours dans la bonne humeur et avec une ambiance jamais entachée du moindre conflit. Ensemble et avec leur machine, ils savaient qu’ils allaient pouvoir changer la face du monde du tout au tout.

Ce jour là encore, tout commença normalement. Aldebert avait fait une succulente omelette aux baies, de quoi bien commencer la journée à venir. Ils s’étaient ensuite rendus au QG pour y découvrir leur programme du jour. Ils furent un peu désappointés de découvrir que le Directeur les avait assignés aux alentours des Zones C et D, des parties réservées aux dresseurs de passages mais qui, surtout, étaient à l’opposé de la Zone K, c’est-à-dire des Donphan. Ce n’était pas la première fois, malgré l’assurance de ce derniers de privilégier ce coin pour eux, mais ils remarquèrent bien vite, en consultant leurs collègues, que personne n’avait de tâches à effectuer en Zone K, ni même aux espaces voisins. Aussi abandonnèrent-ils l’idée d’échanger leur planning avec l’un d’entre eux.

Tout se passa normalement, sans rien de très excitant. Ils passèrent environ une heure, au cours de laquelle ils faillirent bien s’endormir, à compter les Noeunoeuf. Ils partirent ensuite pour nourrir les Nidoran et les Mimitoss, avant de vérifier leur état de santé. Puis, comme la journée allait se terminer, ils décidèrent de vite faire un détour vers les Donphan. C’était un peu une récréation avant de retourner travailler sur leur machine, car les Pokémon, s’ils s’étaient montrés d’abord très craintifs, avaient fini par les adopter et se montraient très amicaux envers eux.

Ils garèrent leur pick-up un peu à l’écart du sentier et en sortirent avec quelques baies, des friandises à offrir aux Donphan. Ils savaient que les Pokémon qu’ils cherchaient se tenaient un peu à l’écart du chemin, non loin d’une petite mare. Ils enjambèrent la végétation, en grande partie composée de plantes urticantes, pour se diriger vers eux, presque guillerets. Mais alors qu’ils passaient à côté d’un arbre, ils se figèrent d’horreur en apercevant un spectacle à la fois inattendu et profondément cruel.

Au sol, les corps de trois Donphan gisaient, inertes, tandis qu’un petit Phampy tentait d’en réveiller un en le secouant de sa trompe, sans succès. Il y avait quatre hommes en présence, que les trois jeunes scientifiques identifièrent directement. L’un d’eux était le Directeur du Parc, Mr Boaba, qui regardait avec un air de dégoût un des hommes penché sur un Donhan et qui était occupé à scier les défenses de celui-ci. Les deux autres étaient examinaient leur butin d’ivoire en riant grassement, comme le jour où leur petit trio s’était attaqué aux Kangourex. Leurs vêtements étaient tâchés de sang et la zone elle-même semblait avoir été le théâtre d’un affrontement difficile. Deux troncs d’arbre étaient penchés et semblaient sur le point de tomber tandis que le sol semblait avoir été violemment piétiné. La scène était si atroce à voir pour eux qu’Oscha lâcha son sachet rempli de baies, répandant son contenu par terre dans un bruit sourd.

- Mais qui voilà ! lança un des braconniers, dont l’attention avait été détournée par le bruit. Les jeunes pas doués !
- On t’avait dit qu’on voulait personne dans nos pattes, non, Bao ?
répliqua celui qui était en train de scier en s’interrompant, l’air contrarié.
- Aldebert, Rémus, Oscha, qu’est-ce que vous fichez ici ? demanda Mr Baoba, visiblement embêté, en jetant des regards discrets vers les braconniers.
- Ne nous dites pas que… que vous êtes avec eux ? répondit Rémus en serrant les poings, le regard rempli de haine.
- Ça ne vous concerne pas, riposta celui-ci, mal à l’aise. Partez d’ici, maintenant…
- Vous leur avez vendu les Donphan
, dit Oscha après avoir déglutit. Vous êtes censés protéger les Pokémon… Pas les vendre à des assassins…
- Ces Donphan étaient un problème pour le Parc
, lança Baoba. Si le Ministère s’était aperçu de leur présence, que pensez-vous qu’il leur aurait fait, de toute façon ?
- Et les Kangourex aussi, c’était un problème ?
s’insurgea Rémus.
- On avait confiance en vous… s’indigna Aldebert. Et vous nous avez trahis…

Baoba avait le regard fuyant, n’osant regarder ses employés. Soudain, le Phanpy qui était à terre s’élança vers lui avec Roulade, le faisant tomber à la renverse. Les braconniers lancèrent un juron et, avant qu’il ne puisse recommencer son attaque sur l’un d’eux, ils envoyèrent un Scarabrute qui le stoppa net dans sa course à l’aide de ses cornes. Le Petit Pokémon cria de douleur tandis qu’il était secoué dans tous les sens sous le regard impuissant des trois amis.

- Amos ! cria Rémus en invoquant son Fluvetin. Eclat Magique !

Amos s’élança héroïquement en direction de l’insecte. Son attaque ne lui fit cependant pas lâcher prise, mais le Balignon d’Aldebert arriva ensuite pour lui prêter main forte, à coup d’une grosse dose de Para-Spore. Les Cornes se desserrèrent, relâchant le Phanpy. Mais c’était hélas déjà trop tard pour le petit Pokémon.
Le Scarabrute fut de suite rappelé dans sa Pokéball, alors que les Braconniers riaient, amusés par la situation. Ils en envoyèrent deux nouveaux, et celui qui était en train de scier la corne se remit à l’ouvrage en soupirant. Balignon et Fluvetin semblaient déterminés à avoir leur revanche dans ce combat tandis que leurs adversaires faisaient claquer leurs pinces pour les intimider. C’était eux qui avaient tué Nucléos. Puis les quatre Pokémon s’élancèrent, prêts à en découdre.

Mais alors que le combat, largement mené par les Insectes, débutait, Mr Baoba se releva, péniblement, et, voyant que les Braconniers ne faisaient pas attention à lui, décida de s’écarter. Mal lui en prie, car il tomba nez-à-nez avec Oscha, qui avait lui aussi profité que les Braconnier avaient l’attention attirée par le combat pour les contourner les prendre de revers. La rage que ce dernier éprouvait pour leur directeur en cet instant était telle qu’il ne put s’empêcher de lui donner une droite monumentale au niveau de la mâchoire, lui cassant une dent. Mr Baoba recula sous le choc, surpris, et ne put esquiver la seconde attaque d’Oscha. Le jeune homme n’avait plus de Pokémon pour se battre à sa place et il était déterminé à lui faire payer le prix de sa trahison.

Chaque nouveau coup faisait reculer Mr Baoba, qui, finalement, était revenu plus ou moins à son point de départ, incapable de se défendre autrement qu’en suppliant Oscha d’arrêter. Son retour interrompit le combat quelques instants, les Braconniers étant surpris et presque un peu amusé de le voir tyrannisé par son jeune employé. Mais ces quelques secondes d’inattention furent exactement ce qu’attendait Aldebert, qui en profita pour ordonner à Balignon d’endormir les Scarabrute.

Les Pokémon Insecte étaient sur le point de tomber endormi quand Rémus passa subitement à côté d’eux en courant, inspiré par son frère. Les deux braconniers poussèrent un juron et, avant qu’ils aient eu le temps de prévenir leur ami, celui-ci se prit à son tour un coup de poing. Il n’avait pas vu venir l’attaque, trop occupé à scier la défense du Donphan. Mais contrairement au Directeur du Parc, il se releva très vite et, alors que Rémus s’apprêtait à réitérer son assaut, il se jeta sur lui.

Rémus en eut le souffle coupé. Il était toujours debout, le braconnier ayant mis sa main derrière son dos pour l’empêcher de tomber. Son autre main, par contre, tenait fermement la défense qu’il venait enfin de scier et qui, en cet instant, pénétrait dans le corps de Rémus, transperçant son estomac. La douleur était insupportable. Il aurait souhaité crier, hurler, mais aucun son ne parvenait à sortir.

Enfin, après quelques secondes, le Braconnier retira la défense d’ivoire de la plaie, provoquant une effusion de sang. Rémus tomba à genoux. Il sentait le liquide chaud s’échapper de son corps. Il entendait la voix de ses deux amis crier son nom. Tout ce qu’il se passait devant ses yeux semblait se dérouler au ralenti. Il vit Rémus, paniqué, tenter d’interrompre l’hémorragie, tandis que les Braconniers prenaient la fuite en emportant leur butin et le Directeur du Parc avec eux. Aldebert arriva ensuite et les deux jeunes se crièrent l’un sur l’autre, pris de désarroi. Rémus sentait sa vue se troubler de secondes en secondes et il ne comprenait pas ce que ses deux amis se disaient. Il sentit ensuite qu’on lui mettait une sorte de tissus dans sa plaie. Le sang coulait toujours un peu, mais beaucoup moins tout de même. Puis il les vit le transporter en vitesse vers le Pick-up. On l’installa en arrière et son frère resta avec lui tandis que qu’Aldebert prenait le volant. Il se sentait un peu secoué, car Aldebert, pressé, ne conduisait pas très prudemment. Mais il se sentait mieux, car Amos, son Fluvetin, posé sur son épaule, usait de son Aromathérapie pour l’aider à supporter la douleur.

- Tiens bon, répétait Oscha, l’air accablé. Tiens bon, Rémus… Tout ira bien…

Rémus aurait souhaité lui dire quelque chose, mais il s’en sentait bien incapable. Il n’était qu’à moitié conscient. Enfin, après quelques minutes durant lesquelles Aldebert avait surement battu un record de vitesse, ils s’arrêtèrent. Ils se mirent à deux pour le transporter. Rémus tenta de distinguer là où il se trouvait. Mais il en était incapable. De toute évidence, ils n’étaient pas chez un médecin… Mais où alors ?

Ce n’est que lorsqu’il sentit ses amis attacher à son corps différents câbles et ventouses qu’il comprit. Ils étaient de retour à l’entrepôt. Ils allaient se servir de leur Machine pour le soigner.

Rémus tenta de se relever, mais Aldebert le plaqua contre le lit trop petit sur lequel il se trouvait. Il essaya alors de se dégager, mais il était bien trop faible pour lutter contre son ami en pleine forme. Cependant, celui-ci était obligé de le maintenir et il finit par appeler Oscha qui arriva avec plusieurs sangles pour l’attacher solidement.

- Il délire… murmura Aldebert, mal à l’aise.
- Je suppose que c’est la douleur qui fait ça, répliqua Oscha, tout aussi tourmenté. C’est con, parce que ça nous empêche de le soigner correctement !
- T’es sûr qu’on aurait pas mieux fait de l’emmener chez un médecin ?
- Il y en a qu’un à Parmanie, et il est jamais à son cabinet
, bougonna Oscha. Puis c’est bien trop loin et on a vraiment pas le temps !
- T’es sûr que ça va marcher ? On a jamais testé sur les êtres humains…
- C’est pas le moment de douter, Al’ !
s’écria Oscha en saisissant son amis par les deux épaules. Lance le courant, maintenant, je m’occupe d’activer la machine !

Aldebert déglutit puis alla activer le réseau électrique. Les différents voyants de la Machine s’activaient tout en provoquant un léger bruit de moteur. Oscha, lui, se plaça derrière le tableau de commande. Il regarda son frère qui, malgré les sangles et sa plaie, continuait de s’agiter désespérément. Oscha était sur le point de tirer sur le levier. Puis il vit son frère le fixer d’un regard suppliant et il lui adressa un sourire confiant.

- T’inquiète pas, Rémus… On va te soigner…

Et il tira sur le levier, activant la machine.

Aldebert, qui était le plus proche, fut le premier à remarquer que quelque chose clochait. De petits éclairs de toutes les couleurs sortaient des câbles, puis d’un peu partout. Le bruit du moteur s’était soudainement arrêté, remplacé par un bruit particulièrement aigu et appuyé. Le sol semblait presque trembler sous leur pied. Puis soudain, il y eut un flash lumineux qui l’aveugla, ainsi qu’Oscha.

Lorsqu’ils retrouvèrent le sens de la vue, les deux scientifiques crurent qu’ils déliraient eux aussi. Ils étaient tous les deux dans le vide, avec Amos et Balignon, qui ne comprenaient pas plus qu’eux la situation dans laquelle ils se trouvaient. Devant eux, Rémus flottait péniblement, inconscient.

Tout était noir autour d’eux. Il n’y avait rien, pas une seule lumière, et pourtant, ils parvenaient à se distinguer les uns les autres. Puis, soudain, tout autour d’eux, des yeux s’ouvrir et s’agitèrent dans tous les sens, comme une danse endiablée et chaotique. Ce n’est qu’après quelques instant qu’Oscha comprit que les yeux en question étaient en vérité des Zarbi, dont il distinguait à peine le corps. Ceux-ci volaient dans tous les sens. Il aurait été impossible de les compter.

Puis subitement, des millions de Zarbi semblèrent s’échapper de cet étrange ballet pour venir se positionner autour de Rémus. Ils l’encerclaient et formaient comme une sphère autour de lui. Oscha voulu réagir en leur criant de laisser son frère tranquille, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il voulait les rejoindre pour les écarter, mais, encore une fois, il était incapable du moindre mouvement.

Et puis, soudain, le corps de Rémus sembla partir en une fine poussière qui se dispersa partout, sous le regard impuissant de son ami et de son frère et des Pokémon. Plusieurs Zarbi reprirent alors leur place dans l’étrange chorégraphie, qui sembla soudainement encore plus désorganisée. Les Zarbi se cognaient les uns les autres avant de se déplacer pour prendre de nouvelles places. Saisis d’horreur, les deux jeunes ne comprenaient rien à ce qu’il se passait sous leurs yeux. Ils virent ensuite les Zarbi qui étaient restés sur place, partir eux aussi en poussières de la même manière que Rémus. Leur attention fut ensuite attirée par Amos, le Fluvetin, qui se tordait de douleur, sans raison apparente.

Enfin il y eut un nouveau flash aveuglant. Et ils sortirent de cet Enfer. Mais ils n’étaient plus dans l’entrepôt.

Ils n’étaient même plus ensemble.


Dessin par Orbelune


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Oscha cligna des yeux plusieurs fois, s’attendant à voir devant lui un nouveau décor. Mais rien de ce qui l’entourait ne changeait. Il se trouvait en plein milieu de sa chambre, celle qu’il avait occupé pendant des années, à Jadielle, sous le toit de leurs parents. Pourtant, quelques petits détails semblaient clocher, comme si on avait tenté de la reproduire à l’identique, mais en oubliant quelques détails au passage. Certains des ouvrages qui se trouvaient dans sa bibliothèque n’étaient pas les siens. Il remarqua aussi qu’il semblait manquer plusieurs photos sur son mur, alors qu’au contraire des images qu’il n’avait jamais vues s’y étaient ajoutées. Enfin, le plus troublant restait la lampe de chevet, qu’il était persuadé d’avoir emporté avec lui pour leur appartement de Parmanie mais qui, en cet instant précis, se trouvait bel et bien à côté de son lit, dont il ne reconnaissait par ailleurs pas la taie d’oreiller.

Il resta debout à observer sa chambre encore quelques minutes, plongé dans ses réflexions. A bien y songer, il connaissait peut-être bien ces étranges livres, et il avait bien lui-même acheter cette taie d’oreiller… Et pour la lampe, il avait dû se tromper… Mais alors, pourquoi ces petits détails le frappaient il autant ? Et que diable faisait-il là ?

Il sortit de sa chambre et décida de frapper à la porte de celle de son frère. Il s’exécuta, et, à sa grande surprise, ce fut Robert Higgs, son père, qui lui ouvrit. Il avait l’air un peu plus vieux que dans ses souvenirs et portait une horrible cravate qu’il n’avait jamais vue auparavant. Il semblait passablement irrité et un peu fatigué et regardait son fils avec agacement, tandis que celui-ci le fixait avec un mélange de surprise et de haine. Il ne lui avait pas pardonné pour la mort de sa mère.

- Quoi ? aboya l’architecte.
- Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Oscha, qui ne s’était pas du tout attendu à le revoir.
- C’est encore chez moi, je crois, non ? répliqua son père en haussant les sourcils.
- Où es Rémus ? demanda-t-il en essayant de voir l’intérieur de la pièce.
- Qui ça ? s’étonna le paternel. Tu t’es enfin décidé à capturer un nouveau Pokémon ?
- Ecarte-toi !
s’écria Oscha en s’énervant, repoussant son géniteur vers le côté pour entrer.

Oscha fit quelques pas, s’attendant à retrouver son frère endormi dans son lit, surement encore blessé par l’attaque des braconniers. Mais à la place, il y vit un vieux et luxueux bureau sur lequel étaient étalés plusieurs plans de bâtiments, ainsi qu’une vaste armoire ouverte dont dépassaient des piles de dossiers. La pièce était vide de tout autre meuble. Alors qu’ils étaient autrefois parsemés de photos, comme chez Oscha, il n’y avait plus que quelques diplômes et articles de journaux sur les murs, qui avaient été repeints en gris acier.

- Tu as transformé sa chambre en bureau ? s’indigna Oscha en se retournant vers son père, furieux.
- Qu’est-ce que tu me chantes ? répliqua-t-il, pliant les yeux pour marquer son incompréhension. Cette pièce a toujours été mon bureau, avant même ta naissance.
- Tu délires
, lança Oscha, irrité. Où est Rémus ?
- C’est toi qui délires, fils
, répondit-il. Tu as pris des substances de ton pote Albert, c’est ça ? Je savais que c’était une mauvaise fréquentation…
- Aldebert, papa ! C’est Aldebert ! Et puisque tu ne veux pas m’aider, je vais aller le chercher…


Il allait ressortir de la pièce quand son père saisit son bras avec hargne, le regardant sombrement.

- Lâche-moi ! s’écria Oscha, surpris, en tentant de se dégager.
- Tu vas aller dans ta chambre et te reposer, répliqua l’architecte avec autorité. Tu viens demain avec moi sur les chantiers, je te rappelle, et je refuse que tu sois dans un état de démence !
- Tu te fous de moi !
cria Oscha en parvenant enfin à échapper à l’étreinte de son père avant de prendre la fuite.

Robert Higgs regarda son fils partir avec contrariété, soupira puis referma la porte de son bureau en la claquant. Oscha, quant à lui, dévala les escaliers. Lorsqu’il sortit, il se saisit de son Pokematos et, après quelques manipulations, pesta. Impossible d’y retrouver le numéro de son frère. Surement un bug l’avait-il effacé… Il fut soulagé de voir qu’il avait encore celui de Dorothéa et d’Aldebert et appela ce dernier. Il devait lui parler de ce qu’ils avaient vu avec les Zarbi. Ils devaient retrouver Rémus.

- Allô, Higgs, c’est toi ? demanda la voix d’Aldebert au téléphone.
- Ouais, c’est Oscha, confirma celui-ci. Al’, faut absolument qu’on parle, t’es où ?
- Bha, à Parmanie… D’ailleurs, quand est-ce que tu reviens ? Ils m’ont mis avec ce bourrin de Théodore et …
- Ha, parfait, t’y es toujours !
l’interrompit son ami. Est-ce que Rémus est là ?
- Qui ça ?
s’étonna Aldebert.
- Ha non, Al’, tu ne vas pas t’y mettre toi aussi ! s’énerva Oscha. Ce n’est vraiment pas drôle !
- Mais Higgs, de quoi est-ce que tu parles ? C’est qui Rémus ?
- M’enfin, Aldebert, Rémus, mon frère jumeau ! Tu ne vas pas me dire que tu ne le connais pas !
- Attends attends… Depuis quand tu as un frère jumeau ? Et même un frère tout court, en fait !? Allo ? Allo ?


Le Pokematos était tombé par terre. Oscha aurait été incapable de tenir quoique ce soit. Il était soudain pris d’un doute, un doute effroyable. Il regarda tout autour de lui. Tout lui semblait à la fois si semblable et si différent de ce qu’il connaissait… Oubliant son appareil dans la pelouse, il se dirigea avec hâte vers le garage de la maison, où il trouva la voiture de son père. Sans prendre la peine de lui demander la permission, il l’emprunta, direction Lavanville. C’était le seul endroit où il pourrait s’assurer qu’on ne lui jouait pas ce qu’il espérait n’être qu’un canular.

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Il lui fallut un instant avant de trouver la tombe de sa mère. Au lieu de la trouver là où ils l’avaient enterrée un mois auparavant, il y avait un autre nom et une autre date inscrite. Puis, au bout d’une vingtaine de minutes de recherche, il finit par la trouver. « Pouvoir, force et respect. » Tels étaient les mots inscrits dessus. Oscha n’en revenait pas. Une telle formule ne pouvait avoir été choisie que par son père, qui n’était pourtant même pas venu. Elle reposait maintenant dans un grand caveau sur lequel le nom de Robert Higgs figurait aussi, alors qu’ils avaient opté pour une sépulture individuelle. Pire, la date aussi avait changé. D’après celle-ci, leur mère était morte presque 7 mois auparavant.

Oscha tremblait de partout. Cela ne pouvait pas être vrai. Tout cela était impossible, irréel ! Il se mit à courir dans la tour en dépit de toute décence pour arriver là où Nucléos avait été enterré. Cette fois-ci, la tombe était bien là, avec les mêmes inscriptions que celles qu’il avait choisies. A l’exception d’un mot. Le nom d’Amos remplaçait celui de Nucléos.

Le jeune scientifique en tomba à genoux, la tête dans les mains. Il sentait son cœur battre à la chamade. Il aurait souhaité hurler, crier. Il ne comprenait rien à ce qu’il se passait autour de lui. Pourquoi tout avait-il changé ? Que s’était-il passé ? Cela ne pouvait être qu’un cauchemar ! Et pourtant, Oscha se sentait bien réveillé… Mais alors, quoi ?

- Pardonnez-moi, jeune homme, mais vous me semblez avoir traversé de tragiques événements… Je me trompe ?

Oscha se retourna. Un homme se tenait juste derrière lui, un chapeau melon recouvrant sa tête et cachant ses yeux et dont s’échappaient néanmoins de longs cheveux blancs. Il avait un large sourire, exposant des dents d’un blanc éclatant. Il portait une sorte de vieille toge rapiécée et mal entretenue et portait un grand sac sur le dos. En l’apercevant, le jeune homme en resta incrédule. Il se sentait étrangement mal à l’aise.

- Qui êtes-vous ? demanda Oscha en se relevant péniblement pour constater que l’étranger était un rien plus grand que lui.
- Ho, juste un modeste vendeur de bougies, répondit celui-ci. J’en ai de toutes sortes, des grandes, des petites, des sombres, des colorées, des tragiques, des …
- Laissez-moi tranquille
, l’interrompit Oscha en commençant à s’éloigner. Je ne veux rien acheter.
- C’est drôle, c’est exactement ce que m’a dit votre frère la dernière fois. Ou plutôt ce qu’il aurait pu dire…


Oscha se figea sur place. Il faisait dos au Vendeur de Bougies, mais n’osait pas se retourner. Lorsqu’enfin il en trouva le courage, l’homme était toujours là, son sourire s’élargissant.

- Alors c’était une plaisanterie, pas vrai ? demanda Oscha, appréhendant la réponse. Les tombes, la chambre, tout ça, c’était juste une blague…
- J’ai bien peur que non, mon jeune ami,
reprit le Vendeur de Bougies.
- Où est mon frère ? demanda subitement Oscha. Il était blessé, est-ce qu’il va mieux ?
- Ha, voilà une question compliquée
, commenta le Vendeur de Bougie avec un petit rire. Hé bien disons que, pour faire court, il est nulle part.
- Comment ça ?
s’écria Oscha d’un air indigné. Il … Il n’est quand même pas mort ?
- Ho voyons, comment voudriez-vous qu’il soit mort, s’il n’a jamais existé ?


A l’écoute de ces derniers mots, Oscha sentit ses jambes vaciller. Il parvint à se retenir de tomber en prenant appuie sur une pierre tombale au dernier moment. Il sentit son cœur rater quelques pulsations, tant le choc était rude. Au fond de lui, il se doutait bien de cette réponse. Mais celle-ci semblait tout bonnement impossible. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Et pourtant, tout s’enchaînait… Si Rémus n’avait effectivement pas existé, alors sa chambre aurait été libre pour leur père. Il n’aurait jamais eu son numéro enregistré dans son Pokématos, et l’on ne le reconnaîtrait pas à l’évocation de son nom. Enfin, leur mère n’aurait pas attendu de les revoir tous les deux pour se donner la mort, et c’est lui, Oscha, qui aurait capturé le Fluvetin lors de leurs vacances à Kalos, plusieurs années auparavant. Tandis que Nucléos, qui était censé avoir été capturé le lendemain, et n’a donc jamais rencontré Oscha. Il était donc logique qu’Amos se soit fait broyé à sa place par les Scarabrute. Et évidemment, ça ne s’arrêtait pas là. Toute sa vie en était certainement affectée…

Mais si cette solution paraissait désormais bien logique, il y avait encore quelque chose qui clochait. Comment cela avait-il pu se produire ? Il releva la tête et fixa à nouveau le Vendeur de Bougies, rempli de haine. Etait-ce lui, le responsable ?

- Vous vous demandez certainement ce qu’il s’est passé dans votre entrepôt ? demanda l’homme au chapeau melon. C’est simple. Vous avez bafoué la règle.
- Quelle règle ?
demanda sèchement Oscha.
- Mais voyons, LA règle ! Celle-là même qu’il avait alors décidée lorsque je lui ai proposé les plans. Interdiction d’utiliser la Machine des Miracles sur un être humain.
- Attendez… vous voulez dire que… c’est vous qui aviez confié les plans de la machine à Rémus ?
- Evidemment !
répliqua le Vendeur de Bougies en riant. Je lui ai tout offert sur un plateau, et pourtant, il a brisé la seule et unique règle qu’il avait lui-même fixée ! Alors Elle la punit…
- Mais comment !?Comment une machine aurait-elle pu…
- Vous n’avez pas affaire à n’importe quelle technologie, jeune homme. Vous avez travaillé dessus. Vous avez bien vu qu’elle dépassait tout ce que vous connaissiez. Et son pouvoir dépasse tout ce que vous pourriez imaginer. A bien des égards, cette machine est comme une divinité. Et c’est vous, Oscha, qui l’aviez en partie fabriquée.
- Mais … pourquoi ? Pourquoi ne voulait-il pas l’utiliser sur les humains…
- Ho, voyons, Oscha… Réfléchissez. Pensez-vous vraiment que la race humaine mérite l’égard d’un Dieu ?


Oscha détourna le regard. Il pensa aux derniers événements. Rémus et lui avaient été déçus par les hommes ces derniers temps. Leur cruauté à l’égard des autres êtres vivants, Pokémon ou humain, leur sentiment de supériorité envers les autres, leur gout pour la violence, leur cupidité, leurs coup-bas. L’abandon de leur mère et l’indifférence de leur père… Et c’était à cause de l’un d’eux que Rémus avait été blessé, pour finalement activer la machine et provoquer tout ce désastre. A bien des égards, l’être humain était mauvais. Mauvais à la fois pour lui-même, pour les autres, pour la planète. Pour tout.

- Votre frère, s’il existait, aurait voulu se servir de la Machine uniquement pour soigner les Pokémon, afin de réparer les bêtises de la race humaine. Il refusait que celle-ci permette de soigner des êtres qui, une fois sur pied, allaient perpétrer les violences.
- Je crois que je commence à comprendre
, dit Oscha, redevenu subitement calme. Ces plans… vous les avez toujours ?
- Hé bien, puisque je ne les lui ai jamais donnés, en effet !
- Donnez-les-moi, dans ce cas
, dit Oscha en regardant le Vendeur de Bougies d’un air sévère.
- Ma foi, poursuivrez-vous donc les objectifs de votre frère ?
- Non
, répondit-il.

Le Vendeur de Bougies en perdit le sourire, surpris par la réponse que lui donnait son interlocuteur. Même si l’on ne pouvait voir ses yeux, Oscha sentait qu’il le fixait avec un mélange de curiosité et d’étonnement.

- Cette machine… ce Dieu… ses desseins vont bien plus loin … répondit Oscha. Et c’est pour servir cette cause que je consacrerai désormais ma vie.

Le Vendeur de Bougies resta un instant sans bouger, avant d’éclater de rire.

- Hé bien, mon jeune ami, qu’il en soit ainsi ! Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin dans ce même entrepôt où tout a commencé ! Mais avant que vous ne partiez à la rencontre du Divin, je pense que quelqu’un veut vous voir !

Oscha haussa les sourcils et sentit subitement une présence derrière lui. Il se retourna lentement pour faire face à un Skélenox, qui le regardait comme s’il n’arrivait pas à en croire son seul et unique œil.

- Amos… murmura Oscha.
- Dans ce monde où Rémus n’existe pas, ce Pokémon a été tué. Mais vous conviendrez avec moi qu’il est injuste pour lui de prendre la place d’un mort ! Alors, Oscha, profitez donc de cette fleur du destin !
- Une dernière chose
, dit Oscha en caressant la tête d’Amos en souriant. Vous n’êtes pas qu’un « modeste Vendeur de Bougies », pas vrai ?

Il n’y eut pas de réponse. Quand il se retourna, lassé d’attendre, il remarqua alors qu’il n’y avait personne. Le Vendeur de Bougies était parti sans laisser de traces, ni faire le moindre bruit…

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Le Professeur Higgs se réveilla en sursaut. Il haletait et était en sueur dans son vieux pyjama. Amos, son Noctunoir, le regardait d’un air inquiet. Apparemment, il avait eu le sommeil agité.

- Ce n’est rien … dit-il à son Pokémon après quelques instants, le temps de reprendre son calme. Encore ce rêve… Ces souvenirs… Comme s’il voulait être sûr que je ne l’oublie pas…

Posté à 10h59 le 21/03/18

L'an 39, l'année de l'Union (1/2)



D'après Albert Einstein :
Ce qui reste éternellement incompréhensible dans la nature, c'est qu'on puisse la comprendre.


Marcus Cornell regardait sa montre avec insistance. Il n’était pas en retard, et même un peu en avance. Il faisait chaud ce jour-là, aussi supportait-il mal le costume qu’il avait revêtu pour l’occasion. Il n’était pas encore habitué à porter de tels vêtements, ayant été conditionné pendant de nombreuses années au service sur le terrain et à des tenues de camouflage diverses. Mais depuis quelques jours, la situation avait changé.

Enfin, la secrétaire du Général Pasteur ouvrit la porte et adressa au militaire un sourire tout en hochant la tête, lui faisant comprendre qu’il pouvait venir. Il se leva précipitamment, suivi du Lieutenant Campbell. Remarquant que ce dernier le suivait, il se retourna et lui rappela qu’il s’agissait d’un entretien privé. Le jeune homme, qui était à peine âgé d’une vingtaine d’année, réprima une plaisanterie qui lui aurait valu d’être rapidement mis à terre par son supérieur et retourna s’asseoir.

Le bureau du Général Pasteur était plus petit que ce que Marcus avait imaginé. Il était plein d’armoires remplies à ras-bord de paperasses. Son Foretress était dans le coin de la pièce, visiblement endormi. C’était ce même Pokémon qui, lors de ses années d’instruction, en avait fait baver à toutes les recrues dans le Désert Délassant, ne leur laissant aucun répit dans ses tirs semblable à des coups de canon. Au sein de l’Armée, les exploits du Général et de son Pokémon étaient presque légendaires.

Le Général se leva pour aller lui serrer la main, le regard réjoui. Par cette chaleur, il avait décidé de se séparer de son costume et l’accueillait en chemise blanche. Une tenue certes plus confortable mais que Marcus aurait tout de même évitée par ce temps, se disait-il, le regard inexplicablement attiré par les traces de transpirations sous les bras de son Supérieur hiérarchique.

- Félicitations, Marcus ! lui lança-t-il en pleine poignée de main. Ou bien préférez-vous Colonel Cornell ?
- Comme vous préférez, Général
, répondit celui-ci, un peu gêné. Je tenais à vous remercier personnellement pour cette promotion que je n’avais pas vue venir.
- Allons, Marcus, vous la méritiez entièrement ! Tous mes collègues étaient d’accord et notre choix a été validé à l’unanimité par la Table Ronde. C’est un nouveau costume ?
- Acheté pour l’occasion, Général
, confirma le Colonel. J’étais habitué à travailler directement sur le terrain, mais je sais que ce nouveau grade me verra contraint de passer quelques heures sur du travail plus administratif.
- Hélas, oui, le terrain, c’était le bon vieux temps !
reprit le Général avec un air mélancolique. Vous et moi sommes passés par un parcours fort similaire, vous savez. Quand je pense que j’ai été votre instructeur ! Voilà qui ne me rajeunit pas !
- J’ai eu les meilleurs instructeurs
, confirma Marcus Cornell dans un sourire.
- Je n’en doute pas ! dit-il en éclatant de rire. Mais je pense que nos deux parcours vont cependant connaitre une différence de taille…

Le Colonel fronça les sourcils. Malgré le fait qu’il continue de sourire, cette dernière phrase prononcée par son ancien instructeur l’inquiétait presque. Le Général lui montra le siège qui faisait face à son bureau avant de s’asseoir à sa propre place. Le Colonel l’observa un léger instant, puis l’imita.

- Qu’entendez-vous par une différence dans nos deux parcours ? demanda-t-il en se renfrognant.
- Hé bien, avec la naissance de la Police Internationale il y a quelques années, de nombreux services sont créés chaque année. Certains ne survivent pas très longtemps, d’autres doivent être remaniées, etc. Et nous souhaitons vous donner la direction d’une équipe spécialisée.
- Pour quel genre d’enquête ?
demanda le Colonel, intrigué.
- Le genre d’enquête qui doit rester secrète aux yeux des citoyens, répondit le Général en soupirant.
- Comment ça, secrète ? répéta le Colonel en clignant des yeux.
- Il s’agit notamment d’enquêtes à caractère scientifique, précisa le Général. Il peut s’agir d’une technologie nouvelle, d’un mystère médical, ou même être lié à un Pokémon rare… En clair, des choses que nous ne maîtrisons pas et qui ne doivent en aucun cas parvenir aux oreilles de la populace, afin d’éviter une panique générale.
- Mais ce dont vous me parlez n’est-il par le ressort des différents Ministères ? La Gestion et les Soins me semblent appropriés dans certains cas…
- Et justement, vous serez amenés à travailler avec les Ministres concernés pour certaines de ces affaires. Cependant, votre autorité, si elle reste restreinte à l’affaire, sera d’égale valeur à celui des Ministères. Et en cas de litiges, ce sera à la Table Ronde de trancher. D’ailleurs, ce seront eux, et uniquement eux, qui décideront des affaires à vous confier. Si vous acceptez ce poste, bien entendu.
- Donc, vous voulez que je dirige un service secret de la Police Internationale…
résuma le Colonel.

Le Colonel Cornell semblait réfléchir intensément, pesant le pour et le contre. Cette idée de travailler dans le secret l’effrayait quant à la suite de sa carrière, mais le travail proposé semblait tout de même particulièrement excitant. Ses réflexions furent interrompues par un soupir du Général Pasteur.

- Marcus, il s’agit d’une opportunité à saisir, dit-il avec un air presque paternel. Ce poste est comme une corde supplémentaire à votre arc déjà bien fourni. Et vous ferez bien voir par les gros bonnets, si tant est que vous fassiez bien votre travail.
- Bon… alors j’accepte,
répondit Marcus en souriant.
- Excellent ! lança le Général. Je n’en attendais pas moins de vous ! Maintenant, si j’étais vous, je me dépêcherais de me trouver une bande de scientifiques avec qui travailler sur votre première affaire ! Voilà le dossier, je pense que vous comprendrez vite en quoi l’affaire est assez urgente.

