Messages de Unpuis

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Posté à 17h18 le 14/06/18

Le type Dragon : mode réel ...
Minidraco et ma famille me font beaucoup penser au cycle de vie des grenouilles. A voir si un autre amphibien n'est pas encore plus proche (genre triton?).

On remarque aussi que Dracolosse a des sortes d'antennes, ce qui me rappelle que j'avais une idée d'article y a longtemps comme quoi beaucoup de gros Pokémon, et nottement des dragons, avaient un cycle de vie inspiré des insectes, comme tu l'a bien montré avec Draby.

Posté à 18h11 le 23/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Dernier Moment (4/4)



L’esprit de Higgs ouvrit les yeux au milieu d’une vaste plaine d’herbes vertes. Le ciel était d’un bleu clair et le faux soleil donnait tout de même l’agréable sensation de chaleur sur son corps, simple avatar, amas de données parfaitement rangées. Il y régnait un silence paisible. Rien ne semblait se passer. Tout était comme cela avait toujours été. Il fronça les sourcils. Surement le virus d’Aldebert avait-il de suite été neutralisé par Dieu… Mais cela semblait trop beau, trop simple, venant de son vieil ami.

Il soupira, patient. Ce qu’il se passait dans le monde réel n’avait aucune importance. Les amis d’Aldebert ne pouvaient toujours pas l’atteindre et Amos maintenait solidement ce dernier. Ils avaient fait tellement de bruit… Au moins, dans quelques jours, peut-être même quelques heures, il pourrait gouter à la quiétude et à la paix de son monde, de son Paradis.

Puis, enfin, quelque chose sembla se matérialiser devant lui. Il plissa les yeux, avant de les écarquiller en reconnaissant la personne qu’il avait en face de lui. Il déglutit et se rapprocha, n’en croyant pas sa vision.

- C’est impossible… susurra-t-il. Comment…
- Bonjour, Oscha
, lança une voix qu’il reconnaitrait entre mille. Cela faisait … soixante ans, je crois ? Ou peut-être quelques mois, seulement… A moins qu’il ne s’agisse de millénaires ? J’ai perdu la notion du temps.

Oscha Higgs s’arrêta, complètement désarçonné. Pour la première fois de sa vie, il ne savait pas quoi dire.

- Rémus… finit-il par placer. Tu… Tu es…
- Pas vraiment vivant, faut se l’avouer
, répondit l’entité qui avait la forme de son frère à l’époque de leurs vingt ans, avec un sourire. Mais Aldebert a fait un excellent travail avec ses deux amis.
- Mais… comment…
- Al’ pouvait communiquer avec moi
, lança Rémus. Il m’avait gardé en souvenir, au fond de son cerveau, malgré l’action des Zarbi sur mon existence. Il avait juste besoin de petit coup de boost pour qu’on puisse librement communiquer. Lui et son ami écrivain ont alors passé des années à collecter assez d’informations pour qu’un informaticien, qui je dois avouer était brillant, ne fabrique mon esprit de toute pièce ! En gros, c’est comme si Aldebert avait fait un gigantesque puzzle de mon esprit et que ses deux amis avaient mis un alliage de colle spécial pour que le tout tienne correctement ensemble. Et au final… Me voilà !

Il s’inclina puis adressa un grand sourire à son frère, toujours figé par la surprise, ne sachant comment réagir. Finalement, Oscha fit quelques pas et tendit un bras pour le toucher, comme pour se persuader qu’il était bien là. Mais il l’avait à peine effleuré que le ciel bleu se mit à noircir. Il leva les yeux au ciel et étouffa une exclamation d’horreur. Tout ce qui l’entourait était en train de disparaitre, comme dévoré par le néant, des Zarbi apparaissant et se détachant les uns des autres avant d’être entrainés dans une bourrasque soudaine. Les arbres et les herbes de la plaine fanaient sur place avant de partir en poussière à une vitesse hallucinante. Oscha observa, paniqué, le monde de Dieu s’écrouler tout autour de lui, dans un ballet de Zarbi qui lui rappelait ce triste jour où ils s’étaient vus pour la dernière fois puis il se retourna en entendant son frère ricaner.

- Qu’est-ce… qu’est-ce que tu as fait… bredouilla-t-il à son frère tandis que les alentours disparaissaient petit à petit.
- Rien du tout, répondit Rémus en haussant les épaules. Mais il faut croire que ton « Dieu » n’apprécie pas de me revoir. Après tout, pour lui, je suis censé n’avoir jamais existé. Alors voir mes données implémentées à l’intérieur de lui-même, ça doit lui faire un choc.
- Non… C’est impossible !
s’écria Oscha en continuant d’observer le monde qui l’entourait s’assombrir. Quand bien même, ils n’ont pas pu créer une réplique aussi parfaite de toi ! Dieu n’a pas à réagir ainsi !
- Je ne suis peut-être pas Rémus à 100%
, admit son frère en levant la main droite d’un air négligent. Mais tu oublies que les seules personnes pour qui je continue d’exister sont en ce moment même connectées à Dieu, qui lui-même a du conserver, éparpillées de toutes part, les particules de mon existence ! Alors, tu penses bien, c’en est trop pour lui !

Oscha en était bouche bée. Il était lui-même un des rouages qui actionnait la fin de Dieu, et avait poussé Aldebert à placer les deux derniers correctement, sans se douter de ce qu’il arriverait. Secoué, il fit un pas en arrière, puis sentit que son propre corps, ou plutôt l’avatar de son esprit, était en train de disparaitre, tout comme le monde de Dieu, comme si les Zarbi qui le composaient étaient aspirer vers le néant. Il adressa alors un regard suppliant à Rémus, tendant le bras vers lui.

- Rémus, arrête-ça !
- Moi, mais je n’y suis pour rien
, répondit Rémus en haussant bras et épaules. C’est cette machine qui s’autodétruit, dans l’espoir de me détruire, moi. Mais Mr Stearns m’a aussi fourni de quoi résister. Je continuerai de fuir la foudre Dieu à l’intérieur de celui-ci, jusqu’à ce qu’aucun de nous deux ne puissions plus exister du tout ! Tu disais qu’il y avait neuf autres Cœurs? Je fuirai à l’intérieur de ceux-ci, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune échappatoire !

Oscha écarquilla les yeux. Ainsi, son frère, celui pour qui tout avait commencé, celui-là même qui l’avait poussé dans les rangs de Dieu, était en train de détruire tous ses rêves, tous ses plans. Il était en train de forcer Dieu à appliquer sur lui-même le châtiment qu’il avait subi autrefois, tout ça pour mettre à bien sa première punition d’il y a 62 ans. La réplique de son esprit partait en miette, et il ne pourrait bientôt plus rien faire ici, de nouveau piégé dans le Monde réel qu’il comptait détruire.

- Rémus… S’il-te-plait…
- A la revoyure, Oscha !
répondit-il d’un grand sourire compatissant. C’était un plaisir de te revoir ! Dis bonjour à Amos pour moi !

