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Unpuis deux puis trois puis.... STOP

Amateur de théorie, lui-même théoricien à ses heures perdues.

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Posté à 23h43 le 24/04/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 59 après Dieu, l’année de l’Utopie (2/2)



Dorothéa Crowfoot était assise à son bureau, triant quelques dossiers. Elle ne cessait de fixer l’horloge du coin de l’œil. Lorsqu’enfin celle-ci indique 16h30, elle se releva, un peu péniblement, prête à passer à l’action. Elle sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine comme jamais auparavant. L’appréhension et l’excitation étaient telles qu’elle ne se souvenait plus d’avoir été dans un tel état depuis le jour de son mariage avec Stephen.

C’était maintenant ou jamais qu’elle devait agir. L’emploi du temps d’Higgs indiquait qu’à cette heure, il débutait une réunion importante en privé avec le Ministre de l’Urbanisme. Il ne serait donc pas là pour la prendre sur le fait, et, étant elle-même Sous-directrice, sa présence n’éveillerait aucun soupçon.

Elle se dirigea donc vers le septième étage, décidant d’emprunter les escaliers malgré sa hanche qui la faisait souffrir, afin de ne pas être trahie par les caméras des ascenseurs. Elle regretta vite, cependant, et arriva essoufflée à destination. Gravir les escaliers n’était plus de son âge. Mais elle restait déterminée. Avançant d’un air décidé, elle déboulonna dans le couloir, sans accorder le moindre regard aux autres employés. Enfin elle arriva à destination.

L’ordinateur central de la Sylphe Sarl était extrêmement protégé et son accès y était particulièrement règlementé. C’était là que transitaient toutes les données de l’entreprise, et seules quelques personnes haut placées pouvaient y accéder. Dorothéa faisait justement partie de ceux-là, mais elle ne comptait pas se servir de son identifiant cette fois-ci. Car en l’utilisant, c’était ses propres dossiers auquel elle aurait accès. Or, c’était de ceux du Professeur Higgs qu’elle avait besoin.

Et justement, presque par hasard, juste avant une réunion dans une grande salle, elle avait déniché une feuille de papier griffonnée sur laquelle elle avait trouvé tous les identifiants du Professeur Higgs, écrits à la main par ce dernier. Comme elle était encore seule, elle s’était empressée de faire une photo, mais avait fait semblant de rien une fois que les autres avaient commencé à arriver. Puis elle en avait testé quelques-uns, constatant qu’ils fonctionnaient bel et bien.

Cependant, malgré l’accès à quelques données supplémentaires, elle n’avait pas encore eu le nécessaire. Ce qu’elle visait, c’était tous les dossiers secrets du Professeur Higgs, et elle comptait bien les récupérer en accédant à ses fichiers depuis l’ordinateur central. Action qu’elle ne pouvait réaliser qu’en s’identifiant comme le Professeur Higgs lui-même.

Elle observa la grande porte blindée et soupira. Elle touchait enfin au but. Plus que quelques minutes, et elle aurait de quoi faire tomber Higgs auprès de la Table Ronde et de la Justice. Elle pourrait alors l’empêcher de mettre à bien tous ses plans. C’était maintenant que l’avenir du monde se jouait.

Elle approcha d’un écran qui lui demanda de s’identifier. Evidemment, elle y inscrivit le mot de passe, long et compliqué, du Professeur Higgs au lieu du sien. La porte s’ouvrit immédiatement et un petit message de bienvenue s’inscrivit sur l’écran. Sans attendre, Dorothéa s’engouffra, regardant néanmoins derrière elle, pour être sûre que personne ne la suivait.

La salle dans laquelle elle se trouvait était, d’ordinaire, protégée par des faisceaux lumineux dangereux, capables de brûler toute chaire vivante qui y serait exposée. Mais, comme elle s’était précédemment identifiée, ceux-ci s’étaient coupés. Il n’y avait qu’une nouvelle porte à franchir avant d’accéder à l’ordinateur central, en s’identifiant à nouveau, avec un mot de passe différent.

Sûre d’elle, Dorothéa tapota le mot de passe qu’elle lisait sur sa photo. Mais arrivé à son terme, un message lui indiqua un accès refusé. Elle déglutit, mais se dit qu’elle avait peut-être dû faire une simple erreur en indiquant les différents caractères et réessaya. Comme c’était encore un échec, elle se mordit la lèvre et tenta de nouveau, en changeant un caractère qu’elle aurait pu confondre avec un autre. Puis, voyant que cela ne fonctionnait toujours pas, elle commença à paniquer tandis qu’elle réessayait, encore et encore.

- Je peux peut-être t’aider, Dorothéa ?

La Sous-directrice se figea. Son cœur venait de rater un battement, elle avait bien cru qu’elle allait avoir une crise cardiaque. Son index était toujours appuyé sur l’écran, et elle sentait de grosses gouttes de sueur perler à son front. Puis, finalement, elle soupira et se retourna, pour faire face au Professeur Higgs.

- Ha, c’est toi, lança-t-elle d’un ton faussement étonné. Tu n’avais pas un rendez-vous important ?
- Je l’ai décalé
, répondit Higgs, son Noctunoir dans le dos. Tu as un problème ?
- Ho, heu… rien…,
lança Dorothéa tentant tant bien que mal à cacher son embarras. Je peine un peu avec mon… mon mot de passe…
- C’est peut-être l’âge
, dit Higgs en relevant les sourcils. Nous nous faisons vieux tous les deux…
- Oui, peut-être…
- D’ailleurs,
s’exclama Higgs en souriant, ça me rappelle que je voulais te parler au sujet de la retraite.

Le visage de Dorothéa devint soudain blanc comme un linge tandis qu’elle écarquillait les yeux.

- Tu es peut-être plus jeune que moi, mais tu as beaucoup donné pour la Sylphe, et tu as bien dépassé l’âge légal depuis longtemps, continua le Professeur. Et puis, il y a tes problèmes de santé… Je pense qu’il serait bon pour toi d’arrêter, maintenant.
- Je refuse
, lança sèchement Dorothéa. C’est en travaillant que je me maintiens en vie. Vie que j’ai consacrée pour notre entreprise.
- Et pour tout cela, je te remercie, ma très chère Dorothéa
, répondit Higgs en fronçant les sourcils tandis que son sourire s’élargissait. Mais c’est trop tard pour refuser. J’ai déjà rempli les papiers. Tu ne fais plus partie de la Sylphe SARL.

Dorothéa déglutit. Elle sentait ses jambes trembler et se demandait comment elle parvenait à toujours se maintenir debout. Le choc de son renvoi était très lourd pour ses épaules. Incapable de prononcer le moindre mot, elle s’avança, lentement, pour repartir d’où elle venait, fixant le sol. Higgs s’écarta pour la laisser passer, la regardant presque curieusement, sans rien dire. Soudain, elle s’arrêta et fit volte-face, le visage déformé par la colère.

- Tu savais que je viendrais ici, lança-t-elle, furieuse. Les mots de passe… c’était un piège ?!
- Je ne vois pas de quoi tu parles
, répondit Higgs, dont le sourire satisfait disait pourtant le contraire. Ho, d’ailleurs, avant que tu ne partes, ma très chère amie, en reconnaissance de tout ce que nous avons vécu, j’aimerai te rassurer sur un point. A toi, il n’arrivera rien.

Le corps de Dorothéa Crowfoot tremblait encore, mais cette fois plus par haine que par abattement. Furieuse, elle se détourna et avança dans le couloir pour rejoindre l’ascenseur et sortir des bureaux de la Sylphe SARL, ignorant à nouveau les employés qu’elle croisait. Sa jambe lui faisait très mal, mais elle n’en avait que faire en cet instant. Elle se sentait à la fois battue et trahie. Jamais la défaite n’avait eu gout si amer. Une fois seule dans l’ascenseur qui la ramenait à l’entrée, elle frappa de colère le mur de la cabine et éclata en sanglot.

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En ouvrant la valise, l’homme qui s’était donné le nom de Pluton ricana bruyamment. Le dos vouté, le vieil informaticien et ancien scientifique de l’organisation terroriste Team Galaxie était aux anges. Il avait rarement vu autant d’argent d’un seul coup ! Il avait largement de quoi prendre sa retraite et se retirer sur une ile paradisiaque de l’Archipel d’Alola pour ses vieux jours. Pourtant, ce n’était pas encore dans ses projets que de s’arrêter. Son opération avait été un tel succès qu’il pensait au contraire recommencer, en changeant de Ministère. Il ferait mine de retirer son emprise sur la Justice, mais n’en enlèverait pas pour autant Porygon-Z, puis il s’attaquerait à l’Education, à la Gestion, voir aux Finances. Et puisque l’Etat de Sinnoh avait déjà fait sortir 16 fois la somme demandée de leurs caisses, il n’aurait qu’à réclamer la même chose !

A ses pieds, un ventilateur ronronnait à côté d’une tondeuse à gazon. Ses Motisma avaient été parfaits. Alors que l’un offrait une distraction aux forces de l’ordre, l’autre s’emparait discrètement de leur cible. Et comme Pluton l’avait prévu, ils n’avaient pas assez d’hommes que pour assurer une surveillance suffisante. Et puis, quand bien même les Motisma auraient échoué, lui, Pluton, était resté au chaud dans sa cachette et n’aurait pas eu d’ennuis.

Il referma la valise dans un bruit sourd, un sourire narquois aux lèvres. Il devait maintenant remplir sa part du marché et libérer le réseau de la Justice, ou du moins faire semblant. Puis, après cela, il s’attaquerait aux autres Ministères. Il était hilare en repensant à ces stupides membres de la Police Internationale qu’il avait vus mourir depuis une caméra après qu’il ait déclenché le système d’évacuation d’O2 là où ils se trouvaient. Il n’avait hélas pas pu assister à toute la scène, puisque l’image s’était brutalement interrompue. Mais après un tel succès, s’ils s’en étaient sortis, ceux-ci devaient regretter amèrement de l’avoir sous-estimé.

Il arriva devant son grand ordinateur, composé d’une dizaine d’écrans. La plupart d’entre eux n’étaient là que pour assurer la surveillance du dehors, afin d’enclencher un système de sécurité et lui permettre d’abandonner sa cachette si l’Armée venait, par hasard, à fouiner dans le coin. Puis il y avait le grand écran central, qui lui permettait de contrôler Porygon-Z et d’avertir les innombrables Motisma qu’il avait pris la peine d’élever et de cacher dans les bâtiments. Outre tout ce dispositif nécessaire à son travail, la pièce qu’occupait Pluton était quasiment vide. Il n’y avait que quelques appareils ménagers qu’il avait trafiqués pour permettre aux Motisma d’en prendre possession plus efficacement, ainsi qu’une machine de son cru, composée d’un grand cylindre à l’accès fermé et de plusieurs petits boitiers, le tout relié par des câbles à son ordinateur.

Il était en train de pianoter sur son clavier pour baisser l’influence de Porygon-Z quand, soudain, une alarme se déclencha. Pluton leva les yeux et s’étonna de voir, à une de ses caméras, ses Motisma se diriger vers la cage où ceux-ci recevaient leur nourriture quotidienne. Habitués à ce bruit qui était synonyme de repas, les Pokémon ne se posèrent pas de question et affluèrent rapidement. Puis, quand ils furent tous là, mis à part les deux qui se trouvaient à ses pieds, la cage se referma et le champ électrique s’actionna tout autour. Pluton poussa un juron et se leva rapidement de sa chaise, faisant une grimace. Quasiment tous ses Pokémon étaient désormais piégés !

Il eut d’abord un mouvement de recul avant de se rapprocher, ajustant ses lunettes. La cage, il l’avait lui-même conçue, afin de déplacer tous ces Pokémon. L’alarme, elle était habituelle, puisqu’il fallait bien les prévenir quand c’était l’heure pour eux de manger. Mais tout cela, normalement, c’était lui qui les déclenchait. Or, il n’avait rien fait de tout cela. Il se rassit à son siège et entama alors d’annuler l’activation de sa cage. Sans succès.

Son visage se crispait tout en grognant de rage. Quelqu’un se croyait plus malin que lui en le prenant à son propre jeu ! Mais il avait un atout de taille. Porygon-Z n’était pas qu’un simple virus perfectionné. Il pouvait à son tour traquer l’autre pirate qui osait s’en prendre à lui. Il fallait juste le déloger du Ministère afin de concentrer tout son potentiel sur cette unique tâche. Il n’avait jamais pianoté si vite sur son clavier et commençait à regagner un sourire confiant quand, soudain, il entendit du bruit à la porte du fond.

Il se figea, croyant d’abord halluciner. Puis il entendit un nouveau bruit sourd sur la porte blindée, comme si quelque chose frappait fort dessus pour la défoncer. Il se retourna, paniqué, et regarda à ses caméras. Il n’y avait absolument rien d’autre que le décor vide de l’entrepôt sur celles-ci. Même la pièce d’où venait le bruit était censée être vide à les croire. Et pourtant, le bruit persistait et se faisait de plus en plus violent.

Soudain, la porte s’ouvrit à la volée, dégageant un nuage de poussière avant de pendre lamentablement à ses gonds. Puis, rapidement, sortant du nuage, plusieurs militaires et Pokémon s’engouffrèrent dans la salle. Les deux Motisma poussèrent une plainte de mécontentement et s’interposèrent en faisant vrombir leurs moteurs. Mais ils ne feraient pas le poids longtemps.

Serrant les poings, Pluton laissa les deux Motisma se débrouiller sans lui. Il savait qu’à deux, ils ne résisteraient pas aux militaires, mais tous leurs congénères étaient piégés dans une autre pièce. Il avait besoin de l’aide de Porygon-Z plus que jamais. Mais pas à travers l’ordinateur, cette fois. Il allait devoir lui demander de se matérialiser.

Les Motisma luttèrent un instant, mais vainement. Ils étaient en sous-nombre, et les Pokémon des militaires étaient bien trop puissants. Le Charkoss du Colonel Hesse ne fit qu’une bouchée du Motisma infiltré dans le ventilateur, tandis qu’Arbok et Ninjask, les Pokémon de Billy et Naomie, mettaient Ko la tondeuse à gazon. Puis le Machoppeur et le Chimpenfeu de deux autres lieutenants se jetèrent sur Pluton.

Mais alors qu’ils plaquaient au sol l’homme, celui-ci éclata d’un rire gras. Il continua même lorsque le propriétaire du Chimpenfeu lui mettait violemment les menottes et que le Colonel récupérait la valise pleine d’argent.

- Vous êtes en état d’arrestation, pour terrorisme, tentative de meurtre, et tout ce qui va avec, lança-t-il en lui adressant un regard rude. Vous feriez mieux d’arrêter de rire.
- Vous ne croyez quand même pas que des idiots comme vous peuvent rivaliser avec mon génie ?
répliqua Pluton alors que Billy le forçait à se relever.

Le Colonel Hesse fronça les sourcils. Pris d’un doute, il regarda les écrans du terroriste. Sur le plus grand de ceux-ci, une barre de chargement était en train de se remplir. Elle en était déjà à 87%. Et une étrange machine sur le côté s’était mise à trembler tout en émettant une fumée verdâtre.

- Une fois matérialisé, vous allez voir de quel bois se chauffe ma plus belle création ! clama Pluton avec assurance. Mon chef d’œuvre ! Et même seul contre vous tous, il n’aura aucun souci à vous éliminer ! Il est aussi performant virtuellement que physiquement !
- Reculez-vous !
ordonna Hesse. Que tout le monde se place en position pour l’accueillir dignement !

Alors que la barre de chargement finissait d’atteindre les 100%, les Pokémon se plaçaient en première ligne tandis que les hommes se tenaient derrière eux, Billy et un autre maintenant toujours Pluton pour l’empêcher de tenter de fuir. Naomie déglutit en voyant la barre atteindre son terme. La créature qu’ils s’apprêtaient à affronter était celle qui avait pris en otage tout le Ministère. Elle avait déjà entendu parler des Porygon présentés par la Sylphe comme étant des Pokémon capables de s’adapter facilement et de résister à des conditions extrêmes. Alors, forcément, cet adversaire ne laissait rien présager de bon.

Puis, enfin, le cylindre s’ouvrit, laissant s’échapper encore plus de fumée verdâtre, qui s’envola rapidement. Puis la créature qui se trouvait à l’intérieur s’extirpa de là, lentement, se tenant sur une seule sorte de jambe qui flottait à quelques centimètres de sol. Le visage semblait être secoué de tremblements incontrôlables dans tous les sens tandis qu’il poussait un bruit strident, semblable à une plainte. Il faisait à peine quelques centimètres dehors que les Pokémon des militaires se préparaient à s’élancer sur lui. Mais c’était inutile. Porygon-Z s’étala de lui-même, pitoyablement, par terre, sa tête toujours prise de convulsions. Elle resta un instant ainsi, avant de pousser une dernière plainte et de s’immobiliser, au sol.
Tous les militaires regardaient la scène avec étonnement, ne comprenant pas ce qu’il s’était passé. Pluton, lui, semblait effaré et affichait une mine déconfite. Finalement, après quelques secondes de silence, le Colonel Hesse et son Charkoss s’approchèrent. Il posa la main sur le Pokémon et poussa un soupire.

- Cette chose n’est pas vivante, lança-t-il. Ou en tout cas, elle ne l’est pas restée longtemps.

Puis, sans plus attendre, les hommes du Colonel Hesse embarquèrent Pluton tandis que le visage neutre d’une petite fille aux cheveux blonds bouclés apparaissait sur les écrans de Pluton. Le vieil informaticien, en la voyant, eut un petit ricanement, reconnaissant la fille de son ancien collaborateur. Il comprenait mieux son échec. Puis, sans rien ajouter, il se laissa conduire par l’Armée, sans résistance. C’était bien inutile.

<hr>

Le Colonel Cornell s’était empressé d’annoncer la bonne nouvelle à la Table Ronde. Celle-ci s’était dite soulagée et impressionnée par les efforts du Ministre, mais aussi de la Police et de l’Armée, dont la collaboration avait été fructueuse. Cependant, Marcus Cornell s’était bien gardé de parler aux Premiers de l’implication de Patrick Stearns. Celui-ci aurait pourtant été en droit de réclamer une belle récompense pour son aide précieuse, mais c’était lui qui avait demandé de ne pas être plus mêlé à cette histoire.

Pourtant, c’était bien lui qui avait rendu la capture possible. Ou plutôt Kate, sa fille artificielle. Si elle avait été créée sur base des souvenirs d’une enfant de 9 ans, elle avait néanmoins appris beaucoup de chose par elle-même, et notamment à exploiter sa condition de programme informatique. C’était sans souci qu’elle avait récupéré les images des caméras de surveillance de Charbourg, puis de Feli-Cité pour trouver et traquer ceux qui s’étaient emparés de la valise. Ainsi avait-elle suivi des Motisma très discrets jusqu’à un grand entrepôt. Puis, après avoir prévenu le Colonel Cornell, elle avait commencé à pirater les programmes de Pluton à son tour. Ce n’était pas son père qui lui avait appris à faire ça, au contraire ce dernier n’était même pas au courant qu’elle en était capable. Mais ainsi, elle avait truqué certaines caméras de Pluton, pour rendre la prise d’assaut des militaires aussi discrète que possible, et avait attiré les Motisma pour les rendre inoffensifs. Enfin, alors que le Porygon-Z allait se matérialiser, elle avait attaqué le Pokémon, corrompant ses fichiers et altérant ses programmes. La créature qui en était sortie était alors pleine de défauts et n’avait pas survécu plus de quelques secondes à son nouvel environnement.

Toujours surveillé par les militaires, Pluton fut rapidement envoyé dans une prison de haute sécurité de l’Etat de Sinnoh. Son cas serait vite réglé et, comme il était déjà âgé, il passerait certainement la fin de sa vie là-bas. Mr Carlsson, quant à lui, allait de mieux en mieux et avait tenu à sortir de son lit d’hôpital pour remercier les différentes personnes impliquées. Il était en train de serrer la main des militaires quand Aldebert et Stephen se dirigèrent vers Patrick Stearns, qui regardait la scène d’un air absent.

- Mr Stearns, je peux vous parler une minute ? demanda le professeur Caul.
- Et même plus encore, si vous le désirez, répondit-il, un peu surpris. Que puis-je pour vous ?
- C’est au sujet de Kate, et de vous aussi, d’ailleurs
, dit Stephen, l’air un peu embarrassé.
- Vous allez me faire la morale, parce que j’ai joué avec la vie et la conscience humaine en me prenant pour un dieu, c’est ça ? supposa Stearns d’un air sombre.
- Nous aurions pu… commença Aldebert. Mais ce serait plutôt le contraire…

Plus loin, alors que Miss McCullers raccompagnait le Ministre, qui avait encore besoin de repos, le Colonel Cornell se dirigea vers son collègue et lui serra vivement la main.

- Vous avez été parfait, Hesse, lança-t-il avec un grand sourire.
- Je peux en dire autant de vous, Mr le Ministre, répondit celui-ci en lui rendant son sourire. La Table Ronde doit être contente de vous, je ne serai pas étonné de vous voir devenir Général.
- N’en soyez pas si sûr, Colonel
, répondit Cornell. Sachez que j’ai justement fait un rapport très favorable vous concernant.
- Il ne fallait pas…
répondit Hesse en perdant son sourire, l’air un peu gêné. Vous avez le même grade que moi, depuis plus longtemps, c’est à vous que…
- Très franchement, avec le travail qu’on me demande au Ministère, cela me suffit
, répliqua Cornell en lui adressant un clin d’œil. Je suis sûr que vous ferez un excellent Général.

Appuyée contre un mur, Elodie observait Al et Stephen parler avec Mr Stearns, se demandant de quoi ils parlaient. Plus loin, le regard fixé sur un ordinateur, Isaac était en train d’inspecter le réseau des bâtiments avec l’aide de Kate. L’ingénieure sursauta presque quand Naomie vint lui faire la bise avant de partir.

- Tu ne rentres pas avec nous ? s’étonna-t-elle.
- Non, je profite des jours de congé accordés par le Colonel en guise de félicitation, répondit le Lieutenant avec un sourire. J’ai de la famille que je n’ai plus vue depuis un moment, et plein de trucs prévus.
- Ho, hé bien, profite bien, Nao !
s’exclama Elodie en lui faisant signe avant de se tourner vers Billy, qui se dirigeait justement vers elle. Et nous, comment est-ce qu’on va profiter de ces congés ?
- Bonne question,
répondit le Major en souriant. Tu as une idée en particulier ?

Il se positionna à côté d’elle, appuyé contre la façade. Puis, après s’être échangés quelques sourires, il prit une mine un peu plus gênée.

- On n’a pas eu l’occasion de reparler de ce qu’il s’était passé hier… dit-il. Tu sais quand tu…
- Quand j’ai failli mourir et que j’ai tout détruit autour de moi…
marmonna Elodie d’un air sombre. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je n’arrivai plus à me contrôler…
- Mais c’était quand même sacrément efficace
, ajouta le Major d’un air très sérieux. L’air de rien, ça t’a sauvé la vie…
- Je t’ai blessé, Billy…
- Juste des égratignures
, précisa-t-il. Puis, à choisir, je préfère ça plutôt que ta mort par asphyxie…

Elodie resta quelques instants sans rien dire. Puis, finalement, elle enlaça le Major et mit sa tête sur ses épaules, la larme à l’œil. Celui-ci prit quelques secondes avant de réaliser puis la serra fort contre lui, tout en donnant des petites tapes dans le dos de son amie.

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Trois jours plus tard, non loin du village abandonné de Petale Town, Naomie Fleming fit une découverte particulièrement déplaisante. La Volière, qu’elle surveillait depuis plusieurs mois pour le compte de Dorothéa Crowfoot, s’apprêtait à déclencher le Plan Colombeau, celui-là même contre lequel la militaire tentait de lutter. Cependant, malgré tout leur travail, elles n’étaient pas encore prêtes à lancer la contre-offensive nécessaire pour éviter la mort de milliers d’innocents. Par conséquent, c’est maintenant qu’il fallait agir, de l’intérieur, pour retarder le moment fatidique.

S’introduire dans la Volière n’était pas un réel problème. Le bâtiment, à l’écart de toute civilisation, n’était surveillé que par quelques employés et quelques caméras qu’elle avait appris à repérer. Avec l’aide de ses Ninjask, ce n’avait pas été compliqué d’atteindre le toit, puis de suivre les plans qu’elle avait volés pour atteindre son objectif. Suivant ces derniers, elle parvint à rester suffisament discrète que pour ne pas être repérée, se cachant au bon moment et n’hésitant pas à courir quand cela se révélait nécessaire.

Naomie haletait, cachée derrière un mur. Elle se risqua un regard derrière. Comme il n’y avait personne, elle s’élança pour faire quelques mètres supplémentaires avant d’arriver, comme prévu, au système d’aération de la Volière. Sans plus attendre, elle retira de son bonnet un petit appareil qu’elle actionna avant de le placer bien en face du ventilateur déjà en action. L’engin qu’elle venait d’actionner, c’était Madame Crowfoot qui le lui avait confié, à n’utiliser qu’en cas d’extrême urgence. Puis elle se releva, satisfaite, et entama de repartir de là où elle venait.

Déjà, elle entendait depuis la Volière les cris et les plaintes des Pokémon qui respiraient le gaz qu’elle leur avait envoyé. Ils ne le savaient peut-être pas encore, mais ils étaient condamnés. Le gaz leur était mortel, même en de toutes petites quantités, et aucun Oiseaux ne pourrait donc s’envoler depuis la Volière. La mission était d’ors et déjà un succès !

Alertés par les cris des Pokémon, tous les employés de la Volière se précipitaient pour voir ce qu’il se passait. Elle entendait des cris de rage et d’ahurissement des soigneurs et chercheurs qui voyaient les Pokémon tomber comme des mouches, morts. Elle attendit depuis un couloir que les derniers hommes soient passés en courant dans une autre direction pour atteindre à nouveau le toit, de la même manière qu’elle était venue, c’est-à-dire en toute discrétion.

A peine était-elle sortie qu’elle tendait les bras au ciel, afin d’attraper les brassards au bout de cordes qui étaient attachées à ses deux Ninjask. Puis, une fois correctement attachée, elle s’envola, portée par ses Pokémon, à grande vitesse. Elle ne put s’empêcher de garder la Volière sous les yeux pendant quelques instants. Puis, soupirant de soulagement, elle attrapa son Pokématos, tout excitée.

- Madame Crowfoot ! s’exclama-t-elle. C’est fait ! J’ai empêché le Plan Colombeau !
- Quoi !?
s’écria la voix de la vieille dame. Naomie, je vous avais pourtant dit de ne pas agir tout de suite !
- Mais madame, ils étaient sur le point de lâcher les Pokémon en liberté ! Ç’aurait été un vrai désastre !
- Mais nous devons être prudents ! Je ne l’ai pas été assez, hélas… Vous avez besoin d’aide ?
- Il y a pas de souci, je me rapproche de Petale Town, et personne n’a remarqué ma présence. Je …


Soudain, la tête de Naomie fut poussée en arrière et elle lâcha son Pokématos. Les Ninjask furent si étonnés de ce geste soudain et sans logique qu’ils firent quelques mouvement hasardeux. Quand enfin ils furent à nouveau coordonnés, ils constatèrent que quelque chose clochait.

La tête de Naomie semblait fixer le sol. Si une partie de ses bras étaient retenus par les brassards, l’avant de ceux-ci pendait mollement, comme s’il n’était plus animés. Elle ne disait plus rien, plus un mot. Les Pokémon, inquiets, commencèrent à perdre de l’altitude, pour se poser. Une fois qu’ils touchèrent le sol, les pieds de Naomie se laissèrent allés, sans qu’elle ne se réceptionne comme à son habitude. Ce n’est que lorsqu’ils se posèrent que les Pokémon insectes eurent en face des yeux l’horrible vérité.

Une unique flèche transperçait la tête du Lieutenant Flemming, juste au-dessus du nez. Ses yeux étaient toujours grands ouverts, mais elle était pourtant bel et bien morte, dans ses habits de civile, avec son habituel bonnet rayé jaune et vert.

Une nouvelle flèche siffla soudain, se plantant de la même manière dans la tête d’un des Ninjask. Le second tenta de s’enfuir, mais subit le même sort. Se rapprochant silencieusement, la créature responsable de leur mort observait la scène. Il ne s’agissait pas d’un être humain, même si elle en avait la posture et la taille. Elle avait de longs poils noirs comme les ténèbres et son visage ressemblait plus à un museau. De par le sourire sadique qu’elle affichait, la créature exposait ses longues dents pointues. Ses yeux d’un jaune étincelant fixaient le cadavre tandis qu’elle semblait secouée d’un petit rictus. Ses deux mains étaient très différentes l’une de l’autre. La gauche était presque humaine et maintenait une sorte d’arbalète de métal. La droite par contre était pourvue de griffes semblables à celles d’un Mangriff, et retenaient le Pokématos de la défunte.

- Allô ! Naomie ! criait la voix de Dorothéa depuis celui-ci. Réponds-moi ! Qu’est-ce qu’il se passe ?

Sans y prêter attention, la créature lâcha l’appareil et s’accroupit, fixant le cadavre du Lieutenant. Il lui retira son bonnet de la tête et l’enfonça sur la sienne. Puis il éclata d’un grand rire sadique et, sans plus attendre, consomma sa victime.

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Ils étaient tous rassemblés devant la télévision, interdits, incapables de dire quoique ce soit. Les images du 18 Rue du Piafabec, ravagé par les flammes, les laissaient sans voix. Mais ce n’était pas la seule surprise. Le présentateur n’avait pas hésité à annoncer leur mort à tous, même celle de Stephen ou de Patrick Stearns. Seul le Colonel et Dorothéa, un peu en retrait, n’avaient pas été déclarés décédés dans l’explosion.

- Pourquoi, souffla finalement Aldebert, atterré. Pourquoi…
- C’est une mesure nécessaire, j’en ai peur,
répondit sombrement Dorothéa Crowfoot, assise dans un fauteuil roulant. Je n’ai pas été tout-à-fait honnête avec vous, et je crains que les conséquences de mes actes ne nous rattrapent…
- Mais enfin, Doro, que se passe-t-il ?
s’écria Stephen. Pourquoi avoir raconté aux médias que nous étions morts ?
- C’est mon service qui s’en est occupé
, répliqua le Colonel d’un air sombre. Madame Crowfoot et moi avons jugé qu’il s’agissait de la meilleure solution.
- Et c’était quoi, le problème ?
demanda Isaac, sur les nerfs. Qu’est-ce qui justifie cette mascarade ?
- Naomie est morte
, répondit Dorothéa, l’air à la fois embarrassée et peinée.