Le colonel afficha un air surpris en se saisissant du dossier. Le nom de la ville de Cramois’île était écrit au feutre dessus, ce qui ne laissait rien présager de bon, en vue des dernières infos qui passaient au journal. Mais il y avait quelque chose d’autre qui inquiétait le militaire.

- Comment ça, trouver les scientifiques ?
- La Table Ronde réclame du sang neuf, aussi vous est-il autorisé de choisir vous-mêmes les personnes avec qui vous allez travailler sur cette première affaire ! Ils seront ensuite rapidement évalués afin de savoir s’ils seront bien aptes pour ce travail. Mais quoiqu’il en soit, c’est à vous de les trouver !
- M… mais…
- Allez, au revoir, Marcus !
lança le Général en se relevant. Je suis sûr que vous avez du pain sur la planche, là ! Puis dépêchez-vous, idéalement, votre équipe devrait être sur place dès demain !

Le Colonel se releva, l’air pataud, prenant soudain conscience de la charge monstrueuse de travail qu’il venait d’accepter. Il avait à peine quelques heures pour former une équipe compétente dans les sciences ! Et le nom de leur premier dossier ne faisait que rajouter de l’huile sur le feu !

En voyant l’air dépité de son supérieur, le soldat Campbell abandonné la plaisanterie qu’il répétait depuis quelques minutes et lui adressa un regard interrogatif. Le Colonel lui expliqua brièvement, mais clairement, la situation dans laquelle il s’était empêtré.

- Je n’ai aucune idée d’où trouver des scientifiques pour nous accompagner, conclut-il en soupirant.
- Si je puis me permettre, Colonel… commença Campbell en affrontant le regard dur de son interlocuteur, qui s’apprêtait à le faire taire en cas de blague, je crois que je connais justement trois personnes qui répondraient à ces critères…
- Vraiment ?
s’étonna Marcus. Je ne savais pas que tu connaissais tant de monde, Billy…
- Hé bien, on s’est juste rencontré une fois… Vous savez, c’était à Carmin Sur Mer, juste après notre rencontre à nous…


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Lorsque Marcus Cornell vit Aldebert Caul descendre du bateau, ce dernier était en train de siroter un verre de soda à l’aide d’une paille, trainant derrière lui une valise sur roulettes. Il portait un short coloré aux motifs de Noadkoko, ainsi qu’une chemise typique de l’archipel d’Alola. Le Colonel adressa un regard noir à son lieutenant, qui semblait cependant tout aussi surpris de l’accoutrement du Professeur. Heureusement, Isaac et Elodie étaient quant à eux vêtus normalement. Ils suivaient leur père adoptif tout en jetant des regards discrets vers le Colonel et Billy, qui, de toute manière, étaient les seuls personnes présentes sur le port à ce moment-là.

- Mr le Colonel Cornell, je présume ? demanda Aldebert en lâchant sa valise pour lui serrer la main, tout en adressant un clin d’œil à Billy. Ravi de vous rencontrer. Je suis le Professeur Caul, mais vous pouvez m’appeler Aldebert.
- Je m’en tiendrai à Professeur Caul
, répondit-il en attrapant vigoureusement sa main.
- Isaac Holey, lança ce dernier quand il vit le regard interrogateur du Colonel le fixer. Je suis l’assistant d’Aldebert et informaticien.
- Et moi, c’est Elodie et je serai votre mécano pendant ce voyage !
chantonna la jeune fille aux cheveux noirs, son regard fixé sur le Lieutenant.
- Ravi de vous rencontrer, assura le Colonel après leur à tous brièvement serré la main. Même si j’aurai préféré que ce soit dans d’autres circonstances.
- Allons, Colonel, le cadre est plutôt enchanteur
, s’exclama Aldebert. Cramois’ile est l’une des villes touristiques de Kanto les plus réputées, tant par son cadre idyllique que par la chaleur de ses habitants. C’est du moins ce que dit la brochure que j’ai trouvée dans le bateau…
- En termes de chaleur, on peut difficilement faire mieux
, confirma Billy en souriant, tout en s’efforçant de ne pas rire.
- Mr Caul, vous n’êtes donc pas au courant de ce qu’il se passe en ce moment sur l’ile ?
- Al’ ne lit pas les journaux
, répondit Isaac. Et je vous avouerai que je trouvais assez drôle l’idée de ne lui en parler qu’une fois sur place…
- Heu… me parler de quoi ?
demanda Aldebert, l’air soudain peu rassuré. Mr Campbell nous a juste dit que vous aviez besoin de nous pour une enquête …
- Suivez-moi
, ordonna le Colonel avec autorité en se retournant pour les emmener hors du port.

Le jeune Billy Campbell, qui était en tenue de militaire, le suivit immédiatement. Il fallut quelques secondes avant que le trio n’avance à son tour précipitamment pour rattraper leur retard. Le Colonel marchait vite, comme s’il était pressé. Pendant qu’ils marchaient, ils eurent le temps d’apercevoir de nombreux hôtels, plus luxueux les uns que les autres, ainsi qu’un grand nombre de boutiques et restaurants dont les enseignes resplendissaient d’éclat. Pourtant, les rues étaient anormalement désertes, comme s’ils étaient les premiers êtres humains à fouler ce sol.

- Si nous avons besoin de vous, c’est pour former une équipe spécialisée au sein de la Police Internationale. Tout ce que je vais vous dire maintenant ne doit fuiter en aucun cas et doit rester absolument secret.
- Ce n’est donc pas que pour une seule affaire que vous nous avez conviés ?
demanda Isaac.
- Cela dépendra de vous, répondit le Colonel. En cas de succès, on ne change pas une équipe qui gagne. Mais vous allez devoir faire vos preuves, ici même.
- Et en quoi consiste notre premier test ?
interrogea Elodie. Parce que j’ai bien peur que nous ne puissions rien pour empêcher l’ér…
- Nous nous en doutons bien,
l’interrompit le Colonel. Mais c’est bien à cause de cela que notre affaire est urgente. Récemment, des Pokémon inconnus s’en sont pris à différents véhicules pour voler de la nourriture. Nous allons devoir les capturer et les identifier.
- C’est tout ?
s’étonna Aldebert. Mais ne s’agit-il pas là d’une responsabilité du Ministère de la Gestion ?
- En effet, et ils étaient en charge de l’affaire depuis quelques jours. Mais la situation a changé et maintenant, le Ministère est débordé avec l’évacuation.
- L’évacuation ?
répéta Aldebert en fronçant les sourcils.

Le scientifique, qui était à ce jour âgé de plus de soixante ans, avait le regard troublé. Il regardait droit devant lui, un peu en retrait. Puis, soudain, un bruit léger attira son attention et il détourna le regard en direction de son origine. Il se figea net, stupéfié, en comprenant soudain de quoi parlait le Colonel et pourquoi les rues qu’ils traversaient lui paraissaient si vides malgré le temps radieux. La surprise et la peur soudaine lui firent tant d’effet qu’il en lâcha son gobelet et le manche de sa valise.

- Le volcan ! s’exclama-t’il, assez fort pour que les autres s’arrêtent à leur tour malgré la petite distance qui les séparait.
- Exact, professeur, répondit le Colonel. Il ne va pas tarder à entrer en éruption et c’est pourquoi l’évacuation de l’ile a été organisée. Le Ministère de la Gestion s’occupe de tout ce qui est Pokémon à sauver, tandis que le Tourisme a déjà fait déguerpir la majorité de la population. C’est un désastre sans précédent qui va se dérouler, mais au moins les pertes seront limitées au maximum…
- Mais … Mais nous devons partir, nous aussi !
s’écria Aldebert, l’air soudain paniqué. Si ce Pokémon que vous cherchez est réellement important, le Ministère l’attrapera dans les temps, non ?
- Professeur Caul
, repris le Colonel d’un ton dur, le problème c’est que tout le monde est débordé, et que ce Pokémon est d’une importance capitale, au point que nous ne pouvons en l’état pas le laisser périr dans l’éruption.
- De quoi s’agit-il, s’il est si important ?
demanda Isaac en fronçant les sourcils.
- Selon les différents témoignages, répondit le Colonel en soupirant, il s’agirait de Pokémon que les gens considèrent comme légendaires et qui ne sont pas censés exister…

Aldebert releva la tête, soudain sceptique. Oubliant qu’il se trouvait sur lieux d’une éruption à venir, il rattrapa sa valise et rattrapa le reste de l’équipe. Il paraissait soudainement très intéressé, mais silencieux. Ils reprirent le chemin, en direction d’un poste de police. Ils y entrèrent et aperçurent enfin des êtres vivants à l’intérieur. Plusieurs personnes semblaient s’activer au téléphone et autour d’une grande carte de la ville, planifiant leurs prochaines actions. Personne ne semblait les avoir remarqués, si ce n’est un homme âgé d’environ une trentaine d’année, vêtu d’un uniforme bleu marine et d’un pantalon blanc cassé. Il se dirigea de suite vers eux, apparemment pressé.

- Cornell, lança-t-il en serrant la main au Colonel. C’est donc vous qu’on a choisi ? Heureux de vous revoir.
- Moi de même, Mr Darwin. Je vous présente mon équipe, Campbell, mon lieutenant, Mr Holley, informaticien, Elodie est notre mécano, et le Professeur Caul, notre touche-à-tout. Messieurs, mademoiselle, voici Mr Francis Darwin, le Ministre de la Gestion des Pokémon de Kanto.


Francis Darwin prit le temps d’observer chacun des membres de l’équipe individuellement comme s’il émettait un jugement dans sa tête pour chacun d’entre eux. Arrivé au Professeur Caul, il releva les sourcils, visiblement pas très enchanté.

- Quel âge avez-vous, Mr Caul ? demanda-t-il.
- 64 ans, répondit celui-ci, surpris par la question.
- Ce n’est peut-être pas conseillé pour quelqu’un d’aussi âgé que vous de prendre part à cette mission, non ? dit-il en regardant le Colonel. Vu le contexte, c’est tout de même quelque chose d’assez dangereux…
- Aldebert est très intelligent
, intervint Isaac, d’un ton amer. L’âge est aussi une force, dans certains cas.
- Vous savez,
dit Aldebert, je ne pense pas que cette mission soit plus dangereuse pour moi que pour quelqu’un d’autre. Quel que soit notre âge, on peut tout de même continuer à se battre. Mais dites-moi, Mr Darwin, si j’ai bien compris, vous remplacez Mr Hoffman ?
- Depuis 3 ans
, confirma le Ministre. J’ai réussi à le forcer à prendre sa retraite. Son temps était révolu depuis déjà bien longtemps, mais il s’entêtait à imposer ses idées dépassées et commençait à perdre la boule… Quand je suis entré dans le Ministère de la Gestion sous son joug, c’était un vrai tyran gâteux. J’ai dû me battre pour régler cette situation. Mais, en soit, ça valait le coup…
- Et vous avez peur qu’Al’ soit du même style ?
demanda Elodie. Si c’est ça, soyez rassuré, il est parfois un peu excentrique, mais pas dangereux.
- Excentrique ?
répéta Aldebert, surpris.
- Nous n’avons plus de temps à perdre, intervint le Colonel, l’air exaspéré. Mr Darwin, pouvez-vous nous faire un débriefing rapide de la situation?

Le Ministre ne répondit pas, observant toujours Aldebert d’un œil mauvais. Se ressaisissant soudain, il leur fit signe de le suivre. Il les amena ensuite devant un grand tableau vert sur lequel avait été disposé plusieurs photos montrant des camions ou des boutiques qui, manifestement, avaient brûlé par endroit. Il y avait aussi une carte de la ville avec plusieurs croix ajoutées au feutre, ainsi que deux photos, l’une représentant un grand oiseau au long bec et dont les ailes et le dos du corps étaient parsemés de flammes. L’autre image représentait un animal sur quatre pattes, au pelage principalement brun, avec une sorte de crinière et de longues dents qui dépassaient de sa gueule.

- Sulfura, lança Aldebert. Et l’autre, c’est Entei, je crois ? J’ai vu un documentaire sur eux, récemment…
- C’est exact
, répondit le Ministre. Ces deux photos ont été prises ici, à Cramois’ile, lors des dernières semaines. Et ils n’avaient rien à faire ici. Ce sont eux qui sont responsables des attaques de différentes boutiques et camions qui approvisionnaient des restaurants. En clair, ils volaient à chaque fois de la nourriture.
- Il existe un nid de Sulfura à Kanto, si je ne m’abuse ?
demanda Aldebert, l’air grave.
- Oui, mais il s’agit d’un site très surveillé par mon Ministère. Je peux vous assurer que cet individu n’est pas le même.
- Et donc, qu’est-ce que vous ferez si on capture ce Pokémon ?
ajouta froidement Aldebert. Vous le tuerez ?
- Quoi ? Non, Mr Caul, je ne procéderais pas à un acte aussi barbare sur un Pokémon aussi rare, aussi dangereux soit-il. Je ne suis pas mon prédécesseur, si c’est ce que vous insinuez.
- Et donc, tous ces lieux ont été attaqués ?
demanda Billy.
- Oui, ce sont toutes les scènes répertoriées. Ils attaquent d’ordinaire de nuit.
- Arrêtez-moi si je me trompe, mais est-ce que Enteï n’est pas censé déclencher des éruptions volcaniques juste par son hurlement ?
fit remarquer Elodie, intriguée par la photo de ce Pokémon.
- C’est une vieille légende, répondit Aldebert. Elle n’est en aucun cas pertinente.
- Il n’empêche
, lança Darwin, que le volcan est devenu fort actif depuis que la présence d’Enteï a été détectée…
- Et vous pensez qu’en l’attrapant, vous empêcherez la catastrophe ?
dit Isaac.
- Si nous parvenons à le capturer, c’est une hypothèse que je vous demanderai d’explorer, confirma le Colonel d’une voix forte. Mais une seule étape à la fois. Mr Darwin, autre chose à ajouter ?
- Nous avons déjà tenté d’attraper les Pokémon
, confirma Darwin. Nous poursuivions Enteï, après que sa présence ait été détectée. Malheureusement, le piège que nous avions disposé n’a réussi à capturer qu’un Ratatac, que nous avons donc libéré. C’était juste avant que les volcanologues de l’île ne tirent la sonnette d’alarme. Et Enteï, lui, avait disparu…
- Et vous n’avez donc aucune idée de l’endroit où ces Pokémon se cachent ?
demanda une dernière fois Elodie.
- Aucune. Mes agents ont fouillé le Volcan de fond en comble avant que la zone ne devienne dangereuse, sans rien trouver. On en est venu à penser qu’ils se cachaient quelque part en ville…
- C’est pas le genre de Pokémon qui se cache facilement, pourtant…
soupira Billy.
- Maintenant, si vous voulez bien, je vais retourner m’occuper de mon Ministère. Il nous reste encore plusieurs zones de Pokémon à évacuer. Sachez aussi que Mr Herschel, mon collègue du Tourisme, peut nous donner l’ordre d’évacuer à tout moment. Chaque seconde est précieuse.

Et sans rien ajouter de plus, il partit. Juste avant de disparaître dehors pour rejoindre ses subordonnés, il jeta un regard en arrière, fixant à nouveau Aldebert. Ce dernier aussi l’avait suivi du regard. Le jeune ministre n’approuvait pas son implication dans l’affaire, du fait de son âge. Une première pour le Professeur Caul ! Mais cela le motivait presque à donner une bonne leçon d’humilité à son cadet.

______________________________________


Elodie Ross et Billy Campbell marchaient ensemble dans les rues de Cramois’île, en direction de la dernière scène ayant été confrontée à l’un des deux Pokémon de légende. Leur dernière rencontre avait beau remonter à presque 3 ans, ils avaient gardé contact par correspondance, à raison d’une lettre par mois. Aussi étaient-ils très heureux de profiter de cette opportunité du destin pour discuter un peu à l’écart de leurs aînés. C’était surtout Elodie qui parlait, posant questions sur questions, tandis que Billy, le teint rouge, se contentait de répondre en lançant, de temps en temps l’une ou l’autre plaisanterie.

Arrivés sur place, Elodie se tut subitement pour examiner les murs calcinés d’une supérette. Elle était en train de collecter des échantillons de gravats noircit par les flammes quand Billy se retourna soudain, saisissant sa Pokéball, le regard suspicieux. Il entendait des bruits de pas qui se rapprochaient, comme si quelqu’un courrait vers eux. Lorsqu’enfin il aperçut la source de ces bruits, il fut étonné de voir un vieil homme chauve à la chemise rayée rouge et blanche, apparemment exténué et avec une canne en main, déboucher d’une rue adjacente. L’homme haletait, fatigué par son effort physique. Lorsqu’il releva la tête, il dévoila qu’il portait des lunettes de soleil et que, malgré son manque de cheveux, il avait tout de même une moustache parfaitement brossée. Son regard surpris passa de Billy à Elodie, qui était toujours occupée à collecter des échantillons. Il semblait à la fois étonné et déçu.

- Je peux vous aider, monsieur ? demanda Billy en se rapprochant, rangeant la Ball d’Arbok dans sa poche tandis qu’Elodie remarquait enfin la présence du nouvel arrivant.
- Je … hum… souffla l’homme qui avait encore du mal à reprendre son souffle. Rien, merci jeune homme… Je … je pensais trouver quelque chose d’autre… Enfin quelqu’un je veux dire…
- Mr, est-ce que ça va ?
demanda Elodie en se rapprochant, visiblement inquiète.

L’homme fixa alors subitement Elodie, passant d’un air abasourdi à une sorte de réflexion intense. Soudain, il se frappa la tête de la main, arborant un air triomphal. Puis il pointa sa canne en direction d’Elodie.

- Vos cheveux sont roses ! lança-t-il, victorieux.

Elodie se figea, dévisageant désormais le vieillard, l’air mal à l’aise. Billy, quant à lui, exprimait nettement son incompréhension. De ce qu’il voyait, les cheveux d’Elodie étaient clairement noirs comme la nuit. Ce vieil homme était-il daltonien ?

- Ainsi donc, il s’intéresse aux Légendaires de feu ? ricana Auguste. Ça m’étonne qu’il envoie une de ses infirm…
- Je ne suis pas une infirmière
, l’interrompit brutalement Elodie.

Le vieil homme pencha la tête, intrigué, puis se rapprocha, doucement. Billy, sur ses gardes, avait désormais repris deux Balls en main. Mais l’homme s’arrêta à deux mètres d’Elodie, sans lui prêter la moindre attention.

- Vous ne travaillez donc pas pour Lui ? demanda-t-il.
- A cause de lui, j’ai perdu mes parents, répondit Elodie, les larmes aux yeux, en serrant les poings. Mais maintenant, je suis libre… Libre d’être ce que je veux !

L’homme l’observa encore un instant, souriant, avant de se détourner pour revenir d’où il était venu. Il faisait tourner sa canne entre ses doigts avec entrain.

- Ravi de voir que c’est possible, alors ! lança l’homme. Je vous souhaite une bonne journée, mademoiselle !

Puis, alors qu’il s’éloignait, Billy et Elodie l’entendirent chantonner. Le jeune soldat se retourna vers Elodie, qui semblait très perturbée par cette étrange rencontre.

- Tu sais qui c’était ? demanda-t-il. Il te voulait quoi ?
- J’en ai aucune idée…
dit-elle sans parvenir à le quitter des yeux. On ferait bien de retourner avec les autres, non ?

_________________________________


Lorsqu’ils revinrent de leur petite escapade, Elodie et Billy trouvèrent Isaac et Aldebert en plein travaux. Le premier était penché sur un écran d’ordinateur et y pianotait très rapidement. Le second avait le regard fixé sur les dossiers que leur avait donnés le Ministre Darwin. Sur son propre ordinateur, une vidéo dont le son était coupé passait en boucle et Elodie reconnut immédiatement le présentateur, le Professeur Tournesol, un excentrique et ami de Stephen Shelley qui, après des expéditions ratées, s’était converti dans le documentaire sur les Pokémon rares. Celui-ci escaladait une montagne en indiquant le sommet.

- Ha, Elodie, tu as ce que je t’ai demandé ? demanda le vieux scientifique.
- J’ai les gravats, confirma la jeune fille. Par contre, avec l’évacuation, les magasins étaient fermés.
- Hum, j’aurai dû prendre des réserves de soda avec moi,
pesta Aldebert.
- Ça y est, lança Isaac. C’est piraté, tu peux me rappeler l’horaire, Al’ ?
- D’après les rapports de Mr Darwin, c’était dans les alentours de 22h, ou un peu après.
- De quoi vous parlez ?
s’étonna Billy en fronçant les sourcils.
- Al’ m’a demandé de lui trouver les images du fameux piège qui a capturé le mauvais Pokémon, histoire d’assister à la scène. Les agents du Ministère n’y ont pas directement assisté d’après ce qu’on avait compris. J’ai trouvé une caméra de sécurité sur les lieux et je l’ai piratée.
- Et à quoi ça va servir ?
demanda Billy, sceptique, en suivant néanmoins les autres près de l’écran d’Isaac. Le piège a échoué, non ?

Isaac déplaça le curseur de la vidéo aux alentours de 22h et accéléra l’image. Le piège n’était pas encore activé. Lorsqu’enfin il y eut du mouvement. Enteï, le même Pokémon que sur les photos, déboulait rapidement, regardant derrière lui, comme s’il fuyait quelque chose. On entendait d’ailleurs les cris des experts lancés à sa poursuite. Soudain, Enteï sembla se cogner à une sorte de mur invisible et une lourde cage tomba, l’enfermant. Isaac mit la vidéo sur pause et regarda ses amis avec un petit sourire triomphant.

- Mais ils nous ont dit qu’ils avaient échoué à le capturer ! s’insurgea Billy.
- Ils nous ont bien dit qu’ils avaient juste capturé un Ratatac, dit Elodie. Mais le piège s’est bien refermé sur Enteï…
- Le Ministre nous a menti…
grommela Billy. Je vais prévenir le Colo…
- Pas si vite, voyons !
l’interrompit Aldebert. Je ne pense pas que le Ministre nous ait trompés. Pas volontairement du moins. Isaac, tu peux relancer ?
- Comme tu veux Al’
, répondit Isaac.

L’image se remit en route. Le Pokémon secoua la tête un instant, puis se retourna, constatant qu’il était pris au piège. Les bruits des experts se faisaient plus forts. Puis, soudain, contre toute attente, le corps d’Entei sembla se liquéfier, se transformant en une matière pâteuse indéfinissable. Le corps sembla se tordre dans tous les sens, sous les exclamations étouffés des quatre spectateurs. Enfin, le corps prit la forme puis les couleurs d’un Ratatac. Les membres du Ministère déboulèrent alors, constatant sa présence dans la cage. On les voyait pester et observer les alentours à la recherche d’Entei. Manifestement, aucun d’eux n’avait assisté à cette étrange scène.

- Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? s’exclama Billy en reculant. Il s’est passé quoi, là ?
- Hé bien, manifestement, nous n’avons pas à faire ni avec Enteï, ni avec Sulfura
, dit Aldebert. Contrairement à ce que pensait le Ministère, leur piège avait bel et bien fonctionné. Manque de chance, la créature a juste eu le temps de changer d’apparence pour adopter celle d’un Pokémon plus commun et bien moins intéressant. En clair, ce ne sont pas deux Pokémon légendaire que nous poursuivons, mais un seul et unique Pokémon polymorphe.
- Ce qui, en soit, est tout autant exceptionnel…
intervint Isaac. Tu en connais beaucoup, des Pokémon capables de faire ça ?
- Aucun
, dit Elodie.
- Moi si, s’immisça Billy. Les Zorua d’Unys sont capables de produire des illusions et de se faire passer pour d’autres Pokémon. J’en ai capturé un lors de ma formation militaire.
- Sauf qu’il s’agit là de simples illusions
, dit Aldebert. Je suppose que vous n’aviez jamais assisté à un tel spectacle avec votre Pokémon, Mr Campbell ?
- C’est vrai
, confirma Isaac. L’illusion est immédiate, et là, on a clairement vu le corps faire des trucs zarbes avant d’adopter sa nouvelle forme…
- De plus, s’il s’agissait de simples illusions, le Pokémon n’aurait pas pu causer autant de dégâts sous la forme des Légendaires
, dit Aldebert. A moins qu’il ne s’agisse d’une puissance qu’il a naturellement, ce que je ne crois pas.
- Pourquoi pas ?
demanda Elodie.
- Parce que j’ai fouillé de nombreux dossiers durant votre absence. Le nombre d’attaque pour des vols de victuailles sur Carmin-Sur-Mer par des Pokémon n’a pas augmenté depuis l’apparition de Sulfura et d’Enteï. Elles sont juste devenues plus visibles et avec plus de dégâts, et étaient auparavant causées par des Magmar, des Ponyta, des Tadmorv et… des Rattatac !
- Tu penses donc que cette… « chose » se trouve sur l’ile depuis bien plus longtemps
, conclut Isaac. Qu’est-ce qui t’a fait penser ça ?
- Le documentaire que j’avais vu. Il est passé à la télévision deux jours avant le premier incident faisant mention de Sulfura. Et à la fin de l’épisode, devinez de qui Tournesol parle, à l’aide d’images ?
- Enteï
, dit Elodie. Donc ce Pokémon polymorphe peut se métamorphoser simplement en ayant vu ce dont il a besoin et stocke ça en mémoire. Impressionnant !
- Vous pouvez remettre la vidéo ?
demanda Billy. Histoire d’avoir une idée de vers où le Rattatac s’est enfui après avoir été relâché…
- Bonne idée
, lança l’informaticien en relançant le cours de la vidéo.

Ils observèrent le Pokémon sortir de la cage, les experts du Ministère lui accordant à peine leur attention tant ils semblaient déçus. Le Pokémon se dirigea de suite vers l’ouest de la ville. Billy, lui, avait étalé une carte de la ville et avait pointé la zone du piège d’une croix rouge.

- Le Pokémon s’est dirigé vers cette direction une fois libéré. On peut penser qu’il s’est de suite rendu de là où il venait, et donc ça élimine pas mal d’endroits où chercher.
- Le laboratoire se trouve justement sur le chemin
, remarqua Aldebert. Mais je pense qu’il a déjà été fouillé par le Ministère de la Gestion et, de toute façon, le Tourisme l’a déjà fait évacué.
- Il y a aussi ce grand bâtiment, pas très loin
, fit remarquer Elodie. Qu’est-ce que c’est ?
- C’est le Manoir Pokémon
, dit Isaac. L’ancien laboratoire de Cramois’ile, mais il a été abandonné depuis plus de 20 ans et c’est devenu une réserve pour les Pokémon de l’île.
- Ça me parait être un assez bon coin pour chercher
, dit Aldebert. On devr…

Aldebert ne finit pas sa phrase. Le sol s’était soudainement mis à trembler violemment, tant et si bien que plusieurs photos accrochées à leur tableau se décrochèrent et que plusieurs petits objets tombèrent par terre. Le professeur Caul lui-même dû se cramponner à Billy pour ne pas tomber.

- Wow… lança Elodie. Sacrée secousse…
- Ça n’augure vraiment rien de bon
, dit Isaac.
- Non, rien de bon… répéta Aldebert. Le volcan risque d’entrer en éruption à chaque secousse. C’est un peu comme une bouteille de soda qu’on aurait secouée…
- Regardez
, dit Billy en pointant les autres personnes dans les couloirs et les bureaux. On dirait que c’est un peu la panique.
- On ne va surement pas tarder à nous annoncer l’ordre d’évacuation
, répondit Isaac.
- Mais on vient juste de trouver une piste ! s’exclama Elodie. On va quand même pas abandonner comme ça !
- On a qu’à sortir vite, Elodie et moi
, répondit Billy. Le Colonel nous croit peut-être encore dehors.
- Mais c’est trop risqué !
s’insurgea Aldebert. C’est bien trop dangereux à ce stade !
- Tu n’as qu’à garder un œil sur la situation avec Isaac
, proposa Elodie. Si tu penses que la situation est trop grave, vous nous ordonnez de fuir, quoiqu’on fasse ! Mais on va quand même pas abandonner un Pokémon si intéressant à son sort !
- Je ne suis pas trop d’accord
, répondit Isaac en croisant les bras. Tu connais le pourcentage de chance de survivre à ce genre d’incident ?
- Boarf, ça dépend du type d’éruption
, répondit Elodie en haussant les épaules et en tirant sur la clinche de la porte. Mais avec vous aux commandes, je suis sûre qu’il n’arrivera rien ! Allez, on file !
- Attendez !
s’écria Aldebert, l’air désespéré.

Mais c’était trop tard. Billy et Elodie étaient déjà sortis et s’étaient mis à courir pour atteindre rapidement le Manoir Pokémon. Il poussa un profond soupir avant de rassembler ses affaires, jurant intérieurement contre la fougue de la jeunesse.

Posté à 11h54 le 21/03/18

L'An 39 après Dieu, l'année de l'Union (2/2)



En sortant, Elodie et Billy purent voir près d’une cinquantaine de personnes marcher d’un pas vif en direction du port, afin de procéder à l’évacuation ordonnée par le Ministre du Tourisme. Même si ce n’était pas la panique, on pouvait voir à l’expression de leur visage qu’ils ne semblaient pas bien dans leur peau et que la menace du volcan les inquiétait énormément. Comme l’avait dit Aldebert, cela pouvait se déclencher à tout moment. Même si le volcan se trouvait sur une autre ile, voisine de celle-ci, il risquait d’y avoir de sérieux dégâts, en fonction du type d’éruption, et surtout de la portée de celle-ci.

Ils restèrent à l’écart tous les deux, discrets, et profitèrent que personne ne faisait attention à eux pour s’éclipser et se diriger vers le Manoir Pokémon. Celui-ci, comme le Port, se trouvait au nord-ouest de l’ile et à l’opposé même du volcan. C’est pour cette raison qu’Elodie n’était pas inquiète, pensant que si elle s’y trouvait, elle aurait le temps de fuir au dos de son Déflaisan si nécessaire. Billy, par contre, n’était pas totalement rassuré et la fumée noire qui s’échappait du volcan ne laissait rien présager de bon.

Arrivés au Manoir, ils y trouvèrent des portes grandes ouvertes. Ils y entrèrent donc et restèrent quelques secondes à l’entrée, observant le spectacle de désolation. L’ancien laboratoire qui, autrefois, était à la pointe de la technologie, avait largement perdu de sa superbe depuis son abandon. La nature y avait repris ses droits et de la végétation poussait à travers les fissures des murs et du carrelage. Le papier peint qui ornait les murs était devenu terne et sans couleur, et les fenêtres avaient été brisées, les éclats de verre se trouvant encore par terre. Des taches de mucus violet et des traces de brûlures ornaient le décor, mais pourtant, il n’y avait apparemment aucun Pokémon présent. Un escalier montait à l’étage supérieur tandis qu’un autre descendait.

Billy et Elodie croisèrent leur regard un instant puis, d’un hochement de tête, décidèrent de se diriger vers les escaliers. Avant qu’ils ne puissent les atteindre, ils entendirent des bruits provenir de l’étage inférieur, comme un Pokémon qui grognait. Sans plus attendre, ils précipitèrent le pas, afin de voir de quoi il en ressortait.

Ils furent bien surpris de trouver en bas le Ministre Darwin et deux de ses agents, rangeant des Pokéball jaunes dans un grand sac déjà bien remplis. Le Ministre lui-même venait de lancer sa Ball sur un Ponyta, qui rentra à l’intérieur, non sans manifester sa désapprobation. Mais la Ball cessa rapidement de remuer, signifiant que la capture était effective. Le Ministre la ramassa et la rangea avec les autres, dans le sac, tout en félicitant son Carabaffe.

- Hey, vous faites quoi ? ne put s’empêcher de crier Elodie l’air protestataire.

Le Ministre et ses agents levèrent la tête vers eux. Elodie semblait particulièrement fâchée tandis que Billy, à côté, ne paraissait pas bien comprendre sa réaction.

- Je fais simplement mon travail, répondit le Ministre Darwin.
- Vous êtes sûr que vous n’êtes pas plutôt en train de profiter de la situation pour attraper des Pokémon et pour les revendre ensuite ? s’emporta-t-elle. Vous agissez comme des braconniers !
- Des braconniers ?
répéta le Ministre, offusqué. Mademoiselle n’avez-vous donc pas vu le Volcan dehors ? Nous procédons à une évacuation de masse !
- Ouais, c’est ça, en capturant tous les Pokémon !
lança Elodie, l’air ironique en descendant les escaliers pour partir à sa rencontre, tout en serrant une de ses propres Ball en main.
- Evidemment, vous pensiez quoi, qu’on allait tous les mettre en cage gentiment alors qu’ils sont bien plus simples à déplacer en toute sécurité dans les Poké-Balls ? D’ailleurs, celles-ci sont spéciales et entièrement dédiées à notre Ministère, puisqu’elles permettent de rendre sa liberté au Pokémon dès sa première invocation !

Elodie se figea net. A bien y réfléchir, ce que disait le Ministre était tout-à-fait cohérent. Son imagination s’était emportée, ayant souvent eu connaissance d’histoire de braconniers, des actes qu’elle ne supportait pas. Elle se tourna vers Billy qui acquiesça, confirmant les dires du Ministre. Elle se sentit rougir et l’embarras couvrit ensuite son visage.

- Ha heu… bredouilla-t-elle. D… désolé… j’ai cru…
- Mouais
, répondit le Ministre en se mordant les lèvres. J’ai très bien compris ce que vous avez pensé, et j’apprécie pas trop qu’on me compare à des criminels, mademoiselle. Mais dites-moi, je peux savoir ce que vous, vous faites ici ?
- Quoi, moi, enfin nous, mais enfin je …
balbutia Elodie, toujours confuse d’avoir accusé à tort un représentant du Gouvernement.
- Notre enquête nous a menés jusqu’ici, intervint le Lieutenant Campbell. On pense que ce qu’on cherche pourrait bien se cacher dans le Manoir.
- Ha oui ?
dit le Ministre en haussant les sourcils d’un air sceptique. Vous pouvez repartir, dans ce cas, on a fouillé et vidé la quasi-totalité du bâtiment depuis hier soir et je ne pense pas qu’un Pokémon aussi imposant nous aurait échappé, pas vrai, messieurs ?
- Tout-à-fait
, approuva l’un de ses Experts.
- Je me doute bien que vous n’avez pas vu de Sulfura ou d’Entei ici, dit Elodie en se ressaisissant. Mais justement, ce n’est pas ça qu’on cherche, mais un Pokémon polymorphe !
- Un quoi ?
s’étonna l’Expert.
- Un Pokémon qui change de forme à volonté ! expliqua la jeune fille. On l’a vu le faire sur des vidéos de surveillance, en essayant de voir comment votre piège avait fonctionné.
- C’était un échec, j’étais moi-même présent
, lança l’Expert qui ne s’était pas encore exprimé.
- Non, vous l’aviez bien capturé, répondit Billy. Seulement, on l’a vu se changer en Ratatac juste avant votre arrivée !
- C’est absurde…
lança son collègue.

Le Ministre ne répondit pas de suite. Il semblait plongé dans ses réflexions, visiblement troublé, comme si quelque chose le tiraillait.