Et enfin, une bonne fois pour toute, son avatar, son lien avec le Divin, fut détruit, ainsi que toute connexion avec Dieu par la même occasion. Et il rouvrit les yeux, dans la réalité.

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Aldebert était toujours maintenu par Amos, incapable de bouger et trop fatigué que pour s’agiter. Il regardait d’un air inquiet le corps de son vieux camarade, le casque sur la tête, les yeux fermés. Lorsqu’enfin il les rouvrit, Higgs semblait exténué, comparable à un athlète qui venait de courir le marathon. Il respirait avec difficulté, et paraissait particulièrement troublé. Il avait la tête baissée et la main sur la poitrine, au niveau du cœur. Quand enfin il releva la tête, il adressa un regard implorant à Aldebert, incapable de dire quoique ce soit, haletant toujours. Finalement, il déglutit et tourna la tête pour observer le Cœur de Dieu.

La colonne de métal dans laquelle il avait posé tous ses espoirs était toujours là, droite, presque fière. Mais aucun de ses boutons ni de ses voyant n’était allumé. L’écran tactile, lui aussi, était éteint. Comme tout le reste. Même les innombrables machines qui lui étaient reliées ne produisaient ni bruit, ni lumière, ni aucune manifestation. Plus rien de fonctionnait à l’intérieur de Dirigeable, pas même ses écrans de surveillance. Tout semblait mort, comme privé d’électricité.

Higgs s’approcha du Cœur de Dieu et posa sa main dessus. Le métal s’était déjà refroidi. Toutes ses années de recherches. Toutes ses machinations. Tous ses sacrifices. Tout était maintenant réduit au néant.

- Alors, comme ça… Tu voulais le retrouver ? demanda-t-il à Aldebert avec un rire nerveux en faisant signe à Amos de le relâcher.
- C’était mon ami, comme toi à l’époque, confirma le professeur Caul en se frottant les poignets après avoir été libéré. Mais… Qu’est-ce qu’il s’est passé, exactement ?
- Peu importe…
murmura Higgs en serrant le poing. C’est terminé pour moi, à présent… Dieu… Dieu n’est plus…

Amos, baissant la tête d’un air mauvais, disparut soudainement dans le sol, abandonnant le Professeur Higgs avec Aldebert. De l’autre côté de la vitre, Isaac, Stephen, le Colonel et les Pokémon observaient la scène, sans comprendre ce qu’il se passait. Ils chuchotaient entre eux, évoquant des hypothèses et se demandant quoi faire quand ils entendirent du bruit derrière eux.

- Je croyais qu’il avait fini par mourir de lui-même, lança Isaac en se retournant, l’air sombre, en faisant un geste à Fibonacci pour se préparer.
- Il l’est, je peux vous l’assurer, répondit le Colonel en se mettant tout de même en position de cogner. Mais c’est peut-être le Noctunoir qui revient à la charge finir le travail…

Stephen ne répondit pas, se plaquant plutôt contre la vitre pour éviter de devoir se mêler du combat, Ursaring devant lui. Mais quand il vit la fine silhouette ouvrir calmement la porte, il passa à côté de son Pokémon pour se précipiter vers elle, tout comme Isaac et le Colonel.

- Elodie ! s’écria l’écrivain. Tu es vivante !
- Le ciel soit loué, tu as réussi à t’échapper de là !
s’écria Isaac avec euphorie.
- Content de vous revoir en vie, mademoiselle Ross, lança le Colonel, avec un sourire sincère.

L’ingénieure ne répondit pas, se contentant d’un léger sourire. Elle restait très fatiguée par son affrontement avec les Génesect. Elle avait d’ailleurs bien cru qu’elle allait y mourir, lorsqu’ils avaient fait mine de la connecter avec la même machine qui avait fait tant de mal à Mewtwo. Mais ils s’étaient tout simplement arrêtés de bouger soudainement, pour retomber simplement par terre, comme des jouets inanimés dont les piles auraient rendu l’âme. Elle en avait donc profité pour se dégager de ses liens et rejoindre ensuite ses amis, malgré ses très nombreuses plaies et brûlures, toutes plus profondes les unes que les autres. Elle était cependant heureuse de voir que ses trois amis n’avaient rien, surtout après avoir aperçu le cadavre du Colonel Von Stradonitz et des monstrueuses chimères dans le couloir. Quand enfin elle aperçut Aldebert, elle poussa un cri de surprise. Ce dernier était juste derrière le Professeur Higgs et il semblait être en train d’essayer de le réconforter.

- Je ne pensais pas… que ça produirait une telle chose… lui murmura Aldebert. Franchement… Je pensais juste que Rémus… serait un meilleur juge que moi…
- Quelle ironie…
répliqua sèchement Higgs sans se détourner. C’est donc en t’ayant finalement convaincu que j’ai signé la fin de Dieu…
- Al’ !
s’écrièrent en chœur Elodie et Isaac. Tu vas bien ?
- Les enfants !
s’exclama-t-il en se retournant. Elodie, tu es saine et sauve !
- Attend, je viens te chercher…


Elodie ferma les yeux et se concentra. Aussitôt, la vitre, au lieu de voler en éclat, descendit, lentement, comme si on l’y forçait en appuyant par-dessus. Finalement, au bout de presqu’une minute entière, la voie était dégagée, et Isaac se précipita vers son père adoptif.

- Qu’est-ce que tu as fait ? demanda-t-il. C’était… un virus ? Patrick n’aimait pas le piratage, pourtant…
- Non, ce n’était pas un virus… Je t’expliquerai plus tard…
- Dépêchons !
les mit en garde Elodie. Le Dirigeable a perdu la boule. Il est en train de perdre de l’altitude et va s’écraser sur Argenta, si ça continue comme ça.
- Qu’est-ce qu’on attend pour sortir ?
demanda Stephen. Allez, vite vite !

Tout le monde pressa alors le pas, l’écrivain le premier, pour rejoindre la piste de décollage par laquelle ils étaient tous entrés. Si Von Stradonitz avait fini par rendre l’âme, ses Pokémon étaient toujours là, et Elodie pouvait aussi aider à descendre sans encombre. Aldebert était soutenu par Isaac. Mais au moment où ils allaient quitter la pièce une bonne fois pour toute, le Professeur Higgs leur cria quelque chose.

- Je n’ai pas perdu, Al’ !

Aldebert se figea, mal à l’aise. Isaac semblait le presser pour qu’il avance, mais le vieillard se retourna, l’air inquiet, vers Oscha. Ce dernier avait fini par faire volte-face, et il le fusillait du regard.