A ces mots, Billy se releva d’un bond. Il adressa un regard interrogateur à la vieille dame, puis au Ministre, qui confirma d’un geste de tête. Puis il se rassit, visiblement troublé, alors qu’Elodie l’attrapait par le bras.

- Nous avions toutes les deux découvert ce qu’Higgs complotait, continua Dorothéa, le ton un peu perturbé par un hoquet. Elle a réussi à détruire son projet de l’intérieur et était en train de fuir quand elle m’a contactée. Mais malheureusement, c’est à ce moment-là qu’elle a été tuée… Du moins, je crois, nous n’avons rien retrouvé…
- Si le Lieutenant Fleming a surement sauvé des centaines, voire des milliers de vies, elle a aussi mis les vôtres en danger
, poursuivit le Ministre. Si Higgs parvient à l’identifier, il remontera jusque vous, et nous pensons qu’il est arrivé à un stade où il éliminera toute personne sur son chemin…
- Attendez, je ne fais pas partie de votre équipe, moi !
s’écria Stearns en se levant à son tour.
- Hé bien, suite à la demande de Mr Caul il y a quelques jours, votre adhésion venait d’être acceptée par la Table Ronde, répondit le Colonel. Higgs pouvait donc très bien remonter jusque vous aussi…
- Nous voilà dans une situation très indélicate
… lança Stephen, renfrogné.

Ils restèrent un moment silencieux, partagés entre l’incompréhension, l’inquiétude et la tristesse. Ils n’avaient pas seulement perdu leur maison et leur lieu de travail habituel. C’était toute leur vie qui leur était arrachée, ainsi que toutes les libertés dont ils jouissaient. Finalement, à bien des égards, cette solution était fort proche d’une véritable mort. De plus, il y avait toutes les questions que la situation soulevait. Qu’allaient-ils devenir ? Etaient-ils condamnés à rester cachés, et à attendre que passe le courroux du Professeur Higgs ? Et puis, il y avait la mort de Naomie qui les chagrinait tous. Elle avait partagé leur vie pendant près de huit années, au cours desquelles elle s’était finalement bien intégrée. Elle avait été la plus jeune membre de l’équipe et, pourtant, la première à partir… Puis, soudain, Aldebert se leva.

- Allez, il ne faut pas se laisser abattre, lança-t-il. Dorothéa, tu es sûre que c’est Higgs qui est derrière ça ?
- Oui
, répondit-elle en séchant une larme qu’elle avait à l’œil. Il m’a renvoyée après que j’aie trop fouiné…
- Alors il n’y a pas un instant à perdre
, répondit Aldebert. Naomie a peut-être empêché un de ses plans de se réaliser, mais il risque de le recommencer, ou d’en lancer d’autres ! Et s’il nous croit morts… Alors autant en profiter !
- Al’, qu’est-ce que tu veux dire ?
demanda Isaac.
- Je veux dire qu’il faut se préparer. Se préparer à lutter contre Higgs. Dans l’ombre.

Posté à 23h30 le 24/04/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 59 après Dieu, l’année de l’Utopie (1/2)



D'après Albert Einstein :
Les machines un jour pourront résoudre tous les problèmes, mais jamais aucune d'entre elles ne pourra en poser un !


Victor Carlsson était assis à son bureau, au troisième étage du grand bâtiment du Ministère de la Justice. Comme chaque matin, il prenait d’abord le temps de lire son journal et de boire son café, qu’il ne devait jamais attendre, Miss McCullers, sa secrétaire, étant habituée à ses gouts. Il s’attarda un instant sur un article traitant du Grand Marais et des subsides qui lui étaient accordés, puis il replia le quotidien et le rangea dans un tiroir duquel il sortit son agenda. Il consulta brièvement l’ordre du jour puis le déposa sur un coin de son bureau, le sourire aux lèvres.

La journée ne serait pas trop ennuyeuse cette fois-ci. Il devait certes remplir plusieurs documents et signer quelques papiers, mais cette tâche barbante serait rapidement interrompue par son rendez-vous de 10h avec son confrère le Colonel Marcus Cornell, qui exerçait le même travail que lui, mais pour l’Etat de Kanto-Johto. Ce n’était pas leur première rencontre, et il savait qu’outre les quelques discussions d’ordre politique qui étaient programmées, ils ne s’ennuieraient pas. Cornell était typiquement le genre d’homme que Victor Carlsson admirait et enviait. Lui qui n’avait jamais quitté les bureaux et les papiers ennuyeux rêvait et fantasmait sur la vie des hauts gradés de l’Armée. Mais malgré la différence de parcours, les deux hommes occupaient aujourd’hui la même position au sein de leurs Gouvernements respectifs. Seulement, si Carlsson brillait administrativement, Cornell était plus un homme d’action et de terrain.

Mis de bonne humeur à la perspective de revoir son collègue, Victor attrapa la pile de papiers que lui avait confiée Miss McCullers et entama de les lire de manière attentive avant de signer ceux qui s’y prêtaient. Il passa ainsi plus d’une heure dans le plus grand des calmes, seulement rompu par les pas discrets de la secrétaire venue récupérer la tasse vide ou ramener d’autres documents. Puis, il déposa son stylo en soupirant. Il avait laissé de côté deux ou trois dossiers et y avait entouré en rouge quelques formulations de phrases qui le laissaient perplexe. Habituée à l’extrême prudence de son Ministre, Miss McCullers les prit et, sans rien demander, sortit du bureau pour les amener à un expert judiciaire qui se chargerait de vérifier si les doutes du Ministre étaient bien fondés et s’il s’agissait bel et bien d’une faille exploitable dans les contrats. Si c’était réellement le cas, ceux-ci devraient alors être retravaillés. C’était cette prudence presque excessive qui avait fait la réputation de Mr Carlsson et l’avait, sept ans plus tôt, propulsé au grade de Ministre de la Justice de Sinnoh. Depuis lors, son Ministère n’avait connu aucun incident ni scandale.

Carlsson regarda sa montre. Celle-ci indiquait 9h47. Cornell était surement déjà dans ses bâtiments. Estimant qu’il n’aurait surement pas beaucoup de temps après, il décida d’allumer son ordinateur personnel afin de consulter ses mails. Il n’y avait pas grand-chose d’intéressant depuis la veille, tout au plus un résumé de la dernière réunion de la Table Ronde et un mail du Ministère du Tourisme. Mais au lieu de consulter ces derniers en priorité, il remarqua la présence d’un mail envoyé depuis une adresse qu’il ne connaissait pas. Il fronça les sourcils en la regardant, essayant de se rappeler, sans succès, si ce nom lui disait quelque chose. Finalement, il cliqua dessus, par curiosité.

Il n’y avait quasiment rien. Juste une phrase : « Un témoignage suffira-t-il à sauver des vies ? », suivie d’un lien. Carlsson cligna quelques fois des yeux, circonspect. Sauver des vies ? Un témoignage ? Mais de quoi parlait-on ? Il s’apprêtait à cliquer sur le lien, mais se ravisa au dernier moment, hésitant. La prudence reprenait le dessus. Et s’il s’agissait d’un virus, comme les attrape-pigeons qui promettaient un gain si on cliquait sur un lien ?

Il allait jeter le mail quand il repensa au Colonel Cornell, qui ne devait plus tarder à arriver dans son bureau. Lui n’aurait pas hésité à cliquer sur ce simple lien, ne serait-ce que pour en avoir le cœur net. Après tout, s’il s’agissait vraiment d’un témoignage, des vies étaient peut-être en jeu ? Et puis, quand bien même s’agissait-il d’un piratage, que risquait-on réellement ? Les pare-feux du Ministère étaient très performants, et il lui suffirait de demander à un de ses informaticiens à l’étage du dessous pour qu’il ausculte son ordinateur. Aussi redirigea-t-il sa souris sur le lien et cliqua dessus.

Une page s’ouvrit immédiatement, toute blanche, chargeant lentement. Carlsson soupira et lâcha sa souris en appuyant son dos contre son siège. Il fixait l’écran sans couleur, s’étonnant du temps de chargement. Soudain, plusieurs flashs de couleur successifs apparurent brutalement à l‘écran, accompagné d’un bruit strident et très désagréable. Carlsson écarquilla les yeux et, soudain paniqué, appuya sur la touche Echap de son clavier à plusieurs reprises. Mais rien n’y faisait, et les flashs continuaient. Carlsson aurait souhaité quitter l’écran du regard, mais il se sentait comme hypnotisé par ce dernier. A peine quelques secondes après, il sentit un grand mal de crâne le tirailler et, sans qu’il n’ait le temps de réagir, son corps fut pris de violentes convulsions et il perdit connaissance.

A peine trente secondes s’étaient écoulées depuis le début de la crise du Ministre quand Miss McCullers entra dans la pièce. Elle venait tout juste de passer l’encadrement de la porte quand elle vit le corps de son patron en pleine crise d’épilepsie. Mais ce n’était pas tout. Son ordinateur était mystérieusement tombé sur lui et laissait échapper quelques étincelles. Il n’en fallut pas plus pour provoquer le hurlement de peur de la secrétaire.

Ainsi averti, le Colonel Cornell, qui patientait dans la pièce à côté, surgit en trombe. Miss McCullers venait de se rapprocher pour secourir son Ministre. Mais en tentant de retirer l’ordinateur, elle avait subi une désagréable décharge électrique et elle se tenait la main en frissonnant, l’air angoissée et ne sachant que faire alors que le bruit aigu semblait s’être renforcé. N’écoutant que son courage, le Colonel attrapa un siège et s’en servit pour faire tomber l’ordinateur par terre sans le toucher. S’il y parvint effectivement, il ressentit néanmoins à son tour une décharge et poussa un juron qui aurait offusqué la secrétaire si elle avait été en état d’y prêter attention.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda Cornell tandis que son collègue était toujours en train de convulser sur son siège, un filet de bave s’échappant de sa bouche.
- Je… Je ne sais pas ! se lamenta la secrétaire, les larmes aux yeux.
- Il faut appeler une ambulance… pesta le Colonel en attrapant son Pokématos. Vous savez si Mr Carlsson est sujet à l’épilepsie ?
- Non, il était en parfaite santé, et ne prend aucun médicament
, répondit-elle en fixant le sol.
- Pas de chance alors…

Marcus finissait d’appeler les secours quand il remarqua que l’ordinateur ne faisait plus aucun bruit. Fronçant les sourcils, il se rapprocha de l’engin, qui avait l’écran face contre le carrelage. Il hésita, puis l’attrapa à deux mains pour le ramasser, prêt à relâcher s’il sentait une nouvelle décharge. Il n’en fut rien. Rassuré, il le retourna, et poussa un nouveau juron.

Sur l’écran s’affichait désormais un nouveau message en grosses lettres : « Je vous contacterai bientôt pour parler de la rançon ».

___________________________________________


Il était passé 19h quand Isaac put enfin se mettre au travail. Contactée le matin même, toute l’équipe avait été réquisitionnée d’urgence à Féli-Cité par leur ancien chef, le Colonel Cornell. Le voyage depuis Johto avait duré toute l’après-midi, au cours de laquelle ils avaient eu droit à un briefing complet de la part du Ministre. L’heure était grave, car l’un de ses compères avait été victime d’une attaque jugée terroriste. Mais afin de ne pas répandre l’information et décrédibiliser le Ministère, on avait fait passer l’incident aux yeux des médias comme une simple intoxication alimentaire. Il n’y avait qu’eux et une poignée d’employés du Ministère qui étaient au courant de la vérité.

A peine arrivé, Isaac s’était installé dans une pièce qui tenait d’ordinaire lieu de salle d’interrogatoire. Son accès y était sécurisé et il ne risquait pas d’être ennuyé par un quelconque quidam qui se demanderait ce qu’il faisait là. Malgré la présence de tous les autres membres du groupe, c’était essentiellement les compétences en informatique d’Isaac qui étaient nécessaires pour ce travail. Aussi, Aldebert et Stephen s’étaient isolés pour travailler sur un projet à part, tandis que les militaires étaient allés questionner Miss McCullers, afin d’en apprendre plus. Elodie, de son côté, était restée un moment à l’accueil, testant ses pouvoirs télékinésiques sur un distributeur de canettes et de bonbons. Ce n’est qu’après en avoir récupérés assez qu’elle se décida à rejoindre son frère, pour lui apporter une Limonade et un sachet de baies confites ou de chips.

Elle entra discrètement dans la pièce. Celle-ci n’était pas bien grande, environ 15 m² à vue d’œil. A part une caméra de surveillance et une large vitre qui donnait la fausse impression de n’être qu’un miroir, les murs étaient vides. Le plafond était surmonté de divers dispositifs d’aération sophistiqués, et la porte se referma d’elle-même. Elodie remarqua immédiatement le système anti-incendie qui était installé, mais réprima son envie d’en parler avec son frère, tant celui-ci paraissait concentré. Il n’avait pas levé la tête de l’ordinateur du Ministre Carlsson quand elle était arrivée. Elle s’installa tranquillement à une chaise à sa droite et déposa les friandises qu’elle s’était procurées à côté du PC. Puis, comme Isaac ne disait toujours rien, elle s’ouvrit une canette de Limonade et se contenta de le regarder travailler.

- Limonade? finit-elle par proposer en lui tendant une cannette.
- Pas de suite, merci, répondit Isaac sans détourner le regard. J’ai presque fini…
- Et tu as découvert quelque chose ?
demanda l’ingénieure avant de boire une gorgée.
- J’ai trouvé ce qui avait causé la crise de Mr Carlsson, et comment il était tombé dessus. Regarde, tu vois, cette adresse mail ? dit-il en pointant son doigt sur l’écran.
- CuteKateStearns@Pokémail.com? énonça Elodie en fronçant les sourcils. Heu… on dirait une adresse de gamine…
- Un peu comme ta première adresse mail, n’est-ce pas, Supermécanogirl ?
lança Isaac avec un sourire moqueur avant d’esquiver un coup de coude. En tout cas, je n’ai trouvé aucune Kate Stearns ou équivalent dans la population de Sinnoh. Mais c’est bien de cette adresse qu’a été envoyé le lien qui a téléchargé un virus dans l’ordinateur du Ministre. Enfin, je dis virus, mais ce serait plus un Cheval de Troie…
- Tu as réussi à t’en débarrasser ?
demanda Elodie.
- Non, c’est ça le problème. Aucun anti-virus que j’ai essayé n’est parvenu à trouver quoique ce soit… Je vais finir par y arriver, mais avant ça, je tente quelque chose, dit-il en pianotant sur le clavier.
- « Vous êtes un lâche qui de toute façon n’est pas capable de … » Isaac, qu’est-ce que tu fais ? s’étonna Elodie après avoir lu ce qu’il écrivait.
- Je provoque notre pirate, répondit Isaac. S’il tente quoique ce soit, j’ai installé un programme pour le traquer. On pourra au moins l’attraper. Et … envoyé !

Il s’appuya contre son siège, l’air satisfait, et attrapa un sachet de chips qu’avait amené Elodie. Celle-ci s’étira et se leva pour sortir de la pièce et rejoindre Billy. Mais quand elle s’approcha de la porte automatique, celle-ci ne bougea pas d’un millimètre, alors qu’elle était placée devant le détecteur. Elle resta quelques secondes plantée devant, surprise, puis essaya de l’ouvrir à la main, mais la porte resta tout autant immobile. Elle allait se retourner pour prévenir Isaac que quelque chose clochait quand un bruit d’alarme se déclencha brusquement. Ils levèrent les yeux au plafond et l’ingénieure plaqua sa main droite devant sa bouche, effarée. C’était le détecteur d’incendie qui s’était enclenché, alors que, pourtant, il n’y avait ni flamme ni fumée.

- Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? demanda Isaac en fronçant les sourcils, plus étonné qu’inquiet.

Elodie allait lui répondre mais un petit signal sonore provenant de l’ordinateur attira son attention. L’écran était devenu complètement noir, à l’exception de quelques caractères qui formaient les mots « Game Over ». Isaac se releva précipitamment, soudain effrayé.

- Isaac, leur système anti-incendie, s’écria Elodie, paniquée. Ça aspire tout l’oxygène des pièces ! Ils vont nous asphyxier !

Isaac écarquilla les yeux, comprenant la gravité de la situation. Il se précipita vers la porte, qui refusait toujours de s’ouvrir et tambourina dessus, vite rejoint par sa sœur adoptive, pour réclamer de l’aide. Comme ils ne voyaient personne, ils se dirigèrent vers la baie vitrée et frappèrent dessus, tentant de la briser, mais sans succès. L’Oxygène commençait effectivement à manquer dans la pièce, puisque le système d’aération avait été activé pour l’en retirer. Ils commençaient tous les deux à suffoquer, leur respiration devenant difficile. Ils avaient une inspiration très courte, alors que leurs expirations devenaient de plus en plus longues et bruyantes. Soudain, ils eurent un relent d’espoir, en entendant derrière la vitre Billy et Naomie leur crier des choses pour les soutenir. Mais chaque seconde de ce calvaire respiratoire était comme une éternité au cours de laquelle ils avaient l’impression de mourir à chaque instant. Isaac semblait de plus en plus ressentir les effets du manque d’air, et des grosses gouttes de sueur coulaient de partout. Ils s’agitaient dans tous les sens, se frappant mutuellement dans la panique, sans pour autant parvenir à briser la vitre qui les séparait de l’oxygène.

Soudain, l’informaticien s’écroula par terre, les yeux clos. En constatant cela, Elodie poussa un cri de désespoir, sentant les larmes couler à ses yeux presque autant que la sueur sur le reste de son corps mis à rude épreuve. Puis, alors qu’elle entendait les cris de Billy de l’autre côté, son corps se raidit soudainement et elle poussa un dernier hurlement.

Au son de ce dernier, la vitre explosa brutalement, coupant au passage les deux militaires au visage et aux mains. Mais trop préoccupés par leurs amis, ceux-ci ignorèrent la douleur et Billy en profita pour se faufiler rapidement à l’intérieur. Mais à peine pénétrait-il qu’il se figea, partagé entre la peur et la surprise.

La vitre n’était pas la seule à avoir été subitement brisée. La table, les chaises, la caméra et l’ordinateur semblaient avoir explosés en centaines de petits morceaux, qui paraissaient danser en l’air tout autour d’Elodie. Toujours debout, celle-ci avait les yeux fermés, comme endormie. Les débris voletaient autour d’elle, telle une étrange aura.

Par terre, Isaac était toujours inconscient. Débarquant de derrière le Major, Naomie réprima un juron en voyant Elodie et préféra s’accroupir pour venir en aide à l’informaticien. Elle lui donna quelques claques pour l’aider à se réveiller, mais dut se résoudre à entamer le bouche-à-bouche.

Billy, quant à lui, une fois la surprise passée, s’avança vers Elodie. A chaque pas qu’il faisait, des fragments étaient rapidement projetés sur lui. La première fois, il s’arrêta, d’autant plus hébété. Mais à nouveau, il se relança. Comme il se rapprochait, la vitesse des morceaux augmentait, tout comme la douleur que leur choc provoquait. Mais pourtant, le militaire continuait, déterminé, les bras devant le visage pour se protéger. Enfin, harcelé par les débris, il parvint à arriver juste en face d’Elodie et la serra dans ses bras.

Aussitôt, les objets retombèrent par terre dans un grand vacarme, au même moment ou Isaac reprenait conscience, au grand soulagement de l’agent Flemming. Elodie, ouvrit elle aussi les yeux, faiblement, apparemment très fatiguée, et adressa un regard interrogateur à Billy, qui lui susurrait des mots rassurants. Puis, subitement, Isaac se releva d’un bond, l’air paniqué.

- Il faut faire évacuer le bâtiment ! s’écria-t-il. C’est tout le réseau du Département qu’ils ont piraté !


______________________________________


Stephen Shelley venait tout juste de rentrer dans sa chambre d’hôtel quand il sentit son Pokématos vibrer dans sa poche. Il s’assit sur son lit et attrapa l’appareil, reconnaissant la photo de sa femme à l’écran. Sans plus attendre, il décrocha.

- Allô, Doro ? lança-t-il.
- Stephen, tout va bien ? s’écria la voix inquiète de Dorothéa. Rien de cassé, personne n’est blessé ?
- Billy et Naomie ont des coupures superficielles, et Aldebert est en train d’examiner Isaac et Elodie, mais rien de grave, à priori
, répondit l’écrivain avec une voix fatiguée. Il n’y a pas d’autres dégâts, mais comment tu …
- Ça vient de passer à la télévision, les bâtiments ont été évacués en urgence et sont interdits d’accès, mais personne ne sait pourquoi. Les journaux racontent tous des débilités différentes pour expliquer ça, mais qu’est-ce qu’il s’est réellement passé ?
- D’après Isaac, le réseau tout entier du Ministère est corrompu et sous le contrôle d’un ou plusieurs pirates. Et ils ont tenté de les tuer en se servant du système anti-incendie, mais ils s’en sont sortis de justesse, d’où leurs blessures.
- Miséricorde…
chuchota Dorothéa. Et vous avez une piste pour les trouver, au moins ?
- Pas une seule
, soupira Stephen en se laissant tomber le long du lit. L’ordinateur du Ministre a été détruit… Ha, si ! Une adresse mail, mais d’après Isaac, c’est surement une fausse ou une adresse piratée… Catherine Storns, ou Sterns…
- Stearns ?
demanda précipitamment la Sous-Directrice de la Sylphe.

Stephen pris un air abasourdi, manifestant son étonnement pour la rapidité à laquelle ce nom était venu à la bouche de sa femme. Il réfléchit quelques instants, essayant de se rappeler si elle avait raison ou non.

- Peut-être, finit-il par dire, pas très sûr de lui. Pourquoi, tu connais des Stearns pirates informatiques ?
- Patrick Stearns
, répondit-elle. C’était l’un des principaux chercheurs de la Sylphe dans le Projet Porygon.
- Le Pokémon informatique
, s’exclama Stephen en se relevant d’un bond. Mais alors, ce gars a surement les compétences nécessaires pour pirater le Ministère !
- Sans doute,
répondit Dorothéa. Je ne sais pas ce qu’il est devenu après le renvoi de son groupe de recherche.
- Ça n’en reste pas moins une piste prometteuse !
lança l’écrivain avec ardeur. Je vais de ce pas prévenir les autres, merci mon cœur !
- Ho, pendant que tu leurs parles, tu saurais me passer l’agent Fleming ?
- Naomie ?
répéta Stephen, surpris. Qu’est-ce que tu veux lui dire ?
- Un secret entre filles, Stephen.


L’écrivain resta quelques secondes sans bouger, puis se précipita dans la chambre d’Aldebert, où se trouvaient tous les autres membres de l’équipe. Aldebert finissait justement d’ausculter son fils adoptif qui était en train de remettre sa chemise, tandis qu’Elodie s’était presque endormie sur les épaules du Major Campbell. Il leur annonça fièrement avoir trouvé une piste de recherche et présenta son Pokématos à Naomie, assise sur le rebord de la fenêtre, en lui expliquant que c’était sa femme au téléphone. Celle-ci l’attrapa et sortit, un peu gênée.

- Madame Crowfoot ? demanda-t-elle.
- C’est bien moi, Naomie, répondit la voix bienveillante de la vieille dame. Alors, avez-vous parlé avec Mr Florey ?
- Oui, je l’ai convaincu,
répliqua le Lieutenant avec un brin d’excitation dans la voix. Il va en parler aux autres mais, quoiqu’il en soit, il suivra notre plan.
- C’est parfait,
s’exclama Dorothéa. Nous avons peut-être une chance de battre Higgs à son propre jeu, maintenant… D’ailleurs, je pense que j’ai trouvé le mot de passe que nous cherchions.
- Vraiment ?
s’étonna l’Agent Fleming. Mais alors…
- Oui, j’attends encore l’occasion, mais, bientôt, j’aurai les preuves suffisantes pour que s’arrêtent tous les projets du Professeur Higgs
, répondit la vieille dame, tout excitée.
- Soyez prudente, madame…
- Ne t’inquiète pas pour moi, je suis la Sous-Directrice de la Sylphe, il n’y a que si c’est Higgs lui-même qui me prend la main dans le sac que ce serait gênant. Mais je saurai me montrer patiente pour que cela n’arrive pas. Mais allez donc écouter mon mari, votre mission touche à la sureté de l’Etat, ce n’est pas rien non plus. On en reparlera quand tout sera réglé.
- Bien, bonne chance, madame
, répondit Naomie en décrochant.

A plusieurs milliers de kilomètres de là, Dorothéa rangeait elle aussi son Pokématos. Si leur plan se déroulait comme prévu, la chute du Professeur Higgs ne tarderait plus. C’était du moins ce dont elle était persuadée.

___________________________________________


Une rapide enquête permit de localiser Patrick Stearns. Ce dernier avait une maison à son nom, à Bonville. Il était encore très tôt quand la bande arriva dans le petit village en question. Isaac, un peu parano, avait revêtu sa combinaison. Son aventure de la veille lui était restée en travers de la gorge et il n’avait aucun envie de passer à nouveau à deux doigts de la mort. Elodie, elle, avait décidé de rester un peu en retrait, avec les deux vieillards, tandis que les militaires et son frère s’avançaient devant la maison du suspect. Sans attendre, Billy frappa à la porte. Ils restèrent un instant silencieux, attendant qu’on leur ouvre. Comme personne ne venait, Naomie frappa à nouveau, tandis que le Major tentait de voir par la fenêtre s’il apercevait quelque chose.

- Ça a l’air vide, maugréa-t-il.
- Il est peut-être absent ? proposa Isaac depuis sa combinaison.
- C’est l’occasion alors ! s’écria Billy qui, sans laisser le temps à Naomie de protester, défonça la porte d’entrée.
- Major ! s’écria-t-elle, un peu trop tard.
- Suivez-moi, vous deux, lança-t-il sans y prêter attention.

Elodie et Aldebert les regardèrent s’engouffrer dans la maison avec appréhension alors que l’écrivain était en train de montrer son badge de la Police Internationale à une dame paniquée, persuadée d’assister à un cambriolage. Puis, soudain, un bruit d’alarme strident, encore plus fort que celui de l’alarme incendie de la veille, siffla à leurs oreilles.

A l’intérieur, Billy et Naomie avaient tous les deux plaqué leurs mains sur leurs deux oreilles, se recroquevillant plus par réflexe que pour soulager leurs tympans. La combinaison d’Isaac avait été conçue pour le protéger des sons trop puissants, mais il devait faire face à un autre type de menace. A peine avaient-ils posé un pied dans le salon que d’étranges bras mécaniques avaient jailli des murs, entre les armoires et les autres meubles, agitant des pinces de métal ou d’autres types d’armes tranchantes d’un air menaçant. Une balise au plafond était devenue rouge tandis que trois drones équipés de caméra s’étaient envolés et leurs tournaient autour.

- Identifiez-vous ! s’écria une voix de petite fille alors que l’alarme se coupait rapidement.
- Major Campbell ! cria ce dernier en faisant une grimace, l’air pas très rassuré de se voir menacé par cet étrange dispositif.
- Billy Campbell, Naomie Fleming, identités confirmées ! s’exclama la voix, surprenant tout le monde, le Lieutenant n’ayant pas eu le temps de donner son nom comme son supérieur. Erreur d’identification du troisième individu… Visage non-humain… analyse en cours…
- Je suis Isaac Holley
, lança l’informaticien en retirant son casque prudemment, plaçant sa main devant lui comme dans un signe d’apaisement.
- Isaac, qu’est-ce que tu … commença le Major.
- Confirmation ! l’interrompit la voix de fillette. Analyse en cours… Probabilité de danger : 74%. Solution envisagée …
- Stop !
s’écria soudain une autre voix, d’homme cette fois, derrière eux. Arrête ça !

Les bras en métal qui menaçaient les intrus se rétractèrent et disparurent dans de petites trappes et deux drones sur trois se posèrent au sol. Les militaires et Isaac se retournèrent et virent un homme d’une cinquantaine d’années, en peignoir, les cheveux bruns encore plein de mousse, qui haletait. La scène aurait pu être drôle si elle n’avait pas été précédée d’un accueil si peu chaleureux.

- Pardonnez-la, elle a tendance à … s’emporter quelque peu, de temps en temps…
- Elle ?
répéta Naomie, perplexe.
- Vous êtes bien Mr Stearns ? demanda Isaac, droit au but.
- En chair et en os. Vous êtes de l’armée, de ce que j’ai cru comprendre ?
- De la Police Internationale,
confirma Billy, un peu gêné. Nous aurions aimé vous poser quelques questions…
- Installez-vous dans le fauteuil, dans ce cas, dit-il en leur montrant ses canapés. J’arrive dans une minute, je vais juste me rhabiller. Tu veux bien leur servir quelque chose à boire ?
- Oui papa
, répondit la voix de fillette alors que le dernier drone encore en l’air se dirigeait vers la cuisine.

A ces mots, leurs trois regards se croisèrent. Avaient-ils bien entendu ?

__________________________________


Pendant ce temps, à Féli-Cité, le Colonel Cornell recevait enfin le rapport d’une équipe de militaire, envoyée sur place pour l’assister à lutter contre la menace terroriste qui pesait contre l’Etat de Sinnoh. S’il ne s’agissait pas de l’Etat auquel il était affilié, le Colonel avait de suite été choisi pour s’occuper de l’affaire, jugée critique par la Table Ronde, puisque Carlsson avait été mis hors circuit. Aussi Marcus comptait-il bien arrêter les individus responsables de cette supercherie. Pour lui prêter main forte, on lui avait envoyé le Colonel Hesse. S’ils partageaient le même grade, Hesse n’était là que pour prêter main forte, le statut de Ministre de Marcus l’emportant sur le grade militaire dans cette affaire.

Aussi Hesse s’était-il introduit dans le bâtiment, avec pour objectif d’y couper le générateur d’urgence qui se trouvait à la cave. En effet, s’ils avaient pu couper l’électricité du bâtiment à distance, celui-ci était trop bien équipé et le courant était vite revenu. Or, selon Isaac, il était dangereux de s’y introduire avec les appareils en état de marche, car ceux-ci risquaient à tout moment de s’en prendre aux humains et Pokémon comme ils l’avaient fait pour lui, Elodie et le Ministre Carlsson.