- Donc ce Pokémon pourrait très bien se trouver parmi ceux que nous avons capturés ? demanda le Ministre.
- Mais monsieur le Ministre, c’est déli…
- La ferme, Daval. Même si ça parait totalement improbable, ce n’est pas la première fois que j’entends parler d’un Pokémon capable de se transformer à souhait…
- Vous nous croyez, alors ?
demanda Elodie, enthousiasmée.
- Disons que je pense que vous croyez ce que vous dites, répliqua le Ministre. Mais dites-moi, qu’est-ce qui vous dit que le Pokémon en question n’est pas déjà parmi ceux que nous avons capturés ?
- Heu…


Elodie regarda le sac remplis de Balls. Il y en avait surement plusieurs centaines et il était tout-à-fait possible que l’une d’elle abrite un de ces Pokémon, s’étant montré sous une autre apparence. Mais c’était impossible de le confirmer.

- Je ne sais pas, répondit-elle mollement. Il faudrait les passer en revue mais nous n’avons pas vraiment le temps…
- Vous avez bien fouillé l’entièreté du bâtiment ?
demanda soudain Billy. Si c’est le cas et que, comme vous l’avez dit, vous avez vidé le Manoir de ses Pokémon, alors celui que nous recherchons est forcément dans votre sac !
- Nous avons quasiment tout fouillé, en effet
, confirma le Ministre. Seule subsiste une pièce dont la porte reste fermée, malgré nos efforts.
- Ça vaut peut-être le coup d’aller voir, alors ?
proposa Billy. Où se trouve-t-elle ?
- A l’étage supérieur,
soupira le Ministre. Mais ça ne sert à rien, nos efforts pour l’ouvrir ont été vains et impossible de trouver la clé.
- Vous voulez bien nous y guider ?
demanda timidement Elodie.

Sans répondre, Darwin se mit à marcher d’un pas calme mais ferme en direction de l’escalier, suivi de ses deux experts, qui se regardaient mutuellement, désapprouvant silencieusement leur supérieur. Elodie les suivit et Billy les attendit, étant resté dans les escaliers pendant toute la discussion, avant de suivre leurs pas.

Ils gravirent ainsi les escaliers. Une fois arrivés au premier étage, le Ministre prit à droite et longea un vieux couloir délabré. Il actionna un interrupteur sur une vieille statue, déclenchant l’ouverture d’une porte qu’ils empruntèrent. Une nouvelle salle disposant de deux vieux lits en piteux état et d’un tas de plumes calcinées, dernière trace des coussins de l’époque. Ils passèrent dans la pièce à côté, dans laquelle se trouvaient six Magmar occupés à se chamailler entre eux ainsi qu’une dernière porte d’un blanc éclatant, à se demander comment il était possible qu’elle ait pu garder une telle couleur au fil des années passées.

- Je pensais que vous aviez tout vidé, s’étonna Billy en voyant les Pokémon tandis qu’ils se dirigeaient ensemble vers le fond de la salle.
- Les Magmar font partis des rares Pokémon à ne pas craindre la lave en fusion, dit le Ministre. Même s’il s’agit d’une espèce très rare dans notre région, nous avons estimé qu’ils n’avaient pas besoin de nous pour survivre à l’éruption, contrairement aux autres Pokémon du Manoir.
- Pardonnez-moi, monsieur le Ministre, mais c’est une erreu
r, scanda subitement la voix légèrement altérée du Professeur Caul.

Ils s’arrêtèrent tous dans leurs mouvements, surpris. La voix semblait provenir du jeans d’Elodie, qui se mit à tâtonner dans ses poches pour en sortir son Pokématos, qui avait démarré une conversation avec Aldebert sans en demander la permission à sa propriétaire.

- C’est votre vieux collègue, je présume ? demanda Francis Darwin en se renfrognant.
- C’est exact, j’ai demandé à Isaac de pirater le Pokematos d’Elodie p…
- Quoi ?
s’insurgea la jeune fille. Depuis quand ?
- Depuis que vous vous êtes éclipsés malgré l’ordre d’évacuation !
répondit Aldebert d’un ton moralisateur.
- L’ordre d’évacuation ? répéta un des Expert du Ministère, visiblement inquiet.
- Mr Herschell a donné l’ordre d’évacuer après la dernière secousse, mais le volcan n’est pas encore entré en éruption, expliqua Aldebert. Mais là n’est pas le sujet. Mr Darwin, la lave n’est pas le seul danger d’une éruption volcanique. Les cendres pourraient faire s’écrouler le bâtiment, ou bien l’éruption pourrait provoquer un petit tsunami…
- Vous êtes sûr de ça ?
demanda le Ministre en fronçant les sourcils et en croisant les bras.
- On a beau penser à la lave quand on parle de volcan, c’est presque la chose la moins dangereuse des éruptions, parce que ça ne coule pas très vite, répondit le vieil homme. Je n'ai pas eu accès aux dossiers relatifs au Volcan, impossible de vous dire comment ça va se dérouler, mais si j’étais vous, je ferai attention à ces Pokémon…

Le Ministre soupira, l’air pensif, tandis qu’Elodie enguirlandait Aldebert et se rapprochait de la fameuse porte. Alors qu’Elodie était en train de forcer la serrure à l’aide de ses différents outils, Darwin en profita pour donner ses ordres à ses subordonnés. Il les envoya rapidement faire le tour du bâtiment, pour capturer les Magmar qu’ils avaient jusqu’alors négligés. Il ne savait pas si ce vieil homme disait vrai ou non, mais il ne voulait en aucun cas que des Pokémon soient victime de sa propre négligence. D’autant que si son collègue avait décidé de faire évacuer tout le monde, il ne pourrait plus revenir après.

Il fallut quelques minutes avant qu’Elodie ne parvienne à forcer la serrure. Ils n’étaient plus que trois, Billy, le Ministre et elle, mais Aldebert était toujours en liaison Pokématos. Les deux Experts avait rapidement capturé les quelques Magmar et étaient repartis à la recherche de leurs congénères. C’est avec un dernier coup de tournevis qu’elle parvint enfin à ouvrir la porte, la faisant légèrement grincer.

De l’autre côté, il y avait une pièce bien mieux entretenue que les autres sales du Manoir. Le carrelage était étincelant, et seule une grosse trace de brûlure, plus grosse que celles qu’ils avaient déjà pu voir dans le reste du bâtiment, au fond, venait entacher le décor. Il y avait aussi une bibliothèque remplie de vieux documents dont la plupart semblaient avoir été écrits à la main. Sur la table, quelques plans étaient posés, représentant des images qui laissaient Billy de marbre, mais qui provoqua une grosse excitation chez Elodie et le Ministre, puisqu’ils y reconnurent un gros plan très détaillé d’un morceau d’ADN, rempli d’annotations. Un vieil ordinateur était allumé sur un bureau et un homme, le même que celui qu’avaient rencontrés Elodie et Billy peu de temps avant, avait le regard fixé sur l’écran. Il semblait si concentré qu’il n’avait même pas remarqué l’intrusion.

Mais le plus incroyable dans cette salle restait les étranges tas de gélatines roses, dotés d’yeux et d’une bouche, qui se baladaient un peu partout dans la pièce d’un air innocent. Seul l’un d’eux, qui était posé sur les épaules de l’homme, se laissa tomer par terre pour se diriger vers eux avec curiosité.

- Qu’est-ce que c’est que ça… marmonna le Ministre, presque sans-voix.
- Ce sont des Pokémon, vous croyez ? demanda Billy.
- Je ne sais pas trop, dit Elodie en se penchant pour attraper celui qui se dirigeait vers eux. Ils n’ont pas l’air hostile…

La créature se laissa faire et manifesta sa bonne humeur en souriant et en provoquant des bruits semblables à des gargouillis. Elodie l’observa un instant, comme troublée. Elle l’observait sous toutes ses coutures, se demandant bien comment il pouvait se déplacer et même simplement bouger. Billy étouffa soudain une exclamation. Les autres amas de gélatines se dirigeaient maintenant vers eux, tout comme le premier, ou plutôt vers Elodie. Ils paraissaient ravis, comme s’ils la prenaient pour quelqu’un qu’ils connaissaient déjà, alors que la jeune fille, elle, était plutôt surprises de cet élan d’affection de la part de ces choses inconnues.

L’homme, toujours assis face à son ordinateur, ne disait rien. Il posa sa main sur son épaule et sembla surpris de ne pas y trouver la créature rose qui s’y trouvait lorsque les intrus étaient entrés. Il tourna donc la tête et se leva d’un bond, saisissant un Poké-Ball, en les remarquant enfin.

- Qu’est-ce que vous faites ici ? s’écria-t-il. Vous êtes là pour eux, c’est ça ?
- Mr Auguste ?
s’étonna le Ministre. Qu’est-ce que vous faites ici ?
- Hein ? Le Ministère ? Et la jeune fille ? Mais…


Son bras retomba mollement alors qu’il les regardait. Billy s’était lui aussi saisi de sa propre Ball, prêt à invoquer son Arbok. Elodie, quant à elle, était submergée par les créatures roses, qui semblaient lui réclamer des câlins.

- Auguste, le Champion de la ville, c’est ça ? demanda Billy, interrogateur. Vous n’avez pas suivi l’ordre d’évacuer ?
- Je peux très bien partir de cette ile tout seul
, ronchonna le Champion. Je n’ai pas besoin de bateau… Mais avant, je devais m’assurer de sauvegarder mes recherches.
- Vos recherches ?
répéta le Ministre. Est-ce que ça concernerais pas hasards ces… choses ?
- Ces « choses », comme vous dites, sont des Métamorph
, répliqua Auguste. Et ça fait plus de 20 ans que je veille sur eux.
- D’où viennent-ils ?
demanda Elodie, d’un ton embarrassé en caressant un.
- Ne me dites pas que vous n’avez pas une idée, mademoiselle aux cheveux roses ? ricana Auguste.

Billy fixa Elodie. Les Métamorph semblaient presque la prendre pour l’une des leur et la jeune fille semblait très troublée. Elle sentait comme un lien étrange qui la liait à ces Pokémon. Mais quel était-ce ? Qu’elle était cette étrange sensation ? Un souvenir ? Ou quelque chose d’encore plus profond ?

- L’ile Neuve, lança sombrement le Ministre. Je me trompe ?
- C’est exact
, répliqua Auguste. Je les ai ramenés ici peu après la catastrophe qui a rasé l’entièreté de l’ile du complexe scientifique.
- Attendez, Mr Auguste, s’il-vous-plait !
lança soudainement la voix d’Aldebert depuis le Pokématos, ce qui sembla ramener subitement sa propriétaire à la réalité. Vous pouvez nous en dire plus ?
- C’est une vieille histoire
, déclara Auguste en se grattant le crâne. Il se trouve qu’un vieil ami à moi, le Dr Fuji, était le chef d’une équipe travaillant sur le clonage.

Elodie déglutit et sentit son Pokématos glisser. Elle se ressaisit juste avant qu’il ne lui échappe des mains pour s’écraser au sol. Elle fixait désormais le Champion avec appréhension, tandis que Billy, lui, semblait plutôt sceptique. Le Ministre, enfin, ne disait rien, partagé entre la fascination et le sérieux.

- Je l’aidais souvent pour la théorie, lui rendant de temps en temps visite, continua Auguste. Lorsqu’il a eu besoin de sang pour mettre en pratique une nouvelle manière de créer les clones, je lui ai proposé le miens, car nous savions tous les deux que son ADN était porteur d’une maladie grave à laquelle avait succombé sa propre fille. Mais jamais je ne me serai douté qu’il utiliserait mon ADN pour tant de choses…
- C’est-à-dire ?
demanda Billy.
- Il a d’abord créé des clones de Pokémon lambda, poursuivit Auguste. Mais il s’est aussi servi de mon sang pour deux expériences de plus grande envergure.
- Un clone de Mew
, intervint précipitamment Aldebert. C’est bien ça ?
- Oui
, confirma le Champion de Cramois’ile. Et ces Métamorph sont justement les clones ratés de Mew. La méthode utilisée par le Dr Fuji s’est laissée dépassée par l’ADN extrêmement complexe du Pokémon Légendaire, et finalement, ça a donné ces créatures. Elles ont un ADN modulable à volonté, et il leur suffit souvent d’observer un Pokémon pour prendre leur forme. Mais ils ont été mis de côté par le Dr Fuji, car ce n’était pas eux qui l’intéressaient.
- J’ai lu un rapport sur un incident qu’avait réglé mon prédécesseur,
lança le Ministre. Il faisait état d’un Pokémon polymorphe, comme ceux-ci, repéré et abattu sur une île voisine, peu de temps avant la destruction du laboratoire.
- Oui, je m’en souviens
, lança Auguste. Et c’est pour ça que, quand j’y suis retourné pour voir l’étendue des dégâts, j’ai décidé de ne parler d’eux à personne. Je savais comment votre Ministère réagirait. Mr le Ministre… Je veux être direct, que comptez-vous faire d’eux ?

Le Ministre ne répondit pas de suite, le regard sombre. Il regarda les Pokémon roses se dodeliner auprès d’Elodie Ross, sceptique.

- Ces Pokémon seront traités comme n’importe lesquels, déclara-t-il. Si je juge qu’ils représentent une menace…
- Je ne vous laisserai pas leur faire de mal
, l’interrompit Auguste, colérique. Ils ont une part de moi en eux, c’est mon devoir de les protéger.
- S’ils tombaient entre de mauvaises mains, des Pokémon capables de changer de forme seraient très dangereux
, intervint timidement Billy.
- C’est le cas pour n’importe quel Pokémon, répliqua Auguste. Donnez même un Magicarpe à un voyou, et celui-ci s’en servira à mauvais escient. Est-ce que ça fait de Magicarpe un Pokémon dangereux pour autant ?

Billy se mordit la lèvre. En soi, le Champion avait raison. Aldebert, au Pokématos, ne disait plus rien, mais on entendait comme si quelqu’un, surement Isaac, lui marmonnait des choses. Elodie, elle, serrait le premier Métamorph dans ses bras, échangeant avec lui un regard perturbé. Le Ministre, lui, serrait les poings, tremblotant légèrement.

- J’ai étudié Métamorph et sa manière de vivre pendant des années afin de plaider sa cause à votre Ministère, continua le vieux dresseur. Je ne laisserai personne leur faire du mal.

Le Ministre s’apprêtait à répliquer quand une soudaine secousse fit trembler le Manoir tout entier. Deux vieux livres remplis de notes tombèrent de la bibliothèque et l’ordinateur sur lequel travaillait Auguste s’éteint de lui-même, n’étant plus alimenté en électricité. Les Métamorph étaient soudain tout excités et se mirent à tourner autour d’Elodie, un peu paniqués, mis à part celui qu’elle tenait dans ses bras. Auguste lui-même se rattrapa de justesse en se maintenant à la table.

- Encore une, marmonna Billy.
- Mr le Ministre ? lancèrent les voix des experts suivis des pas précipités dans leur direction. Vous allez bien ?
- Oui, oui, il en faudrait plus pour …
- SAPERLIPOPETTE !
s’écria la voix paniquée d’Aldebert. Vous tous, écoutez-moi ! Il faut que vous partiez !
- Quoi ?
s’étonna Elodie. Al’, me dit pas que…
- Si ! Le Volcan vient d’entrer en éruption ! Vous n’avez plus beaucoup de temps !
- Ho merde…
laissa échapper Billy.
- Vous ne devez surtout pas y aller à pied, criait la voix d’Aldebert. D’après ce que je vois, c’est une éruption plinienne, l’une des pires qui soit ! Et vous ne pouvez pas rester non plus à l’intérieur du bâtiment !
- Alors on fait quoi ?
demanda le Ministre, perdant son calme. Comment on s’en échappe ?
- On va devoir s’envoler
, dit Elodie. J’ai un Déflaisan qui peut me transporter, on peut faire des allers-retour pour évac…
- Déflaisan ne sera pas assez rapide, Elodie !
cria Aldebert. Une nuée ardente se dirige droit sur Cramois’ile ! C’est comme une vague de pierre et de cendres qui va raser et recouvrir toute l’ile ! Et ça déboule, d’après les estimations d’Isaac, bien trop vite pour que Déflaisan sauve plus d’une personne, et encore !
- Je n’ai rien pour m’envoler
, s’exclama un des Expert d’une voix tremblante.
- Moi non plus… dit Billy en déglutissant, de grosses gouttes de sueur perlant à son front.
- On est piégé… enragea le Ministre. Et tous les Pokémon qu’on était censé sauver avec nous…
- Pas nécessairement !
s’écria Auguste en passant devant eux les bras chargé de documents. Suivez-moi !

Il passa d’un pas vif à côté d’eux et sortit de la salle, suivi de ses protégés et des humains, pour, au bout du couloir atteindre une large fenêtre brisée. Si depuis celle-ci, on ne voyait pas le volcan, le ciel était néanmoins noir des cendres qui retombaient peu à peu, empêchant les rayons du soleil de traverser. C’était comme s’il faisait subitement nuit et que la Lune ne s’était pas encore levée.

- Hey, le gars au Pokématos ! cria-il. Des Roucarnage, ça serait assez rapide ?
- Heu, normalement, ces Pokémon peuvent atteindre la vitesse du son, ça devrait être tout juste…
- Parfait ! Métamorph !


Les petits Pokémon se jetèrent par la fenêtre, leur corps se contractant dans tous les sens, et se changèrent en Roucarnage avant de se remettre à la hauteur de la fenêtre.

- Grimpez sur eux ! cria Auguste. Vite vite !

Les humains s’exécutèrent. Une fois assis et bien accroché, les Pokémon polymorphes firent volte-face et foncèrent vers la mer. Billy ne put s’empêcher de regarder derrière eux. Le Volcan laissait s’échapper un gigantesque nuage en forme de parapluie et qui recouvrait presque l’ile. Les cendres se répandaient rapidement et les nuées ardentes passaient outre la mer pour recouvrir, avec une vitesse saisissante, Cramois’ile. Des morceaux de roches de plusieurs centaines de kilos étaient emportées par l’élan du volcan et dévastaient tout sur leur passage. A peine avaient-ils quitté le Manoir que celui-ci se faisait littéralement exploser par les millions de gravats de tailles diverses qui le percutèrent.

- Surtout, éviter de respirer ! cria Aldebert. Si les cendres entrent dans vos poumons, vous risquez gros ! Et il y a aussi le monoxyde de carbone et d'autres gaz ! Gardez un tissu contre votre bouche et votre nez !

Ils obéirent tous sans discuter. Les Métamorph avaient beau voler aussi vite qu’ils le pouvaient, ils se trouvaient toujours sous les cendres qui retombaient peu à peu. S’ils ne quittaient pas vite le périmètre, les cendres brulantes risquaient aussi de leur causer de vilaines plaies. La tension était à son comble et, à part la voix d’Aldebert et les bruits de l’apocalypse qui se déroulait derrière eux, personne n’osait rien dire.

Enfin, la lumière du soleil leur indiqua qu’ils étaient presque sortis d’affaire. Encore quelques secondes et les Métamorph, ainsi que les humains sur leur dos, sortir du périmètre dessiné par les cendres. Il leur fallu quelques secondes avant de réaliser qu’ils étaient sortis d’affaire et le Ministre lui-même ne put se retenir de lancer un cri de soulagement.

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Trois jours se sont écoulés depuis l’éruption du Volcan et la destruction complète de Cramois’ile. Les cendres avaient continuée de tomber pendant presque une journée et les autorités n’avaient pas encore rendu la zone accessible, même pas pour l’un des leurs.

Toute la petite bande qui s’était échappée du manoir de justesse s’était retrouvée chez Aldebert, en observation. Malgré leurs précautions, ils avaient respiré un peu des gaz nocifs et le Professeur s’était mis en tête de surveiller leur état de santé, tout en leur prodiguant les soins nécessaires afin de purifier leurs corps. Et en vue des dernières analyses, ils étaient tous tirés d’affaire.

- Je vous remercie, Mr Caul, dit le Ministre en lui serrant la main alors qu’il allait enfin quitter le 18, Rue du Piafabec. Je dois avouer que, sans votre intervention et vos conseils, je ne serai certainement plus de ce monde. Vous avez tiré la sonnette d’alarme à temps et nous avez évité de respirer trop de mauvaises choses, pour ensuite prendre soin de nous. Et puis, vous avez aussi sauvé les Magmar, vous aviez raison de me forcer la main…
- C’est naturel
, lança Aldebert dans un clin d’œil. Vous savez, je suis peut-être vieux, mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Et puis, sans les Métamorph, vous ne vous en seriez pas sortis…
- Qu’avez-vous décidé à leur propos ?
demanda Auguste, qui était lui aussi présent, deux des Pokémon roses sur les épaules.
- Je dois rester dans la légalité et suivre le protocole en cas de découverte d’une espèce inconnue avant de rendre mon verdict final, répondit Darwin. Cependant, je vous avouerai que mon avis est maintenant favorable. D’ailleurs, Auguste, si ça ne vous dérange pas, j’aimerais que vous suiviez l’affaire avec moi, au Ministère. Vous connaissez ces Pokémon mieux que personne, après tout.
- Héhé
, ricana le vieux dresseur. Comme quoi, je suis toujours dans le coup ! C’est d’accord, après tout, sans arène, je suis un peu un Champion au chômage. J’ai tout mon temps pour vous aider à régler l’affaire ! Je vais chercher les Métamorph et nous vous accompagnons !

Auguste quitta la pièce pour aller chercher ses petits protégés, laissant le Ministre avec Aldebert et le Colonel Cornell, qui s’était tu jusqu’alors.

- Je dois vous féliciter aussi, Colonel, lança Darwin en se tournant vers ce dernier. J’avoue qu’en voyant votre équipe pour la première fois, j’étais un peu… perplexe. Mais maintenant que je l’ai vue à l’œuvre, je la trouve parfaite. Votre première mission s’est déroulée avec succès.
- Oui, j’ai eu un retour du Général Pasteur, la Table Ronde est impressionnée. En entendant les nouvelles de l’éruption, ils pensaient qu’ils nous avaient envoyé trop tard et ne se doutaient pas qu’on avait pourtant réglé l’affaire.
- En tout cas si on me demande mon avis, vous aurez un rapport positif
, garantit Darwin. J’espère que mon Ministère sera encore amené à travailler avec vous, même si j’apprécierai des circonstances moins mortelles.

Lui et le Colonel éclatèrent de rire, tandis qu’Aldebert attrapait son verre de soda pour y planter sa paille. Il n’aimait pas trop ce genre d’humour noir, mais peut-être était-il trop vieux pour l’apprécier ?

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Auguste trouva ses Métamorph dans la chambre qu’Aldebert leur avait prêtée en l’attente des soins à leur apporter. Ils n’étaient pas seuls, Elodie était avec eux, assise, les caressant toujours, l’un d’eux, toujours le même, posé entre ses jambes. Elle avait un air distrait cette fois-ci, comme plongée dans ses pensées. Elle sursauta quand Auguste vint se planter devant elle.

- Nous allons partir pour arranger les choses avec le Ministère, déclara-t-il en se mettant à sa hauteur. Je pense que les Métamorph ont plutôt bien plaidé leur cause en sauvant la vie de Darwin, je suis assez optimiste.
- Super…
murmura Elodie, tout en continuant de caresser le Pokémon qu’elle tenait dans ses bras.
- J’ai remarqué que celui-ci s’était très attaché à toi ces derniers jours, fit remarquer Auguste. Ils ont certes tous sentit le lien qui vous relie, eux et toi, mais je crois que celui-ci t’aime franchement bien. Ça te dirait de le garder ?

Elodie baissa la tête. C’est vrai que depuis leur retour, elle avait passé beaucoup de temps avec ce Pokémon qui, semble-t-il, l’appréciait vraiment beaucoup. Aussi hocha-t-elle la tête en signe d’approbation.

- Très bien ! lança-t-il en se relevant. Il est temps pour moi de vous dire au revoir, ma chère ! En espérant que nos chemins se croisent à nouveau.

Il était sur le seuil de la porte, suivi par tous les autres Métamorph, quand Elodie se releva soudain et lui demanda de s’arrêter ce qu’il fit, sans pour autant se retourner vers elle.

- Si votre ADN a servi pour créer des clones de Mew, commença-t-elle. Pensez-vous qu’il ait aussi servi pour … autre chose ?
- Les expériences dont vous parlez ont eu lieu autre part que sur l’Ile Neuve,
annonça Auguste. Où exactement, je n’en ai aucune idée. Par contre, ce sont surement sur les travaux de mon ami le Dr Fuji que tout s’est basé. Il est donc possible que mon ADN se soit retrouvé impliquer dans d’autres choses.
- Donc… vous confirmez que … C’est pour ça que vous avez deviné pour mes…
- C’est exact
, dit Auguste. Mais ça ne change rien, mademoiselle. Contrairement aux autres, vous avez pu échapper au chemin tout tracé qu’était votre destin. Inutile dès lors de remuer vos origines. Vous avez eu des parents aimants, puis vous avez rencontré Aldebert, Isaac et Billy. Vous formez une équipe de choc. C’est ce présent qui compte. Pas votre passé.

Elodie sentait des larmes perler à ses yeux, mais elle se retenait de les laisser s’échapper. Le Métamorph dans ses bras la regardait comme pour lui donner du courage et, au fond d’elle, elle savait que ce qu’Auguste disait était vrai.

- Merci… dit-elle.
- Merci à vous, ma chère ! Et bonne chance pour la suite !

Il quitta la pièce, laissant ce qu’il aurait pu appeler comme étant, en partie du moins, sa progéniture derrière lui. Il renfonça son vieux chapeau, désormais taché des cendres, qu’il n’était pas parvenu à faire partir, et avança d’un pas confiant pour rejoindre le Ministre Darwin.

- Vous en aurez besoin, chuchota-t-il pour lui-même, conscient que leur route était encore parsemée d’embûches à faire pâlir un simple volcan en éruption.

Posté à 11h44 le 28/03/18

L’an 41 après Dieu, l’année des spores (1/2)



D'après Albert Einstein :
La vie c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre


Lorsque Stephen Shelley descendit de son bus, il dut mettre sa main au-dessus de ses yeux, afin de ne pas être ébloui par le soleil qui brillait de mille feux. Il n’y avait guère de nuages à l’horizon et le temps était particulièrement agréable. C’était une belle après-midi qui s’annonçait. Pourtant, il n’y avait quasiment personne dans les rues de Pétale Town, un petit village de Johto qui comptait à peine une quarantaine d’habitants. L’écrivain était surpris de ne pas voir d’enfants jouer ou d’adultes se promener pour profiter de cette belle journée. Peut-être travaillaient-ils tous à cette heure-ci ? Stephen lui-même n’était pas venu pour admirer les nombreuses fleurs qui ornaient le village, mais bien pour des raisons professionnelles. Il attrapa sa petite valise d’une main et se rendit à l’adresse que Dimitri Mendel lui avait fournie par Pokématos quelques jours auparavant.

Stephen Shelley n’avait jamais vu une ville aussi fleurie que Pétale Town. Il y avait partout des bacs remplis de fleurs colorées et parfumées. Par endroit, on avait essayé de dessiner des Pokémon en alliant différentes fleurs, bien que le résultat soit certainement plus réaliste vu des toits. Stephen ne fut pas surpris de voir quelques Joliflor et Herbizarre se balader dans les rues, en toute liberté. Dans un village où les fleurs avaient autant d’importance, ces Pokémon étaient bien à leur place. Mais cela rendait d’autant plus intriguant l’absence de personnes en dehors. N’y avait-il pas même un jardinier pour s’occuper de tout ça ? Ou même une femme au foyer pour arroser ses fiertés colorées ? Par temps pareil, Safrania aurait été presque invivable tant il y aurait eu du monde en dehors. Mais peut-être était-ce dû aux magasins de la grande ville, ce dont ne semblait pas disposer Pétale Town.

Sur son chemin, l’écrivain remarqua néanmoins la présence de quelques personnes. Mais ces dernières se trouvaient à l’intérieur de leur boutique et regardaient passer l’inconnu d’un regard mauvais depuis leurs vitrines. Peut-être n’appréciaient-ils pas trop voir débarquer chez eux un étranger ? Quoiqu’il en soit, Stephen ne se souciait pas d’eux. Il était juste là pour poser des questions à propos de quelques Pokémon Plante à son contact, et souhaitait le voir en action afin de mieux décrire dans son prochain livre comment l’un de ses personnages était censé s’occuper de son Rafflésia.

Enfin, il arriva à la maison de Dimitri Mendel, le Botaniste avec qui il avait été en contact. Celui-ci lui avait donné rendez-vous afin de répondre à ses interrogations déjà quelques jours auparavant, puis n’avait soudainement plus donné une seule nouvelle, mais lorsqu’il s’agissait de confirmer qu’il avait bien une chambre préparée pour Stephen. Comme il ne lui avait pas répondu, l’écrivain avait tenté de trouver une chambre d’hôte pas trop loin, mais la seule qui accepta de lui répondre se trouvait dans le village d’à côté. Il espérait donc que le Botaniste avait bien préparé de quoi l’accueillir, car il n’avait aucune envie de marcher jusque-là simplement pour dormir et repartir le lendemain.

Il frappa une première fois à la porte. Au bout de quelques minutes d’attente, il réitéra son geste. Comme personne ne venait lui ouvrir, il soupira et tenta de voir s’il pouvait apercevoir son hôte par les fenêtres. Mais c’était sans compter les rideaux, qui cachaient la vue des curieux. Laissant sa valise au seuil de la porte d’entrée, l’écrivain se mit à contourner l’habitation. Peut-être que le botaniste se trouvait dans son jardin ? Il fut surpris, une fois de plus, de voir que l’habitation ne disposait que d’un tout petit jardin, apparemment peu entretenu. Un comble pour un Botaniste renommé qui, de plus, habitait dans un village réputé pour ses fleurs. Mais, par chance, la porte de derrière n’était pas verrouillée. L’écrivain hésita quelques secondes puis, soupirant, attrapa la clinche afin de pénétrer chez l’homme qui, quelques jours avant, l’avait invité.

Stephen se trouvait maintenant dans la cuisine. Il faisait très sombre, car, là aussi, les rideaux cachaient le soleil. Aidé par la lumière qui s’infiltrait par la porte ouverte, il actionna l’interrupteur, allumant la lumière d’une lampe au plafond. Du pain rassis se trouvait sur la table, avec un pot de confiture ouvert, dans lequel s’invitaient de grosses mouches noires et bruyantes. Devant ce spectacle peu ragoûtant, l’écrivain regretta bien moins d’avoir pris une table d’hôte pour passer la nuit et, surtout, pour prendre le petit déjeuner. Il fit quelques pas et entendit enfin un autre son que celui des insectes qui festoyaient sur la table. On aurait dit quelqu'un qui dévalait les escaliers avec empressement. Soudain, il entendit quelqu’un proférer un juron, alors que des bruits de verre brisés s’ajoutaient à ceux qu’il entendait déjà. Sceptique, Stephen se rapprocha de la porte qui devait donner sur le corridor.

Mais avant qu’il ait pu l’atteindre, celle-ci s’ouvrit à la volée. C’était évidemment Dimitri Mendel, mais l’écrivain ne le reconnut pas immédiatement. Le botaniste était vêtu d’une chemise déchirée à de nombreux endroits, tout comme son pantalon, dont il semblait qu’on avait arraché les poches à la main. L’homme avait le dos voûté et regardait Stephen avec une expression mêlant colère et fatigue intense. Ses bras pendaient mollement le long de son corps et ses jambes semblaient trembler, le poil hérissé, comme s’il avait la chair de poule. Ses lunettes étaient cassées et glissaient dangereusement le long de son nez, dévoilant des yeux injectés de sang. Des gouttes de sueurs perlant de son front, il haletait, comme s’il venait de fournir un grand effort pour se tenir là.

Devant cette vision, l’écrivain fit un pas en arrière, pas très rassuré. L’homme l’observait sans rien dire, et Stephen lui-même était pris au dépourvu. Enfin, prenant son courage à deux mains, il déglutit et tenta d’engager la conversation.

- Dimitri Mendel ? demanda-t-il d’abord. Je suis Stephen Shelley, vous savez, le brillant écrivain ? Je … hum… vous m’aviez proposé de venir et …
- Aidez-moi…
grogna le botaniste. Aidez … moi…
- Heu… je veux bien, mais vous auriez peut-être plutôt besoin d’un méd…
- AIDEZ MOI TOUT DE SUITE !


Le botaniste avait dit ça en se jetant littéralement sur Stephen, qui esquiva de justesse. S’ensuivit une course-poursuite qui ressemblait plus à un jeu de touche pour enfant parodié par des adultes. Stephen se cachait derrière la table de la cuisine tandis que son opposant faisait le tour pour l’attraper. Comprenant que ça ne servait à rien, le botaniste finit par sauter sur la table. Il s’élança à nouveau sur Stephen, qui laissa échapper un cri de surprise et tomba durement en arrière sur le sol de la cuisine. Dimitri Mendel se tenait désormais sur lui et tentait d’étrangler le pauvre écrivain, tout en le mordant férocement au niveau des épaules. S’il n’avait pas eu le souffle coupé par l’étreinte, Stephen aurait sans doute rameuté bien du monde à l’aide de par son cri de douleur. Il paniquait de plus en plus, sentant que s’il ne faisait rien très vite, il n’allait pas tarder à être tué par son agresseur. Soudain, sa main qui tâtonnait par terre dans un ultime espoir attrapa le pot de confiture, tombé avec la table par l’élan du botaniste. Sans hésité une seconde, car le temps pressait, il écrasa le pot contre le crâne du botaniste, le brisant en plusieurs éclats de verre. L’homme cessa immédiatement de mordre et de serrer son cou et retomba, assommé.

Stephen se dégagea de là et se mit à fouiller la cuisine. Ne trouvant pas ce qu’il voulait, il attrapa néanmoins un couteau de cuisine, prêt à s’en servir si jamais l’homme reprenait ses esprits. Il se lança alors dans l’exploration de la maison. S’il avait été dans d’autres circonstances, l’écrivain se serait surement arrêté pour constater que, de bien des manières, la maison était très mal entretenue. Stephen finit par trouver la corde dont il avait besoin dans un placard et ligota Dimitri Mendel. Mais ce faisant, il remarqua aussi que le corps de son agresseur rempli d’ecchymoses et de coup bleus. Et puis il y avait aussi l’odeur, nauséabonde, comme si le corps du pauvre bougre était en pleine décomposition. Il était en si mauvais état que Stephen en eut des haut-le-cœur à plusieurs reprises. Lorsqu’il fut sûr de l’avoir suffisamment bien attaché, Stephen s’assit sur une chaise, l’observant avec un mélange de curiosité et de peur. Finalement, il attrapa son Pokématos. Il ne savait pas de quoi souffrait le botaniste, mais si quelqu’un pouvait le découvrir, c’était bien son vieil ami Aldebert.

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Sur l’île Union, cloitrée dans son vieux bureau faiblement éclairé, Astrid Roosevelt était penchée sur un ennuyeux rapport que lui avait fait parvenir son Ministre des Finances. Ayant elle-même occupé ce poste, il y a de cela plusieurs dizaines d’années, elle avait toujours gardé un œil plus particulier sur cet aspect de son Gouvernement. Elle était particulièrement stricte avec ce Ministère et c’est sans surprise que pas moins de 7 ministres s’y étaient succédé depuis qu’elle gérait l’Etat de Kanto-Johto, tous ayant abandonné, exténués par la quantité monstrueuse de travail qu’elle leur donnait, puisqu’elle n’hésitait pas à leur faire recommencer tout un rapport si elle ne le jugeait pas assez rigoureux. Elle était d’ailleurs en train de pointer quelques imperfections de son feutre tout en dégustant un verre de chocolat chaud, son seul et unique péché mignon.

