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Unpuis deux puis trois puis.... STOP

Amateur de théorie, lui-même théoricien à ses heures perdues.

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Posté à 09h20 le 21/02/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’An 24 après Dieu, l’année de la famille



D'après Albert Einstein :
Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu'il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau.


Océane et Corentin Ross observaient avec anxiété leur fille discuter avec le Dr Vygotsky. Âgée d’à peine huit ans, la petite fille répondait au nom d’Elodie. Elle avait des yeux bleus étincelants et des cheveux rose bonbon, qui étaient coiffés en deux longues tresses. Elle portait un T-shirt lui aussi rose, sa couleur préférée, surmonté de motifs de Rondoudou, ainsi qu’un short, souillé d’une tache d’huile encore récente. Mélo, son Pokémon qu’elle avait reçu pour son 6ème anniversaire, n’était jamais très loin d’elle.

Le Dr Vygotsky, lui, était d’un homme entre la trentaine et la quarantaine. Il était d’une taille modeste et un peu grassouillet, mais pourtant, à chacune de ses visites, les Ross se sentaient impressionnés par cet étrange petit homme. Il était toujours impeccablement habillé d’un costume d’un blanc immaculé, ainsi que d’une cravate dorée. Il portait aussi une paire de lunettes dont les verres n’étaient jamais sales et que le Dr entretenait avec soin. Seuls ses cheveux bruns et gras mal coiffés entachaient le tableau de cet homme dont le sérieux et les compétences se faisaient remarquer d’un seul coup d’œil.

Ces deux personnages que tout pourrait opposer d’un premier abord se faisaient face, assis sur de petites chaises d’une salle de jeu que l’enfant occupait plusieurs heures par jour. Depuis une vitre qui donnait sur le couloir, ses parents pouvaient voir ce qu’il s’y passait. Cependant, il leur était impossible d’entendre ce que disait le Dr Vygotsky, qui prenait des notes sur un calepin tout en adressant de grands sourires rassurants à l’enfant.

D’habitude, les Ross ne restaient pas nécessairement devant ces vitres à regarder sans rien faire et continuaient leurs activités habituelles, cuisine, jardinage, bricolage, etc. En effet, ils avaient depuis longtemps cette habitude des visites du Dr Vygotsky, puisque celui-ci passait chez eux une fois toutes les deux semaines, et ce depuis le 4ème anniversaire d’Elodie. Son entrevue avec leur fille durait habituellement 30 à 40 minutes, après quoi il glissait parfois un petit commentaire aux parents pour régler certaines situations. Il devait ensuite les quitter pour se rendre dans une autre famille du Programme.

Mais s’ils étaient restés présent cette fois-ci, c’était pour un cas très spécial. En effet, les Ross avaient décidé d’adopter un second enfant du Programme. C’était au Dr Vygotsky que revenait la décision finale pour l’adoption et, s’il avait la moindre crainte au sujet de l’éducation d’Elodie, il serait largement en mesure de briser leurs rêves en éclat.

Cet entretien avec Elodie dura finalement un peu moins d’une heure. Lorsque le Dr quitta la pièce, laissant la petite fille s’amuser avec Mélo et différentes Poképoupées, il emporta avec lui quelques feuilles parsemées de notes et ce qui semblait être un dessin fait par Elodie. A peine eut-il franchit la porte que Corentin et Océane se plantèrent devant lui, avec la même tête qu’un étudiant peu confiant attendant les résultats de ses examens.

- Alors, Docteur ? demanda Océane d’une voix tremblotante. Vous avez pris votre décision ?
- Pas encore, madame Ross
, répondit-il avec un grand sourire, exposant ses dents parfaitement blanches.
- Il y a quelque chose qui cloche ? intervint Corentin, les bras croisés.
- Globalement, je suis très content de vous, répliqua Vygotsky en se dirigeant vers la cuisine, le couple s’écartant rapidement pour le laisser passer. Vous avez suivi toutes les étapes du Programme à la lettre.
- Vous nous aviez donné des consignes très claires
, fit remarquer Océane avec un brin de flatterie dans la voix.
- Evidemment, lança le Docteur d’un air enthousiasmé. Il est hors de question d’accepter le moindre écart au Programme, sinon au prix d’un échec complet de tous nos investissements ! Et aucun de nous ne voudrait voir le Programme aboutir à un autre résultat que celui attendu.
- Votre avis serait donc plutôt favorable ?
demanda Corentin en souriant.
- Plutôt, oui… susurra Vygotsky une fois dans la cuisine en attrapant la cafetière comme s’il était chez lui. Si Elodie est bien ancrée dans le Programme, je ne vois aucune raison de vous refuser un second enfant qui, de plus, profitera de la future passion d’Elodie pour lui-même suivre le Programme.

Le Dr Vygotsky attrapa une tasse dans la commode et la remplit de café, préparé quelques minutes avant par Océane en prévision des envies du Docteur. Les Ross, quant à eux, étaient aux anges et Corentin serrait sa femme contre son épaule, tout en lui adressant de grands sourires de joie.

- Cependant… lança subitement Vygotsky en redéposant la tasse violemment contre le plan de travail de la cuisine, ramenant ainsi le couple à la réalité. Il y a tout de même un léger problème à régler assez vite, sous peine d’un refus catégorique de ma part.
- Quoi ?
s’indigna Corentin. Mais à l’instant, vous disiez …
- Je disais que je voulais à tout prix que les enfants du projet ne s’écarte pas d’un centimètre du Programme que j’ai concocté pour eux
, l’interrompit Vygotsky. Or, il se trouve que, depuis ma dernière visite, il y a eu un petit incident qui pourrait vite dévier Elodie du droit chemin.
- De quoi s’agit-il ?
demanda Océane après avoir déglutit, le visage soudainement défait.
- Lorsque j’ai demandé à Elodie de me dessiner un moment de ses derniers jours qu’elle a apprécié, voici ce qu’elle m’a montré, répondit le Docteur en dépliant le dessin qu’il avait emporté de la salle de jeu.

Corentin Ross saisit le dessin avec prudence, comme si le papier allait le mordre. Il s’agissait d’un dessin représentant 3 personnages grossièrement dessinés que le père reconnut de suite. Le plus petit la représentait. Elle s’était dessinée tout en rose, avec un grand sourire violet. Elle tenait une sorte de grand tournevis, dont les proportions avaient été très exagérées. Il était là, lui aussi, séparé d’elle par une masse bleue de forme carré. Il était bien plus grand et ressemblait un peu à un Qulbutoké, si ce n’est la tête. Enfin, sa femme Océane était aussi là, un peu à l’écart, tout en rose elle aussi. Une petite chose rose indescriptible aux pieds d’Elodie devait être Mélo, pensa-t-il. Les personnages n’avaient ni nez, ni oreilles.

- Je ne comprends pas, dit-il après l’avoir attentivement observé, sceptique, en tendant le dessin à sa femme.
- Vous savez surement à quel évènement ce dessin se rapporte, Mr Ross ? demanda Vygotsky d’une voix doucereuse en plissant les yeux.
- Moi je ne vois pas, dit Océane en retournant le dessin dans tous les sens.
- Ce ne serait pas la réparation de la voiture ? proposa son mari.
- Oui, en effet, le grand rectangle au milieu est votre voiture, tombée de panne samedi dernier, n’est-ce pas ?
- C’est ça
, confirma Corentin, perplexe. Elodie m’a aidé en me passant les outils dont j’avais besoin.
- Et c’est une grave erreur, Mr Ross,
poursuivit lentement Vygotsky.

Corentin et Océane cessèrent de regarder le dessin. Ils fixaient le Docteur avec un air à la fois interdit, intrigué et mal à l’aise. L’homme les regardait tout en souriant d’un air très sûr de lui. Manifestement, ils ne comprenaient pas, aussi allait-il devoir leur expliquer.

- Vous savez, je suis un spécialiste reconnu de l’évolution psychologique de l’enfant. Je me considère parfois comme une de ces prétentieux diseuses de bonne aventure, car je serai capable de tracer le parcours type d’un individu, rien qu’en observant en détail sa vie et ses secrets, et ce dès sa tendre enfance. Sauf que moi, Monsieur Ross, je ne suis pas un charlatan. C’est pour ça qu’on m’a confié les commandes du Programme, que j’ai moi-même largement contribué à écrire. Je sais que tous les détails de la vie d’un enfant comptent, même les plus insignifiants. Je suis aussi conscient que le Programme n’est pas infaillible, car il n’y a rien de plus difficile à maitriser que l’esprit humain. Votre fille fait partie de cette Première Génération et leur aboutissement ne doit comporter aucun échec.

Il s’interrompit un instant, le temps de se resservir du café. Les Ross continuaient de le regarder, incapables de prononcer le moindre mot, ni même de bouger, comme intimidés par cet homme un peu gras qui clamait sa bonne parole sous leur toit.

- Tout événement peut marquer l’enfant et le dégouter à vie de certaines choses, tout comme il peut aussi faire naitre une passion que l’enfant embrassera par la suite. C’est entre autre pour cela que, dans quelques mois, nous entrerons dans une des phases les plus importantes du Programme, afin de faire naitre cette fameuse Passion dans le cœur d’Elodie. Mais il ne faudrait pas qu’autre chose entre en concurrence…
- Mais enfin, qu’est-ce qui pourrait « entrer en concurrence » comme vous dites ?
demanda Océane, l’air un peu agacé.
- La réparation de votre véhicule et la journée qu’elle a passée ce jour-là a beaucoup plu à Elodie, précisa Vygotsky. La preuve en est qu’il s’agit du premier évènement qui lui est venu en tête quand je lui ai demandé de me raconter ses derniers jours en dessin. Et elle risquerait de vouloir ainsi devenir bricoleuse ou mécanicienne, ou tout autre profession du style.
- Est-ce vraiment un problème ?
questionna Corentin. Je veux dire, tant qu’elle fait quelque chose qu’elle apprécie, pourq…
- Je vous rappelle, Mr Ross
, l’interrompit subitement Vygotsky. Que vous avez signé un contrat très précis. Elodie pourrait bien vous être retirée si j’en venais à la conclusion que vous l’éloigniez du Programme d’une quelconque manière. Ce ne sont pas des ingénieurs, des architectes, des vendeurs ou même des dresseurs que nous voulons, à terme, obtenir. Mais bien des infirmières pour les Centres Pokémon. Une situation stable, prestigieuse même, qui garantira à Elodie de vivre une très belle vie. Car nous aurons fait en sorte que ce soit ce qu’elle a toujours voulu.

Ils restèrent un instant silencieux. Le couple était tourmenté de milles questions et de quelques indignations, mais ils n’osaient rien dire. Aucun mot ne sortait de leur bouche. Le Dr Vygotsky leur faisait bien trop peur pour cela. Cet homme, malgré son physique grassouillet, les impressionnait tant par sa prestance, son assurance, mais aussi et surtout par le pouvoir qu’il disposait. Il lui suffisait de quelques papiers pour réduire en miette toute la vie qu’ils avaient construite depuis qu’ils avaient rejoint le Programme. Il avait le droit de vie et de mort sur les liens qui les unissaient à Elodie, l’enfant qu’il leur avait confié dans le cadre du programme. Mais il était aussi capable de leur offrir ce deuxième enfant que les parents désiraient tant. Mieux valait donc ne pas le contrarier, rentrer dans le moule, faire profil bas…

- Je repasserai d’ici une semaine, annonça Vygotsky. Le cas d’Elodie me parait très préoccupant, même s’il peut s’agir que d’une passion passagère. Aussi, s’il n’y a pas de changement, je préparerai quelques consignes à suivre pour la ramener dans le Programme, comme les autres.
- Et pour ce qui est de notre demande d’adoption ?
se risqua Océane.
- De petits accidents comme celui-ci arrivent, répliqua Vygotsky d’un air rassurant. Vous avez jusqu’ici suivi à la lettre le Programme, je ne doute donc pas de vos compétences pour élever un second enfant. Cependant, je réserve ma décision pour ma prochaine visite. A très bientôt !

Et sans rien ajouter de plus, il se dirigea vers la sortie, ouvrit la porte et se dirigea vers une grande voiture noire. A l’intérieur, un chauffeur en train de fumer un cigare l’attendait en lisant le journal. Aucun d’entre eux ne semblait avoir aperçu le journaliste caché dans un arbre aux côté d’un Boustiflor qui le retenait de sa liane pour ne pas tomber. Ce dernier prit plusieurs clichés, autant du Dr Vygotsky que du couple, en n’oubliant pas de photographier la voiture.

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Aldebert s’était enfermé dans la cave du 18, Rue du Piafabec, seul avec son Chapignon. C’est là-bas qu’il avait installé son petit laboratoire personnel, qui comprenait plusieurs machines dédiées aux analyses, ainsi que quelques dispositifs de sa propre invention. Devant chaque bureau et machine, il y avait une chaise à roulettes. Il avait aussi installé un petit coin de détente, avec un lit confortable, à l’écart du reste du matériel. Étrangement, ce lit était aussi doté de sangles solides. On y trouvait aussi deux grands frigos, l’un réservé pour les expériences du scientifique et l’autre à ses Sorbet et Soda.

Il était penché sur un échantillon de Spore qu’il manipulait avec précaution dans une éprouvette. A l’aide d’une pipette, il comptait le nombre de goutte de sirop qu’il y ajoutait. Il avait presque finalisé la solution acide qu’il préparait et avait hâte de la tester. Chapignon, lui, semblait un peu mécontent de son dresseur, mais ne se manifestait pas pour autant. Enfin, Aldebert se releva de sa chaise, l’air très excité. On aurait dit un enfant devant ses cadeaux d’anniversaires. Il tenait son expérience comme s’il s’agissait d’un objet particulièrement fragile, tout en se dirigeant vers son coin détente.

Mais avant qu’il n’aie pu l’atteindre, quelqu’un frappa à sa porte. La surprise faillit lui faire renverser l’éprouvette. Il jura, hésita quelques secondes, puis déposa l’éprouvette à l’écart, dans une petite armoire prévue à cet effet, tout en criant qu’il arrivait. Avant d’aller ouvrir, il repassa rapidement à son laboratoire et rangea à la va-vite des flacons. Enfin, quand il fit tourner la clé, il tomba nez à nez avec Isaac, alors âgé de 24 ans, Stephen Shelley et un dernier homme qu’il ne connaissait pas.

- Al’, commença Isaac, je sais que tu ne voulais pas être dérangé, mais Steph et ce gars disent que c’est important…
- Je pense que ça devrait énormément t’intéresser
, confirma l’écrivain avec un clin d’œil. Je te présente Jules Assange, un ami à moi, reporter à Planète Infos.
- Anciennement
, précisa celui-ci avec une pointe d’irritation dans la voix. C’est un plaisir pour moi de vous rencontrer, Mr Caul, mais pouvons-nous entrer ? L’encadrement de cette porte est assez étroite et franchement pas très commode…
- Heu, nous serons peut-être mieux installés à l’étage
, bredouilla Aldebert. Il n’y a pas tant de places ici, et, pour tout vous dire, je préfère de loin discuter dans les fauteuils du salon plutôt qu’adossé à ces chaises !

Il eut un petit rire nerveux qui fit hausser les sourcils d’Isaac. Alors que l’écrivain et le journaliste faisaient déjà demi-tour, le jeune homme jeta un bref coup d’œil à l’intérieur du laboratoire, l’air suspicieux. Aldebert, fuyant son regard, lui fit signe de se bouger pour le laisser passer et ils se dirigèrent sans un mot à l’étage supérieur.

Une fois dans le salon, Aldebert observa un peu plus attentivement cet homme qu’il ne connaissait pas. Jules Assange était un homme dans la trentaine. Il était un peu plus petit que Stephen et portait une veste brune parsemée de tâches et de quelques trous. Son pantalon, brun lui aussi, était dans le même état. Il avait le visage fatigué mais aussi très sérieux. Il semblait regarder son hôte avec la même attention que celui-ci, comme s’il attendait quelque chose de particulier de sa part. Isaac lui montra les fauteuils, mais il refusa de s’asseoir, prétextant qu’il préférait rester debout.

- Alors, commença Aldebert avec appréhension en s’asseyant. Que puis-je pour vous, Mr Assange ?
- J’aimerai vous poser quelques questions, Professeur Caul
, répondit celui-ci.
- Une sorte d’interview ? demanda Aldebert avant de se tourner d’un air mécontent vers Isaac et Stephen. C’est-à-dire que je n’aime pas trop être sous le feu des projecteurs…
- Il ne s’agit pas de cela
, le rassura Jules Assange. Voyez-vous, j’ai été renvoyé de Planète Infos il y a déjà quelques mois pour avoir rédigé un article compromettant pour le Gouvernement de l’Etat de Kalos…
- Une histoire d’argent
, précisa Stephen Shelley en voyant son ami froncer les sourcils d’un air interdit. Ça a fait un peu de bruit à l’époque, mais ils ont vite étouffé l’affaire, et Jules a été renvoyé.
- Je ne vois pas de rapport entre cette affaire et moi
, commenta Aldebert.
- Il n’y en a aucun, je vous rassure, répondit le journaliste. Non, j’ai tourné la page en découvrant quelque chose de bien plus intriguant que quelques magouilles politiques de nos Ministres…
- Si vous voulez mon avis, vous mêler des affaires de l’Etat ne vous apportera que des ennuis…
glissa Aldebert. J’en sais quelque chose…
- Sauf que je crois que cela n’a rien à voir avec l’Etat… Professeur Caul, que pouvez-vous me dire sur les expériences de l’Ile Neuve ?

Un grand silence s’installa. Isaac, Stephen et Jules avaient les yeux fixés sur Aldebert, qui semblait très surpris par la question qu’on lui posait. Il poussa un long soupir et se redressa sur le fauteuil.

- Je ne suis jamais allé sur place… Mais l’ancien propriétaire de cette maison était en quelque sorte mon informateur sur ce qu’il s’y déroulait…
- Et est-il vrai qu’ils travaillaient essentiellement sur le Clonage ?
demanda Jules.
- Oui… répondit Aldebert après un moment de silence. Oui, ils y ont cloné quelques Pokémon et ils ont tenté de faire de même avec …
- Avec des êtres humains ?
l’interrompit le Journaliste.

A nouveau, Aldebert ne sut quoi répondre. Il s’apprêtait à parler de Mewtwo, le Pokémon qui, vraisemblablement, avait réussi à détruire toute l’île après que Millstein l’ait libéré… Aldebert avait longtemps cherché à savoir ce qu’il était advenu de ce Pokémon et du jeune scientifique, mais il n’avait jamais trouvé le moindre indice. Alors, évidemment, il pensait que c’était de ce sujet que voulait lui parler Assange. Visiblement, il s’était trompé.

- Ils ont essayé, en effet, confirma Aldebert. Mais leur tentative a été sabotée par mon agent sur place…
- Et tu crois qu’ils auraient pu récidiver autre part ?
demanda Stephen, l’air mal à l’aise.
- Techniquement, c’était un échec… Mais rien ne nous dit qu’ils n’ont pas essayé, oui…
- Et à grande échelle ?
l’interrogea le journaliste.
- A grande échelle ? répéta Aldebert en écarquillant les yeux. Qu’entendez-vous par là ?

Jules Assange sembla hésiter quelques secondes. Il adressa un regard interrogateur à Stephen qui hocha de la tête. Il poussa ensuite un grand soupir et fouilla dans la poche de son pantalon pour en sortir une photo. Il s’approcha d’Aldebert et la lui tendit. Isaac se leva à son tour, curieux, pour venir observer la photographie avec son père adoptif. Tous deux la fixèrent longuement, leur visage mêlant fascination, étonnement et indignation. Dessus, il y avait en tout une vingtaine de couples, mais surtout le même nombre de petites filles, qui avaient exactement le même visage et portaient des habits fort semblables.

- Où avez-vous eu ça ? demanda finalement Isaac sans quitter l’image des yeux.
- Je l’ai volé dans la maison d’un des couples que vous voyez. La photo a été prise lors d’un rendez-vous annuel entre tous les ménages de Kanto faisant partie de ce qu’ils appellent le « Programme ». J’ai réussi à localiser quelques-uns de ces foyers. Ces enfants sont trop identiques pour que cela soit un hasard, vous ne croyez pas ?
- C’est toujours possible
, répondit Aldebert dans un souffle. Mais pareille coïncidence relèverait d’un hasard assez peu vraisemblable…
- J’enquête sur cette histoire depuis plusieurs semaines
, continua Assange. Et j’ai besoin de quelqu’un comme vous…
- Moi ?
s’étonna Aldebert en relevant la tête. Mais pourquoi ?
- Vous êtes un scientifique renommé. J’ai essayé de les aborder de différentes manières, sans succès, mais je sais qu’ils ouvrent toujours leur porte à un certain Dr Vygotsky. Peut-être qu’ils parleront avec un autre scientifique, non ?
- Je… je ne pense pas qu’il s’agisse là d’une bonne idée…
bredouilla Aldebert.
- Professeur, d’après ce que j’ai appris, ce couple s’apprête à adopter un enfant supplémentaire auprès de ce fameux Programme. C’est une occasion unique pour comprendre un peu mieux comment celui-ci fonctionne. On ne peut pas laisser passer cette chance !
- Et si vous vous trompiez ?
demanda Isaac en volant à la rescousse d’Aldebert, qui semblait désemparé. Vous n’avez pas à mêler Al’ à ça. Peut-être que c’est moins grave qu’il n’y parait et qu’il n’y a pas de clone…
- A vrai dire, cette dernière idée n’est pas de moi
, avoua Assange. Je ne savais même pas qu’il était possible de cloner un être vivant. Mais quand j’ai montré la photo à Stephen, il m’a amené ici.
- Stephen !
soupira Aldebert, apparemment agacé et soulagé à la fois. Tu t’es encore laissé déborder par ton imagination, c’est ça ?
- Peut-être
, avoua l’écrivain. Mais ce que l’on ne t’a pas dit, c’est que, grâce à une photo prise par Jules et à mes relations dans le Gouvernement, nous avons réussi à prouver que la voiture que ce Dr Vygotruc utilisait appartenait à un laboratoire privé du nom de Chronos.
- Et alors ?
demanda Isaac en haussant les épaules.
- Et alors, après quelques recherches sur l’ordinateur de ma femme, j’ai appris que Chronos appartenait à la Sylphe Sarl, et avait été fondé la même année que cette histoire avec l’Ile Neuve.

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Corentin et Océane Ross étaient silencieux depuis près de 5 minutes. Ils étaient assis à la table de leur salle à manger, face au Professeur Caul, qui dégustait une gaufre au sucre faite la veille par Elodie et sa mère. La petite fille en question était dans sa salle de jeu, en compagnie d’Isaac. Ils n’avaient jusqu’alors fait que se présenter brièvement et les deux parents semblaient très tendus.

- Elles sont succulentes, commenta Aldebert. Vous n’auriez pas du Soda ?
- Si, bien sûr, je vais vous chercher ça, répondit Océanne en se levant.
- Si je puis me permettre, Professeur Caul, pourquoi n’est-ce pas le Dr Vygotsky qui vient nous voir ? demanda Corentin, l’air intrigué. Nous avons eu quelques fois son assistant, lorsqu’il est dans d’autres régions, mais je ne savais pas que vous étiez vous aussi dans le Programme…
- Je n’ai jamais dit que je faisais partie du Programme
, fit remarquer Aldebert. Mais c’est bien pour vous en parlez que je suis là…

Océane, qui allait quitter la pièce, se figea avant de se retourner avec horreur vers son mari. Celui-ci déglutit et se tourna à son tour vers sa femme. Ils avaient l’air paniqué.

- Je vais vous demander de sortir de chez moi, répondit Corentin en essayant de rester calme.
- Pas avant que vous m’ayez expliqué ceci, répondit Aldebert en montrant la photo qu’Assange avait volée.
- Qu’est-ce qu… c’est vous qui nous l’aviez volée ?! s’exclama Corentin en se relevant d’un bond.
- Non, c’est un contact à moi… répondit Aldebert, en soutenant le regard de Corentin d’un air grave. Je veux que vous m’expliquiez exactement ce qu’il se passe ici et dans toutes ces familles.
- Nous ne pouvons pas
, lâcha sèchement Océane. Il y a trop à perdre…
- Vous ne vous rendez donc pas compte de la gravité des faits ?
s’exclama Aldebert. Ça ne vous étonne pas que toutes ces petites filles se ressemblent à ce point ?
- Si, évidemment
, répondit vivement Corentin. Bien sûr qu’on trouve ça bizarre, mais …

Il semblait soudainement perdu dans ses paroles, comme s’il ne savait pas quoi dire. On aurait dit qu’il avait un peu de mal à respirer et jetait des regards désespéré autour de lui. Sa femme se rapprocha de lui et mit ses mains sur ses épaules.