En le voyant revenir, le Ministre se précipita vers son collègue. Son équipe avait l’air d’être au complet, et ils n’avaient aucune blessure apparente. Mais Hesse affichait un air maussade, et tenait en main une simple feuille de papier, qu’il tendit à Marcus.

- C’est sorti d’une imprimante alors qu’on passait devant, lança-t-il. Un message des pirates.
- Et qu’est-ce que ça dit ?
demanda le Ministre en attrapant la feuille qu’il lui tendait.
- Tu vas pas aimer… soupira-t-il.

Et il avait raison. Le pirate, quel qu’il soit, réclamait une somme faramineuse en échange de la libération du bâtiment de son virus. Mais ce n’était pas tout. Il demandait aussi que la même somme soit disposée dans pas moins 16 valises. Celles-ci devraient ensuite être cachées à différents endroits de l’Etat de Sinnoh, et il n’en récupérerait qu’une seule. Ce qui faisait, en somme, 16 endroits à surveiller pour avoir une chance de coincer les terroristes.

- C’est surtout la Table Ronde qui ne va pas aimer… grommela Cornell en se retenant de déchirer la feuille.

_________________________________________________


Lorsque Patrick Stearns revint, cette fois vêtu d’une chemise bleue et, surtout, d’un pantalon, il fut surpris de voir trois personnes supplémentaires. Aldebert, Stephen et Elodie les avaient rejoints après que Billy leur ait fait signe d’entrer. Cependant, le salon n’était pas adapté à autant d’invités, et les six personnes s’étaient entassées, serrées comme des Froussardine, dans l’unique fauteuil de leur hôte. Le drone était quant à lui revenu, portant maladroitement un plateau avec trois verres d’eau plate. Il avait bien failli les renverser en les tendant aux deux militaires et à Isaac, car il n’était doté que d’une seule pince mécanique assez malhabile. Puis il s’était posé par terre, ne se souciant pas des trois invités supplémentaires.

- Vous êtes du même groupe ? demanda Patrick Stearns, un peu surpris, en s’installant sur une chaise en osier.
- C’est exact, répondit Billy avant qu’Aldebert n’ait le temps d’ouvrir la bouche. Mr Shelley, Professeur Caul et Mademoiselle Ross. Nous enquêtons sur une affaire de piratage informatique.
- Je ne fais pas dans le piratage
, répondit l’homme en faisant une grimace. Je trouve cela dégradant et honteux de chercher des moyens d’exploiter ou d’effacer ce que d’autres ont conçu.
- Peut-être
, répliqua le Major en hochant la tête. Cependant, l’adresse mail utilisée pour entamer le piratage sur lequel nous enquêtons semble liée à vous d’une certaine manière.
- Vraiment ?
s’étonna Stearns, l’air un peu amusé. Votre pirate opère par mail ? Mais qui est l’idiot qui est tombé dans un piège si grotesque ?
- Le Ministre Victor Carlsson, monsieur Stearns
, lança Stephen d’un ton dramatique.

Le sourire de Patrick s’effaça soudainement. Son regard s’arrêtait sur le visage de chacun des membres de l’équipe, comme s’il demandait confirmation de ce qu’il venait d’entendre. Puis il déglutit et s’appuya sur le dossier de sa chaise, comme s’il ne se rendait compte que maintenant à quel point l’affaire était grave.

- Je n’ai rien à voir avec ça, finit-il par dire d’un ton sec. Je n’ai aucune raison de m’en prendre au Ministère, ni à l’Etat. Vous dites que mon adresse mail est impliquée ?
- Peut-être pas la vôtre,
répondit Isaac en essayant de se dégager entre Aldebert et Elodie pour s’avancer. Le nom de famille concorde, c’est tout, mais la coïncidence reste assez grande, puisque vous êtes un expert en informatique.
- Le nom de famille ?
répéta son interlocuteur. Un autre Stearns ? Hum…
- CuteKateStearns
, lança Elodie. Ça vous dit quelque ch…

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que l’homme s’était subitement relevé, fixant Elodie avec des yeux écarquillés, comme si elle venait tout juste de l’insulter avec des mots particulièrement grossiers. Le drone, derrière eux, s’était quant à lui envolé lui aussi, mais restait en suspension en l’air, comme attendant des ordres. Le mouvement de Stearns avait été si rapide qu’Aldebert avait sursauté, faisant se renverser le verre d’eau que tenait Isaac. Elodie, elle, déglutit, incapable de quitter des yeux le regard de l’informaticien. Les deux militaires et Stephen, eux, s’étaient mis en position pour se relever, la main sur le fauteuil, si la situation venait à dégénérer.

- Vous avez bien dit « Kate » ? demanda-t-il faiblement, d’un ton plus triste qu’en colère.
- C’est ça, répondit Elodie en rougissant. Vous… Vous connaissez alors ? Parce que les dossiers de l’Etat ne font mention d’aucune Kate Stearns …
- Parce que les dossiers de l’Etat sont à jour, je suppose
, répondit l’homme en se laissant lourdement retomber sur sa chaise, l’air perturbé, la main sur le front.

S’en suivit un long silence, seulement rompu par le bruit léger du drone. Le regard d’Aldebert passait de ce dernier à son propriétaire, ouvrant la bouche de plus en plus grande, comme s’il comprenait quelque chose. Les autres, par contre, ne semblaient pas encore avoir saisi ce qu’il se passait et attendaient patiemment que Stearns reprenne la parole.

- Mr Stearns, dit lentement Aldebert, attirant les regards vers lui. Arrêtez-moi si je me trompe, mais … est-ce que, par hasard, Kate était votre… votre fille ?
- C’est ça
, répondit l’homme, la mine déconfite en regardant le sol. Kate est morte d’une maladie inconnue. Elle avait à peine 9 ans…
- J’en suis désolé
, dit Aldebert d’un air empathique. Vous savez, moi aussi j’ai deux enfants auxquels je tiens beaucoup. Je ne peux m’imaginer la douleur que c’est, de perdre un être cher…

A sa gauche, Isaac et Elodie détournèrent la tête, l’air un peu gêné. Ils n’étaient pas les enfants biologiques d’Aldebert et tous deux gardaient de bons souvenirs de leurs vrais parents. Malgré tout, les sentiments du vieux professeur étaient réciproques, même s’ils ne les lui disaient pas souvent…

- Vous savez, il y a des années de ça, j’ai connu un scientifique brillant, lança Aldebert d’un air pensif. Enfin, connu, nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés… Le Professeur Fudji, vous connaissez peut-être ? Non ? C’est vrai que ça date… Mais quoiqu’il en soit, comme vous, Fudji a perdu sa fille. Rongé par le chagrin, il a mis en pratique toutes ses compétences pour créer un clone de la petite Amber. A l’époque, j’étais complètement opposé à un tel projet, mais avec le recul et l’expérience de la vie, je pense que je suis devenu bien plus indulgent sur le sujet… Tout ça pour dire que je comprends ce que vous avez fait…

Les regards de tout le monde passaient d’Aldebert à Patrick Stearns, puis bientôt au drone qui volaient derrière eux. Seul Billy semblait ne toujours pas comprendre de quoi il était question, et le manifestait avec une horrible grimace.

- Mais enfin, de quoi est-ce que vous parlez ? demanda enfin le Major.
- J’ai créé une intelligence artificielle sur le modèle de ma fille défunte, répondit sombrement Stearns. J’ai travaillé plus d’une année entière, m’y consacrant nuits et jours… Je ne parlais plus à ma femme, j’ai détourné des fonds de ma société pour financer mes recherches… Mais j’y suis parvenu. Kate, ou plutôt une partie d’elle, vit dans ma maison, à travers mes ordinateurs et mes drones.

Billy ouvrit grand la bouche, mais aucun son n’en sortit. Même s’ils s’en étaient doutés, les autres eurent un frisson aux mots de l’informaticien. Stephen, lui, fixait plutôt Aldebert avec un regard pétillant.

- C’est donc possible, murmura l’écrivain.
- Et ainsi, on se sert du nom de ma fille pour répandre des virus ? demanda Stearns, en se relevant à nouveau, l’air un peu fâché cette fois. Je peux vous aider à coincer cet enfoiré ?
- Attendez, malgré tout le respect que nous vous devons, nous n’avons hélas pas de preuve que n’êtes pas impliqué
, lança Naomie, un peu gênée.
- Vous croyez que je serai assez bête pour braquer les projecteurs sur Kate, alors que je garde son existence secrète depuis tout ce temps ? répondit sèchement Stearns. De plus, celle-ci est pourvue des meilleurs anti-virus et elle peut elle-même lutter contre ces derniers de l’intérieur, et même traquer le pirate. Nous pouvons vous aider.
- C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un simple virus
, répondit Isaac en joignant les mains d’un air sérieux. Le pirate s’est infiltré dans tout le réseau du bâtiment, et semble être capable de prendre possession de tout appareil électrique ou connecté…
- Porygon-Z
, lança Stearns en soupirant.
- Pardon ? s’étonna Isaac.
- Avant que nos fonds ne soient bloqués par la Sylphe, nous travaillions sur le Projet Porygon, pour créer des mises à jour du Pokémon, lança-t-il. Mais je n’étais pas le seul à détourner des fonds… Ce vieux lascar de Pluton faisait de même, mais pour créer une version pirate de Porygon.
- Pluton ?
répéta Stephen. C’est vraiment son nom ?
- Je ne pense pas, mais il n’aime pas qu’on l’appelle autrement. J’ai appris par la suite qu’il avait eu des liens avec des mouvements terroristes… Mais ce qu’il cherchait à faire avec Porygon, ou plutôt sa version, Porygon-Z, ressemble beaucoup à ce que vous me racontez… Je sais qu’il travaillait sur Motisma, pour comprendre comment ils prennent le contrôle d’appareils ménagers divers…
- Voilà qui parait bien plus pertinent
, lança Billy. Je vais voir si on peut le trouver quelque part…
- Je peux venir avec vous ?
demanda Stearns, insistant. Kate est peut-être capable de réparer les dégâts au Ministère… Et de vous aider à le coincer…
- Bon…
hésita le Major. C’est plus prudent de vous avoir à l’œil pour le moment, j’imagine… Bien, venez.

__________________________________________


Le Colonel Cornell était sur les nerfs. Il attendait les résultats de l’opération en cours qui visait à remettre la valise remplie de billets au pirate, tout en parvenant à localiser ce dernier. Trouver l’argent n’avait pas été simple, le Ministre des Finances s’étant montré très réticent. La Table Ronde avait d’ailleurs dû intervenir pour lui forcer la main. Mais le Colonel avait aussi beaucoup peiné à trouver tous les hommes nécessaires. En temps normal, il n’aurait eu besoin que d’une poignée de militaires ou de policiers, mais il avait dû réquisitionner pas moins de 80 personnes afin de surveiller les seize lieux mentionnés par le pirate. Il était toujours à Féli-Cité, dans un hangar qu’ils avaient transformé à la va-vite en QG de remplacement, en compagnie d’Aldebert, Stephen et Elodie. Les deux vieux parlaient entre eux dans leur coin tandis qu’Elodie aidait le Colonel à prendre des nouvelles régulières de chaque équipe. Naomie et Billy avaient été envoyés aider les troupes du Colonel Hesse sur place, tandis qu’Isaac était reparti avec Mr Stearns dans les bâtiments corrompus.

Les choses tournaient en rond depuis déjà plus d’une heure. Le Colonel était à cran, avec une pression sans précédent sur les épaules. Si le pirate leur échappait, il aurait toute la Table Ronde sur le dos. Leurs réactions quant aux dernières nouvelles de l’affaire ne laissaient rien présager de bon.

- Equipe numéro 4, toujours rien ? demandait-il pour la vingtième fois.
- Négatif, répondait le militaire ou l’agent chargé de la communication.
- Je vous recontacte. Equipe numéro 5 ?

Et ainsi de suite. Elodie, elle, paraissait plutôt s’ennuyer à mourir. Elle était chargée de la communication avec la ville de Joliberge et Feli-cité, qui restaient relativement proches. C’était dans la première que se trouvait le Major, tandis que la seconde était sous la surveillance du Colonel Hesse. Mais il n’y avait toujours rien de spécial et, pour ne pas tomber endormie, l’ingénieure lançait parfois une petite plaisanterie, et le Major enchainait.

- Hey, Billy, tu sais quel Pokémon est le moins performant ? Pyroli, parce qu’il…
- Mademoiselle Ross, je vous prierai de reprendre votre travail de manière sérieuse
, lança le Colonel Hesse depuis son appareil. RàS de notre côté…
- Oups !
s’écria-t-elle, toute rouge. Je suis désolée, Colonel, je …

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle fut interrompue par un juron du Ministre.

- Comment ça, la valise n’est plus là ? s’écria-t-il en colère.
- Je vous jure, Mr Cornell, on a rien vu venir… balbutia un policier au téléphone. On s’est éloignés pour régler un incident avec une tondeuse à gazon et…
- Une tondeuse à gazon ?
répéta Cornell, hargneux. Vous êtes des policiers, pas des jardiniers !
- Mais Monsieur, des gens sont venus se plaindre parce que cet appareil fonçait sur les passants…
- Quand bien même, vous étiez en mission, bande d’abrutis !
répliqua Cornell en raccrochant avant de lancer son Pokématos par terre.

Il fallut quelques instants au Colonel Cornell pour se calmer. Il était très en colère d’avoir perdu la seule piste qui lui semblait pertinente. Maintenant, il allait devoir ratiboiser l’entièreté de la ville de Charbourg, en espérant que le pirate s’y trouve encore. Il était en train de rappeler les autres équipes pour les prévenir qu’ils pouvaient récupérer leur valise et revenir quand Isaac et Stearns arrivèrent.

- Ha, Holley, dites-moi que vous avez une bonne nouvelle à m’annoncer… lança-t-il en se mordant la lèvre.
- Le réseau de Ministère est bien infecté par une forme inconnue de Porygon, lança Isaac.
- Et vous avez réussi à nous en débarrasser ? demanda le Ministre, appréhendant la réponse.
- Il faudrait agir depuis la source du mal elle-même pour cela, lança Stearns. Kate est capable de le freiner, mais pas de l’éliminer. Par contre, je confirme qu’il s’agit bien de l’œuvre de Pluton. Du moins ça y ressemble beaucoup.
- Sauf que le susnommé Pluton est un fugitif depuis le démantèlement de la Team Galaxie
, grommela Cornell. Et ce salopard est parvenu à se procurer la rançon sans se faire repérer.
- Où était-ce ?
demanda la voix du drone.
- Heu… à Charbourg… répondit le Colonel visiblement surpris de la prise de parole de l’appareil.
- J’ai peut-être une solution, lança la voix de fillette.

Posté à 13h31 le 18/04/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 54, l’année du Constat (2/2)



Pour arriver jusque Safrania, les évadés avaient suivi le Professeur Neville. Celui-ci les avait d’abord guidés à travers les égouts, dont il avait fait sa base secrète depuis son arrivée en ville. Il leur avait distribué à chacun des armes semblables à la sienne, des lances rétractables, simple à transporter, ainsi qu’un Pokémon à chacun. Il leur avait ensuite donné plusieurs consignes, dont la principale était de s’attaquer en priorité aux alentours des locaux de la Sylphe. Beaucoup d’employés logeaient en effet à proximité. Il leur avait aussi donné quelques adresses qui abritaient de hauts cadres de l’entreprise.

Malheureusement pour eux, le Ministère de la Justice avait été très réactif. Ils étaient à peine sortis dans les rues que la Police et des membres de l’Armées débarquaient dans tous les coins de rue pour faire le ménage. Il avait alors été décidé de se séparer au maximum, afin de rendre la tâche des autorités plus difficile.

Georges McCartney, un ancien journaliste qui avait été enfermé 10 ans plus tôt après s’être emparé de documents douteux, s’était dirigé vers la maison de Dorothéa Crowfoot. Mal lui en pris, car il était arrivé juste après Elodie, Billy et Naomie. Si l’ingénieure était rentrée pour donner sa combinaison à son frère, les deux militaires étaient restés dehors pour monter la garde. C’est Naomie qui le repéra en premier, et elle envoya directement ses Apitrini à sa poursuite. L’ex-journaliste essaya de les éloigner à l’aide de sa lance, mais fit finalement appel au Cliticlic que lui avait prêté son libérateur. Ce dernier envoya des rouages sur les Insectes, qui finirent par s’écarter. Mais, malheureusement pour lui, ces derniers n’étaient qu’une distraction et deux Arbok faisaient désormais face au Pokémon Acier, sous les ordres du Major Campbell.

Les deux serpents dressaient leurs collerettes d’un air menaçant et le regard de Cliticlic passait de l’un à l’autre, comme s’il ne savait lequel choisir. Finalement, l’un d’un se jeta sur lui, tandis que l’autre, avec une rapidité surprenante, lui passait à côté. Zoroark reprit finalement sa véritable forme et courut vers McCartney, qui essaya de l’atteindre avec sa lance. Mais alors qu’il tentait de l’embrocher, le Pokémon fit subitement un bond prodigieux et, toujours en l’air, expulsa une gerbe de flamme depuis sa gueule. McCartney, surpris, lâcha son arme pour se protéger du feu. La chaleur l’obligea à reculer de quelques pas, mais il reçut ensuite un choc dans le dos. C’était l’un des Ninjask de l’Agent Fleming, qui avait contourné rapidement la scène du combat pour se retrouver derrière le fugitif. Il retomba lourdement par terre et, avant qu’il puisse réagir, il sentit les menottes se refermer autour de ses mains.

- Bien joué, Nao ! s’écria Billy
- C’est Lieutenant ! s’écria-t-elle, presque par habitude, tandis que le Cliticlic chutait à son tour, épuisé par Arbok et les autres Pokémon Insectes qui s’en étaient mêlés. Qu’est-ce qu’on fait de lui ?
- On va l’escorter vers un combi de police qui s’occupera de lui, puis on y retournera pour les autres.
- Hey, vous nous avez pas attendus, à ce que je vois !
s’exclama une voix derrière eux.

Elodie, son Métamorph sur les épaules, accourait vers eux, en compagnie d’Isaac, qui avait revêtu sa Combinaison. Tout en noir, avec un casque de la même couleur qui lui recouvrait la tête, l’informaticien ressemblait beaucoup à un motard. Si Billy y avait d’abord trouvé un bon sujet de plaisanterie, il avait finalement abandonné l’idée de rire de l’accoutrement, tant celui-ci était performant. Isaac avait en effet retravaillé la Combinaison Booster du professeur Xanthin, afin de l’adapter à sa taille et de profiter de meilleurs réflexes, ainsi que d’énormément d’avantages physiques. Même s’il pensait avoir encore bien des choses à y améliorer, sa combinaison était déjà extraordinaire.

- Steph’ est resté à l’intérieur, lança-t-il d’une voix très étouffée par le casque. Si quiconque entre, il se prendra Ursaring dans la seconde.
- Ok, ça vaut mieux
, lança Billy. Vous restez dans le coin, le temps qu’on amène cet énergumène chez les flics ?
- Pas de souci
, lui répondit Elodie en s’étirant un peu. On surveille la zone !
- Parfait, à tout de suite !


Confiants envers ses coéquipiers, Billy n’avait aucune appréhension à les laisser se débrouiller sans lui. Il attrapa McCartney par l’épaule, le releva et le força à avancer, suivi de Naomie, sur le qui-vive avec ses Ninjask et ses Apitrini de sortie.

Il ne fallut pas longtemps avant qu’un nouveau fugitif ne se pointe. Il fut très vite repéré par les capteurs thermiques de la combinaison d’Isaac, qui abandonna Elodie sur place pour s’occuper de lui. Tout comme McCartney, Pierre Starr était armé d’une lance. Il était debout sur un Tarinorme, qui avançait très lentement. Ils avaient déjà croisé quelques policiers mais ces derniers avaient été paralysés par le Pokémon Boussole, qui ne s’était pas arrêté en lançant son Onde de Choc tout autour de lui.

Starr avait des cheveux très longs. Plutôt jeune, il était pourtant en prison depuis plus d’un an, pour ne pas avoir respecté plusieurs lois. Mais c’est surtout son intérêt manifeste envers des groupes terroristes comme la Team Plasma d’Unys qui avaient fait pencher l’opinion des juges à sa défaveur.

Isaac se dirigeait droit vers lui, avec une vitesse ahurissante pour son âge. En l’apercevant à la lumière des réverbères, Starr ordonna au Pokémon de lui tirer dessus. Il essaya d’abord un Luminocanon, mais Isaac n’eut aucun mal à l’esquiver. Comme il se rapprochait dangereusement, le Pokémon propulsa une nouvelle Onde de Choc. Sur sa tête, Starr était confiant, car il avait vu les policiers tomber comme des mouches sous la décharge électrique quelques minutes avant. Mais ce qu’il ignorait, c’était que la combinaison avait été construite de manière à absorber l’électricité pour s’en servir justement de source d’énergie. Loin d’être freiné par l’attaque, Isaac fit un grand bond et atterrit, en équilibre sur une jambe, sur le nez de Tarinorme. Surpris, Pierre Starr tenta de lui donner un coup de lance maladroit, mais fut simplement désarmé par un coup de son autre jambe. Il reçut ensuite un coup de poing et tomba par terre, tandis que Tarinorme se secouait pour se débarrasser d’Isaac. Une fois de retour au sol, celui-ci invoqua Fibonacci et Métang, pour qu’ils s’occupent du Pokémon Roche, et s’empara de la lance tombée. Starr se rendit immédiatement, tandis que Tarinorme était rapidement mis Ko.

De son côté, Elodie était restée en arrière. Elle baillait presque d’ennui. Soudain, du bruit provenant d’une ruelle attira son attention. Elle s’y faufila discrètement et ne tarda pas à tomber sur un autre détenu, en plein affrontement avec deux jeunes policiers.

Ces derniers semblaient très mal embarqués. Leurs Pokémon étaient à terre, vaincus par le Kabutops dirigé par l’homme. Ce dernier répondait au nom de Fred Harrison. Il avait été jugé coupable dans une affaire d’espionnage industriel envers la Sylphe et nourrissait contre cette dernière une profonde rancune. Très barbu, il paraissait aussi assez malade, et ne cessait de tousser entre chaque ordre qu’il donnait au Kabutops. Malgré cela, il était venu à bout des deux policiers, qui semblaient très peu rassurés.

Le Kabutops se dirigeait maintenant vers les deux hommes avec un air inquiétant. Elodie, qui venait d’arriver derrière Harrison, se figea. Trop concentré sur leur affrontement, personne ne l’avait remarquée. Son Métamorph descendit de ses épaules et elle se concentra. Le Kabutops était en train d’aiguiser ses lames quand, soudain, une poubelle fut projetée sur lui, l’écrasant contre un mur. Harrison, entre deux quintes de toux, s’étonna de la scène avec un juron. Il s’avançait avec sa lance pour terminer le boulot, mais glissa subitement sur une matière visqueuse à ses pieds. Il tenta de se relever, mais Métamorph était déjà en train d’étendre son corps pour l’empêcher de bouger convenablement.

De son côté, Kabutops était en train de se débarrasser de la poubelle, à la fois étourdis et en colère. Mais les deux policiers s’étaient ressaisis et il faisait désormais face à un Magnéti et un Elektek. Le combat reprit, sous les bruits de toux d’Harrison, qui fut finalement assommé par Elodie et l’une de ses Ccé à molette. Elle envoya son Métamorph prêter main forte aux policiers et, bientôt, le Kabutops tomba de fatigue.

Elle retrouva Isaac, qui maintenait Pierre Starr captif, devant la maison de Dorothéa et Stephen. Elle avait été suivie par les deux jeunes agents des forces l’ordre, qui portaient Harrison, toujours dans les pommes.

- Pas de problème ? demanda-t-il en les voyant arriver.
- Aucun souci ! clama-t-elle. Faudra juste faire attention à celui-là, j’espère que je n’ai pas tapé trop fort, déjà qu’il est surement très malade…
- J’ai reçu un message de Billy, pendant que t’étais partie. Le ménage avance bien, il ne doit rester que trois ou quatre criminels en liberté. Mais ils n’ont pas encore réussi à attraper Neville.
- Hé bien, on s’amuse bien, à ce que je vois…


Ils se retournèrent. Dorothéa était sortie de sa maison, toute emmitouflée de son écharpe et de son vieux poncho. L’air inquiet et aux aguets, Stephen se tenait juste derrière elle.

- Stephen m’a expliqué ce qu’il se passait, lança-t-elle. Heureusement que je peux compter sur mes amis pour me garantir la sécurité… Qu’est-ce que je ferai sans vous, mes enfants…
- On ne voulait pas te déranger, Doro
, lança Isaac. Tout c’est bien passé, tu as eu le temps de lire ce que tu voulais ?
- Oui, j’ai eu tout juste le temps de parcourir les dossiers qui me préoccupaient, merci encore, Isaac.
- Et… donc ?
demanda-t-il d’une voix hésitante.
- Donc… Il n’y a rien, soupira-t-elle en arborant quand même un sourire rassuré. Il n’y avait aucun dossier compromettant.

____________________________


Les plus grands affrontements avaient eu lieu dans la rue des bâtiments de la Sylphe. Ils avaient été presque une dizaine d’évadés à s’y retrouver. Malheureusement pour eux, la Police avait été très réactive et s’y était aussi rassemblée pour faire face à la menace. Les combats étaient cependant restés assez égaux jusqu’à l’arrivée de deux hommes.

Le Ministre de la Justice lui-même s’était déplacé. Accompagné de Scalproie et Mackogneur, le Colonel Cornell avait rapidement fait basculer la balance du côté des forces de l’Ordre. Commandant ses hommes d’une main de fer, il avait réussi à provoquer la fuite des fugitifs après avoir mis leurs Pokémon KO. Mais en rebroussant chemin, ils avaient rapidement dû faire face à un second problème. L’Amiral Arthur Weiss, toujours prêt à donner un coup de main, les attendait en compagnie de son Capidextre, son Arcanin et son Tentacruel. Il avait toujours sa fameuse main disproportionnée, qu’il cachait sous son uniforme, lui donnant l’air d’avoir le bras en écharpe. Ainsi acculés, les hommes s’étaient décidés à foncer dans le tas, espérant ainsi avoir une chance de s’enfuir. Mais même avec un bras en moins, l’Amiral les avait rapidement maitrisés, en brûlant l’un ou l’autre ou passage, pendant que les derniers lâchaient leurs armes sous la menace de Capidextre et Tentacruel, tous les deux formés à l’escrime par leur dresseur.

- J’ai huit points! lança-t-il fièrement à son ami qui se rapprochait.
- Ce n’est pas un concours, maugréa ce dernier, l’air très sérieux, alors qu’il se rapprochait, escorté par ses Pokémon et quelques policiers. Il me semble que tu en oublies un.

Le Colonel montrait un homme en tenue de prisonnier, tenant la lance à deux mains l’air un peu effrayé, qui s’était plaqué contre la vitrine d’un magasin. Benjamin Lennon n’était âgé que de trente ans environ. Accusé du meurtre d’un supérieur, cet ancien employé de la Centrale de Kanto avait toujours clamé son innocence, là où les autres abandonnaient rapidement. Il était persuadé d’être victime d’un coup monté. Partisan de la non-violence, il avait vu en l’arrivée du professeur Neville une chance de sortir de l’enfer du pénitencier. Mais il avait vite déchanté quand on lui avait mis une arme dans les mains et imposé un Pokémon pour tuer des gens de Safrania. Il était resté très discret, suivant le groupe en silence, avant de se retrouver coincé dans les combats. Alors que tous ses anciens voisins de cellules étaient tombés ou s’étaient rendus, il regardait avec appréhension les militaires discuter de son sort. Il déglutit, imaginant le pire, et décida de lâcher sa lance avant de lever les bras, en signe d’abandon. Il préférait se rendre plutôt que d’être blessé, voire pire.

Constatant cela, le Colonel attrapa les menottes d’un policier et se dirigea vers lui. Lennon le regardait avec un air résigné et se rapprocha à son tour. Soudain, Marcus Cornell sentit quelqu’un l’attraper par les épaules et le pousser en arrière. La surprise fut telle qu’il tomba à la renverse, constatant au passage qu’il devait sa chute à son ami l’Amiral. Il allait le sermonner violemment quand, soudain, il entendit les bruits d’une explosion toute proche et se sentit à nouveau poussé dans le même sens. Lorsqu’il se retourna enfin, il put voir un petit cratère dans le sol pavé, au centre duquel gisait le corps, désormais sans vie, de Benjamin Lennon.

- Je crois qu’on a encore un dernier invité, grommela Arthur Weiss en se triturant la moustache de sa main normale.
- Neville… marmonna le Colonel en se relevant, juste assez fort pour que seul son ami puisse l’entendre.

Tout au bout de la rue, l’ancien scientifique des Plasma les fixait d’un regard dur, presque mécontent, sa lance en main. Juste à côté de lui, le Pokémon qu’il avait lui-même créé, Genesect, se tenait sous sa forme dépliée. C’était lui qui avait tiré le rayon d’énergie qui avait provoqué tant de dégâts.

- Repliez-vous ! cria le Colonel à ses hommes. Ne laissez intervenir que des membres de l’Armée !
- Alors, toi, moi, et un terroriste, comme au bon vieux temps ?
demanda Weiss en arborant un sourire confiant tandis qu’il dégainait son sabre.
- On peut dire ça comme ça, répliqua le Colonel. Ils ne sont pas formés comme nous pour ce genre de situation, et ce gars-là est un coriace. Puis, tu veux que je te dise ?
- Que je suis le meilleur ?
- Non. Il vaut 10 points, et c’est moi qui vais gagner.


Sur ce, le Colonel s’élança en direction du terroriste, suivi de près par ses deux Pokémon, laissant l’Amiral sur place quelques secondes avant qu’il ne réalise ce qu’il venait de dire. Pour le rattraper au plus vite, ce dernier monta sur son Arcanin et ordonna à ses Pokémon de le suivre.

A l’autre bout de la rue, Neville eut un petit sourire. Même s’il n’était pas sur sa liste de base, tuer un Ministre ne devait surement pas arranger le Professeur Higgs. C’était du moins ce qu’il pensait à ce moment précis, persuadé que les gouvernements étaient tous impliqués. Aussi n’hésita-t-il pas à lancer son Pokémon à sa poursuite. Genesect bondit aussitôt et, depuis les airs, bombarda les deux militaires de ses tirs de TechnoBuster.