Soudain, on frappa à la porte. Sans même relever son visage, la Première lança un « Entrez ! » et le Majordome, André Malraux, poussa la porte. Il portait un plateau d’argent sur lequel se trouvaient des biscuits secs, que la Ministre plongeait dans son chocolat avant de les manger, mais aussi un téléphone. Roosevelt ne remarqua la présence de ce dernier que lorsque son employé déposa le plateau sur son bureau. Elle lui adressa un regard interrogateur et le majordome lui dit le nom de celui qui attendait à l’autre bout du fil. Elle se saisit de l’appareil et remercia Mr Malraux, qui se retira sans demander son reste.

- Colonel Cornell ? demanda-t-elle. Allons droit au but, je suis très occupée, que me vaut votre appel ?
- Mes hommages, madame
, répondit la voix un peu altérée du Militaire. Il se trouve que mon équipe est tombée, un peu par hasard, sur un pauvre homme souffrant d’une maladie inconnue.
- Une maladie inconnue ?
répéta la Ministre. Où ça ?
- Le petit village de Pétale Town, à Johto. Le professeur Caul a tenté de le soigner, mais sans succès pour le moment, et il est finalement mort il y a quelques minutes… Nous pensons que d’autres habitants sont atteints, car, comme notre premier patient, ils se montrent tous extrêmement agressifs… Dois-je demander au Ministre de la Santé de venir s’en occuper ?
- Si c’est une maladie inconnue et mortelle, je préférerais qu’Higgs n’en sache rien
, répondit la Ministre après quelques secondes de réflexion. Je me méfie de lui comme de la peste, et peste et choléra ne font certainement pas bon mélange.
- Mais madame, il s’agit du Mini…
- Je sais pertinemment qu’il est censé s’occuper de ce genre de cas
, soupira Astrid Roosevelt. Mais vous, vous êtes censé vous occuper des cas secrets et mystérieux. Alors, je préférerais vous le laisser, pour le moment du moins.
- Vous êtes sûre que…
- Parfaitement sûre, Colonel
, confirma-t-elle sèchement. Je vous donne cette affaire officiellement, et je prends toutes les responsabilités si le Professeur Higgs venait vous poser problème. Une petite entorse au règlement est parfois nécessaire… Vous me tiendrez au courant quotidiennement, Colonel, moi et moi seule. C’est bien compris ?
- Bien, madame
, répondit le Colonel. Cependant, puis-je vous demander l’autorisation de demander de l’aide au Capitaine Weiss ? Il est en vacances dans son manoir pas loin d’ici. Les habitants se montrent si violents envers nous que je pense qu’un militaire en plus ne sera pas de trop s’ils continuaient…
- Je pense qu’on peut faire confiance au Capitaine
, soupira Roosevelt. Parfait, si vous n’avez plus rien à ajouter… je vous souhaite une bonne journée, Colonel.

Elle raccrocha le téléphone et poussa un grand soupir. Elle qui était très attachée au règlement venait de pousser un de ses employés à faire une entorse. Car l’équipe du Colonel était censée collaborer avec les Ministres concernés. Ils l’avaient déjà fait à de nombreuses reprises et cela s’était toujours bien passé. Mais elle n’avait encore aucune confiance au Professeur Higgs depuis qu’il avait fait chanter la Table Ronde, cinq ans auparavant.

Cette histoire perturbait la vieille ministre. Malgré son âge, elle ne songeait pas encore à prendre sa retraite, ayant besoin de ce travail pour se sentir bien. Mais en ce moment, elle ne se sentait plus d’humeur à écumer un dossier de compte et attrapa un de ses biscuits pour le ramollir dans son chocolat. Elle n’aurait qu’à finir son inspection demain.

A plusieurs centaines de kilomètres de là, le Colonel, lui, semblait assez intrigué en continuant de fixer son Pokematos. Il était certes bien content de pouvoir inviter son vieux camarade à le rejoindre, lui avec qui il avait été formé. Ils étaient restés inséparables jusqu’à ce qu’il ne se tourne vers la branche de la marine. Le Colonel et le Capitaine avaient alors continué à gravir les échelons chacun de leur côté, et ne s’étaient plus revus que lors de missions importantes ou des réunions entre gradés.

Mais ce qui le perturbait était évidemment le désir d’Astrid Roosevelt de ne pas mêler le Ministre de la Santé à cette affaire. La Première avait clairement dit qu’elle n’avait pas confiance en le Professeur Higgs, ce qui lui faisait un point commun avec le Professeur Caul. Pourtant, ils avaient déjà travaillé avec des agents du Ministère pour d’autres affaires depuis deux ans. Mais jamais le professeur Higgs n’était venu lui-même voir sur place, comme la plupart des Ministres d’ailleurs, exception pour le Ministre Darwin, qui était en très bon terme avec les membres de l’équipe.

Et puis, il y avait aussi cette affaire… Dimitri Mendel venait tout juste de mourir dans d’horribles souffrances, laissant un corps sans vie et dans un état à faire pâlir un fantôme. Le Professeur Caul n’était pas parvenu à le soigner et étudiait en ce moment un échantillon de sang, à la recherche du facteur qui aurait causé cette étrange maladie. Heureusement, d’après les symptômes observés sur lui, aucun d’entre eux n’étaient atteints, pas même l’écrivain qui s’était fait mordre. Ou du moins, la maladie ne s’était pas encore déclarée…

Le problème était que cela ressemblait bien à une épidémie. Même s’ils n’en étaient pas encore certains, le comportement des habitants pourrait être influencé par cette maladie. Isaac et le Lieutenant Campbell était partis pour tenter de capturer un habitant pour pouvoir comparer son sang à celui du défunt botaniste. Pendant ce temps, Stephen Shelley et le reste de son équipe restaient cloîtrés dans la maison de Mendel, un lieu très peu confortable mais dont l’écrivain était tout de même parvenu à débarrasser de l’odeur de putréfaction. Mais le matériel dont ils disposaient laissait tout de même à désirer et la maison était bien petite pour eux six et un cadavre.

Finalement, après quelques secondes de réflexion, le Colonel soupira et appela son ami à la rescousse. Avec un peu de chance, on n’aurait pas besoin de ses capacités…

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- C’est quand même dingue que personne ne sorte de chez soi, grommela Billy en marchant dans la rue aux côtés de son Arbok et d’Isaac.
- Al’ pense que c’est peut-être un effet de la maladie, répondit Isaac. Une plus forte sensibilité au soleil.
- Et après tu me diras qu’ils sont assoiffés de sang et qu’on ne les voit pas dans les miroirs
, plaisanta le militaire.
- Pour la soif de sang, je me demande bien… tu te souviens de la manière dont la boulangère s’est jetée sur le Colonel ?
- Non, c’est clair, quelque chose tourne pas rond ici… Mais si c’est quand même contagieux, on ferait mieux de vite trouver le remède, parce qu’on risque de chopper cette saloperie, nous aussi.


Ils étaient de retour à la boulangerie de la ville, celle-là même à laquelle le Colonel avait voulu poser quelques questions à leur arrivée. Mais comme Isaac l’avait évoquée, celle-ci s’était montrée peu accueillante et le Colonel Cornell avait été forcé de la mettre à terre, la laissant évanouie derrière eux. Ils avaient alors déjà remarqué que ses yeux étaient injectés de sang. Isaac et Billy avait espéré qu’elle y serait toujours, afin de pouvoir la ramener avec eux sans souci pour procéder aux analyses. Malheureusement, il n’y avait plus une trace de la dame là où ils l’avaient laissée. A la place, de vieux pains trainaient par terre et des débris de chaises brisées gisaient un peu partout. Et puis, il y avait ces quelques traces de sang sur les murs…

- Mauvaise pioche, grommela Billy. On fait quoi ?
- Faudrait essayer de la retrouver. Ou bien on cherche quelqu’un d’autre ?


Avant que Billy n’ait eu le temps de répondre, son Arbok émit un sifflotement agressif. Il regarda dans un premier temps une porte qui donnait vers le reste de l’habitation, puis remarqua que son Pokémon regardait en dehors. Il jeta un coup d’œil et fut surpris de voir que quelqu’un venait de passer tranquillement devant la vitrine de la boulangerie. L’homme, qui devait avoir la trentaine, semblait plongé dans son livre, au point qu’il n’avait pas remarqué le militaire et l’informaticien se tenir sur une bien étrange scène depuis la vitrine du magasin. D’ailleurs, il ne faisait attention à rien du tout, marchant sans se soucier des parterres de fleurs.

Billy sortit de suite et, sans attendre Isaac, ordonna à son Arbok de se jeter sur lui pour le capturer. Le Pokémon s’exécuta, et l’inconnu ne se retourna qu’au dernier moment en l’entendant se rapprocher avec vivacité. Mais c’était trop tard et il eut tout juste le temps de lancer un petit cri d’effroi et de lâcher son livre qu’Arbok s’était déjà enroulé tout autour de lui.

- Belle prise, Arbok ! cria le Lieutenant Campbell en courant vers eux, Isaac sur les talons.

L’homme était en train de se débattre, piégé dans les anneaux du Pokémon, quand Billy se stoppa net. Son visage lui rappelait quelque chose… Ce n’est que lorsqu’Isaac, surpris, cria son nom qu’il reconnut Léo, le Pokémaniac.

- Qu’est-ce que tu fiches ici ? s’exclama l’informaticien.
- Isaac ? s’étonna Léo, perdant son air paniqué pour une expression plus étonnée. Bha, tu sais, je sais pas vraiment ce que je fiche avec un Arbock tout autour de moi…
- Tu le connais ?
s’étonna Billy. Je veux dire, moi aussi, je l’ai déjà vu à la télé, mais personnellement ?
- Oui, on s’est connu durant nos études
, répondit Isaac. Je pensais que tu travaillais à Azuria ?
- Oui, mais j’ai débarqué ce matin pour vérifier un terrain. On pensait y installer une zone de stockage des Pokémon.
- Ce matin ?
répéta Billy en regardant Isaac.
- Comme nous… Il n’a pas pu contracter le virus… répondit ce dernier.
- Ouais… Arbok, libère-le ! Désolé, Mr Léo…
- Vous pouvez juste m’appeler Léo
, répondit le Pokémaniac en se penchant pour ramasser son livre une fois libéré des anneaux du Pokemon. Je peux savoir pourquoi vous vouliez m’attraper ? Vous m’avez pris pour quelqu’un d’autre ?
- Les habitants du village ont été contaminés par un virus qui les rend agressifs et qui est certainement mortel
, lança Isaac. On essaye d’en savoir plus et on voulait attraper un citoyen pour analyser son sang.

Léo déglutit et son expression passa soudainement du mécontentement à l’inquiétude, devenant blanc comme un Blizzi. La perspective de se trouver en plein milieu d’une épidémie n’était effectivement pas des plus réjouissantes, pensa son ami. Au moins, il n’avait pas les yeux injectés de sang, et ne présentait aucun autre des symptômes connus.

- Heu… est-ce que… est-ce que je peux vous aider d’une manière ou d’une autre ? demanda finalement le Pokémaniac.
- Si tu as du matériel, genre des bons microscopes, je pense que ça pourrait aider Al’ à analyser tout ça. Ceux qu’on a sont peu précis.
- Puis à manger, si vous aviez des vivres, parce que je pense que les habitants ne sont pas très enclins à nous en vendre
, lança soudain le lieutenant Campbell.
- Vous pouvez venir chez moi, si vous le voulez, proposa Léo. J’ai une villa qui dispose d’un laboratoire, certes rudimentaire, mais avec quelques appareils en bon état. Puis, j’ai aussi deux ou trois lits d’hôpitaux, avec des sangles, vous pourriez en avoir besoin si vos patients sont si agressifs que ça…
- Tu ne les as pas vu ?
s’étonna Léo. On est arrivé ce matin, nous aussi, mais on a pu voir de quel bois ils se chauffaient …
- Non, j’avais l’impression de le village était désert, ça m’a un peu étonné d’ailleurs… On fait quoi, je vous montre où c’est ?
- C’est une bonne idée
, intervint Billy. On sera surement mieux installés que dans la maison du cadavre…
- Du cadavre ?
répéta Léo en écarquillant les yeux.
- Notre premier patient, répondit Isaac. On va voir ça avec le Colonel, alors. Pendant ce temps, tu continues de chercher quelqu’un ?
- Je vais retourner à la boulangerie
, confirma Isaac. Si elle y est, Arbok et moi, on vous la ramène, sinon on tentera notre chance dans une autre maison.
- Bien, Léo, suis moi, je vais te présenter au reste de l’équipe.


Léo hocha la tête et suivit Isaac, laissant derrière eux le Lieutenant Campbell, qui soupirait à l’idée de se retrouver face à la mégère de la boulangerie. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sauver le monde ?

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Quelques heures plus tard, l’équipe s’activait dans la villa du Pokémaniaque. Il n’avait pas fallu longtemps pour convaincre tout le monde de déménager vers un lieu plus confortable et mieux équipé. Même si Léo n’y passait pas très souvent, une femme de ménage y passait une fois par mois. L’habitation était donc parfaitement rangée et il n’y avait que très peu de poussière. Des piles de journaux s’emmagasinaient dans le hall d’entrée, une feuille de chou locale qui traitait des derniers potins de Pétale Town et avait au moins le mérite d’avoir des caricatures amusantes, selon Léo. Stephen Shelley s’installa en cuisine, en leur promettant de préparer quelque chose de bon avec ce qu’il trouverait, car, à la demande de Léo, la femme de ménage avait rempli les frigos quelques jours avant. Aldebert et le Colonel installèrent le cadavre du botaniste dans le petit laboratoire dont avait parlé leur hôte, afin de le garder à disposition. Léo les laissa s’installer et proposa à Isaac de le suivre pour qu’il lui montre la nouvelle mise à jour de son système de Stockage. Ils s’étaient à peine isolés que Billy débarqua, son Arbok maintenant tant bien que mal la boulangère du matin qui se débattait comme une furie. Aldebert lui injecta un puissant sédatif et on installa l’endormie sur une table d’opération munie de sangles.

Le professeur Caul avait fait différents prélèvements. De la peau, des cheveux, un morceau d’ongle, de l’urine et, bien entendu, un peu de sang. De temps en temps, on l’entendait pousser un petit cri de victoire, mais il ne faisait pas attention aux questions que lui posaient ensuite le Colonel ou Elodie. Il avait à peine remercié Stephen lorsque celui-ci était venu lui apporter un soda sur glace, son péché mignon, ainsi que quelques morceaux de sucre qu’il lui avait demandé. Il était comme plongé dans son monde, comme si seule la recherche et la découverte l’intéressait en ce moment-même.

Se sentant un peu inutiles, Billy et Elodie étaient en train de jouer une énième partie d’échec, le militaire étant frustré de ne toujours pas avoir remporté une seule partie. Le Colonel, quant à lui, lisait les vieux journaux qu’il avait attrapés dans le hall d’entrée, se demandant s’il n’aurait pas dû attendre avant d’appeler son vieil ami à l’aide. Isaac et Léo n’étaient pas encore revenus et Stephen était en train de finaliser le repas dans la cuisine. C’est pourquoi, entre deux analyses, le Professeur Caul ne cherchait même pas à se cacher cette fois-ci. Après tout, personne ne faisait attention à lui.

Il venait de prélever un peu de spores à son Chapignon, qui le regardait avec un air désapprobateur. Ignorant son fidèle Pokémon, le vieux scientifique les mélangea avec une petite solution acide de son invention dans un verre. Il y plongea alors rapidement les morceaux de sucre avant de les en sortir tout aussi vite, pour ne pas qu’ils s’y décomposent. Il les déposa ensuite sur une petite table, visiblement très excité. Il retourna ensuite à son microscope, qui agrandissait l’échantillon de sang pour étudier les éléments qui s’y trouvaient à l’ordre du nanomètre. Il souriait, sachant qu’il touchait au but et qu’il avait tout juste besoin d’un petit coup de pouce pour l’atteindre. Alors, d’un geste machinal, il attrapa l’un des morceaux de sucre et le déposa sur sa langue.

- Je pense que j’ai identifié le responsable de cette étrange maladie, lança-t-il d’un ton joyeux.

A ses mots, Elodie et le Colonel se levèrent afin de s’approcher du scientifique. Billy les rejoint rapidement, non sans avoir subtilement déplacé un de ses Pion qu’il pensait en danger pendant que l’ingénieure ne regardait pas. Aldebert s’écarta du microscope et ralluma l’ordinateur qui s’était mis en veille, afin de leur montrer en direct ce qu’il avait trouvé dans le sang de la boulangère sans qu’ils ne décalent l’échantillon par inadvertance en essayant de voir par eux-mêmes.

A l’écran, une petite boule malformée bougeait légèrement. Elle semblait équipée de petite tentacules qui terminaient toutes avec une sorte de harpon. Sa vue n’était clairement pas très plaisante et Elodie laissa échapper un petite plainte de dégout, tandis que le Colonel déposait son journal sur la table, détournant lui aussi les yeux de cette chose aux airs d’alien. Billy, lui, l’observait plutôt avec incompréhension.

- C’est à ça que ça ressemble, les maladies ? s’étonna le Lieutenant. Mais… ça ressemble à rien.
- Tu pensais quoi, que ça avait un visage ?
demanda Elodie en plaisantant.
- Bha, pour dire vrai, oui… répondit-il. Un peu comme dans ces vieux dessins animés…
- Ha, ces dessins animés !
s’exclama soudain Aldebert. Tu te souviens des Tortank Ninja, vieux ?

Les trois visages se tournèrent vers le Professeur Caul. Le Colonel avait la main proche de sa bouche et regardait Aldebert avec une expression mêlant surprise et répulsion. Billy, lui, paraissait plutôt déconcerté d’avoir été appelé « Vieux » par le Professeur. Le regard d’Elodie par contre exprimait plutôt des soupçons et elle semblait chercher quelque chose dans la pièce. Le Professeur Caul, enfin, et cela ne faisait qu’augmenter la surprise de ses collègue, regardait dans le vide, béat, comme si quelqu’un que seul lui pouvait voir si trouvait.

- Et comment que je m’en souviens ! lui répondit une voix que seul le Professeur pouvait entendre. Des Pokémon qui ont muté et ont obtenu des capacités hors du commun et un corps plus adapté aux arts martiaux. Une série amusante et très divertissante !
- Mais complètement à côté de la plaque
, continua Aldebert. Comme si de simples déchets nucléaires pouvaient transformer à ce point un Pokémon !
- Certes, mais il n’empêche que l’homme manipule maintenant de mieux en mieux les mutations
, confirma Rémus Higgs.

Ne voyant pas l’hallucination d’Aldebert, les deux militaires semblaient totalement pris au dépourvu par le délire du Professeur, ne comprenant pas très bien ce qu’il se passait. Elodie, quant à elle, était presque habituée maintenant. Depuis qu’ils travaillaient pour la Police Internationale, ils avaient résolu pas mal d’enquête grâce aux idées qui germaient dans l’esprit d’Aldebert quand il prenait ses substances. Mais seuls elle et Isaac étaient au courant, et tentaient de limiter les prises « d’acide sporidrique » au maximum. Cependant, c’était maintenant devenu comme une drogue et le Professeur n’hésitait pas à se préparer soi-même une petite dose de temps en temps.

L’ingénieure adressa finalement un regard sévère à Chapignon, qui regarda d’un air coupable vers la petite table à côté de laquelle elle se tenait. Elodie poussa un soupire en se saisissant du dernier morceau de sucre, tout en prenant soin de l’attraper avec un tissu pour ne pas qu’il touche sa peau.

- Si j’étais vous, je n’y gouterai pas, Elodie, lança le Colonel. Ils ont un goût très désagréable.
- Oui, oui, c’est ça…
répliqua Elodie en le jetant à la poubelle avant de revenir vers eux et de croiser les bras. Bon, on a plus qu’à attendre que ça passe… Au moins, dans cet état, il a souvent de bonnes id…

Elle s’interrompit, la mine stupéfaite. Le Colonel venait de s’accroupir et semblait caresser un Pokemon invisible, tout en sifflotant. Billy, juste à côté, regardait son supérieur, complètement abasourdi, se demandant s’il devait éclater de rire ou s’inquiéter.

- Colonel Cornell, demanda Elodie, réalisant soudain ce qu’il se passait. Vous avez pris un des sucres sur la table ?
- Oui…
répondit celui-ci d’une voix faible. Mes parents en trempaient pour nous dans du café quand on était gosses.
- … Colonel ?
répéta-t-elle en se mettant à sa hauteur. Pardonnez ma question mais… c’est la première fois que vous consommez une substance psychotrope ?

Alors qu’Elodie et Billy, hilare, étaient en train d’aider le Colonel à s’allonger sur un lit de fortune, afin de l’éloigner du matériel sensible et éviter les bêtises, le professeur Caul continuait de parler à son vieil ami, Rémus Higgs. Ensemble, ils avaient déjà solutionné plusieurs problèmes. Mieux encore, c’était pour le vieux professeur l’unique moyen de voir cet ami perdu, dont les souvenirs ressurgissaient à chaque prise de spores. Il avait beau s’être fâché avec Oscha, il n’en restait pas moins un très bon ami de Rémus, même si tout semblait indiquer qu’il n’avait jamais existé, dieu seul sait comment.

- Le Pokérus ?! s’exclama l’image de Rémus avec beaucoup d’intérêt en observant la bactérie à l’écran. Encore lui, bon sang !
- Ce n’est pourtant pas exactement lui
, répondit Aldebert sans se soucier de ce qu’il se passait autour de lui. Il y a beaucoup de similitudes, mais aussi quelques différences notables. Le nombre de petits tentacules par exemple.
- Et ceux du Pokérus ne sont pas aussi grands de base, si je ne me trompe pas
, ajouta Rémus. Le Pokérus a donc fameusement muté !
- Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une mutation naturelle
, répliqua Aldebert. C’est possible, certes, mais avec tant de différences par rapport à l’original ? J’en doute. D’autant qu’il a quelques similitudes avec une autre souche que nous avons pu observer.
- Tu parles de l’Ursaring et de ton Chapignon ?
demanda Rémus sans quitter l’écran de ses yeux inexistants. Oui, je vois ce que tu veux dire.
- De plus, le Pokérus n’est pas censé se transmettre à l’homme
, continua Aldebert. Hors, ici, le village dans son entièreté est très certainement infecté. Sans compter qu’une partie des symptômes correspond aussi.
- Oui, les Pokémon atteints par le Pokérus sont souvent plus agressifs,
confirma l’hallucination. Mais que dis-tu des autres symptômes ? Les yeux injectés de sang, ce désir de rester à l’intérieur, et peut-être d’autres choses que nous n’avons pas encore observé ?
- Hé bien, je pense que le Pokérus a été associé avec un autre type de virus
, proposa Aldebert.
- Une recombinaison virale*, lança Rémus. Deux virus qui infectent une même cellule pour créer un nouveau type de virus, mêlant le programme génétique des deux virus pour en créer un nouveau.
- Exactement !
s’écria Aldebert. Ainsi, un virus qui ne peut normalement pas avoir d’effet sur un certain organisme peut fusionner avec un autre virus, mais qui lui le peut, et créer une nouvelle bestiole qui aura les effets du premier mais les cibles du second.
- Mais le résultat des recombinaisons virales peuvent aussi avoir de toutes nouvelles propriétés
, ajouta Rémus.
- Oui, c’est ça, continua Aldebert. D’après ce que j’ai pu observer, au lieu de se reproduire dans les cellules humaines, ils s’attaquent à celles-ci.
- Donc, il ne se reproduit pas chez nous ?
demanda Rémus. C’est plutôt une bonne nouvelle.
- Je pense aussi que ce virus nouveau ne peut se transmettre que d’un Pokémon à l’homme, mais pas d’un homme à un autre. Et c’est uniquement dans ce Pokémon, qui est surement un porteur sain, qu’il est en mesure de se reproduire.


Ils continuèrent de discourir pendant un moment. Ils décidèrent ensemble de quelques test à effectuer afin d’en apprendre plus sur le fonctionnement de cette souche nouvelle de Pokérus et sur les moyens de l’éliminer. Ils étaient en pleine activité quand, soudain, Rémus posa une question qui titillait l’esprit d’Aldebert.

- Mais alors, comment expliques-tu que tout le village semble contaminé ?

Pour toute réponse, Aldebert posa sa main sur son menton, comme s’il se grattait la barbe qui, pourtant, était impeccablement rasée. Là, son ami lui posait une véritable colle.

- Allons, Al’, regarde bien autour de toi ! s’exclama l’hallucination. La réponse est sous tes yeux, et en plus, tu t’en sers toi-même !

Aldebert fronça les sourcils, surpris. Son regard s’arrêta alors sur la gazette que lisait le Colonel et il poussa un cri de surprise en voyant la couverture et le gros titre.

- Mais bien sûr ! s’écria-t-il en se saisissant du journal. C’est évident !
- Tu pourrais nous expliquer, Al’ ?
demanda soudain une voix fâchée qui le ramena à la réalité.

Le Professeur sursauta et tourna la tête. Stephen Shelley le regardait comme s’il était sur le point de gronder un enfant de 5 ans pour une bêtise. Billy et Elodie, quant à eux, paraissaient plutôt attendre la solution à leur problème d’épidémie. Rémus, quant à lui, avait disparu.

- Ha, Stephen ! Regarde donc ça ! dit Aldebert en écrasant le journal contre le nez de l’écrivain.
- C’est notre victime ! s’exclama Elodie en reconnaissant le botaniste sur la photo de couverture.
- Oui, ça ne fait aucun doute, répondit Stephen en se saisissant correctement de la feuille de choux locale. « Dimitri Mendel, triple gagnant de la Pétale d’or. Notre célèbre botaniste local remporte pour la troisième année consécutive le concours annuel du plus beau spécimen de Pokémon Plante de notre beau village de Pétale Town. Une participation pour le moins étonnante, puisque son Pokémon n’était autre qu’un Parasect dont le Champignon en a éblouit plus d’un, de par l’originalité de ses couleurs et la taille de celui-ci. » Blablabla…
- Et alors ?
demanda Billy en haussant les épaules. Mr Mendel a gagné un concours avant de mourir, tant mieux pour lui, mais …
- Je suis prêt à parier ma main droite et mon gros orteil gauche que c’est ce Pokémon qui a infecté l’entièreté du village !
lança fièrement Aldebert.
- Tu crois ? demanda Shelley, sceptique.
- Evidemment ! Dimitri Mendel était certainement déjà infecté quand il a présenté son Pokémon au concours, ce qui explique son état avancé alors que le reste des habitants n’y sont pas encore. Je suis persuadé que cette nouvelle forme de Pokérus ne peut se reproduire que chez les Pokémon, ou certains types de Pokémon. Le Parasect a surement dû faire une démonstration devant tout le monde, comme nous sommes dans un petit village passionné de plantes vertes, lui permettant de les infecter avec ses spores !
- En parlant de spores …
voulut intervenir Stephen, avant d’être poussé sur le côté par Elodie.
- Donc ce Pokémon peut toujours continuer à infecter les gens ? demanda-t-elle.
- Je pense que oui. De ce que j’ai vu, les infections ne se font surement que de Pokémon à homme, et pas d’homme à homme. Je ne pense pas que ça se transmette aux autres Pokémon, ou peut-être juste aux Parasect pour la reproduction.
- Et qu’est-ce qu’on peut faire ?
demanda Billy.
- Il faut mettre ce Pokémon en quarantaine, répondit Aldebert. Afin qu’il ne fasse plus de mal à personne.
- D’après l’article, le Pokémon est exposé quelques semaines au centre administratif de Pétale Town. On le trouvera surement là-bas.
- Il faudra vous équiper si vous partez à sa recherche
, lança Elodie. Je vais préparer des tenues pour éviter de nous faire infecter.
- Et nous, on va se mettre au travail pour trouver un sérum qui se débarrassera de ce virus ! Pas vrai, Rémus ?


L’hallucination était de retour et adressait un grand sourire à Aldebert. C’était loin de l’expression de l’écrivain, qui s’apprêtait à gronder son ami. Mais Elodie le poussa en arrière, lui expliquant que, même si elle n’approuvait pas non plus, les hallucinations d’Aldebert faisaient parfois de véritables miracles. Et que, de toute façon, dans cet état, il risquait de ne même pas se souvenir des remontrances.

Posté à 11h58 le 28/03/18

L’an 41 après Dieu, l’année des spores (2/2)



Elodie était en train de fabriquer un masque à gaz de fortune pour Billy lorsque des bruits en dehors de la maison attirèrent son attention. Fronçant les sourcils, elle s’approcha de la fenêtre et constata que le soleil s’était déjà couché. La pénombre envahissait les rues de Pétale Town, qui n’étaient éclairée que par quelques réverbères. Mais il y avait du mouvement. Quelque chose d’étrange semblait se diriger vers eux en toute hâte. Ce que la jeune fille distinguait était passablement bizarre. On aurait dit une forme de taille humaine dont les deux bras, très longs, sortaient au niveau du cou. Elle aurait juré voir un monstre d’une vieille histoire pour enfant. Elle se frotta les yeux pour être sûr de ce qu’elle voyait et constata que la forme fonçait désormais vers la villa de Léo, c’est-à-dire droit sur eux. N’écoutant que son courage, elle se saisit du premier objet avec lequel elle pourrait frapper l’individu. Armé d’un vieux parapluie, elle se dirigea vers la porte et se mit en position d’accueillir l’étrange créature.

Elle était à peine en position que la porte s’ouvrit sur un homme en imperméable noir qui se dépêcha bien vite de fermer derrière lui, comme s’il était suivi par quelque chose. Il n’avait pas de suite remarqué la jeune fille qui s’était arrêtée juste à temps avant de le frapper, remarquant qu’il s’agissait en vérité d’un être humain tout ce qu’il y a de plus normal. Enfin, à quelques détails près…

Ce qu’Elodie avait pris pour des bras étaient en vérité les deux queues d’un Capidextre qui se cramponnait dans le dos de l’homme, sous un grand imperméable sombre. Le Pokémon portait sur la tête une espèce de tricorne, comparable à ceux qu’on imagine sur la tête des pirates de la vieille époque. Lorsque l’inconnu se retourna, l’ingénieure comprit directement qu’il s’agissait du Capitaine Weiss, l’homme dont le Colonel leur avait parlé peu de temps avant. Sous son imperméable, il portait un haut d’uniforme bleu marine parsemé de quelques médailles. Il devait avoir le même âge que le Colonel, mais exhibait une large moustache parfaitement soignée. Le Capitaine et son Pokémon l’observaient à leur tour, perplexe, comme pour essayer de déterminer pourquoi une jeune femme dans son genre se tenait là, un parapluie à la main.

- Capitaine Arthur Weiss, annonça-t-il, confirmant son identité. Je me trompe peut-être d’adresse, mais un de mes collègues m’avait donné rendez-vous…
- Oui, le Colonel nous a prévenus de votre arrivée !
lança Elodie en s’avançant, laissant le parapluie par terre pour libérer ses mains et tendre la droite. Je suis l’Ingénieure de son équipe, vous pouvez m’appeler Elo...

Elle s’interrompit soudainement, tant la surprise était brusque. Pour lui serrer la main, le Capitaine avait tendu la main gauche et le regard de la jeune fille comprenait pourquoi en regardant la droite. Cette dernière était tout simplement énorme, surdimensionnée. Elle semblait gonflée, boursoufflée comme en pleine réaction allergique, et faisait bien le double de la taille d’une main normale. Comprenant ce qui perturbait l’ingénieure, le Capitaine tenta de la cacher sous son imperméable, tout en faisant semblant de ne rien avoir remarqué, même s’il semblait un peu courroucé. Son Capidextre, par contre, semblait assez amusé par la situation.

- Elodie ! reprit soudain celle-ci, rougissant. Vous pouvez m’appeler Elodie !
- Bien, je vous propose de fermer cette porte à clé, Elodie
, reprit le Capitaine. Je ne l’ai pas directement vu, mais j’ai l’impression que quelque chose rôde dans ce village… C’est peut-être pour ça que cette vieille fripouille de Cornell m’a demandé de venir, non ? Où est-il, qu’il me fasse un briefing de la situation et du pourquoi il m’a fait venir, en plein pendant ma permission ?

Elodie approuva, ferma la porte à clé puis demanda au Capitaine de la suivre dans une autre pièce. Là-bas, le Colonel observait Billy essayer une tenue blanche et étanche qu’utilisait Léo lorsqu’il travaillait sur des expériences où toute contamination était à éviter.

- Colonel Cornell ? demanda-t-elle, anxieuse. Votre am…
- Alors, Marcus, vieille fripouille, ça gaze !
s’écria le Capitaine en entrant en trombe dans la pièce, le bras gauche tendu pour le saluer et son Pokémon l’imitant avec ses queues.

Marcus Cornell tourna légèrement la tête. En apercevant son ami, qui attendait une réponse sans bouger, il pointa lentement son index vers lui.

- Tu as toujours une grosse main ? demanda-t-il.

Le bras du Capitaine retomba piteusement, comme s’il n’était plus retenu par rien d’autre que des ligaments. Le Capitaine affichait une expression mêlant surprise et indignation, la bouche grande ouverte, et son Capidextre avait posé les deux mains de ses queues sur son visage, exprimant lui aussi son étonnement. Arthur Weiss ne s’était pas du tout attendu à cette remarque de la part de son ami, qui savait que c’était l’unique sujet à éviter quand on parlait avec lui. Elodie, à côté, savait que le Colonel était encore sous les effets des spores psychotropes d’Aldebert, et elle se tenait la tête dans les mains, très gênée par la situation. Billy, enfin, n’était pas parvenu à se retenir de rire.

- Je pense que nous allons discuter de la situation sans le Colonel, aujourd’hui ! proposa soudainement l’ingénieure en poussant le Capitaine, déconfit, dehors. Billy, tu viens ?
- Oui, bien sûr !
répondit celui-ci en se dégageant de la combinaison.

Il fallut un instant avant que le Capitaine ne perde son regard déprimé. Elodie et Billy en profitèrent pour lui expliquer la situation et il finit par les écouter attentivement, l’abattement faisant au fur et à mesure place à du sérieux sur son visage. Il posait parfois l’une ou l’autre question afin d’avoir des éclaircissements. Lorsqu’ils en vinrent à expliquer l’état du Colonel, il éclata de rire et jeta un regard amusé vers la porte.

- Je crois que je comprends mieux, dit-il. Il n’est pas en état de faire grand-chose, du coup… Heureusement que je suis là pour le couvrir.

Il avait dit ça en bombant le torse et d’un ton homérique, comme s’il était le héros de l’histoire, venu pour aider son ami dans le pétrin, son Pokémon sur le dos l’imitant avec quelques secondes de décalage. Elodie le regardait, surprise de ces changements d’attitudes à répétition. Le Lieutenant Campbell, lui, connaissait déjà le Capitaine pour l’avoir rencontré quelques fois auparavant en compagnie du Colonel, et connaissait donc déjà bien sa personnalité excentrique. Pourtant, il était toujours un peu amusé par son comportement et se retenait à nouveau de rire.