- Le Programme est très strict, continua celle-ci. Si nous laissons filtrer des informations, qui sait ce qui nous arriverait…
- Ils nous enlèveraient notre fille, voilà ce qui arriverait !
déclara Corentin avec une mine attristée. Et c’est là la pire chose qui pourrait nous arriver…
- Nous aimons notre fille, professeur Caul
, poursuivit Océane. Le Programme nous l’a donnée, mais il peut aussi nous la reprendre… nous n’y survivrions pas…
- Je vois…
dit Aldebert après un instant de silence. Je vois que vous êtes remplis d’amour pour votre enfant… Mais il y a des choses qui, je le crains, ne dépasse tout ce que vous pourriez imaginer…
- Que voulez-vous dire ?
demanda Corentin, perplexe.
- J’aimerai croire que ces enfants sont de simples orphelins, abandonnés à la naissance. Mais leurs similitudes me font plutôt penser qu’il s’agirait … de clones d’un seul et même individu…
- Des clones ?
répéta Océane. Nous sommes dans la vie réelle, Professeur, pas dans un livre de science-fiction !
- Et pourtant, le clonage est secrètement maîtrisé depuis quelques années
, répondit Aldebert. Néanmoins, je ne peux, tout comme vous, m’empêcher d’avoir des doutes là-dessus. Cela me semble impossible, à moi aussi… Aussi ai-je besoin d’en apprendre plus sur le Programme…

Océane se mordit la lèvre avant de se tourner vers son mari. Ils avaient tous les deux l’air aussi désemparés l’un que l’autre par la situation. Ils avaient beau avoir eu devant les yeux tous ces enfants en même temps, jamais ils n’auraient imaginé de telles sottises ! Et pourtant, le Professeur Caul avait réussi à faire naître en eux un doute effroyable…

- Qu’est-ce que vous voulez savoir ? finit par dire Corentin en soupirant, la tête baissée pour ne pas avoir à fixer le Professeur.
- Comment avez-vous été embarqués dans toute cette histoire ? demanda Aldebert en joignant les mains et en essayant de se montrer le plus rassurant possible.
- Ce n’est pas nous qui avons trouvé le Programme, mais l’inverse, répondit Océane.
- Nous vivions à Kalos à l’époque. Nous étions en couple, mais aucun de nos parents n’approuvait notre relation. Nous étions alors obligés de nous cacher.
- Et puis cet homme, le Dr Vygotsky, nous a approchés
, continua Océane. Il nous a proposé une sorte de … marché.
- Un marché ?
répéta Aldebert, intrigué. Quel genre de marché ?
- Il nous proposait de déménager à Kanto sous une fausse identité
, répondit Corentin, mal à l’aise. Je ne sais pas comment il a fait exactement, mais il a inventé un accident de toutes pièces. Pour nos parents, nous étions décédés…
- Et donc libres de vivre ensemble
, continua Océane, la larme à l’œil, apparemment chamboulée.
- Nous nous sommes donc installés ici, à Azuria, sous le nom de Ross, poursuivit Corentin. Et ils nous ont trouvé un travail à tous les deux, pour lesquels nous avions les compétences nécessaires.
- Pourquoi a-t-il fait cela ?
demanda Aldebert en fronçant les sourcils. Que voulait-il en échange ?
- Que nous élevions Elodie
, répondit Océane, le regard perdu. Nous l’avons reçue tout bébé, elle venait à peine de naître d’après le Dr Vygotsky…
- Le Dr Vygotsky nous a donné un grand nombre de consignes très strictes sur la manière dont nous devions l’élever. Il passait de temps en temps pour prendre de nos nouvelles, puis, quand Elodie a eu 4 ans, ses visites sont devenues plus régulières. Après chaque entrevue avec elle, il nous donnait de nouvelles consignes ou conseils…
- Vous n’étiez donc pas maitre de l’élever comme vous le souhaitiez ?
demanda Aldebert.
- Non, le Programme est très strict et très précis. Il nous est arrivé de la punir pour certaines choses ou de la féliciter pour d’autres alors que ça ne nous aurait pas préoccupés plus que cela si nous n’avions pas eu le Programme. Nous avons été obligés de lui offrir un Pokémon pour son sixième anniversaire, même si nous pensions que c’était encore tôt, et nous ne pouvions le choisir que dans une petite liste.
- Et cette photo, alors ?
interrogea Aldebert en la pointant du doigt.
- Deux fois par an, nous devons aller à une sorte de soirée privée, répondit Océane. Seuls les couples faisant partie du Programme du Dr Vygotsky y sont conviés, avec les filles, évidemment. Il y a des jeux et des animations pour elles et nous, nous rencontrons les autres… Elodie s’y est toujours beaucoup amusée.
- Je vois… et vous avez appris des choses sur le passé des autres couples ?
- Il y en a quelques-uns qui étaient comme nous
, répondit Corentin. Un amour impossible… D’autres avaient des problèmes d’argent, et certains ne pouvaient tout simplement pas avoir d’enfants.
- Mais ils sont tous passés par le même trajet que nous
, continua Océane. On simule leur mort et ils déménagent sous une nouvelle identité…
- Et ce Dr Vygotsky, vous a-t-il expliqué pourquoi il fait cela ? Qu’attend-t'il de ces enfants ? C’est une sorte d’expérience à grande échelle ?
- Un peu, je crois… Il veut former des infirmières pour les Centres Pokémon
, répondit Océane. Il nous l’a dit à plusieurs reprises et …

A cette annonce Aldebert faillit tomber de sa chaise. Il se rattrapa de justesse, interrompant le couple. Son expression avait changé du tout au tout. Il avait soudainement l’air horrifié et sous le choc. Il reprit la photo d’une main tremblotante et se remit à l’examiner à nouveau. Les petites filles avaient toutes des cheveux roses et des yeux bleus, exactement comme la première Infirmière qu’ils avaient engagée à l’époque, Carine Joëlle.

- Higgs… chuchota Aldebert, à peine audible, tout en continuant de trembler. Tu n’aurais pas osé …
- Professeur Caul ?
s’inquiéta Corentin. Quelque chose ne va pas ?
- Mademoiselle, quel est votre nom de jeune fille ?
demanda Aldebert. Je veux dire, sous votre fausse identité…
- Moi ?
s’étonna Océane. Joëlle… Toutes les femmes du Programme ont reçu ce nom, c’est pour faire passer ces rendez-vous biannuels comme des réunions de familles pour les filles…
- Pas seulement…
répondit Aldebert en lâchant la photo pour maintenir sa tête dans ses mains. Il est de tradition que les infirmières des Centres portent toutes le nom de leur mère, car c’était ce qu’avait fait notre première infirmière à l’époque…

Il déglutit. Il savait qu’Higgs était capable des pires atrocités, mais jamais il n’aurait cru qu’il irait aussi loin pour réaliser ses désirs. Il lui avait pourtant parlé de ses plans, plus de 20 ans auparavant, mais à l’époque il pensait que c’était juste une idée ridicule… C’était désormais sûr et certain, la Sylphe Sarl était impliquée dans cette affaire. Mais pourtant, Aldebert avait encore du mal à accepter que son ancien ami ait à ce point défié les Lois de l’éthique et de la Morale…

- Je crains que mes doutes ne se confirment, lança finalement Aldebert. Mais je voudrais en être sûr… Et pour cela, je vais vous demander une faveur.
- Quel genre de faveur ?
demanda Océane en serrant contre son mari, appréhendant la réponse du Professeur.
- Je refuse de prendre le moindre risque, s’exclama Corentin, l’air décidé.
- Il n’y en aura pas… Je sais que vous vous apprêtez à adopter un second enfant du Programme …
- Nous n’abandonnerons pas ce projet
, l’interrompit Océane. Quel que soit la provenance de l’enfant… Nous aimons Elodie et nous aimerons sa sœur aussi !
- Je ne vous demande pas de refuser l’enfant, au contraire
, reprit Aldebert. Seulement, lorsque vous l’aurez, je voudrai… pouvoir comparer son ADN à celui d’Elodie… Un simple cheveu suffirait…

Océane et Corentin se tournèrent l’un vers l’autre, l’air à la fois inquiet et hésitant. On aurait dit qu’ils communiquaient par le regard. Finalement, ils soupirèrent.

- Bien, Professeur… dit finalement Océane. Nous prendrons contact avec vous dès que nous aurons sa sœur… Vous aurez les cheveux… mais après cela, nous ne voulons plus jamais vous revoir… Pour le bien de nos filles…
- Soyez en assurés…


A quelques mètres de là, Elodie s’amusait comme une petite folle aux côté d’Isaac, qui avait un excellent contact avec elle. Jamais elle n’aurait pu penser que pareille discussion avait lieu au même instant…

________________________________________________


Le Dr Vygotsky était de retour à Azuria, comme il l’avait promis à Corentin et Océane, pour procéder à une dernière évaluation du Programme auprès d’Elodie. Encore une fois, les deux parents attendaient, plus stressés que jamais, n’osant pas quitter la salle de jeu du regard. Ils n’avaient jamais été aussi tendus de leur vie, et Océane avait cassé trois tasses depuis leur réveil ce jour-là. C’était sur cet entretien que tout allait se jouer, et les Ross priaient non seulement pour que leur demande d’adoption aboutisse, mais aussi pour que le Dr n’ait pas eu vent de leur entrevue avec le Professeur Caul.

Elodie était en train de dessiner tout en répondant un peu distraitement aux questions que lui posait le Docteur. Celui-ci, qui avait à faire avec bien d’autres enfants en permanence, était habitué à ce genre de comportement et ne lui en tenait pas rigueur. Au contraire, il en profitait pour poser certaines questions à propos des passions de la petite fille pour voir si le bricolage et la mécanique étaient toujours au goût du jour.

Au bout d’un moment, satisfait des réponses de la petite fille, le Dr Vygotsky adressa un sourire à ses parents derrière la vitre. Il n’allait pas tarder à leur annoncer qu’il accédait à leur demande, après quoi il réglerait la paperasse nécessaire et les Ross accueilleraient un second enfant dans les semaines à venir. Le Programme était un succès.

Il avait toutefois une dernière chose à vérifier. Les dessins d’enfants étaient souvent signe de certains détails de leur subconscient profond. Aussi était-il nécessaire de jeter un coup d’œil rapide à celui qu’Elodie était en train de réaliser. Il lui demanda la permission, puis attrapa la feuille sur laquelle elle travaillait depuis une petite vingtaine de minutes.

Il regarda le dessin, visiblement troublé. On y voyait deux personnages humains, ainsi que deux autres qui devaient être des Pokémon. Il reconnut rapidement Mélo, que la petite fille dessinait souvent de la même manière, mais ne put donner de nom à l’autre. Pour les humains, c’était le même cas. Elodie s’était elle-même dessinée aux côté d’un inconnu. Tous souriaient et se trouvaient dans ce que le Dr Vygotsky reconnut comme étant la même salle de jeu dans laquelle ils étaient en ce moment.

- Dis-moi, Elodie, demanda-t-il doucement en essayant de tronquer son visage perplexe par un sourire. Qui est-ce ?
- C’est Isaac !
s’exclama la petite fille avec un petit rire. Tu le connais pas ? Il est venu jouer ici avec moi et Mélo. Il a un drôle de Pokémon bizarre mais il est super gentil !

Le sourire du Dr Vygotsky s’élargit. Il se releva et ébouriffa les cheveux d’Elodie d’un air paternel avant de lui dire au-revoir. Puis il se dirigea vers le couple Ross qui, depuis le couloir, n’avait pas pu entendre le moindre mot de sa conversation avec leur fille adoptive. Ils avaient l’air encore plus sur les nerfs que la dernière fois, si c’était possible.

- Félicitation, mes amis ! annonça-t-il en ouvrant grand les bras, toujours en souriant. En vue de mon entretien avec Elodie, j’ai décidé d’accéder à votre demande d’adoption !
- Vraiment ?!
s’exclama Corentin tandis que sa femme éclatait en sanglot tout en mettant sa main devant sa bouche. Ho, merci, merci de tout cœur, Docteur !
- C’est moi qui vous remercie !
répliqua-t-il. Ce sont des couples comme le vôtre qui sont le ciment de notre Programme! C’est grâce à vous que celui-ci se rapproche peu à peu du succès que nous recherchons !
- Quand pouvons-nous espérer avoir l’enfant ?
demanda Océane en se séchant les yeux.
- Mais aujourd’hui-même ! répondit le Dr Vygotsky. Si cela vous convient, évidemment, je vais de ce pas chercher l’enfant qui vous sera confié, avec tout ce qu’il vous faut pour l’élever de la meilleure de façon ! Il doit vous rester le landau et la poussette d’Elodie je crois ? Je vais vous fournir un petit stock de couches, aussi, ça vous ne devez plus en avoir! Ha, et il faudra que vous signiez, bien sûr.
- Si vite ?
s’étonna Corentin en soupirant de bonheur.
- Allons, pourquoi attendre ? Je sais que vous vous en chargerez très bien ! J’ai toute confiance en vous !

C’est donc sous milles remerciements que les Ross raccompagnèrent le Docteur jusqu’à la sortie. Ce dernier leur promettait d’être de retour dans à peine quelques heures et il les quitta en leur adressant de grands sourires, se dirigeant vers sa voiture.

Alors que les Ross, ivres de bonheur, couraient pour annoncer la nouvelle à Elodie, le Dr Vygotsky s’éloignait de la maison, plusieurs fois photographiés à son insu par Jules Assange, à nouveau planqué dans le même arbre qu’à son habitude. Une fois que le Dr Vygotsky fut hors de portée du journaliste, les deux hommes, sans le savoir, s’imitèrent l’un l’autre en se saisissant de leur Pokématos. Si l’un contactait le Professeur Caul, l’autre appelait le Professeur Higgs.

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A peine une heure plus tard, la voiture du Dr Vygotsky était de retour devant la maison des Ross. Curieux, le journaliste observa ce dernier sortir du véhicule. Mais à sa grande surprise, il ne fut pas le seul à en sortir. Le chauffeur, celui qui fumait constamment un grand cigare, l’imita et, sans attendre, fit sortir un Octilery de sa PokéBall. Le Pokémon se jeta sur son propriétaire et enroula ses tentacules sur son cou. Apparemment habitué, l’homme au cigare n’eut pas plus de réaction. Mais il n’y avait aucune trace d’un quelconque enfant.

Assailli d’un mauvais pressentiment, Jules Assange se saisit de son Pokématos. Il essaya de joindre le Professeur Caul, qu’il savait en route vers Azuria, mais ce dernier ne décrocha pas. Pestant, rangea son appareil et continua son observation.

Ce fut Corentin qui ouvrit. Il avait un visage radieux mais se figea sur place en voyant que le Docteur Vygotsky était derrière l’homme au cigare. Le pédagogue souriait exagérément, exposant ses dents blanches avec une expression sadique. Ne voyant aucune trace du bébé promis, Corentin comprit trop tard qu’il leur avait mentit. Il essaya de refermer la porte, mais il ne fut pas assez rapide.

L’Octilery expulsa soudainement un puissant Octazooka, qui brisa en morceaux la porte en plein mouvement et projeta Corentin Ross contre le mur, à plusieurs mètres de l’entrée. Plusieurs os avaient été brisés sous le choc et il retomba pitoyablement, arrivant à peine à respirer. Il entendait les cris de sa femme qui demandait ce qu’il se passait, mais ne trouva pas la force de l’avertir du danger. Il tenta péniblement de se relever, mais parvint à peine à tourner la tête, juste assez pour voir que l’homme au cigare était juste devant lui.

- Quelle déception ! s’exclama le Dr Vygotky. Vous n’avez finalement pas été à la hauteur de nos attentes… Vous étiez pourtant un couple prometteur ! Mais vous êtes bien trop compromis pour que nous continuions à collaborer.

Corentin aurait voulu crier pour demander pitié, demander pardon, parler pour sauver sa peau et celle de sa famille. Mais c’est-à-peine s’il parvenait à articuler une syllabe. Et, alors qu’Océane et Elodie ouvrait la porte de la cuisine pour voir ce qui faisait tant de bruit dans le couloir, l’Octilery tira une salve de projectiles rocheux avec une puissance inouïe, rompant le cou et brisant le dos de Corentin sous leurs yeux, l’achevant pour de bon dans la douleur.

Océane cria d’horreur et, comme son mari, referma la porte en vitesse. Elle se jeta par terre avec Elodie tandis qu’un nouvel Octazooka ouvrait le passage. Océane se releva en vitesse et tira sa fille par la main en lui hurlant de courir. L’homme au cigare pénétrait lentement dans la cuisine dévastée par l’attaque de son Pokémon et constata que mère et fille tentaient de fuir par une porte donnant sur le jardin. Avec une précision chirurgicale, le Pokémon utilisa à nouveau son attaque Boule Roc, atteignant sa cible, Océane, au niveau des jambes. La pauvre femme chuta en hurlant de douleur.

Elodie s’arrêta, le visage déformé par l’horreur et l’angoisse. Sa mère ne pouvait s’empêcher de pleurer, tant la douleur était forte. Il lui était impossible de se relever. Elle cria un juron, tout en sanglotant. Puis elle vit l’ombre de son agresseur et du Dr se profiler derrière elle et tenta tant bien que mal de se resaisir.

- ELODIE ! hurla-t-elle. COURS ! CACHE-TOI DANS LES BOIS ! NE TE RETOURNE SURTOUT PAS !
- Mais maman…
sanglota la petite fille, larmoyante.
- COURS !

L’enfant serra les poings et se retourna juste à temps pour ne pas voir sa mère être achevée par une nouvelle attaque de l’Octilery. Elle courrait en direction des arbres, pour tenter de se cacher.

- Ne lui tirez pas dessus, commandant, intervint le Dr Vygotsky en voyant que le Pokémon Pieuvre s’apprêtait à tirer à nouveau. Elle ne nous sera d’aucun danger, et j’aimerai pouvoir l’étudier pour voir si une réinsertion serait possible.
- C’est vous le patron
, déclara l’homme en retirant son cigare et en faisant signe à son Snipper de s’interrompre. On la retrouvera facilement de toute façon…

Ils s’avançaient négligemment vers la petite forêt qui bordait la maison quand, soudain, des lianes apparurent des arbres pour venir frapper l’homme au cigare et son Pokémon. Il parvint à parer le coup de fouet en se servant de ses bras et recula pour éviter une nouvelle attaque, tandis que Jules Assange descendait de l’arbre, l’air décidé.

- Ainsi donc, vous les observiez ? lança le Dr Vygotsky, l’air toujours aussi confiant. Depuis longtemps ?
- Assez pour comprendre de quoi retournaient toutes vos magouilles
, répliqua Assange en tendant le bras pour que son Boustiflor retombe dessus. J’ai assez de preuves et de témoignages pour faire cesser tout cela.
- Ha, je vois…
répondit Vygotsky avec un petit rictus. Dans ce cas, vous comprendrez que nous ne pouvons pas vous laisser en vie ?
- Hé bien, c’est ce qu’on verra !
cria Assange en s’élançant, son Pokémon attaché à son bras d’une liane et se préparant à envoyer ses feuilles tranchantes sur ses adversaires.
- Quel crétin… grogna l’homme au cigare en sortant de sa poche un étrange objet métallique pointu qu’il enfonça dans la bouche de son Pokémon.

Ni lui ni le Docteur n’avaient daigné reculer. Le journaliste courait vers eux en hurlant, persuadé d’avoir une chance de s’en sortir. Mais s’il était un reporter d’exception, il était loin d’être un brillant tacticien. Aussi, lorsqu’Octillery tira un nouveau coup, son projectile le transperça de part et d’autre le stoppant net dans sa course. La balle continua sa course et se figea un peu plus loin, dans un arbre, avant de provoquer une petite explosion. Les bruits causés par celle-ci furent certainement les derniers qu’entendit Jules Assange, qui tomba à genoux dans un premier temps avant de s’écrouler. Son Boustiflor, qui ne comprenait pas ce qu’il s’était passé, tentait péniblement de le réveiller alors que l’homme au cigare se détournait de ce spectacle et retournait sur ses pas.

- Il n’était pas nécessaire d’utiliser un tel arsenal, fit remarquer le Dr Vygotsky en continuant de sourire. Mais je reconnais que c’est efficace.
- Un cadeau du prof
, répondit l’homme en haussant les épaules sur lesquelles se trouvait toujours le Pokémon. Il faisait trop de bruit, de toute façon, et ne me plaisait pas du tout. Nous devrions maquiller la scène, maintenant, non ?
- Vous marquez un point, commandant
, ricana Vygotsky. Nous avons de quoi accuser les Rocket dans la voiture, je m’en occupe. Vous, essayez de me la retrouver rapidement. Vous êtes meilleur pisteur que moi.

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Elodie courait dans les bois, sanglotant d’un air paniqué. Elle avait vu son père mourir devant ses yeux et sa mère blessée à mort lui ordonner de s’enfuir. Jamais elle n’avait trouvé le Dr Vygotsky effrayant auparavant, mais cette fois-ci, c’était différent. Il avait un sourire de folie au visage. Et puis il y avait cet homme et son Pokémon autour du cou qui tirait de sang-froid. Ils étaient à ses trousses, c’était sûr. Mais elle, sans ses parents, elle était seule. Elle ne savait pas par où aller pour trouver de l’aide. Par où était la ville encore ? Et cet arbre, n’était-elle pas déjà passée devant ?

Les bruits de l’explosion parvinrent à ses oreilles. Elle cria et chuta par terre, pensant avoir été touchée par le Pokémon. Il lui fallut quelques instants pour se ressaisir et comprendre qu’elle n’était pas blessée. Elle se releva péniblement et continua de fuir sans se retourner.

Elle continua de courir encore quelques minutes quand elle sentit brusquement un projectile la frôler de justesse. Elle se figea, droite comme un I et éclata en sanglot. Sans se retourner, elle avait compris que l’homme et son Pokémon l’avaient rattrapée.

Le Commandant s’avançait lentement vers elle, d’un air décidé, son cigare en bouche. Il s’apprêtait à la saisir par le dos pour la soulever quand il reçut soudainement un violent coup de bâton dans le dos, ce qui lui fit cracher son cigare par terre, embrasant lentement la végétation. Ignorant le feu naissant, il se retourna et tenta de frapper son agresseur, qui esquiva de justesse en reculant. C’était un jeune homme d’une vingtaine d’année qui portait un morceau de toile sur le visage.

- Isaac! cria Elodie en se retournant.
- Sale morveux! cria l’homme en saisissant un nouvel objet métallique de sa poche. Tu vas voir!
- C’est toi qui va voir!
cria une voix sur le côté. Chapignon !

Et avant que l’homme n’ait eu le temps de fourrer le projectile dans la bouche d’Octilery, un grand nuage de Spore les envahit, troublant leur vue et s’engouffrant dans leurs poumon. L’homme toussa violement, imité par son Pokémon puis, ne pouvant se retenir, il tomba face contre terre, endormi. Elodie, elle aussi, avait été atteinte par le nuage de Spore et était rapidement tombée dans les bras de Cresselia. Isaac, quant à lui, s’était protégé de l’attaque grâce à son masque de fortune qu’il maintenait sur le nez. Il attendit quelques instants que le nuage se dissipe puis se jeta sur Elodie et la prit dans ses bras pour l’éloigner du feu qui prenait de plus en plus d’ampleur. Il se tourna vers son père adoptif et couru vers ce dernier. Sans rien dire, ils fuirent les bois aussi vite que possible, tandis que les flammes se chargeaient de transformer le bois en véritable Enfer de chaleur, effaçant ainsi toutes les preuves…

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Depuis le domicile des Ross, le Dr Vygotsky voyait, intrigué, la fumée s’échapper des bois. Quand il comprit que le bois était en feu, il haussa les épaules et éclata de rire. Sans plus attendre, il prit la place du conducteur dans la voiture et s’éloigna. Il avait hâte de raconter ce qu’il s’était passé au Professeur Higgs !

Posté à 11h30 le 14/02/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 15 après dieu : L’année du Déjà-vu



D'après Albert Einstein :
La folie, c'est se comporter de la même manière et s'attendre à un résultat différent.


Malgré sa dispute avec le Professeur Higgs, Aldebert Caul et Dorothéa Crowfoot étaient restés d’excellents amis. Cette dernière était la sous-directrice de la Sylphe Sarl et travaillait donc directement sous les ordres d’Higgs, avec qui elle était toujours en très bon terme. Seulement, depuis huit ans, elle avait bien compris que parler d’Aldebert à Higgs ou vice-versa n’était jamais une très bonne idée, aussi évitait-elle le sujet autant que possible.

Si elle voyait quotidiennement Higgs au travail, elle gardait le contact avec Aldebert par téléphone ou par correspondance écrite. En effet, Aldebert ne restait jamais en place plus de quelques mois et voyageait souvent d’une région à l’autre avec Isaac, afin de mettre son nez dans différents projets scientifiques auxquels il n’était que très rarement convié. Le jeune homme changeait ainsi d’école très souvent, mais étant d’une nature très sociale, il gardait lui-même contact avec de nombreux étudiants de son âge de par le monde. Il était aussi très brillant scolairement parlant et n’avait donc aucun souci à se faire à ce niveau-là.

Aldebert trouvait toujours un logement pour les accueillir, lui et son fils adoptif. Souvent, cela ne leur coûtait rien et il s’arrangeait pour se faire inviter par des connaissances, en échange de quoi il préparait les repas et goûters pendant toute la durée de son séjour. Souvent Dorothéa lui faisait remarquer qu’il abusait de l’hospitalité de ses hôtes. Mais Aldebert était ainsi, et sa compagnie n’étant pas si désagréable sous la plupart des aspects. Les gens chez qui ils logeaient n’osaient jamais le chasser de chez eux. Pire, ils lui proposaient parfois de revenir s’il passait dans le coin, par pure politesse, ce que le Professeur Caul prenait au pied de la lettre et conservait dans le fond de sa mémoire comme un toit acquis si nécessaire.

Toujours est-il que, tous les derniers samedi du mois, Dorothéa l’invitait à venir dîner chez elle, à Safrania. Aldebert n’aurait manqué ces rendez-vous pour rien au monde et faisait donc tout le trajet nécessaire, peu importe qu’il se trouve sur l’Archipel d’Alola ou même à Kalos. Bien sûr, ce genre de retrouvaille avait lieu plus souvent quand Aldebert logeait à Kanto. L’an passé, par exemple, alors qu’ils avaient trouvé une maison à Carmin-sur-mer pour les accueillir, ces repas se déroulaient tous les samedis. Ces soirées-là, les deux amis se retrouvaient pour discuter et s’amuser, comme au bon vieux temps. Ils partageaient ces moments avec Isaac, évidemment, mais aussi avec Stephen Shelley, l’homme avec qui Dorothéa s’était finalement mariée 5 ans auparavant. Ce dernier était un écrivain assez connu pour ses romans de science-fiction et ses énigmes policières. Mais, pour l’avoir côtoyé depuis qu’il avait rencontré sa femme, Aldebert savait que Stephen était aussi un homme très sympathique, débordant d’imagination et d’enthousiasme et, surtout, qu’il était un excellent cuisinier.

Comme sa femme travaillait souvent jusque bien tard au bureau, c’était lui qui préparait à manger pour toute la bande. Il faisait alors une pause dans son roman en cours d’écriture et se consacrait corps et âme à sa cuisine, pour un résultat toujours aussi performant.

Ce soir-là, Dorothéa venait à peine de revenir du bureau lorsque la porte sonna pour indiquer l’arrivée de leurs invités. Abandonnant ses fourneaux, Stephen alla les accueillir et les fit s’asseoir dans le salon. Il les laissa seuls quelques instants et revint avec quatre verres de Coktail ainsi qu’un plat chargés de petits apéritifs. Sa femme les rejoignit à peine deux minutes plus tard, après s’être changée et avoir revêtue un de ses plus belles robes de soirée rose pâle et s’être remaquillée sans excès. Ils l’attendaient tous pour se munir d’un des verres et le levèrent pour procéder à un toast, ce qui était devenu une tradition lors de ces petites soirées.

- A notre amitié ! clamèrent-ils tous en chœur avant de boire quelques gorgées.
- Délicieux, commenta Aldebert en adressant un clin d’œil à Stephen. Tu me donneras la recette ?
- Bien sûr, j’ai anticipé ta demande
, lui répondit celui-ci en sortant de sa poche une feuille de papier pliée. Tu trouveras tout ce qu’il te faut dessus, Al’.
- Ha, ça me rappelle qu’on a aussi ramené un petit quelque chose !
dit Aldebert en l’attrapant. Isaac ?
- Yep, les voilà
, répondit le jeune homme en montrant une boite de biscuits. Ce sont des Lava-Cookies de VermiLava.
- Des vrais ?
s’exclama Dorothéa. Je veux dire, pas des imitations comme on en trouve au Bradley-Prix ?
- Ha non, je te garantis que ce sont des vrais
, assura Aldebert. J’ai fait un détour exprès là-bas parce que je sais que tu les adores.
- Ho tu n’aurais pas dû
, dit-elle en saisissant tout de même précipitamment la boite des mains d’Isaac.
- Hé bien bravo, du coup elle ne voudra pas goûter mon dessert et va s’en empiffrer à la place ! plaisanta Stephen.