Il en fallait plus cependant pour effrayer deux militaires qui aveint été entrainés par le Général Pasteur et son Foretress. Ils avaient été formés à esquiver les tirs d’un Pokémon comme celui-ci, même si ceux de Genesect étaient certainement bien plus puissants que ceux qu’ils avaient subis lors de leurs entrainements. Aussi, malgré de puissantes rafales d’énergie pure, les militaires étaient tout juste ralentis.

Constatant qu’ils se rapprochaient dangereusement, le Professeur Neville se mordit les lèvres. Il siffla pour rappeler Genesect au sol, pour qu’il fonce sur le Ministre, et se prépara à réceptionner l’Amiral et son Arcanin avec sa lance. Mais alors que Genesect chargeait le Colonel, ce dernier s’arrêta brusquement, laissant son Mackogneur lui passer devant. C’est le Pokémon qui se prit la collision de plein fouet. Malgré sa musculature impressionnante, le choc avait été violent, et le Pokémon Combat alla jusqu’à plier un genou au sol. Mais il n’était pas pour autant vaincu et s’était saisi de Genesect avec ses quatre puissants bras. Puis, comme la créature artificielle semblait charger un nouveau tir, il le balança en arrière, droit vers Arthur Weiss et ses Pokémon.

Aussitôt, l’Arcanin de l’Amiral déversa sur lui un torrent de flammes chatoyantes. Genesect parvint à freiner son élan à l’aide d’un de ses réacteurs, mais ne put échapper à l’insupportable chaleur du feu. Il poussa un cri déchirant, comparable à des engrenages mal huilés qui grinçaient, et tenta de s’échapper. Mais il était désormais encerclé, non seulement par l’Amiral, mais aussi par Tentacruel et Capidextre, chacun d’eux pointant un ou plusieurs sabres vers lui. Encore étourdi par les brûlures, Genesect ne fut pas assez rapide pour échapper à leurs assauts. Heureusement pour lui, les coups de lames n’étaient pas très efficaces sur son corps de métal et les armes blanches se heurtaient dans un cliquetis métallique. Se ressaisissant, Genesect utilisa ses bras, tout aussi acérés que les armes, pour faire reculer Capidextre et Tentacruel. Arthur Weiss aperçut alors ce qu’il prit pour une légère faille dans l’armure du Pokémon. Il allait frapper en plein dedans, mais Genesect se retourna et, vif comme l’éclair, brisa l’arme de son adversaire. Le choc était si violent que l’Amiral en tomba par terre, obligé de se retenir avec son autre main. Il était dos au sol et Genesect se penchait vers lui, le canon sur son dos se mettant à rayonner dangereusement. Sans plus réfléchir, l’Amiral planta dans l’ouverture du canon ce qu’il lui restait de sa lame. Genesect en fut surpris, recula, puis une petite explosion retentit.

De son côté, Neville se préparait à intercepter le Colonel. Il ne regardait sa création que d’un air distrait, pas très rassuré de la voir ainsi peiner face au moustachu. Mais au moins, le Ministre, lui, n’était pas armé. Même en tant que militaire entrainé au combat, il n’aurait pas la moindre chance d’échapper à sa lance. Il s’apprêtait d’ailleurs à le transpercer, dès qu’il serait à portée.

Il allait bientôt arriver assez proche de lui quand, soudain, il sauta en l’air. Neville eut d’abord un air satisfait devant cette action, estimant qu’ainsi, il ne pourrait pas esquiver son coup. Mais lorsqu’il vit, glissant au sol sur ses genoux, le Scalproie passer sous son dresseur et se relever, les bras en ciseaux pour bloquer la lance tendue, il poussa un juron, les yeux écarquillés. Son arme était désormais bloquée par le Pokémon qu’il n’avait pas vu arriver. Le Colonel, quant à lui, atterrit sans souci, passa à côté de son Pokémon et, avant d’avoir le temps de dire quoique ce soit, asséna un prodigieux coup de poing au Professeur Neville, qui en lâcha son arme sous la douleur et la surprise.

Désarmé, le fugitif recula de quelques pas, l’air désappointé. Le Colonel s’était saisi de sa propre lance, qu’il faisait tourner entre ses doigts comme une majorette, comme pour l’humilier un peu plus. Genesect, lui, était toujours debout, mais titubant un peu tandis que Weiss et ses Pokémon l’encerclaient à nouveau, prêts à l’achever.

- Rendez-vous, Neville, ordonna le Colonel d’une voix autoritaire. C’est terminé pour de bon, cette fois.
- Terminé ?
répéta Neville, haletant. Ça ne fait que commencer !

Soudain, il sortit une sorte de sphère de sa poche et la lança contre le sol. Aussitôt, une fumée verdâtre s’en échappa, recouvrant tout dans un périmètre de plusieurs mètres. Le gaz avait une odeur nauséabonde et piquait les yeux. Pris dans le nuage, le Colonel tenta de s’en échapper en toussotant. Soudain, il sentit quelque chose agripper la lance et tirer pour se l’approprier. Le Ministre riposta en donnant un coup de coude et essaya d’assommer Neville avec l’arme. Mais il sentit soudain que cette dernière semblait bloquée par quelque chose et il entendit un cri de douleur pas très loin de lui. Comprenant qu’il l’avait touché avec le tranchant de la lame par erreur, il essaya de sortir du nuage de fumée, prêt à appeler les secours en attendant que le panache de fumée ne se dissipe. Mais en sortant de là, il sentit quelque chose passer à côté de lui à toute vitesse. Lorsqu’il eut enfin une meilleure vision, il découvrit que Neville s’enfuyait, assis en tailleur sur le Genesect qui avait repris sa forme de planche, en se tenant le flanc de ses mains.

- Raté pour tes dix points, je gagne toujours, lança Weiss d’un air sombre en le regardant aussi s’enfuir.
- Il n’ira pas bien loin, je l’ai blessé, répondit le Ministre, l’air contrarié. Contactez tout le monde, je veux qu’on l’attrape !

________________________________


Le Professeur Neville enrageait. Il avait sous-estimé la réactivité du Ministère de la Justice. Il n’avait pas envisagé que l’Armée soit appelée si vite et qu’autant de moyens seraient mis en œuvre pour les arrêter. Du peu qu’il avait vu, ses comparses avaient à peine blessé des cibles. C’était un échec total.

Il était toujours sur Genesect, maintenant son flanc d’une seule main. Il avait eu mal sur le moment, mais estimait que la blessure était superficielle. La lame n’avait pas dû toucher d’organes. Il pestait contre sa propre bêtise à foncer sur l’occasion. S’en prendre à un militaire armé sans l’être soi-même, même en l’ayant aveuglé, c’était une vraie folie. Il avait fait un détour exprès pour récupérer une de ses lances auprès d’un fugitif mort d’une autre rue. Au moins ne ferait-il plus la même erreur.

Maintenant, il devait fuir. Il connaissait les égouts de Safrania presque par cœur. Il savait par où il devait passer pour rester discret. Certes, vu sa blessure, ce n’était pas le lieu idéal, mais il n’avait pas vraiment d’autre choix s’il voulait rester libre de continuer ses machinations.

Il sentait aussi que Genesect avait bien souffert de son combat. Malgré qu’il n’ait pas perdu en vitesse, il penchait légèrement sur la droite en volant. Il faudra qu’il l’inspecte, une fois à l’abri, pour voir ce qu’il pouvait faire pour le soigner. Malgré leur échec, il restait assez fier de sa création. La puissance de ses tirs était redoutable.

Ils déambulaient tous deux dans les rues de Safrania, silencieusement. Soudain, en passant devant une ruelle, le Professeur crut reconnaitre quelqu’un. Il arrêta la course de son Pokémon et lui fit faire demi-tour, afin de s’assurer de ce qu’il avait vu. Il faillit laisser s’échapper une exclamation de surprise en constatant qu’il ne s’était pas trompé.
Devant lui, regardant une affiche sur un mur d’un air distrait, se tenait un jeune homme d’environ 25 ans. A ses habits et sa casquette rouges, le jeune homme était très reconnaissable pour quiconque avait un minimum de culture générale. Il s’agissait, sans aucun doute possible, de Red, le Maitre de la Ligue de l’Etat de Kanto-Jotho. Le plus jeune dresseur connu à avoir obtenu ce titre, un génie du combat Pokémon et une véritable célébrité. Et il était là, devant lui, ne l’ayant même pas remarqué. Seul. Sans défense.

Un grand sourire s’étala sur le visage du Professeur Neville. C’était une occasion à ne pas manquer. Si Red n’était pas un employé de la Sylphe, il savait que ce dresseur légendaire était souvent aperçu en compagnie du Professeur Higgs. Décidant de profiter qu’il ne l’ait pas remarqué, il attrapa la lance qu’il avait récupérée sur un cadavre. D’une caresse, il fit comprendre à Genesect qu’il allait devoir foncer le plus vite possible. Red n’aurait pas le temps de réagir, quelle que soit la hauteur de ses talents.

Ainsi, Genesect s’élança. Le Professeur maintenait la lance à deux mains, ignorant le sang qui coulait à son ventre, prêt à transpercer le dresseur. Son sourire victorieux s’élargissait au fur et à mesure qu’il se rapprochait. Encore quelques mètres, et il l’aurait embroché.

Soudain, Red tourna la tête dans sa direction. Il regardait Neville avec un regard absent, presque fatigué. Le Professeur y vit un signe encourageant. Sa cible n’avait même pas remarqué qu’elle était en danger !

Et puis, brusquement, alors que la pointe de sa lance était à une trentaine de centimètres de la gorge du Maitre, il sentit que quelque chose clochait. Plus rien ne bougeait, comme si le temps était figé. Il n’arrivait même pas à changer un simple trait de son visage, ne serait-ce que pour exprimer sa surprise.

Finalement, Red poussa un soupir et tourna son regard vers le toit des maisons derrière le professeur. Il semblait observer quelque chose qui, d’après son regard, se rapprochait petit à petit, silencieusement. C’est quand Neville sentit une présence écrasante derrière lui qu’il comprit ce qu’il lui arrivait.

- Beau travail, partenaire, lança Red en baillant. Mais la prochaine fois, ce sera toi l’appât.
- Je ne suis pas sûr que Mr Higgs soit d’accord
, répondit une voix grave derrière Neville. Que devons-nous faire de lui ?
- Mr Higgs voulait surtout récupérer son prototype
, répondit Red en tapotant sur le Genesect, lui aussi figé en plein mouvement. Je suppose qu’il parlait de cette chose…
- Qu’est-ce que c’est ?
demanda la voix.
- Un Pokémon artificiel d’une puissance exceptionnelle, répondit le Maitre avec un brin de malice dans la voix. Ça ne te rappelle rien ?

Un silence pesant s’installa. Neville aurait voulu s’enfuir, se débattre, hurler, mais il était incapable de faire quoique ce soit. Finalement, Red éclata de rire.

- Ne t’inquiète pas, Higgs n’a aucune envie de te remplacer. Tu es l’Elu de Dieu. Ces Pokémon sont moins performants que toi. Je pense plutôt qu’ils t’aideront dans ta tâche, puisqu’on ne pourra pas être partout à la fois, une fois que tout sera fini.
- Tu dois avoir raison… Et que faisons-nous du Professeur Neville ?
- Bonne question, je vais demander !
s’exclama Red en attrapant son Pokematos.

Il composa un numéro sur son appareil et, après quelques secondes qui parurent des années pour le fugitif paralysé, on répondit à son appel en haut-parleur.

- Mon très cher Red ? lança une voix que Neville connaissait bien. Que me vaut votre appel ?
- On vient de réceptionner le prototype
, répondit Red en souriant. On a aussi le créateur, que voulez-vous qu’on en fasse ?
- J’aurai bien souhaité le voir collaborer avec nous, comme je lui avais proposé…
, répliqua la voix avec un soupçon de regret. Mais en vue de ces derniers jours, je suppose qu’il ne le souhaite pas. Tuez-le.

Aussitôt, le Professeur sentit son dos se courber en arrière, sans qu’il ne puisse rien y faire. Il entendait ses os craquer alors qu’il commençait à pouvoir regarder derrière lui, l’image perçue par ses yeux étant retournée. Il eut tout juste le temps d’apercevoir le visage de la créature violette qui, plus grande qu’un homme, exerçait son emprise psychique sur lui. Puis, finalement, il sentit son cou se briser et retomba, telle une pitoyable poupée de chiffon, par terre, sans vie. Sur le moment, le Genesect sembla se débattre, parvenant à laisser s’échapper une petite plainte, mais Mewtwo accentua son emprise pour le calmer.

- C’est fait ! s’exclama le dresseur. Je m’occupe de tout ici, et mon partenaire vous amène votre colis.
- C’est parfait, mon très cher Red
, répondit le Professeur Higgs. A très bientôt.

Le vieil homme raccrocha. Il poussa un grand soupir de soulagement. S’il n’avait jamais considéré le Professeur Neville comme une menace, il avait craint de voir Genesect lui filer sous le nez. La production de ce Pokémon était quasiment prête, mais il restait encore pas mal de réglages à ajuster. Et avec l’original en état de marche, ils avaient maintenant tout ce qu’il fallait.

- Hé bien, on dirait que vous en avez terminé avec notre ami commun ? fit remarquer une voix en ricanant.
- C’est effectivement le cas, Mr Cushing, répondit le Professeur Higgs en rangeant son appareil dans la poche de sa veste.
- Ho, je vous en prie, appelez-moi Lester !
- Qu’il en soit ainsi, mon cher Lester,
lança Higgs en s’éloignant déjà de la cellule de son interlocuteur. Gageons que notre collaboration à venir soit couronnée de succès. Mes agents seront bientôt là pour vous faire sortir d’ici.

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Naomie était dans ses petits souliers. Elle était assise en face du grand bureau de Dorothéa Crowfoot, la femme de son auteur préféré. Cette dernière l’avait discrètement convoquée pour une raison qui lui échappait encore. La Sous-Directrice l’avait fait s’asseoir et s’était absentée le temps d’aller chercher de quoi servir le thé. Si elle n’en était pas une grande amatrice, elle n’avait pas osé refuser. Elle fut rassurée de voir la vieille dame revenir avec le plateau et l’aida à le transporter en constatant qu’elle avait du mal à se déplacer. Celle-ci la remercia et s’installa ensuite en face d’elle, avant de pousser un profond soupir de soulagement.

- Prenez un Lava-Cookie, je les faits spécialement importer d’Hoenn, lança-t-elle à l’Agent Fleming en lui servant une tasse. J’adore ces biscuits.
- Merci
, répondit la militaire en se servant, un peu gênée.

Elle prit une croustillante bouchée de cookies, mais, malgré qu’elle en apprécie le goût, eut du mal à l’avaler. Elle se demandait toujours pourquoi une femme aussi importante que Madame Crowfoot l’avait convoquée. Cette dernière, malgré ses airs de grand-mère soucieuse, emmitouflée dans son poncho et ses écharpes, dégageait une certaine aura de force de caractère et d’intelligence.

- Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous ai invitée ici, tandis que mon mari est avec Aldebert et les autres à Carmin sur Mer ? demanda la vieille dame.

Naomie ne répondit pas, se contentant de hocher la tête. Comme pour justifier son manque de parole, elle attrapa la tasse encore très chaude, mais la garda en main, faisant tourner une cuillère à l’intérieur. En face d’elle, Dorothéa semblait la passer aux rayons X.

- Tout d’abord, j’aimerai m’assurer que vous conserverez le secret par rapport à ce que je vais vous dire ici, dit-elle d’un ton très sérieux. En aucun cas vous ne devrez en parler au reste de votre équipe, et encore moins à Aldebert et mon mari.
- Hum… sauf tout mon respect, madame
, commença-t-elle en fronçant les sourcils. Pourquoi voulez-vous garder cela secret ? Est-ce si important ?
- Aldebert et Stephen ont déjà une vie assez trépidante et dangereuse comme ça
, répliqua Dorothéa. Et c’est aussi le cas du reste de l’équipe. Je ne veux pas les impliquer dans cette dangereuse affaire. Ho, bien sûr, vous me direz, vous aussi, vous en faites partie. Mais vous n’avez pas le même passé que certains de vos plus proches collègues… Et puis, surtout, j’ai été très impressionnée par vos performances, hier, contre cet homme.

Naomie se sentit devenir cramoisie. Sans plus attendre, dans une tentative désespérée de cacher sa gêne, elle avala une longue gorgée de thé. Mais le liquide était si brûlant qu’elle crût bien qu’elle allait s’étouffer. Parvenant à se retenir de tout cracher et renverser, elle déposa sa tasse et se risqua à une petite quinte de toux. Une fois qu’elle eut repris contenance, elle regarda son hôte, qui la fixait avec un petit sourire apaisant.

- Je comprends, je garderai le secret, répondit finalement Naomie, une fois calmée. Qu’est-ce que vous voulez exactement ?
- Ce que j’attends de vous, mon amie, c’est que vous travailliez pour moi
, répondit Dorothéa après avoir bu à son tour une gorgée de thé. Contrairement à ce que j’ai affirmé à nos amis, j’ai découvert des choses sur le Professeur Higgs. Et j’ai besoin de quelqu’un qui, lorsqu’il sera en vacances ou en repos, ira espionner pour moi différents endroits. Afin d’agir ou de confirmer mes soupçons. Une personne de confiance et d’action. Et cette personne, ce serait vous.

Naomie Fleming resta à nouveau silencieuse, mal à l’aise, fixant la Sous-directrice. Elle était partagée entre la fierté d’avoir été choisie, mais aussi l’embarras à l’idée de cacher des choses à ses amis. Finalement, elle déglutit avant de répondre.

- Je … je ne sais pas si je suis la personne idéale pour ce travail… dit-elle, gênée.
- Je pense au contraire que vous l’êtes, mademoiselle Fleming, lui répondit doucement Dorothéa. Mais avant de prendre votre décision, laissez-moi vous montrer ceci…

Elle ouvrit un tiroir de son bureau et en sortit un dossier qu’elle tendit à Naomie. Celle-ci l’attrapa, laissant sa tasse de côté, et le feuilleta. Elle s’arrêta brusquement à une page centrale, les yeux écarquillés. Elle posa sa main devant sa bouche, comme horrifiée, avant d’adresser un regard interrogateur à Dorothéa. La vieille dame hocha la tête d’un air peiné et Naomie referma le dossier sur le champ.

- C’est pour éviter cela que j‘ai besoin de vous, poursuivit Crowfoot en constatant l’air perturbé du Lieutenant. Je ne veux pas les impliquer, mais à nous deux, nous pouvons empêcher cela.
- Dans ce cas, je vous suis
, répliqua-t-elle d’un ton décidé. Vous pouvez compter sur moi.

Posté à 13h28 le 18/04/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 54, l’année du Constat (1/2)



D'après Albert Einstein :
Le progrès technique est comme une hache qu'on aurait mis dans les mains d'un psychopathe.


Le bâtiment du département de la Justice de l’Etat de Kanto-Johto était basé à Celadopole. C’était là-bas que se réunissaient les hauts responsables en matière de Loi et de lutte contre tout type de criminalité. De la fraude fiscale aux faits violents, le Département avait toujours eu la réputation de ne rien laisser passer, d’être impitoyable. C’était aussi là-bas que se trouvaient toutes les archives du Département. Si les vieux documents étaient encore écrits, ils étaient de plus en plus numérisés et sécurisés pour que seules les personnes ayant une accréditation suffisante puissent y accéder.

Les personnes qui fréquentaient cet immeuble étaient de tous les bords. Grands avocats et Juges se côtoyaient, ainsi que les plus hauts responsables des services de police. On y retrouvait aussi de temps en temps des membres de la Police Internationale ou de l’armée, venus consulter des documents particuliers ou demander des autorisations. Mais tout ce petit monde était aisément reconnaissable en vue de leur accoutrement, des vestons et des tailleurs noirs, très strict, reflétant tout le sérieux derrière le travail qu’ils exerçaient.
Aussi chaque membre du personnel passant ce matin-là au troisième étage, et plus particulièrement dans une des petites salles d’attente, adressait un regard mêlant surprise et rejet aux personnes qui attendaient là.

Le Major Campbell était vêtu d’un T-shirt blanc à courte manche, ainsi que d’un short rouge, qui lui donnait plus l’air d’être moniteur dans un camp de vacances que militaire. Il portait d’ailleurs une paire de lunettes de soleil sur la tête, qui cachait à merveille son état de profond sommeil. A sa gauche, le lieutenant Fleming était rouge de honte et cachait son visage dans son grand bonnet rayé jaune et vert. Elle était déjà venue plusieurs fois ici lorsque son grand-père était Ministre et les regards désapprobateurs envers son allure la mettaient particulièrement mal à l’aise, alors qu’elle était pourtant parvenue à vaincre son attachement aux tenues réglementaires. De l’autre côté du Major endormi, Elodie était assise en tailleur, fixant du regard un tableau qu’elle essayait de décrocher à distance à l’aide de ses pouvoirs télékinésiques. Elle s’était faite une nouvelle colo pour avoir ses cheveux noirs Corboss. Isaac, lui, était en train de lire une sorte de manuel, accoudé sur ses propres genoux, lui donnant un air de bossu. Aldebert, enfin, sirotait un verre de Soda sur glace qu’il était allé se procurer au Centre Commercial avant de venir. Il était le seul à avoir fait un petit effort en mettant un nœud papillon rose. Il s’agissait en réalité d’une plaisanterie avec Stephen au sujet de leur dernière affaire, et il avait tout bonnement oublié de le retirer. L’écrivain, quant à lui, s’était absenté pour retrouver sa femme à Safrania.

Ils étaient là depuis près d’une demi-heure quand, enfin, un homme ouvrit une porte et appela le Major Campbell. Ce dernier ne réagit pas de suite, et il fallut que Naomie lui donne un coup de coude pour qu’il daigne se réveiller. Lorsqu’il comprit enfin ce qu’il se passait autour de lui, il se leva en sursaut et proposa au reste de l’équipe de le suivre, ce que ces derniers étaient déjà en train de faire. L’homme qui les avait appelés les observa un instant du même regard désapprobateur que les autres fonctionnaires, mais ne dit rien et s’écarta pour les laisser entrer dans le bureau de son supérieur, le Ministre et Colonel Marcus Cornell.

Ce dernier semblait très concentré sur un document. Il releva néanmoins la tête lorsqu’il les entendit arriver et leur adressa un sourire accueillant. Cependant, en apercevant le Major Campbell, son expression changea subitement. Il se renfrogna et se leva en fusillant son ancien lieutenant du regard.

- Qu’est-ce que c’est que cet accoutrement, Major ? rugit-il en guise de bienvenue.
- Colonel, désolé, Colonel ! répondit Billy en se mettant rapidement au garde-à-vous. Nous n’avons pas eu le temps de nous changer depuis notre mission à Alola, Colonel !
- Et depuis quand réalisez-vous vos missions sans l’uniforme adéquat ?
le réprimanda le Ministre d’un ton dur. Vous décrédibilisez l’Armée et vous me décrédibilisez moi, en tant que votre supérieur ! Et qu’est-ce que vous apprenez aux recrues, avec ça ?

Naomie, qui s’était elle aussi mise au garde-à-vous, semblait toute stressée. Elle se sentait comme un enfant pris en faute. Les autres regardaient la scène sans rien dire, même si Elodie avait actuellement beaucoup de mal à ne pas éclater de rire. Aldebert, enfin, semblait s’être rendu compte qu’il portait encore son nœud papillon et tentait de le retirer discrètement après avoir déposé son Soda sur le bureau du Colonel.

- Colonel ! Ça n’arrivera plus, Colonel ! clama Billy d’une voix forte.
- Heureusement que personne ici ne sait que j’ai été votre supérieur pendant des années, grommela-t-il. Je serais devenu la risée de mon propre Département…

Il se rassit et montra trois sièges aux non-militaires, pour qu’ils s’y installent. Le Major et le Lieutenant restèrent quant à eux debout, droits comme des piquets.

- Outre cela, je suis ravi de vous revoir, Professeur Caul, Mademoiselle Ross, Monsieur Holley… Si je vous ai convoqués ici, ce n’est pas seulement pour réprimander le Major mais bien pour vous parler de votre prochaine mission.

Tous approuvèrent d’un signe de tête. Même si c’était la première fois qu’ils étaient convoqués ici, la plupart de leurs missions leur étaient expliquées lors d’une entrevue avec un Ministre ou un haut gradé d’un certain Département. C’était une méthode un peu vieillotte mais qui garantissait souvent l’aspect confidentiel de leur travail. Le Colonel déposa plusieurs documents sur son bureau, afin qu’ils puissent les observer librement. Il s’agissait, pour la plupart de photos et d’extraits de caméra surveillance, ainsi que des listes de noms.

- Voici le Professeur Neville, dit-il en pointant du doigt une photographie d’un homme d’une quarantaine d’année, qui abordait un visage carré et froid, aux yeux bleus et aux cheveux noir, coiffés en une queue de cheval. C’est un ancien membre du groupe terroriste Team Plasma, qui a œuvré il y a quelques années à Unys.
- Ceux qui exigeaient la libération des Pokémon ?
demanda Isaac.
- Ceux-là même, confirma Marcus Cornell. Le groupe est tenace et a été démantelé à deux reprises mais nous ne pensons pas que le Professeur Neville en fasse encore partie.
- Et en quoi notre équipe est-elle sollicitée ?
demanda Elodie, interrogateur.
- Notre fugitif a été aperçu à Safrania ces derniers jours, continua le Colonel. Et pas pour y prendre une tasse de thé. En trois jours, il est le suspect principal de pas moins de 7 tentatives de meurtres, dont 4 réussies.
- Ouille, effectivement, ce n’est pas un rigolo
, dit Aldebert.
- Je ne vous le fais pas dire. Les noms de ses victimes se trouvent sur cette liste et ceux qui ont survécu sont sous surveillance policière H24.
- Mais en quoi pouvons-nous aider ?
questionna Isaac. Vous n’avez pas des équipes de police pour ce genre de chose ?
- Si, et ils sont sur le coup. Ce qui nous intéresse, c’est ceci.


Il prit une des photos et la tendit à l’informaticien. Ce dernier la rapprocha de son visage, tandis qu’Elodie et Aldebert se penchaient pour la voir aussi. Sur celle-ci, on pouvait voir le Professeur, armé d’une curieuse lance, debout sur une sorte de grosse planche de surf violette. Cet étrange équipement semblait doté d’un petit réacteur qui lui permettait de flotter à environ un mètre du sol à en croire l’image.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Isaac, interdit.
- C’est à vous de me le dire, répondit le Colonel. Il a avec lui un équipement assez spécial, et c’est pour examiner ce dernier que je compte sur vous. Et si en plus, vous nous aidez à le capturer, ce sera parfait !
- Un instant, Colonel…


Aldebert s’était vite désintéressé de la photo, au contraire d’Elodie qui semblait obnubilée par la curieuse machine. Il avait tendu le bras pour reprendre son verre de Soda quand il avait remarqué un détail sur la liste des victimes du Professeur Neville. Il s’en était donc saisi à la place, pour la regarder de plus près, confirmant ses doutes. Le Ministre le fixait, lui aussi, comprenant que le vieil homme avait mis le doigt sur un détail des plus importants…

- Quand comptiez-vous nous dire que toutes les victimes du professeur Neville… travaillent pour la Sylphe SARL ?

________________________________________


Stephen et Dorothéa étaient assis face à face à une petite table de la terrasse du Noctali, un petit café de Safrania. Depuis que l’écrivain avait officiellement rejoint l’équipe, il était souvent parti en voyage et n’avait plus beaucoup de temps à consacrer à sa femme. Celle-ci, cependant, ne s’en voyait pas gênée, son poste au sein de la Sylphe SARL ayant toujours demandé beaucoup d’investissement de sa part. Elle comblait sa solitude par le travail et, malgré son âge avancé et les problèmes de hanche qui commençaient à se manifester, elle n’avait aucune envie de chambouler son quotidien. Néanmoins, ils profitaient d’autant plus de ces moments où ils étaient enfin ensemble, simplement pour discuter et partager les derniers évènements de leur vie, voir planifier de prochaines rencontres.

- Et avec Billy, pas de problèmes ? demanda Dorothéa après avoir bu une gorgée de café.
- Pourquoi y aurait-il un problème ? s’étonna Stephen. C’est un bon chef d’équipe, et on ne s’ennuie pas avec lui.
- Je ne sais pas, je pense que ça s'était mal passé le jour de votre rencontre, non ?
plaisanta sa femme en souriant, faisant référence à la prise d’otage de la Sylphe.
- Ha, oui… mais tu sais, ça date, il était jeune et puis… c’est franchement un chic type, tu sais ?
- Je m’en doute, c’est moi qui t’ai proposé de lui laisser une chance quand Aldebert l’a caché de l’Armée, tu te souviens ?
- Et comme toujours, tu as su voir les bons côtés en quelqu’un
, ajouta son mari. Petite futée.
- Et Al’, pas de rechute ?


Cette fois-ci, Stephen parut un peu embarrassé. Il eut un petit mouvement de recul et se saisit précipitamment de sa tasse, en renversant quelques gouttes, avant de la porter à sa bouche, comme pour s’accorder un petit sursit avant de répondre. Sa femme le dévisagea, haussant le sourcil droit. Son mari fut ensuite victime d’une petite quinte de toux, ayant avalé trop vite le liquide brûlant. Lorsqu’il se ressaisit, il regarda un instant sa femme, qui n’avait pas changé d’expression.

- Excuse-moi, ma douce, je crois que j’ai bu tr…
- Stephen, est-ce qu’Aldebert a repris des spores ?
- Ha ! Mais non voyons !
s’exclama Stephen en prenant un air faussement amusé. Tu penses bien, je le surveille pour que ça n’arrive pas et…
- Tu as toujours très mal menti Stephen
, l’interrompit Dorothéa en soupirant. Tu ne l’as pas assez surveillé, c’est ça ?
- Hum… c’est … plus compliqué que cela…
bredouilla l’écrivain. Disons que nous travaillons sur un projet assez complexe et …
- Un projet complexe, voyez-vous ça ?
répéta Dorothéa d’un ton irrité. Et donc ce projet justifierait l’usage de spores hallucinogènes, selon toi ?
- Heum, c’est sûr que dit comme ça, ce n’est pas très encourageant mais …
- Excusez-moi ? l
es interrompit une voix grave.