- Nous avons donc une cible à mettre en quarantaine, résuma le Capitaine. Un Parasect véhiculant une maladie dangereuse et mortelle…
- On a des combinaisons qui devraient suffire à empêcher toute contamination
, assura Elodie. On peut donc s’en approcher sans crainte.
- Et le traitement ? Il est au point ?


Elodie croisa le regard de Billy en se mordant les lèvres. Aldebert était en train de travailler en bas, sous la surveillance d’Isaac et de Stephen Shelley. Mais ils n’avaient pas encore de nouvelles sur ce sujet.

- Pas encore, je pense, dit Elodie. Mais Al’ est sur le sujet et…
- Mais s’il ne parvenait pas à trouver de remède ? Il y a des tas de maladies incurables, non ? Si celle-ci en faisait partie ?


Elodie déglutit. L’idée était assez angoissante. Si cela se révélait vrai, la totalité du village de Pétale Town était condamné. Et le Parasect devenait une menace bien plus grande.

- Car si c’était le cas, il nous sera peut-être nécessaire d’abattre le Pokémon.
- Non !
s’écria Elodie. On ne peut pas faire ça, il n’a rien demandé, ce Pokémon !
- Peut-être
, approuva le Capitaine Weiss. Mais c’est là le principe de précaution. S’il s’échappait ou se reproduisait, il pourrait produire une épidémie mondiale. Ce Pokémon est très dangereux. Malheureusement, le bien commun passe parfois par la mise à mort d’un individu isolé…
- Je … je sais
, reprit Elodie. Mais n’empêche… C’est horrible … Aldebert ne laissera pas faire ça. Il refusera catégoriquement.
- Alors il va falloir qu’il se démène pour trouver un remède
, soupira le Capitaine. Moi-même, je préfèrerais ne pas en venir jusque-là. En attendant, moi-même et le lieutenant allons-nous rendre sur place pour capturer le Pokémon. Il ne devrait pas présenter de danger si nous l’enfermons dans une Poké-Ball. Vous nous tiendrez au courant des nouveautés, Elodie ?
- Je… bien sûr
, approuva cette dernière, mal à l’aise. Je vais vous chercher l’équipement.

Elle se leva et sortit de la pièce, laissant seuls le Capitaine Weiss et le Lieutenant Campbell. Ce dernier s’était tu tout au long de la conversation. Il savait que le Capitaine avait raison, mais que convaincre Elodie et Aldebert n’allait pas être très simple. Encore Isaac comprendrait-il, mais sans l’aide et l’autorité du Colonel, cela ne serait pas évident pour autant. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’Aldebert trouve de quoi soigner cette saloperie rapidement…

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- Vous savez, je ne vais pas vous manger, Lieutenant, lança soudain le Capitaine Weiss tandis qu’ils marchaient dans les rues sombres de Pétale Town.

Billy s’arrêta de marcher, étonné par la réplique de son supérieur. Ils portaient tous les deux une des tenues blanches et parfaitement étanches que leur avait fournie Léo et portait en plus un masque à gaz improvisé par Elodie qui pendait à leur cou, au cas où. Leurs Pokéball étaient accrochées à une ceinture en dehors afin de ne pas les invoquer à l’intérieur de celle-ci par erreur. On aurait dit deux gros apiculteurs qui avançait avec peine sur une planète avec une gravité légèrement supérieure à celle à laquelle ils étaient habitués. Depuis qu’ils étaient ainsi équipés, ni lui ni le Capitaine n’avait rien dit et ils s’étaient avancés mollement dans le village en direction de la Mairie. Le Capidextre du Marine fermait la marche, un grand sourire aux lèvres en voyant son dresseur habillé de manière aussi ridicule. Au moins cela cachait-il sa main.

- C’est une habitude que j’ai prise avec le Colonel Cornell que d’être silencieux en mission, Capitaine Weiss, répondit Billy.
- C’est une habitude que le Marcus voudrait que vous preniez, nuance ! corrigea le Capitaine. Il m’a tout raconté à ton sujet, tu sais ?
- Heu, vraiment ?
s’étonna le Lieutenant, en fronçant les sourcils, bien que son interlocuteur ne puisse pas voir son visage sous la combinaison. Il vous a parlé de moi ?
- Un peu mon neveu
, repris le Capitaine. Puis je lui ai fait passer un petit interrogatoire à ma façon, aussi. T’as autant de secrets pour moi que pour lui.

Le Lieutenant Campbell ne répondit pas. Il était à la fois gêné et flatté que son supérieur, celui qui l’avait sauvé de sa vie de malfrat, parle de lui à ses collègues et amis.

- Je pense que te rencontrer était vraiment une bonne chose pour lui, continua le Capitaine. Il n’était plus le même depuis l’incident…
- Quel incident ?
s’étonna Billy en continuant de marcher.
- Il ne t’en a pas parlé ? Remarque, ce n’est pas un souvenir très agréable. C’était quelques semaines avant qu’il ne te rencontre à Carmin…
- Ha, alors, vous savez aussi pour …
- Ton appartenance aux Rockets ?
compléta le Capitaine à haute voix. Bien sûr que je le sais. Cornell ne peut rien me cacher, et c’est pareil pour moi. On est liés tous les deux depuis qu’il m’a sauvé de cette saloperie de Dardargnan.

Billy acquiesça dans sa combinaison. La première fois qu’il avait rencontré le Capitaine Weiss, le Colonel Cornell l’avait mis en garde pour sa main et lui avait expliqué que c’était lui qui, lors de leur formation, l’avait sauvé d’une attaque de Dardargnan. Malheureusement, le Capitaine était allergique au venin de ce Pokémon et les médecins n’avaient pas agi assez vite pour empêcher le poison de gonfler sa main, et ce de manière permanente.

- Et c’est justement parce que tu étais un Rocket que tu as dû lui rappeler son petit frère.
- Son… Son quoi ?
se figea Billy, surpris.
- Son jeune frère, Claude Cornell, continua le Capitaine. Comme toi, il avait rejoint les rangs de l’organisation criminelle. Et sa planque avait été découverte par un bataillon de l’armée dirigée par ce diable de Cushing…
- Cushing ?
répéta Billy dont l’expression, si elle avait été visible, aurait fait comprendre à n’importe qui qu’il ignorait qui était cet homme.
- Le Lieutenant-Colonel Lester Cushing, précisa le Marine. Ou plutôt, ex lieutenant… Un vrai barbare. Il a exécuté lui-même les Rockets qui ne sont pas morts dans l’assaut contre la planque. Et, bien sûr, le frère de Marcus était dedans…
- Il les a exécutés ?
s’indigna Billy. Mais il n’avait pas le droit !
- C’est exactement pourquoi il a été renvoyé de l’armée, une fois que la Team Rocket fut démantelée. Il a été jugé pour toutes les atrocités dont il avait été responsable et se trouve aujourd’hui dans une prison de haute sécurité. Quoiqu’il en soit, Marcus en a été profondément affecté… Puis il t’a rencontré et t’a épargné. Je suppose que tu lui rappelais son frère et que, maintenant, tu es comme un substitut pour lui…


Billy ne répondit pas et reprit sa marche. Le Capitaine avait continué d’avancer à pas lents et malhabiles et avait pris un peu d’avance sur lui. Il ne savait pas trop quoi penser. Le Colonel ne lui avait jamais parlé de son frère, ni des raisons qui l’avaient poussé à l’épargner, ce fameux jour où ils s’étaient rencontrés.

Ils marchèrent encore quelques minutes quand, soudain, le Capidextre du Capitaine s’arrêta et grogna. Sortant de derrière les maisons, les habitants de Pétale Town s’avançaient lentement vers eux, les bras tombant et le dos légèrement voûté. Ils respiraient tous bruyamment et avec difficulté. Les deux militaires les observaient, étonnés et ne sachant que faire ou que dire.

- Aide… Aide… demandait l’un.
- Sauvez nous… sauvez nous… répétait un autre.
- Douleur… atroce douleur… chuchotait un dernier.

Soudain, ils se jetèrent en directions des deux hommes sous leur combinaison étanche. Mais ni le Capitaine ni le Lieutenant n’avaient l’intention de se laisser faire et, pour les aider, outre Capidextre qui était déjà là, ils appelèrent Arbok et Arcanin.

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Dans le laboratoire du Pokémaniac, le Professeur Caul était toujours en train de travailler sur un remède pour combattre le virus. Sous les conseils de Rémus, il travaillait à partir des remèdes contre la Grippe, afin de lutter contre le virus avec lequel, selon leurs estimations, le Pokérus avait été mélangé. Malheureusement, le Pokérus était lui-même sans vaccin, et on ne pouvait donc pas être sûr d’éliminer sa fusion. Les premiers tests qu’ils avaient faits sur l’échantillon n’étaient pas très réjouissants. Malgré cela, il l’avait administré à la pauvre boulangère, toujours maintenue en sommeil, mais qui pourtant se manifestait de temps en temps par ce qui ressemblait à des sanglots. Il n’avait plus qu’à espérer que cela marche quand même, car il lui serait impossible de trouver une autre solution en peu de temps. Et plus le temps passait, moins l’image de Rémus était claire…
La tension et l’inquiétude se lisaient sur son visage. L’excitation d’avoir trouvé de quoi le village souffrait avait disparue depuis déjà un bon moment. Stephen Shelley le voyait bien. L’écrivain surveillait son ami sans pour autant intervenir. Il savait qu’Aldebert prenait parfois des doses de spores, mais il n’apprenait qu’aujourd’hui, alors qu’ils étaient au centre d’une grave affaire d’épidémie, que ses hallucinations lui faisait voir un homme qui, de toute évidence, n’avait jamais existé. Sa femme le lui avait confirmé par téléphone. Le Professeur Higgs n’avait jamais eu de frère, et le nom de Rémus ne lui disait rien. Il était donc évident qu’Aldebert avait inventé ce personnage de toutes pièces. Peut-être par regret d’avoir coupé les ponts avec celui qui, lors de leurs études, était son meilleur ami. Avec celui avec qui ils avaient inventé l’une des machines les plus formidables du monde.
A côté, Isaac et Elodie étaient en pleine discussion. La jeune fille lui avait expliqué comment le Capitaine avait débarqué, ce qu’ils étaient partis faire et, surtout, ce qu’ils comptaient faire du Parasect. Elle avait été étonnée que l’informaticien ne paraisse pas contrarié à l’idée de tuer le Pokémon.

- Evidemment, le mieux serait de le confiner, pour éviter toute contamination le temps qu’on résolve le problème, concédait-il. Mais s’il nous était impossible de le faire, ou que le Pokémon manifestait son désir de contaminer, alors la solution la plus simple serait, en effet, de le tuer. Sans vie, le virus qu’il abrite ne pourrait pas survivre non plus, et le problème serait réglé.
- Mais il n’a rien demandé, ce Pokémon ! s’exclama Elodie. Son dresseur en est déjà mort, ce n’est pas suffisant ?

Il allait répliquer quand Léo les appela soudainement. Il était penché sur une radio, que l’ingénieure avait adaptée pour capter les communications des deux militaires sur le terrain et les amplifier, pour comprendre clairement ce qu’ils disaient. Il y avait du nouveau. Ils se rapprochèrent et firent signe à Stephen et Aldebert de les rejoindre, le temps d’en savoir plus.

- Vous me recevez ? demanda la voix du Capitaine.
- Parfaitement, répondit Elodie. Où en êtes-vous ? Vous avez trouvé le Parasect ?
- Nous venons tout juste d’arriver devant la mairie.
- Seulement maintenant
? s’étonna l’écrivain.
- C’est pas vraiment évident de marcher de la manière dont on est habillé, répliqua Billy. Puis les habitants ont essayé de nous arrêter aussi.
- Quoi ?
s’étonna Isaac. Mais ils ne sortent pas de chez eux…
- Hé bien, peut-être est-ce à cause de la nuit, mais ils sont tous dehors
, continua le Capitaine. Ils ont l’air de souffrir énormément, mais ils sont aussi très agressifs. Et seulement envers nous, comme s’ils ne se souciaient pas de nos Pokémon. Heureusement, ces derniers sont parvenus à les tenir loin de nous.
- Donc, du coup, vous allez bientôt procéder à la capture de la cible ?
demanda Stephen.
- Exactement, seulement, on risque d’avoir un problème. Comme vous le savez, notre premier plan était de le confiner dans une PokéBall pour commencer.
- Oui, avant de prendre une décision sur son cas,
répondit Isaac sous le regard perplexe d’Elodie.
- Mais le problème, comme me le fait remarquer très justement le Lieutenant, c’est que ce Pokémon appartenait à Mr Mendel. Donc, il a en toute logique déjà une Poké-Ball…
- Et on ne pourra pas le capturer avec une autre
, compléta Léo, le regard sombre.
- Et merde, pesta Elodie en se frappant la tête avec la main. J’avais pas pensé à ça…
- Il faudrait donc qu’on trouve cette Ball
, proposa Aldebert. Elle doit certainement se trouver dans sa maison que nous avons quittée…
- Mr Caul, je présume ?
demanda la voix du Capitaine. Vous étiez trop absorbé par vos travaux pour me prêter attention quand j’ai rencontré le reste de votre équipe, mais le Colonel m’a déjà dit le plus grand bien de vous. Dites-moi, Professeur, mademoiselle Elodie vous a-t-elle parlé de ma solution de dernier recours ?
- Heu… non, elle ne m’a rien dit
, s’étonna Aldebert en jetant un regard vers la concernée. De quoi s’agit-il ?
- De tuer le Parasect.


Le Capitaine n’y était pas allé par quatre chemins. La réponse brute du Capitaine laissa place à un instant de silence durant lequel tous regards étaient rivés sur le Professeur Caul. Dans un premier temps, ce dernier semblait ne pas avoir entièrement compris. Puis il prit une expression outrée.

- Mr le Capitaine Wuss, ou je ne sais plus quoi, s’exclama-t-il. Il en est hors de question !
- Pouvez-vous me confirmer dans ce cas que vous avez trouvé un remède à la maladie que véhicule le Pokémon ?
demanda calmement le Capitaine.
- Oui ! Enfin, pas tout-à-fait, reprit-il d’un air gêné. J’attends les résultats d’une expérience pour vous le confirmer…
- Professeur
, reprit le Capitaine Weiss. Comme je l’ai déjà expliqué à mademoiselle Elodie, nous courons peut-être à une catastrophe mondiale, avec un virus mortel. Nous avons le pouvoir d’empêcher cela. Vous en êtes bien conscient ?
- O…Oui
, hésita le Professeur. Parfaitement…
- Nous allons faire notre possible pour ne pas en arriver là
, reprit le Capitaine. Mais vous devez comprendre qu’en cas d’extrême nécessité, je me verrai obligé de le faire.
- Je … je comprends, mais…
- Contactez-moi, dès que vous aurez les résultats de votre expérience. Il n’y a pas de temps à perdre.
- Essayez déjà de repérer le Parasect
, dans ce cas, intervint Elodie. Vous n’allez pas faire de détour pour aller chercher la Ball, c’est moi et Isaac qui allons vous l’apportez.
- Si on la trouve
, intervint Isaac, l’air sombre.
- Bien, mais soyez prudents dans ce cas, vous n’avez pas de combinaison, vous. A bientôt.

Il coupa la communication. Sans plus attendre, Elodie et Isaac partirent dans les rues de Pétale Town, Métamorph et Fibonacci de sortie. Stephen regardait son ami, mal à l’aise. Le Professeur Caul avait toujours été pacifiste et contre tout type de violence, que ce soit envers les Pokémon ou envers les êtres humains. Et pourtant, le Capitaine avait surement raison.

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Le Capitaine Weiss et le Lieutenant Campbell s’avançaient lentement dans les couloirs de la Mairie. Le bâtiment était vieux et entièrement en bois, mais décoré de nombreuses tapisseries. Il n’était pas non plus très grand et ils n’en avaient donc surement pas pour très longtemps avant d’en faire le tour. Arcanin avait dû forcer l’entrée, qui était fermée à clé. En ayant fait le tour, ils avaient ainsi pût confirmer qu’il n’y avait pas d’autres sorties. En clair, le Parasect était sans doute toujours dans l’habitation. Ils avaient laissé le Pokémon Feu à l’entrée pour s’assurer que leur cible ne tenterait pas de fuir.

Ils exploraient depuis quelques minutes quand, enfin, ils entendirent du bruit provenant d’une pièce. On aurait dit une sorte de râle. Ils s’avancèrent prudemment et jetèrent un coup d’œil. Mais ce n’était que les gémissements d’un homme étalé contre le parquet en bois et qui peinait à respirer. En les apercevant, celui-ci tendit la main vers eux, dans une plainte incompréhensible.

- Pitié… lançait-il. Pi…tié…

Le Lieutenant allait se rapprocher de lui quand le Capitaine lui barra la route avec son bras. Ils ne pouvaient pas l’aider et, vu la manière dont ils avaient été accueillis en dehors, il valait mieux ne pas se rapprocher de lui. A contrecœur, ils le laissèrent là, du moins pour le moment.

A peine se retournaient-ils qu’ils virent le Parasect dans le couloir, venant de sortir par une autre porte. Celui-ci était identique à celui de la photo, avec son énorme Champignon coloré sur le dos. Le Pokémon se figea en comprenant qu’il avait été repéré et poussa un petit grognement, tout en faisant claquer ses pinces.

Ils allaient se rapprocher de lui quand l’homme se releva et se jeta subitement sur le Capitaine Weiss, dans le but de lui arracher sa combinaison. Capidextre et Arbock se ruèrent dessus et l’envoyèrent voler plus loin. Mais, profitant de la distraction, le Parasect s’était mis à courir et était passés devant eux à toute vitesse.

- Il ne faut pas le laisser s’enfuir ! s’écria le Capitaine en reprenant conscience de la situation. Demi-tour !
- Elodie ?
s’écria Billy en saisissant son Talki. On a trouvé le Pokémon ! Vous avez la Ball ?
- Affirmatif
, confirma Elodie d’une voix peinée. Mais elle ne nous aidera pas… On dirait bien que Mendel l’a fracassée avec un marteau. Elle est cassée.
- Quoi ?!
s’exclama Billy.
- Et merde… pesta le Capitaine Weiss. On ne pourra donc pas le confiner…
- On vous rejoint tout de suite,
reprit Elodie en coupant la communication.
- Hein ? s’étonna Billy. Attends, Elodie, vous n’avez pas de combinaisons, vous ! Hé ho ! Tu m’entends ?

Mais ni Elodie, ni Isaac ne répondirent. Billy poussa un juron tout en continuant sa course poursuite avec le Pokémon Champignon. Derrière lui, le Capitaine Weiss tentait de contacter Aldebert.

- Allô ? Vous avez entendu ? Répondez-moi ! J’ai besoin de savoir pour l’expérience du professeur ! Allô ?

La communication était bel et bien établie. Cependant, Aldebert n’avait aucune envie de répondre. Quelques secondes auparavant, il en était arrivé à la conclusion que son remède n’était pas efficace. En conséquence de quoi, tous les habitants de Pétale Town étaient condamnés. Ce n’était plus qu’une question d’une ou deux heures, la boulangère étant elle-même rentrée dans la dernière phase de la maladie, la même que celle qu’il avait constaté sur Dimitri Mendel. Ils allaient tous mourir. Tous leurs efforts avaient été vains.

Il venait de plus d’entendre la nouvelle à propos de la Poké Ball. Il savait que s’il prévenait le Capitaine, celui-ci n’aurait d’autre choix que de tuer le Parasect. Et à fortes raisons, en vue du danger que celui-ci représentait.

Mais il avait le pouvoir de changer cela. S’il mentait, s’il disait qu’il avait trouvé le remède, cela donnerait peut-être une chance au Pokémon de s’en sortir. Oui, il n’avait qu’à mentir, et le pauvre Pokémon, simple cobaye de Mendel, serait sauvé !

Mais était-il prêt à prendre cette responsabilité ? Le Pokémon était un danger pour tout être humain. Si les choses venaient à dégénérer, que le Champignon provoquait une épidémie mondiale, Aldebert ne se le pardonnerait pas.

Il hésitait, le talkie devant la bouche, sous les regards tendus de Stephen et Léo. Puis il repensa soudain à Elodie et Isaac. Ceux qu’il considérait comme ses enfants, ceux qu’il avait sauvés et qui le rendaient heureux… Ceux qui, sans protection, se dirigeaient vers l’agent contaminateur.

- J’ai échoué, dit-il finalement. Le remède n’est pas efficace. Tuez-le…

Puis il éteint son talkie, le visage abattu. Rémus n’avait pas été là pour l’aider à faire un choix. Mais Stephen s’approcha, lui mit une tape amicale dans le dos et entreprit de le consoler.

Pendant ce temps, le Parasect continuait de fuir les militaires. Il lançait des nuages de spores pour gêner leur visibilité et les retarder. Lui-même n’était pas très rapide. Mais lorsque Capidextre et Arbock s’en prirent à lui violemment, il parvint à les faire reculer avec de puissantes Plaie Croix. Subitement, le Serpent lui arracha une patte. Le Pokémon cria de douleur et endormit ses opposants dans un nouveau jet de spores à bout portant. Maintenant seulement poursuivi par les humains, il continua sa fuite. Ceux-ci, à l’abri dans leurs combinaisons, pestèrent et rappelèrent leurs compagnons dans leurs Balls, contrariés de ne pas avoir celle du Parasect à disposition.

Le Champignon déboulait dans les couloirs qu’il connaissait par cœur pour les avoir beaucoup exploré ces derniers jours. Il n’était pas parvenu à sortir de l’habitation, les portes d’entrées étant fermées et ne sachant pas se servir des clés qu’il avait subtilisées. Mais si ces deux personnes étaient là, alors peut-être qu’il avait enfin une chance de sortir de cette demeure ! Il avait hâte de profiter d’un bon bol d’air frais et, peut-être, de revoir ses amis et Dimitri ?

Mais lorsqu’il arriva devant l’entrée, il s’arrêta brusquement. L’Arcanin du Capitaine faisait barrage. Il s’apprêtait à recourir à nouveau à ses Spores soporifiques quand il entendit derrière lui l’un des deux marshmallows géants crier quelque chose. Et le Pokémon ouvrit la gueule, déversant sur lui un torrent de flammes brûlantes.

Le Parasect était extrêmement sensible à la chaleur. Son corps s’embrasa rapidement et il se mit à se secouer dans tous les sens pour tenter de se défaire de cette horrible chaleur qu’il le consumait. Il sentait déjà le Champignon sur son dos, dont il était si fier, partir en cendre.

En se remuant dans tous les sens, le Parasect propagea soudain le feu aux murs et aux tapisseries. Il faut croire que le bâtiment n’était pas bien protégé contre ce genre de cas, car les flammes grandirent soudain rapidement et l’incendie ne tarda pas à gagner tout le couloir, se propageant via les tapisseries et le bois dont était fait l’essentiel de l’habitation.

Les deux militaires, sous leurs combinaisons, étouffaient à cause de la brusque chaleur. Si la cible était bien neutralisée, il allait falloir vite sortir de là pour ne pas cramer de la même manière ! Aussi se hâtèrent-ils de rejoindre la sortie, tandis que le Parasect, pris de folie, continuait son chemin le long du couloir, dans la partie qu’ils n’avaient pas explorée, continuant de faire germer le feu partout autour de lui.

Ils étaient à peine sortis de la Mairie qu’ils s’arrêtèrent de courir, s’estimant en sécurité et déjà exténués. Ils étaient sortis du bâtiment, dont le feu s’étendait très rapidement et atteignait déjà l’étage supérieur. Sans plus tarder, le Capitaine se mit à enlever sa combinaison.

- Un vrai four ! s’écria-t-il en s’extirpant péniblement. Ce n’est pas la mort la plus douce, mais on ne pouvait pas risquer qu’il endorme Arcanin et parvienne à fuir…

Billy approuvait et, sans plus attendre, il imita son supérieur et commença à enlever la combinaison. Il n’en pouvait plus de la porter, se demandant comment les scientifiques pouvait travailler sérieusement dans ce genre d’accoutrement. Ils étaient encore tout proches de la Mairie, dont il ne resterait bientôt plus qu’un tas de cendres. La chaleur était insoutenable et, s’il n’avait pas eu si hâte de se débarrasser de son costume, il l’aurait surement enlevée un peu plus loin.

Il peinait à enlever ses jambes de la combinaison quand il entendit les voix d’Elodie et Isaac. Il releva la tête et les vit courir vers eux. Il sourit et se dégagea finalement. Il allait se relever pour aller les trouver quand il les vit se figer. Elodie lui cria quelque chose, le visage déformé par la peur, et il entendit soudain un grand craquement. Il releva la tête et vit une sorte de balcon embrasé de la Mairie tomber droit sur lui. De quoi l’écraser comme une mouche. Mais c’était déjà trop tard pour fuir.

Par réflexe, il ferma les yeux et détourna le regard vers le sol, tout en s’abaissant, comme si le fait de ne pas voir l’objet allait interrompre sa chute. Billy s’attendait à finir aplati comme une crête et à cuire ensuite de la même manière. Il entendit Elodie crier à nouveau, d’un hurlement déchirant. Mais après quelques secondes, il ne ressentait toujours rien, si ce n’est une plus grande sensation de chaleur. Il ouvrit un œil, puis le deuxième. Contrairement à ce qu’il pensait, le balcon était tombé à quelques mètres d’eux. Il poussa un profond soupir de soulagement et se dépêcha de s’éloigner de l’incendie.

De leur côté, Isaac et Elodie restaient bouche bée. Ils avaient vu le balcon tomber droit sur Billy. En toute logique, il devrait être mort à cet instant précis. Pourtant, au dernier moment, il avait été dévié de sa trajectoire, comme si une force invisible l’avait poussé plus loin. Et cela c’était passé exactement au moment où l’ingénieure avait poussé un second cri de peur.

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Le Professeur Higgs marchait seul dans les rues de Pétale Town. Le calme régnait, parfois perturbé par quelques Pokémon qui se baladaient tranquillement. Deux jours s’étaient écoulés depuis l’incendie de la mairie. Son département avait finalement été prévenu, comme quoi de simples citoyens avaient retrouvé sans vie le petit village des passionnés de botanique. On ne lui avait rien dit de plus, et ses associés avaient fini de récupérer les cadavres, soi-disant pour pratiquer des autopsies. L’affaire devait rester secrète et, aux yeux des médias, il s’agissait simplement d’une histoire d’empoisonnement de l’eau qui avait très mal tournée.

Finalement, le Professeur Higgs prit place sur un banc qui, autrefois, était fréquenté par les deux vieillards du village, toujours à commenter les derniers potins. Mais aujourd’hui, pas un mot. Pas une parole. Higgs ferma les yeux, s’abandonnant au calme et à la plénitude que cela lui procurait. Il souriait en repensant à son entrevue avec la Table Ronde. Il avait feint l’étonnement, presque aussi bien qu’Astrid Roosevelt avait simulé ne rien savoir de plus.

Mais Higgs avait été au courant de l’état de Pétale Town avant même que la Première ne reçoive son coup de fil de la part du Colonel. Après tout, c’est lui qui avait guidé Dimitri Mendel, comme plusieurs autres chercheurs de par le monde, pour travailler sur des souches mortelles du Pokérus. L’expérience avait pour but d’observer la manière de contaminer du nouveau Virus. Si ses effets sur les êtres humains étaient plutôt satisfaisants, il y avait encore du travail à faire.

Il avait cependant été très surpris d’apprendre par Léo, un de ses fidèles associés qu’il avait envoyé là-bas pour faire un rapport sur cette même expérience, que l’équipe d’Aldebert avait été dépêchée sur place, dans le plus grand des secrets. Il était assez ironique de voir qu’ils avaient fait équipe avec l’un de ses associés les plus importants pour la mise en place de ses projets finaux. Aussitôt leur avait-il proposé de venir dans son laboratoire que le Professeur avait été mis au courant de leur implication.

Mais c’était sans importance réelle. Aldebert avait échoué à synthétiser un remède efficace à temps. Qui l’aurait pu ? Il avait eu droit à seulement quelques heures et, même s’il avait trouvé avec quelle souche de la Grippe le Pokérus avait été modifié, il n’aurait pas réussi à soigner les habitants. Et pourtant, il était surement encore en train de s’en vouloir pour ne pas avoir sauvé ces gens, qu’il considère comme des innocents.

Quoiqu’il en soit, il allait encore falloir travailler sur cet agent biologique. Il faudra juste se souvenir de prendre plus de précaution pour rester discret. Après tout, une simple visite inopinée pouvait suffire à rendre public des expériences censées rester secrètes.

Le Professeur Higgs avait les yeux fermés, assis sur le banc. Il avait là un échantillon de ce qu’il allait fonder. De cette nouvelle ère qui était en construction. De ce nouveau monde qu’il allait bâtir avec l’aide de Dieu.

Posté à 11h00 le 04/04/18

L’an 45 après Dieu : l’année de l’Anomalie (1/2)



D'après Albert Einstein :
Rendez les choses aussi simples que possible, mais pas plus simples.


An 45, mars



A Crom’lach, Lysandre jubilait presque. Enfin ils y étaient parvenus ! Après plusieurs années de recherche, la Team Flare était non seulement parvenue à trouver l’Arme Suprême, mais aussi de quoi lui procurer assez d’énergie pour s’activer. Enfin, alors qu’ils désespéraient presque, le hasard les avait mis sur la route d’un vagabond qui, dieu seul sait pourquoi, portait sur lui la clé qui permettait d’activer l’Arme. Or donc, lui, Lysandre, était parvenu à rassembler tous les éléments qui, trois millénaires auparavant, avaient semé la destruction à Kalos, mettant fin à la Guerre qui ravageait la région. Et c’était pour atteindre ses propres objectifs qu’il s’apprêtait à répéter ce morceau de l’Histoire.

Ses scientifiques s’attelaient à coordonner parfaitement les paramètres de l’Arme. Il pensait à ces gens qui, quelques minutes auparavant avaient reçu son appel Holokit pour leur annoncer l’avènement de la Team Flare. Sûrement n’y croyaient-ils pas encore. Pourtant, il hésitait encore quant à leur première cible. Devait-il tout de suite commencer par Illumis ? Il s’agissait d’une si belle ville, avec des trésors d’architecture, et, même si c’était surement l’endroit à viser pour faire le plus parler d’eux, ce serait bien dommage de perdre tant de beauté d’un seul coup. Peut-être l’île Union, centre du monde, alors ? L’effet symbolique était plutôt alléchant.

Il regardait dehors la grande fleur de Cristal qui, en quelques secondes, était sortie du sol. Elle était si belle qu’on en viendrait presque à oublier qu’elle pouvait réduire le monde à néant, en seulement quelques tirs bien placés.

Soudain, il entendit son Holokit vibrer, signe que quelqu’un tentait de le contacter. Il leva son poignet autour duquel l’outil de communication était accroché, surpris. C’était ses propres laboratoires qui avaient mis au point cette technologie. C’était la clé du succès de la Team Flare, de par les innombrables bénéfices engendrés et les informations collectées. Mais que le sien soit actif n’était pas normal. Il était pourtant sûr de l’avoir verrouillé pour que seuls ses agents les plus hauts placés puissent l’appeler. Peut-être était-ce Xanthin, qui attendait dans un des bunkers de la Team Flare en surveillant la situation d’un point de vue extérieur. Avait-il de mauvaises nouvelles ? Ou était-ce juste pour le féliciter ?

Mais lorsqu’il accepta la tentative de communication, il n’eut pas en face de lui le visage d’un de ses sbires, ni même du professeur Xanthin. C’était le visage vieillissant du Professeur Higgs, le directeur de la Sylphe et Ministre de la Santé, avec qui Lysandre avait déjà souvent parlé par le passé. Il était apparemment assis à son bureau, son Noctunoir derrière lui. Il avait quelques cernes, signes de fatigue, mais paraissait pourtant surtout préoccupé.

- Professeur Higgs ?! s’exclama Lysandre, d’un ton solennel en redressant le dos. Que me vaut votre appel ?
- Mon très cher Lysandre
, soupira l’hologramme du Professeur. J’irai droit au but. J’aimerai tenter de vous convaincre de ne pas aller au bout de votre plan.
- Je vous demande pardon ?
s’insurgea le Chef de la Team Flare en fronçant les sourcils de colère. Qu’entends-je ? Vous, l’illustre Professeur Higgs, vous qui m’aviez ouvert les yeux, il y a de cela plusieurs années, vous voudriez que je ne déclenche pas l’Arme Suprême ? Mais ne comprenez-vous donc pas la chance que celle-ci nous offre ?
- Bien sûr que si
, répondit Higgs d’une voix lasse. Cette arme a le potentiel de réduire le monde en poussière.
- C’est exact !
confirma Lysandre d’une voix forte. Je n’en peux plus de voir la beauté du monde se faner de jour en jour. En le désintégrant, je vais rendre la beauté du monde inaltérable, éternelle ! L’homme ne pourra plus l’enlaidir de ses viles actions. N’est-ce pas ce que vous recherchiez, vous aussi, autrefois, Higgs ?
- Vous avez parfaitement raison, mon très cher Lysandre
, répliqua lentement le Professeur. Et il se trouve que c’est toujours mon objectif final.
- Vraiment ?
répliqua Lysandre d’un ton ironique, les poings serrés. Ne me faites pas rire, Higgs ! Cela fait des années que vous le dites, mais rien de concret ne s’est jamais réalisé ! Le monde continue de flétrir sous vos yeux, et vous-même commencez à succombez au poids de l’âge ! Et pourtant, vous ne faites rien pour l’en empêcher !
- Mon bon Lysandre, vous savez tout comme moi que je suis loin d’être inactif
, répondit Higgs avec une pointe d’amertume dans la voix. Seulement, je suis armé de patience afin que mes plans se déroulent parfaitement. Encore quelques années, et mon entreprise entrera dans sa phase finale, condamnant cette abjecte humanité que nous haïssons tous les deux.
- Encore quelques années ?
répéta Lysandre, irrité. Mais ne voyez-vous donc pas que, pendant ces quelques années, le monde continue de succomber à la décrépitude ? L’idée même de voir la Beauté du monde pourrir sous l’effet du temps et des hommes sans rien faire m’est intolérable ! Mais grâce à l’Arme Suprême, je vais frapper un grand coup ! En quelques instants, je vais raser l’humanité ! Seuls survivront les élus, en sécurité dans le bunker de la Team Flare ! C’est à nous que reviendra alors l’opportunité de vivre dans ce monde !
- Et que faites-vous des Pokémon, mon très cher Lysandre ?
l’interrompit le Professeur Higgs en croisant les doigts devant sa bouche. L’Arme ne fera aucune différence entre vie humaine et Pokémon. En l’utilisant, vous les condamnez, eux aussi.

Pour la première fois de sa vie, Lysandre en resta sans voix. Le Professeur Higgs avait fait mouche. Le rouquin baissa la tête, serrant le poing encore plus fort. Il fermait la mâchoire avec intensité et il semblait produire une sorte de grognement. Le professeur Higgs ne pouvait pas le voir, mais des larmes perlaient à ses yeux.