- Dieu n’est plus, tu l’as dit toi-même, répondit Aldebert.
- Al’, magne-toi, laisse-le ! lui disait Isaac.
- Certes, Dieu n’a plus d’influence sur le monde, désormais, reconnut Higgs. Mais ça ne change rien. L’homme est auto-destructeur. L’homme est mauvais. Il va poursuivre cette guerre pour d’autres raisons, et il finira par provoquer sa propre chute. Et si ce n’est pas lors de cette guerre, ce ne sera que partie remise. Il n’y a qu’une seule fin possible. Dieu était là pour accélérer les choses. Mais ça ne veut pas dire que son absence arrêtera tout subitement. Il restera toujours des personnes pour faire le travail à sa place. Comme c’était le cas avant qu’il ne prenne forme !

Aldebert restait bouche-bée. Il cherchait des mots pour répondre au Professeur Higgs, mais rien ne lui venait à l’esprit. Finalement, il se laissa entrainer par Isaac, laissant son ancien ami sans réponse. Ce dernier, désormais seul, soupira. Il sentait, sous ses pieds, son dirigeable perdre de plus en plus d’altitude. Il allait atterrir dans une ville encore atteinte des flammes de ses propres destructions. Le dirigeable n’allait pas tarder à prendre feu. Et il ne pouvait rien faire pour y réchapper. Il sentait des larmes perler à ses yeux. Après tant d’efforts, il avait échoué à créer son Paradis parfait. Finalement, une secousse du Dirigeable le fit trébucher et il retomba, au pied du Cœur de Dieu.

- Dieu, mon Dieu… dit-il en tendant le bras vers ce dernier. Pourquoi m’as-tu abandonné…

Soudain, apparaissant près de lui, il vit Amos, qui le regardait avec un air peiné. Il était venu lui faire ses adieux. Higgs se retourna vers le Pokémon et soupira. Mais quand il vit ce qu’il tenait en main, un dernier sourire apparut sur son visage.

- Amen… chuchota-t-il.

Au loin, le Professeur Caul et toute la bande s’étaient posés pour observer le dirigeable terminer sa chute. Comme prévu, il était à peine arrivé au sol qu’il prit feu, à cause des incendies qui régnaient encore dans Argenta après son passage. Sans rien dire, Stephen commença à tapoter le dos de son ami. C’était maintenant terminé…

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Huit mois s’étaient écoulés depuis la mort du Professeur Higgs. Cependant, comme lui-même l’avait mis en garde, le monde n’avait pas pour autant retrouver sa paix immédiate. Au contraire, les 5 Etats étaient encore dans la tourmente. Prenant la mort du Professeur comme une tentative de désinformation, la plupart de ses hommes avaient continué à se battre pour lui, jusqu’à ce que de nouveau leader ne prennent les rennes pour des objectifs plus personnels. Plusieurs factions étaient nées, toutes dans le but de prendre le pouvoir, et les pertes civiles étaient de plus en plus nombreuses.

Même au sein de l’Armée, on avait noté plusieurs rebellions. La plus notable était celle de Générale en Chef Klein, qui avait trahit le Général Nobel à Kalos et sacrifié au combats tous les soldats qui ne souhaitaient pas la voir à la tête de l’Etat. Kalos était ainsi le premier des 5 Etats à basculer dans une nouvelle politique, plus brute, et à entrer ensuite en guerre avec les autres nations.
Unys n’avait pas tardé à suivre un sort similaire. Le Premier Ministre Faraday avait été tué par des hordes de dresseurs, qui avaient instauré un nouvel ordre à leur tour, chassant l’Armée et forçant les civils à participer aux combats. Puis, résistants, les habitants d’Unys étaient parvenus à reprendre la pouvoir, avec à leur tête un ancien Ministre de la Gestion, qui n’avait pas tardé à être le premier d’une longue liste d’assassinat pour le pouvoir.

Sinnoh, par contre, était parvenu à repousser les dresseurs et à les vaincre, au sacrifice de quelques villes autrefois parmi les plus peuplées de la région. La Première Ministre Robespierre était ensuite venue à la rescousse d’Hoenn, avec qui elle menait d’une main de fer la guerre contre l’état dissident de Kalos du Général Klein.

L’état de Kanto-Johto s’était à nouveau séparé, comme plusieurs siècles auparavant. Si l’Etat de Kanto avait fini par reprendre une vie presque normale, il en était autrement de Jotho, toujours secoué par les batailles. Le Général Planck était finalement tombé au combat contre les dernières membres de la Charité, une dizaine de femmes qui semblaient avoir pris le pouvoir et avaient instauré dix tribus alliés dans toute la région, dont le seul but était de tuer les civils autour et prendre de nouveaux territoires. Les dresseurs sous leurs ordres avaient, du plus, réussi à voler une grosse partie du matériel du Général Planck, les tanks en particulier. Mais une petite partie de l’Armée, menée par Patton et Luther, promu au grade de Colonel, était parvenue à s’en sortir. Ils s’étaient un moment réfugiés à Kanto pour prévoir avec le Général Hesse d’une marche à suivre.

Ainsi, le monde était toujours plongé en pleine tourmente. Mais, à Kanto, Aldebert et ses amis étaient à nouveau tranquilles. Ils n’étaient plus forcés de se cacher, et apportaient leur soutien au Ministre Darwin sans prendre part aux combats pour autant. Isaac fabriquait des Combinaisons et Elodie garantissait la sécurité d’unités en déplacement, n’ayant aucune envie de vraiment participer. Elle offrait aussi tout son soutien technologique et collaborait beaucoup avec le Colonel Luther. Cornell, promu Général, accompagnait Darwin partout et était un peu devenu le bras droit de son gouvernement. Stephen quant à lui, passait son temps à recueillir des témoignages, persuadé qu’ils seront utiles pour l’après-guerre.

Aldebert, enfin, était souvent convié à donner son avis, ou à fabriquer divers systèmes, voir à analyser des choses. On lui avait confié tout une équipe de scientifiques avec lesquels il collaborait sur des projets parfois un peu fous, surtout destinés à nourrir le peuple, à cause de la famine qui commençait à guetter. Mais quand il était seul, dans son laboratoire privé, et que ses enfants et ses amis n’étaient pas dans les parages, il travaillait, en secret, sur un tout nouveau projet. C’était plutôt simple, il n’avait que quelques ajustements à faire à la machine dont les plans lui avaient été confiés, un soir, par un Noctunoir…

Posté à 18h01 le 23/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Dernier Moment (3/4)



Il s’en rapprocha, l’air énervé, et l’ouvrit à la volée, Ursaring le suivant de près. Il cherchait Aldebert du regard mais il n’y avait que Léo, qui était penché sur un clavier d’ordinateur, pianotant en vitesse quelque chose. Comme les autres étaient occupés avec le militaire en proie à la mort, l’écrivain bomba le torse et s’avança, l’air décidé, Ursaring sur les talons. Leurs bruits de pas firent sursauter Léo, qui se retourna avant d’éclater d’un rire de folie.