Ils se tournèrent tous les deux vers l’homme qui venait de parler. Il était grand, âgé d’une quarantaine d’année, et portait un long imperméable brun, ce qui surprit Stephen, car il faisait une température très agréable. Cet individu devait suer à grosses gouttes sous son accoutrement. Ses cheveux noirs formaient une queue de cheval. Il avait un visage carré et renfrogné, comme s’il était mécontent. Il fixait la vieille dame de ses yeux bleus ciel et cachait son bras droit à l’intérieur de son manteau.

- Je peux vous aider, jeune homme ? demanda-t-elle, surprise d’être ainsi accostée.
- Vous êtes bien Dorothéa Crowfoot, la sous-directrice de la Sylphe SARL ? demanda-t-il.

Stephen prit une expression étonnée. Il était habitué à être accosté par des inconnus qui reconnaissaient en sa personne l’auteur d’un livre qu’ils avaient aimé. Mais jamais sa femme n’avait eu le même traitement, du moins pensait-il. D’ailleurs, celle-ci semblait tout aussi perturbée d’être ainsi reconnue par un inconnu. L’écrivain soupira, pensant qu’il s’agissait surement d’un employé de sa chère et tendre et qu’il allait surement lui parler travail. Estimant que cela ne le concernait pas, il alluma son Pokématoss et profita de l’occasion pour voir de quelle mission l’équipe avait héritée. Isaac venait justement de lui envoyer un message avec tous les dossiers en précisant qu’ils venaient d’arriver à Safrania.

- Effectivement, c’est bien moi, répondit finalement Dorothéa, prise de court. Nous nous connaissons ? Je suis désolée, c’est peut-être l’âge, mais votre visage ne me dit rien.

L’homme ne répondit pas. Il se contentait de la fixer d’un regard sévère qui la mettait de plus en plus mal à l’aise. Son mari était en train de parcourir négligemment les dossiers de l’enquête. Soudain, il étouffa une exclamation de surprise et redressa la tête, l’air affolé. Au même moment, l’homme sortait son bras droit de sous son imperméable, dévoilant une sorte de manche métallique qu’il tenait de la main. Il exerça une pression dessus, suffisante pour que l’objet s’allonge subitement de part et d’autre, prenant la forme d’une lance à l’extrémité tranchante. Il eut ensuite un rapide mouvement, se mettant en position pour attaquer la vieille dame, qui ne comprenait rien à ce qu’il se passait sous ses yeux. Mais alors qu’il engageait un nouveau mouvement, dans le but de planter son arme dans le corps de la Sous-Directrice, un grand Ursaring se dressa entre elle et lui et frappa sur l’allonge de la lance pour la faire tomber par terre. Surpris, l’homme lâcha effectivement son arme et recula rapidement de quelques pas, apparemment agacé. Derrière le Pokémon, Dorothéa clignait des yeux, n’ayant aucune idée de ce qu’il venait de se produire. Stephen, lui, s’était levé et tenait toujours sa Pokeball en main. Autour d’eux, les autres clients du Noctali s’étaient levés en sursaut et la plupart s’était réfugiée à l’intérieur, tandis que les passants s’étaient arrêtés, hébétés par la scène.

- Pas touche à ma femme ! s’écria l’écrivain.
- Stephen, s’écria Dorothéa, toujours un peu abasourdie. Mais enfin, qu’est-ce qu’il se passe ?
- Tiens, attrape, tu comprendras mieux
, dit-il en lui lançant dans les mains son Pokematoss.

Sa femme ralluma l’appareil, qui s’était mis en veille, et poussa une exclamation de surprise. La première image sur laquelle elle tomba était le visage de l’homme et le document suivant expliquait de quoi il était accusé.

- Un vieillard qui se bat pour sa femme, c’est adorable, lança le professeur Neville d’un ton ironique.
- Je vais t’apprendre à respecter tes ainés, espèce d’assassin ! s’écria l’écrivain, en colère.
- Ouais, assassin, mais moi, au moins, je l’assume, riposta l’homme en attrapant une Pokéball.

Il invoqua un Magnéton, qui se manifesta immédiatement en utilisant Strido-son. Le bruit était si désagréable que Stephen se plaqua les mains contre les oreilles, et Dorothéa interrompit ce qu’elle était en train d’écrire sur le Pokématoss de son mari, à savoir un message d’appel à l’aide en précisant où ils se trouvaient. Ursaring non plus ne semblait franchement pas apprécier le vacarme provoqué par Magnéton. Aussi se précipita-t-il vers lui et le frappa avec Marteau-Poing. Le Pokémon fut projeté vers le sol, s’y cogna, mais riposta ensuite avec une attaque électrique à bout portant, faisant hurler la Bête de Vestigion de douleur.

Ursaring recula, visiblement un peu étourdi. Le Professeur Neville en profita pour exiger à son Pokémon qu’il recommence Strido-Son, et celui-ci s’exécuta. Les passants avaient tous fuit la zone pour ne pas être blessés et ne pas avoir à subir les désagréments de ce combat improvisé. Dorothéa s’était finalement levée, pour se placer derrière son mari, les mains plaquées sur les oreilles. Finalement, Ursaring reprit contenance et repartit à la charge.

Les deux Pokémon s’affrontaient, ripostant à chaque coup qu’ils recevaient. Puis, soudain, surgissant de derrière un immeuble, une sorte de planche de métal violet fila droit sur le Professeur Neville, flottant à environ 30 cm du sol. Celui-ci prit enfin une expression satisfaite et sauta adroitement dessus lorsque celle-ci passa devant lui, et s’y agrippa d’une main pour rester en équilibre, tel un surfeur sur une vague. La planche fit quelques mètres avant de faire subitement demi-tour pour se précipiter vers le couple. Stephen poussa sa femme par terre pour l’écarter de la trajectoire du terroriste, mais celui-ci se contenta de ramasser sa lance rétractable en passant au-dessus d’elle. Puis il répéta l’opération, filant de nouveau vers eux, mais en tenant son arme de son autre main, prêt à frapper.

Mais avant qu’il ne puisse se rapprocher de trop près, trois policiers et leurs Caninos débarquèrent, déversant vers lui un torrent de flammes. Le surfeur esquiva néanmoins adroitement les attaques en zigzaguant, s’éloignant tout de même de sa cible par la même occasion. Soudain, un Arbok et un Zoroark se dressèrent face à lui, fraîchement invoqués par un homme habillé comme s’il animait un camp de vacances. Il décida de changer à nouveau de trajectoire, mais, cette fois, ce fut un Chapignon et un Métang qui lui barrèrent la route. Cependant, aucun de ces Pokémon n’était assez rapide pour son curieux véhicule, et il les esquiva à nouveau, en s’élevant un peu plus haut.

Le professeur Neville se tenait toujours dans la même position, à quelques mètres du sol. En bas, ils étaient de plus en plus de policiers, sans compter quelques vieux et des citoyens en apparence ordinaire, à s’être regroupés. Il se renfrogna. Sa tentative de meurtre était compromise… Il rappela son Magnéton dans sa Ball et, sans demander son reste, il fit demi-tour et fila sur sa planche, entendant des cris de consternations derrière lui. Mais cela ne l’importait guère.

Le professeur Neville était confiant. Avec sa technologie, ils ne parviendraient pas à le rattraper. Il pouvait voler très vite et atteindre le haut d’un immeuble sans souci pour se cacher. C’était d’ailleurs son intention première et il se dirigeait vers l’un des buildings de la ville. Mais, subitement, des bruits de bourdonnement le firent sursauter. Lorsqu’il se retourna, il n’en crut pas ses yeux.

Une jeune femme coiffée d’un gros bonnet semblait voler droit vers lui. En réalité, elle avait sous les bras des sortes de brassards rattachés à des cordes qui étaient elles-mêmes reliées à deux Ninjask. Mais à cette distance, le professeur ne pouvait que distinguer les deux Insectes au-dessus d’elle et se demander comment elle faisait pour voler. Et le pire dans tout cela, c’est qu’elle gagnait du terrain sur lui.

Le Professeur étouffa un juron. Il encouragea son engin à atteindre le sommet du building, tout en jetant des regards troublés vers le Lieutenant Fleming. Il atteignit enfin le toit et allait s’y poser quand celle-ci s’élança brusquement vers lui, s’étant détachée de ses brassards, la jambe droite en avant pour atteindre son visage et lui faire perdre l’équilibre. L’action, bien que dangereuse, fut un succès et le Professeur se prit le pied du Lieutenant sur la joue gauche avec tant de violence qu’il tomba par terre. Mais Naomie elle-même s’écrasa à côté de lui, tandis que la planche continuait son chemin toute seule avant de s’arrêter près du bord du toit.

Sur le qui-vive, la jeune militaire se releva presque immédiatement. Elle avait toujours été douée en gymnastique et ce n’était pas la première fois qu’elle s’écrasait, ayant appris à limiter les dégâts. Elle retira son bonnet de sa tête, et se mit à fouiller à l’intérieur pour en retirer trois Pokéball. Mais le Professeur Neville, lui aussi, était quasiment déjà debout. Il se tenait la mâchoire d’une main, pestant envers cette inconnue et se dirigeant vers sa planche métallique sans perdre de temps. Mais avant qu’il ne puisse l’atteindre, trois Apitrini se mirent à lui tourner autour du visage, l’empêchant d’avancer et de rejoindre son véhicule. Puis, subitement, les deux Ninjask se jetèrent sur lui, le faisant une nouvelle fois tomber au sol. Et cette fois, avant qu’il ne puisse reprendre ses esprits correctement, il entendit le cliquetis caractéristiques des menottes qu’on attache à un poignet.

- Professeur Neville, vous êtes en état d’arrestation pour meurtre, tentative de meurtre et terrorisme, lança Naomie d’une voix essoufflée.

Le Professeur ne répondit pas. Comme prévu, son invention n’était pas intervenue. Il poussa un long soupir et détourna son regard, adoptant une attitude de frustration tandis que la militaire se saisissait de son Pokématos pour appeler ses amis, fière de son succès.

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Il était 20h. Dehors, le soleil se couchait pour faire place à la nuit, sombre, froide. Mais cette atmosphère était déjà celle que le Professeur Neville supportait depuis quelques heures, à la prison de haute sécurité de Kanto. L’établissement se trouvait non loin de la Route 7, qui reliait Celadopole et Safrania. Il avait directement été envoyé là-bas, en l’attente de son procès. Seul dans sa cellule de 7m² seulement, il bénéficiait d’un simple lit au matelas cabossé et troué, sur lequel il était assis depuis son arrivée, adoptant une position d’intense réflexion, sans rien dire pour autant. Les yeux fermés, on aurait presque cru qu’il dormait.

Pourtant, ce n’était pas le bruit qui manquait. Outre les lamentations de certains prisonniers, il y avait les disputes de compagnons de cellules, les insultes à l’encontre des gardiens ou encore ces derniers qui criaient et usaient de leurs Pokémon pour rétablir un calme tout relatif.

Soudain, le Professeur Neville ouvrit les yeux. C’était à sa cellule qu’un gardien venait de frapper avec sa lourde matraque, provoquant un bruit métallique. Il tourna légèrement la tête, et vit que son geôlier n’était pas seul. Il était accompagné par Dorothéa Crowfoot, la femme qu’il avait tenté de tuer quelques heures auparavant. Celle-ci s’était tout emmitouflée dans un poncho et une large écharpe, pour se protéger efficacement du froid qui régnait désormais dehors. Elle observait le détenu avec un regard mêlant appréhension et une certaine curiosité malsaine. D’un signe de main, elle congédia le gardien, qui s’éloigna.

- J’espère que ça valait la peine ? demanda-t-elle. Tuer mes employés pour finir dans ce trou jusqu’à la fin de vos jours ?
- Si c’était à recommencer, je le ferais
, répondit le Professeur en se levant, fixant la Sous-Directrice de la Sylphe. Sans hésitation.
- C’était peut-être ça, votre but, alors ?
poursuivit Dorothéa d’un ton ironique. Finir en prison ?
- Vous n’y êtes pas du tout
, répliqua-t-il.
- Alors expliquez-moi ! Expliquez-moi pourquoi vous avez essayé de me tuer.

Le professeur resta un instant sans bouger, étudiant la vieille dame du regard, avant de laisser échapper un petit ricanement qui avait le don de la froisser.

- Pour vous empêcher de mettre à bien vos projets, évidemment, lança-t-il en se rapprochant. Je n’ai aucune envie de vivre l’horreur que vous vous apprêtez à lancer.
- Je vous demande pardon ?
réagit Dorothéa d’une voix vive. De quels projets parlez-vous ?
- Ne faites pas l’innocente, madame! J’ai travaillé pour le Professeur Higgs, moi aussi. Je sais ce qu’il prépare.


A l’évocation de son ami d’enfance et supérieur hiérarchique, Dorothéa écarquilla les yeux de surprise. Elle resta quelques secondes sans rien dire, sans bouger, dans un silence pesant et seulement rompu par une dispute quelques cellules plus loin. A nouveau, ils se jugeaient mutuellement du regard.

- Je n’ai aucune idée de ce dont vous me parlez, finit-elle par dire en se mordant les lèvres. Pourquoi ne pas préciser vos idées ?
- Ne me faites pas rire,
répliqua Neville, qui, manifestement, n’avait vraiment pas envie de rigoler. Vous êtes l’une des plus proches collaboratrices du Ministre au sein de la Sylphe. Vous devez forcément savoir ce qu’il mijote depuis plusieurs années déjà.
- Vous soutenez donc que le Professeur Higgs prépare quelque chose de … mauvais ?
insista Dorothéa en penchant la tête d’une manière perplexe.
- Pas n’importe quoi, répondit le prisonnier en saisissant les barreaux de sa cellule de ses deux mains. Ce que le Ministre prépare pourrait bien se conclure par la fin du monde tel que nous le connaissons. Et le nombre de victimes sera ahurissant ! Hommes, femmes, enfants, personne ne sera épargné par les projets d’Higgs !

Dorothéa déglutit. Le son de sa voix et ses paroles commençaient à lui donner la chair de poule. Depuis des années déjà, Aldebert la mettait en garde contre leur ami de l’Université. Même son mari avait parfois lancé l’une ou l’autre allusion. Mais elle les avait toujours toutes ignorées. Jamais elle n’avait eu la preuve de quoique ce soit de mauvais de la part du Professeur Higgs. Même, il était considéré par beaucoup comme un saint vivant, tant il avait fait pour le bien-être des hommes et des Pokémon. Et pourtant, les mots du Professeur Neville sonnaient lourds dans son esprit. Pourquoi les siens ? Peut-être parce qu’il s’agissait d’un parfait étranger qui avait tenté de la tuer ? Et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de douter.

- Quoiqu’il en soit, si ces fameux projets existent réellement, je ne suis pas impliquée là-dedans, et n’en avait jamais entendu parler avant, lança-t-elle finalement en reprenant contenance. Je ne sais même pas si je peux vous croire.
- C’est réciproque, dans ce cas
, rétorqua le Professeur Neville en lâchant les barreaux, avant de reculer de quelques pas. Mais si vous n’êtes vraiment pas dans le coup, vous n’avez qu’à vous renseigner un peu sur votre propre entreprise.
- J’y compte bien
, répondit Dorothéa d’un ton glacial avant de se détourner. Sur ce, nous nous reverrons à votre procès, Mr Neville.

Et elle s’éloigna, plongée dans ses pensées, sans faire attention aux autres prisonniers qui lui lançaient des insultes ou des parjures sur son passage. A nouveau seul, Neville soupira et se réinstalla sur son lit, pour patienter. Madame Crowfoot se trompait sur au moins un point. Ils ne se reverraient pas au procès. Mais peut-être bien avant…

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Dans son atelier de Carmin sur Mer, Elodie chantonnait avec allégresse en enfilant son tablier de travail. Elle enfonça son casque de soudure sur la tête et mit ses gants en cuir avant de se diriger vers la table sur laquelle elle avait disposé la fameuse planche métallique dont s’était servi le Professeur Neville pour s’enfuir et, surtout, voler. Elle l’admira un instant, tout excitée à l’idée de voir ce qu’elle cachait à l’intérieur. Elle l’avait vue à l’œuvre plus tôt et avait été subjuguée. Le fait qu’elle soit capable de se piloter à distance ou à la main, comme l’avait prouvé les témoignages, et son aérodynamisme excitaient la jeune femme. Elle avait rarement eu autant envie d’analyser une machine inconnue qu’aujourd’hui. Elle voulait aussi en savoir plus sur les matériaux utilisés et il faudrait prélever un échantillon de métal à confier à Aldebert. Mille idées fusaient dans sa tête pour expliquer son fonctionnement de manière précise. Elle était en train de choisir les outils dont elle allait se servir quand, soudain, elle sentit une présence derrière elle. Surprise, elle se retourna vivement et lança sur la personne derrière elle la première chose qui lui était passée par la main, à savoir une clé à molette.

- Aie ! s’exclama le Major Campbell en se frottant le crâne. Maaaais !
- Ho, désolé, Billy !
s’écria Elodie en se rendant compte de sa bourde, saisissant un chiffon plein d’huile de moteur pour nettoyer sa plaie. Attends… Oups ! merde merde, pardon !
- C’est bon, c’est pas grave, je suis un dur à cuire, tu sais…
lança le Major en se frottant le visage, avant de constater qu’il était tout plein d’une huile pestilentielle.

Il regarda un instant sa main, puis Elodie, qui était toute rouge de gêne, avant de laisser échapper un petit rire amusé et de se diriger vers l’évier, pour se débarrasser des traces et de l’odeur.

- Je voulais juste te dire qu’on nous avait livré la commande pour ce soir, si tu veux manger, tant que c’est chaud.
- Bha, je réchaufferai les pâtes au micro-onde
, répondit Elodie. Pour l’heure, je ne tiens plus en place ! Je veux absolument savoir ce que nous cache cette merveille de technologie.
- Et on peut savoir pourquoi tu m’as balancé un outil à la figure, au fait ?
demanda Billy une fois assez débarbouillé.
- Ho rien… j’ai juste eu soudain une mauvaise impression, comme si quelqu’un d’hostile se trouvait juste derrière moi. Mais c’était juste toi.
- Comment ça, « juste » ?
répéta Billy, l’air faussement frustré.
- Tu m’as très bien comprise !

Il éclata de rire, tandis qu’Elodie terminait de disposer sur une petite table tous les outils qu’elle jugeait bon d’avoir à portée de main. Elle invoqua ensuite Melodelfe et Métamorph, afin que ceux-ci l’assistent dans son démontage intégral.

- C’est parti ! s’exclama-t-elle en attrapant une scie à métaux. Voyons ce que tu as dans le ventre…

Elle déposa sa main gauche sur le bout avant de la planche, puis la retira immédiatement, ressentant une légère vibration. Elodie en fut très surprise. La planche était restée inerte depuis l’arrestation du Professeur Neville et Elodie l’avait déjà manipulée quelques fois pour tenter de trouver le moyen de l’allumer, sans succès. Qu’est-ce qui avait changé ? Elle regarda la planche, dubitative, puis en approchant la scie, la machine se mit soudain à s’élever de quelques centimètres. C’est alors que se dégagèrent quatre pattes qui étaient jusqu’alors incrustées le long de la planche. Mais ce n’était pas tout, d’autres morceaux semblaient se déplier et pivoter pour adopter une forme et une position différente. Loin de rester droite, la machine prenait une forme étrange, comparable à celle d’un grand insecte, au dos voûté et surmonté d’un canon. La créature avait de grands yeux rouges, comme des phares de voiture. Cette transformation n’avait pris que quelques secondes et Elodie en était encore bouche-bée. Billy, qui était sur le point de retourner dans le laboratoire d’Aldebert juste à côté, laissa échapper un juron sous la surprise.

Ni une ni deux, la créature alluma une sorte de réacteur au niveau du bas de son corps et fonça droit sur Elodie. Celle-ci était toujours incapable de bouger, mais Mélodelfe et Métamorph la poussèrent sur le côté, pour l’empêcher d’être percutée. La machine vivante se dirigeait à toute vitesse vers la porte, mais le Major faisait barrage. Il allait invoquer Zoroark pour l’aider, mais dû se baisser pour éviter la collision, laissant s’échapper la créature.

Ils se regardèrent un instant, sans savoir quoi dire, puis des bruits de lutte et ceux d’une petite explosion les ramenèrent à la réalité. Ils se précipitèrent dans la salle voisine, qui était occupée par le laboratoire du Professeur Caul.

Ce dernier était en pleine crise de toux, les restes de ses pâtes et de sauce bolognaise tâchant son tablier. Chapignon semblait blessé à l’épaule et tentait, un peu paniqué, d’éteindre un petit feu qui avait pris sur une armoire pleine d’instruments désormais brisés. Il n’y avait plus aucune trace de la créature de métal, si ce n’est la porte qui pendait de ses gonds.

- Al’ ! s’écria Elodie en se précipitant vers lui, tandis que Billy partait en direction de l’escalier pour rattraper la chose. Tu n’as rien ?
- Je… Je crois que ça va…
hésita Aldebert en plaquant ses mains sur tout son corps pour vérifier qu’il était bien entier, répandant de la sauce un peu partout au passage. J’ai cru que je saignais au début, mais…
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Hé bien, je ne sais pas trop, une créature toute violette a soudain débarqué de ton atelier. Chapignon a voulu s’interposer, parce qu’elle voulait s’enfuir, mais elle lui a tiré dessus, et sur quelques-unes de mes expériences au passage puis…


Il s’interrompit subitement, blanc comme un linge. Il se précipita vers les décombre et le feu qui se calmait grâce à l’intervention de Métamorph, s’étant transformé un Carapuce. Il recommença à tousser tout en fouillant frénétiquement les décombres avant qu’Elodie ne l’en écarte, inquiète.

- Al’, arrête, tu respires de la fumée, c’est nocif !
- Mais je ne peux pas laisser mon projet disparaitre comme ça !
s’écria le vieillard en tentant de se dégager frénétiquement. Je ne peux pas l’abandonn…

Il arrêta soudain de se remuer. Il venait de voir, sur un autre plan de travail, un petit livre à la couverture complètement noire. Il poussa un grand soupir de soulagement en l’attrapant.

- Ouf ! s’exclama-t-il. J’ai bien cru…
- Cette chose a filé
, s’écria Billy, qui était de retour, l’air énervé. Nao n’a rien pu faire. Elle s’est enfuie. Nom de dieu, mais c’était quoi, ce truc, Elodie ?
- J’en sais rien…
répondit-elle, troublée. A première vue, c’était juste une machine, mais peut-être que, finalement, c’était plus que ça…
- Quoi, ce n’était pas un Pokémon ?
demanda Aldebert, surpris. De quelle machine parles-tu ?
- Celle du Professeur Neville… Elle s’est soudain changée en cette chose, comme si elle s’était dépliée… je n’ai rien vu venir et, le temps de comprendre, elle filait déjà vers toi…
- Tout ça n’arrange pas nos affaires
, grommela le Major Campbell. Je vais devoir contacter le Colonel pour lui expliquer ce qu’il s’est passé… J’espère que cette chose ne va pas nous causer plus d’ennuis…

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En entendant soudain des bruits d’alarme se déclarer, le Professeur Neville quitta ses réflexions pour arborer un grand sourire. Il était déjà très tard, et les autres locataires de la prison s’étaient presque tous endormis. Les gardes étaient moins nombreux à patrouiller dans les couloirs à une heure si avancée, et tous ceux qui étaient de service à ce moment-là couraient dans une même direction, armés de leurs matraques et accompagnés de leurs Pokémon. Mais c’était inutile.

De loin, on entendait des bruits d’explosion. Des cris de douleur et d’effroi d’hommes et de Pokémon blessés réveillaient les détenus, telle une macabre symphonie. Bientôt se mêlaient à ses bruits les réclamations des hommes envers la créature qui s’avançait de l’autre côté de leurs barreaux. Enfin, cette dernière arriva devant la cellule du Professeur et, comme Madame Crowfoot quelques heures avant, s’y arrêta.

- Pile à l’heure, Genesect, s’exclama le Professeur Neville.

Genesect avait de quoi détruire les barreaux, mais on n’était pas à l’abri d’un bête accident, un débris pouvant très bien se faire propulser par l’explosion générée par le Pokémon et venir se loger au mauvais endroit. Aussi le Professeur lui avait-il bien spécifié de lui ouvrir à l’aide des clés, récupérées sur l’un des gardiens qu’il avait eu à affronter en débarquant à l’improviste. Le Pokémon n’étant pas nécessairement habile de ses pattes, il tendit son butin à son créateur qui, de l’intérieur, ouvrit la porte de sa geôle.

Il savait qu’il n’avait pas beaucoup de temps devant lui. D’autres gardiens pouvaient très bien débarquer, sans oublier des agents du Ministère, tout proche. Mais il n’avait pas prévu un plan d’évasion juste au cas où. Aussi, l’air sûr de lui, il se dirigea vers les autres cellules. Il avait eu accès aux dossiers de la prison bien avant et avait mémorisé les noms des détenus qui, selon leur parcours, pouvaient devenir des alliés. Il s’arrêtait ainsi devant chaque cellule, examinant le nom de leurs occupants avant de les libérer ou de les laisser là.

Pour chacun, cependant, il leur expliquait brièvement ce qu’il attendait d’eux. Son but était toujours le même, frapper les membres de la Sylphe en priorité, et faire un maximum de grabuge à Safrania. La plupart des criminels qu’il interpellait étaient ainsi assez compréhensifs. Certains partageaient son avis sur la Sylphe, ayant eux-mêmes lutté contre l’entreprise avant de finir derrière les barreaux. D’autres acceptaient sans broncher, simplement trop contents de profiter de l’occasion pour sortir de ce trou où ils étaient enfermés depuis trop longtemps. Mais même s’il était accompagné de fripouilles, il pouvait compter sur Genesect si ces derniers tentaient quoique ce soit contre lui.

Il ne restait qu’un seul criminel à libérer sur la liste du Professeur Neville. Lorsqu’il arriva devant sa cellule, il vit un homme simplement couché sur son lit, un grand sourire au visage, bougeant les doigts comme s’il avait un petit orchestre qu’il dirigeait devant lui. Il dut frapper trois fois aux barreaux pour attirer son attention.

- Je peux vous aider ? demanda l’homme en tournant la tête, sans quitter son sourire.
- Vous êtes bien Lester Cushing ? demanda le Professeur Neville d’un air froid. Le soldat fou ?
- Précisément !
répondit l’intéressé en élargissant son sourire. Et vous, seriez-vous le responsable de cette sympathique symphonie qui résonne à mes oreilles ?
- Cette symphonie ?
répéta Neville en fronçant les sourcils.
- Les cris de douleur, les hurlements de peur, les blessures et la mort, énonça Cushing. Ça change agréablement des simples lamentations.

Le Professeur Neville resta un instant interdit. Le Lieutenant-Colonel Lester Cushing était connu pour avoir défié ses supérieurs hiérarchiques et pour avoir lui-même exécuté des terroristes de la génération Rocket. Il l’avait sélectionné pour ce qu’il avait cru être une rébellion envers les autorités. Mais se pouvait-il qu’il s’agisse juste d’un fou ?

- Je compte m’en prendre à la Sylphe SARL pour empêcher le monde de sombrer dans le chaos, lança Neville. Est-ce que vous nous prêteriez main forte ?
- Soyons réalistes !
s’écria Cushing en éclatant de rire. Si vraiment vous êtes un ennemi du chaos, alors vous êtes aussi mon ennemi. Si tôt vous m’aurez ouvert la porte que je vous briserai le cou.

Neville resta encore quelques secondes à l’observer. L’air de rien, malgré son air hilare, il paraissait très sérieux. Aussi, sans ajouter un mot, il fit signe aux autres de le suivre et s’éloigna, afin de sortir de la prison. Lester les regarda s’éloigner, tout sourire. Il n’avait aucune envie de suivre un imbécile dans son genre. Mais au moins, ce denier lui avait appris une bonne nouvelle.

Le chaos n’allait plus tarder.

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Dorothéa était assise dans son salon, l’air préoccupée, en compagnie de son mari. Pour se détendre, ce dernier avait mis un film d’humour à la télé, une histoire qui racontait comment un grand critique gastronomique et son Canarticho étaient défiés par un entrepreneur sans scrupule spécialisé dans les boites de conserve. Mais la Sous-Directrice de la Sylphe ne regardait le film que d’un œil distrait, tandis que son mari riait aux éclats devant des scènes qu’il avait déjà pourtant vues à plusieurs reprises dans le passé.

Enfin, Isaac ouvrit la porte. Dorothéa se releva d’un bond, mais regretta immédiatement son engouement, car sa hanche la faisait souffrir. Stephen tourna la tête et appuya sur pause afin de laisser l’informaticien s’exprimer sans pour autant perdre une miette de ce qu’il considérait comme un chef d’œuvre cinématographique.

- J’ai terminé, Doro, déclara Isaac. Ce n’était pas facile, mais j’ai réussi. J’ai craqué le système et tu as accès à ces quelques dossiers que tu ne pouvais pas ouvrir. Mais par contre, dépêche-toi, ce que j’ai mis en place cachera ton intrusion encore une vingtaine de minutes, pas plus.
- Je te remercie, Isaac
, lui dit-elle d’un air grave. Tu n’as pas regardé par toi-même ?
- Non
, répondit l’informaticien d’un signe tête. Tu m’avais demandé de te laisser voir en premier, pour garantir le secret professionnel de ton entreprise, et je respecte ça.
- Dans ce cas, ne perdons pas une minute
, lança Stephen en se relevant à son tour. Allons voir ce que Higgs nous cache…
- Si tu le veux bien, Stephen, j’aimerais m’en occuper seule
, intervint sa femme en s’interposant. Vous ne faites pas partie de la Sylphe et il y a dans ces dossiers des éléments qui ne doivent pas sortir de l’entreprise. Il n’y a que moi, en tant que Sous-Directrice, que ça concerne.

Stephen se figea, interloqué. Il s’apprêtait à riposter, mais resta muet. Finalement, il poussa un soupir et haussa les épaules, l’air résigné. Sa femme avait travaillé toute sa vie pour la Sylphe SARL et les intérêts de l’entreprise étaient très importants pour elle. Elle avait besoin de preuves mais voulait s’assurer de bel et bien en trouver avant de tirer la sonnette d’alarme.