- Hélas, reprit-il enfin après quelques secondes de silence, les Pokémon sont voués à disparaitre… Je remercie chaque jour le ciel pour nous avoir offert les Pokémon, qui embellissent nos vies. Mais si je veux atteindre mon but, nous sommes obligés de nous en séparer… Ils ne pourront survivre aux frappes de l’Arme Suprême, et ainsi l’homme ne pourra plus les pervertir comme c’est le cas aujourd’hui. C’est là la triste réalité. Des dommages collatéraux nécessaires, mais sinistres.
- Et c’est peut-être pour cela que mon plan est plus long à réaliser que le vôtre
, répondit Higgs. Vous vous apprêtez à frapper un grand coup, puissant et généralisé, sans vous soucier des conséquences. Mais de mon côté, c’est plusieurs assauts que je m’apprête à réaliser, afin de trancher de manière plus chirurgicale. Il n’y aura aucun dommage collatéral. Je vous demande juste d’attendre.
- Vos belles paroles ne me contentent plus, Higgs !
s’écria Lysandre en reprenant peu à peu son calme. Je n’en peux plus de me morfondre chaque jour en voyant ce monde se détériorer toujours plus ! Qui me garantit que vous irez jusqu’au bout ? Moi, j’y suis arrivé et je vais en finir une bonne fois pour toute !
- Mon pauvre Lysandre…
, soupira le Professeur. Je ne vous ferai donc pas changer d’avis ?
- J’atteindrai mon idéal
, confirma fermement le directeur des Laboratoires Lysandre. Que vous le vouliez ou non.
- Bien…
l’interrompit à nouveau le Professeur. Dans ce cas, mon pauvre Lysandre, je vous dis Adieu. Ce fut pourtant un réel plaisir de discuter avec vous, malgré tout.

Et avant que Lysandre ne puisse répliquer, le Professeur se déconnecta de son Holokit qu’il avait installé sur son bureau pour ne pas être gêné au bras. Il poussa un profond soupir, pestant contre la hardiesse et la naïveté de Lysandre. Pourtant, quelques années auparavant, il avait vu en ce jeune chef d’entreprise quelqu’un qui avait l’étoffe d’un chef, qui était destiné à de grandes choses ! Il s’était presque vu lui-même alors qu’il n’avait que 20 ans et qu’il était encore étudiant. Ou peut-être était-ce son frère qu’il avait reconnu en lui ? Il était parvenu à lui présenter son point de vue et à le convaincre en partie, en s’efforçant de lui ouvrir les yeux. Mais Lysandre était devenu impatient et, ne voyant pas de résultats concrets, il avait en secret préparé son propre plan, sans se douter de ce que tramait réellement son ancien mentor. Et aujourd’hui, son plan risquait bien de se concrétiser avant le sien. Comme quoi, il arrive que l’on se fabrique soi-même ses propres adversaires.

Car, et c’était bien là le problème, la réussite du plan de Lysandre entrainerait, hélas, l’annulation de ses propres plans. L’Arme Suprême était comme un Dieu concurrent au sien, et sa tentative de faire plier le monde était donc à anéantir. Et le Professeur Higgs n’avait clairement pas envie d’un monde gouverné par la Team Flare, dont la plupart des sbires ne comprenait même pas complètement les idées de leur chef et se souciaient plus de leur style vestimentaire. C’était presque aberrant de voir ce que sa propagande avait créé comme idées stupides et sans intérêt.

L’Arme Suprême, un ancien Dieu qui avait fait ses preuves par le passé… Elle avait été capable de changer le monde, mettant fin aux guerres et apportant une nouvelle ère. Mais ce n’était pas si grave. De nombreux dresseurs pouvaient encore intervenir et, si nécessaire, il pouvait encore envoyer ses propres agents sur place. Cependant, avec quelques Bénédictions de Dieu, cela ne devrait pas être nécessaire. Il n’avait qu’à se connecter à Dieu et aux réseaux de Crom’lach pour que tout dresseur tentant d’intervenir devienne subitement bien plus puissant et ce simplement en soignant leurs Pokémon dans son Centre. Quelle ironie de voir que Dieu allait sauver ce monde qu’Il ne tarderait pourtant pas à remodeler selon de critères plus réalistes. Et pourtant, ce n’était pas la première fois que le Professeur Higgs jouait les héros de l’ombre pour lutter contre des organisations inspirées par la vieille Team Rocket.

Mais bientôt, encore quelques années seulement, Dieu s’élèvera. Alors, cette société qu’elle a protégée se retrouvera sans défense et tombera, telle une tour mal conçue, et de ses décombres germera le nouveau Paradis, le véritable Idéal pour lequel se battait le Professeur Higgs.

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An 45, septembre



La jeune Millie était en train de faire un peu de ménage quand on frappa à la porte du cabinet. Gribouille, un Psytigri qu’elle avait recueilli, s’étira dans son panier avant de s’en extirper, visiblement curieux de voir qui était à la porte. Le jeune fille abandonna son plumeau et rejoignit le Pokémon pour ouvrir aux arrivants.

Il n’était pas rare qu’un inconnu vienne demander les services du cabinet pour une quelconque affaire d’enquête, qu’il s’agisse d’un objet perdu, d’un personne à retrouver ou même, de plus en plus souvent ces jours-ci, d’un vol de Pokémon. Il y avait aussi de nombreux dresseurs qui venaient parfois leur donner un coup de main. Aussi Millie était-elle habitué à voir de nombreuses têtes défiler dans le Cabinet de détective qu’avait monté Belladonis, un homme très aimable et qui avait offert un logis à la jeune fille, l’ayant rencontrée alors qu’elle vivait dans la rue.

Mais cette fois-ci, ils étaient arrivés en nombre. Millie compta cinq hommes d’âge différents et une seule femme. Celui qui paraissait le plus grand et le plus costaud était aussi celui qui était le mieux vêtu, dans un veston noir, sur lequel était tout de même accrochée une médaille d’ordre militaire qui, si Millie avait connu sa signification, lui aurait fait comprendre qu’il s’agissait d’un Colonel. Il lui montra un badge, annonçant son appartenance à la Police Internationale, et demanda à voir Mr Belladonis.

Pas vraiment intimidée par cet étrange cortège, la jeune fille les fit entrer et leur indiqua les fauteuils de la salle d’attente, leur demandant de patienter quelques instants. Elle n’avait aucune idée de ce que la Police Internationale voulait à son patron.

- M’sieur Beladonis est en vadrouille avec des dresseurs du coin pour une enquête, annonça-t-elle. Il devrait rentrer d’ici une heure, peut-être moins.
- Merci, mademoiselle
, soupira le Colonel Cornell. Dans ce cas, ça va me laisser le temps de briefer mon équipe.
- Heu, à l’intérieur ?
s’étonna la jeune fille. C’est que je dois partir pour mon second boulot.
- Ne vous inquiétez pas pour nous, nous n’allons pas mettre le feu
, dit Isaac d’un ton qui se voulait sympathique.
- Bon… Gribouille, tu les surveilles quand même, hein ? lança la jeune fille à son ami Pokémon, qui s’était déjà approché de la femme.

Pour toute réponse, Gribouille laissa s’échapper un miaulement et sauta dans les bras d’Elodie, qui sursauta un peu, surprise, avant de le caresser amicalement. Millie leur adressa un sourire puis sortit du Cabinet Belladonis et s’en alla bien vite pour ne pas être en retard.

- Bon, alors, dites-moi, Colonel, que faisons-nous donc à Illumis, la ville Lumière ? demanda Stephen Shelley.

Le Colonel regarda l’écrivain en soupirant. Depuis l’incident de Petale Town, l’écrivain avait rejoint l’équipe de manière officieuse. Le Colonel avait besoin de quelqu’un pour contrôler le Professeur Caul et, surtout, sa consommation de Spores. Il ne pouvait pas obliger le Professeur à se séparer de son Chapignon, qui était en quelque sorte son fournisseur, même si c’était contre son gré. Mais Mr Shelley, en tant que bon ami du Professeur Caul, était un très bon candidat pour l’en dissuader. Et jusqu’ici, il faisait un très bon travail. En l’encourageant et en discutant avec lui, Shelley motivait le cerveau d’Aldebert à donner le meilleur de lui-même et débloquait parfois des situations sans même sans rendre compte. Ainsi, le Professeur n’avait plus besoin de spores pour continuer à travailler pour les enquêtes de l’équipe. Mais pourtant, lui-même n’en était pas encore convaincu et revenait souvent à la charge en prétextant qu’une petite quantité suffirait à trouver une idée ou une piste. Mais l’écrivain restait ferme et, depuis quelques enquêtes déjà, plus un seul spore n’avait été prélevé de Chapignon, et les prises hors enquête avaient presque cessées.

Stephen s’était aussi montré être un atout insoupçonné. De par son statut d’écrivain assez connu, il leur était parfois plus simple d’accéder à des lieux privés ou encore d’interroger des témoins réticents. Il était aussi une source d’informations très intéressante à exploiter, étant doté d’une culture générale plutôt impressionnante, et connaissant très bien certaines grandes villes pour les avoir sillonnées de long en large pour ses romans. C’était d’ailleurs le cas d’Illumis, qu’il avait repris comme décor dans quelques ouvrages. Le Colonel s’était juré d’un jour lire un de ses livres, mais il n’en avait pas encore eu le temps.

- L’agent Belladonis est un agent secret de la Police Internationale, répondit le Colonel. C’est quelqu’un de très polyvalent, et qui travaille avec pas mal de services. Il s’est infiltré ici en tant que simple enquêteur pour garder un œil sur la ville d’Illumis. D’habitude, il travaille seul, avec l’aide de dresseurs du coin, étant passé maitre dans l’art de demander des services à ceux-ci tout en leur cachant certaines informations confidentielles. Mais en vue des données qu’il a récoltées, il a besoin de nos compétences.
- Il a découvert quelque chose d’inhabituel ?
demanda Elodie tout en continuant de caresser Gribouille, qui fixait maintenant Aldebert de ses grands yeux.
- Il faut croire, répondit le Colonel. Apparemment, à l’origine, il s’agit de banals vols de Pokéballs.
- Ho, ça nous changerait un peu
, fit remarquer Billy en s’étirant les bras.
- Et comment la situation a-t-elle évoluée, si ce n’était qu’à l’origine ? demanda Isaac.
- Des dresseurs sont parvenus à repérer le voleur, sans pour autant l’arrêter, répondit le Colonel. Et d’après eux, celui-ci est capable de changer d’apparence, de manipuler les Balls à distance et serait extrêmement agile, au point d’escalader aisément des bâtiments.

Elodie déglutit en entendant la description qu’en faisait le Colonel. Billy et Isaac jetèrent discrètement un œil vers elle, mais firent semblant de rien, n’ignorant pas ce à quoi elle pensait. Aldebert, lui, leva la main.

- Et vous dites que ce voleur se contenterait de voler des Balls ? demanda-t-il.
- Pour le moment, c’est la seule chose à laquelle l’individu serait relié, répondit Cornell. L’Agent Beladonis a déjà vérifié s’il y avait d’autres faits notables en ville ces jours-ci, mais rien d’autres que des vols supplémentaires.
- Estimons-nous heureux qu’il ne s’agisse que de vols, dans ce cas,
répliqua Aldebert en croisant les bras avant que Gribouille ne lui saute dessus, le faisant échapper une exclamation surprise.
- Ça nous changera des meurtres étranges et des kidnappings aux circonstances originales, clama Billy.

Isaac allait poser une question quand ils entendirent des bruits de clés dans la serrure de la porte, qui ne tarda pas à s’ouvrir. L’Agent Beladonis, un homme de la quarantaine aux cheveux brun foncés et portant un imperméable entra, appelant Gribouille qui sauta des bras d’Aldebert pour venir se frotter à ses jambes. Il se pencha péniblement pour le prendre dans ses bras, d’une démarche un peu boiteuse. Il laissa échapper une petite exclamation de surprise en voyant les membres de l’équipe assis dans ses canapés.

- Agent Beladonis ! lança le Colonel en se levant pour lui serrer la main. Nous avons fait aussi vite que possible.
- Ha, vous êtes les agents de la Police Internationale, je présume
, dit l’homme d’une poigne vigoureuse. Hélas, j’ai peur de vous avoir appelé pour pas grand-chose… Je peux m’en occuper seul, si vous avez autre chose sur le feu…
- C’est assez tranquille pour le moment
, répondit le Colonel. Nous pouvons bien vous donner un coup de main. Avez-vous identifié le voleur ?
- Pas encore. Elle parvient toujours à s’enfuir quand ça se corse pour elle.
- Elle ?
fit remarquer l’écrivain en se levant à son tour. C’est donc une femme ?
- Une assez jeune femme, oui
, confirma Beladonis en se mordant la lèvre. Elle se présente comme Elili, mais ce nom est un faux, évidemment. Et en ce qui concerne ses habiletés peu communes, je pense qu’elles lui viennent de son étrange combinaison qu’elle porte. Elle agit comme une sorte de programme, il est possible que la personne ne soit pas consciente de ses actes.
- Et c’est pour cette technologie étrange que vous faites appel à nous ?
demanda Isaac, visiblement intéressé.
- Oui, c’est vrai… Néanmoins, il ne s’agit peut-être que d’une femme très douée et…
- Elle doit avoir une planque, non ?
demanda Billy. Pour stocker ses larcins et se cacher.
- Sans doute
, approuva l’agent en hochant la tête, soupirant. Mais elle est si rapide et discrète que je n’ai pas la moindre idée d’où elle peut se terrer, et aucun des dresseurs que j’ai envoyé à sa poursuite n’est parvenu à la suivre assez longtemps.
- On peut la trouver d’une autre manière
, lança Elodie en joignant les mains. J’ai justement des traceurs GPS de ma conception. Il suffit de lui en attacher un avant qu’elle ne s’enfuie.
- Ce ne sera pas évident à faire
, bredouilla Beladonis. Elle est capable d’agir avec violence, et c’est à elle que je dois mes douleurs à la jambe. Mais c’est à essayer…
- Parfait
, s’exclama le Colonel, réjoui. Agent Beladonis, dans quel secteur cette Elili opère-t-elle habituellement ?
- Elle sévit dans les petites ruelles de la ville. Je peux vous les montrer sur une carte, mais elle change fréquemment de lieux.


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Isaac était seul dans la rue Méridionale, une des grandes et vastes artères d’Illumis. Il était sur le qui-vive, son Pokématos dans la main. L’Agent Beladonis leur avait indiqué un grand nombre de ruelles où Elili avait déjà été aperçue. Il leur en avait aussi appris un peu plus sur le comportement que la suspecte présentait d’ordinaire et mis en garde quant à ses capacités de camouflage.

Elodie avait donné à chacun un patch GPS qu’ils devaient attacher à Elili pour pouvoir la tracer. Parvenir à le lui attacher ne serait pas une mission facile, d’après Beladonis, car elle présentait aussi une force assez surprenante. Tous ses détails intriguaient d’autant plus l’informaticien. Il avait très envie d’étudier cela de plus près.

Seuls Aldebert et Stephen étaient restés à l’Agence, pour installer le matériel dont ils auraient peut-être besoin pour la suite de la mission. Elodie, Billy et le Colonel se baladaient eux aussi de ruelles en ruelles, à la recherche de la criminelle. Beladonis, quant à lui, sondait les dresseurs qu’il avait sous ses ordres pour voir si ceux-ci en avaient appris un peu plus. L’attitude de l’Inspecteur laissait pourtant Isaac assez perplexe. Il semblait étrangement embêté par leur présence, alors que c’était lui qui l’avait réclamée, quelques jours plus tôt.

Il s’arrêta soudain de marcher en entendant le Colonel lancer des insultes via son Pokématoss. Il fronça les sourcils et rapprocha l’appareil de son visage.

- La bougresse ! entendait-il depuis l’appareil. Elle m’a échappée !
- Vous l’avez repérée ?
demanda la voix de Billy.
- Affirmatif, mais elle n’est pas restée longtemps. Elle a fixé mon badge quelques secondes puis a détalé comme un Sapereau. Ou un Roucool, parce qu’elle s’est quasiment envolée !
- Par où se dirigeait-elle ?
le questionna Elodie.
- Vers le sud-est de ma position, je ne suis pas loin de la place Rose.
- Elle se dirige vers moi, je crois
, lança Isaac, sans parvenir à cacher son excitation. Je vais essayer de la trouver.
- Elle avait une apparence de vieille dame aux cheveux gris, habillée assez chiquement
, prévint le Colonel. Mais quand elle a déguerpit, on aurait dit une tenue noir, avec un casque étrange sur la tête.
- Bien, merci Colone
l, répondit Isaac en se mettant à courir vers les ruelles les plus proches.

Isaac se précipita dans la première rue sombre qu’il rencontra, mais n’y trouva que de vieux sac poubelles éventrés par leur propre contenu. Il retourna dans la Rue Méridionale et fila tout droit jusqu’à croiser une nouvelle bifurcation. Celle-ci, cependant, donnait sur la Place Cyan et l’homme, plus tout jeune, s’arrêta un instant pour reprendre son souffle. C’est alors qu’il entendit du bruit venir d’une allée de la Place. Il en observa quelques secondes l’entrée, puis s’y hâta, serrant d’une main sa PokéBall et, de l’autre, le patch GPS.

La ruelle avait une désagréable odeur d’aliments en décomposition et se terminait pas un cul-de-sac, sur la sortie réservée au personnel d’un petit restaurant. Mais malgré cet air d’endroit malfamé, une jeune fille en habits roses bonbon et avec des lunettes semblait l’attendre. A peine débarquait-il qu’elle se dirigeait vers lui d’un air assuré.

- Salut ! lança-t-elle. Tu es dresseur ? Ça te dirait un combat Pokémon ?

Isaac cligna des yeux, surpris. La jeune fille faisait une tête de moins que lui et paraissait tout-à-fait innocente. Pour quelqu’un n’ayant jamais entendu parler d’Elili, il s’agissait là d’une simple dresseuse qui désirait mettre en pratique son équipe. Mais son comportement coïncidait bien trop avec le peu qu’Isaac savait sur la voleuse. Mais il avait là un petit avantage. En effet, Elili ne savait pas qui il était et, contrairement au Colonel, il n’avait aucun signe distinctif qui pourrait mettre la puce à l’oreille de la voleuse. C’était une occasion inespérée de lui coller le patch GPS sans qu’elle ne s’en rende compte.

- Pourquoi pas ! lança Isaac en se rapprochant. Ça fait un moment que je n’avais plus eu l’occasion d’expérimenter mon Pokémon, un peu d’exercice lui fera le plus grand bien.

La jeune fille sourit et attrapa une Poké-Ball. Mais avant qu’elle ne puisse invoquer son Pokémon, Isaac s’était suffisamment rapprochée d’elle et lui tendait la main, l’air de rien.

- Mais avant tout, un peu de politesse ! dit-il d’un ton négligent. On se serre la main ?

La jeune fille changea d’expression, perdant son sourire. Elle le regardait maintenant d’un air suspicieux, mais finit tout de même par tendre la main. Essayant de ne rien laisser paraitre, Isaac rapprocha la sienne, avec la ferme intention de coller discrètement le patch sur sa manche.

Mais soudain, la jeune fille lui attrapa le poignet et changea d’apparence en l’espace d’à peine une seconde. Isaac était maintenant en face d’une personne légèrement plus grande qu’avant, dont le visage était caché par un masque qui ne laissait rien paraitre. A peine avait-elle annulé le camouflage qu’Elili tira sur le bras d’Isaac pour l’attirer vers lui et lui asséner un violent coup de genoux dans le ventre. L’informaticien en eut le souffle coupé et ne put esquiver le coup de poing suivant. Il tituba et fit quelques mètres en arrière, enfin libéré par la forte poigne de la voleuse sous combinaison. Il essaya de prononcer quelques mots, mais abandonna et décida de plutôt envoyer Fibonnacci pour s’exprimer à sa place.

Mais à peine tendait-il le bras pour invoquer son Amonistar qu’Elili se précipita sur lui et lui arracha la ball des mains avant de bondir en arrière et de regagner sa position. L’informaticien écarquilla les yeux, surpris et scandalisé au point d’en oublier la douleur qui le tiraillait à la mâchoire. Il cria un juron et se jeta sur Elili, mais elle se contenta de faire quelques bonds en arrière. Acculée au mur, elle s’agenouilla pour prendre de l’élan et sauta à nouveau, mais parvint à atteindre le toit du restaurant. Isaac la regarda avec stupeur, mais aussi avec une légère touche d’admiration. Mais ce dernier sentiment s’effaça aussi vite qu’Elili ne disparut de son champ de vision, filant désormais vers l’ouest, de toit en toit.

Isaac resta quelques instants sans bouger, les bras le long du corps, comme des morceaux de chair pendants qu’il ne contrôlait plus. Il avait eu sous les yeux un véritable miracle de technologie. Un exosquelette qui décuplait les forces et les compétences physiques des êtres humains, tout en leur donnant un camouflage sans faille. Et malgré cela, il était parvenu à coller le patch GPS discrètement, alors qu’elle l’avait libéré de sa poigne pour le frapper au visage, dans un mouvement qu’elle avait dû prendre comme résultant de son attaque. Il l’avait à peine effleurée et espérait que cela suffirait. Mais malheureusement, cette voleuse était aussi partie avec Fibonnacci, son Pokémon depuis presque 40 ans, le seul souvenir de son père…

Il serra les poings en pensant à son Pokémon, son visage grimaçant de colère. Il attrapa son Pokématos, et appela le reste de la bande. Ils devaient maintenant rattraper Elili.

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Alors qu’Elodie, Isaac, Billy et le Colonel étaient dehors, à la recherche d’Elili, Aldebert et Stephen se trouvaient toujours à l’Agence Beladonis. Tant qu’ils n’avaient rien à analyser, le professeur Caul avait tout le temps libre qu’il voulait. Ce n’était pas la première fois qu’il accompagnait l’équipe sans nécessairement avoir du travail à effectuer et, comme c’était parti, la mission risquait bien de ne pas réclamer ses services.
Donc, pour s’occuper, Aldebert travaillait sur des projets personnels, réalisant des expériences pour ses propres recherches, tout en sirotant un soda sur glace, son éternel caprice. Il s’était approprié le bureau de l’agent Beladonis et manipulait quelques substances prélevée sur des Pokémon qu’il étudiait, par simple curiosité. Il était en train d’observer une de ses fioles, remplie de Suc Digestif d’un Boustiflor et dans lequel il avait laissé un morceau de viande, dans le but de le comparer avec celui de son évolution, Empiflor. Il grattait quelques notes tandis que Chapignon lui tendait la seconde fiole. Stephen Shelley, quant à lui, était tout simplement assis dans un fauteuil, à lire le journal.

- On devrait profiter de ce temps libre pour visiter un peu la région, lança l’écrivain en tournant la page de sa gazette. Ils n’ont pas besoin de tes talents pour le moment, et Kalos dispose de plein de merveilles. Tu as déjà visité le Palais Chaydoeuvre ?
- Non, jamais
, répondit Aldebert d’un ton neutre en versant dans une fiole de Suc un petit morceau de métal. C’est juste une vieille maison, non ?
- Une vieille maison ?
répéta Stephen, presque indigné. Al, c’est surement la plus belle architecture des 5 Etats !
- Hé bien, tu peux y aller…
- Ha non, pas sans toi ! A vrai dire, j’y suis déjà allé… Mais tiens, la Grotte Miroitante, ça ne te dirais rien ? C’est une formation géologique exceptionnelles, c’est plus dans tes cordes, non ?


Aldebert ne répondit pas, restant concentré sur ses manipulations. L’écrivain soupira et finit par se lever, abandonnant son journal. Il se plaça juste à la droite de son ami, qui ne daigna pas lui accorder un regard. Chapignon lui adressa néanmoins un hochement de tête presque imperceptible, mais qui confirma les craintes de Stephen.

- Tu penses encore à lui ? demanda-t-il.

Aldebert déposa sa fiole sur un support adapté et détourna les yeux, faisant semblant de chercher quelque chose à sa gauche et éviter de regarder son ami, conscient qu’il se trahirait rapidement. Mal lui en prit, puisque l’écrivain comprit tout aussi bien que ses craintes étaient fondées.

- Al’, mon vieux, on en a déjà parlé. Il n’existe pas. Rémus n’a jamais existé.
- Je sais
, cracha Aldebert. Mais malgré ça, j’ai besoin de lui. Ça fait 3 mois…
- Et c’est génial
, répondit l’écrivain. Tu as réussi à te passer de spore pendant 3 mois. Tu es sur la bonne voie, tu ne peux pas abandonner maintenant.
- Mais Rémus m’aide !
s’exclama Aldebert en se retournant vers l’écrivain. Il m’aide à mieux comprendre l’inexplicable, à trouver des idées, des théories pour nous aider !
- Non il ne t’aide pas
, répondit Stephen. Toutes ces choses que tu as trouvées sous l’emprise des spores, tu les avais déjà en toi. Tu es un homme intelligent, Al’, ne le nie pas. Ce Rémus n’est qu’une hallucination créée par ton esprit pour t’aider à les trouver.
- Mais si je n’ai pas d’aide, je ne trouverai plus jamais rien !
répliqua le Professeur Caul, le visage déformé par la rage et la frustration. Sans lui je… je ne suis…
- Al’ !
s’écria Stephen en saisissant ses bras. Moi je suis là. Et Elodie, et Isaac, et tous les autres. Pendant ces deux mois, on t’a aidé à remplacer ce Rémus. Et ça a réussi, non ? C’est toi qui a fabriqué l’anti-poison contre le Malamandre à Sinnoh. C’est toi qui a sauvé le type de ses mutations à Hoenn. Tu as réalisé plein de choses ! Tu as juste besoin de te sentir entouré pour déplacer des sommets ! Et entouré, tu l’es. Tu l’as toujours été.

Aldebert éclata en sanglot en tombant dans les bras de l’écrivain. Ce n’était pas la première fois qu’il avait ce genre de passage qui lui ruinait le moral. C’était une étape que Stephen connaissait bien. Lui et sa femme, Dorothéa, avaient de nombreuses fois dû l’aider à se ressaisir. Aldebert était en manque, et il ne fallait surtout pas qu’il rechute. C’était pour cette raison que le Colonel lui avait demandé de rester avec eux. Et si Aldebert avait déjà rechuté quelques fois auparavant, il était hors de question que cela recommence. Aussi lui tapota-t-il amicalement dans le dos avant de l’aider à reprendre ses observations, prenant ses notes à sa place tandis qu’il déblatérait un jargon scientifique avec lequel il commençait à être habitué.

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Ce n’est qu’une heure plus tard que le Colonel, Billy, Elodie et Isaac rentrèrent au bercail en compagnie de Beladonis, qui avait terminé d’interroger ses sources parmi les dresseurs de la ville. Ils n’étaient pas de très bonne humeur, ayant passé un temps fou à courir après le signal GPS qu’Isaac était parvenu à attacher à Elili avant de se rendre compte que cette dernière s’en était hélas aperçue. Mais au lieu de l’abandonner n’importe où, elle l’avait attaché à un jeune Cabriolaine qui les avait fait courir dans toute la ville avant qu’Elodie ne comprennent la supercherie. Ils étaient donc de retour à zéro, et Isaac pestait la perte de Fibonnacci. Pour leur remonter le moral, Stephen leur proposa d’aller chercher à manger dans un bon restaurant et il s’éclipsa avec Aldebert et le Colonel pour aller chercher les commandes de chacun. Pendant ce temps, Elodie et Billy partirent de leur côté, afin d’acheter du matériel pour rendre une balise GPS plus discrète. Ils proposèrent à Isaac de les accompagner, mais celui-ci refusa, désirant s’entretenir avec l’agent Beladonis.

Ce dernier s’était installé à son bureau, sur lequel il avait étalé une grande carte de la ville. Il y notait les différents lieux où Elili avait été repérée grâce aux témoignages des dresseurs, afin de réfléchir aux mesures à prendre. Il paraissait particulièrement soucieux et jetait sans cesse des coups d’œil vers sa montre. Il lui fallut un instant avant de remarquer Isaac, qui s’était assis juste en face de lui en l’observant sous toutes ses coutures.

- Je peux vous aider ? demanda-t-il après avoir déglutit.
- Agent Beladonis, commença Isaac. Aujourd’hui, je me suis fait voler mon Pokémon. Et je pense en effet que vous pouvez m’aider à le récupérer.

L’homme fixa un instant Isaac, puis poussa un soupir. Il ouvrit un tiroir et en sortit une Poké-ball.

- Tenez, dit-il en la lui lançant. C’est un Terhal, un cadeau d’une connaissance d’Hoenn. Mais je ne m’en suis jamais servi, ça fait un moment que je n’utilise plus de partenaire Pokemon. Il sera surement bien mieux avec vous.
- C’est bien gentil
, s’étonna Isaac après avoir fixé la Ball quelques secondes. Mais ce n’est pas exactement à ça que j’avais pensé.
- C’est pourtant tout ce que je peux faire pour le moment
, répondit Beladonis en pivotant légèrement la tête de droite à gauche. Comme vous, je n’ai aucune idée d’où se trouve Elili ni …
- Je n’y crois pas
, répondit sèchement Isaac. Enfin, disons que je pense que vous nous cacher des choses.

Isaac vit la main droite de l’Agent Beladonis serrer fortement un crayon entre ses doigts, tandis que son visage, sombre, fixait la carte sans oser la relever. En cet instant, on aurait presque pu croire qu’il s’agissait d’une statue de cire particulièrement réaliste, car même sa respiration semblait s’être arrêtée. Isaac appuya ses bras sur le bureau, joignant les mains comme pour prier et se rapprocha légèrement de lui.

- Vous savez plus de choses que ce que vous nous dites, déclara-t-il d’un ton assuré. Vous savez qui est Elili et vous tentez de la protéger. Surement une dresseuse avec qui vous avez collaboré. Je n’ai pas raison ?
- Presque
, finit-il par avouer après quelques secondes de silence pesant qui en parurent des heures. Vous l’avez déjà rencontrée, il me semble. Il s’agit de Millie, une jeune fille que j’ai prise comme assistante ici et qui, auparavant, vivait dans la rue. Je ne l’ai découvert qu’après avoir contacté le Colonel pour m’aider à résoudre l’affaire. Mais maintenant, je regrette… j’aurai souhaité me charger seul de cette affaire, et lui éviter tout mal. Elle a déjà tant souffert…

Isaac releva un sourcil, un peu surpris, tout en reculant un peu pour s’adosser à sa chaise. Il ne voulait pas mettre la pression au policier, maintenant qu’il passait aux aveux.

- Voyez-vous, je suis persuadé que Millie n’y est pour rien malgré tout, ajouta l’Inspecteur d’un ton désespéré. Lorsque je l’ai trouvée sous sa combinaison avec Gribouille, elle ne semblait pas reconnaitre son Pokemon, mais c’est lui qui m’a fait comprendre que c’était elle sous le masque d’Elili. Elle s’est montrée violente envers nous, alors qu’ici, elle est particulièrement soucieuse… Elle est… elle est manipulée. Il ne peut en être autrement.
- Mais alors, qu’attendez-vous pour la mettre en sécurité ?
demanda Isaac.
- Je veux d’abord la disculper, répondit sèchement l’agent de la Police Internationale. J’ai fait de lourds sacrifices pour obtenir de Malva, un ancien membre de la Team Flare, l’accès à leur ancien QG d’Illumis, où œuvre leur scientifique à l’origine de la Combinaison. Je m’y suis infiltré une fois, mais je n’ai pas trouvé ce que je cherchais.
- Et vous avez trouvé des choses pertinentes ?
demanda Isaac, l’air intéressé.
- Quelques notes sur le fonctionnement de la Combinaison, mais rien qui puisse prouver que …
- Montrez-les-moi
, demanda Isaac. Peut-être que quelques chose vous aura échappé…

L’Agent Beladonis soupira et ouvrit son tiroir, dont il retira un dossier qu’il tendit à l’informaticien. Celui-ci s’en saisit et commença à le feuilleter. Il s’arrêta à une page et se mit à la lire avec beaucoup d’attention, sous le regard anxieux du policier. Soudain, un grand sourire se dessina sur son visage, et il referma le dossier, l’air enjoué, avant de se lever.

- C’est parfait ! lança-t-il, tout excité. Beladonis, je pense que je pourrai résoudre votre problème ! Dites-moi vite, où se trouve ce fameux QG ?
- Ici, à l’ancien Café Lysandre
, dit Beladonis en le pointant sur la carte. Les instructions pour entrer sont notées dans mes notes. Mais qu’avez-vous tr…
- Pas le temps de vous expliquer, il faut que j’aille sauver Fibonacci
, répondit Isaac, en glissant la Ball de Terhal dans sa poche avant de se saisir de son ordinateur portable.
- Quoi ? s’exclama Beladonis. Mais, Isaac…
- Ne vous inquiétez pas, je reviens avec Millie dans pas même une heure !
s’écria l’informaticien en ouvrant la porte en trombe.

Et il sortit, laissant derrière lui l’Agent Beladonis seul, qui commençait à regretter de lui en avoir trop dit. Celui-ci hésitait à le suivre, mais estimant qu’il ne parviendrait surement pas à le rattraper avec sa jambe boiteuse, il décida plutôt d’attendre le reste de son équipe, pour les informer à leur tour des dernières nouvelles.

Posté à 11h11 le 04/04/18

L’an 45 après Dieu : l’année de l’Anomalie (2/2)



Arriver à l’ancien Café Lysandre ne fut pas très long. Le bâtiment semblait ne plus être entretenu depuis la chute de la Team Flare, quelques mois auparavant. Les vitres avaient été repeintes afin qu’on ne puisse voir à l’intérieur et des jeunes gens de la ville en avaient profité pour parsemer les murs de tags moqueurs envers l’organisation criminelle déchue. La porte avait surement été vandalisée à plusieurs reprises et elle pendait encore péniblement de ses gongs, abimée de tous les côtés. A l’intérieur, Isaac découvrit une pièce qui, autrefois, devait être bien accueillante et agréable pour venir boire un café. Mais les jeunes de la ville étaient, comme pour l’extérieur, passés par là. Les chaises cassées jonchaient le sol, entre les bris de verres et autres déchets. Il faut dire que c’était pour eux une cible rêvée, un défouloir sur lequel ils pouvaient s’acharner sans risque d’encourir des plaintes, puisque tous les adultes partageaient leur opinion sur les anciens occupants du café.

L’entrée secrète qui, autrefois, était cachée par une armoire, se trouvait tout au fond de la salle. Elle menait à un ascenseur, dont l’intérieur, rempli de taches suspectes et de nouveaux graffitis, dégageait une odeur nauséabonde. Manifestement, à en croire par la petite lumière qui clignotait, l’ascenseur fonctionnait toujours. Il y avait fort à parier que les jeunes d’Illumis à qui on devait les graffitis et les autres détériorations du bâtiment l’avaient déjà emprunté pour mettre les autres étages en désordre. Mais Isaac n’avait pas le temps d’aller vérifier cela et, d’après les notes de l’agent Beladonis, l’accès à l’étage qui l’intéressait était verrouillé. Suivant les explications dans son dossier, Isaac poussa rapidement sur une combinaison de boutons, ce qui lui permit de débloquer l’étage secret. C’était manifestement là qu’œuvrait l’homme derrière la Combinaison d’Elili.

Une fois arrivé à l’étage secret, Isaac sortit de l’ascenseur et avança lentement, se tenant sur ses gardes. Il avait allumé son ordinateur et le maintenait des deux mains, pour ne pas le faire tomber. Il comptait sur son appareil pour l’aider à vaincre la Combinaison, mais s’il l’endommageait avant même que la confrontation ne commence, alors c’était peine perdue.