- C’est trop tard ! s’écria-t-il. J’ai terminé, je n’ai plus qu’à enclencher ma machine !
- C’est quand même pas un bouton d’auto-destruction ?
plaisanta Stephen. C’est d’un ringard, tellement cliché, aucun écrivain sérieux n’en utilise plus !
- Ho que non
, riposta Léo en reculant lentement vers un des deux grands cylindres derrière lui. Je vous ai montré quelques une de mes plus belles trouvailles… Mais il est temps de mettre en œuvre le fruit de mes recherches !
- Encore une Chimère ?
s’étonna Stephen en fronçant les sourcils. Ce n’est pas parce qu’elles ont des physiques originaux qu’elles sont nécessairement redoutables, on a battu toutes les autres, alors, tu penses bien qu’on fera pareil avec les nouvelles ! Puis, tu la caches où ?
- Dans mon autre téléporteur, il y a plus de vingt Pokémon, triés sur le volet pour offrir à la Chimère humaine les plus puissantes armes de la nature et les meilleures protections !
s’exclama Léo en désignant l’autre cylindre de l’autre côté. Ce sera une Chimère Parfaite !
- Attends, Chimère humaine ?
répéta Stephen. Mais… Tu vas quand même pas…
- Bien sûr que si !
s’écria Léo alors que le téléporteur derrière lui s’ouvrait pour le laisser entrer. Je l’ai dit, je ne reculerai devant rien pour permettre la concrétisation des Plans de Dieu !

Et sans plus attendre, il s’engouffra à l’intérieur. Stephen eut tout juste le temps de faire quelques pas vers lui que le cylindre se refermait et commençait à émettre un grand bruit strident. L’écrivain recula, soudain inquiet. Il regarda tout autour de lui, cherchant une manière d’interrompre le programme, et se précipita vers l’ordinateur d’où Léo avait commandé sa propre fusion. Il tenta plusieurs touches, mais rien ne semblait fonctionner, impossible d’annuler quoique ce soit. Une barre de chargement avançait, trop rapidement au goût de Stephen. Le cylindre dans lequel Léo était entré commençait à produire de nouveaux sons, comme si quelque chose était à l’étroit à l’intérieur.

Puis, pris d’une soudaine idée, Stephen se mit à fouiller ses poches et en retira une clé USB, dans laquelle se trouvait une version de Kate. Il chercha rapidement de quoi l’introduire, et y parvint alors que le chargement était à 71%. Le visage de Kate s’ouvrit alors dans une autre fenêtre.

- Qu’est-ce que je peux faire ? demanda-t-elle d’un ton neutre
- Annule la téléportation ! s’écria Stephen. Vite !
- Impossible,
répondit Kate. C’est trop tard.
- Hé merde,
fulmina l’écrivain en se frappant le front de la main. Merde merde merde !
- Mais par contre, je peux altérer les données du programme en parallèle.
- De quoi ?
- C’est en cours, c’est tout ce que je peux faire.
- Attends, et ça va faire quoi, exactement ?
demanda Stephen en fronçant les sourcils.

Kate ne lui répondit pas. La barre de chargement continuait de progresser. Pas très rassuré, Stephen se mit à reculer, pour se tenir le plus loin possible des cylindres sous pression, au cas où la créature qui en sortirait puisse attaquer à distance. Finalement, le bruit strident cessa et la porte par laquelle Léo était entré précédemment s’ouvrit. Et lorsqu’il vit la créature en sortir péniblement, l’écrivain comprit ce que Kate avait voulu dire par « altérer le programme ».

La créature qui en sortir était aussi affreuse qu’elle n’était gigantesque. Elle se tenait dressée comme un I dans le tube, prenant tout l’espace possible et dévoilant son bas ventre ainsi que ses innombrables pattes. La structure de son corps aurait pu faire penser à un Brutapode, si toutes ses jambes n’avaient pas été si différentes et de tailles si variables. Il y avait beaucoup de diversité, et l’écrivain crût reconnaitre des pattes de Galifeu, de Maraiste ou encore de Canarticho, mais certaines d’entre-elles semblaient tout simplement désarticulées. Mais le plus horrible de cette première vision, c’était les organes qui semblaient sortir du ventre, à peine retenu par la peau trop fine, ainsi que les poches de sang qui s’écoulaient à rythme régulier par terre depuis des artères qui s’arrêtaient brutalement en dehors du corps de la Chimère.

Malgré cet état indéfinissable, la créature s’extirpa du cylindre, retombant lourdement sur ses nombreuses pattes, tout en laissant échapper des plaintes depuis plusieurs gueules, qui semblaient être éparpillées un peu partout sur ce qui lui servait de visage. Les yeux de la Chimères étaient tout aussi mal disposés, comme le fruit d’un cruel hasard. Une patte aux doigts crochus, qui rappelait les bras des Sablaireau, se tendit vers l’écrivain avant de se crisper sur son propre visage, criant à nouveau sous la douleur.

- Qu-Qu’est-ce que tu m’as fait ! s’écria l’imposante Chimère ratée d’une voix perturbante qui rappelait néanmoins vaguement celle de Léo. J’étais…. j’étais censé devenir parfait, parfait, parfait !
- Alors, heu… Je vais m’absenter…
, s’excusa Stephen en se rapprochant de la sortie
- RESTE ICI, s’écria la chimère en se dressant sur quelques unes de ses pattes, vacillant à cause de la disparité de celles-ci, puis retombant par terre en s’élançant vers l’écrivain.
- AU SECOURS ! cria Stephen en courant.

Attirés par les cris, le Colonel et Isaac entrèrent dans la pièce. Mais en voyant Stephen courir comme un dément vers eux, poursuivi par la gigantesque créature de cauchemar, ils s’écartèrent rapidement et, une fois l’écrivain passé, ils refermèrent la porte et se tinrent devant celle-ci pour empêcher la créature d’entrer. Le choc que Léo provoqua en s’y cognant faillit les faire lâcher et le Colonel fit signe aux Pokémon de leur prêter main forte au cas où il recommencerait.

- C’est quoi ce bordel ? s’écria Isaac. Il vient d’où, ce monstre ?
- C’est Léo… il était en train de se changer en Chimère, et j’ai demandé à Kate de l’en empêcher…
- Ha oui, super, beau succès !
répliqua le Colonel, cinglant.
- J’ai paniqué, ok !? s’exclama l’écrivain. Je ne pensais pas que ça ferait ce… cette chose…
- Kate a déjà fait un truc dans le style, avec le Porygon spécial de Pluton
, rappela Isaac. Sauf qu’il n’était pas viable…
- Léo ne l’est peut-être pas beaucoup plus,
proposa le Colonel avant qu’ils ne soient secoués d’un nouveau choc, tenant toujours bon.
- C’est vrai qu’il avait l’air vachement mal en point, il perdait des litres de sang… lança Stephen. Il va peut-être mourir de lui-même…
- Mouais, encore faut-il tenir pour qu’il ne nous tue pas avant,
répliqua Isaac, pas très rassuré.