- Comme tu veux, ronchonna-t-il. Mais alors, si, comme Neville le prétend, tu trouves quelque chose de grave, je veux que tu nous en fasses part. C’est d’accord ?
- Evidemment
, répondit-elle.

L’écrivain retourna dans son fauteuil, l’air un peu déçu, tandis que sa femme et Isaac se dirigeaient dans la cuisine, sur la table de laquelle était posé l’ordinateur de Dorothéa. Cette dernière prit place devant en poussant un soupir d’appréhension. Isaac lui expliqua rapidement la procédure qu’il avait mise en place et l’avertit qu’elle devait absolument tout avoir quitté avant la fin du petit minuteur qu’il avait installé. Puis il lui tapota l’épaule, comme pour lui donner courage, et s’approcha de la porte qu’il venait de franchir.

- Avant que je m’y mette, qu’est-ce que tu en penses, Isaac ? demanda-t-elle alors que le quinquagénaire s’apprêtait à sortir.
- Aldebert parle d’Higgs depuis que je le connais, répondit-il sans se retourner. Nous n’avons jamais eu la moindre preuve à son encontre, tout juste des suspicions. Mais après ce qui est arrivé à Elodie, et après plusieurs histoires que nous avons surmontées, je me dis que, peut-être, il n’a pas tout-à-fait tort… Néanmoins, c’est aussi possible qu’il se trompe. Higgs est ton collègue et ami depuis quoi ? Soixante ans ? C’est à toi de te faire ton avis après avoir consulté ces dossiers…
- Merci, Isaac. Pour tout.
- De rien.


Et l’informaticien quitta la pièce pour laisser Dorothéa seule. Il avait toujours considéré la vieille dame comme une tante, l’ayant souvent côtoyée depuis son adoption par Aldebert. Il avait énormément de respect pour elle. L’écrivain avait remis le film en marche, mais il guettait d’un œil son retour. Sans rien dire, il lui adressa un regard interrogatif, comme pour lui demander s’il n’avait pas quand même vu quelque chose de croustillant. Isaac lui fit non de la tête et s’assit à côté de lui en soupirant. Il était décidé à regarder le film, mais, comme Stephen, la curiosité le démangeait quelque peu. Soudain, il sentit son Pokématos vibrer dans sa poche. Il l’en retira, constata qu’il avait deux messages en absence, et décrocha.

- Allô ?
- Isaac ?
lui répondit la voix légèrement altérée d’Elodie. T’es toujours chez Steph et Doro ?
- Oui, je pensais rester encore un moment mais…
- Non, reste là, je t’apporte ta combi.
- Ma combi ?
répéta Isaac en fronçant les sourcils. Pourquoi est-ce que j’aurai besoin de ma combinaison ?
- T’as pas reçu le message d’alerte et celui du Colonel ?
s’étonna-t-elle. On l’a tous reçu, nous.
- J’ai deux messages que je n’ai pas encore lus, je devais être trop concentré lorsque je les ai reçus. Ça dit quoi ?
- Neville, il s’est enfui. Et il n’est pas seul, il a libéré d’autres détenus, et sa machine tu me croiras jamais, c’était une sorte de Pokémon !
dit-elle d’un ton excité. Enfin, quoiqu’il en soit, ils sont tous à Safrania.
- Merde… Tu crois qu’il va tenter à nouveau de tuer Doro ?
demanda Isaac en provoquant une vive réaction de la part de Stephen en l’entendant dire ces mots.
- C’est possible, mais là, ils s’en prennent surtout aux locaux de la Sylphe et aux environs, répondit rapidement Elodie. Cornell a décrété un couvre-feu, tous les citoyens ont reçu un message pour rester à l’intérieur tant que le problème n’est pas réglé. La Police et l’Armée sont dans les rues pour les attraper, et on est aussi sollicités.
- Ok, je comprends… je ne bouge pas d’ici.
- Je suis là dans 3-4 minutes !
lança-t-elle avant de décrocher.

Isaac rangea son Pokématoss dans sa poche et répondit rapidement aux interrogations de Stephen. Afin de ne pas inquiéter Dorothéa et ne pas lui faire perdre du temps précieux sur sa lecture, ils décidèrent de ne rien lui dire pour le moment. L’écrivain interrompit cependant son film, serrant la Pokéball d’Ursaring en main, et Isaac se rapprocha de la fenêtre pour guetter l’arrivée de sa sœur.

Posté à 11h40 le 11/04/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 51, l’année de la Nouvelle Génération.(2/2)



Valentin Florey et son fils restèrent au chantier Naval en compagnie d’Aldebert, Stephen et Elodie encore une bonne demi-heure après le départ de la bande. Le père, ayant déjà perdu sa femme, voulait éviter de se balader en ville avec son fils si, justement, des Chimères s’y baladaient. Il pestait contre son propre père qui, malgré son âge avancé, s’était jeté la tête la première vers ces créatures. Mais quand il eut finalement de ses nouvelles sur son PokéNav’, il fut rassuré. Ils étaient arrivés sur place alors que les créatures partaient en emportant une vieille dame. Mais à peine Isaac avait-il activé la Bombe que les Chimère l’avaient lâchée pour prendre leurs jambes à leur cou, détalant comme des Sapereau. C’était une excellente nouvelle, car cet appareil ne dérangeait en rien les humains, et ils pouvaient donc en installer partout en attendant que le problème soit réglé à la source par le Ministère de la Gestion.

C’est donc parfaitement rassuré que Valentin Florey remercia Elodie, lui exprimant toute sa gratitude pour ce qu’elle avait fabriqué. Puis, estimant qu’il était déjà assez tard, il prit son fils par la main et les salua avant de sortir des bureaux.

La lune était presque pleine, et elle éclairait la ville de sa douce lumière bienveillante, tout comme les quelques lampadaires sur les trottoirs. Il y avait un petit vent de fraîcheur, avec cette odeur légèrement salée que Valentin humait avec allégresse. Leurs soucis commençaient à se terminer. Il y avait tout de même laissé sa femme, mais l’espoir le laissait croire qu’elle était, peut-être, encore en vie. Et il avait toute confiance en cette bande qu’il avait rencontrée aujourd’hui. Si quelqu’un pouvait la retrouver, c’était bien eux !

Il regardait son fils bailler. Lui aussi était fatigué. Il ne se rendait pas compte de la gravité des derniers événements. Peut-être était-ce mieux ainsi. Avec un peu de chance, il allait vite récupérer sa mère, qu’il réclamait depuis déjà trop longtemps. Il tenait encore fermement en main une photo de son anniversaire, sur laquelle ils figuraient tous les trois.

Mais alors qu’ils marchaient silencieusement, Valentin Florey cru entendre un bruit derrière lui. Il s’arrêta et se concentra tandis que son fils jetait vers lui un regard interrogateur. Comme il distinguait effectivement un bruit de pas, mais que celui-ci était calme et posé, il tourna la tête, juste pour voir de qui il s’agissait.

La Chimère au pelage bleue et au visage féminin s’avançait vers eux. Il ne remarqua pas de suite la couleur de sa peau, à cause de la pénombre, mais la vue de ce short et du T-Shirt le tétanisa sur place. Au fur et à mesure qu’elle avançait et que son corps était éclairé par la lumière, ses doutes se dissipaient. Il reconnaissait ces vêtements. Il reconnaissait cette façon de marcher. Il reconnaissait les traits de ce visage, même avec une autre couleur.

- Mary… murmura-t-il dans un souffle, ébahi.
- Maman ! s’exclama Justin en lâchant la main de son père pour se précipiter vers elle.

La Chimère ouvrit grand ses bras pour accueillir son fils, qu’elle serra très fort contre son corps. Le petit garçon éclata en sanglot, tant il était heureux de retrouver sa mère. Valentin, quant à lui, était resté immobile, comme s’il n’en revenait pas. Lui qui avait gardé ce maigre espoir de retrouver sa femme avait pourtant du mal à accepter ce qu’il avait en face des yeux.

- Mon trésor, chuchota la Chimère en passant ses doigts dans les cheveux de Justin. Tu m’as tellement manqué…
- Toi aussi maman…
sanglota l’enfant. Mais pourquoi t’es toute poilue ? C’est pour ça que tu te cachais ?
- C’est une longue histoire
, répondit-elle en soulevant son fils pour le garder dans ses bras et avancer vers son mari.

Elle s’arrêta de marcher juste devant Valentin. Des larmes coulaient de ses yeux en fixant sa femme. Il approcha sa main, caressa la joue de la Chimère, puis il l’enlaça, avant d’éclater en sanglot à son tour.

- Qu-Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? bredouilla-t-il entre deux hoquets. Qu’est-ce qu’on t’a fait ?
- Je serai incapable de t’expliquer…
lui répondit Mary. Mais ils ont fait de nous des êtres privilégiés… Ils nous appellent la Nouvelle Génération…
- Qui ça, « ils »?
demanda Valentin Florey. Qui est derrière ça ?
- Des scientifiques…
marmonna Mary. L’un d’eux m’a dit qu’il pouvait rassembler notre famille comme avant, en vous offrant ce privilège unique…
- Tu … Tu veux dire … Comme toi ?
demanda Florey, l’air inquiet.
- Comme moi, confirma-t-elle. Je ne peux plus revenir en arrière. Mais vous pouvez devenir comme moi. Ils m’ont promis un avenir radieux, Val’ ! S’il-te-plait… viens avec moi…

Comme il semblait hésiter, Mary rapprocha son visage du sien et l’embrassa fougueusement, à l’abri du regard de leur fils, qui pleurait toujours sur son épaule.

- Tu m’aimes encore ? demanda-t-elle d’un regard implorant. Même avec ce corps ?
- O…Oui, bien sûr !
répondit Valentin. Et … Je vais devenir comme toi, moi aussi… Tu m’aimeras quand même, hein ?
- Merci, Val’
, dit-elle alors que des larmes perlaient à ses yeux. Venez… je vais vous emmener… Mais on aura besoin d’une barque…

Valentin relâcha son étreinte et attrapa sa femme par la main. Elle l’entraina vivement vers une ruelle plus sombre. Si elle était très différente des autres Chimères, quelqu’un pouvait très bien la prendre pour l’une d’elle et les attaquer. Il fallait rester discret. Il était hors de question que leur famille soit séparée à nouveau. Pas maintenant.
Plus jamais.

___________________________________


Valentin, Mary et Justin Florey avaient emprunté le petit bateau familial pour se rendre sur l’ilot où se terraient les autres Chimères. Pendant toute la durée du voyage, Valentin était resté interdit, pensif. Mary ne cessait de lui répéter qu’elle les aimait et qu’elle ne voulait plus jamais être séparée d’eux. Leur fils, loin de se soucier des apparences, débordait de vie et de bonne humeur, à l’idée d’avoir retrouvé sa maman. Il avait enfin rangé sa photo dans sa poche. Et pourtant, Valentin ne pouvait s’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment. C’était trop beau pour être vrai. Et s’il s’agissait d’une imposture ?

Quand ils posèrent pied sur l’ilot, Valentin laissa échapper une exclamation de surprise. Il connaissait bien l’endroit. C’était là que la première usine de production de Soda Cool avait été construite. Les bâtiments, aujourd’hui abandonnés, étaient la seule marque de présence humaine sur ce territoire. Il suivit sa femme à l’intérieur, toujours un peu méfiant, tandis qu’elle portait leur fils sur ses épaules.

En traversant les différentes pièces de l’usine désaffectée, Valentin remarqua que celle-ci n’avait pas tant changé. Certes, la rouille et la poussière régnaient en maitre, mais la plupart des aménagements pour produire le soda étaient toujours là. Il y avait encore ces grandes bassines et même l’espèce de piscine qui, autrefois, était remplie de Soda en préparation avant qu’il ne soit stocké par un système de tuyauterie dans d’autres conteneurs. Il remarqua même la présence de cuves encore remplies de certains ingrédients, comme si les employés avaient tout simplement quitté l’usine un soir sans savoir qu’ils ne reviendraient pas. C’était surement une simple négligence de la logistique, ou bien la faute d’un ouvrier trop paresseux si tout cela était encore là. On aurait presque pu recommencer la production, si l’hygiène des lieux n’était pas aussi médiocre.

En pénétrant dans une autre salle, Valentin se figea, effrayé. Il y avait une dizaine de Chimères bleues, semblables à sa femme, mais plus proche de l’Akwakwak. Son fils, en reconnaissant les créatures qui s’étaient attaquées à l’école, eut un mouvement de recul, mais sa mère passa calmement sa main dans ses cheveux.

- Ne t’inquiète pas… lui susurra-t-elle tendrement. Ils ne te feront pas de mal.

Valentin, pas encore très rassuré, observa les créatures. Elles étaient pour la plupart couchées, à se reposer. Quelques-unes leur jetèrent un regard curieux, mais retournèrent vite à leur torpeur. Enfin, les deux dernières se disputaient un morceau de viande à grands cris, agitant leurs griffes pour menacer l’autre. Elles ne leur prêtaient pas grande attention.

Ils s’avancèrent au milieu d’elles. Valentin ne pouvait s’empêcher de ressentir un certain malaise, ainsi entouré des créatures à qui il devait le kidnapping de sa femme et les agressions sur leur ville de Poivressel. Pourtant, ils passèrent au milieu d’elles sans provoquer la moindre réaction.

Ils allaient passer dans la salle suivante quand la porte s’ouvrit à la volée. Valentin laissa échapper un petit cri d’effroi sous la surprise. Devant lui se tenait la Chimère dont le corps était recouvert d’une carapace orange et brune. Quelques Chimères relevèrent la tête à nouveau avant de replonger dans leur sommeil, et Valentin attrapa la main de sa femme, prêt à la tirer en arrière avec lui, oubliant ce qu’elle était devenue. Mais celle-ci resta sur place et adressa un sourire à la créature.

- Salut, Jimmy, lui dit-elle d’un ton doux.
- Tu es revvvvvenue ? demanda la Chimère. Et avec ta famiiiiiiille, à ce que je vois. Biiiiiiien joué.
- Oui, j’ai réussi à les convaincre
, répondit-elle avec excitation. Nous allons être réunis…
- Mouerf…
soupira Jimmy en passant à côté d’eux sans leur accorder plus de regard. Tant mieux pourrrrrrr toi, j’iiiiiimagiiiiiiiiiiine…

Ils continuèrent d’avancer, guidés par Mary. Quand l’autre Chimère fut assez éloignée à ses yeux, Valentin se rapprocha de sa femme, interloqué.

- Tu l’as appelé Jimmy ? Ce ne serait pas …
- Jimmy Tesla, le poissonnier, si, confirma-t-elle. Toutes les Chimères ici étaient des habitants de Poivressel à la base. Mais seuls moi et Jimmy avons gardé notre conscience et nos souvenirs.

Ils arrivèrent finalement dans une toute dernière salle. Là-bas, deux hommes en blouse blanche étaient penchés sur un écran d’ordinateur. Dans le fond de la salle, il y avait tout un tas de vieux vêtements et de tissus. A côté, deux grands cylindres étaient reliés par une multitude de câbles à plusieurs appareils sur lesquels des dizaines de petites lumières clignotaient. Valentin n’avait pas la moindre idée de ce dont il s’agissait. Une chose était sûre, rien de tout cela ne se trouvait dans l’Usine à l’origine.

- Messieurs les Professeurs ? lança Mary pour attirer leur attention. Pourriez-vous nous accorder un instant ?

Les deux hommes se retournèrent. Le premier devait avoir entre quarante et cinquante ans, et son visage disait légèrement quelque chose à Valentin. Il avait l’impression de l’avoir déjà vu, à la télé peut-être. L’autre, plus âgé, un peu grassouillet et aux cheveux blonds et gras, exposa ses dents parfaitement blanches dans un grand sourire. Si le premier restait en retrait, le second s’avança vers eux avec une certaine allégresse.

- Mary ! s’écria-t-il. Vous avez ramené votre mari et votre fils ! Quelle joie pour moi de les rencontrer ! Je me présente, monsieur, je suis le Docteur Vygotsky.
- Valentin Florey
, répondit-il en serrant la main que lui tendait le psychologue.
- Et je suppose que c’est Justin ? demanda-t-il en faisant signe au petit garçon. Tiens, attends…

Il chercha dans la poche de sa blouse et en retira une friandise, qu’il tendit au petit garçon. Justin s’en saisit et remercia le Docteur d’une petite voix timide. Valentin le regarda, stupéfait, puis sourit, rassuré. Il avait eu peur de tomber sur des sociopathes ou des scientifiques fous, mais ce vieil homme semblait tout-à-fait sympathique et amical.

- Alors, Mary vous a-t-elle expliqué comment nous allions procéder ? demanda le Docteur Vygotsky en joignant les mains. A moins que … vous n’avez peut-être pas encore pris votre décision ?
- C’est-à-dire…
commença Valentin, embarrassé.
- Tu … Tu ne veux pas ? bredouilla Mary en se tournant vers lui. Mais Val’…

Valentin déglutit. Sa femme le regardait d’un air suppliant, les larmes aux yeux. Il serra les poings. Il avait haï ces créatures pendant des semaines pour avoir emporté sa femme. Aujourd’hui, il apprenait qu’elle était l’une d’elles et qu’elle voulait qu’il la rejoigne. Sa colère envers les Chimères était-elle plus forte que son amour pour sa femme ?

- Le choix vous revient, Valentin, lança le Docteur Vygotsky d’un air compatissant. Mais sachez que c’est, hélas, le seul moyen pour que vous puissiez vivre ensemble, votre famille réunie. Mary était dans un état de dépression tel que j’ai bien cru qu’elle allait se laisser dépérir, sans vous…
- Je t’en supplie… Val’…
sanglota Mary.

Les mots du Docteur lui firent l’effet d’une bombe. Il se rappela que lui aussi, pendant ces jours où ils avaient été séparés, il avait perdu le goût de vivre. Et son fils aussi avait adopté un air abattu durant tout ce temps… Il serra les poings en repensant à toutes ses années passées ensemble, de toutes leurs joies, leurs peines. Ils n’avaient jamais été aussi heureux qu’ensemble.

- C’est d’accord, lança-t-il en sentant des larmes couler sur sa joue. Je veux devenir comme ma femme. Je veux que nous soyons à nouveau réunis.

Sa femme laissa éclater toute sa joie et enlaça son mari à nouveau. Justin, qui ne comprenait pas tout, se joignit à l’accolade, tout en baillant sous la fatigue. Le Docteur Vygotsky leur accorda un grand sourire de ses dents blanches avant de leur montrer un des cylindres, dont la porte s’était ouverte.

- Nous allons commencer par Justin, si vous le voulez bien, dit-il d’un ton doucereux. Ce sera plus rapide, comme il est plus petit, et comme ça, il pourra dormir tranquillement après. Il m’a l’air bien fatigué, après tout.
- Qu’est-ce que je dois faire ?
demanda le petit garçon d’une voix à peine audible en mettant son poing devant sa bouche.
- Tu dois juste entrer là-dedans, lui répondit Mary, allègre, en s’agenouillant vers lui. Et tu te laisses faire !
- Et ça fait mal ?
demanda Justin, pas très rassuré.
- Non, tu vas juste avoir l’impression de t’endormir, répondit le Dr Vygotsky d’un ton rassurant. Et à ton réveil, tu seras un peu différent, comme ta maman.
- Vas-y mon cœur, sois courageux, je suis fière de toi !
lança sa mère en l’accompagnant jusqu’au cylindre.

Le petit Justin entra à l’intérieur et adressa un sourire à ses parents avant que le conteneur ne se referme. L’autre homme se mit à pianoter sur son écran et le second s’ouvrit, le temps que le Docteur y installe une Pokéball. Cette dernière invoqua un Psykokwak et la porte se referma à son tour.

- Lancez la procédure, Léo ! clama Vygotsky. Vous y êtes habitué, maintenant ?
- Procédure enclenchée
, répondit sobrement le Pokémaniac sans lever les yeux.

Un grand bruit strident et continu se dégagea des deux cylindres. Les lumières des différentes machines de la pièce s’affolèrent pendant quelques minutes, pendant lesquelles Mary serra fort la main de Valentin. Elle rayonnait de joie et de bonheur, tandis que son mari semblait très intrigué par l’étrange ensemble de machines. Enfin, le cylindre qui avait contenu le Pokémon s’ouvrit, laissant s’échapper une épaisse fumée. A l’intérieur, un corps, nu, était couché. Ce dernier avait un pelage tout jaune, et ses bras semblaient un peu atrophiés. Il disposait d’un large bec, tout blanc, et son visage avait des traits à peu près humains. Les parents s’y précipitèrent. Valentin était effrayé de voir que cet être ne bougeait pas. Mais Justin était juste endormi et Mary l’attrapa dans ses bras pour le serrer contre elle.

- Il était fatigué, c’est normal que la procédure l’ait mis KO, lança Vygotsky d’un ton tranquillisant. À vous, Mr Florey !

L’autre cylindre s’ouvrit. À nouveau, de la fumée s’en échappa et, avant d’y entrer, Valentin dû enlever les vêtements de son fils et la PokéBall qui s’y trouvait, étonné de la trouver là. Puis, après une grande respiration, il adressa un regard décidé à Mary et pénétra à l’intérieur. Son épouse se recula, toute heureuse, tandis qu’on disposait un Akwakwak à la place de son fils. Encore quelques minutes et sa famille serait réunie à jamais.

À nouveau les scientifiques répétèrent la même procédure. Mais lorsque le bruit strident commença, Justin, qu’elle serrait dans ses bras, se mit à s’agiter. Il se réveilla et poussa un grand cri mécontent avant de se dégager des bras de Mary, qui le lâcha sous la surprise. Son fils tomba par terre puis regarda autour de lui, comme perdu. Puis, quand elle voulut se rapprocher pour le reprendre, il ouvrit le bec et le fit claquer comme pour la menacer, la fusillant du regard.

- Justin… Mais… C’est moi… c’est maman … chuchota-t-elle en approchant la main.

La Chimère fit claquer son bec à deux reprises, puis s’enfuit à toutes jambes pour se cacher près du tas de vêtements. Mary tendit le bras vers lui, puis celui-ci retomba piteusement. Le bonheur avait fait place à l’horreur et à l’effroi. Elle se tourna vers le Docteur Vygotsky qui l’observait avec son grand sourire de dents blanches. Il jubilait.

- Vo…Vous m’aviez promis… se lamenta-t-elle en tombant à genoux.
- Qu’est-ce qu’une promesse ? demanda Vygotsky. Rien que des paroles. Ce n’est pas une de ces Lois qui régit l’Univers. On ne peut donc pas avoir confiance en une promesse.

Au même moment, le cylindre s’ouvrit, laissant s’échapper de la fumée et une nouvelle Chimère bleue. En apparence, Valentin était désormais identique à toutes celles qui dormaient quelques pièces plus loin. Il poussa un cri semblable à un râle et agita ses pattes griffues dans le vide. Puis il s’avança. Léo se dirigea vers lui, en lui présentant une pièce de viande crûe qu’il avait dans son sac. À sa vue, Valentin s’approcha, renifla puis attrapa la nourriture avant de s’en délecter, sous le regard horrifié de Mary.

- L… Lui aus… Lui aussi… gémit-elle. V… Vous en … Vous en avez fait des … Ce n’est… Ce n’est plus …
- Et non, ma pauvre Mary !
lança le Docteur Vygotsky en se détournant. Hélas, vous et Jimmy êtes des exceptions dans nos expériences. Du moins pour le moment. Maintenant, nous allons vous laisser aux émouvantes retrouvailles avec votre famille. Profitez-en bien !

Il se dirigea vers la sortie, vite rejoint par Léo, laissant Mary seule avec deux Chimères qui n’avaient aucune idée de qui elle était. Elle était tombée face contre terre, ne pouvant s’empêcher de pleurer toutes les larmes de son corps tandis que son mari menaçait son fils, qui s’était approché pour manger un peu lui aussi. Puis, comme les scientifiques quittaient la pièce, elle se mit à hurler son désespoir.

- On aurait pu faire en sorte qu’ils soient conscients, fit remarquer Léo, mal à l’aise, en suivant son collègue. Pourquoi m’avoir demandé de régler la procédure comme d’habitude ?
- Simplement parce que je voulais me divertir,
répondit Vygotsky. J’en suis encore tout émoustillé !

Ils retournèrent à l’étage et Léo s’assit à son bureau pour communiquer son rapport au Professeur Higgs tandis que le Docteur, exultant encore, regardait par la fenêtre. Peut-être Mary allait-elle sortir tenter quelque chose ? Mais au lieu de cela, il vit une de leurs Chimères sortir de l’eau et se diriger nonchalamment vers l’Usine. Son sourire s’effaça en comprenant d’où elle venait.

- … Hé bien… C’est dommage, mais nous allons devoir mettre un terme à nos expériences, lança-t-il sombrement, l’air déçu. C’est triste, moi qui commençais seulement à m’amuser…

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Aldebert et Stephen étaient en train de siroter un Soda avec une boule de sorbet en compagnie d’Ernest Florey. Il était passé minuit, et ils seraient bien partis se coucher comme Valentin et Justin avant eux si Elodie n’avait pas eu une nouvelle idée. Ils avaient ainsi équipé Donald d’une balise GPS et l’avait libéré sur la plage avant de retourner à la Maison du Bord de Mer, pour surveiller le trajet qu’allait effectuer la Chimère. L’ingénieure, Isaac et les deux militaires avaient les yeux rivés sur l’écran d’ordinateur qui montrait que la créature nageait en pleine mer.

Enfin, après quelques minutes d’attentes qui en parurent des heures, et au cours desquels Aldebert avait déjà proposé plus d’une centaine d’ingrédients pour voir s’ils entraient dans la composition du Soda Cool, Elodie frappa dans ses mains, l’air réjouie.

- Et voilà ! s’exclama-t-elle. C’est là-bas que se cachent les Chimères !
- Tu es géniale !
s’écria Billy.
- Han, je sais, mais j’adore quand même quand tu le dis. Vas-y, répète-le.
- Tu es fantastique.


Naomie Fleming poussa un soupir et croisa le regard d’Isaac qui lui sourit en haussant les épaules. Voyant qu’ils avaient un résultat, les seniors se rapprochèrent pour observer l’écran.

- Je connais cette île, dit Ernest Florey en fronçant les sourcils. C’est l’ancienne Ile Soda.
- L’Ile Soda ?
répéta Aldebert, des étoiles dans les yeux.
- C’est le nom qu’on avait donné à l’époque. Il n’y a plus rien là-bas, si ce n’est notre ancienne usine. Elle est abandonnée depuis un moment déjà…
- Hé bien, cette nouvelle m’a requinqué !
s’écria Billy. On a plus qu’à nous rendre sur place et …
- Pardon ?
s’écria Naomie, apparemment en colère. Major, malgré tout le respect que je vous dois, je me vois obligée de vous rappeler que notre mission est terminée !
- Quoi ?
demanda Billy en fronçant les yeux, passablement surpris par la réaction du Lieutenant.
- Notre mission était de trouver un moyen de les éloigner de la ville et de trouver leur terrier. Point final. Nous avons tout fait. C’est au Ministère de la Gestion de s’occuper de l’Ile Soda, maintenant !
- Mais…
- Mais rien du tout, Major ! C’est le protocole, c’est les règles ! Nous ne pouvons pas juste nous rendre là-bas.
- Techniquement, le Lieutenant Fleming a raison
, fit remarquer Isaac. Le travail pour lequel on nous a demandés est terminé. Puis il se fait tard, mieux vaut contacter le Ministère et s’y rendre demain.
- Bon, d’accord
, grommela Billy, l’air contrarié. Bon ben… Bonne nuit tout le monde, alors… On peut rentrer à l’hôtel…
- Ho, juste un dernier verre !
réclama le Professeur Caul.
- Tu as bu assez de Soda pour cette année, Al’, le gronda Stephen en le tirant avec lui. Allez, viens.

Ainsi partirent-ils tous, laissant Mr Florey seul. Il fit rapidement la vaisselle, rangea les dernières bouteilles, et sortit à son tour pour regagner sa maison où l’attendaient surement son fils et son petit-fils. Mais alors qu’il allait quitter la plage, sa route croisa celle de tout un groupe de villageois, mené par le Commissaire Balkan.

- Hé bien, que faites-vous à cette heure dehors ? s’étonna Mr Florey en arrivant à leur niveau.
- A la base, j’étais venu parler au Major de ces fameuses bombes à ultratruc dont il m’a vanté les mérites, lui répondit le Commissaire Balkan. Mais en arrivant à ton établissement, je vous ai entendus discuter. L’Ile Soda, c’est ça ?
- C’est ça,
confirma Ernest Florey, surpris. Mais…
- Alors on s’y rend avec les plus costauds de la ville
, reprit le Commissaire sans lui laisser le temps de parler. On va leur faire leur fête.
- Ils vont payer pour tout ce qu’ils nous ont fait !
lança un jeune.

Ernest Florey resta quelques secondes sans bouger. Il ne l’avait pas remarqué tout de suite, mais les hommes qui étaient là étaient tous armés de fourches, de bâtons ou de PokéBalls. Il déglutit.

- Mais … vous ne …
- Han arrête de faire ta chochotte, Florey, et viens avec nous !
s’exclama Balkan. C’était ton ile, tu connais les lieux, tu sauras nous guider. On va pas laisser ces idiots de l’Armée et du Gouvernement faire le boulot. On est jamais mieux servis que par soi-même.

Et ils s’avancèrent, attrapant l’homme par les épaules, le forçant contre son gré à marcher vers des bateaux qui leur appartenaient pour les mener vers l’ile Soda.

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Depuis plus d’une heure maintenant, Mary Florey était en larme. Elle avait finalement quitté la pièce pour suivre son fils, qui s’était aventuré plus loin. Elle s’était même dressée entre lui et une autre Chimère pour l’empêcher de se faire blesser, quitte à recevoir à sa place un coup de griffe. Mais au lieu de la remercier, Justin s’était ensuite enfui plus loin, effrayé par les autres Chimères, et ne reconnaissant toujours pas sa mère. Et comme si ce n’était pas assez, Valentin les avait suivis et s’était fondu dans la masse des autres Chimères. Mary ne le reconnaissait plus parmi les autres. Jimmy, l’homme-Krabby, s’était rapproché d’elle pour essayer de la consoler, mais il avait bien vite abandonné cette idée. N’appréciant pas le bruit des pleurs et des sanglots, il la laissa là et partit se distraire à tester ses pinces pour plier des objets qu’il trouvait, la seule occupation qu’il avait depuis sa transformation.