L’étage avait beau être « secret », il n’en était pas moins grand. Plusieurs couloirs étaient accessibles, avec chacun plusieurs portes. L’Agent Beladonis était parvenu à découvrir l’utilité de certaines d’entre-elles, mais beaucoup d’autres restaient un mystère. Il passa devant une bibliothèque qui devait contenir toutes les notes du concepteur. L’informaticien hésita, puis poursuivi son chemin. Il y avait plus urgent et pourrait très bien repasser là par la suite, pour en apprendre encore plus sur la Combinaison.

Enfin, après être passé devant quelques portes et en avoir entrouvert l’une ou l’autre, sans distinguer quoique ce soit de pertinent, il trouva la pièce dans laquelle deux personnes se trouvaient. La première était Millie, ou plutôt Elili, puisqu’elle portait sa combinaison. Des câbles lui étaient attachés, la reliant à de grandes machines qu’un homme observait. Ce dernier était tout habillé de rouge, et avait des cheveux dressés en une pointe de la même couleur. Il était légèrement enveloppé, et semblait très concentré, n’ayant pas remarqué que la porte derrière lui s’était ouverte et que le visage de l’Isaac en sortait, curieux. Profitant de l’inattention de l’homme, Isaac entra et s’assit en tailleur par terre, l’ordinateur sur les genoux et un petit micro à côté de ses chevilles. Il activa un logiciel qu’il avait lui-même mis au point quelques temps auparavant pour une précédente mission et toussa à trois reprises, afin d’attirer l’attention des deux individus.

L’homme poussa une exclamation de surprise avant de se retourner vivement, dévoilant ses grandes lunettes dont les verres étaient, encore, rouges. Elili n’eut pas de réaction, comme l’avait espéré Isaac, signe que Millie sous sa combinaison n’avait pas sa conscience active. L’expression de l’homme passa rapidement de mauvaise à confiante et il éclata d’un petit rire assuré.

- Qu’avons-nous là ? demanda-t-il d’une voix rauque. Serais-tu un dresseur envoyé par ce stupide enquêteur à ma poursuite ?
- Pas exactement
, répondit Isaac d’un ton calme en jetant de temps à autre un regard vers son écran. Même si je dois avouer que je ne serai pas venu si vite si votre expérience ne m’avait pas subtilisée mon Pokémon.

Le sourire de l’ancien scientifique en chef de la Team Flare s’élargit. Cet homme était téméraire et aveuglé par la colère ! Il s’était jeté dans la gueule du Lougaroc une seconde fois en l’espace de quelques heures. Mais c’était peine perdue. Jamais il ne pourrait venir seul à bout d’Elili. Cependant, sa présence soulevait un problème regrettable. Sa planque, si douillette et si équipée, avait été percée à jour… Quelqu’un avait-il parlé ? Ou bien ses compétences en informatique lui avaient-elles permise de forcer les sécurités de l’ascenseur ? Quoiqu’il en soit, il faudrait certainement envisager de déménager une fois son cas réglé.

- C’est vraiment très impressionnant, continua Isaac sans changer de position. Votre Combinaison. Vous en êtes l’auteur, je présume ?
- C’est exact !
clama l’homme, poussé dans son orgueil. Je suis le Professeur Xanthin, ancien directeur scientifique de la Team Flare. Cette combinaison est née de mon génie il y a déjà quelques années. Si Lysandre m’avait laissé quelques mois de plus, nous aurions pu nous en servir pour mettre le monde à genoux. Mais soit, c’est une chose que je ferai seul, désormais !
- Je n’en doute pas
, reprit Isaac. J’ai parcouru quelques pages de vos dossiers que le fameux inspecteur vous avait volé. Il vous a surement fallut un temps monstre pour mettre au point un tel bijou technologique. Vous avez dû collaborer avec d’autres scientifiques ?
- Aucun !
s’écria Xanthin, un peu renfrogné cette fois. Tout est issu de MES recherches ! Je nourris ce projet depuis bien longtemps et je compte bien atteindre la perfection. Mais donc, votre ami s’est déjà infiltré ici, si je comprends bien ?

Isaac ne le regardait plus. Il fixait son écran d’ordinateur, un sourire se dessinant de plus en plus sur son visage, ce qui avait le don de mettre en rogne le professeur Xanthin. Cet homme se moquait-il de lui ? Au moins était-il stupide au point de confirmer ses soupçons à propos du Café Lysandre. Mais il était assez sot pour s’être rendu seul ici, et avec son Pokémon déjà volé ! Elili allait bien vite lui faire ravaler son sourire.

- Elili ! s’écria-t-il en tendant le bras d’un air théâtral. En position !

Millie se mit enfin à bouger, conduite par la combinaison à s’avancer de quelques pas pour se dresser entre Isaac et le Professeur, prêt à se jeter sur l’informaticien dès que le professeur Xanthin lui en donnerait l’ordre. Les câbles qui la reliaient aux machines s’étaient détachés au premier mouvement de sa part.

- Problème ! lança le Professeur Xanthin d’un air confiant. Soit un homme sans avantage physique, ayant déjà perdu son Pokémon, contre Elili, vêtue de sa Combinaison Booster, et dont tous les sens et aptitudes sont améliorées. Qu’obtenons-nous ? Le Triomphe de mon génie, pardi !

Sur ces paroles, Isaac se contenta de déplacer le micro qu’il avait posé par terre pour le rapprocher de sa bouche. Il pianota à son clavier et adressa un regard de défis au Professeur Xanthin.

- Vous avez oublié quelques détails dans votre équation, Professeur, déclara-t-il. Et même si je suis très excité par votre fameuse Combinaison… Cela n’empêche pas que vous ayez laissé une toute petite faille.

Xanthin étouffa d’une exclamation de surprise. Isaac avait prononcé cette dernière phrase dans le micro, mais au lieu de simplement amplifier la voix, celle-ci avait été modifiée pour ressembler presque à l’identique au timbre de voix du Professeur Xanthin lui-même. Il n’en croyait pas ses oreilles et se les frotta vivement, comme s’il les tenait pour responsable de ce qu’il venait d’entendre.

- C’est pas mal, hein ? continua Isaac en souriant, la voix toujours modifiée. J’ai réalisé ce logiciel il y a quelques mois, pour une autre mission. Il fallait juste que je vous fasse un peu parler pour que mon ordinateur scanne votre voix et soit capable de transformer la mienne. Je me demande si l’imitation est assez parfaite… Elili, tu peux te baisser ?

La jeune fille en Combinaison s’exécuta immédiatement, se mettant accroupie. Le Professeur, derrière elle, serra les poings sous la colère. Jamais il n’aurait cru que sa propre voix serait si désagréable à entendre. Il s’était fait berner par cet informaticien prétentieux ! Jamais il n’aurait imaginé que le point faible de sa Combinaison serait justement ce protocole sur lequel il avait tant travaillé afin qu’Elili n’obéisse et n’écoute que ses ordres, sans broncher, simplement par reconnaissance vocale. Ses dents claquaient dans sa mâchoire, tant la frustration était vive. Ce type… Il allait le payer !

- Elili ! cria-t-il. Détruit son ordinateur !
- Elili, arrête et recule !
riposta rapidement Isaac dans le micro, alors que la jeune femme s’était déjà élancée, avant de se figer et d’obéir à ces nouveaux ordres.
- Elili ! s’énerva le professeur Xanthin. Je suis ton seul Chef ! Tu dois m’obéir, brise lui l’ensemble des os !
- Non, Elili, c’est moi, Xanthin, et tu vas rester immobile !


Elili était prise entre deux feux. Les deux hommes, avec une voix identique, donnaient des ordres contraires et l’intelligence artificielle ne savait plus où donner de la tête. Elle faisait parfois un pas en arrière, puis deux en avant, avant de courir et de reculer, ne sachant à quels ordres donner priorité. Elle attrapait parfois une Poké-ball rangée dans une poche de la Combinaison, mais la rangeait aussitôt ou bien même se contentait de la déposer par terre, complètement perdue. Isaac, de son côté, commençait à donner des ordres sans queue ni-tête, simplement pour perturber encore plus le programme de la Combinaison, réclamant par exemple un Soda Cool pour Aldebert. Xanthin, enfin, en remettait une couche, accablé par la colère de voir son génie ainsi maltraité et ne souhaitant qu’une chose, qu’Elili massacre cet enfoiré. Mais il ne pouvait rien faire lui-même, lui ayant confié ses propres Pokémon, et ne parvenant pas à les lui faire invoquer. Finalement, elle posa les mains sur son casque, comme si elle était assaillie par un terrible mal de tête, les ordres continuant de venir des deux côtés sans qu’elle n’ait le temps de les exécuter. Voyant qu’elle était en difficulté, Isaac en profita pour attraper la Pokéball que Beladonis lui avait donné et envoya le Terhal qu’elle contenait.

- Bélier dans la tête du gars en rouge ! cria-t-il en pointant le Professeur Xanthin du doigt.
- Non ! s’écria ce dernier alors qu’Elili obéissait elle aussi à l’ordre d’Isaac. Arrête, Elili, stop !

La jeune fille s’arrêta à nouveau, tout en se rattrapant de justesse pour ne pas tomber à cause de l’élan. Mais si cette directive avait bien fonctionné sur elle, il n’y avait pas de raison pour que le Pokémon l’écoute lui aussi. Aussi, sans rien pouvoir faire d’autre, le Professeur vit Terhal foncer vers lui, voyant par la même occasion tous ses efforts, tous ses projets, s’évanouir. Le choc qu’il provoqua en s’écrasant sur sa tête lui cassa plusieurs dents et ses lunettes furent pareillement brisée. Il tomba lourdement sur le dos, le visage ensanglanté et le souffle coupé. Il était encore conscient et n’entendait plus rien, que de vagues exclamations et cris. Il tenta péniblement de se relever en prenant appui sur son bras et se mit à crachoter.

- En-oiré ! parvint-il à dire, la mâchoire en piteux état refusait de bouger. E-i-i, ai wa !

Elili ne bougea pas d’un poil. La reconnaissance vocale ne fonctionnait pas et ne comprenait pas les ordres du Professeur Xanthin. Elle restait immobile, les bras le long du corps, enfin soulagée par les ordres qui cessaient de fuser de partout. La voyant ainsi l’abandonner, le Professeur frappa du poing le sol, en colère, et se fit en plus mal à la main. Il avait la rage au ventre, comprenant son échec.

- C’est fini, Xanthin, lança Isaac sans se servir de son micro et en attrapant son Pokematoss. Malgré votre prouesse technologique, tout est fini. Maintenant, dites-moi où vous stockez les Pokémon volés.
- A – e – aire –outre !
s’écria Xanthin en détournant la tête, fuyant le regard d’Isaac.

Ce dernier soupira. Il contacta le Colonel, qui lui apprit qu’ils étaient déjà en route avec des renforts. Il lui expliqua brièvement la situation avant de ranger son appareil. Il aurait bien aimé les laisser là tous les deux pour aller jeter un coup d’œil aux traces écrites de Xanthin, mais ce dernier ne resterait surement pas sans rien faire, et il fallait donc le surveiller. Mais maintenant, c’était lui, Isaac, qui avait tout contrôle sur Elili. Aussi ne serait-il pas difficile de l’arrêter à la moindre tentative de s’échapper.

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Une heure plus tard, alors que le soleil s’était couché et que la nuit envahissait les rues d’Illumis, éclairée par les lueurs de la Tour prismatique, ils étaient tous dehors, face au Café Lysandre. Le Professeur Xanthin boudait tandis qu’il était examiné rapidement par Aldebert, afin de voir comment soigner ses quelques blessures dues au choc de Bélier. Un combi de police attendait, et pas moins de cinq policiers se tenaient prêts à l’embarquer en cellule, en l’attente de son jugement par le Département de la Justice. Isaac était en train de discuter avec le Colonel, qui avait commencé par le réprimander pour son audace, lui rappelant qu’il faisait partie d’une équipe et qu’il avait risqué sa vie par frustration et colère d’avoir été victime d’Elili. Mais il devait bien admettre que l’informaticien avait aussi fait preuve d’une bonne dose d’ingéniosité et d’astuce, et qu’il avait par ailleurs bien gérer la situation. A l’écart, Elodie, Billy et Stephen étaient assis sur un banc, en train de savourer les sushis qu’ils n’avaient toujours pas eu l’occasion de déguster, ayant été pris de court lorsque Beladonis leur avait tout avoué à leur retour du restaurant. Ce dernier était avec Millie, à qui il avait donné une couverture pour qu’elle ne prenne pas froid. Il était en train de lui expliquer la situation, la pauvre jeune fille s’étant retrouvée totalement perdue une fois la combinaison désactivée.

Alors qu’enfin le véhicule partait en direction du poste de police, le Professeur menotté à l’intérieur, l’Agent Beladonis laissa Millie en compagnie de Gribouille pour adresser quelques mots à Isaac et au Colonel.

- Je tenais à vous remercier, dit-il d’un ton solennel. Malgré que je n’aie pas été honnête avec vous, vous avez réglé mon problème en l’espace d’une journée, et sans mettre en danger Millie. Je ne sais comment vous remercier.
- Pas de quoi
, répondit Isaac en rougissant, ayant omis de détailler de quelle manière Elili semblait souffrir des ordres contradictoires qu’il avait été obligé de proférer pour l’empêcher de l’attaquer.
- Il n’empêche que mon agent aurait pu prendre moins de risque si vous aviez été sincère avec nous, le blâma le Colonel. Nous étions là uniquement pour vous aider. Nous n’étions pas vos ennemis.
- Je le comprends maintenant…
s’excusa Beladonis en fixant le sol, honteux. Je … Je ne pensais qu’au bien de Millie… Elle n’a pas eu de chance, vous savez ?
- Disons que, pour cette fois, on passera l’éponge
, soupira le Colonel Cornell. Tout est bien qui finit bien, alors restons-en-là.

L’agent approuva d’un signe de tête avant de se détourner pour rejoindre Millie. Mais il avait à peine fait un pas qu’Isaac posait sa main sur son épaule, le faisant sursauter.

- J’ai récupéré mon Pokémon, dit-il en lui montrant une Ball. Pour moi, c’est l’essentiel. Voici le vôtre, il m’aura été d’une grande aide.
- Gardez-le
, répondit Beladonis d’une voix fatiguée. Je vous dois bien ça, et je ne m’en sers jamais. Il pourrait vous être encore utile plus tard, qui sait ?

Isaac ne répondit pas, se contentant de sourire, et il rangea la sphère aux côtés de celle de Fibonacci. Décidément, si cette journée n’avait pas très bien commencée, elle se terminait vraiment très bien. Il se détourna pour rejoindre ses amis, son ventre réclamant désormais des sushis pour se remettre de la journée.

- Vous avez récupéré les données de la Combinaison, pas vrai ? demanda Beladonis.

Isaac s’arrêta. Il ne se retourna pas pour autant, immobile.

- Je compte me pencher dessus, en effet, finit-il par dire. Ce n’est pas parce qu’un homme a de mauvaises intentions que ses inventions doivent être jetées à la poubelle.
- Alors soyez prudent
, répondit Beladonis. Ces mauvaises intentions viennent parfois du Pouvoir accordées par de telles inventions.

Sur ces paroles, Isaac se retourna, exprimant sa surprise. Se pouvait-il qu’ils pensent tous les deux à la même personne ? Mais Beladonis s’était à son tour détourné de lui et se rapprochait de Millie pour la ramener à l’Agence. Il hésita, puis, poussé par son estomac, abandonna l’idée de lui demander des précisions, au profit des sushis que ses amis avaient bien voulu lui laissé. Enfin …

- Comment ça vous avez tout mangé ?!

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Suite à la réussite de leur mission, et à l’absence de tout autre événement réclamant leur présence, le Colonel Cornell avait accordé quelques jours de congé aux membres de son équipe. Stephen en avait profité pour les emmener à la Grotte Miroitante, qui séparait les villes de Yantreizh et de Crom'lach. Les parois de ces grottes avaient des propriétés géologiques très rares puisqu’elles étaient parsemées de miroirs naturels, dont certains déformaient la réalité aux yeux des visiteurs pour le plus grand plaisir des Guides touristiques. Suivant l’une d’entre eux, le petit groupe profitait de la visite et regardaient, amusés, Aldebert poser des questions toutes plus compliquées à la pauvre femme qui ne savait bien souvent pas quoi répondre, puisqu’elle ne comprenait pas toujours la moitié des termes compliqués utilisés par le Professeur Caul.

Une fois aux deux tiers de la visite, cependant, Stephen Shelley ressentit un besoin pressant. Il s’excusa auprès de la Guide, qui lui indiqua, pas loin d’ici, une zone où il pourrait faire cela tranquillement sans pour autant détériorer les lieux. L’écrivain la remercia et abandonna le groupe le temps de faire ce qu’il fallait.

Une fois soulagé, Stephen remonta sa braguette et s’avança-en suivant les flèches qui indiquaient le sens de la visite, espérant qu’ils n’étaient pas partis trop loin. Mais quelque chose, ou plutôt son absence, attira soudain son attention alors qu’il marchait et il s’arrêta subitement. Après quelques secondes durant lesquelles seuls les battements de son cœur venaient rompre le silence, il se retourna, inquiet.

En arrière, son propre reflet le suivait du regard sur les parois, sans pour autant avoir imité ses pas. Il le fixait d’un air suspicieux, comme s’il l’analysait, les deux bras derrière le dos. Stephen resta interdit et observa le reste des parois. Son reflet n’était visible à aucun autre endroit, alors que c’était parfois le cas dans certaines zones de la Grotte à cause des parois qui n’étaient pas parfaitement plates. Par contre, le reste du paysage présent sur les parois était parfaitement normal. Seule cette anomalie était à noter.

Très intrigué, Stephen se rapprocha de quelques pas, la bouche entrouverte, ne sachant que dire tandis que son jumeau dans le miroir ne bougeait pas d’un pouce. Il trouvait la situation très étrange, mais se sentait aussi étrangement attiré par cette manifestation irréelle. Il se plaça devant et essaya de l’imiter dans sa posture.

- Bonjour, Mr Shelley, lança soudain son reflet dans le miroir. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.

L’écrivain recula, le visage horrifié. Ce n’était pas sa voix qu’il venait d’entendre. Celle-ci semblait totalement inhumaine, passant des graves aux aigus sans prévenir. On l’aurait dit venir d’un autre monde.

- Qu’est-ce … qui êtes-vous ? demanda le vieil écrivain après avoir déglutit, sentant des gouttes de sueur perler sur son visage.

Le visage de reflet se mit à sourire alors que ses traits se mettaient à se transformer pour prendre peu à peu l’apparence d’Aldebert, habillé de sa blouse de scientifique, sous le regard horrifié de Stephen.

- Je suis là pour lui, dit-il en imitant cette fois parfaitement la voix de son ami. Vous allez laisser toute sa liberté au Professeur Caul. Vous ne l’entraverez plus.
- Mais enfin… de quoi parlez-vous ?
demanda l’homme en tremblant. Al’ est mon amis, je ne …
- Vous ne vous mettrez plus entre moi et Aldebert
, répondit le reflet. Vous le laisserez me parler quand bon lui chantera.

Ses traits s’étaient à nouveau mis à se modifier, prenant cette fois l’apparence d’un jeune homme aux longs cheveux noirs, toujours vêtu de la blouse blanche d’Aldebert, tout en le fixant d’un air mauvais. En voyant cette nouvelle apparence, Stephen secoua la tête. Il avait déjà vu quelqu’un qui ressemblait fort à ce reflet, sur une vieille photo de jeunesse de sa femme, Dorothéa.

- Professeur Higgs ? demanda Stephen. C’est… c’est vous ? Mais …
- Presque. Je ne suis pas Oscha. Je suis Rémus.


Aldebert fixa le reflet dans le miroir, l’effroi faisant désormais place à la colère. Il regarda vite autour de lui et remarqua la présence d’une lourde pierre à ses pieds. Il se baissa et, malgré son âge, parvint à la soulever avant de faire à nouveau face à cette étrange manifestation.

- C’est vous qui allez m’écouter, alors, lança-t-il. Vous n’existez pas ! Vous n’êtes qu’une invention de l’esprit d’Aldebert. Et vous allez le laisser tranquille ! Je ne sais pas comment je peux vous voir, ou si je ne suis pas en train de faire un cauchemar, mais je ne vous laisserai pas toucher à mon ami !

Et sans plus attendre, il s’élança pour frapper le miroir avec la pierre. Mais au lieu de le fracasser avec, le rocher et son bras passèrent au travers du miroir, comme s’il les plongeait dans de l’eau, et il se sentit soudainement attiré à l’intérieur du miroir. Une fois ce dernier traversé, Stephen trébucha et tomba face contre terre, la pierre à quelques centimètres de sa tête. Il étouffa une exclamation de douleur et se releva péniblement avant de constater qu’il ne se trouvait plus dans la Grotte Miroitante. Tout était noir autour de lui, même s’il sentait un sol sous ses pieds. Il n’y avait que la pierre et lui dans cette étrange dimension. Il se retourna et constata que la paroi de la grotte était encore là, mais, cette fois, le reflet se trouvait du côté qu’il venait de traverser. De plus, ce dernier n’avait plus la même apparence, sa tête ayant disparue et une sorte de poussière s’échappant en s’envolant de la base de son cou coupé.

- Je ne suis plus rien, lança la chose. Une anomalie de l’Univers. Mais pourtant, grâce à Aldebert, je n’ai pas pour autant complètement cessé d’exister. Et j’empêcherai quiconque tente de convaincre Aldebert d’arrêter de croire en moi.

Il ramassa une pierre, la même que celle que Stephen avait attrapée. L’écrivain remarqua que ses mains étaient parsemées d’yeux simplistes, qui lui rappelaient vaguement ceux des Hiéroglyphes Zarbi. Puis, comprenant que le reflet allait l’imiter, il se plaqua à la paroi.

- Non ! Attendez ! Ne faites pas ça ! Ne me laissez pas ! Je vous en prie !

Mais c’était trop tard, et l’Anomalie, Rémus, lança la pierre qui brisa la paroi en milliers de morceaux sous les hurlements de terreur de Stephen, qui sentit par la même occasion son corps se fragmenter, à la manière d’un verre qui tombe et se casse, tout comme le monde sombre dans lequel il se trouvait.

- Stephen ? Hého ! Réveille-toi, bon sang ! s’exclama une voix familière.

L’écrivain ouvrit péniblement les yeux. Il avait une profonde douleur au niveau du crâne et sentait un liquide chaud en couler. Il était couché, face contre terre, et ne voyait que les chaussures de plusieurs personnes rassemblées autour de lui. Il releva la tête et vit celles de ses amis et de la Guide, qui semblaient rassurés de le voir ainsi émerger.

- Tu nous as fichu une de ses trouilles ! s’exclama Aldebert en l’aidant à se relever. Tu n’as pas regarder où tu marchais et tu as trébuché, c’est ça ?
- Je … peut-être bien, oui…
répondit l’écrivain, l’air perdu.

Une fois debout, son regard fut directement attiré vers la paroi de la Grotte. Leurs reflets les imitaient à la perfection, tout de ce qu’il y a de plus normal. Il n’y avait plus aucune trace de Rémus.

- Vous… vous n’avez rien remarqué d’anormal? demanda-t-il.
- Genre quoi ? demanda Elodie en plissant les yeux, inquiète.
- Avec les reflets ! Je veux dire… Je …

Il se tut et déglutit. Avait-il tout imaginé après une simple chute ? Ou tout cela s’était-il vraiment passé ?

- Vous êtes en état de choc, conclut la Guide. Venez, on vous ramène à Yantreizh, on vous examinera là-bas, et on fera un bandage à votre caboche, vous avez dû bien morfler, à votre âge.

Stephen ne répondit pas. Il se contenta d’hocher la tête en silence tandis que Billy et le Colonel l’aidaient à marcher, Aldebert les suivant de près. Alors qu’ils sortaient de la Grotte, l’écrivain adressa un dernier regard en direction des Miroir sur le mur.

Mais il n’y avait rien d’anormal.

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- Hey, XanXan ! cria la voix d’un garde en frappant sur les barreaux avec sa matraque. T’as de la visite, réveille-toi.

Le Professeur Xanthin, qui avait dû troquer sa tenue et ses lunettes rouges pour l’uniforme rayé des locataires du Centre Pénitencier, ouvrit les yeux avant de se les frotter avec son bras. Il soupira, encore à moitié endormi, et se redressa dans son lit, pestant envers ce visiteur qui le sortait de sa torpeur. Il se tourna vers les barreaux de sa cellule, le regard mauvais, d’où le regardait ce dernier, tel un curieux venu voir les Pokémon au zoo.

Puis, soudain, il reconnut son mystérieux visiteur et étouffa une exclamation de surprise. Il se hâta de sortir de son lit et s’approcha des barreaux en se frottant le visage, dont la mâchoire était enfin guérie. Il se plaça face à l’homme et déglutit.

- Bonjour Professeur Xanthin, lança le Professeur Higgs. J’ai eu vent de vos recherches et de ce qu’il vous était arrivé. J’ai une proposition pour vous.

Pour la première fois depuis près d’un mois, Xanthin se mit à sourire, même si son visage restait endolori. Finalement, il était bien content de s’être fait réveiller par cet homme.

Posté à 11h27 le 11/04/18

L’an 51, l’année de la Nouvelle Génération.(1/2)



D'après Albert Einstein :
Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.


Astrid Roosevelt, assise dans un grand et vieux fauteuil, observait les flammes danser dans sa cheminée. Ses vieilles lunettes n’étaient plus adaptées à son nez et glissaient constamment de celui-ci, au point d’être déjà tombées à quelques reprises. Chaque jour, en se regardant dans le miroir, elle découvrait de nouvelles rides. Elle n’avait cessé de perdre du poids ces dernières années. Elle soupirait à cette idée, cette effroyable pensée : Elle était devenue vieille. Elle n’avait plus la force de gouverner à la Table Ronde.

Pourtant, il n’y avait pas de quoi rougir de son parcours. À seulement 39 ans, elle s’était assise pour la première fois dans ce même fauteuil, l’un des seuls mobiliers dans son grand bureau de l’Ile Union. Et, pendant presque 50 ans, elle avait dirigé l’Etat de Kanto-Johto et pris des décisions en commun avec les autres Premiers.

Des visages, elle en avait vus défiler des centaines sur cette Ile. D’autres Premiers Ministres, souvent des hommes, hélas, mais aussi des représentants de l’Armée, et bien des Ministres de toutes origines. Sans oublier les nombreux employés qui se succédaient pour prendre soin de l’Elite des Gouvernements. Mais quelques jours auparavant, elle s’était efforcée, sans succès, de remettre un nom sur des portraits qui se trouvaient dans les couloirs de l’Ile Union. Pour ses collaborateurs actuels, il ne s’agissait que de leurs prédécesseurs, mais pour elle, nombre d’entre eux avaient été des collègues. Et ne pas parvenir à énoncer chaque nom la mettait face à la terrible réalité. Elle commençait à perdre la mémoire.

Elle qu’on avait surnommée la Dame d’Acier pour son tempérament et son attitude, elle qui avait battu des records de longévité politique, elle qui avait consacré sa vie à l’Etat, n’était plus qu’une vieille dame de plus en plus faible de jour en jour. Les réunions de la Table Ronde lui pesaient de plus en plus et elle sentait bien que son corps ne pourrait plus suivre très longtemps. Pourtant, si ça n’avait été que cela, surement aurait-elle tout de même continué, quitte à mourir en pleine séance. Mais puisque son esprit commençait aussi à lui jouer des tours, elle s’était faite une raison.

Elle avait annoncé aux autres Premiers sa démission le jour précédant. Ceux-ci l’avaient applaudie, comme un hommage à sa longévité exceptionnelle et à ses compétences. Mais elle savait qu’au fond d’eux, ces derniers étaient rassurés de ne plus l’avoir dans leurs pattes, elle qui avait, sur bien des sujets, imposé sa vision des choses.

Les dispositions étaient prises. Son annonce avait provoqué un raz-de-marée politique. Elle avait choisi son successeur parmi les Ministres en fonction de son Etat. C’était au Ministre Darwin, du Ministère de la Gestion, que revenait le poste. Lui-même n’allait pas tarder à annoncer qui allait le remplacer. Mais ce n’était pas le seul changement.

Sûrement inspiré par sa patronne, le Général Pasteur avait décidé de se retirer lui aussi du monde politique, pour se consacrer uniquement à l’Armée encore quelques années. Cette démission entrant encore dans le cadre du mandat de la Dame de Fer, c’était à elle que revenait la décision finale quant à la personne qui allait prendre sa place au Ministère de la Justice. Et c’était justement cette personne qu’elle attendait.

- Entrez ! lança-t-elle sèchement en entendant quelqu’un frapper à sa porte.
- Madame, dit André Malraux, le Majordome de l’Ile Union, qui lui aussi se faisait de plus en plus vieux, Mr le Colonel Cornell est là pour son entretien avec vous.
- Hé bien, faites-le entrer, Mr Malraux !
réclama-t-elle en se redressant dans son fauteuil malgré son dos qui commençait, lui aussi, à la faire souffrir. Et allez me chercher un chocolat chaud. Colonel, vous prendrez bien quelque chose ?
- Un simple café, s’il-vous-plait
, répondit la voix aimable du Colonel.

Marcus Cornell n’était pas très rassuré. Il avait déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de converser avec la vieille Première, mais toujours à l’aide d’un téléphone. Il ne l’avait jamais rencontrée en chair et en os. Mais quand il la vit, les bras croisés sur ses genoux, assise au coin du feu, il ne put se retenir de pousser un petit soupir de soulagement. Elle était plutôt en os qu’en chair, et se l’était imaginée beaucoup plus grande. Elle lui présenta son bras droit, sans pour autant se lever, qu'il serra vigoureusement, avant de ménager ses ardeurs en comprenant à quel point elle était faible. Il prit place sur un fauteuil à roulettes, qui faisait d’ordinaire face au bureau de Madame Roosevelt, puis la fixa du regard, un peu tendu. La pièce était uniquement éclairée par les flammes de la cheminée.

- Merci d’être venu, Colonel, lança-t-elle finalement après quelques instants de silence seulement rompus par le crépitement des flammes. Et félicitations.
- Merci, Madame
, répondit-il en hochant la tête. Je suis très heureux que vous m’accordiez votre confiance pour gérer le Ministère de la Justice.
- Mon choix n’a pas été aisé
, répliqua la Dame d’Acier, d’un ton sec. Il y a bien d’autres personnes à Kanto-Johto qui pouvaient prétendre à ce poste, et parmi eux, des militaires plus gradés que vous, à l’instar du Général Pasteur. De plus, vous n’avez que peu d’expérience au sein même du Ministère, n’ayant exercé que via l’Armée et la Police Internationale. Et pour finir, j’ai de sérieux doutes concernant vos compétences administratives.

Marcus déglutit. Il ne s’était pas vraiment attendu à se voir reprocher son manque d’expérience par la personne même qui l’avait choisi pour ce poste. Mais ce qu’elle disait était vrai. Lui-même avait d’abord cru à un canular lorsqu’il avait reçu l’Appel de la Table Ronde. Mais après les coups de fil de félicitations du Général Pasteur ou de Darwin, en première loge pour le savoir, il s’était fait une raison. Le Colonel était dans ses petits souliers. Malgré son état d’extrême fatigue et son corps qui fléchissait, la Dame d’Acier était encore capable de faire perdre contenance à un militaire endurci, et ce, juste avec des mots.

- Pourquoi m’avoir choisi, alors ? demanda-t-il finalement après un court moment de silence, en plissant les yeux. Pourquoi moi, et pas un autre Général ou Colonel, ou même un Juge de l’Etat ?
- Parce que vous, mieux que quiconque, pouvez comprendre quelles sont mes inquiétudes pour l’avenir.


Elle avait dit ces mots en regardant les flammes, comme perdue dans ses pensées. Malgré la tiédeur que ces dernières procuraient, le Colonel la vit frissonner. Quant à lui, il la regardait avec incompréhension. De quelles inquiétudes pouvait-elle bien parler ?

- Sans un certain événement qui, aujourd’hui encore, hante mes cauchemars, je ne vous aurais pas choisi, continua-t-elle. Mais, étant donné votre expérience acquise ces dernières années au sein de la Police Internationale, vous êtes l’homme de la situation. Cela ne fait aucun doute.
- Vous voulez parler de toutes les enquêtes sur des faits inhabituels que mon équipe a dû mener ?
demanda le Colonel en se penchant sur sa chaise.
- C’est exact, soupira la Dame d’Acier. Voyez-vous, je pense que les 5 Etats se dirigent tout droit vers un mur, façonné de toutes pièces par un seul homme. Et qu’une partie de vos enquêtes sont liées à ce destin qui se fait encore discret.

Le Colonel l’observait, l’air sombre. De quoi pouvait-elle bien parler ? Desquelles de leurs affaires parlaient-elles ? Et, surtout, de qui ? Il allait lui poser la question quand, soudain, on frappa à nouveau à la porte. Astrid Roosevelt poussa un soupir d’agacement et donna l’ordre à son Majordome d’entrer. Ce dernier s’exécuta et apporta un plateau d’argent sur lequel se trouvaient deux tasses fumantes et des biscuits. Il déposa le tout sur une petite table qu’il déplaça pour qu’ils puissent y avoir accès tous les deux en tendant simplement les bras, puis s’inclina avant de se retirer. La Dame d’Acier attrapa son chocolat chaud et un biscuit, rapidement imitée par le Colonel.

- Depuis ce fameux jour, les choses ont bien changées, continua-t-elle alors que Malraux sortait de la pièce. Parmi les Premiers, seul Mr Gandhi subsiste encore de cette fameuse journée. Mais c’est un naïf qui n’agit pas assez à mon goût, même si c’est un esprit brillant. Aussi voulais-je être sûre de prendre des dispositions spéciales avant mon départ.
- De quel jour parlez-vous, Madame ?
demanda le Colonel en fronçant les sourcils.
- De ce jour où nous avons vendu le Gouvernement au Diable en personne, répondit-elle d’un ton acerbe. Du jour où nous avons cédé au chantage du Professeur et Ministre Higgs.

Le Colonel se redressa à nouveau sur sa chaise. Aldebert parlait parfois du Ministre de la Santé comme d’un être abominable, mais c’était, jusqu’alors, la seule personne à tenir ce genre de discours, même si Stephen ou Isaac semblaient approuver. Au contraire, la plupart des gens le voyait comme un véritable saint. Le comparer au Diable était donc d’autant plus étonnant, surtout venant de la vieille Première.

- Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, déclara-t-elle ensuite. Je ne lui ai jamais fait confiance. Et j’ai très peur de ce qu’il prépare.
- Ce qu’il prépare ?
demanda le Colonel. Vous pensez qu’il projette un coup d’Etat ?
- Sans doute, ou peut-être même pire… Voyez-vous, derrière chacune de ses bonnes actions, je pense qu’il y a des conséquences dangereuses qui se cachent, et dont il est tout-à-fait conscient. Son poste de Ministre, qu’il réclamait ce jour maudit, n’était qu’un moyen sûr d’étendre son emprise sur le Monde… Tenez, prenez ce biscuit …


Le Colonel prit un air étonné et la regarda lui montrer le gâteau sec qu’elle tenait en main avec incompréhension. Qu’est-ce qu’une pâtisserie avait à faire là-dedans ?