Ils restèrent au salon encore une bonne heure, tout en dégustant les petits amuse-bouches préparés par l’écrivain avant d’enfin passer à table. Encore une fois, Stephen s’était surpassé dans la préparation de son plat et servit un délicieux Canarticho laqué aux baies Oran et aux poireaux à ses convives. Un plat bien connu mais dont il était difficile de se procurer les ingrédients à Kanto depuis que les Canarticho avaient été classés dans la liste des Pokémon en danger par le Ministère de Gestion des Pokémon et celui de l’Environnement. Leur chasse était strictement interdite dans la région de Kanto, mais une ferme de Kalos, région dans laquelle le Pokémon n’était pas encore protégé, en exportait dans toutes les régions du monde.

Lors de ces repas de retrouvailles, on discutait de bien des sujets. On discutait des différents projets de la Sylphe Sarl, tout en évitant soigneusement le nom d’Higgs, des romans de Stephen, des études et des camarades d’Isaac, des rencontres d’Aldebert, ou tout simplement d’actualité. Mais parfois, des sujets moins communs étaient à l’ordre du jour, sans que quiconque ne sachent réellement comment ils en étaient arrivés là.

- Hé bien vois-tu, Isaac, je suis persuadé de son existence ! clama Stephen en resservant un morceau de Canarticho à Aldebert.
- On n’a pas vraiment de témoignages sérieux, répondit celui-ci, apparemment sceptique.
- Tu oublies la photo du Couaneton enchaîne ! répliqua-t-il. Ce qu’on y voit est clair ! L’abominable Pokémon des Neiges existe, et il vit sur le Mont Lanakila, dans l’archipel d’Alola !
- M’enfin, c’est tout flou et on ne voit absolument rien de vraiment pertinent
, répondit Isaac tandis que Dorothéa essayait de se retenir de rire. Et le Couaneton est connu pour son côté un peu parodique…
- C’est ce que tout le monde disait pour Relicanth !
renchérit Stephen, l’air convaincu. Et pourtant, l’espèce n’est pas éteinte, c’est désormais prouvé scientifiquement !
- Sur ce point, tu as raison
, intervint Aldebert. Mais ça ne veut pas dire que toutes les créatures que les Cryptozoologues recherchent existent vraiment. Tu te souviens de l’Octilery Géant ?
- Han, s’il-te-plait, ce n’est pas parce que l’expédition n’a rien trouvé qu’il n’existe pas
, répondit Stephen, apparemment embarrassé.
- Tu m’étonnes que vous n’ayez rien trouvé, dit Dorothéa entre deux rires. Tu as vu la bande de bras cassés avec qui tu as embarqué ?
- Ho, je t‘en prie, le Professeur Tournesol paraissait tout-à-fait sain d’esprit les premières fois… Puis cette expédition n’aura pas non plus servi à rien…
- Ha, c’est sûr, tu auras au moins appris que tu avais le mal de mer !
répondit Dorothéa en déclenchant une hilarité telle que son mari lui-même fut contaminé.
- Bon, d’accord, concéda-t-il enfin après qu’ils se soient tous calmés. Je reconnais que cette petite expédition n’était pas une brillante idée. Mais celle que je m’apprête à rejoindre sera de tout autre calibre !

A cette annonce, l’expression amusée de Dorothéa changea en l’espace d’une seconde pour afficher une mine plutôt courroucée. Elle prit son verre en évitant soigneusement de croiser le regard de son mari et adressa discrètement à Aldebert un petit haussement de sourcil qui en disait long. Au contraire, Stephen semblait particulièrement excité, comme s’il avait attendu déjà trop longtemps pour en parler. Il n’en fallait pas plus pour nourrir la curiosité d’Aldebert.

- Tu comptes rejoindre une nouvelle expédition pour l’Octilery géant ? demanda-t-il, perplexe.
- Non, non, je dois me résoudre à le laisser de côté tant que je n’aurai pas trouvé de remède pour mon mal de mer, répondit l’écrivain avec un petit rire. Non, la créature que je veux trouver est censée se trouver sur le plancher des Ecrémeuh. Tu en as peut-être déjà entendu parler…
- Ho je t’en prie
, intervint Dorothéa en posant violemment son verre vide sur la table. C’est encore une fable inventée par quelques villageois paranoïaques.
- La Bête de Vestigion
, continua Stephen comme si son épouse n’avait rien dit. Ce serait un Pokémon inconnu et particulièrement violent qui n’hésiterait pas à s’en prendre aux humains et en aurait même tué quelques-uns.
- Je crois que j’en ai déjà entendue parler
, intervint Isaac. Lorsqu’on était à Sinnoh, il y a deux ans, chez un ami. Mais c’est une légende qui date de plusieurs siècles et, d’ailleurs, la ville de Vestigion est connue pour avoir tout un patrimoine imaginaire sur le thème de la peur, avec le Vieux Manoir qui est censé être hanté, ou encore les statues des Pokémon Légendaires.
- Oui, j’en ai entendu parler, mais ta Bête n’a plus donné de signe de vie depuis plusieurs siècles
, dit Aldebert en découpant un morceau de viande dans son assiette.
- Ha, mais elle est de retour ! annonça fièrement Stephen en pointant le ciel de son index. On a plusieurs témoignages qui disent l’avoir entendu et, surtout, des cadavres de Pokémon déchiquetés comme preuves ! On a même retrouvé le corps d’un dresseur de passage dans un sale état !
- Et ça ne pourrait pas venir d’un simple Pokémon du Bois de Vestigion, je suppose ?
demanda Isaac.
- Non, d’après le Garde-chasse du bois, ça ne ressemble à rien de ce qu’il a déjà vu. Et c’est pour capturer la Bête que je vais partir à Sinnoh dans quelques jours !
- Et c’est une très mauvaise idée
, dit Dorothéa avec une pointe de reproche. Tu n’as pas souvent de bonnes, mais là, tu touches le fond, Stephen !
- Mais enfin, Doro-chérie, tu ne trouves pas ça excitant ? Nous allons peut-être découvrir une nouvelle race de Pokémon !
- Non, je ne trouve pas ça excitant parce que, si c’est vrai, tu risques ta peau. Tu n’es pas un dresseur, je te rappelle, Comment est-ce que tu comptes te défendre seul contre un Pokémon sauvage dangereux ?
- Han, je t’en prie, je ne serai pas seul, il y aura plein de dresseurs de talent qui ont été conviés à cette chasse. Et puis, il y aura Aldebert, pas vrai, Al’ ?


Aldebert, qui avait choisi ce moment pour boire à son verre, faillit s’étouffer avec son soda qu’il avala de travers. Il toussa péniblement à plusieurs reprises avant d’afficher un regard à la fois interrogateur et horrifié à son ami écrivain.

- Pardon ? finit-il péniblement à articuler.
- Han, Al', ne me dit pas que je n’ai pas titillé ta curiosité ? dit Stephen avec un grand sourire. Un mystérieux Pokémon, peut-être inconnu, qui hanterait un bois dont la réputation est déjà bien sombre, tu ne trouves pas ça intéressant ?
- Hé bien… si, peut-être
, concéda le Professeur Caul, visiblement désemparé. Mais c’est-à-dire que je n’avais pas vraiment prévu ça et …
- Ha tu as quelques choses d’autre sur le feu ?
- Heum… pas vraiment pour le moment, l’étude de la migration de Spoink est en pause le temps que les œufs éclosent
, dit Aldebert. Mais …
- Donc tu veux bien venir m’accompagner ? Allez, une petite virée dans les bois, toi et moi, entre homme, sans personne pour nous déranger ?
- Ha parce que je dérange peut-être ?
glissa Dorothéa d’un ton glacial.
- Mais pas du tout ma Sucreine, mais tu m’as déjà dit que tu refusais catégoriquement de m’accompagner.
- Mais tu n’as pas à forcer la main d’Aldebert pour venir avec toi pour autant
, répondit-elle d’un ton excédé. C’est un grand scientifique, il ne s’intéresse pas à la pseudo science basée sur des rumeurs !
- Tu as raison, Doro, c’est à lui que revient le choix, mais pas à toi non plus ! Alors Al’ ? Qu’est-ce que tu en penses ?
- Hé bien je … hum… je vais y réfléchir
, balbutia-t-il.

Si Aldebert était doué pour forcer la main aux autres contre leur gré, Stephen Shelley l’était tout autant. De plus, peut-être par peur de déplaire ou par amitié, le Professeur Caul avait toujours du mal à dire non à ceux qui le côtoyaient et ça, le couple Shelley-Crowfoot le savait bien. Aussi l’écrivain lui adressa-t-il un grand sourire de victoire tandis que Dorothéa poussait un long soupir avant de se lever.

- Tu n’es pas fâchée ? lui demanda Stephen avec appréhension.
- Je vais juste aux toilettes, répondit-elle vivement. Les sanitaires, eux, au moins, racontent rarement des bêtises.

Stephen Shelley regarda sa femme disparaître derrière une porte. Il dressa son index pour faire signe à ses convives de se taire, afin d’écouter les bruits de pas de Dorothéa s’éloigner et, quand il fut sûr qu’elle ne pourrait pas les entendre, il se rapprocha d’Aldebert.

- Tu as des nouvelles de l’Ile Neuve ? demanda-t-il à voix basse.
- Pas grand-chose, confia Aldebert. C’est au point mort, malgré que Millstein ait eu quelques occasions pour le tuer avant qu’il ne naisse. C’est pas faute d’avoir essayé pourtant, mais ce Clone semble très coriace…
- Et ils n’ont toujours pas réessayé de recommencer l’une de celles qu’il a sabotées ?
s’étonna Stephen.
- Non, tous leurs efforts semblent se diriger vers ce dernier clone, maintenant, dit Isaac, qui était aussi au courant de l’affaire.
- S’il ne peut pas le tuer, j’ai conseillé à Millstein d’essayer de voir s’il n’y avait pas une solution alternative, précisa le Professeur Caul. Il n’est peut-être pas obligé de mourir après tout…
- Que veux-tu dire ?
demanda Stephen en écarquillant les yeux.
- Hé bien, le principal, c’est surtout que Higgs ne puisse pas mettre la main dessus, dit Aldebert. Il y a donc peut-être d’autres solutions envisageables et …
- Attention, je l’entends qui revient
, l’interrompit son hôte en levant la main. Fais semblant de raconter une blague !
- Quoi, mais …
- HAHahaha !
s’écria Stephen alors que sa femme ouvrait la porte. Elle est bien bonne, celle-là, Al’ !
- Ha non, j’ai raté quoi ?
demanda Dorothéa.

Aldebert adressa un regard suppliant à son ami écrivain qui, pour ne pas avoir à répondre, était en train de finir à grandes gorgée son verre de vin. Heureusement, Isaac sauva son père adoptif de la situation en racontant comment ce dernier avait accidentellement mangé l’une des dernières expériences du couple Curry, des scientifiques qui les logeaient en ce moment, à Hoenn. L’histoire était évidemment fausse, mais dans ce genre de situation embarrassante, c’est toujours la première chose qui nous passe par la tête qui semble la meilleure solution.

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Pour mettre la main sur la Bête de Vestigion, les autorités de la ville avaient reçu quelques subsides de l’Etat de Sinnoh et le Département de Régulation des Pokémon avait même envoyé trois agents expérimentés dans la capture des Pokémon dangereux. Plusieurs dresseurs de la région et quelques étrangers avaient été conviés afin de participer à la traque de la mystérieuse créature. Aussi, quelques scientifiques et simples amateurs qui avaient eu vent de l’affaire s’étaient rendus sur place, dans le but de soutenir ou de participer à leur façon à la capture du Pokémon.

Stephen Shelley était de ceux-là. Il n’avait pas de Pokémon puissant pour l’accompagner, tout juste un Poissoroy, qui ne lui était d’ailleurs d’aucune utilité dans les bois. Mais s’il n’avait pas la force brute des dresseurs participants, il débordait d’enthousiasme. Il était toujours accompagné d’un calepin dans lequel il prenait des notes en permanence, tant et si bien que plusieurs personnes le prirent pour un journaliste. Son but avoué était d’assister à la capture de la Bête, et que celle-ci soit le plus épique possible, afin qu’il puisse se servir de cette expérience pour un roman futur.

Aldebert Caul était finalement venu pour accompagner son ami. Il était loin d’être d’aussi bonne humeur que l’écrivain, qui s’était rapidement accommodé aux conditions de vie. En effet, les membres de l’équipe d’expédition vivaient sous de petites tentes individuelles à l’intérieur même du bois. Ils se levaient de bonne heure le matin, dépliait tout le campement et le remontait une fois le soir venu. Pendant toute la journée, ils se trimballaient avec de lourds équipements sur le dos dans un bois sombre et partiellement humide en cette saison. Aldebert étant quelqu’un qui appréciait beaucoup le confort, il était loin d’être charmé par la vie forestière. Il n’était pas non plus fait pour les efforts physiques et le fait de porter de lourdes charges du matin au soir l’épuisait. Comme si ce n’était pas assez, il devait tenir un tour de garde avec d’autres personne une fois la nuit tombée et ne pouvait donc pas dormir autant qu’il le souhaiterait. Mais le pire restait peut-être la piètre qualité de la nourriture, puisqu’ils ne se nourrissaient que de boites de conserve souvent pas assez cuites et indigestes. Cela provoquait quelques problèmes supplémentaires, d’ordre gastrique, qui étaient loin d’arranger la situation. Clairement, s’il ne s’était pas senti obligé par Stephen, Aldebert aurait tôt fait de rentrer chez les Curry où l’attendait un fauteuil des plus confortable et du soda.

Balignon, le Pokémon d’Aldebert, au contraire, appréciait particulièrement le Bois de Vestigion. Après tout, il s’agissait d’un milieu fort semblable à son habitat naturel et le Champignon semblait beaucoup s’amuser. Il s’absentait parfois quelques moments et revenait avec des baies qu’il avait dénichées dans les bois et qu’Aldebert grillait sur le feu une fois le soir venu.

Lors des deux premiers jours de l’Expédition, on trouva deux cadavres de Laporeille dans un sale état. Selon un expert du Département, les corps devaient être là depuis quelques jours déjà. Mais ensuite, plus rien. Au fur et à mesure que le temps passait, les autres membres commençaient à se plaindre de plus en plus et, au bout du cinquième jour, les premiers dresseurs abandonnèrent, estimant qu’ils perdaient leur temps pour un Pokémon qui n’existait peut-être même pas. Aldebert les aurait bien suivis, mais Stephen savait toujours trouver les mots justes pour le faire rester à ses côtés et poursuivre. Finalement, au bout d’une semaine, ils n’étaient plus qu’eux deux, les trois chasseurs du Département, le Garde-chasse et un dernier dresseur. C’est donc sans surprise que, ce soir-là, un des trois experts leur annonça l’échec et la fin de la mission ainsi que leur retour vers Vestigion dès le lendemain matin. Ils passeraient donc encore une nuit dans ces Bois puis rentraient tous chez eux.

Stephen était évidemment très déçu par la nouvelle, mais pour Aldebert, c’est comme si on lui avait annoncé que c’était le jour de son anniversaire. Il déchanta cependant quand l’écrivain proposa son nom et le sien pour prendre le tour de garde entre 2h et 4h du matin. Malgré tout, la perspective de retrouver tout le confort dont il avait habituellement besoin le rendait bien plus heureux qu’il ne l’avait été tout au long de l’expédition.

Ainsi, alors que la lumière de la Lune peinait à leur arriver à cause des branches des arbres, le Professeur Caul et Stephen Shelley prirent leur tour de garde, remplaçant ainsi le plus bedonnant des trois experts et le dernier dresseur de la bande, qui semblait avoir hâte de se coucher et bougonnait.

- Tu sais, Al’, dit Stephen en fixant le maigre feu qui leur tenait compagnie. Je pense qu’on n’a vraiment pas eu de chance de ne pas tomber sur la Bête.
- Je ne sais pas si la chance a vraiment quelque chose à voir,
répondit le Professeur Caul, qui faisait cuire une baie qu’il avait embrochée à une branche. Il y a fort à parier que ta fameuse Bête n’existe pas, c’est tout.
- Mais tu oublies les cadavres
, fit remarquer Stephen d’un ton très sérieux.
- Pas vraiment, rien ne nous dit que ce n’est pas un Pokémon d’un dresseur de passage qui a fait le coup. Ce serait tout bête, après tout, imagine qu’un des jeunes qui étaient avec nous les premiers jours vienne ici et, en passant, libère son Démolosse ou son Granbull pour qu’il se dégourdisse les jambes. Il tue les Laporeille par instinct et, quand on les retrouve, on imagine le pire parce que ça ne ressemble à rien de ce que peut faire les Pokémon vivants habituellement ici.
- Moui, je suppose que c’est possible aussi
, admit l’écrivain.
- A mon avis, ce genre de cas risque de se répéter de plus en plus souvent. Les dresseurs sont bien plus nombreux qu’il y a une vingtaine d’année, depuis que les Centres existent. On n’a pas fini d’entendre parler de la Bête, avec les croyances des villageois…
- Ou alors elle existe vraiment et on n’a pas cherché au bon endroit
, persista Stephen.
- On a fouillé les moindres recoins de ce bois, Stephen, soupira Aldebert en retirant avec précaution la baie de sa branche pour ne pas se brûler.
- Mais elle ne va pas non plus rester cacher tout le temps au même endroit, continua Stephen avec un petit rire. Ou bien alors elle a été effrayé par nos bruits et a préféré se tenir éloigner et nous éviter.
- Décidément, Steph’, il est plus difficile de te faire changer d’avis que de révolutionner la science moderne
, dit Aldebert en donnant à Balignon un morceau de sa baie.
- Bha, peut-être que c’est mieux qu’on ne l’ait pas trouvé, d’un côté. Cela rajoute du mystère, et j’adore les mystères ! Bon, tu ne veux pas une bière ? Il doit m’en rester dans mon sac à dos.
- Ha, tu dis enfin quelque chose de censé !
plaisanta Aldebert. Volontiers !
- Je vais chercher ça, je reviens dans un instant !
dit Stephen en se relevant.

Il alluma sa lampe de poche et se dirigea vers sa tente, où se trouvaient ses dernières provisions personnelles. Mais une fois arrivé à quelques mètres de celle-ci, il se stoppa net. Il crut d’abord s’être trompé de chemin devant la tente en toile qui semblait avoir été montée très maladroitement et pensa se trouver devant celle d’Aldebert. Puis il remarqua qu’une grosse créature se trouvait à l’intérieur. A quatre pattes, l’arrière train et une grosse partie de son bas-ventre sortait de la pauvre tente, qui semblait avoir été très secouée par cette créature.

L’écrivain se tenait debout, immobile. Sa bouche était grande ouverte mais aucun son n’en sortait. Sa tête se tourna dans tous les sens à la recherche de quelqu’un pour l’aider, mais personne d’autre qu’Aldebert n’était réveillé et ce dernier ne regardait pas dans sa direction, apparemment très concentré sur la cuisson d’une baie. Le regard de Stephen fixa à nouveau le Pokémon à moitié dans la tente, partagé entre l’excitation et la peur. Car s’il était bien persuadé de se trouver face à la Bête de Vestigion, il avait imaginé ce moment bien plus joyeux. Bien qu’il ne puisse distinguer avec précision les couleurs et les formes du mystérieux Pokémon, celui-ci devait faire entre 2m et 2m50. Considérant finalement qu’il était plus sage de faire demi-tour et de prévenir Aldebert de sa découverte, Stephen pivota lentement et retourna sur ses pas. Mais à peine eut-il posé un pied par terre qu’il cassa une branche, provoquant un bruit sec qui alerta le Pokémon. Celui-ci se releva d’un bond pour se dresser sur ses pattes arrières, la toile de la tente cachant la moitié de son corps, et poussa un terrible grognement. Il n’en fallut pas plus pour soudainement accélérer la cadence de Stephen Shelley pour rejoindre son ami auprès du feu.

- Aaaaaaldeeeebeeeeert ! cria-t-il, l’air complètement paniqué.

Le professeur Caul se releva d’un bond, laissant tomber sa baie dans le feu. Lorsqu’il vit ce qui provoquait le désarroi de son ami, il ne put s’empêcher de lâcher un juron. L’écrivain arriva rapidement à son niveau et, sans se laisser prier, il se cacha derrière son ami, qui, désemparé, essaya de changer de place avec lui. Ils se disputaient pour ne pas se retrouver au-devant de la Bête quand Balignon les ramena à la réalité par un petit cri contrarié.

L’imposant Pokémon n’avançait pas très vite, et même un peu au hasard. Il n’avait pas réussi à se débarrasser de la petite tente qui recouvrait encore la moitié de son corps. Aussi donnait-il des coups de griffes dans tous les sens pour essayer de déchirer la toile qui cachait sa vue, tout en exprimant sa mauvaise humeur par des grognements. Tout ce raffut réveilla enfin les autres membres de l’Expédition qui commencèrent à sortir de sous leur tente. Malheureusement pour eux, deux employés du Département sortirent au moment même où la Bête passait à côté de leur tente et reçurent chacun un terrible coup de patte qu’ils ne purent esquiver à temps. Ils tombèrent inconscients sous la violence du choc.

Le dernier expert, celui qui était un peu plus enveloppé, cria les noms de ses collègues et courut vers eux et la Bête. Il se mit à crier des insultes au Pokémon pour que celui-ci se dirige vers lui et abandonne les corps de ses victimes fortuites. Le Pokémon, qui ne voyait toujours rien mais entendait par contre très bien, le chargea alors subitement mais se cogna à un petit arbre qui craqua sous l’impact.

L’expert envoya alors son Pokémon, un Elektek, vite rejoint par le Musteflott du dresseur. Le garde-chasse, lui, s’était rangé du côté de Stephen et Aldebert et, comme eux, regardait l’affrontement tout en essayant de rester le plus éloigné possible de la Bête. Quant à Balignon, il poussait de petits cris, comme pour essayer d’intimider la Bête qui faisait presque deux mètres de plus que lui.

Elektek se rapprocha prudemment de la Bête, qui se remettait lentement de son choc contre l’arbre tout en essayant de déchirer la toile de tente avec ses griffes au niveau du visage. Une fois qu’il fut assez proche d’elle, l’Expert lui ordonna d’utiliser son Poing-Eclair et il s’exécuta, frappant dans le dos. Le Pokémon hurla, surpris par l’attaque, puis se retourna brusquement et balaya son agresseur d’un coup de bras qui le projeta contre un autre arbre, KO.

La Bête continuait de pousser des grognements courroucés. L’Expert rappela son Pokémon dans sa Pokéball et fit un pas en arrière, apparemment mal à l’aise. Le Pokémon se secoua et parvint enfin à se débarrasser d’une grosse partie de la toile déchiquetée sous ses griffes, dévoilant son identité.

Il ne s’agissait pas d’un Pokémon commun dans la région de Sinnoh, mais pas non plus d’un Pokémon inconnu. Le peu de lumière que la lune et le feu procurait permis à Aldebert et Stephen de l’identifier rapidement, notamment grâce au motif en forme de cercle caractéristique que la Bête avait sur le ventre. Le corps imposant de l’Ursaring émettait quelques petites étincelles, signe qu’il avait été paralysé par l’Elektek. Mais cette nouvelle était loin de réjouir l’Expert qui savait fort bien que cette espèce de Pokémon se voyait justement renforcée une fois qu’il souffrait de ce genre de contrariété.

Loin d’être intimidé, le dresseur ordonna à son Musteflott d’attaquer la Bête. Le brave Pokémon se jeta sur celle-ci à coup d’Aqua-jet, faisant reculer l’Ursaring d’un pas. Mais à peine encaissait-il le choc que l’Ursaring lui assenait un terrible Marto-Poing, le plaquant au sol avec violence. Le Musteflott poussa un cri de surprise puis ne bougea plus d’un poil.

Le dresseur, inquiet, voulut se précipiter pour aider son partenaire, mais l’Expert parvint à le retenir de se jeter dans les griffes de la Bête. Celle-ci, cependant, détourna son regard de sa victime et les fixa tous les deux, grognant de plus belle. La vision de la Bête se dirigeant ainsi vers eux les paralysa d’effroi. Leurs cerveaux leur criaient de fuir, mais leurs jambes ne pouvaient répondre tandis que l’Ursaring se rapprochait de plus en plus, la rage dans les yeux.

Mais avant qu’il n’arrive à leur niveau, le petit Balignon accourut pour se dresser devant lui. Dans un premier temps, la Bête ne le remarqua même pas et continua d’avancer, jusqu’à ce qu’il reçoive une attaque Balle-graine au niveau des jambes. Il baissa son regard et, malgré l’obscurité, parvint à distinguer la présence de Balignon. Dans un nouveau grognement, il courba le dos afin de l’atteindre de ses puissantes griffes, provoquant le cri d’effroi d’Aldebert qui assistait à la scène, impuissant.

Mais alors qu’il allait frapper, l’Ursaring fut aveuglé par une vive lumière qui émanait de Balignon. Le corps de celui-ci se mit alors à grandir de presque un mètre en l’espace de quelques secondes. La forme de son corps changea pour se dresser sur deux jambes, acquérant aussi deux petit bras griffus et une longue queue. Lorsque la lumière se dissipa, Balignon avait complètement évolué en Chapignon, qui poussa comme un cri de guerre avant d’asséner un coup de poing en plein milieu de la cible qu’Ursaring avait sur le ventre. Le Pokémon recula de plusieurs pas, à la fois surpris et sonné par l’attaque.

Stephen Shelley poussa un grand cri de joie en assistant à l’évolution de Balignon et le garde-chasse ne put s’empêcher de pousser des soupirs de soulagement, car il avait déjà imaginé le dresseur et l’Expert réduit à l’état de charpie. Aldebert, lui, prit quelques secondes avant de se ressaisir, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Puis, sans plus attendre, il cria comme consigne à Chapignon d’utiliser son Aromathérapie.

Une douce et agréable odeur se répandit alors dans l’atmosphère. L’Ursaring ne bougea pas pendant quelques secondes, fixant Chapignon avec rage, puis avec incompréhension lorsqu’il sentit les effets de la paralysie se dissiper. La Bête, méfiante, continuait toutefois de grogner d’un air peu rassurant. C’est alors qu’Aldebert ordonna à Chapignon d’utiliser son attaque Spore. Celui-ci sembla alors éternuer violement, dégageant un gros nuage de spore qui s’étendait tout autour de lui. Les premières victimes furent le dresseur et l’Expert bedonnant, qui tombèrent aussitôt par terre, complètement endormis. L’Ursaring fit ensuite un pas maladroit en arrière et chuta à son tour dans les bras de Cresselia.