Mais des bruits en provenance de la plage finirent par attirer son attention. Quand il vit par une fenêtre brisée des dizaines d’humains qui accostaient, armés de fourches, il eut un mouvement de recul. Ces hommes pointaient le petit Justin du doigt avant de se jeter vers lui. Jimmy se précipita vers l’étage supérieur, frappant à la porte au point de la défoncer. Il voulait prévenir les deux scientifiques.

Mais lorsqu’il put jeter un coup d’œil à l’intérieur, il constata que la pièce était vide. Les deux hommes étaient partis, les abandonnant à leur destin. Énervé, il dévala les escaliers maladroitement puis retourna dans la pièce où se trouvaient toutes les Chimères.

- Les humaaaains ! cria-t-il précipitamment. Les humains ssssssoont là !

Les Chimères bleues se réveillèrent, ne comprenant pas pourquoi Jimmy paraissait si excité. Elles se levèrent et s’étirèrent simplement, tandis que l’une ou l’autre poussait un cri de mécontentement et se recouchait illico. Mary, elle, avait cessé de pleurer, et paraissait apeurée. Il n’en fallut pas plus pour qu’elle se mette à courir, retournant sur ses pas à la recherche d’une cachette. Jimmy voulut la rejoindre, souhaitant lui aussi se terrer quelque part. Mais avant qu’il ne franchisse l’encadrement de la porte, les humains arrivèrent par l’autre côté. Ce qui ne l’empêcha pas continuer sa fuite, même en se sachant repéré.

Ceux-ci poussèrent des cris de guerre avant de se jeter avec leurs Pokémon vers les Chimères. Les premières à se dresser contre eux poussèrent des cris pour les menacer mais tombèrent bien vite sous les coups venus de toute part tandis que celles qui se trouvaient derrière elles se bousculaient les unes les autres pour s’enfuir.

- Attrapez-les ! cria le Commissaire Balkan. Qu’on leur fasse subir la même chose qu’à nous !

On aurait dit des bêtes sauvages. Les humains comme les Pokémon n’éprouvaient aucune pitié envers les créatures. Les hommes plantaient leurs fourches dans leur gorge puis les rouaient de coups avec leurs bâtons. Quelques-uns restaient en retrait, mal à l’aise, mais sans oser émettre le moindre commentaire. Bien vite, la salle fut tâchée de plusieurs flaques de sang encore chaud qui s’écoulait des quelques Chimères qui avaient fait l’erreur de s’en prendre à Poivressel, faisant ainsi naitre envers elles ce sentiment de haine incontrôlable dont étaient animés ces hommes.

- Il en reste encore ! cria Balkan pour enhardir ses hommes. Tuons-les toutes !

Plus loin, Mary avait trouvé refuge sous les innombrables vêtements ayant appartenu aux habitants de Poivressel avant que ceux-ci ne soient changés en Chimères. Elle s’était mise en position fœtale, priant pour que personne ne l’y trouve. Mais elle avait déjà dû faire partir Jimmy, qui aurait voulu s’y cacher aussi. Cependant, il était trop imposant pour qu’ils puissent s’y enfuir tous les deux, et ce dernier cherchait donc désespérément une cachette du regard, tandis que d’autres Chimères bleues tentaient de forcer un passage dans un mur, sans succès. Certaines essayaient de se cacher au milieu des innombrables débris, là où se trouvaient à peine quelques heures avant les machines qui les avaient toutes transformées. Car, pour une obscure raison, les différents appareils semblaient avoir été détruits.

Dissimulée sous les vêtements, Mary Florey faisait son possible pour ne pas faire de bruit. Mais elle avait encore le hoquet et des larmes à l’idée d’avoir poussé sa famille vers un piège qu’elle n‘avait même pas envisagé. La peur l’envahissait de plus en plus. Ces hommes, des amis de la famille pour certains, étaient là pour tous les exterminer. S’ils la trouvaient, ils ne la reconnaîtraient peut-être pas, et lui feraient subir le même sort qu’aux autres. Ou pire, justement, ils se souviendraient d’elle et la blâmeraient pour ce qu’elle avait fait.

Elle n’osait pas bouger, de peur qu’on la remarque. Quand elle entendit les cris de douleurs de Jimmy et des autres Chimères de la pièce, accompagnés des cris de fureur des hommes, aveuglés par la haine, elle faillit sursauter. De ce qu’elle entendait, Jimmy se défendait, mais il semblait beaucoup souffrir également.

Puis elle la remarqua. Dépassant de la poche du short que portait Justin avant d’être transformé, il y avait une photo. Elle l’attrapa d’un geste machinal, sans réfléchir et ne put s’empêcher d’hurler de désespoir en l’observant. C’était une photo d’elle, humaine, en compagnie de son mari et de son fils, pour l’anniversaire de ce dernier. Une photo de sa famille, cette même famille qu’elle avait détruite en tentant de la réunir. Puis elle sentit des mains attraper son pied. Elle cria à nouveau, voulut se débattre, mais les hommes la tenait fermement et la tirèrent hors du tas de vêtements. En se remuant dans l’espoir de se dégager, elle lâcha accidentellement la photo. A nouveau, elle hurla en tendant le bras pour la récupérer, mais elle était déjà loin et les humains la tiraient avec eux avant de lui asséner de violets coups de bâton qui l’assommèrent à moitié.

Au final, beaucoup de Chimères étaient encore en vie, mais trop blessées et fatiguées pour se débattre. Mary avait les yeux ouverts, sentant qu’une bonne partie de ses os avaient été brisée. Elle voyait Jimmy, dont il manquait de grands morceaux de carapace, supplier les hommes avant de se prendre de nouveaux coups et une décharge électrique d’Elecsprint. Puis on les attrapa à nouveau par les jambes et on les hissa plus loin.

Ernest Florey était resté à l’entrée. Il avait regardé avec horreur ses voisins déchainer toute leur violence sur les Chimères. Il avait été épouvanté de voir à quel point ils s’étaient acharnés sur une petite créature au pelage jaune, sur la plage. Il savait que Poivressel avait beaucoup souffert des attaques de ces dernières semaines. Lui-même n’y avait-il pas perdu sa belle-fille ? Mais il ne pouvait cautionner un tel débordement. Et pourtant, il n’avait pas eu le courage de s’interposer. Il observa les hommes revenir avec les Chimères encore vivantes et balancer ces dernières dans un grand bassin, après avoir pris soin d’attacher leurs membres entre eux. Il poussa un profond soupir en constatant qu’elles étaient encore en vie.

- C’est les dernières, lança le boucher après en avoir lancée une. Ficelées comme ça, elles ne pourront pas sortir.
- On devrait peut-être prévenir le Major…
se risqua Ernest Florey.
- Et puis quoi encore ! s’insurgea le Commissaire Balkan. On peut régler ça nous même ! Regardez ce que j’ai trouvé !

Mr Florey sentit un frisson parcourir son corps. Le commissaire montrait une cuve sur laquelle il était écrit « Acide sulfurique ». Ce produit, extrêmement dangereux, était autrefois utilisé dans l’usine pour fabriquer en grande quantité d’acide citrique, un ingrédient de leur boisson, bien moins agressif. Il voulut intervenir mais c’était déjà trop tard. Le commissaire et le boucher avaient renversé la cuve et fait exploser le couvercle, renversant son contenu incolore dans l’ancien bassin à Soda.

A peine étaient-elles en contact avec l’acide que les Chimères se mirent à hurler de douleur. Le produit brûlait leur peau et dévorait leur chaire sans pitié, dans une mort lente et douloureuse. Mais à ces cris se mêlèrent vite ceux de Jimmy et de Mary, piégés avec les autres. Des hurlements bien humains cette fois,ce qui jeta un grand froid dans la foule des hommes rassemblés là. Les lamentations des Chimères pénétrèrent leurs oreilles comme des poignards, et même le Commissaire parut soudain horrifié par ce qu’il venait de faire. Pourtant, personne ne réagit pour les aider à sortir de là. Ils restèrent tous immobiles.

Finalement, Ernest attrapa un harpon abandonné par un pêcheur de la ville et se rapprocha des Chimères, qui remuaient pour tenter d’échapper à l’acide qui liquéfiait leur corps petit à petit. Elles se tordaient de douleur, entravées par la corde que le boucher leur avait mise aux pattes. Déjà leurs corps se décomposaient par endroit, laissant la chaire à la surface tel un cadavre entamé par les vers. Il les regarda du haut du bassin, soupira, puis plongea la pointe de son arme dans la tête d’une première créature bleue, pour l’achever. Celle-ci cessa immédiatement de geindre et il répéta l’opération pour les suivantes. Les autres hommes le regardaient, sans rien faire, sans rien dire. Ils n’avaient pas le courage d’affronter les créatures dans de telles conditions.

Enfin, après s’y être pris à deux fois pour soulager Jimmy, à cause de sa carapace, il s’approcha de la dernière. Mary hurlait toujours de douleur, le visage complètement ravagé par l’acide sulfurique. Mais le hasard voulu qu’en gigotant, elle tourne la tête vers Ernest, le harpon à la main. En le voyant sur le point de la tuer, elle s’arrêta de crier. Mr Florey resta un instant avec l’arme en l’air, hésitant. Malgré qu’elle n’ait quasiment plus que des morceaux de chair fumantes au niveau de la bouche, il était persuadé d’y voir un sourire. Puis il plongea le harpon dans le crane de sa belle-fille, qui expira aussitôt. Enfin, il relâcha l’arme et tomba à genoux, se mettant à son tour à pleurer.

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Il était toujours là, assis contre un mur, la tête dans les mains, quand le Major Campbell et le Lieutenant Fleming arrivèrent. C’était lui qui les avait contactés pour les prévenir de ce qu’il s’était passé après qu’ils soient partis se coucher. En constatant ce qu’il restait de cette sinistre scène, Naomie en eut des nausées. Dans le bassin, les corps étaient encore en pleine décomposition, et on distinguait déjà des morceaux de squelettes aux endroits qui avaient été les plus baignés dans le vitriol. L’odeur putride qui s’en dégageait et la vue des autres cadavres dans les salles voisines finirent par venir à bout du système digestif du Lieutenant, qui ne put s’empêcher de vomir.

- C’est… C’est horrible… finit-elle par dire, les jambes tremblantes. Comment en est-on arrivés là…
- L’être humain est parfois vraiment stupide et bestial
, soupira Billy. Lorsqu’on le pousse dans ses retranchements, il montre sa part la plus sombre. C’est pour cela que l’Armée et la Police sont envoyées pour lutter dans ce genre d’affaire. Pour éviter que ce genre de chose arrive, il faut que ce soit des regards extérieurs qui s’en occupent.
- J… Je suis désolée…
gémit Naomie. Je n’aurai pas dû… Je n’aurai pas dû vous empêcher de venir hier soir… On aurait pu éviter…
- Tu n’as rien à te reprocher
, répondit le Major. Tu n’as rien fait de mal, Naomie. Seulement, peut-être que, parfois, il ne faut pas suivre le règlement à la lettre…

Naomie renifla. Toute sa vie, elle avait été conditionnée par les règles. Elles étaient faites pour garantir la sécurité du monde. Mais elle se sentait pourtant responsable du massacre bestial et inhumain des Chimères. Peut-être le Major avait-il raison ? Peut-être était-elle trop pointilleuse.

De son côté, Billy soupirait, essayant de ne pas accorder trop de regard aux cadavres. Il savait que, si le travail avait été réalisé par les Experts du Ministère, il en serait peut-être revenu au même. Les Chimères auraient tout autant été exterminées. Mais surement pas avec autant de violence que celle dont avait fait preuve les hommes de Poivressel ce jour-là.

Ils inspectèrent rapidement le reste de l’usine, ne trouvant rien de particulier, si ce n’est des débris de ce qui devaient être des machines aux propriétés inconnues. Ils en prirent des photos, dans l’espoir qu’Aldebert saurait éclairer leur lanterne à ce sujet. Naomie inspecta rapidement la pile de vêtements, sans trouver quoique ce soit de pertinent. Le reste était vide, et ils ne trouvèrent rien d’autre, même à l’étage, qui semblait néanmoins avoir été vidé à la hâte.

Les deux militaires partirent en aidant le pauvre Ernest Florey à marcher. Il n’avait pas dormi de la nuit, et était encore très faible. Pour couronner le tout, il avait compris par lui-même que son fils et son petit-fils étaient surement morts eux aussi. Il avait retrouvé leurs vêtements dans la pièce du fond, et aperçut leur bateau sur la plage. Il était donc dans un état de détresse infinie. Arrivés à Poivressel, l’homme fut pris en charge par Aldebert et les autres tandis que le Major s’isolait pour écrire son rapport.

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Finalement, quelques heures plus tard, il était temps pour l’équipe de repartir. Une autre mission venait de leur être attribuée, et l’Etat d’Hoenn prenait en charge la suite des opérations et des procédures à Poivressel. Néanmoins, ils restaient tous très inquiets pour Mr Florey. L’homme était toujours abattu et refusait de dormir. Quoiqu’Aldebert, Elodie, Isaac ou Stephen tentent de lui dire ne fonctionnait.

Ils allaient sortir quand une jeune fille entra. Elle portait un chemisier rose et un jeans bleu, ainsi qu’un grand bonnet rayé jaune et vert. Il fallut quelques secondes à Aldebert, Stephen, Isaac et Elodie pour reconnaître Naomie, qui avait ainsi abandonné sa tenue militaire pour celle-ci, plus originale et décontractée. Billy, quant à lui, passa à côté sans y prêter attention, ne remarquant pas qu’il s’agissait de son Lieutenant. Celle-ci se plaça face à Mr Florey, déglutit, puis s’inclina.

- Mr Florey, je suis vraiment désolée pour tout et…

Elle s’interrompit, rouge pivoine, et lui tendit une photo. Mr Florey s’en saisit et se mit à l’observer, tout en laissant couler des larmes.

- Je l’ai trouvée là-bas, et … et je me suis dit que vous voudriez la récupérer… Même si c’est une pièce à conviction, c’est à vous qu’elle…

Mr Florey ne la laissa pas continuer. Il s’était relevé pour l’enlacer, la remerciant en sanglotant. D’abord hésitante, elle tapota légèrement son dos, comme pour montrer sa compassion.

- L’homme est comme un dé, murmura Aldebert en les regardant. Il a de multiples faces. Certaines sont horribles, d’autres sont juste plus dures. Mais il en reste d’autres… plus douces…

Puis, comme Billy les appelait dehors, ils sortirent pour de bon, laissant Naomie encore quelques minutes pour réconforter Mr Florey.

Posté à 11h27 le 11/04/18

[Fiction] Deus Ex Machin ...

L’an 51, l’année de la Nouvelle Génération.(1/2)



D'après Albert Einstein :
Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.


Astrid Roosevelt, assise dans un grand et vieux fauteuil, observait les flammes danser dans sa cheminée. Ses vieilles lunettes n’étaient plus adaptées à son nez et glissaient constamment de celui-ci, au point d’être déjà tombées à quelques reprises. Chaque jour, en se regardant dans le miroir, elle découvrait de nouvelles rides. Elle n’avait cessé de perdre du poids ces dernières années. Elle soupirait à cette idée, cette effroyable pensée : Elle était devenue vieille. Elle n’avait plus la force de gouverner à la Table Ronde.

Pourtant, il n’y avait pas de quoi rougir de son parcours. À seulement 39 ans, elle s’était assise pour la première fois dans ce même fauteuil, l’un des seuls mobiliers dans son grand bureau de l’Ile Union. Et, pendant presque 50 ans, elle avait dirigé l’Etat de Kanto-Johto et pris des décisions en commun avec les autres Premiers.

Des visages, elle en avait vus défiler des centaines sur cette Ile. D’autres Premiers Ministres, souvent des hommes, hélas, mais aussi des représentants de l’Armée, et bien des Ministres de toutes origines. Sans oublier les nombreux employés qui se succédaient pour prendre soin de l’Elite des Gouvernements. Mais quelques jours auparavant, elle s’était efforcée, sans succès, de remettre un nom sur des portraits qui se trouvaient dans les couloirs de l’Ile Union. Pour ses collaborateurs actuels, il ne s’agissait que de leurs prédécesseurs, mais pour elle, nombre d’entre eux avaient été des collègues. Et ne pas parvenir à énoncer chaque nom la mettait face à la terrible réalité. Elle commençait à perdre la mémoire.

Elle qu’on avait surnommée la Dame d’Acier pour son tempérament et son attitude, elle qui avait battu des records de longévité politique, elle qui avait consacré sa vie à l’Etat, n’était plus qu’une vieille dame de plus en plus faible de jour en jour. Les réunions de la Table Ronde lui pesaient de plus en plus et elle sentait bien que son corps ne pourrait plus suivre très longtemps. Pourtant, si ça n’avait été que cela, surement aurait-elle tout de même continué, quitte à mourir en pleine séance. Mais puisque son esprit commençait aussi à lui jouer des tours, elle s’était faite une raison.

Elle avait annoncé aux autres Premiers sa démission le jour précédant. Ceux-ci l’avaient applaudie, comme un hommage à sa longévité exceptionnelle et à ses compétences. Mais elle savait qu’au fond d’eux, ces derniers étaient rassurés de ne plus l’avoir dans leurs pattes, elle qui avait, sur bien des sujets, imposé sa vision des choses.

Les dispositions étaient prises. Son annonce avait provoqué un raz-de-marée politique. Elle avait choisi son successeur parmi les Ministres en fonction de son Etat. C’était au Ministre Darwin, du Ministère de la Gestion, que revenait le poste. Lui-même n’allait pas tarder à annoncer qui allait le remplacer. Mais ce n’était pas le seul changement.

Sûrement inspiré par sa patronne, le Général Pasteur avait décidé de se retirer lui aussi du monde politique, pour se consacrer uniquement à l’Armée encore quelques années. Cette démission entrant encore dans le cadre du mandat de la Dame de Fer, c’était à elle que revenait la décision finale quant à la personne qui allait prendre sa place au Ministère de la Justice. Et c’était justement cette personne qu’elle attendait.

- Entrez ! lança-t-elle sèchement en entendant quelqu’un frapper à sa porte.
- Madame, dit André Malraux, le Majordome de l’Ile Union, qui lui aussi se faisait de plus en plus vieux, Mr le Colonel Cornell est là pour son entretien avec vous.
- Hé bien, faites-le entrer, Mr Malraux !
réclama-t-elle en se redressant dans son fauteuil malgré son dos qui commençait, lui aussi, à la faire souffrir. Et allez me chercher un chocolat chaud. Colonel, vous prendrez bien quelque chose ?
- Un simple café, s’il-vous-plait
, répondit la voix aimable du Colonel.

Marcus Cornell n’était pas très rassuré. Il avait déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de converser avec la vieille Première, mais toujours à l’aide d’un téléphone. Il ne l’avait jamais rencontrée en chair et en os. Mais quand il la vit, les bras croisés sur ses genoux, assise au coin du feu, il ne put se retenir de pousser un petit soupir de soulagement. Elle était plutôt en os qu’en chair, et se l’était imaginée beaucoup plus grande. Elle lui présenta son bras droit, sans pour autant se lever, qu'il serra vigoureusement, avant de ménager ses ardeurs en comprenant à quel point elle était faible. Il prit place sur un fauteuil à roulettes, qui faisait d’ordinaire face au bureau de Madame Roosevelt, puis la fixa du regard, un peu tendu. La pièce était uniquement éclairée par les flammes de la cheminée.

- Merci d’être venu, Colonel, lança-t-elle finalement après quelques instants de silence seulement rompus par le crépitement des flammes. Et félicitations.
- Merci, Madame
, répondit-il en hochant la tête. Je suis très heureux que vous m’accordiez votre confiance pour gérer le Ministère de la Justice.
- Mon choix n’a pas été aisé
, répliqua la Dame d’Acier, d’un ton sec. Il y a bien d’autres personnes à Kanto-Johto qui pouvaient prétendre à ce poste, et parmi eux, des militaires plus gradés que vous, à l’instar du Général Pasteur. De plus, vous n’avez que peu d’expérience au sein même du Ministère, n’ayant exercé que via l’Armée et la Police Internationale. Et pour finir, j’ai de sérieux doutes concernant vos compétences administratives.

Marcus déglutit. Il ne s’était pas vraiment attendu à se voir reprocher son manque d’expérience par la personne même qui l’avait choisi pour ce poste. Mais ce qu’elle disait était vrai. Lui-même avait d’abord cru à un canular lorsqu’il avait reçu l’Appel de la Table Ronde. Mais après les coups de fil de félicitations du Général Pasteur ou de Darwin, en première loge pour le savoir, il s’était fait une raison. Le Colonel était dans ses petits souliers. Malgré son état d’extrême fatigue et son corps qui fléchissait, la Dame d’Acier était encore capable de faire perdre contenance à un militaire endurci, et ce, juste avec des mots.

- Pourquoi m’avoir choisi, alors ? demanda-t-il finalement après un court moment de silence, en plissant les yeux. Pourquoi moi, et pas un autre Général ou Colonel, ou même un Juge de l’Etat ?
- Parce que vous, mieux que quiconque, pouvez comprendre quelles sont mes inquiétudes pour l’avenir.


Elle avait dit ces mots en regardant les flammes, comme perdue dans ses pensées. Malgré la tiédeur que ces dernières procuraient, le Colonel la vit frissonner. Quant à lui, il la regardait avec incompréhension. De quelles inquiétudes pouvait-elle bien parler ?

- Sans un certain événement qui, aujourd’hui encore, hante mes cauchemars, je ne vous aurais pas choisi, continua-t-elle. Mais, étant donné votre expérience acquise ces dernières années au sein de la Police Internationale, vous êtes l’homme de la situation. Cela ne fait aucun doute.
- Vous voulez parler de toutes les enquêtes sur des faits inhabituels que mon équipe a dû mener ?
demanda le Colonel en se penchant sur sa chaise.
- C’est exact, soupira la Dame d’Acier. Voyez-vous, je pense que les 5 Etats se dirigent tout droit vers un mur, façonné de toutes pièces par un seul homme. Et qu’une partie de vos enquêtes sont liées à ce destin qui se fait encore discret.

Le Colonel l’observait, l’air sombre. De quoi pouvait-elle bien parler ? Desquelles de leurs affaires parlaient-elles ? Et, surtout, de qui ? Il allait lui poser la question quand, soudain, on frappa à nouveau à la porte. Astrid Roosevelt poussa un soupir d’agacement et donna l’ordre à son Majordome d’entrer. Ce dernier s’exécuta et apporta un plateau d’argent sur lequel se trouvaient deux tasses fumantes et des biscuits. Il déposa le tout sur une petite table qu’il déplaça pour qu’ils puissent y avoir accès tous les deux en tendant simplement les bras, puis s’inclina avant de se retirer. La Dame d’Acier attrapa son chocolat chaud et un biscuit, rapidement imitée par le Colonel.

- Depuis ce fameux jour, les choses ont bien changées, continua-t-elle alors que Malraux sortait de la pièce. Parmi les Premiers, seul Mr Gandhi subsiste encore de cette fameuse journée. Mais c’est un naïf qui n’agit pas assez à mon goût, même si c’est un esprit brillant. Aussi voulais-je être sûre de prendre des dispositions spéciales avant mon départ.
- De quel jour parlez-vous, Madame ?
demanda le Colonel en fronçant les sourcils.
- De ce jour où nous avons vendu le Gouvernement au Diable en personne, répondit-elle d’un ton acerbe. Du jour où nous avons cédé au chantage du Professeur et Ministre Higgs.

Le Colonel se redressa à nouveau sur sa chaise. Aldebert parlait parfois du Ministre de la Santé comme d’un être abominable, mais c’était, jusqu’alors, la seule personne à tenir ce genre de discours, même si Stephen ou Isaac semblaient approuver. Au contraire, la plupart des gens le voyait comme un véritable saint. Le comparer au Diable était donc d’autant plus étonnant, surtout venant de la vieille Première.

- Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, déclara-t-elle ensuite. Je ne lui ai jamais fait confiance. Et j’ai très peur de ce qu’il prépare.
- Ce qu’il prépare ?
demanda le Colonel. Vous pensez qu’il projette un coup d’Etat ?
- Sans doute, ou peut-être même pire… Voyez-vous, derrière chacune de ses bonnes actions, je pense qu’il y a des conséquences dangereuses qui se cachent, et dont il est tout-à-fait conscient. Son poste de Ministre, qu’il réclamait ce jour maudit, n’était qu’un moyen sûr d’étendre son emprise sur le Monde… Tenez, prenez ce biscuit …


Le Colonel prit un air étonné et la regarda lui montrer le gâteau sec qu’elle tenait en main avec incompréhension. Qu’est-ce qu’une pâtisserie avait à faire là-dedans ?

- Notre système politique est comme ce biscuit. Dur, ferme, avec des bons côtés et des moins bons. Il ne peut pas plaire à tout le monde, mais il nous garantit un équilibre stable. Mais Higgs, lui, c’est un peu le chocolat chaud ou le café, dit-elle en le trempant dedans. Il rend notre système un peu plus mou, mais plus onctueux, au point qu’on ne puisse se passer de lui. Mais pourtant, si on les laisse trop longtemps ensemble… le biscuit finit par se désagréger. Il part en miettes, noyé dans la boisson qui avait, soi-disant, pour but de le rendre meilleur.

Elle le retira de sa tasse et montra qu’il manquait un petit morceau avant de le mettre en bouche, sous le regard inquiet du Colonel. Il commençait à comprendre où elle voulait en venir.

- Vous voulez donc que je garde un œil sur le Professeur Higgs et ses agissements? demanda-t-il.
- Tout-à-fait. Pendant 15 ans, j’ai essayé, par plusieurs moyens, d’amoindrir certains de ses pouvoirs au sein des 5 Etats. Mais jamais je n’ai trouvé quoique ce soit de concret pour le faire tomber. Je compte sur vous pour y parvenir avant qu’il ne provoque l’effondrement de notre société. Vous avez une connaissance sans égal des événements mystérieux de ces dernières années, dont certains impliquent secrètement le Professeur Higgs. Vous seul serez capable d’aider les Ministères à faire face à cette menace. C’est ma dernière décision en tant que Première de l’Etat de Kanto-Johto. Faites-en sorte que je ne le regrette pas.

Le Colonel regardait les flammes de la cheminée avant de se retourner vers la Dame d’Acier. Celle-ci le fixait avec un regard sévère, et il lui sourit en adoptant une attitude assurée.

- Comptez sur moi.

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Le Major Campbell, récemment nommé Chef d’équipe depuis le départ du Colonel en tant que Ministre de la Justice, déambulait dans les rues de Poivressel, vêtu d’un T-shirt à motif de Wailord. Cette grande ville de la région d’Hoenn est connue pour son port et son marché. Si elle ne dispose pas d’Arène, on y trouve pourtant nombre d’attractions qui en font une ville de plaisance et de passage pour de nombreux touristes ou dresseurs. Ils avaient été envoyés là-bas le matin même pour mettre la main sur des Pokémon très particuliers. En effet, et depuis quelques semaines, plusieurs incidents avaient eu lieu, que ce soit sur la plage ou en ville. Des citoyens avaient été agressés par des Pokémon non identifiés. Si la plupart s’en étaient sortis avec des blessures plus ou moins importantes, d’autres avaient tout bonnement disparu. Les Pokémon les enlevaient et disparaissaient avec eux tandis que leurs congénères empêchaient quiconque de les suivre. C’était du moins ce que racontait un rapport qui leur avait été envoyé pour qu’ils se penchent sur le cas.

Cependant, le Major n’était pas seul. Comme le Colonel était parti, on lui avait attribué une nouvelle coéquipière en la personne de Naomie Fleming. Cette dernière était la petite-fille du Général Pasteur et, tout comme lui, elle avait décidé de rejoindre l’Armée. C’était très récent et elle n’était encore que Lieutenant, mais son grand-père l’avait poussée à ce poste, histoire de la faire sortir des corvées patates et autres travaux administratifs barbants. La jeune fille avait 21 ans, et elle portait en permanence son uniforme et sa casquette militaire. Toujours droite et au garde-à-vous, elle semblait particulièrement sérieuse. Elle ne parlait que rarement, et surtout pour faire des remarques à son supérieur qui, selon elle, ne respectait pas assez les règles et les protocoles. Ce à quoi Billy ne prêtait aucune attention et se contentait de lui proposer de se détendre un peu. Mais celle-ci avait beaucoup de mal à prendre son supérieur au sérieux. Ne serait-ce que par son accoutrement, loin de l’uniforme officiel de l’Armée, il respirait une certaine insouciance qu’elle n’appréciait pas.

Leur mission était en premier lieu d’identifier ces Pokémon. Les descriptions variaient selon les individus mais ne semblaient concorder à rien de ce qui était connu dans la région, selon le Ministère de la Gestion d’Hoenn. Ils devaient ensuite mettre au point un moyen efficace et temporaire de les tenir éloignés de la ville. Ils passeraient alors le relais au Ministère qui, selon les conclusions tirées par Aldebert, déciderait du sort de ces intrus à priori indésirables.

Elodie et Isaac se penchaient déjà sur leur moyen de repousser les Pokémon. Pour ce faire, ils avaient réquisitionné un bureau du chantier naval afin de mettre au point une machine à ultrasons. Simple formalité pour l’Ingénieure qui devrait néanmoins tester les ondes sonores afin de limiter ces dernières pour ne pas gêner l’homme ou les autres Pokémon. Aldebert, lui, ne pouvait qu’attendre.

Les deux militaires venaient de finir leur tournée à travers la ville. Naomie avait suivi le Major Campbell dans tout Poivressel en écrivant dans un calepin les différentes zones où avaient été aperçues les créatures. Lorsqu’elle vit qu’ils se dirigeaient maintenant vers la plage, elle ne fit d’abord aucun commentaire, se contentant de se renfrogner. Mais en arrivant devant la Maison du Bord de Mer, elle ne put se retenir plus longtemps.

- Sauf tout mon respect, Major Campbell, ne pensez-vous pas que nous devrions finir notre travail de recherche avant de nous accorder une pause ? demanda-t-elle sèchement alors que Billy posait sa main sur la poignée de la porte.