- Notre système politique est comme ce biscuit. Dur, ferme, avec des bons côtés et des moins bons. Il ne peut pas plaire à tout le monde, mais il nous garantit un équilibre stable. Mais Higgs, lui, c’est un peu le chocolat chaud ou le café, dit-elle en le trempant dedans. Il rend notre système un peu plus mou, mais plus onctueux, au point qu’on ne puisse se passer de lui. Mais pourtant, si on les laisse trop longtemps ensemble… le biscuit finit par se désagréger. Il part en miettes, noyé dans la boisson qui avait, soi-disant, pour but de le rendre meilleur.

Elle le retira de sa tasse et montra qu’il manquait un petit morceau avant de le mettre en bouche, sous le regard inquiet du Colonel. Il commençait à comprendre où elle voulait en venir.

- Vous voulez donc que je garde un œil sur le Professeur Higgs et ses agissements? demanda-t-il.
- Tout-à-fait. Pendant 15 ans, j’ai essayé, par plusieurs moyens, d’amoindrir certains de ses pouvoirs au sein des 5 Etats. Mais jamais je n’ai trouvé quoique ce soit de concret pour le faire tomber. Je compte sur vous pour y parvenir avant qu’il ne provoque l’effondrement de notre société. Vous avez une connaissance sans égal des événements mystérieux de ces dernières années, dont certains impliquent secrètement le Professeur Higgs. Vous seul serez capable d’aider les Ministères à faire face à cette menace. C’est ma dernière décision en tant que Première de l’Etat de Kanto-Johto. Faites-en sorte que je ne le regrette pas.

Le Colonel regardait les flammes de la cheminée avant de se retourner vers la Dame d’Acier. Celle-ci le fixait avec un regard sévère, et il lui sourit en adoptant une attitude assurée.

- Comptez sur moi.

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Le Major Campbell, récemment nommé Chef d’équipe depuis le départ du Colonel en tant que Ministre de la Justice, déambulait dans les rues de Poivressel, vêtu d’un T-shirt à motif de Wailord. Cette grande ville de la région d’Hoenn est connue pour son port et son marché. Si elle ne dispose pas d’Arène, on y trouve pourtant nombre d’attractions qui en font une ville de plaisance et de passage pour de nombreux touristes ou dresseurs. Ils avaient été envoyés là-bas le matin même pour mettre la main sur des Pokémon très particuliers. En effet, et depuis quelques semaines, plusieurs incidents avaient eu lieu, que ce soit sur la plage ou en ville. Des citoyens avaient été agressés par des Pokémon non identifiés. Si la plupart s’en étaient sortis avec des blessures plus ou moins importantes, d’autres avaient tout bonnement disparu. Les Pokémon les enlevaient et disparaissaient avec eux tandis que leurs congénères empêchaient quiconque de les suivre. C’était du moins ce que racontait un rapport qui leur avait été envoyé pour qu’ils se penchent sur le cas.

Cependant, le Major n’était pas seul. Comme le Colonel était parti, on lui avait attribué une nouvelle coéquipière en la personne de Naomie Fleming. Cette dernière était la petite-fille du Général Pasteur et, tout comme lui, elle avait décidé de rejoindre l’Armée. C’était très récent et elle n’était encore que Lieutenant, mais son grand-père l’avait poussée à ce poste, histoire de la faire sortir des corvées patates et autres travaux administratifs barbants. La jeune fille avait 21 ans, et elle portait en permanence son uniforme et sa casquette militaire. Toujours droite et au garde-à-vous, elle semblait particulièrement sérieuse. Elle ne parlait que rarement, et surtout pour faire des remarques à son supérieur qui, selon elle, ne respectait pas assez les règles et les protocoles. Ce à quoi Billy ne prêtait aucune attention et se contentait de lui proposer de se détendre un peu. Mais celle-ci avait beaucoup de mal à prendre son supérieur au sérieux. Ne serait-ce que par son accoutrement, loin de l’uniforme officiel de l’Armée, il respirait une certaine insouciance qu’elle n’appréciait pas.

Leur mission était en premier lieu d’identifier ces Pokémon. Les descriptions variaient selon les individus mais ne semblaient concorder à rien de ce qui était connu dans la région, selon le Ministère de la Gestion d’Hoenn. Ils devaient ensuite mettre au point un moyen efficace et temporaire de les tenir éloignés de la ville. Ils passeraient alors le relais au Ministère qui, selon les conclusions tirées par Aldebert, déciderait du sort de ces intrus à priori indésirables.

Elodie et Isaac se penchaient déjà sur leur moyen de repousser les Pokémon. Pour ce faire, ils avaient réquisitionné un bureau du chantier naval afin de mettre au point une machine à ultrasons. Simple formalité pour l’Ingénieure qui devrait néanmoins tester les ondes sonores afin de limiter ces dernières pour ne pas gêner l’homme ou les autres Pokémon. Aldebert, lui, ne pouvait qu’attendre.

Les deux militaires venaient de finir leur tournée à travers la ville. Naomie avait suivi le Major Campbell dans tout Poivressel en écrivant dans un calepin les différentes zones où avaient été aperçues les créatures. Lorsqu’elle vit qu’ils se dirigeaient maintenant vers la plage, elle ne fit d’abord aucun commentaire, se contentant de se renfrogner. Mais en arrivant devant la Maison du Bord de Mer, elle ne put se retenir plus longtemps.

- Sauf tout mon respect, Major Campbell, ne pensez-vous pas que nous devrions finir notre travail de recherche avant de nous accorder une pause ? demanda-t-elle sèchement alors que Billy posait sa main sur la poignée de la porte.

Ce dernier la regarda en clignant des yeux, étonné. Puis il soupira et lui adressa un grand sourire.

- Ne t’inquiète pas, Naomie, on n’est pas là seulement pour prendre une pause, lança-t-il. Les vieux sont là, et d’après nos sources, on doit aussi interroger le patron. Après, si on peut prendre un verre en même temps…
- C’est lieutenant Fleming
, bredouilla la jeune femme, agacée. Et puis on ne peut pas boire pendant le service !
- Mais tu ne peux pas non plus refuser une tournée d’un supérieur !
lui répliqua Billy joyeusement en ouvrant la porte. C’est moi qui paye !

La militaire prit un air atterré, puis soupira un bon coup avant de suivre le Major à l’intérieur. Aldebert et Stephen étaient effectivement assis au comptoir. Le modeste établissement était connu pour avoir été à l’origine, près de 60 ans plus tôt, des premières productions de Soda Cool, la pêché mignon d’Aldebert. C’était un certains John Stith Florey, aujourd’hui décédé, qui avait inventé la recette qui lui aura valu son succès. Depuis lors, la société s’était faite connaitre de par le monde et le Soda Cool était rapidement devenu une des boissons préférées de beaucoup de personnes. Une première usine avait ouvert ici-même, puis d’autres partout dans d’autres régions. Aujourd’hui, la famille Florey était toujours à la tête de la firme. Malgré les années et les richesses ainsi gagnées, ils tenaient toujours le petit cabanon sur la plage, comme un hommage à leurs origines.

Le regard du Lieutenant fut tout de suite attiré par les deux vieux amis qui discutaient. Du peu qu’elle les avait côtoyés, Naomie avait déjà une opinion très tranchée sur ces deux-là. Le premier était un vieil hurluberlu, mais qui cachait bien son jeu et pouvait se montrer brillant par moment. Il l’avait prouvé sur les deux ou trois affaires qu’ils avaient déjà partagées. L’autre était tout simplement aussi génial qu’elle ne l’avait imaginé. Petite, elle avait dévoré la plupart de ses livres et avait été enchantée de rencontrer l’auteur. Il lui paraissait plein de vie malgré son âge. Mais son éducation stricte et son goût pour les règles de l’Armée l’obligeaient à refouler tout ce qu’elle aurait souhaité lui dire. C’était comme si on avait obligé une petite fille modèle à passer près du Père Noël sans pouvoir aller lui parler.

Les deux vieillards les saluèrent et le Major prit place au comptoir à côté d’Aldebert, ne laissant qu’un siège juste à côté de l’écrivain. La jeune fille se sentit rougir à l’idée de s’asseoir à côté de lui. Elle avait réussi à éviter ce genre de situation depuis quelques semaines mais elle savait que si ça devait arriver, elle ne pourrait se retenir de lui parler de ses livres avec admiration, au risque de briser tout protocole. Aussi préféra-t-elle rester debout, la tête baissée et fixant le sol. Billy la regarda un instant sans comprendre, puis haussa les épaules et appela le barman.

- Deux bières ! demanda-t-il quand celui-ci s’approcha. Naomie, arrête de bouder, et viens t’asseoir avec nous !
- Billy, franchement !
rouspéta Aldebert. De la bière ? Alors que nous sommes dans la Maison qui a vu naître l’élixir le plus délicieux et raffiné de la Terre !?
- Je me demande quand même si tu n’exagères pas un petit peu
, plaisanta Stephen en adressant un clin d’œil à la jeune fille, comme pour la mettre à l’aise, loin de savoir que si elle l’avait vu, elle en serait peut-être morte sur le coup.
- Faudra aussi que j’interroge le patron, d’ailleurs, dit Billy lorsque le serveur lui apporta les deux verres. Vous savez où je peux le trouver ?
- Vous voulez voir mon père ?
s’étonna ce dernier. Il doit être à la cave, je vais vous le chercher.

Il ne fallut pas attendre plus de quatre gorgées pour que le barman revienne en compagnie d’un homme âgé d’une cinquantaine d’année, portant une chemise bleue. Les deux hommes partageaient plusieurs traits du visage et il n’en fallait pas plus pour comprendre qu’effectivement ils étaient père et fils. Il sortit du comptoir et se dirigea vers le Major, qui se leva au dernier moment pour lui serrer la main, sous le regard désapprobateur de Naomie.

- Je suis Ernest Florey, dit-il. Vous vouliez me voir ?
- Major Campbell, Police Internationale
, répondit le militaire en hochant la tête. Et voici mes collègues, le Professeur Caul, Mr Shelley et Miss Fleming.
- C’est Lieutenant
, chuchota-t-elle presque pour elle-même tandis qu’Aldebert se levait d’un bond pour serrer à son tour la main du patron.
- Je suis votre plus grand fan ! s’écria le Professeur, dans un état d’euphorie rarement égalé. Le Soda Cool est ma boisson préférée depuis que je suis tout petit, et je n’ai jamais rien bu d’aussi bon !
- Content que notre produit vous plaise
, répliqua l’homme, un peu pris de court. Mais que me vaut la présence de la Police Internationale dans mon modeste établissement ?
- Modeste ! Mais…
, s’insurgea Aldebert avant d’être subtilement interrompu et éloigné par Stephen.
- Nous sommes là pour les agressions de Pokémon dont votre famille a déjà été victime ces derniers jours, Mr, dit Billy.

L’homme se renfrogna de suite, perdant son sourire. Son fils, qui était retourné derrière le comptoir, venait de faire tomber une bouteille, qui se brisa par terre. Lui aussi semblait soudainement perturbé. Son regard passait du Major à son père, comme angoissé. Ce dernier soupira et invita le Major à le suivre à une table, la plus éloignée du comptoir possible, et fit signe à son fils de l’attendre.

Poussée par la curiosité, Naomie rejoignit son supérieur, profitant que l’écrivain ne les accompagne pas, trop occupé à gérer Aldebert. Elle avait peine à penser qu’elle pourrait très bien être dans le même état que le Professeur si elle devait un jour se retrouver seule avec Mr Shelley.

- Mon fils, Valentin, a perdu sa femme, Mary, dit sombrement l’homme sans attendre, une fois qu’ils furent tous les trois assis. Elle a été capturée et emmenée de force par ces créatures, il y a une semaine environ…
- J’en suis désolé
, dit calmement Billy. Pouvez-v…
- Je ne suis pas sûr que vous compreniez
, l’interrompit Mr Florey. Ma Belle-fille a peut-être été tuée, voir même dévorée, par ces créatures. Mon petit-fils n’arrête pas de réclamer sa mère. Et que pouvons-nous lui dire ? Comment lui expliquer ? Il a tout juste 6 ans !

Billy ne répondit pas de suite. L’homme avait des larmes aux yeux, et paraissait particulièrement remonté. Mais ce n’était pas la première personne aujourd’hui à avoir cette réaction. En tout, 17 personnes étaient portées disparues, des hommes, des femmes, des enfants…

- C’est justement pour éviter que ce genre de choses se reproduise que mon équipe est ici, déclara Billy. Nous allons tenter d’en capturer une à notre tour, et trouver un moyen de les tenir éloignées le temps de faire le ménage. Mais nous avons besoin de toute votre collaboration.
- Et vous l’aurez
, répondit l’homme. Demandez-moi ce que vous voulez.

Naomie reprit son calepin dans ses poches et se remit à prendre des notes. L’homme était en train de décrire cette horrible journée où Mary Florey s’était volatilisée quand, brusquement, ils entendirent des cris de détresse depuis la plage. Par la fenêtre, ils virent plusieurs personnes se diriger en courant vers l’école de Poivressel, et Billy interrompit l’interrogatoire pour les rejoindre. En un sens, la chance leur souriait. Une attaque avait lieu en ce moment même.

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L’école de Poivressel avait cet avantage non négligeable d’avoir un morceau de plage comme cours de récréation, au grand plaisir des enfants. Ils passaient leurs récréations à fuir les vagues, à dégringoler de toboggans ou à construire des bâtiments dans le sable, le tout sous la surveillance d’un professeur.

Ce dernier était en train de régler une chamaillerie entre deux petites filles quand la première créature sortit sa tête hors de l’eau. D’autres têtes émergèrent aussi, puis replongèrent rapidement pour se cacher des enfants qui pointaient, déjà, leurs doigts vers elles. Intrigués, ces derniers appelèrent leurs camarades pour qu’ils puissent donner leur avis sur quel Pokémon s’était approché d’eux. Lorsque le professeur eut enfin puni la fautive, il remarqua qu’un grand groupe d’enfants s’était ainsi agglutiné près de l’eau. Ce n’était guère très alarmant, car ils faisaient toujours ça quand ils voyaient un Pokémon dans la mer. Mais, parfois, trop occupés à regarder l’horizon, ils étaient victimes d’une vague plus grande que les autres et finissaient mouillés jusqu’aux os.

Le professeur était en train de se rapprocher d’eux pour les mettre en garde lorsque, soudain, une première de ces créatures surgit de l’eau, les bras en avant, comme pour se saisir d’un enfant tout proche. Le professeur hurla, mais les enfants s’étaient déjà reculés sous la surprise et ceux qui n’étaient pas tombés s’enfuyaient déjà. Heureusement, l’élan n’avait pas été suffisant et la chose s’était tout simplement étalée par terre, dans le sable humide. Mais déjà elle prenait appuie sur ses bras squelettiques pour se relever.

L’instituteur n’en croyait pas ses yeux. La créature qui se tenait debout, le dos voûté et les bras pendants, avait une forme presque humaine. Mais sa peau était recouverte d’une sorte de pelage bleu. Les doigts de ses mains étaient palmés et pourvus de grandes griffes, tout comme ses larges pieds, et il avait à la place de la bouche une sorte de long bec aplati, dont la chair était apparemment à l’air libre. De loin, l’instituteur l’aurait certainement confondu avec un Akwakwak. Mais son regard presque vide et le reste de son visage faisaient penser à une forme humaine, aussi dérangeante soit-elle. La créature poussa un grognement, semblable à un râle, laissant échapper des filets de bave de sa bouche, et tendit un bras vers les derniers enfants qui peinaient à se relever. Voyant que d’autres créatures semblables commençaient à sortir de l’eau à leur tour, l’instituteur se précipita vers ses élèves. Il envoya son Flobio pour distraire les monstres puis attrapa par le poignet les quelques enfants qui restaient, les relevant et leur ordonnant de s’enfuir.

La stratégie fonctionna pendant quelques secondes. Les êtres s’étaient rassemblés autour du Flobio et poussaient des cris, comme pour lui faire peur, agitant leurs larges griffes pour le menacer. Mais lorsqu’ils s’aperçurent que les humains s’étaient mis en fuite, ils détournèrent le regard et se lancèrent à leur poursuite, telle une meute affamée.

L’enseignant et les enfants atteignirent la cafétéria de l’école juste à temps, et l’un de ses collègues, qui avait accouru en entendant les cris, se hâta de fermer la porte à clé. Les créatures se jetèrent sur les vitres, comme si elles ne les avaient pas vues. Les enseignants firent reculer les enfants, tandis que l’un d’eux appelait de l’aide avec son PokéNav. Puis, quand elles commencèrent à frapper violemment sur la glace dans le but de la briser, ils accompagnèrent les enfants vers une autre pièce de l’école, pour se cacher le temps que les secours arrivent.

Il ne fallut guère longtemps avant que ne débarquent quelques citoyens que le corps enseignant avait contactés. Le premier sur place fut le commissaire Balkan, qui avait été le premier averti et qui, par chance, ne s’était pas trouvé fort loin et avec sa moto. Il envoya tout de suite son Elecsprint pour porter main forte au Flobio, qui était resté dehors, mais qui peinait à interrompre les créatures. Le pauvre Pokémon était déjà mal en point. Il avait reçu un coup de griffe sur le visage et attaquait de manière confuse, ne sachant où se trouvaient ses adversaires.

Lorsque l’une d’elle subit une attaque électrique, toutes se tournèrent vers le Pokemon du Commissaire, abandonnant le Flobio en détresse et la vitre. C’était tout juste, car celle-ci était sur le point de céder sous les coups. Sans plus attendre, elles se jetèrent sur Elecsprint, le battant de leurs mains griffues. Le pauvre Pokémon poussa des cris de douleur et le commissaire n’eut d’autre choix que de le rappeler dans sa Ball en voyant jaillir le sang de son ami. Il allait faire appel à un autre de ses Pokémon quand, soudain, il sentit une vive douleur au niveau de la jambe. Il baissa la tête et hurla de terreur.

Une tête, encore une fois presque humaine, sortait du sable. Une sorte de carapace orange-brune la recouvrait presqu’entièrement, mais pas au niveau de la bouche et des yeux. La chose regardait le policier avec un regard de psychopathe tandis qu’il serrait plus fort sa large pince avec laquelle il s’était saisi de sa jambe.

- Celui-là ira ausssssi ! siffla la créatures. Allez, dépêcheeeez!

Comme si elles répondaient aux ordres de la chose enfuie sous le sable, les autres créatures se rapprochèrent du commissaire, tendant les bras, tels des zombies d’un vieux film de science-fiction. Mais avant qu’elles n’aient pu se saisir de lui, un Arbok se dressa devant elles. Grand, intimidant, il faisait bouger sa queue en rythme tout en exposant sa collerette pour paraitre plus grand. Les monstres reculèrent sous la surprise avant de pousser de nouveaux grognements à son encontre, agitant leurs griffes d’un air menaçant. Mais quand d’autres Pokémon furent invoqués aux côtés d’Arbok, un Ningale, un Phogleur et un Galegon, les créatures cessèrent de se manifester. Sans demander leur reste, elles se précipitèrent d’un même mouvement vers la mer. Au même instant, le commissaire, qui était tombé à genoux sous la douleur, sentit la pince le libérer et vit la tête, déformée par la colère, s’enfuir sous le sable, tandis qu’elle proférait un juron.

- Faut qu’on essaye d’en chopper un, Nao ! lança le Major Campbell en faisant signe à son Arbok de suivre les monstres.
- Grmbltenant Fleming, bougonna-t-elle.

Déjà les créatures plongeaient et filaient sous l’eau, bien plus à l’aise en milieu aquatique. Mais l’une d’elle, apparemment blessée au pied par Flobio, boitait derrière. L’Arbok s’enroula rapidement autour de son corps tandis qu’elle hurlait à la mort, avant d’être rejointe par le Ningale du Lieutenant. Ce dernier agitait les antennes d’un air menaçant à l’encontre des deux dernières créatures qui s’étaient interrompues en entendant leur congénère appeler à l’aide. Ces derniers se rapprochaient en grognant, mais ils firent vite demi-tour en constatant que les Pokémon des autres citoyens venus en renfort arrivaient à leur tour.

- Qu’est-ce que c’est que cette chose ? murmura Naomie, hébétée, en arrivant au niveau du monstre, piégé dans les anneaux d’Arbok.
- Aucune idée, lui répondit son supérieur en approchant la tête pour mieux l’observer. J’ai d’abord cru à un Akwakwak, mais ça n’y ressemble pas tant.

Autour d’eux, les citoyens de Poivressel se rapprochaient pour les féliciter d’avoir capturé une des créatures. Le commissaire Balkan, soutenu par une jeune femme et un homme d’une quarantaine d’année, leur lança les plus vifs remerciements.

- Si vous n’étiez pas arrivés à temps, ces monstruosités m’auraient certainement embarqué à mon tour ! Je vous dois une fière chandelle.
- Ravi de savoir qu’elles n’ont kidnappé personne cette fois-ci
, lança Billy. Je suis le Major Campbell et voici le Lieutenant Naomie Fleming.
- Enchanté
, lança Balkan en accordant un regard assez insistant sur la tenue du Major. Vous avez besoin d’aide pour tuer la bête ?
- La tuer ?
répéta Billy en fronçant les sourcils.
- Ces sales créatures sont responsables de bien des choses, Major, continua le commissaire. Elles ne méritent que ça.
- Hé bien, je ne pense pas la même chose que vous, shérif
, répliqua Billy d’un ton contrarié. Mon équipe doit d’abord l’identifier et l’analyser convenablement, avant que tout autre mal ne lui soit fait.

La bonne humeur du sauvetage fit place à la consternation des citoyens. Ils se mirent à huer les militaires tandis que ces derniers, à l’aide d’Arbok, emmenaient la créature. Naomie, stupéfaite de leur réaction, ne cessait de jeter des regards derrière elle, tandis que son supérieur marchait droit devant.

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Un peu plus loin, à quelques centaines de mètres à l’ouest, les créatures sortaient à nouveau de l’eau pour regagner la plage d’une petite ile. Silencieuses, elles avançaient calmement vers l’ancienne usine désaffectée qui, autrefois, justifiait la présence de l’homme sur l’ile. Mais depuis son abandon quelques années auparavant, l’ile ne recevait quasiment plus aucune visite de la part de la race humaine, et l’état de détérioration des murs de l’Usine en témoignait.

Pourtant, et depuis quelques semaines, la vie grouillait à nouveau là-bas. Mais il s’agissait là une forme de vie dont la Nature n’était pas entièrement responsable.

À la suite des créatures bleues, celle qui avait attrapé le commissaire par la jambe émergea à son tour. L’entièreté de son corps était recouverte de cette étrange carapace qui le faisait se mouvoir avec lenteur. Presque obligé de marcher à quatre pattes, il traînait par terre ses bras qui se terminaient par de larges et puissantes pinces, laissant les traces de leur passage dans le sable.

A l’entrée de l’usine, une autre créature se tenait là. De par son visage féminin et aux longs cheveux, elle semblait plus proche de l’être humain que les autres, mais son corps était tout autant recouvert du même pelage bleu. Elle n’avait pas de bec, et seuls ses pieds semblaient palmés. Contrairement aux autres, qui étaient complètement nues, celle-ci portait une sorte de short troué à plusieurs endroits, ainsi qu’un vieux T-shirt qui, autrefois, avait dû être blanc. Sans adresser un regard aux créatures qui lui ressemblaient, elle agitait la main en direction de celle qui était munie de pinces.

- Jimmy ! Hey ! lança-t-elle d’une voix parfaitement normale. Tu as réussi, dis ?
- Réusssi ?
répliqua le dénommé Jimmy dans une sorte de sifflement. Les enfants étaient parvennnnnnus à sssss’enfuir avant que je n’arrive ! J’ai failli avoir le commissss…
- Tu ne l’as pas eu, alors ?
l’interrompit-elle d’un air peiné. Je vois…

Elle se détourna et rentra à l’intérieur, sans plus se soucier de Jimmy qui lui demandait de l’attendre. Elle avait le regard sombre et semblait plongée dans ses pensées. Puis elle s’arrêta brusquement et fit volte-face. Elle se mit à courir, bouscula presque Jimmy, puis se jeta dans l’eau, prête à nager jusque Poivressel. Depuis une fenêtre de l’Usine, Léo et le Docteur Vygotsky la regardaient partir, sans qu’ils ne lui aient rien demandé. Léo avait attrapé son Pokématos, mais le Docteur l’interrompit d’un geste de la main.

- Ne vous inquiétez pas, Léo, dit-il avec un large sourire confiant. Elle sera vite de retour. Inutile de troubler notre planning.

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Mr Archibald, un ingénieur naval renommé, avait gracieusement prêté ses bureaux aux membres de l’équipe de la Police Internationale. Il avait profité de l’occasion pour aller avec ses associés s’occuper du Marina, une de leur création du temps où Archibald n’était encore que second de l’équipe. Par conséquent, Elodie et Isaac pouvaient travailler tranquillement, sans risque de se faire déranger. L’ingénieure avait tôt fait de fabriquer quelques exemplaires de bombes à ultrasons, de petits boitiers qui dégageaient des vibrations de l’air dont Isaac pouvait régler la fréquence à distance avec son ordinateur. Comme l’oreille humaine n’était pas capable de distinguer les sons au-dessus de 20 000 Hertz environ, le but était de provoquer un ultrason dérangeant pour les créatures mais imperceptible pour l’homme. La technique n’était pas nouvelle, et Elodie l’avait déjà testée à plusieurs reprises pour empêcher des Pokémon intrusifs d’entrer dans un certain périmètre. Le tout était de trouver la bonne fréquence.

C’était la première chose qu’ils avaient testée lorsque Billy et Naomie avaient débarqué avec l’une des créatures. Ils l’avaient attachée à un lit avec des sangles solides et fait plusieurs tests. Ils en étaient rapidement arrivés à la conclusion que sa perception auditive était fort proche de celle de l’homme. Néanmoins, elle réagissait tout de même à des ultrasons légèrement plus fort que le maximum dont est capable l’oreille humaine. Ils n’avaient donc eu qu’à régler leurs « bombes » et leur travail était déjà terminé. Aldebert, au contraire, allait devoir s’y mettre plus sérieusement.

Le Professeur Caul devait étudier la créature pour en déterminer les origines. Même attachée avec des sangles, celle-ci restait capable de mordre ou même de griffer si l’on ne faisait pas attention. Par conséquent, Chapignon l’avait endormie avec ses spores et restait sur le qui-vive pour la surveiller, tandis qu’Aldebert l’examinait de partout, prélevant parfois des morceaux de peau ou de poils pour les étudier au microscope.

Le Major et le Lieutenant n’étaient pas restés très longtemps. Ils devaient encore récolter quelques témoignages et demander des précisions aux instituteurs à propos de l’attaque pour laquelle ils étaient intervenus. Elodie, n’ayant plus rien à faire, étaient donc retournée à son entrainement, sous la surveillance d’Isaac.

Elle était donc assise à une table. Sur celle-ci, il n’y avait qu’un simple verre rempli d’eau, que l’ingénieure fixait avec insistance. Elle semblait très concentrée, et Isaac faisait de son mieux pour ne pas faire de bruit. Son regard passait de sa sœur adoptive au verre, comme s’il attendait quelque chose. Enfin, au bout de quelques instants, le verre se souleva de quelques centimètres, comme attrapé par une main invisible. Il tremblait légèrement, mais pas au point que l’eau en sorte. Il s’avançait, lentement, vers Elodie. Après quelques secondes, Elodie tendit la main et attrapa le verre sans qu’il ne retombe et poussa un grand soupir de soulagement.

- Tu y arrives de mieux en mieux, lui sourit Isaac.
- Ce serait dommage que je régresse, non ? fit remarquer l’Ingénieure en lui rendant son sourire. Bon, par contre, c’est pas encore très impressionnant.
- C’est vrai que je t’ai déjà vue faire mieux
, plaisanta son frère.
- Ho arrête, on est même pas sûrs que c’était moi…

Elle but une gorgée puis déposa le verre, l’air soucieuse. Elle avait commencé à exercer ses dons de télékinésie depuis quelques mois seulement, mais elle faisait de grands progrès. Selon Aldebert, seul un très faible pourcentage de la population mondiale était capable de déplacer des objets avec la force de son esprit, et cela réclamait un apprentissage particulièrement long. C’était un pouvoir qui devait être inné chez leurs ancêtres, mais que l’évolution avait fait taire au fil des générations. Pourtant, Elodie se montrait très précoce comparé à ce qu’ils disaient dans des livres qu’elle avait lus sur le sujet. Aldebert et Isaac avaient beau lui dire que ses origines n’avaient rien à voir là-dedans, elle en doutait un peu, toujours un peu tourmentée à ce propos. Mais pourtant, elle voulait à tout prix voir de quoi elle était capable. Jusqu’où son potentiel pouvait la mener.

On frappa aux portes du chantier naval. Isaac se leva d’un bond pour aller ouvrir, mais Stephen fut plus rapide. Devant l’encadrement de la porte, il vit deux hommes, un âgé et un plus jeune, ainsi qu’un petit garçon qui devait avoir six ans environ.

- Mr Florey ? s’étonna l’écrivain. Je peux vous aider ?
- Nous sommes simplement venus apporter notre soutien à vos recherches, ainsi que nos remerciements
, lança le grand-père.
- Ho, hé bien, ne restez pas là, entrez ! les invita Stephen en tendant le bras. Ce sont les propriétaires de la Maison du Bord de Mer, et le PDG de l’entreprise Soda Cool, lança-t-il en voyant le regard interrogateur d’Isaac.
- Ha, c’est Aldebert qui va être tout fou, alors, répondit Isaac.
- Nous avons cru comprendre que vous appréciez le Soda Cool, alors on vous a apporté quelques bouteilles, lança Valentin Florey, le barman, en montrant un bac de bouteilles qu’il portait.
- Al’ en sera ravi, répondit Stephen.
- Le Major n’est pas là ? demanda le grand-père en tenant son petit-fils par les épaules. Justin voulait le remercier d’être intervenu, tout à l’heure.
- Il ne devrait plus tarder
, lança Isaac. Mais venez donc, je vais prévenir Aldebert, ça lui donnera l’occasion de faire une pause.

Il alla chercher le Professeur, qui parut bien embêté d’être interrompu alors qu’il s’apprêtait à mettre un sucre dans sa bouche. Mais lorsqu’Isaac lui expliqua la situation, il abandonna sa drogue près de l’évier et accourut sans prendre la peine d’enlever son tablier, qui était parsemé de la salive gluante de la créature.

Ils s’installèrent à une table, y déposèrent le bac de Soda, et les Florey les assaillirent de questions sur leur travail dans la Police internationale. Stephen dût intervenir à quelques reprises pour empêcher son ami de dévoiler des informations censées rester secrètes, puis Elodie proposa au jeune Justin, qui manifestement s’ennuyait un peu, se contentant de jouer avec une photo, de venir voir avec elle les coulisses du Chantier Naval, et toutes les maquettes de bateaux qui s’y trouvaient. Ce n’est que quelques minutes plus tard que les deux militaires revinrent de leur patrouille en ville.

- Ha, Billy ! s’écria Aldebert en voyant débarquer le Major. Justement, je vous attendais pour faire mon rapport préliminaire.
- Ha, parfait
, soupira Billy en attrapant une des chaises qui restaient et de s’y étaler de tout son long, sous le regard acerbe de Naomie. J’avais justement pas envie de faire un break.
- Je vais chercher Justin
, lança Mr Florey fils en se relevant. Il veut vous remercier tous les deux pour tantôt.

Naomie rougit à l’idée de recevoir des remerciements. Elle n’en avait encore jamais eus en tant que militaire. Mais en remarquant qu’encore une fois il ne restait qu’une place à côté de Stephen, celle qu’Elodie avait libérée, elle prit une teinte cramoisie et baissa la tête pour éviter qu’on le remarque, restant plantée derrière, au garde à vous.

- Alors, Aldebert, quoi de neuf du coup ? demanda Billy en décapsulant une bouteille de Soda. Vous avez trouvé quoi ?
- Hé bien, vous avez certainement remarqué que Donald ressemblait beaucoup à un Akwakwak.
- Donald ?
répéta Mr Florey en fronçant les sourcils.
- C’est le petit nom qu’Al’ lui a donné, précisa Isaac.
- Donc, j’ai voulu voir si le rapprochement avec ce Pokémon et Donald était fondé, et en analysant ses poils et sa salive, j’en suis arrivé à une conclusion parfaitement étonnante. Donald possède deux ADN.
- Deux quoi ?
demanda Billy.
- Voyons, on t’en a déjà parlé, le gronda Isaac. C’est une sorte de carte d’identité de ton corps, avec toutes les informations qui te concernent. Sauf que chez les êtres vivants normaux, il n’y a qu’un seul ADN.
- Donald a deux ADN tout-à-fait différents. Un ADN d’Akwakwak, et un ADN humain. En vérité, chaque partie de son corps a un ADN particulier et pas l’autre, mais, techniquement, ce genre de cas est impossible, et devrait entrainer la mort de l’individu, car les ADN se rejetteraient les uns les autres. Pourtant ici le phénomène de rejet est comme ralenti, au point que le corps fonctionne normalement ou presque.
- Et comment vous expliquez ça ?
demanda Billy d’un air préoccupé.
- Je … Je ne sais pas, dit Aldebert d’un ton hésitant. C’est possible avec des traitements adéquats, mais ce n’est peut-être pas la seule solution. Tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas naturel. Il ne s’agit pas de bêtes greffes comme les Chimères que certains confrères ont déjà tentées de créer par le passé. Donald a été créé artificiellement. Et c’est sans doute le cas des autres Chimères. Reste à savoir comment…
- Donc, il y a quelqu’un derrière ces créatures
, conclut Stephen d’un air sombre.
- Vous voulez dire que quelqu’un a orchestré les attaques de Poivressel par ces… ces choses ? s’exclama Mr Florey d’un air de révolte.

Ils se tournèrent vers lui et Naomie plaqua sa main devant sa bouche. Le Professeur venait de délivrer des informations censées rester top secrètes alors qu’un civil était présent ! Elle regarda les autres membres de l’équipe, qui toutefois ne semblaient pas manifester le même embarras qu’elle.

- Ne vous inquiétez pas, Mr Florey, nous allons vite découvrir qui est derrière tout cela, répondit le Major d’un ton assuré. Mais av…

Il s’interrompit. Son Pokématos s’était mis à sonner dans sa poche. Il soupira profondément et l’attrapa.

- Ha, une autre attaque détectée… murmura-t-il comme s’il avait perdu toute joie de vivre. Génial… Trois individus…
- C’est l’occasion de voir l’effet de notre Bombe à ultrasons !
s’écria Isaac avec entrain.
- Ha, parce que vous l’avez terminée ? demanda Billy, soudain de meilleure humeur.
- Elodie en a fabriquées quelques-unes, à disposer dans des coins stratégiques de la ville, confirma Isaac. Je viens avec vous pour la tester.
- J’avoue que je suis curieux de voir ça…
lança Mr Florey. Ça ne vous dérange pas si … ?
- Non, venez !
s’écria Billy avant que Naomie n’ait le temps de manifester sa désapprobation à ce qu'il soient accompagnés d’un civil de cinquante ans passés. En plus, vous pourrez nous guider, je ne sais déjà plus où se trouve le Marché !
- Suivez-moi, alors !
lança le PDG du Soda Cool en se relevant.

Il se mit à courir, suivi de Billy, Naomie et Isaac, qui transportait la fameuse bombe à ultrasons. En voyant sortir Mr Florey, la Chimère, cachée sur le toit d’une maison, sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Mais elle devait encore rester cachée. A l’affut de ses proies.