Le Garde-chasse et Stephen explosèrent de joie devant la scène. Chapignon était parvenu à endormir la Bête ! Mais Aldebert, lui, accourut près des deux Experts qui s’étaient pris un coup de griffe à peine sortis de leur tente, et fut vite rejoint par Chapignon, qui semblait très fier de lui.

- Chapignon a été sensationnel ! s’écria Stephen en se rapprochant de son ami. Comment vont-ils ?
- Je pense qu’ils sont juste évanouis, ils ont pris un choc très violent… Je vais leur faire un pansement…
- Et qu’est-ce qu’on fait de la Bête ?
demanda le Garde-chasse.
- Je pense que dans un premier temps, il faut l’enfermer dans une Poké-ball, dit Stephen en se tournant vers l’Ursaring endormi. J’ai justement quelques Hyper Ball, même si je ne m’attendais pas vraiment à m’en servir… Tu veux bien, Al’ ?
- Hein quoi ?
répondit celui-ci sans relever la tête. Oui, je suis d’accord, il faut les ramener à Vestigion au plus vite pour qu’ils reçoivent les soins nécessaires…

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Il leur fallut une grosse heure pour revenir à Vestigion, guidés par le Garde-chasse. Celui-ci avait appelé ses deux Tortera pour transporter les corps des blessés et endormis. Une fois de retour en ville, une infirmière du Centre, que le Garde-chasse avait contactée via Pokematos, les accueillit brièvement et prit en charge les quatre hommes inconscients, tout en grommelant sur ses horaires de travail. Ne souhaitant pas rester plus longtemps, Stephen et Aldebert lui donnèrent leur numéro pour qu’elle les contacte lorsqu’ils auraient ouvert les yeux et, sans plus attendre, prirent le premier bus pour Rivamar.

Ils furent de retour à Jotho le soir même. Si Aldebert avait profité du trajet en bateau pour se reposer de toutes ses émotions, Stephen, lui, fut malade comme un chien, du fait de son mal de mer. A peine eurent-ils posé un pied sur le port que Dorothéa se précipita vers eux, apparemment de très mauvaise humeur. Son mari essaya de lui expliquer ce qu’il s’était passé, mais, même s’il était habituellement doué pour les histoires, il était en bien trop mauvais état pour cela et ce fut Aldebert qui prit le relais.

C’était Stephen qui avait capturé l’Ursaring dans une de ses Hyper Ball. Malgré qu’il ait été affaibli, il fallut trois tentatives avant que la capture ne soit couronnée de succès. Sous la demande d’Aldebert, Dorothéa le conduisit dans un petit entrepôt qui appartenait à la Sylphe et que le scientifique transforma en un rien de temps en laboratoire de fortune afin d’examiner la Bête de Vestigion de plus près. Stephen, quant à lui, réclamait plus que jamais un bon lit et sa femme le raccompagna chez eux, abandonnant Aldebert à ses recherches.

Ursaring avait été installé dans une sorte de grande cage en verre et se reposait encore de l’attaque Spore sur de vieux matelas qui trainaient là. Chapignon le surveillait, les bras croisés, guettant la moindre de ses réactions, tandis que son dresseur se procurait des touffes de poils et des échantillons de sang pour procéder à des analyses plus complètes. Il n’avait certes pas tous les instruments nécessaires pour être le plus rigoureux possible, mais il avait bien envie de tester certaines de ses hypothèses. Or, il lui fallait juste un microscope ainsi que quelques produits chimiques, matériel qui, par chance, était stocké dans l’entrepôt.

- C’est bien ce que je pensais… chuchota Aldebert, l’œil droit sur son microscope. C’est comme ce Tyranocif d’il y a quelques années…
- Tu veux dire par là qu’il et infecté au Pokérus ?
demanda une voix.
- Je distingue clairement les mêmes anomalies dans son sang, en effet, répondit Aldebert sans regarder d’où venait la voix. Evidemment, il faudrait faire des analyses complémentaires pour le confirmer à 100%, mais j’en suis sûr à, disons, 97%.
- Et pourquoi n’es-tu pas certains à 100%, Al’ ?
- Hé bien
, dit-il en se retournant. J’ai l’impression que le Pokerus a ici eu plus d’impact que les souches habituelles. Le Micro-organisme améliore la croissance et stimule aussi un peu l’agressivité des Pokémon. Hors, cet Ursaring est beaucoup plus grand que ses congénères. Ils font d’habitude environ 1m80, et j’ai mesuré ce spécimen à 2m32. C’est beaucoup trop grand !
- Et tu penses que c’est forcément le Pokérus qui en est la cause ?
- Non, justement, si un Pokémon atteint par le Pokérus grandit plus vite, il n’est pas nécessairement plus grand. Il y a peut-être une autre raison à cela… Ou alors, il s’agirait d’une souche inconnue de Pokérus…
- Et as-tu tiré quelque chose de ses poils ?
- Oui, je pense que cet Ursaring n’a évolué que récemment. J’ai trouvé des tâches de miel, ce que les Teddiursa adorent. Mais une fois évolué, ils perdent peu à peu le goût du miel et se nourrissent de choses plus consistantes. Pour moi, il a n’a certainement évolué que quelques temps avant que l’histoire du retour de la Bête ne circule.
- Ça n’explique pas ce que faisait un Teddiursa dans le bois de Vestigion
, fit remarquer la voix.
- Non, peut-être un Pokémon de compagnie exotique qui s’est enfuit, qui sait ? Ou bien même que l’on a relâché après son évolution… Quoiqu’il en soit, j’ai aussi vu pas mal de cicatrices sur son corps, signe qu’il n’a surement pas eu la vie facile avant d’évoluer…

Soudain, la porte au fond de la salle s’ouvrit violemment, pliant un carton qui se trouvait derrière celle-ci, et un homme qui devait approcher de la soixantaine entra en trombe, apparemment furieux. Si ses cheveux grisonnaient par endroit, il avait gardé son monocle sur l’œil droit, comme autrefois. Car en le voyant arriver, Aldebert reconnut immédiatement Eric Hoffman, le Ministre de la Gestion des Pokémon. L’homme qui, 18 ans auparavant, avait tué sous leurs yeux le Tyranocif qu’ils avaient capturé et soigné, et ce, sans la moindre pitié. Il avait maintenant une canne, parée d’argent et de pierres étincelantes, qu’il pointa vers Aldebert. Derrière lui, Dorothéa Crowfoot, Stephen Shelley et un homme en costume noir le suivaient péniblement.

- VOUS ! s’écria le ministre. Non mais, vous vous prenez pour qui ?
- Pardon ?
s’étonna Aldebert. Mais … qu’est-ce que j’ai fait ?
- Et vous avez le culot de feindre l’ignorance, par-dessus le marché ?
reprit Eric Hoffman une fois arrivé à sa hauteur. J’ai eu le Ministre de la Gestion des Pokémon de Sinnoh au téléphone, et il est tout aussi furieux que moi !
- Mais enfin, quoi, il est arrivé quelque chose à ses hommes ?
demanda le pauvre professeur, pris au dépourvu par la colère de l’homme, mais aussi mal à l’aise de se retrouver en sa présence après tout ce temps.
- Il a deux employés en congé pour leurs blessures et un troisième qui ne tient plus debout mais, surtout, vous avez exporté le Pokémon visé par l’Expédition sans autorisation préalable ! s’exclama Hoffman avec de grands gestes. Vous avez introduit dans MA région un Pokémon potentiellement dangereux ! Voilà le problème !
- Allons allons, calmons-nous
, dit Stephen en essayant de tempérer le ministre. Il est inutile d’agresser ainsi Aldebert, il n’y est pour rien dans cette histoire. D’ailleurs, c’est moi qui ai capturé la Bête après que Chapignon l’ait endormie.
- Aussi, si je puis me permettre, monsieur le ministre
, intervint Dorothéa tout en restant paisible et sereine, l’Ursaring est une espèce native de la région de Jotho et, par conséquent, il n’y a pas eu d’importation illégale.

Le ministre allait rétorquer quelque chose, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il avait un regard noir et se tourna vers l’Ursaring qui continuait de dormir paisiblement.

- Alors c’est elle, la fameuse Bête, dit-il dans un soupir.

Il allait s’approcher d’elle quand Aldebert se dressa sur son chemin, visiblement furieux.

- Il est hors de question que vous tuiez ce Pokémon, dit-il.

Le Ministre le regarda, moitié étonné, moitié agacé. Puis un sourire se dessina lentement sur son visage et il laissa échapper un petit ricanement.

- Je me souviens de vous, maintenant, dit-il. Les trois étudiants, leur professeur et le Tyranocif…
- Je ne vous laisserais pas répéter vos méfaits
, reprit Aldebert en grimaçant.
- Parce que vous pensez que j’ai arrêté après votre protégé ? demanda lentement Hoffman d’une voix doucereuse. Tuer des Pokémon dangereux et réguler ainsi la faune de l’Etat de Kanto-Jotho, c’est mon travail. Et je le fait, sans modestie, particulièrement bien. Maintenant, ôtez-vous de mon chemin, ou je vous ferai arrêter pour obstruction.

Aldebert déglutit mais refusa de bouger. Le vieil homme allait le pousser pour l’écarter du chemin quand Stephen s’interposa entre eux.

- Monsieur le Ministre, commença-t-il. Et si je vous disais que l’importation de l’Ursaring était on ne peut plus légale ? S’il s’agissait de mon nouveau Pokémon, à moi ?
- Cela m’étonnerait fort
, ricana celui-ci. Ursaring est classé dans la catégorie B sur la liste des Pokémon dangereux et, par conséquent, seuls les dresseurs possédant six badges ou plus peuvent réclamer le permis. Et sans vouloir vous offenser, vous ne ressemblez guère à un dresseur de cette trempe.
- C’est vrai, cependant, j’ai tout de même ce fameux permis en ma possession
, répondit Stephen en sortant son portefeuille pour en tirer un papier.

Il le montra au Ministre qui s’en saisit avec la rapidité presque imperceptible à l’œil nu. Il le fixa quelques instants sans bouger, jetant de temps à autre un regard suspicieux vers l’écrivain, puis appela son subordonné d’un claquement de doigt et lui remit le document pour qu’il l’observe à son tour.

- Je peux savoir comment vous vous êtes procuré ça ? demanda-t-il, mécontent.
- Ho, c’est votre collègue, Vincent Nobel, le Ministre de l’Infrastructure, qui me l’a offert, il y a un an environ. Je lui avais alors fait part de mes recherches sur l’Octilery Géant et m’a donné ceci, au cas où je le capturerai. Il adore mes livres, tout comme le Général Pasteur, vous savez, le Ministre de la Justice ?

Il avait appuyé ce mot en particulier, ce qui ne tarda pas à provoquer une réaction chez le vieux ministre qui déglutit. Car si les Ministres avaient énormément de pouvoirs et d’autorité, rien ne les effrayait plus que leurs propres collègues. Son employé lui rendit le Permis de Stephen, tout en faisant un hochement de tête.

- Tout est en règle, maugréa l’homme au monocle en tendant le document à son propriétaire à contrecœur. Nous allons tout de même prendre une photo du Pokémon pour prouver son identité à mon collègue de Sinnoh et je vais m’arranger avec lui pour le reste… Je vous rappelle tout de même que ce Pokémon doit être déclaré à mon Service dans les 5 jours qui suivent sa capture.

Aldebert laissa passer l’homme en costume qui sortit un appareil rouge pour prendre une photographie de la Bête. L’Ursaring était toujours endormi sur le confortable matelas de l’entrepôt. Quand le cliché fut pris, le Ministre se retourna et s’apprêta à partir avant de jeter un regard vers le microscope et les divers récipients qu’Aldebert avait utilisé pour analyser l’Ursaring.

- Vous recherchiez quelque chose en particulier sur ce Pokémon ? Il ne serait pas lui aussi infecté par le Pokérus, par hasard ?
- Non
, mentit Aldebert d’un ton sec. Aucune trace de ça dans son organisme.

Le ministre le regarda encore un instant, comme s’il cherchait des traces de mensonge sur les traits d’Aldebert. Mais celui-ci paraissait déterminé et, finalement, Eric Hoffman se retira, son employé sur les talons, sans rien ajouter de plus.

- Ouf, soupira Dorothéa. J’ai bien cru qu’il allait nous refaire le même coup que la dernière fois…
- Tu as entendu ce qu’il a dit ?
demanda Aldebert en fronçant les sourcils, l’air intrigué. L’Expert qui a été endormi tient à peine debout…
- Heu, oui,
s’étonna Stephen. Il a pourtant juste subit une attaque Spore… L’Ursaring ne s’est pas réveillé, lui ?
- Pas encore
, dit Aldebert. Mais toi, tu m’as l’air bien reposé…
- Aldebert, il est 10h du matin, évidemment que je suis réveillé.
- Déjà 10h ?
répéta le Professeur en écarquillant les yeux.
- Ne me dis pas que tu n’as pas dormi, lança Dorothéa avec un ton de reproche.
- Je n’ai pas vu le temps passer, je crois, dit Aldebert. J’étais absorbé dans mon travail… Mais du coup, il faudrait que j’analyse les Spores de Chapignon…
- Tu feras ça plus tard, Al’,
dit Dorothéa en l’attrapant par le bras. Viens dormir chez nous, tu as besoin de sommeil. Ursaring peut retourner dans sa Ball, maintenant.
- Je ne suis pas si fatigué que ça
, protesta Aldebert en essayant de se dégager.
- Al’, on t’entendait parler tout seul, en arrivant, dit Stephen. Une bonne sieste ne te fera que du bien !

Aldebert se figea soudainement en entendant les paroles de son ami écrivain. Il se tourna vers l’Ursaring, puis vers Dorothéa et Stephen, une expression d’incompréhension sur le visage.

Pourtant il était là. Il lui avait parlé. Il en était sûr.

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Quand le Professeur Millstein arriva au 18, Rue du Piafabec, il s’étonna de voir que ses haies n’avaient apparemment plus été entretenues depuis plusieurs mois. Lui qui pensait retrouver le Professeur Caul chez lui voyait ses espoirs s’envoler. Il poussa un juron mais décida tout de même de rentrer à l’intérieur, afin de récupérer quelques affaires. Il marchait dans le corridor vers l’escalier pour monter à l’étage quand il entendit des bruits venant de son salon. Il se stoppa net et sourit. Finalement, Aldebert était peut-être quand même là, même s’il ne s’était pas occupé de son jardin. Il se dirigea donc vers l’origine des bruits, confiant, pour constater avec horreur que la personne assise dans son canapé n’était pas Aldebert Caul, mais le Professeur Higgs, vêtu d’un élégant costume noir.

Celui-ci regardait un poste de télévision allumé sur les images d’une île rocailleuse pleine de gravats, comme si une terrible tempête venait d’y passer. En voyant Arthur entrer, le Professeur Higgs lui adressa un sourire narquois.

- Félicitation, Professeur Millstein, lança-t-il d’une voix chaleureuse en se relevant. Votre plan a parfaitement fonctionné !
- Sortez de chez moi
, balbutia maladroitement celui-ci.
- Vous ne pouviez pas tuer Mewtwo, alors vous avez fait en sorte qu’il s’échappe du laboratoire lui-même afin que je ne puisse pas mettre la main sur lui, poursuivit Higgs en se relevant. Une idée brillante !
- Je n’ai rien fait
, répondit précipitamment Millstein. Rien du tout.
- Allons, ne soyez pas si modeste. Contemplez donc votre œuvre !
dit Higgs en montrant l’écran de télévision. L’Ile Neuve, mystérieusement ravagée en l’espace de quelques minutes ! Vingt-trois victimes humaines, aucun bâtiment encore debout !
- Je … Je ne voulais pas …
- Ho, allons, ne soyez pas si modeste,
répliqua le Directeur de la Sylphe. Car si Mewtwo est sorti de sa torpeur, c’est bien grâce à vous, Professeur Millstein ! Vous qui avez tenté de le tuer à plus de quinze reprises, si je ne me trompe pas, lui avez finalement permis de sortir de sa cuve. Et finalement, c’est le Dr Fuji, les Professeurs Arber et Gabor, tous vos collègues, qui sont morts.
- Tous ?
répéta Millstein en laissant son corps tomber contre le mur derrière lui, le visage déformé par l’effroi, glissant peu à peu pour se retrouver assis. Ce n’était pas censé se passer comme ça …
- Mais au contraire, mon très cher Professeur Millstein !
lança Higgs en s’avançant de quelques pas vers lui. Tout avait été calculé depuis bien longtemps pour en arriver à ces mêmes événements !

Le Professeur Millstein releva la tête pour observer son interlocuteur. Higgs se tenait debout juste devant lui, le bras le long du corps. Le Directeur de la Sylphe semblait se délecter de l’expression de détresse du jeune professeur qui ne s’était jamais senti aussi mal à l’aise. Le son de l’écran de télévision ne lui parvenait plus jusqu’aux oreilles et il avait l’impression d’avoir perdu toutes ses forces, incapable de se relever ou de faire quoique ce soit, comme si la pression terrestre l’avait immobilisé dans cette position.

- Qu’est-ce que vous voulez dire ? finit-il par demander, non sans effort.
- C’est simple, dit Higgs. J’avais besoin que cela se passe ainsi pour que Mewtwo développe tout son potentiel. Il fallait qu’il rentre dans une telle rage à la naissance, et détruise tout sur son passage pour s’échapper de son Enfer.
- Mais il s’est enfuit !
s’écria Millstein en laissant échapper un petit rire nerveux. Vous ne l’aurez pas…
- Au contraire, mon très cher Professeur Millstein,
l’interrompit Higgs en élargissant son sourire. C’est un de mes subordonnés qui l’a persuadé de le rejoindre, simplement par la parole et en lui promettant des choses. Des choses que Mewtwo avait besoin d’entendre après tout ce qu’il avait subi par votre faute.
- C’est impossible
, s’écria Millstein. Vous n’allez pas me dire que vous aviez anticipé à ce point comment les choses allaient se dérouler !?
- Et pourquoi pas ?
demanda Higgs en écartant les bras. Je savais qu’Aldebert voudrait en savoir plus à propos de l’Ile Neuve et contacterait l’un de ses amis, vous en l’occurrence, pour en savoir plus. Je savais qu’il s’indignerait face à mes expériences et souhaiterait y mettre un terme. Et c’est bien sur tout cela que je comptais.
- Vous mentez !
cracha Millstein, qui sentait les larmes perler à ses yeux. Vous ne pouviez pas savoir qu’il allait tout découvrir !
- Vous sous-entendez que je connais mal mon ami ?
ricana Higgs en haussant les épaules. Je le connais très bien, et je connais aussi les liens qu’il a avec le mari de Dorothéa. La suppression d’un dossier ne pouvait qu’attirer sa curiosité et susciter l’imagination de ce dernier.

Millstein regardait Higgs, bouche bée, sans qu’aucun son n’en sorte, avec beaucoup d’appréhension. Si cet homme lui disait tout cela, c’était surement parce qu’il ne comptait pas le garder en vie très longtemps. Il détourna un peu le regard, à la recherche d’un objet qui pourrait faire office d’arme, mais il n’y avait rien de ce genre à proximité.

- Vous ne vous en tirerez pas comme ça, lança Millstein. Vous avez peut-être gagné une bataille, mais il y a sur Terre bien d’autres Pions capables de faire tomber le Roi par leurs actions…
- Cette expression n’est pas de vous
, déclara Higgs avec un sourire. Oui, Aldebert, vraiment, c’est contre lui que se déroule cette partie d’Echec… Mais allez savoir si vous étiez son Pion ou bien le mien ?

A ces mots, de grosses mains grises sortirent du mur contre lequel était adossé Millstein et plaquèrent violemment son visage dessus. Il ne pouvait plus respirer et se débattait contre l’étreinte du Teraclope d’Higgs tandis que celui-ci le regardait mourir à petit feu, toujours en souriant. Enfin, lorsqu’Arthur Millstein eut fini de se débattre, mort, il se détourna du corps et attrapa son Pokématos. Il devait contacter Giovanni pour lui donner la suite de la marche à suivre.

Posté à 09h38 le 07/02/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 14 après Dieu, l’année de la Trahison



D'après Albert Einstein :
Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité.


Février



L’île Neuve avait été rebaptisée ainsi par les pêcheurs de Cramois’ile depuis que de grands bâtiments de recherche y avaient été installés. Autrefois simple caillou au milieu de l’océan sur lequel les dresseurs faisaient parfois escale avant de visiter l’Ile Ecume, l’ile avait regagné bien des couleurs. En quelques années, la végétation s’y était installée pour le plus grand bonheur de Pokémon Insecte migrateurs tels que les Papilusion. Un grand complexe y avait été construit à une vitesse surréaliste et contrastait dans l’immensité déserte de l’océan. L’endroit était entretenu par toute une équipe de scientifiques de différentes origines. Cependant, l’ile était aussi devenue un terrain privé, sur lequel il était désormais interdit d’accoster sans permission, sous peine d’être mis dehors par la force de quelques agents de sécurité.

Ce jour-là, les Professeur Millstein, Gabor et Arber inspectaient le développement de trois petites formes dans de grandes cuves. Dans un étrange liquide verdâtre, Bulbizarre, Salamèche et Carapuce se développaient comme leurs prévisions l’avaient annoncée, du moins pour le moment. Sur les écrans, plusieurs graphiques évoluaient en temps réel. Pour des non-initiés, il aurait été impossible d’en comprendre quoique ce soit. Cependant, Arthur Millstein s’était depuis longtemps familiarisé avec ces dispositifs. Cela faisait déjà un an que le Professeur Fuji lui-même l’avait invité à rejoindre son équipe pour dépasser les limites de la science moderne.

Arthur Millstein vouait un véritable culte au Professeur Fuji. Celui-ci était l’un des hommes de sciences les plus respectés du monde pour ses travaux révolutionnaires en Biologie. Il était le directeur du centre de Recherche de l’Ile Neuve et dirigeait d’une main de maître son équipe. Il y avait d’autres pointures de la science parmi eux et Millstein, du haut de ses 28 ans, faisait figure de jeunot.

Alors qu’il prenait des notes sur le rythme cardiaque de Carapuce, Emilie Arber lui donna un petit coup de coude, lui faisant faire une large rature avec son stylo. Il leva les yeux en l’air et adressa ensuite un regard à la fois courroucé et interrogateur à sa collègue. Celle-ci, d’un léger mouvement de tête, lui indiqua la présence d’un des gardes de sécurité et d’un autre homme en costume noir que Millstein reconnut immédiatement en la personne du Professeur Higgs.

Ce n’était pas la première fois qu’un scientifique extérieur au Projet venait jeter un coup d’œil au complexe, mais jamais sans avoir été invité au préalable. Arthur avait ainsi déjà rencontré le vieux Professeur Schrödinger, qui enchaînait les conférences scientifiques depuis sa retraite. Le Dr Auguste, qui était un grand ami du Dr Fuji, passait aussi une à deux fois par mois et était bien connu des autres membres du Personnel, surtout ses plaisanteries, qu’il recyclait hélas trop souvent.

Mais le Professeur Higgs, c’était un autre niveau. L’homme était encore plus connu que le Dr Fuji, de par son incroyable invention de soin Pokémon et les Centres qu’il avait généreusement offert à la disposition de l‘humanité. Aux yeux de presque tous, le Professeur Higgs était l’homme le plus brillant et le plus généreux de la Planète. Lorsqu’il passa devant eux, Arthur Millstein se sentit quelque peu mal à l’aise, malgré le fait que le visiteur ne leur adressa pas même un regard. Il traversa la pièce aux côtés du responsable de la sécurité sans éprouver la moindre curiosité, sans jeter un seul coup d’œil aux écrans ou aux cuves où, pourtant, selon Millstein, se déroulait l’une des expériences les plus sensationnelles de ce siècle. Il sortit de la pièce, tel un fantôme, laissant derrière lui trois scientifiques partagés entre l’excitation et ce sentiment de malaise.

- Vous pensez qu’il vient pour discuter avec Fuji ? demanda Gabor, le scientifique bedonnant attitré à Salamèche.
- Avec qui d’autres ? répondit Arber avec un petit rire. Ce n’est pas de menu fretin comme nous qui intéresse le fameux Professeur Higgs !
- Tu as surement raison, mais lorsqu’il saura ce qu’on fait ici, on risque de le voir revenir sur ses pas en courant pour voir ça de ses propres yeux ! Qu’est-ce que tu en penses, Millstein ?
- J’en pense que c’est l’heure de ma pause !
répondit celui-ci en déposant son bloc note. Je vais me chercher à manger.
- Ouais, c’est ça
, lança la femme en levant les yeux. Tu lui demanderas un autographe pour moi aussi ?

________________________________________


- Monsieur Higgs ! s’exclama le Professeur Fuji en se levant de son bureau. Très heureux de vous revoir !
- Un sentiment partagé, mon très cher Dr Fuji
, répliqua l’invité en se dirigeant vers lui.

Les deux hommes se serrèrent fermement la main. Le Dr Fuji était un homme qui approchait doucement de la cinquantaine. Il avait de petites lunettes, ainsi qu’une grande touffe de cheveux dressée en une mèche qui défiait les Lois de la Gravité, mais qui lui permettait aussi de n’être que rarement dérangé par la lumière du Soleil. Plusieurs cernes ornaient son visage, signe que ses nuits étaient fort courtes. Il semblait néanmoins enthousiaste et proposa à son collègue de s’asseoir avant d’ouvrir un tiroir dont il tira une bouteille de vin déjà entamée ainsi qu’un verre malheureusement inadapté pour ce genre de boisson. Sans lui demander son avis, il versa le contenu dans le récipient avant de le tendre au Professeur Higgs qui le remercia. Ce dernier s’assit tandis que le Dr Fuji vidait la bouteille dans sa propre tasse, sur laquelle des macaronis avaient été collés. Il rejoignit ensuite son hôte à son bureau, sur lequel il n’y avait rien de plus qu’un bic, une petite pile de dossier et un ordinateur portable.