Il jeta un coup d’œil par terre. Ils avaient soigné au possible le Colonel Von Stradonitz et arrêté les hémorragies, mais impossible de dire s’il s’en sortirait. Puis il regarda l’autre porte, à quelques mètres d’eux. C’était celle que protégeait Léo, à la base. C’était donc surement là que se trouvait Aldebert… Si proche d’eux.

- Colonel ! s’écria-t-il après avoir tenu un autre choc de derrière la porte, ponctué par des cris de rage de la Chimère. Vous pensez que vous tiendriez sans moi ?
- Possible, vous avez un plan ?
demanda-t-il.
- Aucun, mais Aldebert est surement là ! lança-t-il en relâchant la porte pour s’élancer vers la pièce du fond.
- Mr Holley, attendez ! s’offusqua le Colonel. Vous ne pouvez pas partir tout seul comme ça !
- Vous avez raison, je vais l’aider !
répondit le vieil écrivain en suivant les pas d’Isaac, laissant le Colonel avec Mackogneur, Ursaring, Scalproie et Métang pour maintenir la porte.
- Mr Shelley ! protesta Cornell. C’est pas ce que je voulais dire !

Mais c’était trop tard. Suivi de Fibonacci et de Stephen, Isaac avait déjà la main sur la poignée de la porte qui le séparait de son père adoptif et de l’homme à l’origine de toute cette guerre.

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Aldebert était resté debout, toujours presque immobile, face au Professeur Higgs qui l’observait avec une certaine attention. Le silence pesant fut enfin rompu lorsque la porte, à l’autre bout de la pièce, s’ouvrit à la volée, laissant entrer Isaac, Stephen et Fibonacci. Entendant son fils adoptif crier son nom, Aldebert se retourna, surpris, tandis que le Professeur Higgs perdait son sourire, fronçant les sourcils.

- Isaac ? Stephen ? s’exclama le Professeur Caul, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Mais … qu’est-ce que vous faites ici ?
- Tu ne pensais pas que j’allais rester les bras croisés
, lui répondit Stephen en se rapprochant à pas vif, tout en observant Higgs derrière la vitre avec méfiance.
- Mais… comment diable êtes-vous entrés ici ? les questionna le Professeur Caul, blêmissant. Vous… Vous êtes en danger, bon sang !
- Et toi pas, peut-être ?
répliqua Isaac en croisant les bras, l’air sévère. T’es pas un peu fou de te jeter tout seul dans le pétrin ?
- Loin de moi l’idée de mettre un terme à ces retrouvailles émouvantes
, les interrompit soudain le Professeur Higgs avec une mine agacée. Mais nous étions occupés.

Soudain, sortant du sol à leurs pieds, Amos le Noctunoir attrapa Isaac et Stephen à la gorge, les soulevant tous les deux de quelques centimètres du sol tandis qu’ils se débattaient en vain. Aldebert poussa un cri d’effroi et de contestation tandis que Fibonacci et Chapignon s’élançaient pour sauver les humains, avant de s’arrêter précipitamment, comprenant qu’Amos se servait de leurs corps comme de boucliers. Le Spectre recula, suivi par les Pokémon, qui étaient prêts à intervenir à la moindre occasion. Quand, enfin, ils furent assez reculés, Aldebert remarqua avec effroi qu’une vitre similaire à celle qui l’empêchait de toucher Higgs sortait du sol, afin de séparer la pièce à nouveau et l’isoler de ses amis et des Pokémon. Chapignon n’eut pas le temps de rejoindre son dresseur qu’ils étaient dissociés, et le Pokémon roua la vitre de coups, en vain, provoquant tout juste quelques bruits sourds. Amos relâcha alors les deux hommes, qui tombèrent à genoux par terre, la main sur la gorge pour reprendre leur respiration, puis il s’enfonça dans le sol malgré les attaques d’un Fibonacci particulièrement remonté. Enfin, une fois leurs esprits retrouvés, Stephen et Isaac se jetèrent sur la vitre et la frappèrent de toutes leurs forces avec Chapignon, criant le nom d’Aldebert. Ce dernier, épouvanté, semblait désarçonné. Il se retourna finalement vers Higgs, tremblant de colère.

- Tu es fou, tu aurais pu les tuer ! s’exclama-t-il, furieux.
- Et c’est justement l’une des choses que tu pourrais empêcher si tu acceptais mon offre, souligna Higgs avec un sourire pernicieux, croisant les doigts devant lui tandis qu’Amos reprenait sa place dans son dos.
- Al’, quoi que ce soit, n’accepte rien venant de cet enfoiré ! s’écria Stephen depuis l’autre côté.
- C’est un piège, ça ne peut-être qu’un piège ! continua Isaac. Il va te tuer !
- Allons, si j’avais vraiment voulu te tuer, j’aurai eu mille occasions
, précisa Higgs dans un soupir en écartant les bras. Pourtant, tu es toujours là, en face de moi, et je te propose ni plus ni moins qu’une place aux côtés de Dieu dans ce nouveau Paradis en construction.

Aldebert semblait particulièrement désarçonné. Son regard passait frénétiquement de droite à gauche, comme à la recherche de quelque chose. Derrière lui, les jérémiades d’Isaac et de Stephen se poursuivaient, l’empêchant de réfléchir correctement. Il finit par baisser la tête, l’air abattu et déconfit. Il la releva après quelques secondes, croisant le regard de son ancien ami avec qui il était resté fâché pendant tant d’années et qui, malgré tout, désirait le voir à ses côtés. Subitement, les appels d’Isaac et de Stephen semblèrent cesser, tout comme le reste de l’ambiance sonore. A nouveau, Aldebert avait l’impression d’être seul à seul avec Oscha, perdu dans un recoin de l’Univers, loin de toute réalité. Le Professeur Caul déglutit et fit un premier pas en avant, sans cesser d’observer Higgs qui souriait d’un air victorieux.

- Papa ! cria Isaac, ramenant soudainement Aldebert à la réalité, figé dans son mouvement. Si tu fais ça, tu nous condamnes tous ! Moi, Stephen, Elodie…

Aldebert sentit des larmes lui monter aux yeux. Il renifla et frotta sa manche pour enlever l’humidité, puis adressa un regard interdit à Higgs, dont le sourire avait disparu à nouveau. Le Ministre soupira et fit quelques pas vers le côté, ouvrant la portière d’un petit frigidaire.

- Tu veux quelque chose à boire ? demanda-t-il d’un ton agacé, en lui tournant le dos. Café, vin, soda ? Tu es toujours amateur de soda, non ?
- Oscha, qu’est-ce qu’il arrivera aux autres si je venais à accepter ta proposition ?
demanda Aldebert, reprenant peu à peu contenance.
- Aucune idée, répondit Higgs, sans plus le regarder, affairé à verser le contenu d’une bouteille dans un verre. Juste quelques hypothèses.

Il se retourna, un verre de vin dans une main et une canette de Soda Cool dans l’autre. Il désigna cette dernière à Aldebert d’un air interrogateur, mais, peut-être pour la première fois de sa vie, le Professeur Caul n’y prêta pas attention.