Ce dernier la regarda en clignant des yeux, étonné. Puis il soupira et lui adressa un grand sourire.

- Ne t’inquiète pas, Naomie, on n’est pas là seulement pour prendre une pause, lança-t-il. Les vieux sont là, et d’après nos sources, on doit aussi interroger le patron. Après, si on peut prendre un verre en même temps…
- C’est lieutenant Fleming
, bredouilla la jeune femme, agacée. Et puis on ne peut pas boire pendant le service !
- Mais tu ne peux pas non plus refuser une tournée d’un supérieur !
lui répliqua Billy joyeusement en ouvrant la porte. C’est moi qui paye !

La militaire prit un air atterré, puis soupira un bon coup avant de suivre le Major à l’intérieur. Aldebert et Stephen étaient effectivement assis au comptoir. Le modeste établissement était connu pour avoir été à l’origine, près de 60 ans plus tôt, des premières productions de Soda Cool, la pêché mignon d’Aldebert. C’était un certains John Stith Florey, aujourd’hui décédé, qui avait inventé la recette qui lui aura valu son succès. Depuis lors, la société s’était faite connaitre de par le monde et le Soda Cool était rapidement devenu une des boissons préférées de beaucoup de personnes. Une première usine avait ouvert ici-même, puis d’autres partout dans d’autres régions. Aujourd’hui, la famille Florey était toujours à la tête de la firme. Malgré les années et les richesses ainsi gagnées, ils tenaient toujours le petit cabanon sur la plage, comme un hommage à leurs origines.

Le regard du Lieutenant fut tout de suite attiré par les deux vieux amis qui discutaient. Du peu qu’elle les avait côtoyés, Naomie avait déjà une opinion très tranchée sur ces deux-là. Le premier était un vieil hurluberlu, mais qui cachait bien son jeu et pouvait se montrer brillant par moment. Il l’avait prouvé sur les deux ou trois affaires qu’ils avaient déjà partagées. L’autre était tout simplement aussi génial qu’elle ne l’avait imaginé. Petite, elle avait dévoré la plupart de ses livres et avait été enchantée de rencontrer l’auteur. Il lui paraissait plein de vie malgré son âge. Mais son éducation stricte et son goût pour les règles de l’Armée l’obligeaient à refouler tout ce qu’elle aurait souhaité lui dire. C’était comme si on avait obligé une petite fille modèle à passer près du Père Noël sans pouvoir aller lui parler.

Les deux vieillards les saluèrent et le Major prit place au comptoir à côté d’Aldebert, ne laissant qu’un siège juste à côté de l’écrivain. La jeune fille se sentit rougir à l’idée de s’asseoir à côté de lui. Elle avait réussi à éviter ce genre de situation depuis quelques semaines mais elle savait que si ça devait arriver, elle ne pourrait se retenir de lui parler de ses livres avec admiration, au risque de briser tout protocole. Aussi préféra-t-elle rester debout, la tête baissée et fixant le sol. Billy la regarda un instant sans comprendre, puis haussa les épaules et appela le barman.

- Deux bières ! demanda-t-il quand celui-ci s’approcha. Naomie, arrête de bouder, et viens t’asseoir avec nous !
- Billy, franchement !
rouspéta Aldebert. De la bière ? Alors que nous sommes dans la Maison qui a vu naître l’élixir le plus délicieux et raffiné de la Terre !?
- Je me demande quand même si tu n’exagères pas un petit peu
, plaisanta Stephen en adressant un clin d’œil à la jeune fille, comme pour la mettre à l’aise, loin de savoir que si elle l’avait vu, elle en serait peut-être morte sur le coup.
- Faudra aussi que j’interroge le patron, d’ailleurs, dit Billy lorsque le serveur lui apporta les deux verres. Vous savez où je peux le trouver ?
- Vous voulez voir mon père ?
s’étonna ce dernier. Il doit être à la cave, je vais vous le chercher.

Il ne fallut pas attendre plus de quatre gorgées pour que le barman revienne en compagnie d’un homme âgé d’une cinquantaine d’année, portant une chemise bleue. Les deux hommes partageaient plusieurs traits du visage et il n’en fallait pas plus pour comprendre qu’effectivement ils étaient père et fils. Il sortit du comptoir et se dirigea vers le Major, qui se leva au dernier moment pour lui serrer la main, sous le regard désapprobateur de Naomie.

- Je suis Ernest Florey, dit-il. Vous vouliez me voir ?
- Major Campbell, Police Internationale
, répondit le militaire en hochant la tête. Et voici mes collègues, le Professeur Caul, Mr Shelley et Miss Fleming.
- C’est Lieutenant
, chuchota-t-elle presque pour elle-même tandis qu’Aldebert se levait d’un bond pour serrer à son tour la main du patron.
- Je suis votre plus grand fan ! s’écria le Professeur, dans un état d’euphorie rarement égalé. Le Soda Cool est ma boisson préférée depuis que je suis tout petit, et je n’ai jamais rien bu d’aussi bon !
- Content que notre produit vous plaise
, répliqua l’homme, un peu pris de court. Mais que me vaut la présence de la Police Internationale dans mon modeste établissement ?
- Modeste ! Mais…
, s’insurgea Aldebert avant d’être subtilement interrompu et éloigné par Stephen.
- Nous sommes là pour les agressions de Pokémon dont votre famille a déjà été victime ces derniers jours, Mr, dit Billy.

L’homme se renfrogna de suite, perdant son sourire. Son fils, qui était retourné derrière le comptoir, venait de faire tomber une bouteille, qui se brisa par terre. Lui aussi semblait soudainement perturbé. Son regard passait du Major à son père, comme angoissé. Ce dernier soupira et invita le Major à le suivre à une table, la plus éloignée du comptoir possible, et fit signe à son fils de l’attendre.

Poussée par la curiosité, Naomie rejoignit son supérieur, profitant que l’écrivain ne les accompagne pas, trop occupé à gérer Aldebert. Elle avait peine à penser qu’elle pourrait très bien être dans le même état que le Professeur si elle devait un jour se retrouver seule avec Mr Shelley.

- Mon fils, Valentin, a perdu sa femme, Mary, dit sombrement l’homme sans attendre, une fois qu’ils furent tous les trois assis. Elle a été capturée et emmenée de force par ces créatures, il y a une semaine environ…
- J’en suis désolé
, dit calmement Billy. Pouvez-v…
- Je ne suis pas sûr que vous compreniez
, l’interrompit Mr Florey. Ma Belle-fille a peut-être été tuée, voir même dévorée, par ces créatures. Mon petit-fils n’arrête pas de réclamer sa mère. Et que pouvons-nous lui dire ? Comment lui expliquer ? Il a tout juste 6 ans !

Billy ne répondit pas de suite. L’homme avait des larmes aux yeux, et paraissait particulièrement remonté. Mais ce n’était pas la première personne aujourd’hui à avoir cette réaction. En tout, 17 personnes étaient portées disparues, des hommes, des femmes, des enfants…

- C’est justement pour éviter que ce genre de choses se reproduise que mon équipe est ici, déclara Billy. Nous allons tenter d’en capturer une à notre tour, et trouver un moyen de les tenir éloignées le temps de faire le ménage. Mais nous avons besoin de toute votre collaboration.
- Et vous l’aurez
, répondit l’homme. Demandez-moi ce que vous voulez.

Naomie reprit son calepin dans ses poches et se remit à prendre des notes. L’homme était en train de décrire cette horrible journée où Mary Florey s’était volatilisée quand, brusquement, ils entendirent des cris de détresse depuis la plage. Par la fenêtre, ils virent plusieurs personnes se diriger en courant vers l’école de Poivressel, et Billy interrompit l’interrogatoire pour les rejoindre. En un sens, la chance leur souriait. Une attaque avait lieu en ce moment même.

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L’école de Poivressel avait cet avantage non négligeable d’avoir un morceau de plage comme cours de récréation, au grand plaisir des enfants. Ils passaient leurs récréations à fuir les vagues, à dégringoler de toboggans ou à construire des bâtiments dans le sable, le tout sous la surveillance d’un professeur.

Ce dernier était en train de régler une chamaillerie entre deux petites filles quand la première créature sortit sa tête hors de l’eau. D’autres têtes émergèrent aussi, puis replongèrent rapidement pour se cacher des enfants qui pointaient, déjà, leurs doigts vers elles. Intrigués, ces derniers appelèrent leurs camarades pour qu’ils puissent donner leur avis sur quel Pokémon s’était approché d’eux. Lorsque le professeur eut enfin puni la fautive, il remarqua qu’un grand groupe d’enfants s’était ainsi agglutiné près de l’eau. Ce n’était guère très alarmant, car ils faisaient toujours ça quand ils voyaient un Pokémon dans la mer. Mais, parfois, trop occupés à regarder l’horizon, ils étaient victimes d’une vague plus grande que les autres et finissaient mouillés jusqu’aux os.

Le professeur était en train de se rapprocher d’eux pour les mettre en garde lorsque, soudain, une première de ces créatures surgit de l’eau, les bras en avant, comme pour se saisir d’un enfant tout proche. Le professeur hurla, mais les enfants s’étaient déjà reculés sous la surprise et ceux qui n’étaient pas tombés s’enfuyaient déjà. Heureusement, l’élan n’avait pas été suffisant et la chose s’était tout simplement étalée par terre, dans le sable humide. Mais déjà elle prenait appuie sur ses bras squelettiques pour se relever.

L’instituteur n’en croyait pas ses yeux. La créature qui se tenait debout, le dos voûté et les bras pendants, avait une forme presque humaine. Mais sa peau était recouverte d’une sorte de pelage bleu. Les doigts de ses mains étaient palmés et pourvus de grandes griffes, tout comme ses larges pieds, et il avait à la place de la bouche une sorte de long bec aplati, dont la chair était apparemment à l’air libre. De loin, l’instituteur l’aurait certainement confondu avec un Akwakwak. Mais son regard presque vide et le reste de son visage faisaient penser à une forme humaine, aussi dérangeante soit-elle. La créature poussa un grognement, semblable à un râle, laissant échapper des filets de bave de sa bouche, et tendit un bras vers les derniers enfants qui peinaient à se relever. Voyant que d’autres créatures semblables commençaient à sortir de l’eau à leur tour, l’instituteur se précipita vers ses élèves. Il envoya son Flobio pour distraire les monstres puis attrapa par le poignet les quelques enfants qui restaient, les relevant et leur ordonnant de s’enfuir.

La stratégie fonctionna pendant quelques secondes. Les êtres s’étaient rassemblés autour du Flobio et poussaient des cris, comme pour lui faire peur, agitant leurs larges griffes pour le menacer. Mais lorsqu’ils s’aperçurent que les humains s’étaient mis en fuite, ils détournèrent le regard et se lancèrent à leur poursuite, telle une meute affamée.

L’enseignant et les enfants atteignirent la cafétéria de l’école juste à temps, et l’un de ses collègues, qui avait accouru en entendant les cris, se hâta de fermer la porte à clé. Les créatures se jetèrent sur les vitres, comme si elles ne les avaient pas vues. Les enseignants firent reculer les enfants, tandis que l’un d’eux appelait de l’aide avec son PokéNav. Puis, quand elles commencèrent à frapper violemment sur la glace dans le but de la briser, ils accompagnèrent les enfants vers une autre pièce de l’école, pour se cacher le temps que les secours arrivent.

Il ne fallut guère longtemps avant que ne débarquent quelques citoyens que le corps enseignant avait contactés. Le premier sur place fut le commissaire Balkan, qui avait été le premier averti et qui, par chance, ne s’était pas trouvé fort loin et avec sa moto. Il envoya tout de suite son Elecsprint pour porter main forte au Flobio, qui était resté dehors, mais qui peinait à interrompre les créatures. Le pauvre Pokémon était déjà mal en point. Il avait reçu un coup de griffe sur le visage et attaquait de manière confuse, ne sachant où se trouvaient ses adversaires.

Lorsque l’une d’elle subit une attaque électrique, toutes se tournèrent vers le Pokemon du Commissaire, abandonnant le Flobio en détresse et la vitre. C’était tout juste, car celle-ci était sur le point de céder sous les coups. Sans plus attendre, elles se jetèrent sur Elecsprint, le battant de leurs mains griffues. Le pauvre Pokémon poussa des cris de douleur et le commissaire n’eut d’autre choix que de le rappeler dans sa Ball en voyant jaillir le sang de son ami. Il allait faire appel à un autre de ses Pokémon quand, soudain, il sentit une vive douleur au niveau de la jambe. Il baissa la tête et hurla de terreur.

Une tête, encore une fois presque humaine, sortait du sable. Une sorte de carapace orange-brune la recouvrait presqu’entièrement, mais pas au niveau de la bouche et des yeux. La chose regardait le policier avec un regard de psychopathe tandis qu’il serrait plus fort sa large pince avec laquelle il s’était saisi de sa jambe.

- Celui-là ira ausssssi ! siffla la créatures. Allez, dépêcheeeez!

Comme si elles répondaient aux ordres de la chose enfuie sous le sable, les autres créatures se rapprochèrent du commissaire, tendant les bras, tels des zombies d’un vieux film de science-fiction. Mais avant qu’elles n’aient pu se saisir de lui, un Arbok se dressa devant elles. Grand, intimidant, il faisait bouger sa queue en rythme tout en exposant sa collerette pour paraitre plus grand. Les monstres reculèrent sous la surprise avant de pousser de nouveaux grognements à son encontre, agitant leurs griffes d’un air menaçant. Mais quand d’autres Pokémon furent invoqués aux côtés d’Arbok, un Ningale, un Phogleur et un Galegon, les créatures cessèrent de se manifester. Sans demander leur reste, elles se précipitèrent d’un même mouvement vers la mer. Au même instant, le commissaire, qui était tombé à genoux sous la douleur, sentit la pince le libérer et vit la tête, déformée par la colère, s’enfuir sous le sable, tandis qu’elle proférait un juron.

- Faut qu’on essaye d’en chopper un, Nao ! lança le Major Campbell en faisant signe à son Arbok de suivre les monstres.
- Grmbltenant Fleming, bougonna-t-elle.

Déjà les créatures plongeaient et filaient sous l’eau, bien plus à l’aise en milieu aquatique. Mais l’une d’elle, apparemment blessée au pied par Flobio, boitait derrière. L’Arbok s’enroula rapidement autour de son corps tandis qu’elle hurlait à la mort, avant d’être rejointe par le Ningale du Lieutenant. Ce dernier agitait les antennes d’un air menaçant à l’encontre des deux dernières créatures qui s’étaient interrompues en entendant leur congénère appeler à l’aide. Ces derniers se rapprochaient en grognant, mais ils firent vite demi-tour en constatant que les Pokémon des autres citoyens venus en renfort arrivaient à leur tour.

- Qu’est-ce que c’est que cette chose ? murmura Naomie, hébétée, en arrivant au niveau du monstre, piégé dans les anneaux d’Arbok.
- Aucune idée, lui répondit son supérieur en approchant la tête pour mieux l’observer. J’ai d’abord cru à un Akwakwak, mais ça n’y ressemble pas tant.

Autour d’eux, les citoyens de Poivressel se rapprochaient pour les féliciter d’avoir capturé une des créatures. Le commissaire Balkan, soutenu par une jeune femme et un homme d’une quarantaine d’année, leur lança les plus vifs remerciements.

- Si vous n’étiez pas arrivés à temps, ces monstruosités m’auraient certainement embarqué à mon tour ! Je vous dois une fière chandelle.
- Ravi de savoir qu’elles n’ont kidnappé personne cette fois-ci
, lança Billy. Je suis le Major Campbell et voici le Lieutenant Naomie Fleming.
- Enchanté
, lança Balkan en accordant un regard assez insistant sur la tenue du Major. Vous avez besoin d’aide pour tuer la bête ?
- La tuer ?
répéta Billy en fronçant les sourcils.
- Ces sales créatures sont responsables de bien des choses, Major, continua le commissaire. Elles ne méritent que ça.
- Hé bien, je ne pense pas la même chose que vous, shérif
, répliqua Billy d’un ton contrarié. Mon équipe doit d’abord l’identifier et l’analyser convenablement, avant que tout autre mal ne lui soit fait.

La bonne humeur du sauvetage fit place à la consternation des citoyens. Ils se mirent à huer les militaires tandis que ces derniers, à l’aide d’Arbok, emmenaient la créature. Naomie, stupéfaite de leur réaction, ne cessait de jeter des regards derrière elle, tandis que son supérieur marchait droit devant.

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Un peu plus loin, à quelques centaines de mètres à l’ouest, les créatures sortaient à nouveau de l’eau pour regagner la plage d’une petite ile. Silencieuses, elles avançaient calmement vers l’ancienne usine désaffectée qui, autrefois, justifiait la présence de l’homme sur l’ile. Mais depuis son abandon quelques années auparavant, l’ile ne recevait quasiment plus aucune visite de la part de la race humaine, et l’état de détérioration des murs de l’Usine en témoignait.

Pourtant, et depuis quelques semaines, la vie grouillait à nouveau là-bas. Mais il s’agissait là une forme de vie dont la Nature n’était pas entièrement responsable.

À la suite des créatures bleues, celle qui avait attrapé le commissaire par la jambe émergea à son tour. L’entièreté de son corps était recouverte de cette étrange carapace qui le faisait se mouvoir avec lenteur. Presque obligé de marcher à quatre pattes, il traînait par terre ses bras qui se terminaient par de larges et puissantes pinces, laissant les traces de leur passage dans le sable.

A l’entrée de l’usine, une autre créature se tenait là. De par son visage féminin et aux longs cheveux, elle semblait plus proche de l’être humain que les autres, mais son corps était tout autant recouvert du même pelage bleu. Elle n’avait pas de bec, et seuls ses pieds semblaient palmés. Contrairement aux autres, qui étaient complètement nues, celle-ci portait une sorte de short troué à plusieurs endroits, ainsi qu’un vieux T-shirt qui, autrefois, avait dû être blanc. Sans adresser un regard aux créatures qui lui ressemblaient, elle agitait la main en direction de celle qui était munie de pinces.

- Jimmy ! Hey ! lança-t-elle d’une voix parfaitement normale. Tu as réussi, dis ?
- Réusssi ?
répliqua le dénommé Jimmy dans une sorte de sifflement. Les enfants étaient parvennnnnnus à sssss’enfuir avant que je n’arrive ! J’ai failli avoir le commissss…
- Tu ne l’as pas eu, alors ?
l’interrompit-elle d’un air peiné. Je vois…

Elle se détourna et rentra à l’intérieur, sans plus se soucier de Jimmy qui lui demandait de l’attendre. Elle avait le regard sombre et semblait plongée dans ses pensées. Puis elle s’arrêta brusquement et fit volte-face. Elle se mit à courir, bouscula presque Jimmy, puis se jeta dans l’eau, prête à nager jusque Poivressel. Depuis une fenêtre de l’Usine, Léo et le Docteur Vygotsky la regardaient partir, sans qu’ils ne lui aient rien demandé. Léo avait attrapé son Pokématos, mais le Docteur l’interrompit d’un geste de la main.

- Ne vous inquiétez pas, Léo, dit-il avec un large sourire confiant. Elle sera vite de retour. Inutile de troubler notre planning.

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Mr Archibald, un ingénieur naval renommé, avait gracieusement prêté ses bureaux aux membres de l’équipe de la Police Internationale. Il avait profité de l’occasion pour aller avec ses associés s’occuper du Marina, une de leur création du temps où Archibald n’était encore que second de l’équipe. Par conséquent, Elodie et Isaac pouvaient travailler tranquillement, sans risque de se faire déranger. L’ingénieure avait tôt fait de fabriquer quelques exemplaires de bombes à ultrasons, de petits boitiers qui dégageaient des vibrations de l’air dont Isaac pouvait régler la fréquence à distance avec son ordinateur. Comme l’oreille humaine n’était pas capable de distinguer les sons au-dessus de 20 000 Hertz environ, le but était de provoquer un ultrason dérangeant pour les créatures mais imperceptible pour l’homme. La technique n’était pas nouvelle, et Elodie l’avait déjà testée à plusieurs reprises pour empêcher des Pokémon intrusifs d’entrer dans un certain périmètre. Le tout était de trouver la bonne fréquence.

C’était la première chose qu’ils avaient testée lorsque Billy et Naomie avaient débarqué avec l’une des créatures. Ils l’avaient attachée à un lit avec des sangles solides et fait plusieurs tests. Ils en étaient rapidement arrivés à la conclusion que sa perception auditive était fort proche de celle de l’homme. Néanmoins, elle réagissait tout de même à des ultrasons légèrement plus fort que le maximum dont est capable l’oreille humaine. Ils n’avaient donc eu qu’à régler leurs « bombes » et leur travail était déjà terminé. Aldebert, au contraire, allait devoir s’y mettre plus sérieusement.

Le Professeur Caul devait étudier la créature pour en déterminer les origines. Même attachée avec des sangles, celle-ci restait capable de mordre ou même de griffer si l’on ne faisait pas attention. Par conséquent, Chapignon l’avait endormie avec ses spores et restait sur le qui-vive pour la surveiller, tandis qu’Aldebert l’examinait de partout, prélevant parfois des morceaux de peau ou de poils pour les étudier au microscope.

Le Major et le Lieutenant n’étaient pas restés très longtemps. Ils devaient encore récolter quelques témoignages et demander des précisions aux instituteurs à propos de l’attaque pour laquelle ils étaient intervenus. Elodie, n’ayant plus rien à faire, étaient donc retournée à son entrainement, sous la surveillance d’Isaac.

Elle était donc assise à une table. Sur celle-ci, il n’y avait qu’un simple verre rempli d’eau, que l’ingénieure fixait avec insistance. Elle semblait très concentrée, et Isaac faisait de son mieux pour ne pas faire de bruit. Son regard passait de sa sœur adoptive au verre, comme s’il attendait quelque chose. Enfin, au bout de quelques instants, le verre se souleva de quelques centimètres, comme attrapé par une main invisible. Il tremblait légèrement, mais pas au point que l’eau en sorte. Il s’avançait, lentement, vers Elodie. Après quelques secondes, Elodie tendit la main et attrapa le verre sans qu’il ne retombe et poussa un grand soupir de soulagement.

- Tu y arrives de mieux en mieux, lui sourit Isaac.
- Ce serait dommage que je régresse, non ? fit remarquer l’Ingénieure en lui rendant son sourire. Bon, par contre, c’est pas encore très impressionnant.
- C’est vrai que je t’ai déjà vue faire mieux
, plaisanta son frère.
- Ho arrête, on est même pas sûrs que c’était moi…

Elle but une gorgée puis déposa le verre, l’air soucieuse. Elle avait commencé à exercer ses dons de télékinésie depuis quelques mois seulement, mais elle faisait de grands progrès. Selon Aldebert, seul un très faible pourcentage de la population mondiale était capable de déplacer des objets avec la force de son esprit, et cela réclamait un apprentissage particulièrement long. C’était un pouvoir qui devait être inné chez leurs ancêtres, mais que l’évolution avait fait taire au fil des générations. Pourtant, Elodie se montrait très précoce comparé à ce qu’ils disaient dans des livres qu’elle avait lus sur le sujet. Aldebert et Isaac avaient beau lui dire que ses origines n’avaient rien à voir là-dedans, elle en doutait un peu, toujours un peu tourmentée à ce propos. Mais pourtant, elle voulait à tout prix voir de quoi elle était capable. Jusqu’où son potentiel pouvait la mener.

On frappa aux portes du chantier naval. Isaac se leva d’un bond pour aller ouvrir, mais Stephen fut plus rapide. Devant l’encadrement de la porte, il vit deux hommes, un âgé et un plus jeune, ainsi qu’un petit garçon qui devait avoir six ans environ.

- Mr Florey ? s’étonna l’écrivain. Je peux vous aider ?
- Nous sommes simplement venus apporter notre soutien à vos recherches, ainsi que nos remerciements
, lança le grand-père.
- Ho, hé bien, ne restez pas là, entrez ! les invita Stephen en tendant le bras. Ce sont les propriétaires de la Maison du Bord de Mer, et le PDG de l’entreprise Soda Cool, lança-t-il en voyant le regard interrogateur d’Isaac.
- Ha, c’est Aldebert qui va être tout fou, alors, répondit Isaac.
- Nous avons cru comprendre que vous appréciez le Soda Cool, alors on vous a apporté quelques bouteilles, lança Valentin Florey, le barman, en montrant un bac de bouteilles qu’il portait.
- Al’ en sera ravi, répondit Stephen.
- Le Major n’est pas là ? demanda le grand-père en tenant son petit-fils par les épaules. Justin voulait le remercier d’être intervenu, tout à l’heure.
- Il ne devrait plus tarder
, lança Isaac. Mais venez donc, je vais prévenir Aldebert, ça lui donnera l’occasion de faire une pause.

Il alla chercher le Professeur, qui parut bien embêté d’être interrompu alors qu’il s’apprêtait à mettre un sucre dans sa bouche. Mais lorsqu’Isaac lui expliqua la situation, il abandonna sa drogue près de l’évier et accourut sans prendre la peine d’enlever son tablier, qui était parsemé de la salive gluante de la créature.

Ils s’installèrent à une table, y déposèrent le bac de Soda, et les Florey les assaillirent de questions sur leur travail dans la Police internationale. Stephen dût intervenir à quelques reprises pour empêcher son ami de dévoiler des informations censées rester secrètes, puis Elodie proposa au jeune Justin, qui manifestement s’ennuyait un peu, se contentant de jouer avec une photo, de venir voir avec elle les coulisses du Chantier Naval, et toutes les maquettes de bateaux qui s’y trouvaient. Ce n’est que quelques minutes plus tard que les deux militaires revinrent de leur patrouille en ville.

- Ha, Billy ! s’écria Aldebert en voyant débarquer le Major. Justement, je vous attendais pour faire mon rapport préliminaire.
- Ha, parfait
, soupira Billy en attrapant une des chaises qui restaient et de s’y étaler de tout son long, sous le regard acerbe de Naomie. J’avais justement pas envie de faire un break.
- Je vais chercher Justin
, lança Mr Florey fils en se relevant. Il veut vous remercier tous les deux pour tantôt.

Naomie rougit à l’idée de recevoir des remerciements. Elle n’en avait encore jamais eus en tant que militaire. Mais en remarquant qu’encore une fois il ne restait qu’une place à côté de Stephen, celle qu’Elodie avait libérée, elle prit une teinte cramoisie et baissa la tête pour éviter qu’on le remarque, restant plantée derrière, au garde à vous.

- Alors, Aldebert, quoi de neuf du coup ? demanda Billy en décapsulant une bouteille de Soda. Vous avez trouvé quoi ?
- Hé bien, vous avez certainement remarqué que Donald ressemblait beaucoup à un Akwakwak.
- Donald ?
répéta Mr Florey en fronçant les sourcils.
- C’est le petit nom qu’Al’ lui a donné, précisa Isaac.
- Donc, j’ai voulu voir si le rapprochement avec ce Pokémon et Donald était fondé, et en analysant ses poils et sa salive, j’en suis arrivé à une conclusion parfaitement étonnante. Donald possède deux ADN.
- Deux quoi ?
demanda Billy.
- Voyons, on t’en a déjà parlé, le gronda Isaac. C’est une sorte de carte d’identité de ton corps, avec toutes les informations qui te concernent. Sauf que chez les êtres vivants normaux, il n’y a qu’un seul ADN.
- Donald a deux ADN tout-à-fait différents. Un ADN d’Akwakwak, et un ADN humain. En vérité, chaque partie de son corps a un ADN particulier et pas l’autre, mais, techniquement, ce genre de cas est impossible, et devrait entrainer la mort de l’individu, car les ADN se rejetteraient les uns les autres. Pourtant ici le phénomène de rejet est comme ralenti, au point que le corps fonctionne normalement ou presque.
- Et comment vous expliquez ça ?
demanda Billy d’un air préoccupé.
- Je … Je ne sais pas, dit Aldebert d’un ton hésitant. C’est possible avec des traitements adéquats, mais ce n’est peut-être pas la seule solution. Tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas naturel. Il ne s’agit pas de bêtes greffes comme les Chimères que certains confrères ont déjà tentées de créer par le passé. Donald a été créé artificiellement. Et c’est sans doute le cas des autres Chimères. Reste à savoir comment…
- Donc, il y a quelqu’un derrière ces créatures
, conclut Stephen d’un air sombre.
- Vous voulez dire que quelqu’un a orchestré les attaques de Poivressel par ces… ces choses ? s’exclama Mr Florey d’un air de révolte.

Ils se tournèrent vers lui et Naomie plaqua sa main devant sa bouche. Le Professeur venait de délivrer des informations censées rester top secrètes alors qu’un civil était présent ! Elle regarda les autres membres de l’équipe, qui toutefois ne semblaient pas manifester le même embarras qu’elle.

- Ne vous inquiétez pas, Mr Florey, nous allons vite découvrir qui est derrière tout cela, répondit le Major d’un ton assuré. Mais av…

Il s’interrompit. Son Pokématos s’était mis à sonner dans sa poche. Il soupira profondément et l’attrapa.

- Ha, une autre attaque détectée… murmura-t-il comme s’il avait perdu toute joie de vivre. Génial… Trois individus…
- C’est l’occasion de voir l’effet de notre Bombe à ultrasons !
s’écria Isaac avec entrain.
- Ha, parce que vous l’avez terminée ? demanda Billy, soudain de meilleure humeur.
- Elodie en a fabriquées quelques-unes, à disposer dans des coins stratégiques de la ville, confirma Isaac. Je viens avec vous pour la tester.
- J’avoue que je suis curieux de voir ça…
lança Mr Florey. Ça ne vous dérange pas si … ?
- Non, venez !
s’écria Billy avant que Naomie n’ait le temps de manifester sa désapprobation à ce qu'il soient accompagnés d’un civil de cinquante ans passés. En plus, vous pourrez nous guider, je ne sais déjà plus où se trouve le Marché !
- Suivez-moi, alors !
lança le PDG du Soda Cool en se relevant.

Il se mit à courir, suivi de Billy, Naomie et Isaac, qui transportait la fameuse bombe à ultrasons. En voyant sortir Mr Florey, la Chimère, cachée sur le toit d’une maison, sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Mais elle devait encore rester cachée. A l’affut de ses proies.