- A la vôtre, professeur ! déclara le Dr Fuji. Comment allez-vous ?
- Aucun problème. Vous par contre, vous me semblez bien fatigué. Comment vont Johanna et Amber ?
- Ho Johanna m’a quitté peu après notre dernière rencontre, je ne la vois plus. Amber par contre va très bien ! Mais trêve de blabla, que me vaut votre visite directement sur place ?
demanda le vieux docteur après avoir bu une gorgée. J’avais l’habitude de la correspondance depuis trois ans et je reconnais que votre visite me surprend énormément ! Vous voulez faire une inspection peut-être ?
- Ho, je ne doute pas des rapports que vous m’envoyez
, répondit le visiteur d’un ton rassurant. Mais j’ai mis pas mal d’argent dans ces expériences et ma curiosité m’a quelque peu poussé à venir sur place pour voir de mes propres yeux ce qu’il en était.
- Evidemment, nous ne serions pas des scientifiques si nous n’étions pas victime de notre curiosité !
plaisanta le Dr Fuji. Vous avez déjà surement pu voir les Clones des Pokémon en venant jusqu’ic…
- Ce n’est pas de ces petites expériences que je parle
, l’interrompit le Professeur Higgs en souriant. De plus, les concernant, j’ai déjà assez d’informations via vos rapports, ce qui n’est pas le cas de ce qui me préoccupe en ce moment.

S’en suivit un silence seulement interrompu par le tic-tac d’une vieille horloge. Après de longues secondes, le Dr Fuji déglutit et baissa la tête, tout en se frottant la bouche avec la main droite. Il regarda sa tasse macaroni, avala une gorgée et la redéposa avec vigueur sur son bureau avant de reprendre.

- Vous conviendrez avec moi, Professeur Higgs, qu’il s’agit là d’un sujet très sensible, plus encore que le « simple » clonage de Pokémon. Je ne voulais pas prendre le risque que les données ne fuitent…
- Et vous avez surement bien fait
, approuva son interlocuteur en élargissant son sourire. Mais je veux tout de même connaitre la situation actuelle.
- J’ai analysé moi-même le cil fossilisé que vous nous avez procuré,
commença le Dr Fuji en soupirant. A priori, il s’agit bien du Pokémon Mew, ou d’une race cousine de celui-ci. J’ai pratiqué moi-même le protocole, en l’adaptant quelque peu. L’expérience est en cours.
- L’embryon est-il viable selon vous ?
demanda Higgs après avoir bu une gorgée de vin.
- Oui, confirma Fuji. Mes différentes analyses semblent aller dans ce sens.
- A quel stade de développement est-il ?
- Encore au tout début, seulement. Il n’est pas plus grand qu’une Baie Oran en ce moment.
- Je suppose donc qu’il est encore possible d’appliquer quelques … modifications ?
- Comment cela ?
s’étonna le Dr Fuji.
- Je me suis penché sur le sujet et j’aimerai que vous y apportiez quelques paramètres nouveaux. Toutes mes consignes se trouvent sur cette petite Clé USB que voilà, précisa-t-il en la montrant.

Le Dr Fuji prit la clé en clignant des yeux. Il resta ensuite immobile un court instant avant de se ressaisir. Il l’installa ensuite directement sur son propre ordinateur et étouffa une exclamation de surprise lorsqu’il vit les premières pages s’afficher.

- Professeur Higgs… balbutia-t-il. Malgré tout le respect que je vous dois… Pourquoi voulez-vous …
- Ce sont des raisons qui ne regardent que moi, Dr Fuji. Mais avec de telles prouesses, si l’expérience est un succès, vous inscrirez votre nom dans les livres d’Histoire. Qu’en dites-vous ?
- Je suppose que je n’ai pas vraiment le choix de toute façon…
grommela le Dr Fuji. C’est vous qui nous financez après tout. Mais elle risque de ne plus trop ressemblez à l’original…
- Nous n’aurons qu’à la nommer différemment alors
, répondit Higgs. Mew Two, par exemple ?
- Mewtwo ?
répéta lentement le scientifique. Ça ne sonne pas trop mal, c’est vrai.
- Hé bien voilà
, sourit le professeur Higgs en terminant son verre. Va pour Mewtwo ! Ha, une dernière chose, Dr Fuji, j’ai failli oublier…
- Oui ?


Le Professeur Higgs se rapprocha et posa les coudes sur le bureau du Dr Fuji tout en croisant les doigts. Son regard perçant donna soudainement à son hôte l’impression d’être transpercé de toute part par une lance invisible. Le vieux scientifique avait aussi la désagréable sensation que la pression terrestre s’était subitement accentuée. A cet instant précis, il aurait été incapable de faire le moindre mouvement. C’était comme si le Professeur Higgs et lui-même s’était retrouvés seuls dans une autre dimension, en tête à tête. Même le bruit de l’horloge ne parvenait plus à ses oreilles. Seules les terribles paroles de son interlocuteur purent briser ce silence insoutenable.

- Pourquoi m’avoir dit qu’Amber allait bien alors que, d’après Johanna, cela fait déjà 10 ans que votre fille a été emportée par la fièvre ?

La main du Dr Fuji serra sa tasse au point de faire craquer ses doigts fatigués. Il baissa le regard, la mine assombrie par la déclaration du Professeur Higgs. De sa main gauche tremblante, il retira ses lunettes et les déposa sur le bureau. Une unique larme tomba avant qu’il ne relève la tête, le visage déformé par la douleur et la résignation.

- Alors vous êtes au courant ? demanda-t-il d’une voix plus rauque. C’est pour elle que vous êtes venu.
- Disons que les doutes sont nés à partir du moment où j’ai interrogé Johanna
, précisa Higgs en se redressant un peu. J’avais déjà remarqué quelques anomalies dans les comptes du Complexe. Et puis il y a votre fatigue. Chacun de vos associés est attribué à une expérience de clonage et, même si elles sont de moindre importance que Mewtwo, ils devraient débourser autant d’énergie que vous, sinon plus car vous êtes déjà expérimenté. Cependant, s’il y avait une seconde expérience qui nécessitait votre attention, alors vos cernes s’expliqueraient.
- Vous êtes perspicace
, murmura le Dr Fuji dans un rire nerveux. Je suppose que je ne pouvais pas passer éternellement inaperçu…
- Pas avec moi
, confirma le Professeur Higgs.
- Je suppose que vous allez me renvoyer d’ici ? poursuivi le Dr Fuji en remettant ses lunettes sur ses yeux rougit. Vous allez me trainez dans la boue ? Ou bien peut-être me faire disparaitre ?
- Mon très cher Dr Fuji, vous vous méprenez complètement
, dit le Professeur Higgs en souriant. Au contraire, je veux être au courant de toutes vos avancées, qu’il s’agisse de notre expérience commune ou de votre expérience personnelle.
- Quoi ?
s’exclama le Dr Fuji, le visage décontenancé. Mais j… J’ai profité de votre confiance et de votre argent, j’ai violé toute éthique, je…
- Vous avez fait preuve de curiosité
, ajouta le professeur Higgs. Et que serions-nous, humbles scientifiques, si nous n’étions pas victimes de notre propre curiosité ?

Le professeur Higgs s’était levé de sa chaise et s’était approché du tiroir d’où le Dr Fuji avait sorti une bouteille à son arrivée. Ce dernier était toujours assis, bouche bée. Il n’arrivait pas prononcer le moindre mot, tant il n’en revenait pas. Loin de l’empêcher de continuer sa seule chance de sauver Amber, son patron l’encourageait même dans cette voie. Il le regarda déboucher une de ses dernières bouteilles puis remplir sa tasse macaroni sans un mot.

- Vous comprendrez néanmoins que, pour mes propres intérêts, je ne veux pas que vous soyez surmené, poursuivit Higgs en remplissant ensuite son propre verre. Vous allez demander à vos quelques collègues de vous aider, que ce soit pour Mewtwo ou pour Amber. Certes, nous prenons des risques de voir des informations fuiter, mais personne ne pourra nous reprocher de faire avancer la science, que dis-je, l’humanité ! Et pour cela, je vais tripler votre budget et vous mettre à disposition ma ligne de communication privée et sécurisée.
- Merci, professeur Higgs
, hoqueta le Dr Fuji. Je ne sais pas comment je peux vous remercier…
- Hé bien, faites vivre Amber et Mewtwo !
déclara le patron de la Sylphe. Buvons à notre collaboration et à l’Avenir de l’Humanité !

Il entrechoqua son verre contre la tasse macaroni et avala d’une traite son contenu, suivi de peu par le Dr Fuji. De l’autre côté de la porte, le Professeur Millstein, qui avait presque tout entendu, n’osait toujours pas bouger.

_______________________________________________


Avril



Arthur Millstein était exténué. Il venait de descendre d’un bateau qui l’avait ramené à Carmin sur Mer pour profiter de ses premières vacances depuis près de trois ans. Il avait dû demander sa permission plusieurs semaines auparavant, afin que l’Ile Neuve s’organise pour combler son absence. Depuis qu’ils travaillaient tous les trois sur le Projet Mewtwo et surveillaient la fille du Dr Fuji, les scientifiques de son équipe n’avaient plus beaucoup de temps pour eux tant ils étaient submergés de travail.

Trainant sa valise, le jeune Professeur se dirigeait vers le 18, Rue du Piafabec, une maison dont il avait héritée à la mort de ses parents. Il n’y était plus revenu depuis qu’il avait été embauché sur l’île Neuve et s’attendait à devoir faire un sacré ménage pour son premier jour de congé. Pourtant, qu’elle ne fut pas sa surprise quand il vit que les haies qui bordaient sa maison étaient taillées un peu maladroitement et que le jardin semblait entretenu. Ne réfléchissant pas plus loin, il mit cela sur le compte d’un voisin bienveillant. Arrivé devant sa porte d’entrée, il partit à la recherche de ses clés dans ses poches lorsque, subitement, celle-ci s’ouvrit sur un homme qui devait avoir environ 35 ans que Millstein reconnut de suite.

- Professeur Caul ? s’exclama-t-il. Mais … qu’est-ce que vous faites chez moi ?
- Ha, Arthur !
répliqua joyeusement le professeur en lui faisant signe. On ne vous attendait plus ! Venez, rentrez !

Décontenancé d’être invité dans sa propre maison, Millstein resta un instant interdit avant de saisir sa valise et de suivre Aldebert à l’intérieur. Il constata que l’habitation semblait avoir subi un bon nettoyage récemment car, malgré son absence, il n’y avait nulle trace de poussière. Il déposa sa valise dans le couloir et suivit son ami dans le salon, à la table duquel un adolescent était en train d’écrire quelque chose, plongé dans un manuel scolaire.

- Bonjour Isaac, dit Millstein en s’approchant de lui. Du travail pour l’école ?
- Un devoir de physique
, confirma celui-ci sans lever les yeux de son livre. Je suis censé l’avoir rendu hier, mais j’ai eu quelques contretemps.
- Alors, Arthur, vous prendrez certainement un petit rafraichissement ?
proposa gaiement Aldebert. J’ai racheté du Soda et de la glace, leur mélange est juste parfait !
- Volon… attendez, Professeur, vous pourriez d’abord m’expliquer ce que vous faites chez moi ?
- Pas de chichi, Arthur, appelez-moi Aldebert !
répondit celui-ci en se dirigeant vers la cuisine, suivi par son interlocuteur. Lors de notre dernière rencontre, vous m’aviez proposé de venir quelques jours chez vous si je passais à Carmin-Sur-Mer, vous n’avez pas oublié, je suppose ?
- Notre dernière rencontre remonte à 5 ans, professeur, bien sûr que j’avais oublié !
s’exclama Millstein avec une pointe d’agacement dans la voix. Et puis, habituellement, quand on invite quelqu’un, on s’attend à le recevoir pendant qu’on est là, et non pas quand on est absent.
- Dois-je en conclure que nous ne sommes pas les bienvenus ?
demanda Aldebert Caul en se tournant subitement vers lui, le visage défait.
- Non je…
- Alors tout va bien !
l’interrompit Caul en retrouvant son sourire avant d’ouvrir le frigo.
- Mais dites-moi, vous êtes là depuis combien de temps ? demanda Millstein, en redoutant la réponse.
- Ho, quelques semaines, peut-être…, bredouilla-t-il en déposant une boule de glace dans trois verres.
- Depuis début décembre, intervint Isaac depuis le salon.
- Vous squattez chez moi depuis décembre ? s’exclama Millstein, indigné.
- Ce n’est pas squatter, puisque nous avons été invités ! précisa Caul en versant du soda dans chaque récipient et en y ajoutant une paille. Tenez, prenez ça, vous m’en direz des nouvelles ! Il n’y a rien de plus rafraîchissant !

Arthur Millstein attrapa le verre à contrecœur tandis que son invité indésiré allait donner un verre à son fils adoptif. Son énervement l’empêchait de savourer comme il le devait l’étrange mélange du Professeur Caul et il ne prit pas de suite la peine d’y goûter. Lui qui aurait souhaité passer des vacances reposantes voyait son programme mis en cause. Le seul avantage qu’il voyait à la situation était qu’il n’aurait pas à faire le ménage. Il regarda sa propre cuisine et constata que quelque chose était en train de cuire dans le four. C’est à ce moment qu’il prit conscience qu’il avait faim, n’ayant rien avalé pendant le voyage. Il jeta un regard vers son verre, partagé.

Lorsqu’Aldebert revint, il s’assit en face de lui, à la table de la cuisine et sirota un instant son Soda sur glace. Il ferma les yeux et prit une expression d’extase en aspirant à la paille. Millstein, sceptique, poussa un long soupir.

- Comment se passe votre travail, Arthur ? demanda enfin Aldebert, en laissant de côté son gobelet. Vous avez fait des découvertes intéressantes sur l’Île Neuve ?
- Comment savez-vous que je travaille là-bas ?
s’étonna Millstein. On s’est pas vu depuis qu’ils m’ont engagé.
- Dorothéa Crowfoot, la sous-directrice de la Sylphe Sarl, qui finance votre complexe, est une bonne amie à moi. C’est moi qui vous ai recommandé et elle a fait passer votre nom au Dr Fuji. Vous m’aviez fait forte impression lors de cette conférence sur le génome, vous savez.
- On peut dire que c’est réciproque
, commenta Millstein en se remémorant leur rencontre. Je ne savais pas que je vous devais ma place.
- Ho en m’offrant un toit pendant quelques jours, vous avez largement fait de quoi m’en remercier
, rit Aldebert. Buvez votre Soda avant que ça ne fonde complétement !

Quelques jours, c’était un euphémisme, pensa Millstein en attrapant son verre et en enfourchant la paille contre ses lèvres. En aspirant, il fut agréablement surpris d’apprécier le goût sucré et rafraichissant du breuvage. Il se sentait soudainement de meilleure humeur lorsqu’il déposa le verre, mais fit la grimace, car il avait un peu mal au crâne, à force d’avoir aspiré trop vite une grande quantité de glace.

- Ha, vous avez été trop gourmand, plaisanta Aldebert en voyant son visage. Mais je vous comprends, ça m’arrive encore parfois, et pourtant je ne suis pas à mon coup d’essai.
- Ça va aller
, répondit Millstein un œil fermé et serrant les poings. Je dois avouer que ce n’est pas mauvais, votre truc.
- Vous m’en voyez ravis !
répondit Aldebert en se laissant aller sur le long de sa chaise. Alors, Arthur, qu’est-ce que vous faites de beau, ces derniers temps ?
- Je ne peux pas dire grand-chose
, répondit Millstein en récupérant les traits normaux de son visage. Nous avons signé un contrat de confidentialité très strict et je m’en voudrais de laisser passer des informations qui ne peuvent pas fuiter.
- Je m’en doutais un peu
, dit Aldebert en hochant légèrement la tête. Voyez-vous, depuis quelques mois, Dorothéa elle-même n’a plus accès aux informations sur l’ile Neuve, et ce malgré son statut de Sous-Directrice ! Ce qui veut dire que vous, votre équipe et le Professeur Higgs, êtes les seuls à savoir ce qui se trame là-bas.
- Je n’en suis surpris qu’à moitié à vrai dire
, confirma Arthur Millstein en regardant son verre de Soda. Nos expériences actuelles sont, disons, surprenantes.
- Oui, et c’est bien pour cette raison que le mari de Dorothéa s’est connecté sur le compte de sa femme pour en apprendre plus sur l’île Neuve, à la base
, plaisanta Aldebert. Voyez-vous, Stephen est un écrivain très curieux et il avait commencé une histoire sur des Pokémon clonés en découvrant la première fois le Dossier sur votre complexe scientifique.

Arthur, qui venait de reprendre un peu de Soda, faillit s’étouffer avec sa paille. Il toussa quatre fois avant de se ressaisir.

- Il a lu les dossiers de l’île Neuve sans permission ? s’indigna-t-il.
- Ho ne vous inquiétez pas, le rassura Aldebert. Stephen aime beaucoup sa femme et ne prendrait pas le risque de faire circuler des informations qui pourraient nuire à la Sylphe. Je pense qu’il a deux ou trois ouvrages en attente qu’il ne peut pas publier tant que des infos sont top secrètes. Il n’en a parlé qu’à moi, je crois. Toujours est-il que, quand il n’a plus eu accès au dossier, il a trouvé ça très louche. Et je dois avouer que moi aussi.

S’en suivit un silence gêné. Le professeur Caul fixait Millstein avec intérêt, attendant que celui-ci ne prenne la parole. Mais il ressemblait plus à un enfant gêné qui venait d’être pris sur le fait après avoir fait une bêtise. Il reprit une gorgée de Soda qu’il avala rapidement, dans l’espoir de créer une nouvelle diversion en provoquant un petit mal de crâne, mais rien ne vint. Finalement, il soupira.

- Je suppose que si je vous dis ce qu’il s’y passe, vous resterez muet et n’en direz rien à votre ami écrivain ?
- Comme une tombe !
promis Caul en levant la main droite.
- Très bien… attendez-moi ici.

Arthur Millstein se leva et s’absenta quelques minutes tout au plus, le temps d’ouvrir sa valise et d’en sortir son ordinateur personnel. Il le mit sur la table et l’alluma. Il pianota quelques instants au clavier puis tourna l’écran vers Aldebert, qui venait de terminer son Soda. Celui-ci resta silencieux tout en décryptant la tonne d’informations qui s’offraient à lui tandis que Millstein observait ses réactions avec appréhension. Le Professeur Caul pris tour à tour différentes expressions, passant par l’excitation, l’indignation, l’étonnement et ce que Millstein aurait décrit comme de l’effroi. Enfin, après 20 minutes de lecture silencieuse, il se leva et se servit un deuxième verre de Soda sur Glace.

- C’est pire que ce que je croyais, maugréa-t-il en vidant la bouteille dans son verre.
- Comment ça, pire ? demanda Millstein. Vous vous attendiez à quelque chose en particulier ?
- Si Higgs cache quoique ce soit à sa propre amie et sous-directrice, c’est que c’est quelque chose de très gros, je le savais, mais à ce point… En fait, je n’en reviens pas qu’il manque d’éthique et de morale à ce point…
- Qu’est-ce que vous voulez dire ?
demanda Millstein en haussant les sourcils.
- Arthur, vous avez fabriqué un clone humain ! s’exclama Aldebert. C’est contre toute éthique !
- La fille du professeur Fuji est morte de maladie, très jeune
, dit Millstein comme pour se justifier. Je sais que…
- Le souci n’est pas dans l’acte ou son but, mais dans ses conséquences
, l’interrompit vivement Aldebert. Vous vous rendez compte de ce que pourrait faire quelqu’un capable de créer des clones humains ? Déjà des clones de Pokémon, j’étais fort sceptique mais là, ça dépasse les bornes !

Arthur Millstein déglutit, mal à l’aise. Car ce que le Professeur Caul lui disait, lui-même l’avait pensé tout un temps. Mais à force de travailler avec le Dr Fuji, de le voir s’extasier devant le corps grandissant de la nouvelle Amber et de le voir prier avant chaque test de ses fonctions cérébrales grandissantes, il en était venu à accepter le Projet. Par empathie pour le Dr Fuji.

- Le professeur Higgs a approuvé le Projet… Vous savez comme moi qu’il s’agit d’un des hommes les plus brillants et généreux de ce monde…
- Généreux ?
ricana Caul en se rasseyant en face de lui. Laissez-moi rire… Je connais Higgs mieux que personne et assez bien pour savoir qu’il a quelque chose derrière la tête…
- Vous pensez qu’il… qu’il prépare quelque chose ?
- Ho, très certainement, mais quoi ? Impossible à dire… Il a toujours eu une dizaine de coups d’avance aux Echec…
- Et pour ce qui est du Projet Mewtwo ?
demanda Millstein. Il est aussi inquiétant selon vous ?
- En vue de ce que j’ai lu, un peu, oui… Le Pokémon le plus puissant du monde, voilà ce que vous êtes en train d’essayer de créer… Ce n’est pas rien non plus…


Le professeur aspira une grande quantité de soda glacé et ferma les yeux en sentant son cerveau se refroidir. Il fit une petite grimace puis récupéra son sourire.

- Vous vous rendez compte évidemment que ces deux Projets Top secret sont terriblement dangereux… pas vrai ?
- Je … oui, bien sûr, mais…
- Mais vous n’êtes qu’un simple employé dans l’équipe, un simple instrument…,
compléta Caul avec une expression grave. Vous n’êtes qu’un pion sur l’échiquier de Higgs. Mais même un Pion peut avoir sa part de Responsabilité dans la chute du Roi… Souvenez-vous en… Bon, il est presque l’heure de manger, suivez-moi au salon, nous allons nous régaler !

Millstein regarda Caul, surpris. Il avait récupéré sa bonne humeur, comme s’il n’avait jamais rien su des travaux sur lequel il travaillait, et avait ouvert le four pour en sortir un plat de lasagne un peu trop cuit. Arthur le suivit jusqu’à sa salle à manger, où la table avait été dressée pour trois convives. Aldebert appela Isaac à venir et commença à remplir les assiettes.

- C’est gentil d’avoir mis la table, Isaac, commenta Millstein en commençant à dévorer à pleine dent son plat de lasagne.
- Ha non, c’est le jour d’Aldebert, il l’a mise ce matin, répondit celui-ci. Je n’y suis pour rien.
- Ce matin ?
s’étonna Millstein. Mais alors vous saviez que j’allais venir aujourd’hui ?
- Pas du tout
, pourquoi ? répondit Aldebert, surpris, en répandant du gruyère sur son assiette.
- Si vous faites allusion à la troisième assiette, chuchota Isaac juste assez fort pour n’être entendu que par Millstein, Aldebert en met toujours trois…
- Pourquoi ?
demanda Millstein tout aussi bas.
- Je n’en ai aucune idée. Peut-être que quelqu’un lui manque ?

Millstein regarda Aldebert s’empiffrer de lasagne. Qui pouvait bien manquer à ce point au Professeur Caul ? A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose ? Mais ses paroles le perturbaient d’autant plus. Il avait peut-être raison quand il disait que les expériences de l’Ile Neuve pouvaient se révéler dangereuses…
Il avait raison aussi concernant ses responsabilités.

____________________________________________


Juin



Le professeur Gabor était seul dans la grande salle de laboratoire. La pièce était très mal éclairée par quelques vieux néons dont certains avaient déjà rendu l’âme. Cependant, il y avait aussi plusieurs écrans d’ordinateur, parfaitement visibles malgré la semi-obscurité. Ceux-ci affichaient d’innombrables données qu’un profane aurait bien du mal à comprendre. Au centre du laboratoire, d’étranges masses recroquevillées sur elles même baignaient dans un liquide verdâtre, enfermées dans cinq grandes cuves. Trois d’entre-elles étaient parfaitement reconnaissables. Il s’agissait d’un Bulbizarre, d’un Carapuce et d’un Salamèche. Ces Pokémon artificiels avaient bien grandi depuis février et entraient dans la phase finale de leur développement, au terme duquel ils pourraient enfin sortir de leur cuve afin que l’on puisse tester leur viabilité. Dans une autre cuve, bien plus grande, une autre créature dormait paisiblement, dans la même position fœtale. Le Projet Mewtwo était difficile à décrire, car il semblait correspondre aux rares descriptions de Mew, tout en présentant quelques caractéristiques différentes, plus particulièrement pour sa taille. Enfin, dans la dernière cuve, la petite Amber semblait sourire en dormant. Elle avait le corps d’un enfant de cinq ans et ses cheveux auraient dû lui arriver aux épaules s’ils n’ondulaient pas de manière presque hypnotique dans le liquide.

D’habitude, ils étaient toujours au moins deux scientifiques à veiller sur les expériences, mais le Dr Fuji avait dû s’absenter un instant le temps de passer des coups de fil importants tandis que Millstein et Arber prenaient leur pause déjeuner. L’estomac du scientifique protestait d’ailleurs contre cette injustice, car il était vide depuis la veille. En cet instant, Gabor aurait vraiment donné n’importe quoi contre un sandwich au bacon et il avait hâte que ses deux collègues viennent le relayer pour qu’il puisse enfin assouvir son appétit. Il pestait contre le Dr Fuji qui leur avait interdit de manger quoique ce soit dans le laboratoire afin d’éviter toute contamination. Il n’y avait que le Dr qui était autorisé à boire, dans sa vieille tasse macaroni posée près de l’ordinateur d’Amber. Comme si un peu de mayonnaise avait déjà tué quelqu’un…

Soudain, une petite lumière rouge s’alluma tout en produisant un son à la fois agaçant et répétitif. La surprise fit sursauter le Professeur Gabor qui chercha quelques secondes l’origine du bruit. Son visage pâlit en constatant que c’était de l’écran dédié à l’expérience Carapuce qu’il venait. Il s’approcha en trottinant et faillit tomber à la renverse en décryptant la situation. Les fonctions vitales de Carapuce commençaient à s’accélérer. Vite. Beaucoup trop vite.

Epouvanté, Gabor se mit à courir vers une armoire du laboratoire, dont la porte était fermée à clé. Il s’excita un instant sur le verrou avant de sortir son porte-clés. Malheureusement pour lui, il ne savait pas quelle clé était la bonne. Il en essaya deux, sans succès, et poussa un juron. Le bruit se faisait de plus en plus alarmant. Pressé par la situation, il s’éloigna de l’armoire et appuya sur un bouton marqué « Urgence ». Il sentit aussitôt son propre Talkie-Walkie s’agiter dans la poche de sa veste, mais n’y prêta pas attention et se remit à la recherche de cette fichue clé.

Il parvenait enfin à ouvrir l’armoire quand le Professeur Fuji débarqua, l’air paniqué. Il resta un instant dans l’encadrement de la porte, son regard passant de l’ordinateur de Carapuce au Professeur Gabor qui injectait le contenu d’une fiole dans une seringue, en passant par les cinq cuves expérimentales. Puis il sembla retrouver son calme et s’approcha de l’écran pour mieux s’informer.

- C’est une solution de toxine de Tentacruel que vous avez pris, Gabor ? demanda-t-il sans quitter l’écran des yeux.
- Oui, monsieur ! répondit-il. J’aurais déjà pu la lui injecter mais cette saleté d’armoire était fermée.
- Cessez d’essayer de vous expliquer
, l’interrompit Fuji en se mordant les lèvres. Dépêchez-vous !
- Oui oui !