- Comment ça, des hypothèses ? demanda Aldebert, inquiet.
- Je te l’ai dit, nous serons tous les deux juges, ou plutôt conseillers, de Dieu, lui rappela Higgs en se redirigeant vers son fauteuil. Mais lorsque notre avis différera, ce sera à Dieu que reviendra la décision finale.
- Donc, tu désireras toujours exterminer les hommes ?
demanda Aldebert, l’air peiné.
- Oui, répondit Higgs en s’asseyant confortablement après avoir déposé la canette à ses pieds. Qu’il s’agisse d’amis à toi ou de mes collaborateurs, je juge que tous doivent disparaitre pour que commence réellement l’Ere de Dieu. Je n’en démordrais pas.
- Mais c’est à la machine, enfin, « Dieu », que reviendra la décision finale si je demandais à épargner quelqu’un ?
persista Aldebert.
- C’est ça, confirma Higgs avant de boire une gorgée de vin. Cela dépendra de ta manière de défendre leur cas.
- C’est ridicule !
s’écria Stephen, irrité. Al’, ce type a lui-même réglé sa saloperie de machine, tu penses bien qu’il saura comment s’y prendre ! Sa proposition n’est qu’une façade, une offre en carton ! Il aura toujours le dernier mot, quoiqu’il arrive !

Isaac n’ajouta rien, mais son visage voulait tout dire. Il était entièrement d’accord avec l’écrivain. Higgs voulait simplement faire subir à Aldebert une sorte de supplice éternel, en l’obligeant à assister à son succès à ses côtés et à le rendre impuissant malgré ses promesses. Forcer Aldebert à voir le monde s’écrouler tout autour de lui. C’était en tous les cas leur vision des choses. Le Professeur Caul adressa à son ami un regard pétrifié, comprenant bien qu’ils avaient certainement raison. Il regarda à nouveau Higgs, qui fronçait les sourcils et regardait maintenant Stephen Shelley avec antipathie.

- Alors c’est pour ça ? demanda Aldebert, serrant les poings, tout doucement gagné par la colère. Tu veux juste me faire souffrir au de-là de la mort ? Mais ça ne marchera pas ! Parce que ta proposition, tu peux te la …
- T’ai-je déjà montré les pouvoirs de Dieu en action ?
l’interrompit soudain Higgs en levant le bras gauche avant de claquer des doigts.

Aussitôt, le plus grand des écrans derrière lui s’alluma, donnant une vision du dehors depuis le dos d’un Génesect. Aldebert devint soudainement livide, perdant toute la prestance qu’il avait gagné quelques secondes avant. Isaac poussa une exclamation horrifiée tandis que Stephen faisait un pas en arrière, la main sur la bouche. Chapignon et Fibonacci, quant à eux, eurent un petit mouvement de recul, dévisageant Higgs mais ne comprenant pas aussi bien la situation.

Dehors, les Génesect s’étaient rassemblés par terre. Le sol était jonché de pièces métalliques et de gravats. Mais, ce qui effrayait tant les humains, c’était le fait que Mewtwo était étalé par terre, maintenu au sol par cinq Pokémon robotiques, tandis qu’Elodie, pas très loin, était ligotée par des câbles et surveillée par d’autres Génesect. Les deux étaient couverts de blessures, et l’ingénieure se remuait péniblement, prise de quintes de toux régulières.

- Je… Je ne comprends pas… bredouilla Aldebert en observant la scène, saisi d’inquiétude pour sa fille adoptive. Qu… Qu’est-ce qu… Elodie…
- C’est vrai que tu n’es pas au courant,
répliqua Higgs en se frappant le visage avec la main gauche, toujours assis dans son siège, sans avoir pris la peine de se retourner pour observer de lui-même la scène. Tu sais depuis longtemps, je crois, que j’ai ordonné la création d’un Clone du Pokémon Mew, un être particulièrement puissant ?
- Oui… confirma Aldebert. Mais… Je pensais que…
- Que ton ami, le Professeur Millstein, lui avait permis de s’enfuir tranquillement ?
compléta Higgs avec un petit rire satisfait. Sauf que non, ça encore, c’était prévu. Mewtwo a rejoint mes rangs à plusieurs reprises, sans même le savoir au début. J’avais de très grands projets pour lui. Mais le Dr Vygotsky m’avait mis en garde à son sujet, selon quoi la mort des clones autour de lui pouvait avoir eu des résultats dangereux. J’ai compris qu’il risquerait de me trahir. Et finalement, ce jour est arrivé à un moment des plus critiques…

Il soupira et fit pivoter son fauteuil pour enfin observer la scène. Mewtwo était toujours au sol, se débattant à peine, bien trop blessé à ce stade pour sauver sa peau.

- Je lui ai tout offert, lança Higgs d’un air mélancolique. Son organisme a été des plus favorisés et il a qui plus est obtenu l’égard de Dieu… Mais ce que Dieu donne… Il peut aussi le reprendre…

C’est à ce moment qu’atterrirent huit Génesect, transportant une machine qui ressemblait très fort à celles qu’on retrouvait dans les Centres Pokémon, le fabuleux système de soin qui avait permis au Professeur Higgs d’atteindre les sommets. La seule différence était l’absence d’une plateforme pour y disposer des Pokéball. A la place, plusieurs câbles sortaient du dispositif. Les Génesect les attrapèrent et commencèrent à les attacher à différentes parties du corps de Mewtwo qui, s’il redoubla d’effort pour se dégager de là, ne parvint pas pour autant à les en empêcher. Puis, quand ils eurent fini, les Pokémon robotique s’envolèrent, s’écartant en vitesse du Clone qui se releva péniblement. Il était à peine debout quand la machine commença à produire un sifflement aigu, vite couvert par les cris de douleur de Mewtwo. Le Pokémon violet tituba, tenant sa tête entre ses mains comme si celle-ci était sur le point d’exploser. Il tenta ensuite d’arracher les câbles, sans y arriver. Puis, dans un dernier soubresaut, il eut comme un haut-le-cœur et cracha par terre un mélange de sang et d’autres liquides inconnus. Il se répéta à quelques reprises, sous les plaintes d’Elodie, qui assistait elle aussi, impuissante, à ce spectacle. Enfin, après quelques secondes, Mewtwo chancela et tomba à terre.

- Pourquoi… Pourquoi est-ce que tu as fait ça… demanda Aldebert, la main sur le ventre, ne se sentant pas très bien après avoir vu un tel spectacle.
- Il refusait finalement le destin merveilleux que nous lui avions promis, lança simplement Higgs en se détournant à son tour tandis que les Génesect se rapprochaient à nouveau du corps sans vie. Voici le châtiment qui attend ceux qui se détournent de Dieu.
- Et pourquoi est-ce que tu me montre ça ?
cria Aldebert, à nouveau en colère. Tu crois que je ne savais pas de quelles choses horribles ton soi-disant dieu est capable ? Tu oublies que j’étais là, ce jour-là, et que je m’en souviens !
- Ce n’est pas pour te faire peur,
lança Higgs. Juste pour te convaincre. Regarde mieux.