Il enfonça l’aiguille de sa seringue dans une sorte de poche remplie de sang qui était reliée par un tuyau au Pokémon Tortue. Le Dr Fuji, quant à lui, pianotait à l’écran afin de modifier quelques paramètres de la machines d’incubation pour que le sang circule plus rapidement dans le corps de Carapuce.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda le professeur Millstein qui venait d’arriver, Emilie Arber sur les talons. Pourquoi est-ce qu’on nous a appelés ?
- Carapuce était en train de mourir
, lança Gabor en surveillant le cathéter.
- Quoi ? s’exclama Millstein. Mais …

Subitement, un nouveau bruit alarmant se fit entendre. Cette fois-ci, il provenait de l’ordinateur d’Emilie Arber, qui était relié à Bulbizarre. La scientifique poussa son collègue pour voir de ses propres yeux ce qu’il se passait.

- Son rythme cardiaque s’accélère trop vite ! s’écria-t-elle avec effroi. S’il continue à ce rythme, c’est la mort assurée !
- C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Carapuce
, lança Gabor, l’air interdit. Il doit rester du poison de Tentacruel, dépêche-toi d’en prendre pendant que Millstein stabilise la cuve !
- Inutile
, répondit Fuji, l’air irrité. Cela ne sert à rien… le cœur de Carapuce continue de battre plus fort que raison.
- Mais je lui ai injecté la Toxine !
s’écria Gabor. Il est censé se calmer !
- Et bien, venez donc voir par vous-même !
répliqua le Dr avec méchanceté. Ça n’avance à r…

Il s’interrompit. Un troisième bruit venait de s’ajouter. Le voyant rouge clignotait sur l’ordinateur relié à Salamèche et Gabor poussa de nouveaux jurons en s’en approchant.

- Bordel, mais lui aussi ! s’exclama-t-il, confirmant l’hypothèse des trois autres scientifiques. Mais qu’est-ce qui leur arrive !?
- Aucune idée, mais on va bientôt manquer de quoi les calmer
, constata Millstein, qui s’était rapproché de l’armoire.
- Rien à faire, moi je sauve Bulbizarre, s’écria Emilie Arber en lui arrachant des mains la dernière fiole de toxine avant de se diriger vers la cuve du Pokémon auquel elle avait été assignée.
- Donnez-moi tout de suite cette fiole ! s’énerva le Dr Fuji. C’est inutile de gâcher notre dernière dose si ça ne marche pas !
- On peut toujours essayer !
répondit-elle en essayant de passer à côté.

Le Dr Fuji dû lui attraper le bras pour qu’elle lui donne, non sans mauvaise humeur, la fiole de Toxine. Millstein, pendant ce temps, retournait l’armoire dans tous les sens à la recherche d’un quelconque produit pouvant les aider à ralentir le rythme cardiaque sans pour autant mettre les expériences en danger. Gabor, lui, s’acharnait, depuis son ordinateur, à stabiliser Salamèche. Sans succès…

Finalement, le premier bruitage d’alerte cessa, remplacé par un bruit long et sourd. Millstein en lâcha la fiole qu’il tenait en main à ce moment-là et resta quelques secondes sans bouger. Puis il accourut à l’écran de son ordinateur et constata le décès de son expérience.

- Carapuce est mort, dit-il, saisi d’effroi, en éteignant son ordinateur pour la première fois depuis plusieurs mois, faisant cesser le bruit. Crise cardiaque…

Soudainement, comme pour remplacer le signal sonore de Carapuce, une nouvelle alarme se mit à sonner, plus forte que les autres. Tous se figèrent. C’était Amber dont le cœur, comme celui des Pokémon, commençait à s’emballer.

Le Dr Fuji accourut à l’écran, repoussant violemment Emilie contre la cuve de Bulbizarre. Il fixa l’écran pendant quelques secondes, comme s’il ne pouvait pas croire ce qu’il avait devant les yeux. De colère, il tapa du poing sur la table, faisant basculer sa vieille tasse macaroni sur le côté qui roula, s’approchant dangereusement du bord. Il s’en détourna rapidement et, malgré ses propres affirmations, se mit à introduire de la toxine dans le cathéter de sa fille recréée. Pendant ce temps, Arber se relevait péniblement et se dirigeait vers son écran, l’air abattue. A peine s’était-elle mise aux commandes que son bruit cessa, remplacé par un autre, plus grave.

- Mort du sujet Bulbizarre, annonça-elle en séchant ses premières larmes. Son cœur a lâché, lui aussi…

Elle imita Millstein et débrancha son appareil afin qu’ils ne soient plus gênés par le bruit. Gabor était toujours à son ordinateur et pianotait à une vitesse alarmante pour tenter de trouver des paramètres qui viendraient en aide à son Pokémon. Mais rien de ce qu’il faisait ne semblait fonctionner. Arthur Millstein avait quitté son écran éteint pour aider le Dr Fuji, qui lui demanda de garder un œil au cathéter tandis que lui-même suivait l‘exemple de Gabor à la recherche d’une solution miracle.

Alors que Salamèche mourrait à son tour, sous les hurlements désespérés du professeur Gabor, Millstein ne put s’empêcher d’observer les Pokémon. On aurait dit que rien n’avait changé, qu’ils continuaient de dormir en attendant le jour où ils sortiraient enfin de là. Et pourtant, le cœur et leurs fonctions cérébrales ne réagissaient plus… La seule différence venait peut-être de Mewtwo et d’Amber. Millstein aurait juré qu’ils avaient des larmes qui perlaient aux yeux et que celles-ci remontaient à la surface, car elles étaient plus légères que le liquide dans lequel baignaient les clones. Se pouvaient-ils qu’ils comprennent ce qu’il se passait ?

Finalement, une dernière alarme s’alluma. Cette fois-ci, c’était Mewtwo. Millstein, Gabor et Arber se jetèrent tous les trois sur l’ordinateur du Pokémon. Ils s’excitèrent tous les trois et se disputèrent sur la marche à suivre pour au moins le sauver lui. Mais Le Dr Fuji, lui, était bien trop absorbé par ce qu’il faisait pour voir ce qu’il se passait autour de lui. C’était comme s’ils avaient toujours été seuls, lui et sa fille.

- Amber… Amber… répétait-il, des gouttes de sueur coulant de son front. Tient bon… Papa est là…

Enfin, il crut triompher en voyant la courbe cardiaque chuter à l’écran. Il se retourna en souriant pour fixer la cuve dans laquelle reposait sa fille. En se retournant, il provoqua un petit choc sur son bureau, qui fit tomber sa tasse Macaroni. Celle-ci se brisa en morceau au moment même où le bruit d’alarme fut remplacé par celui annonçant le décès de la jeune enfant clonée.

- Amber… dit le Dr Fuji en perdant subitement le sourire.

Il resta immobile, les bras pendant le long de son corps et le visage abattu. C’était comme si le monde s’était arrêté de tourner. Comme si lui-même était mort en cet instant. Plus rien d’autre ne comptait plus pour lui qui regardait le corps désormais sans vie qu’il avait conçu pour tenter de soigner son cœur meurtri. Mais c’était trop tard. Pour la seconde fois, sa fille lui était enlevée. Encore une fois tous ses efforts n’avaient servi à rien. Il était impuissant.

De leurs côtés, Arber et Gabor poussèrent un cri de victoire. Au moment même où Amber était morte, la courbe cardiaque de Mewtwo s’était affolée pour revenir soudainement à la normale. L’alarme avait cessé. Mewtwo était sauvé, au prix d’un sommeil plus profond.

Millstein, cependant, ne partageait pas leur soulagement quant à la survie de Mewtwo. Il partageait la peine de Gabor, Arber et, bien sûr, celle du Dr Fuji. Lui-même avait eu du mal à se résoudre à tuer Carapuce. Lui comme les autres clones…

Cela faisait plusieurs semaines que les paroles d’Aldebert Caul lui trottaient en tête. Il avait fini par se laisser convaincre par le scientifique, mais le plus dur était de se résoudre à être soi-même l’instrument qui effacerait les expériences contre-nature du Dr Fuji et du Professeur Higgs. Il savait que cela chagrinerait ses collègues qui, comme lui, s’étaient attachés au Pokémon qui leur avait été assigné. Et surtout il savait que ce serait un coup rude pour le Professeur Fuji. Mais il s’était finalement décidé à le faire et tout avait fonctionné comme sur des roulettes. Enfin presque… Car si Mewtwo avait survécu, son boulot n’était pas encore terminé… C’était sa responsabilité en tant que Pion dans la chute du Roi.

Posté à 09h49 le 31/01/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’An 8 après Dieu, l’année de la morale



D'après Albert Einstein :
Le problème aujourd'hui n'est pas l'énergie atomique, mais le coeur des hommes.


Le Dr Barnabé Holley était en train d’examiner une phalange fossilisée quand quelqu’un frappa à sa porte. Il n’y prêta pas de suite attention, croyant qu’il s’agissait d’un tour de son imagination, car il n’attendait personne et qu’il n’avait plus eu de clients depuis déjà quelques années. Mais quand la personne derrière la porte insista, il se releva nonchalamment et se dirigea vers la porte d’entrée qu’il ouvrit avant de se figer sur place.
Un homme, âgé d’une trentaine d’année, avec une moustache parfaitement brossée, habillé d’un pull-over brun, le regardait en souriant et en lui tendant la main.

- Bonjour, Dr Holley, lança-t-il avec excitation. Je me présente, je suis …
- Le Professeur Caul
, l’interrompit Barnabé en se renfrognant. Je vous ai déjà aperçu plusieurs fois.
- Ho, vous pouvez m’appelez Aldebert !
répondit-il en tendant toujours la main.
- Et qu’est-ce que vous me voulez ? demanda Barnabé Holley d’un ton irrité, sans même daigner accorder un regard à la main du professeur.
- J’ai lu vos articles sur la Renaissance des Pokémon fossilisés et je voulais vous poser des questions sur votre fameux projet avec Devon Corporation pour tenter de…
- Fichez le camp !
l’interrompit Barnabé Holley avant de claper la porte avec violence, laissant un professeur passablement étonné sur le pas de sa porte.

Le Dr Barnabé Holley enrageait intérieurement en se redirigeant vers son bureau. Le Professeur Caul était arrivé à Argenta voici quatre ans pour superviser l’implantation d’un Centre Pokémon dans la ville. Il l’avait quitté l’année suivante et, à ce jour, tout Kanto disposait de ces fameux Centres et les autres Régions commençaient à s’en doter, petit à petit. Mais ces établissements de soin hors du commun avaient eu un impact tout-à-fait improbable sur des personnes telles que le Dr Holley. En effet, autrefois, la principale source de revenu de Barnabé et sa famille venait des soins qu’il prodiguait aux Pokémon des dresseurs de passage à Argenta. Chaque ville et village avait son médecin spécialisé dans les Pokémon, autrefois. Mais à chaque fois qu’un centre s’installait, l’un d’eux faisait faillite. En effet, pourquoi préférer payer pour faire soigner ses Pokémon et attendre que ceux-ci se rétablissent alors que les Centres les remettent à nouveau sur pied dans un délai extrêmement rapide et ce gratuitement ?

L’arrivée à Argenta de ce Centre Pokémon avait signé le début de la déchéance de la famille Holley. Ayant rapidement perdu ses clients, Barnabé dû se recycler en guide touristique pour le Mont Sélénite, qu’il connaissait comme sa poche. Malheureusement, ce nouvel emploi ne pouvait plus leur garantir le rythme de vie qu’ils avaient avant. Sa femme finit par tomber malade. Elle était morte l’année dernière et, depuis, Barnabé vivait seul avec son fils, Isaac, âgé de huit ans.

De l’autre côté de la porte, Aldebert Caul réfléchissait. Il ne comprenait pas bien la réaction du Dr Holley. Il voulait juste se renseigner sur les avancées de Devon au sujet de la procréation des Pokémon préhistoriques, et sachant que le Dr Holley collaborait avec la société d’Hoenn, il s’était dit qu’il aurait de quoi satisfaire sa curiosité. Mais il n’avait pas anticipé l’antipathie de l’homme. Il retourna au Centre Pokémon où l’attendaient Dorothéa Crowfoot et Julie Dreyfuss, une amie d’enfance de cette dernière, qu’elle avait engagée pour les aider à inspecter leurs différents établissements. Celles-ci étaient en train de partager un pain aux raisins quand il entra dans le bâtiment.

- Ça ne s’est pas bien passé, c’est ça ? demanda Dorothéa en voyant le visage défait de son ami.
- Il a refusé de me parler, répondit Aldebert en prenant place à côté d’elle.
- Pourquoi donc ? s’étonna Julie Dreyfuss. Il vous a pris pour un vendeur à domicile ?
- Je ne pense pas, il a eu l’air de me reconnaître… Il a dû me voir du temps où je supervisais cet établissement.
- Ou il t’as vu à la télé avec Higgs
, proposa Dorothéa avant de mordre à pleines dents dans sa pâtisserie préférée. Tu lui as dit quoi ?
- Juste que je voulais me renseigner sur les avancées de Devon
, dit Aldebert en saisissant à son tour un pain aux raisins.
- Il a peut-être cru que vous faisiez de l’espionnage industriel pour la Sylphe Sarl, dit Julie.
- Allons, c’est ridicule… Même s’il est vrai que c’est Higgs qui m’a poussé à aller le voir personnellement quand nous avons parlé du sujet…
- Alors c’en est quand même un petit peu
, dit Dorothéa. Même si ça ne part pas d’une mauvaise intention de ta part, ajoute-t-elle précipitamment.

Pour mieux organiser les Centres Pokémon, l’ami d’Aldebert et de Dorothéa, le Professeur Higgs, avait en effet décidé de fonder une entreprise, du nom de Sylphe Sarl. Basée à Safrania, la Sylphe, outre la supervision des Centres, investissait dans bien des domaines de recherches scientifiques. Elle commençait à s’imposer de plus en plus sur les marchés du monde entiers, se spécialisant de plus en plus sur le matériel des dresseurs. Ils avaient déjà mis quelques fois des bâtons dans les roues de la société Devon, leur principal concurrent.

- De toute façon, il refuse de me parler, dit Aldebert en soupirant.
- Al’, tu ne vas pas te laisser abattre aussi facilement, quand même ! s’exclama Dorothéa. Un petit échec, c’est rien du tout, faut persévérer dans la vie !
- Mais il m’a claqué la porte au nez !
- Hé bien, t’as qu’à aller le voir à un endroit où y aura pas de portes !
proposa Dorothéa.
- Comment ça ?
- On s’est renseigné sur lui avec Julie pendant que tu étais parti. Il parait qu’il part de temps en temps seul au Mont Sélénites. Il est guide touristique d’ailleurs, mais il ne voudra sûrement pas te parler durant ses heures de travail, mais pendant son temps libre, t’auras tout le loisir de le questionner.
- Moui, pourquoi pas…
répondit Aldebert, pensif. Ça ne te dérange pas de continuer les inspections seule, alors ?
- Je suis avec Julie
, je te rappelle, dit Dorothéa en souriant. Puis on est des grandes filles tu sais, très professionnelles, tout ça tout ça.
- Bon, je vais m’arranger avec l’infirmière pour rester quelques jours ici, alors,
dit Aldebert en se levant de sa chaise, en fourrant le pain aux raisins dans la bouche.

Quand il fut assez éloigné de leur table, les deux femmes pouffèrent de rire avant de se taper dans la main en signe de victoire.

- Tu vois, je t’avais dit qu’on serait tranquilles pour notre rendez-vous demain avec ces charmants garçons d’Azuria, s’exclama Dorothéa en souriant.
- Tu as été géniale, répondit Julie.

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Le Dr Holley et son fils étaient en train de se promener aux alentours du Mont Sélénite. Connaissant le site comme sa poche, Barnabé voulait montrer à Isaac un lieu un peu isolé, mais qui regorgeait de Nautiles, des fossiles d’Amonita, un Pokémon disparu depuis des centaines de milliers d’années. Il en avait lui-même dégagé plusieurs spécimens qu’il avait étudiés pour Devon à l’époque où il travaillait en collaboration avec eux. Mais ses plus belles découvertes restaient un superbe crane, parfaitement conservé, de Ptera, ainsi qu’un squelette quasi complet de Kabutops, dont il ne manquait qu’une partie de la colonne vertébrale et de la jambe droite. Le Mont Sélénite regorgeait de fossiles anciens et c’était là la passion de Barnabé. Passion qu’il transmettait depuis quelques années déjà à son fils.

Celui-ci était très enthousiasmé à l’idée de chercher des fossiles avec son père. Son enfance avait été bercée par les histoires que son père lui racontait sur la faune disparue qui avait un jour peuplé la planète. D’Armaldo à Rexilius, en passant par Bastiodon, la plupart des exposés qu’il avait dû faire leur avait été consacré. Mais son préféré parmi tous étaient sans nul doute Amonita, dont la coquille parfaite présentait une caractéristique hors du commun et qui s’accordait tout-à-fait avec son autre passion : les mathématiques.

A seulement 8 ans, Isaac était un enfant surdoué, spécialisé dans les mathématiques. Son instituteur à Argenta lui apprenait déjà des points du programme pédagogique des élève de 14 ans tant il était déjà bien avancé. Il restait avec ses camarades du même âge, cependant, car il ne voulait pas perdre ses amis, et que son niveau dans les autres matières n’était pas aussi avancé.

Père et fils s’entendaient très bien et cette sortie était déjà prévue depuis de longs mois. Aussi Barnabé fut-il particulièrement contrarié en entendant la même voix que quelques jours avant les appelez de loin.

- Docteur Holley ! Quelle surprise !

Isaac se retourna et vit l’inconnu courir tant bien que mal vers eux. Aldebert était en effet chargé d’un grand sac de survie. Il portait un vieux chapeau encore plein de poussières qu’il avait récupéré de son père, ainsi qu’un large pull et un pantalon, ce qui n’était pas vraiment indiqué pour la marche en montagne un jour d’été comme celui-ci. Il avait le visage rouge de chaleur et dégoulinait de sueur. Malgré tout, sa moustache restait très soignée et bien brossée, comme à son habitude. Le spectacle était grotesque et l’enfant eut un petit rire. Cet homme n’avait sûrement pas l’habitude des randonnées. Lorsqu’il arriva à leur hauteur, il s’arrêta pour prendre son souffle et faillit tomber, emporté par le poids de son propre sac.

- Alors comme ça, vous aussi vous visitez le Mont Sélénite ? balbutia Aldebert entre deux halètements bruyants.
- On se baladait, répondit Barnabé en se pinçant la lèvre, partagé entre l’amusement et l’agacement.
- Et vous connaissez bien le coin ? demanda le professeur en reprenant tout doucement son souffle.
- Ha, sinon, je ne serai pas guide touristique…
- Vraiment ?
fit semblant de s’étonner Aldebert. Quelle chance pour moi ! ça ne vous dérange pas alors si je vous accompagne ? Je ne connais pas la région et je ne voudrai pas passer à côté des merveilles de la nature !
- Hé bien si, ça me dérange
, déclara Barnabé Holley. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas vous parler.
- Nous ne sommes pas obligés de parler fossiles
, proposa Aldebert. Puis si vous désirez, je ne vous parlerai même pas, je resterai muet. Qu’en dites-vous ?
- De toute façon, je ne me débarrasserai pas de vous aussi facilement cette fois-ci, je suppose…
soupira Holley en recommençant à marcher, la main de son fils dans la sienne.
- Ravi que vous acceptiez ! Je resterai muet comme un Magicarpe !

Qui aurait cru que les Magicarpe étaient si bavards ? C’était la question que le jeune Isaac et son père se posèrent sans cesse le long du chemin. Aldebert Caul ne pouvait pas s’empêcher de parler, que ce soit pour proposer une blague, raconter une anecdote, ou encore faire une remarque sur la beauté de la nature, de sa faune et de sa flore. D’abord un peu intimidé, l’enfant avait décidé d’imiter son père et de ne pas réagir aux paroles de cet étrange personnage. Mais au fur et à mesure, l’enfant ne pouvait s’empêcher de s’étonner et de rire. Tout le contraire de son père qui faisait de son mieux pour l’ignorer.

Ils s’étaient éloignés des chemins habituels et traversaient un sentier irrégulier. Le Professeur suait plus que jamais sous le poids de son sac et sous son chapeau qui, s’il le protégeait du soleil, chauffait le haut de sa tête de telle sorte qu’il se serait cru dans un four. Les deux autres étaient biens mieux équipés, et surtout plus habitués à de telles promenades. Aussi, quand le Dr Holley décréta qu’il était temps de faire une pause pour déjeuner, Aldebert se laissa tomber en arrière. Le choc aurait pu être absorbé en grosse partie par le sac s’il n’avait pas eu la brillante idée de tomber sur un Racaillou endormi. Le Pokémon se dégagea tant bien que mal avant de commencer à lapider le professeur qui battit en retraite, sous les rires de l’enfant. Le Dr Holley lui-même eut du mal à se retenir.

Une fois le Pokémon parti, le père et son fils sortirent leur sandwich de leur sac à dos. L’air inquiet, l’enfant se tourna vers Aldebert.

- Vous avez pris de quoi manger, m’sieur ? demanda-t-il.
- Ha, ça, j’y ai pensé, j’ai tout ce qu’il faut ! dit Aldebert en posant son sac.

C’est alors que le Dr Holley comprit pourquoi le sac du professeur semblait si lourd. Celui-ci en sortit en effet une bonbonne de gaz, qui devait peser à elle seule une vingtaine de kilos vu la tête que tirait le Professeur en l’attrapant, ainsi qu’un bec Bunsen, une poêle, une petite casserole, une boite d’œufs, un sachet de lard et deux boites de conserve, tout en renversant du sac de nombreux objets, parmi lesquels des couverts, un petit télescope, un livre de chimie et un Rubik’s cube. Cette fois-ci, Barnabé ne put s’empêcher d’éclater de rire.

- Vous vous trimballez tout ça depuis le début ? demanda-t-il en se reprenant.
- Bien sûr, répondit Aldebert en raccordant le bec à la bonbonne. J’ai toujours été incapable de faire un feu dans la nature, et je n’ai pas de Pokémon capable de m’aider, alors j’ai pris le matériel adéquat.
- Et ça ne vous est pas venu à l’idée de préparer un sandwich ou quelque chose qui peut se manger froid ?
- Heu… j’ai des pains aux raisins…
dit-il en montrant un sachet. Vous en voulez ?

L’atmosphère étant détendue, le Dr Holley invita le Professeur Caul à venir manger à côté d’eux, une fois qu’il eut fini de faire cuire sa fricassée. Aldebert libéra Balignon de sa Pokéball pour qu’il joue avec Isaac, qui explorait les lieux à la recherche de traces de fossiles, une pâtisserie dans les mains, pendant que les adultes discutaient et que Barnabé donnait des conseils pour la prochaine ballade d’Aldebert.

- On ne m’y reprendra plus, reconnu ce dernier. Mon sac était horriblement lourd…
- La prochaine fois, vous prendrez le strict nécessaire, comme nous : repas, gourdes, pansements, boussole…
- Et les outils, à quoi vous servent-ils ?
demanda Aldebert en voyant dépasser du sac d’Isaac un pinceau et une sorte de grattoir en métal.
- On cherche des fossiles, dit Barnabé. Le Mont Sélénite en regorge, surtout quand on sait où aller. C’est la première fois que je viens pour ça avec Isaac, il était tout excité.
- Vous cherchez des échantillons pour votre projet avec Devon, c’est ça ?
se risqua Aldebert en évoquant le sujet.

Barnabé Holley se tut, perdant son sourire. Il avait la mine défaite et agacée. Aldebert, en voyant l’impact de sa question sur le Docteur, déglutit. Il avait été trop vite en besogne.

- Pardonnez-moi, se précipita-t-il. Je ne vous dérangerai plus sur le suj…
- Je ne fais plus partie du Projet Devon
, l’interrompit Barnabé.
- Vraiment ? s’étonna Aldebert après quelques secondes de silence. Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Je n’ai jamais vraiment fait partie de Devon
, précisa Barnabé en grimaçant. J’étais plus une sorte de consultant dans ce projet. Consultant volontaire, même. Je n’étais pas payé. Hors, aller jusque Hoenn pour travailler là-dessus, ça coûte cher. Et lorsque j’ai perdu mon ancien travail, je n’ai plus eu les moyens d’aller les aider…
- Vous avez perdu votre travail ?
répéta Aldebert Caul en fronçant les sourcils. Mais vous êtes…
- J’étais médecin pour Pokémon. Or, quand vous êtes arrivé avec votre Centre Pokémon m’a fait perdre tous mes clients. J’ai dû renoncer à ce Projet.


Un moment de silence gêné s’installa. Aldebert comprenait enfin la première attitude du Dr Holley à son égard. Il lui avait fait perdre son travail avec les Centres Pokémon. Le professeur Caul était sous le choc. Il n’avait jamais pensé au fait qu’il ait pu faire perdre leur emploie à des gens.

- Pourquoi Devon ne vous aurait-il pas payé le trajet, si c’était pour venir les aider ? balbutia-t-il finalement, pour changer de sujet.
- Ils disaient qu’ils n’avaient plus besoin de moi quand je leur ai annoncé ça. Je suppose que s’ils peuvent éviter des frais…
- Et si je vous payais le trajet ?
proposa soudainement Aldebert.
- Je n’ai pas besoin de votre pitié… répondit Barnabé en fronçant les sourcils.
- Non, ce n’est pas de la pitié, dit Aldebert en baissant les yeux. Je me sens responsable… C’est tout…
- Vous l’êtes
, confirma sèchement Holley.
- Alors permettez-moi de vous aider, dit Aldebert.
- Il est temps de nous remettre en route, répondit Holley en se levant, détournant le regard. Isaac ?
- Oui papa !
répondit l’enfant en se retournant, suivi de Balignon.

Le Professeur Caul se dépêcha de ranger toutes ses affaires dans son sac, tout en en salissant l’intérieur, ayant oublié de laver la poêle. En attrapant ses dernières affaires, il eut cependant un moment d’incompréhension. Son Rubik’s Cube, qu’il avait pris sans faire exprès, avait été résolu pendant qu’il parlait avec le Dr Holley, par le fils de ce dernier.

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Au bout d’une nouvelle heure de marche, qui fut un peu plus morose que les précédentes, comme si Aldebert avait oublié sa langue derrière lui, les trois randonneurs arrivèrent près d’une petite cavité dans la roche. Celle-ci s’enfonçait à environ 2 mètres dans la montagne et ses parois regorgeaient de fossiles d’Amonita, comme si un banc de ces Pokémon s’était vu piégé dans une coulée de boue, ou que ces derniers s’y étaient regroupés pour mourir. Le petit Isaac était surexcité et, sous les conseils de son père, entreprit avec divers outils de dégager un Nautile de la roche.

C’était un travail long et pénible, et il fallait s’armer d’une grande patience pour réussir à dégager un fossile sans l’abîmer. Aussi Aldebert préféra-t-il ne pas s’y risquer et se contenta d’observer les parois avec beaucoup d’attention, tout aussi fasciné qu’Isaac par les lieux.

Enfin, au bout d’une bonne heure, Isaac parvint à dégager son premier fossile de la roche. Il poussa un cri de joie et commença à étudier de plus près le fossile, le tournant dans tous les sens, passant consciencieusement ses doigts sur chaque strie de la coquille. Aldebert l’applaudit et, pour toute réponse, l’enfant lui tira la langue avec malice, ce à quoi le professeur répondit par la même grimace avant de se rapprocher.

- Tu es un parfait paléontologue, fit remarqué Aldebert en observant le fossile dans les mains d’Isaac.
- Comme mon papa ! lança-t-il fièrement. En plus, Amonita, c’est mon préféré de tous !
- Ha bon ?
dit Aldebert en souriant. Mon Pokémon disparu préféré, c’est le Dragmara, à cause de ses proportions gigantesques, mais toi, pourquoi préfères-tu Amonita ?
- A cause de sa coquille
, dit l’enfant. C’est une spirale hélicoïdale construite en suivant la suite Fibonacci.

Aldebert écarquilla les yeux. La suite de Fibonacci est une suite mathématique dont chaque nombre est le résultat de l’addition des deux nombres qui le précède. Cette suite est connue pour se trouver dans différents endroits de la natures, telles que les végétaux et, comme le disait l’enfant, les coquilles de certains animaux ou Pokémon. Mais ce n’était pas vraiment le genre de réponse à laquelle il s’était attendu de la part de ce jeune enfant.

- Il est l’heure de rentrer, maintenant, si nous voulons être de retour à Argenta pour la nuit, dit Barnabé Holley. Au fait, professeur Caul…
- Oui ?
- J’ai réfléchis toute l’après-midi… Je … je crois que je vais accepter votre proposition pour Devon…


Aldebert lui sourit en hochant la tête et, sans rien dire de plus, Holley se remit en marche, suivi de son fils et de leur nouvel ami, le professeur Aldebert Caul.

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La Pince d’Or était un des meilleurs restaurants de la ville de Safrania. Son emblème, un Krabboss doré, était largement visible dans toute la rue et ses différentes spécialités étaient vantées par de nombreux critiques. Le seul petit inconvénient était sûrement le prix, qui empêchait monsieur et madame Tout-le-monde d’en profiter. Mais les affaires marchant à bon train, le Professeur Higgs était rapidement devenu l’un des habitués de l’établissement. Il surprit néanmoins le serveur en demandant cette fois à être installé à une table de quatre, sous prétexte qu’il attendait quelques invités. Le premier d’entre eux à arriver, le Professeur Caul, débarqua vêtu de son vieux Pull-over absolument horrible, et faillit être jeté à la porte sans l’intervention de son ami, lui qui était parfaitement habillé.

- Tu aurais pu faire un effort, plaisanta Higgs en s’asseyant en face de lui.
- C’est juste eux qui manquent de goût, ronchonna-t-il.
- Et sinon, quoi de neuf ? demanda Higgs en croisant les bras. Depuis ton exil à Argenta je n’ai quasi plus eu de nouvelles.
- Je n’avais pas réussi à avoir d’informations de la part du Dr Holley
, dit Aldebert. Alors j’ai essayé de me rapprocher de lui. C’est un homme charmant. Il a un fils très intelligent aussi…
- Et tu as tes infos ?
demanda Higgs d’un air curieux.
- Pas vraiment, répondit son ami en examinant la carte du restaurant. Il avait été écarté du Projet Devon par manque de moyen, mais j’ai réussi à le convaincre d’accepter mon argent pour qu’il puisse les rejoindre et je gardais son fils jusqu’à son retour, hier.
- Et il donc, il t’a donné des informations ?
insista Higgs. Ne serait-ce que pour te remercier…
- Je les ai refusées
, dit Caul en relevant la tête, constatant le visage désappointé de son ami. Tu sais… nos Centres ont poussé vers la ruines tous ceux qui soignaient les Pokémon avant nous… Et c’en était un… Je lui devais bien ça.
- Il n’empêche que tu aurais dû accepter, Al’
, reprit Higgs, mécontent.
- Cela lui aurait causé des problèmes avec Devon, reprit Caul, l’air embarrassé.

Il se tut, fuyant le regard de son ami, mal à l’aise. Évidemment, il le savait contrarié, mais il savait aussi qu’il avait agi comme le dictait sa morale. Aussi n’avait-il aucun regret à avoir. Et pourtant, il se sentait bien mal à l’aise en ce moment. Il se sentait lourd, alors qu’il n’avait rien avalé de la journée. Des gouttes de sueur commençaient à perler sur son front.

Finalement, cette ambiance froide et désagréable prit fin avec l’arrivée de Dorothéa et d’un homme qu’il n’avait encore jamais vu. Ce dernier devait avoir leur âge. Il portait un imperméable noir ainsi qu’une paire de lunette. Ses cheveux étaient bruns et bien coiffés. Il adressait de grands sourires à tout le monde et Dorothéa le tenait par le bras, ce qui surprit autant Higgs que Caul.

- Bonjour ! clama-t-il d’une voix aimable en arrivant à leur table avec Dorothéa. Vous devez être Mr Higgs et Mr Caul ?
- C’est ça
, dit Aldebert en se levant pour lui serrer la main.
- D’habitude, on nous appelle « Professeur », précisa Higgs en imitant son ami. Mais c’est vrai que ce n’est pas nécessaire. Vous êtes ?
- Stephen Shelley
, dit-il en serrant la main de Caul d’une poigne vigoureuse.
- Nous nous sommes rencontrés à Azuria, précisa Dorothéa.
- Et donc vous êtes … ensemble ? demanda Aldebert avec un regard pétillant, l’index faisant des allers-retours entre eux deux.
- C’est ça, confirma Dorothéa. On ne se quitte plus !
- Mais c’est une très bonne nouvelle, ça !
s’exclama Aldebert.
- Je comprends pourquoi Dorothéa m’a demandé de réserver une quatrième chaise, maintenant. Je compte sur vous pour rendre notre amie heureuse, Mr Shelley, dit Higgs en se rasseyant, copié par les autres.
- Je ferai tout mon possible pour, le rassura Stephen Shelley avec un sourire.
- Vous êtes les premiers à qui je le présente, précisa Dorothéa. Le pauvre était tout stressé.
- Tes amis ne sont pas n’importe qui, tu sais. Les fameux scientifiques qui ont révolutionné notre société, les professeurs Higgs et Caul…
- Vous pouvez m’appeler Aldebert !
- Et peut-on savoir ce que vous faites dans la vie, Mr Shelley ?
questionna le professeur Higgs.
- Je suis écrivain, répondit-il en souriant. J’écris de la science-fiction et des romans policiers.
- Vraiment ?
dit Higgs, intrigué. Il faudra que vous me recommandiez vos livres.
- Mais avec plaisir
, répondit Shelley.

La suite du repas se passa dans la bonne humeur. Les plats commandés par chacun et conseillés par le Professeur Higgs étaient absolument délicieux et le vin coula à flot pour fêter le nouveau couple. Stephen Shelley se montra d’ailleurs être un homme sympathique, avec pas mal de répartie et une excellente culture générale. Il plaisait autant à Higgs qu’à Aldebert. Enfin, lorsqu’ils eurent terminé, ils sortirent du restaurant tous les quatre, Higgs les ayant invités à visiter les locaux de la Sylphe.

Ils se dirigeaient ensemble vers un grand immeuble quand une ombre gigantesque passa au-dessus d’eux. Partout dans la rue, des gens criaient leur étonnement et pointaient le ciel du doigt. Ils s’arrêtèrent nets et levèrent leur regard à leur tour. Ils n’en crurent d’abord pas leurs yeux.

Ce qui attirait tant les regards était un Ptéra, un Pokémon ailé, connu pour avoir été l’un des plus dangereux prédateurs de son époque. Mais le problème était là, cette époque s’était terminée des centaines de milliers d’années auparavant et l’espèce était censée s’être éteinte depuis lors.

Le Pokémon faisait des cercles dans le ciel, comme s’il cherchait quelque chose. Soudain, il fondit droit sur eux, ses pattes acérées prêtes à se saisir d’une proie. Les cris des passants résonnèrent et tout le monde se mit à fuir les rues et à se réfugier dans les boutiques, les laissant seuls dehors, pétrifiés sur place devant l’horreur de la situation. Heureusement, ils se ressaisirent et parvinrent à esquiver l’attaque en s’écartant précipitamment, chacun de leur côté, et le Pokémon s’envola à nouveau.

- Qu’est-ce que c’est que ce truc ? s’écria Stephen Shelley, blanc comme un linge, sans oser quitter la créature des yeux.
- On dirait un Ptéra, dit Higgs, stupéfait.
- Non mais tu plaisantes, la race est éteinte depuis longtemps ! cria Dorothéa.
- Sauf si quelqu’un a réussi à les ramener à la vie, rétorqua Higgs d’un ton irrité en jetant un regard à Aldebert.

Celui-ci ne répondit rien. Il était hébété par la présence de ce Pokémon préhistorique. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Et si Holley avait réussi… ?

Il n’eut pas le temps de réfléchir plus. Le Ptéra repassa à l’attaque, en visant le professeur Higgs en particulier, cette fois-ci. Il esquiva de justesse ses serres aiguisées qui déchirèrent néanmoins son costume en le frôlant. Puis, sans plus attendre, il appela Amos, son Teraclope, à la rescousse.

- Amos, Ball’ombr ! cria-t-il.

Le Spectre s’exécuta et enchaîna les attaques pour essayer de toucher le Prédateur aérien, mais celui-ci volait très rapidement. Puis, sans crier gare, il passa une troisième fois à l’assaut, toujours en visant le Professeur Higgs.

Cette fois-ci, celui-ci ne comptait pas bouger. Il restait droit et digne face à la créature qui fonçait droit sur lui. Mais son Pokémon se dressa sur la route du Ptera et lui fit exploser dans la gueule une de ses Ball’Ombr. Le Pokémon volant tomba à terre, déstabilisé, puis se prit ensuite un jet d’eau surpuissant lancé par le Flagadoss que Stephen Shelley avait appelé aux secours. Le Pokémon préhistorique essayait tant bien que mal de se remettre debout quand Amos, encore lui, le plaqua à terre en le maintenant de ses deux puissantes mains. Il se débattit quelques secondes avant de recevoir de nouveaux jets d’eau et de s’évanouir de fatigue. Les humains se rapprochèrent alors prudemment de la bête, puis, constatant qu’il n’y avait plus de dangers, poussèrent un soupir de soulagement.

- C’était… Génial ! s’écria Shelley. C’est un des trucs les plus incroyables qui me soit arrivé !
- Content pour vous
, dit Higgs en se pinçant les lèvres. Je dois dire qu’être pris pour proie ne m’a pas entièrement satisfait…

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Aldebert frappa violemment à la porte de Barnabé Holley. Pressé et impatient, il répéta l’opération en appelant le docteur par son nom. Il insista encore quelques fois avant que le petit Isaac ne lui ouvre enfin, la mine fatiguée, en se frottant les yeux. Il était vêtu d’un pyjama bleu et Aldebert comprit qu’il l’avait réveillé en faisant tout ce bruit.

- Aldebert ? dit-il en baillant. Qu’est-ce qu’il se passe ?
- Désolé de te réveiller Isaac, mais je dois absolument parler à ton papa
, murmura Aldebert en se penchant pour se mettre au niveau de l’enfant. Il est là ?
- Oui, je crois qu’il est dans son bureau…
- Tu veux bien que j’entre ?
- Oui oui
, répéta l’enfant en mettant sa main devant sa bouche qui laissait échapper un nouveau bâillement.
- Tu ferais mieux d’aller au lit… conseilla le scientifique avant de se diriger vers le bureau du Dr Holley, laissant l’enfant retourner dans les bras de Cresselia.

Barnabé Holley était assis à son bureau, la tête dans les mains. La pièce était à peine éclairée par une simple lampe de chevet. Devant lui, des dossiers en papiers, écrits à la main, étaient éparpillés, et une bouteille de Whisky presque vide trônait. Aldebert avança prudemment et se plaça juste devant son ami, de l’autre côté du bureau, et le regarda d’un air sévère.

- Devon a réussi, c’est ça ? Vous avez redonné vie à des Pokémon fossilisés.

Devant le mutisme du Dr Holley, Aldebert Caul soupira.

- Pourquoi est-ce que vous avez fait ça ? demanda Aldebert. C’était vous, le Ptera, pas vrai ?
- Oui…
lâcha Holley après quelques secondes.
- Pourquoi nous avoir attaqués ? répéta Caul en sentant la rage l’envahir.
- Pas vous… Mon Ptera n’avait qu’une seule cible, le professeur Higgs.
- Mais pourquoi, nom de Dieu !
s’écria Aldebert. Je sais que vous avez perdu votre emploi, mais ce n’est pas une raison pour commettre un meurtre !
- Le professeur Higgs est dangereux
, répondit Holley. J’ai appris des choses sur lui et sa société quand j’étais chez Devon…
- Higgs, dangereux, m’enfin, c’est pas lui qui envoie des prédateurs disparus sur les gens !
s’exclama Aldebert en s’emportant, renversant la bouteille qui se brisa par terre.
- La Sylphe s’introduit dans d’innombrables secteurs. Les soins, les médicaments, l’alimentaire… Et cause de plus en plus de pertes d’emplois par de-là le monde. Je n’étais qu’une des premières victimes, mais il y en aura d’autres… beaucoup d’autres.
- Et c’est une raison pour vouloir le tuer ?
s’écria Aldebert.
- Ce n’est pas tout. Nous avons ouïe dire que certaines recherches de la Sylphes étaient dénuées de tout sens moral.
- Qu’est-ce que vous racontez ?
Je fais partie de la Sylphe et…
- Ce sont des recherches secrètes qu’Higgs ne voudrait surement pas voir révélées au grand jour, précisa Holley. On nous a parlé de clonage humain…
- C’est ridicule !
dit Aldebert. Pourquoi Higgs voudrait-il se lancer là-dedans !? Et puis vous avez commis une tentative d’assassinat tout de même !
- Je suis prêt à en payer le prix. Ils sont en route, pas vrai ?


Aldebert se tut et prit un air un peu plus gêné. C’était vrai, Higgs avait clairement parlé d’Holley comme suspect et, lorsqu’il l’avait quitté pour rejoindre en toute hâte Argenta, il attendait les envoyés du département de la Justice pour leur faire part de ses soupçons. Ils n’allaient pas tarder à arriver.

- Aldebert, commença Barnabé. Vous êtes un type bien… Franchement… Je sais que vous n’avez jamais voulu faire du mal à personne, que vous n’aviez juste pas imaginé les victimes collatérales de vos Centres… Alors quittez le navire. Ne soyez pas un engrenage de cette machine infernale qui prend de plus en plus d’ampleur…
- Vous me demandez de couper les ponts avec mon meilleur ami ?
demanda Aldebert avec un petit rire forcé.
- Je vous demande d’écouter votre morale, reformula le Dr Holley. Et de prendre soin d’Isaac.
- Comment ça ?
s’étonna Aldebert, en fronçant les sourcils.
- Si je suis jeté en prison, je ne pourrai plus m’occuper de lui, dit Holley. Il n’aura plus de famille… Vous vous êtes très bien occupé de lui pendant que j’étais à Hoenn, je sais que vous ferez du bon travail.
- Mais mais mais…
balbutia Aldebert. Je ne … Il y a des démarches à …
- J’ai ici tous les papiers nécessaires…
dit Holley en attrapant quelques feuilles. Vous n’aurez qu’à les signer si vous êtes d’accord… Prenez-les.

Aldebert hésita quelques instants puis attrapa les documents que le Dr Holley lui tendait avec une certaine appréhension. Il les regarda ensuite sans rien dire, sous le choc.

Un bruit le ramena à la réalité. Quelqu’un frappait à la porte. Il adressa un regard interrogateur à son ami qui hocha la tête.

- Adieu, Professeur Caul, chuchota Holley juste assez fort pour que celui-ci l’entende alors qu’il sortait de son bureau. Et merci…

Aldebert ouvrit la porte. Il fut surpris de voir que son ami, le professeur Higgs, se tenait seul devant lui, l’air grave. La même impression désagréable de mal-être qu’au restaurant l’envahit.

- Il est là ? demanda Higgs, le regard sombre.
- Oui… répondit-il en baissant les yeux et en serrant les mains.
- Si ça ne te dérange pas j’aimerai régler ça seul, dit-il en passant à côté de lui, droit vers le bureau, comme s’il savait déjà où il se trouvait.

Aldebert ne répondit pas. Il s’assit à la table de la cuisine et commença à lire les documents que le Professeur Holley lui avait donnés. Il eut le temps de tout lire dans les moindres détails. Tout lui semblait en règle. Sur la dernière feuille, il y avait un post-it qui disait qu’un dernier cadeau pour Isaac se trouvait dans un des tiroirs de la cuisine. Aldebert se leva et ouvrit le tiroir en question, dans lequel se trouvait une petite boite recouverte de papiers cadeaux. Aldebert l’attrapa et la glissa dans son manteau, la tête pleine de pensées.

De nouveau, on frappa à la porte, plus violement. Aldebert se dirigea vers l’entrée, où se trouvait déjà le professeur Higgs, qui se tenait dans l’encadrement de la porte aux côtés d’Amos, son Teraclope, face à deux hommes en imperméables.

- Oui, il s’est suicidé, annonça-t-il aux agents du Gouvernement. Nous sommes arrivés trop tard, mon ami et moi. Nous avons trouvé une lettre où il avouait tout.
- On va régler cette affaire, dans ce cas
, reprit l’un des hommes. Merci pour vos renseignements.
- Mais je vous en prie
, dit Higgs en laissant passer les deux hommes.

Il se retourna et vit Aldebert le regarder avec une expression d’effroi mêlée à de la rage. Celui-ci attendit néanmoins que les deux investigateurs soient assez loin pour laisser exploser tout ce qu’il avait à dire.

- Qu’est-ce que c’est que cette histoire ! s’écria-t-il. Il était parfaitement conscient quand je l’ai laissé pour venir t’ouvrir !
- Ha bon ?
fit semblant de s’étonner Higgs. C’est bizarre, je l’ai trouvé comme ça, empalé par la lame fossilisée d’un Kabutops.
- C’est toi qui l’as tué !
- Voyons Al’, tu me connais, non ? Ce n’est pas mon genre et puis, franchement, as-tu la moindre preuve ?


S’en était trop pour Aldebert qui colla une droite sur le visage de son ami qui, surpris, tomba à la renverse. Amos se dressa entre son dresseur de manière à intimider Aldebert, mais celui-ci était trop en colère.

- C’est fini, Higgs, cria-t-il. Je démissionne !
- Tu m’en vois navré…
dit Higgs en se relevant péniblement, un peu sonné. Mais si tu venais à changer d’avis…
- Vas-t-en !
cria Aldebert. Je ne veux plus te voir !
- Tu es vraiment stupide, Al’
, lança Higgs en passant l’encadrement de la porte, suivi par son Pokémon. J’espère que tu reviendras vite à la raison…

Et sans rien ajouter, le directeur de la Sylphe Sarl sortit de la maison du Dr Holley.

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Dans le cimetière d’Argenta, un homme et un enfant étaient seul face à une toute nouvelle tombe. Aldebert Caul était devenu légalement le tuteur du jeune Isaac Holley. Ils restèrent un instant silencieux devant le marbre puis s’en allèrent. L’enfant avait beaucoup pleuré la mort de son père. Aldebert lui avait expliqué une partie de ce qu’il s’était passé ce soir-là, mais l’avait épargné de plusieurs détails, notamment la responsabilité de son père dans la tentative d’assassinat du Professeur Higgs.

Ils allaient devoir déménager. Les quelques années passées à la Sylphe Sarl laissaient à Aldebert un sacré magot qu’il gardait au cas où. La vie du jeune enfant et celle de son tuteur ne seraient plus jamais la même.

En quittant le cimetière, Aldebert s’arrêta subitement et sortit de son manteau une boite dont il avait presque oublié l’existence. Il expliqua à Isaac qu’il s’agissait du dernier cadeau de son père et la lui donna. L’enfant s’empressa de retirer le papier cadeau et en sortit une simple Poké-ball. Puis, en essayant de l’ouvrir, il invoqua un petit Amonita. Et à nouveau, l’enfant se mit à pleurer.

Posté à 09h32 le 24/01/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L'an 3 après Dieu, l'Année des Prophètes



D'après Albert Einstein :
L'escalier de la science est l'échelle de Jacob, il ne s'achève qu'aux pieds de Dieu


Assis devant son poste de télévision, Erick Kandell était à la fois fasciné et horrifié par ce qu’il entendait depuis quelques minutes. Le présentateur du journal s’excitait dans tous les sens, comme à son habitude, pour présenter ce qu’il prétendait être « La plus grande avancée de la science depuis plus de vingt ans ». D’abord sceptique, le Docteur Kandell devait reconnaître que, s’il ne s’agissait pas là d’un canular, la nouvelle avait de quoi ébranler la planète entière.

- C’est donc dans la ville de Jadielle que j’ai eu la chance de voir les premières démonstrations publiques de cette fameuse machine, continuait la voix du présentateur télé tandis que l’écran affichait l’image de quelques Pokéballs déposées sur un étrange appareil comme le Dr Kandell n’en avait jamais vu auparavant. Il suffit en effet de déposer les Balls pour que, environ quarante minutes plus tard, les Pokémon soient complètement soignés de toutes les blessures et maladies qu’ils auraient pu avoir endurées, quelle qu’elles soient ! Il s’agit donc d’une manière extrêmement simple de soigner nos braves partenaires et plutôt rapide comparé aux méthodes de soins traditionnelles !

À ça, c’était pas peu dire, pensait Erick Kandell en grimaçant. Des Pokémon, il en avait soigné des centaines, mais il fallait souvent plusieurs jours avant que ceux-ci ne soient complètement rétablis. Les Pokémon ont beau avoir pour la plupart une résistance physique hors du commun et un organisme qui se régénère plutôt rapidement, lorsqu’ils se cassent un os ou sont gravement blessés, leurs dresseurs ne peuvent pas compter sur eux avant un moment et il est alors recommandé d’aller chercher de l’aide chez des spécialistes comme lui. Cependant, si les images n’étaient pas truquées, il venait d’assister au soin complet d’un Ponyta dont la patte avait été fracturée, et ce en moins d’une heure. Un véritable miracle ! A moins qu’il ne s’agisse d’acte de sorcellerie ? Pour le moment, Erick était partagé.

- Cette machine tout droit sortie des plus grands rêves de science-fiction est l’œuvre de deux jeunes génies, les Professeurs Higgs et Caul, déclara le présentateur. Tous les deux surdiplômés de l’Université de Jadielle, ces deux jeunes scientifiques s’étaient déjà faits remarqués dans le monde de l’avancée scientifique quelques années avant. Mais aujourd’hui, ils révolutionnent complètement notre mode de vie avec cette nouvelle technologie hors du commun ! Professeur Higgs, pourriez-vous nous en dire plus ?
- Bien sûr, Jean-Pierre
, répondit un jeune homme aux cheveux noirs, très bien habillé et qui devait avoir à peine la trentaine. Aldebert et moi-même travaillons sur cette machine depuis déjà trois ans. Elle a déjà subi beaucoup de modifications depuis sa première version valable, qui demandait presque une semaine pour soigner un Pokémon. Mais à force de travailler dessus, nous avons reculé ce temps d’attente à moins d’une heure avec la version que nous vous présentons aujourd’hui. De plus, de nombreux défauts ont été corrigés et c’est parce que la version actuelle ne comporte plus aucun risque que nous la présentons aujourd’hui au grand public.
- Trois années de dur labeur pour une grande découverte
, conclut le présentateur en souriant. Et que comptez-vous faire de votre fabuleuse création ?
- C’est justement en partie pour ça que nous vous avons invité à venir, Jean-Pierre
, répondit le jeune Higgs avec un sourire enthousiaste. En effet, nous allons ouvrir un établissement privé à Jadielle où il sera possible d’utiliser notre machine et ce gratuitement.

En entendant ce dernier mot, le cœur d’Erick Kandell rata un battement et le Docteur faillit s’étouffer. Un établissement de soin gratuit et rapide ?

- Gratuitement ? répéta le présentateur, qu’Erick suspecta de vouloir lui faire du mal. Mais c’est une excellente nouvelle pour tous les dresseurs et même pour monsieur et madame Tout-le-monde ! Mais, excusez mon scepticisme, comment diable allez-vous faire pour maintenir l’établissement si celui-ci est gratuit ?
- Nous avons tout prévu
, répondit le professeur Higgs. En effet, notre machine ne se contente pas de soigner, elle a aussi plusieurs capteur qui scannent les Pokémon. Nous recevons ainsi quelques revenus de plusieurs laboratoires de recherches à qui nous vendons les informations récoltées. Ce n’est pas tout, j’ai hérité d’une fortune colossale de mon père. Si nous avons utilisé une grosse partie pour financer nos recherches, il y a encore de quoi prendre soin de notre premier établissement. Nous avons aussi quelques sponsors qui se sont avancés pour nous aider et, enfin, nous proposerons un service payant afin de permettre aux dresseurs de passage de passer la nuit dans l’établissement, et ce à prix cassé.
- C’est vraiment incroyable !
s’exclama le présentateur. Vous avez donc pensé à tout ! Et cet établissement unique en son genre se trouvera donc ici, à Jadielle ?
- Dans un premier temps, oui
, confirma le professeur Higgs. Cependant, nous ne comptons pas en rester là et nous avons déjà acheté quelques locaux pour les aménager dans le futur si notre Projet fonctionnait bien. L’objectif final étant que chaque ville, voir village, soit équipé de ce genre de service.
- Une grande nouvelle ne vient jamais seule !
reprit le présentateur. Je vous souhaite bonne chance dans ce Projet qui pourrait changer la face du monde ! Tout de suite, visitons ce premier établissement qui, j’en suis sûr nous sera bientôt partout dans le monde famil…

Le poste de télévision s’éteignit. Erick Kandell avait la tête dans les mains. Il était découragé, offusqué, mais aussi très impressionné. Cependant, il avait surtout très peur pour l’avenir. Et puis il y avait aussi une once de jalousie.