Aldebert fronça les sourcils, toujours énervé, et fixa à nouveau l’écran. Les Génesect détachaient les câbles du corps de Mewtwo. Une fois qu’ils eurent terminé, ils se tournèrent alors soudain vers Elodie, toujours ligotée, et avancèrent lentement vers elle. L’Ingénieure, tout comme Mewtwo avant elle, se mit à se débattre, des larmes apparaissant à ses yeux. Il n’en fallut pas plus pour qu’Aldebert se mette à crier.

- NON ! PAS ELLE ! NE FAIS PAS ÇA !

Aussitôt, comme s’ils répondaient à ses ordres, les Pokémon s’arrêtèrent à l’écran, immobiles alors qu’Elodie continuait de s’agiter avec de plus en plus de frénésie. Higgs, les doigts croisés devant lui, souriait avec satisfaction. Son vieil ami respirait avec difficulté, sans oser quitter l’écran des yeux. Stephen et Isaac, quant à eux, restaient sans bouger, incapables de dire quoique ce soit.

- Tu vois, Al’, reprit le Professeur Higgs. Quand j’ai pris connaissance des risques que nous encourrions avec Mewtwo, j’ai cherché un plan B, un remplaçant pour son poste. Et finalement, c’est encore Vygotsky qui me l’a proposé. Le hasard a voulu que tu recueilles cette enfant du Programme juste après un traumatisme. Ce bon Docteur a alors gardé un œil discret sur toi et la jeune Elodie. Les résultats n’étaient pas assurés, et c’est pourquoi j’ai organisé la création de ces innombrables Génesect. Mais finalement, en la poussant à bout, il est parvenu à créer une créature aussi, voir plus puissante que Mewtwo ! Bien au de-là de ce que nous attendions des Infirmières du Programme original ! Elodie a toutes les aptitudes nécessaires pour devenir la Gardienne de ce nouveau Paradis à venir. Elle a les pouvoirs, mais aussi l’esprit et la morale nécessaire, puisque tu l’as toi-même éduquée avec ta vision des choses qui, malgré tout, ressemble bien plus à la mienne que ce que tu veux bien admettre.

Il s’interrompit quelques secondes et observa à nouveau Aldebert. Toute colère avait disparu. Il semblait désemparé, la mine défaite, comme s’il ne pouvait admettre d’avoir servi d’outils pour que le Professeur Higgs atteigne ses objectifs.

- Mais pour que cela fonctionne, il faut qu’elle accepte d’elle-même de se joindre à Dieu, reprit Higgs en fronçant les sourcils. Et c’est pour cela que j’ai besoin de toi. Si, ensemble, nous ne faisons qu’un auprès de Dieu, alors elle pourrait accepter de se plier à son destin. C’est soit ça… soit sa mort immédiate, des mains de Dieu lui-même. Alors, mon très cher Aldebert, quelle est ta décision ?
- Vous bluffez !
s’écria Stephen depuis sa vitre. Vous vous en fichez, d’Elodie ! Sinon, vous ne prendriez pas le risque de la perdre !
- Elodie n’est certes pas indispensable
, admit Higgs d’un mouvement de tête. Les Génesect peuvent très bien faire le travail. Mais il s’agit tout de même d’un atout non négligeable, que je me ferai une joie d’accueillir dans les rangs de Dieu. Mais cela ne dépend pas de moi.

Aldebert déglutit. Lui qui était persuadé quelques minutes avant qu’il ne devait pas accepter venait maintenant à douter. S’il n’acceptait pas, Elodie mourrait tout de suite, et tous ses proches suivraient inéluctablement le même destin. Alors que, s’il acceptait, Elodie serait sauve, et peut-être que, malgré les avertissements de Stephen, il parviendrait à sauver d’autres vies avec la sienne. Mais il serait tout aussi condamné à voir le triomphe d’Higgs.

Il regarda derrière lui. Isaac semblait sous le choc, incapable de dire quoique ce soit. Stephen, quant à lui, hochait lentement la tête de droite à gauche avec un regard suppliant. Chapignon et Fibonacci avaient cessé de frapper la vitre, puisque c’était inutile, mais paraissaient tout aussi troublés que leurs dresseurs respectifs. Le Professeur Higgs, enfin, attendait, sans rien laisser paraitre, mais serrant ses doigts les uns contre les autres de plus en plus fort. L’air de rien, il appréhendait le choix d’Aldebert.

- Très bien… marmonna finalement Aldebert dans un souffle, rompant le silence pesant qui s’était instauré. C’est d’accord… J’accepte ton offre.
- Al’…
souffla Stephen, dépité, en tombant à genoux.
- Merveilleux, s’exclama Higgs en se relevant d’un bond, un sourire aux lèvres. Dans ce cas...[/i]

La vitre qui le séparait de son vieil ami se mit soudain à se baisser, comme sur la portière d’une voiture, pour disparaitre dans le sol. Quand ce fut terminé, Higgs se déplaça vers le Cœur de Dieu et fit signe à Aldebert de le rejoindre. Ce dernier resta quelques secondes sur place avant de faire un pas malhabile devant lui. Il jeta un coup d’œil sur le plateau d’échecs. Il avait presque oublié que tout avait commencé par un simple jeu de société. La partie s’était interrompue depuis trop longtemps et il avait reçu beaucoup trop d’informations d’un coup pour s’en soucier. Néanmoins, son regard s’attarda sur la disposition des pièces, les sourcils froncés. Puis il se remit en marche, lentement, comme un condamné en route vers la potence. Chacun de ses pas lui demandait un courage tout particulier, surtout avec les cris de désaccord de Stephen et Isaac qui s’étaient ressaisis. Il aurait souhaité s’arrêter là, et que le temps en fasse de même. Mais il n’en était rien. Il continuait de marcher vers son destin, vers son ancien ami, et vers Dieu. Toutes ces années passées à essayer de le combattre alors que, sans le savoir, il formait en Elodie une figure importante de ses machinations. Pourtant, il n’y avait pas de regret à avoir.

En arrivant à un mètre du Professeur Higgs, il s’arrêta et mit ses mains dans ses poches, le regard baissé. Il sursauta quand son ancien ami lui tapota amicalement le dos et fut d’autant plus surpris de le voir sourire d’un air si bienveillant. Etait-ce vraiment sincère ? Manifestait-il réellement de la sympathie envers lui, après tant d’années de guerre froide, ou n’était-ce qu’un dernier effort d’acteur pour s’assurer de son entière collaboration ? Quoiqu’il en soit, Aldebert se laissa guider et il se rapprocha, au plus près de Dieu. Il observa son adversaire quelques instants. Il ne l’avait pas remarqué depuis la vitre, mais Oscha était plein de cernes sous les yeux. Après tout, ils n’avaient pas dormi depuis peut-être plus d’une journée, ce qui n’était plus très bon à leur âge. Higgs pianota sur l’écran tactile et une seconde encoche s’ouvrit, libérant un deuxième casque, exactement similaire à celui qu’il avait mis pour montrer comment il comptait fusionner avec Dieu. Comme c’était un peu haut, Amos l’attrapa et prit aussi le premier, qu’il amena aux deux vieux scientifiques.