Depuis près de quinze ans, le Dr Erick Kandell étudiait le Poison des Pokémon. Il avait écrit différents articles scientifiques très sérieux sur la possibilité de se servir de cette toxine particulière pour plusieurs fins, notamment améliorer les soins de Pokémon. Mais ses collègues lui avaient souvent rit au nez à ce sujet. Utiliser du Poison pour soigner, n’était-ce pas un peu paradoxale ? Et pourtant, le Dr Kandell le savait, ses recherches n’allaient pas tarder à porter leurs fruits car il était déjà en de très bonnes voies.

Mais maintenant qu’une machine était capable de soigner à grande vitesse tous types de maux, l’impact de ses recherches sur le monde avait grandement diminué, au point même d’être insignifiant si leur Projet d’établissement partout dans le monde venait à se concrétiser.

Le professeur enrageait. Il s’était fait devancer par surprise par deux jeunes personnes dont il n’avait jamais entendu parler. Des années de recherches rendues inutiles en une seule émission de télévision. Car une telle découverte, Erick le savait, ferait aussi couler beaucoup d’encre pendant les jours, voir les mois à venir.

A moins que quelqu’un ne tue le Projet dans l’œuf ? Mais pour cela, il fallait faire vite.

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Le jeune professeur Higgs était assis sur un banc de son propre établissement. Celui-ci n’était pas des plus confortables, mais le confort des dresseurs et patients n’était pas encore le point le plus important à régler dans leur fameux Projet. Et puis, pour le service révolutionnaire qu’ils offraient, personne n’avait encore osé se plaindre de quoique ce soit. Ils avaient pourtant mis un questionnaire libre d’accès afin d’évaluer les services mais, à part quelques petits plaisantins, tous leurs clients semblaient satisfaits.

En cette après-midi, dans ce premier Centre Pokémon de l’histoire, des dresseurs affluaient parfois de villes voisines pour tester cette médecine révolutionnaire que proposait leur création. Aussi y avait-il une petite file de personnages en tout genre, pris en charge un à un par mademoiselle Carine Joëlle. Ils avaient engagé cette jeune femme, originaire d’Argenta, quelques jours avant. Sa phase de test allait d’ailleurs se terminer le lendemain et ce avec succès. Cette demoiselle s’était montrée des plus charmantes avec tous les clients qui s’étaient présentés, leur parlant, les rassurant, leur vantant les mérites de leur technologie, etc.

Carine Joëlle avait des yeux bleus et des cheveux roses, coiffés en deux tresses formant deux grandes boucles. Higgs et Caul lui avait offert un uniforme d’infirmière rose et blanc, ainsi qu’un Leveinard, Pokémon qu’ils avaient choisis pour être la mascotte de leur Projet. C’était un choix qui leur avait paru assez évident au premier abord. Ils avaient côtoyé de nombreux Leveinard malgré leur rareté et en avaient capturé quelques-uns à l’époque. Ils savaient à quel point ce Pokémon pouvait être dévoué et c’était justement ce qu’ils voulaient faire passer comme message. Aussi Carine et sa partenaire gérait le Centre et Higgs était plus là pour réfléchir que pour les surveiller. Il n’en avait presque pas besoin. Pourtant il restait là, entre les tumultes et bavardages de dresseurs. Il lui fallut d’ailleurs un moment pour se rendre compte qu’Aldebert l’appelait en se faufilant parmi leurs clients.

- Hey ho, tu dors ou quoi ? lui demanda son ami en s’asseyant finalement à côté de lui.
- Désolé, j’étais perdu dans mes pensées.
- Je ne sais pas comment tu fais pour te concentrer ici,
répondit Aldebert d’un air étonné avant de prendre une expression plus malicieuse. A moins que tu n’aies pris d…
- Non, Al’, je n’ai pas pris de Spore
, répliqua Higgs en devinant les pensées de son ami.
- Ha, dit Aldebert en reprenant un air sérieux. Dit, j’ai trouvé un nouveau contact pour la revente des données !
- Tu m’en diras tant
, répondit son ami en détournant les yeux.
- C’est le Professeur Chen, tu sais, le gars de Bourg-Palette.
- C’est pas celui qui a été tout un temps Maitre de la Ligue ?
- Si, c’est pour cela qu’on lui a donné ce surnom de « scientifique le plus proche des dresseurs ». Et comme il s’est fait pas mal de relations, il est largement bien financé et est prêt à mettre le prix !


Le Maitre de la Ligue est un poste très particulier dans chacune des régions. Il s’agit en quelque sorte du représentant de tous les Dresseurs Pokémon de la région auprès du Gouvernement et des autres Ministres. Contrairement à ceux-ci, qui sont élus entre eux et souvent conseillés par leur prédécesseur, le Maitre de la Ligue est désigné chaque année lors d’une compétition : la Ligue Pokémon. Cependant, un même dresseur peut rester Maitre de la Ligue aussi longtemps qu’il restera invaincu. C’est à lui que revient la désignation des Champions d’ Arènes et membres du Conseil des 4. Ensemble, ils forment la crème des dresseurs de la région qu’ils occupent. Ceux-ci sont alors amenés à collaborer avec l’Etat pour plusieurs tâches.

- Et qu’est-ce qu’il compte faire de toutes ces données ? demanda distraitement Higgs.
- Il compte mettre au point une encyclopédie générale regroupant toutes les espèces de Pokémon et les informations générales s’y rapportant. Le tout dans un appareil à l’usage des dresseurs. C’est formidable non ?

Son ami ne répondit pas. Il continuait d’observer Carine Joëlle s’occuper des clients avec un visage quelque peu contrarié.

- Higgs ? Hey, tu dors ou quoi ?
- Mmmh, quoi ? Pardon, tu disais ?
- Qu’est-ce qui te distrait comme ça ?
demanda Aldebert en promenant son regard dans toute la pièce. Ce ne serait quand même pas la petite Carine qui te met dans cet état ?
- Quoi mais enfin, qu’est-ce que tu racontes !
lança Higgs avec un petit rire nerveux.

Voyant le grand sourire satisfait se dessiner sur le visage de son ami, Higgs soupira. Oui, leur première employée ne le laissait pas indifférent, au contraire. Il ne lui trouvait que des qualités.

- Tu sais, je me dis qu’on devrait faire en sorte que Carine devienne le nouveau visage des Centres Pokémon.
- C’est-à-dire ?
demanda Aldebert, soudain perplexe.
- Carine est une jeune femme charmante et qui ne laisse personne indifférent. Associer le visage d’une jeune femme dévouée et pleine de qualité au concept de Centre Pokémon ne peut que le populariser encore plus.
- Oui, mais nous voulons en installer dans toutes les villes de Kanto et Jotho, Carine ne pourra pas être partout à la fois
, fit remarquer Aldebert.
- Certes, elle restera ici, à Jadielle, mais les futures infirmières que nous embaucherons pourraient tout de même garder quelques … similitudes avec elle.
- Et tu entends quoi par « similitudes » ? Si tu parles de l’uniforme, c’est déj...
- La couleur des yeux, des cheveux et la coiffure
, l’interrompit Higgs. Nous ne devrions recruter que des femmes aux yeux bleus et aux cheveux roses, à qui nous imposerions la coiffure.

Aldebert Caul resta un instant sans bouger, bouche bée, abasourdi, avant de reprendre la parole.

- Mais mon vieux, c’est … surréaliste ! On ne trouvera jamais assez d’employés pour tous les Centres que nous voulons ouvrir !
- Ho, une teinture des cheveux est encore possible
, répliqua Higgs en se pinçant la lèvre. Ou des lentilles pour les yeux …
- Mais et les qualifications requises ?
- Elles n’ont pas besoin de beaucoup de diplômes
, lança Higgs. Une rapide formation suffira.
- Oui, bon, d’accord
, bégaya Caul. Mais… Pourquoi diable veux-tu qu’elles se ressemblent toutes ?
- Pour l’effet mascotte,
répondit simplement son ami. Je sais qu’on a déjà Leveinard, mais si les infirmières se ressemblent toutes en plus, l’effet n’en sera que plus marquant !
- Mouais
, soupira Aldebert. De toute façon, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour. On en reparlera quand on aménagera Argenta, Azuria et Safrania

Higgs ne répondit pas. Il portait de nouveau son regard sur les clients et Carine Joëlle. Il entendit un petit ricanement venant de son ami mais n’y prêta pas attention. Lorsque la porte de l’établissement s’ouvrit sur un nouvel individu, Higgs ne lui accorda d’abord qu’un regard distrait. Mais lorsqu’il vit le visage de ce dernier, il fut soudain frappé d’un mauvais pressentiment.

Le teint de l’homme était d’un mauve très pâle, ce qui en soit était déjà très atypique. Mais contrairement aux autres clients, qui, au contraire de leurs Pokémon, étaient habituellement en bonne santé, celui-ci n’allait clairement pas bien. Il haletait et avait la tremblote. Ses yeux fatigués exposaient de grandes cernes, pires que celles de Dorothéa en période d’examen. Un filet de bave sortait négligemment de sa bouche.

Les dresseurs qui étaient le plus proche de lui s’écartèrent brusquement, la main sur la bouche, comme pris de nausée. Higgs se leva en même temps que l’infirmière Joëlle se dirigeait vers le nouveau venu, apparemment inquiète. Mais avant que quiconque ne puisse réagir, l’homme cracha au visage de Carine une énorme quantité de matière violette.

La femme tomba à genoux et tenta d’enlever avec ses mains un maximum de cette substance, tout en luttant pour ne pas vomir. L’homme dégageait en effet une odeur effroyable. Il continuait d’avancer, cherchant quelque chose du regard. C’est alors qu’un Skelénox se dressa devant ses yeux.

- Amos, Ball’ombr, lança le Professeur Higgs.

Le Spectre s’exécuta directement, projetant l’homme contre le mur de l’établissement. Il poussa quelques gémissements avant qu’un Balignon ne lui saute dessus et ne commence à se tortiller dans tous les sens, laissant échapper un nuage de Spore vertes et jaunes. L’homme éternua, envoyant une petite dose de matière violette sur le Pokémon avant de s’immobiliser. Balignon continua à se secouer frénétiquement, afin de se débarrasser de cette substance étrange et nauséabonde tandis que la rumeur des conversations reprenait parmi les clients, qui manifestaient leur antipathie envers cet étrange individu. Higgs, lui, accourait vers l’infirmière.

- Ça va, mademoiselle ? demanda-t-il d’une voix inquiète.
- Bheu… je me sens pas très bien… répondit-elle avec un haut-le-cœur.
- Venez, Leveinard va s’occuper des clients et le Professeur Caul de cet individu, pas vrai Al’ ?

Aldebert avait déjà rejoint son Balignon et se penchait actuellement sur l’homme paralysé. Il avait mis un chiffon devant son nez et sa bouche pour ne pas avoir à sentir l’odeur nauséabonde qu’il dégageait. Higgs aida Carine à se relever puis la conduisit jusqu’aux vestiaires de l’établissement. Il l’aida à se débarrasser de l’étrange mixture violette tout en la rassurant. Lorsqu’elle manifesta son besoin de prendre une douche, il acquiesça et retourna dans la salle d’attente.

Tous les regards étaient tournés vers l’étrange intrus et Aldebert qui l’examinait tandis que Leveinard prenait en charge les Pokéballs des dresseurs. Voyant que le Pokémon se débrouillait, Higgs se dirigea vers son ami et collègue.

- Tu peux m’expliquer ce qu’il s’est passé ? demanda-t-il d’un ton mécontent.
- Il est mort, chuchota Aldebert, le regard sombre.
- QUOI ? s’exclama Higgs. Mais tes spores ne sont pas censées…
- Ce ne sont pas les Spores de Balignon qui l’ont tué
, répliqua le Professeur Caul. Il était malade ou a été empoisonné, je crois.
- Et le truc qu’il a craché ? C’était quoi ?
- J’en ai pas la moindre idée
, répondit Aldebert. Mais je crois que c’est ce qui l’a fait tomber malade…
- Tu penses qu’il a pu contaminer quelqu’un, alors ?
demanda Higgs, saisi d’horreur. Et … Carine…
- Elle a reçu une dose de plein fouet
, confirma Aldebert. Comme Balignon… Mais il existe un remède.
- Tu viens de me dire que tu ne savais pas ce que c’était
, dit Higgs en plissant les yeux.
- Exact. Mais d’après l’enveloppe que je viens de trouver dans sa poche, quelqu’un veut bien échanger le remède.
- C’est du chantage, alors ? Qu’est-ce qu’il veut ?
- Les Plans de notre machine.


______________________________________________


Erick Kandell revenait du marché avec son Coatox. Ce Pokémon originaire de Sinnoh était extrêmement rare à Kanto, mais il s’en était procuré un lors de ses recherches au Grand Marais de Verchamps. Il était son principal producteur d’échantillons pour ses recherches sur la Toxine des Pokémon. Il avait un sac plein de baies diverses et colorées, destinées à de nouvelles expériences.

Lorsqu’il entra dans son laboratoire, il fut d’abord surpris de voir que la porte n’était pas verrouillée à clé, mais ne s’en inquiéta pas pour autant. Mais quand il vit un homme assis devant son propre ordinateur, il s’arrêta subitement et, de surprise, lâcha son sac, répandant son contenu par terre. Il déglutit en reconnaissant l’homme qu’il avait vu à la télévision un peu plus d’une semaine avant.

- Qu’est-ce que vous foutez dans mon laboratoire !? lança-t-il avec colère.
- Mmmmh ? fit le jeune scientifique en se retournant. Ha ! Dr Kandell, justement, je vous attendais !
- Sortez d’ici
, exigea Erick, le regard sombre, tandis que Coatox manifestait à son tour sa mauvaise humeur par un croassement. Je n’ai rien à vous dire.
- Alors vous ne voulez pas que je vous donne les Plans de Dieu ?
demanda Higgs.

Le Dr Kandell déglutit une nouvelle fois. Alors ainsi ils avaient compris que c’était lui qui était à l’origine de la contamination de leur établissement ? Il pensait pourtant être resté assez discret…

- Vous n’avez rien à faire ici, j’avais imposé mes modalités pour échanger mon antidote contre vos plans de manière anonyme.
- Mais maintenant que nous sommes face à face, pourquoi ne pas régler cela de suite ?
proposa Higgs en souriant.

Erick Kandell se sentait très mal à l’aise. Il n’avait pas prévu de rencontrer un des scientifiques qu’il visait. Qui plus est, le professeur Higgs paraissait si décontracté face à celui qui avait tenté un attentat contre son établissement que le Docteur en toxicologie en perdait ses moyens. On aurait dit que le Professeur Higgs dégageait une sorte d’aura mystérieuse et étouffante, comme si la pression terrestre s’était intensifiée.

- Vous avez parlé des « plans de Dieu », bredouilla l’homme. C’est ainsi que vous l’avez appelée ?
- C’est ainsi que moi je l’appelle
, confirma le jeune scientifique.
- Vous vous rendez compte, alors, des risques que le monde encourt avec votre création ?
- Dieu va changer la face de Monde
, dit Higgs, paisible. Cela ne fait aucun doute.
- Mais en bien ou en mal ?
demanda Kandell en sentant des gouttes de sueur perler à son front. Une telle révolution risque aussi d’entrainer des dérives !
- Des dérives ?
répéta Higgs en élargissant son sourire. Comme quoi ?
- Votre machine, votre Dieu, permet à une Utopie de se réaliser. Hors, toute Utopie a ses points sombres qui se cachent du regard des hommes à première vue ! Le Gouvernement va se mêler de votre histoire et vous pervertira ou vous aliénera ! Puis il y a l’avenir de tous les autres médecins qui est aussi en jeu !
- Vous pensez donc que le Gouvernement risque de nous pervertir ou de nous manipuler ?
demanda Higgs, toujours aussi confiant. Mais mon cher Dr Kandell, et si c’était le contraire qui allait se produire ?
- Comment ça ?
- Je vois que vous avez bien compris quel pouvoir nous offre Dieu
, dit Higgs. Quelle importance grandissante cette machine risque d’avoir sur le monde. Il va sans dire que le Gouvernement voudra se mêler de nos affaires, mais si c’était justement ce que j’attendais ?

Erick Kandell regardait le Professeur Higgs avec un air horrifié. Il avait pensé que ces jeunes inventeurs ne mesuraient pas l’énorme potentiel de leur création, de l’impact qu’ils allaient avoir sur le monde. Mais il s’était trompé. Ce jeune homme en était parfaitement conscient et comptait bien s’en servir. S’il avait éprouvé quelques regrets à lancer son plan pour récupérer les plans, il n’en avait plus désormais.

- Vos machinations ne se réaliseront pas, dit le Dr Kandell en se ressaisissant. Vous allez me donner les plans de votre Dieu et je les rendrais publique, réduisant votre influence à néant.
- Et si je ne vous donnais pas ces plans ?
proposa Higgs en exposant toutes ses dents.
- Je ne vous donnerai pas l’antidote pour sauver votre collègue !
- Si vous parlez d’Aldebert, il n’a pas été contaminé
, dit Higgs. D’ailleurs, il n’y a eu qu’une seule personne à être touchée, l’infirmière Carine Joëlle.
- Et vous la laisseriez mourir pour vos ambitions ?
répondit l’homme, effaré.
- Ho que non, dit Higgs. Cependant, vous nous avez sous-estimés. Nous avons-nous-même fabriqué l’antidote.

Le Dr Kandell se figea un instant, l’air choqué, avant d’éclater de rire.

- C’est du bluff ! lança-t-il. J’ai mis des mois à imaginer cette toxine particulière, et il faudrait être un expert en toxicologie pour imaginer l’antidote ! Et l’expert, ici, c’est moi !
- Vous savez donc que l’organisme de certains Pokémon est capable de transformer le Poison en d’autres substances, plus bénéfiques à l’organisme ?
- Evidemment que je le sais, c’est là-dessus que sont basées toutes mes recherches !
s’exclama le Dr Kandell.
- Le Balignon du Professeur Caul a été en contact direct avec votre mixture, et, contrairement à notre chère infirmière, n’a présenté aucun problème de santé. Grâce à lui, nous avons obtenu de quoi soigner mademoiselle Joëlle. Ho, le mérite revient surtout à Aldebert, je n’ai fait que l‘assister. Il s’est d’ailleurs beaucoup basé sur les recherches d’un certains Dr Kandell.
- C’est impossible…


Le Dr Kandell n’en croyait pas ses oreilles. Non seulement l’homme qu’il avait envoyé n’avait pas réussi à contaminer un des scientifiques, mais en plus ceux-ci avaient trouvé un remède en se basant sur ses propres recherches. Intérieurement, il enrageait.

- J’en conclus que c’est aussi de cette manière que vous avez fabriqué l’antidote ? demanda Higgs en reprenant un air sérieux.
- Ouais… répondit-il. J’ai utilisé un Scorvol et non un Balignon, mais je suppose que c’est pareil.
- Il n’y a donc rien d’autre à faire ?
demanda Higgs en serrant les poings.
- Comment ça ? dit Erick Kandell en relevant la tête.

Le jeune scientifique avait troqué son sourire confiant contre un visage plus renfrogné et colérique, qui aurait eu de quoi effrayer quiconque le regardait. Mais ce changement soudain d’attitude mit la puce à l’oreille du Dr Kandell.

- Il y a quelque chose qui ne va pas ? demanda-t-il.

Soudain, son Coatox vola en l’air, criant de douleur. Il tomba durement sur une armoire et son dresseur vit un Skelénox s’acharner sur lui.

- Hey, qu’est-ce que vous foutez !?
- Votre remède que vous vouliez nous échanger contre Dieu est une vraie daube
, lança Higgs avec colère. Le Poison que vous avez fabriqué reste dans l’organisme et cet antidote ne permet que de stopper momentanément ses effets !
- Quoi ?
s’exclama le Dr Kandell, effaré. Mais je l’ai testé sur…
- Miranda et John Estman
, compléta Higgs. La femme et le fils de l’homme que vous avez envoyé chez nous. C’est une amie qui m’a aidé à les trouver. Je reviens de leur domicile. N’ayant pas eu de nouvelles doses d’antidote depuis vos fameux tests, ils sont morts à leur tour. Votre procédé est incomplet. Vous étiez tellement pressé que vous n’avez même pas fait d’analyses complémentaires !

Erick Kandell était bouche bée. Il avait lui-même synthétisé ce Poison à base de la Toxine Pokémon pour en faire une vraie malédiction pour l’organisme. En apprenant l’existence de Dieu via les médias, et par peur de l’influence que cette machine allait avoir, il avait eu l’idée de se servir de son Poison et avait accéléré les tests. Il avait fabriqué son antidote et l’avait rapidement testé sur une famille de Parmanie. Il pensait que cela avait été un succès, mais il s’était trompé. Il avait tué toute une famille pour échouer dans ses plans.

Subitement, le Dr Kandell ricana, s’attirant le regard noir du Professeur Higgs. Il éclata d’un rire de folie tandis que Skelénox achevait son Pokémon. Higgs avait bluffé ! Il n’avait pas tout perdu finalement !

- Dans ce cas, votre infirmière va mourir ! lança-t-il. Et malgré votre Dieu, vous ne pourrez pas la sauver.
- C’est votre faute
, dit Higgs.
- Ho en partie seulement ! Sans votre machine, rien de tout cela ne ser…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Amos, le Skelénox, s’était jeté sur lui pour lui faire subir le même sort qu’à son Pokémon. Erick Kandell cria et se débattit de toutes ses forces, mais le Spectre, malgré sa taille modeste, était bien plus hargneux que ce qu’il laissait croire. Le Professeur Higgs, quant à lui, regarda son Pokémon s’acharner sur ce stupide toxicologue. Il avait espéré que la solution d’Aldebert était provisoire et que le Professeur avait un autre antidote en réserve, mais rien qu’à la vue de la famille Estman, il avait perdu une grande partie de ses espoirs. Carine Joëlle était condamnée à devoir prendre toute sa vie l’antidote. Mais un jour, celui-ci ne suffirait plus, et le Poison prendrait le dessus…

Lorsqu’Amos eut terminé, le professeur Higgs répandit de l’essence dans tout le laboratoire. Il avait déjà récupérer les fichiers des recherches de Kandell sur une clé USB, histoire de ne pas perdre tout ce que le Professeur avait fait. Qui sait, cela pourrait toujours servir un jour ? Puis il quitta le laboratoire tandis que son Pokémon déposait un simple Feu Follet sur place.

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- Alors ? demanda Dorothéa en voyant son ami rentrer dans le Centre Pokémon.
- Alors Kandell était un illustre idiot, répondit Higgs, désappointé. Son remède était le même que ce que nous avions fabriqué.
- Je suis désolée…
- Tu n’as pas à l’être, tu as tout fais pour nous aider
, dit Aldebert en souriant à Dorothéa.

La jeune femme s’était en effet fortement investie dans cette affaire en découvrant l’identité d’Ernest Estman et en remontant jusqu’à sa famille à Parmanie, puis en découvrant l’existence d’un Dr en Toxicologie Pokémon dans les environs de la ville.

- Mais ça ne change rien, elle va mourir…, dit Higgs en se mordant les lèvres.
- Pas de suite, dit Aldebert. Elle aura une vie totalement normale pendant encore une bonne dizaine d’année ! Et si nécessaire, il suffira d’augmenter la dose…
- Mais elle finira par y succomber
, répliqua Higgs. Et c’est notre faute.
- Ne dis pas de bêtises !
s’écria Dorothéa. C’est ce connard de Dr Kandell le responsable ! Qu’est-ce qu’il a dit d’ailleurs ?
- Il n’était pas au courant que ce n’était pas suffisant. Il a eu l’air très affecté quand je lui ai dit que les Estman étaient tous morts.
- Il devra vivre avec la responsabilité de leur mort sur la conscience
, dit Aldebert d'un ton grave en soupirant.
- C’est cela… répondit Higgs en cachant un petit sourire.

Son regard se porta sur Dieu, la machine qu’il avait conçu avec Aldebert. Ils avaient beau avoir accompli un miracle pour la médecine, ils étaient encore incapables de soigner une vie humaine. Mais les pouvoirs que Dieu allait lui conférer dans le futur ferait bientôt de lui l’un des hommes les plus influents de la Planète. Et, à la toute fin, il pourra enfin réaliser une vieille promesse…

Posté à 23h30 le 22/01/18

Rapion/Drascore ...

Rapion et Drascore




Scorpions



Ces deux Pokémon sont évidemment inspirés de l'ordre des Scorpions, un ordre d'Arthropode de la classe des arachnides, qui se distingue de leurs cousines araignées par leurs pinces au bout des pattes avants, ainsi que par un aiguillon au bout de l'abdomen, souvent venimeux.


Un zouli scorpion


Les caractéristiques que partagent nos Pokémon avec les Scorpions sont assez simple à apercevoir. Tout comme eux, ils sont venimeux. Le bout de leur abdomen est développé de la même manière que chez les scorpions, mais, au bout, on retrouve plutôt une nouvelle pince. Chez Rapion, il n'y a pas de pinces à la paire de patte de devant, alors que c'est bien le cas chez Drascore.

La structure de leur corps, c'est-à-dire la division de son corps en plusieurs "fragments", est aussi visible chez les scorpions.

Thelyphonidae



Les deux Pokémon partagent aussi des caractéristiques avec des araignées de la famille des Thelyphonidae


Cette image est dédiée à tous les arachnophobes d'Arcane


Ces araignées possède un corps assez semblable en apparence aux scorpions, avec lesquelles on les confond parfois. La flagelle au bout de leur abdomen est plus mobile que celle d'un scorpion habituel, et possède des glandes répulsives.Le principal lien qui relie les Thelyphonidae (c'est une torture à écrire, je ne remercie pas le scientifique qui lui a donné ce nom) à nos Pokémon, c'est que le corps de l'arthropode et celui de Drascore sont composés de 12 segments chacun. (Attention, ça dépend de ce que vous comptez comme fragments et c'est clairement un peu subjectif... )

Puis vous avez vu ses jolies mandibules?

Les Scorpions de mer



Les scorpions de mer, ou Euryptérides, sont un ordre d'arthropode éteint ayant vécu du Silurien au Permien. Comme leur nom l'indique, ils sont fort semblables aux scorpions actuels. Certains disposaient même d'un aiguillon au bout de l'abdomen, comme les nôtres. Fort semblables, disions nous. Si ce n'est leur taille, bien plus proche de notre Drascore. En effet, certaines espèce étaient capables d'atteindre 2m et plus! Ils occupaient d'ailleurs le haut de la chaine alimentaire de l'époque.


Alors, c'est sûr qu'aller à la plage avec ces petites choses, c'est pas très encourageant.


Le lien avec nos Pokémon ne s'arrête pas là, puisque ceux-ci appartiennent au groupe de reproduction aquatique 3, qui regroupe aussi, entre-autre, Anorith, Colhomard, etc... Et affirme donc les origines aquatiques de notre Pokémon.