- [i]Mon esprit est déjà informatisé
, rappela Higgs d’un air affectueux. Il faudra quelques heures au minimum pour faire de même avec le tien. Il suffit de tenir le casque sur ta tête, et le programme se chargera de scanner les données de ton cerveau. Quand ce sera fini, tu seras en mesure de te connecter, comme moi, à Dieu. Et lorsque nous mourrons, la sécurité sera levée, et nous ferons partie intégrante de Dieu.
- Il n’y a pas d’autres moyens de faire ça ?
demanda Aldebert.
- Ceci est le seul Cœur de Dieu équipé de ce genre de dispositif, précisa Higgs en baillant. Néanmoins, je n’étais pas certains que tu viendrais jusque moi, alors j’avais d’autres machines capable de te digitaliser l’esprit… J’aurai surement fini par te kidnapper puis on aurait déplacé le résultat via une simple clé USB… Mais c’est plus simple comme ceci, non ?
- Effectivement…
répondit Aldebert, amer, en observant le Cœur de Dieu de plus près, comme s’il cherchait quelque chose.
- Amos, tu veux bien aller nous chercher des sièges ? demanda Higgs en plaçant le casque sur sa tête. Que nous ne restions pas debout tout ce temps…, ça risque d’être long…

Le Noctunoir s’inclina respectueusement et fit volte-face pour récupérer ce sur quoi ils s’étaient assis durant la partie d’échecs. Une fois disposés, Higgs prit place dans le sien et s’y enfonça confortablement, baillant une première fois. Il invita ensuite Aldebert à faire de même, ce qu’il fit avant d’attacher le casque sur sa tête, malgré les protestations d’Isaac et de Stephen. Une fois que ce fut fait, il crispa le visage, imaginant qu’il allait recevoir un choc électrique qui ne vint pas. Puis, il regarda Higgs, s’attendant à ce qu’il prenne la parole.

- C’est tout ? demanda-t-il après un instant de silence.
- C’est tout, répéta Higgs avant de bailler une seconde fois. Je l’ai dit, ce sera long, mais je te propose de faire une sieste en attendant que Dieu intègre ton esprit… Toi comme moi sommes éveillés depuis bien trop longtemps et, tant que nous sommes encore des êtres de chaires de sang, ce n’est pas très bon… Alors… patientons…

Aldebert déglutit avant d’acquiescer et de se tourner vers les autres. Il ne s’en rendait compte que maintenant, mais lui aussi était fatigué. Fatigué de sa journée. Fatigué de cette guerre à peine entamée. Fatigué de sa lutte. Fatigué de perdre des proches. Fatigué de ce monde…

Il observait Isaac, Stephen et les Pokémon continuer de marteler la vitre de coups, provoquant les seuls bruits à parvenir à leurs oreilles. Le Professeur Caul ne disait rien et se contentait de soupirer, jetant sans cesse des regards vers Higgs. Celui-ci, dans son propre fauteuil, l’observait lui aussi, avec un sourire paisible.

Dans sa tête, le Professeur Higgs avait enfin gagné. Déjà maintenant, dans les pensées de Dieu, il profitait d’une plaine virtuelle, dans un calme absolument parfait. Le monde qu’il avait toujours rêvé de construire était plus que jamais en marche. Peu importe qu’il meurt dans les minutes qui venaient, maintenant. Il avait réussi. Il avait porté le Projet de Dieu jusqu’au bout, allant même jusqu’à convaincre son plus farouche opposant à se plier à la volonté de la Divinité de processeurs et de métal. Il pouvait maintenant profiter de ce repos bien mérité…
Le temps passa, lentement. Higgs se sentait de plus en plus emporté par la fatigue, abandonnant son esprit dans les méandres de Dieu, proche du succès. Soudain, cependant, le Colonel Cornell pénétra dans la pièce, lui aussi de l’autre côté de la vitre. Il était accompagné des trois Pokémon, qui étaient couverts de blessures. Apparemment, Léo avait fini par défoncer la porte, mais il n’avait pas fait le poids pour autant… Isaac et Stephen lui expliquèrent la situation et le vacarme reprit de plus belle, avec de nouveaux poings. C’était inutile, évidemment, mais ce bruit commençait tout doucement à courroucer le Professeur Higgs. Lui qui ne rêvait que de calme et de paix n’appréciait pas le chahut, d’autant plus qu’il essayait tant bien que mal de s’endormir pour regagner des forces. Chapignon semblait particulièrement remonté, et poussait maintenant des hurlements adressés à son dresseur tandis qu’il continuait de marteler la vitre, les poings en sang. Higgs adressa donc un regard à Amos, qui comprit directement. Le Spectre s’éloigna donc du Cœur de Dieu, disparaissant dans le sol avant de réapparaitre derrière les intrus pour entamer de les mettre dehors, profitant au maximum de son statut de spectre pour éviter les coups et les trainer plus loin. La bataille contre Amos débuta ainsi, provoquant beaucoup moins de sons que leurs manifestations, ce qui permit à Higgs de fermer les yeux, calmement…

Puis, soudain, après quelques minutes, alors qu’il était dans un état second, Higgs sentit Aldebert se lever près de lui. Il tourna la tête, inquiet, puis mit toutes ses forces à contribution pour se tourner dans son siège et voir ce qu’il se passait. Aldebert portait toujours le casque. Il s’était simplement rapproché du Cœur de Dieu. Oscha prit appuie sur ses bras pour se relever péniblement et vit alors qu’Aldebert triturait quelque chose dans sa poche. Ce n’est qu’en le voyant sortir une simple clé USB et l’insérer dans un des quelques supports qu’il avait prévu pour le Plan B qu’il se releva, soudain bien réveillé, l’air fâché.

- Qu’est-ce que tu fais ? s’écria-t-il, en colère. Amos !

Le Noctunoir lâcha immédiatement Isaac, qu’il trainait au sol en esquivant les coups de Fibonacci et de Chapignon. Aussitôt, il disparut dans le sol pour réapparaitre derrière Aldebert, l’air fâché. Ce dernier venait de sursauter en voyant Oscha bouger, le pensant endormi. Il avait la tête d’un enfant coupable pris sur le fait.

- J’ai changé d’avis, murmura-t-il. En fait, je n’ai jamais voulu…
- Franchement, Al’, et tu crois qu’un virus peut détruire Dieu ?
s’exclama Higgs alors que le Noctunoir se saisissait des bras d’Aldebert par derrière pour l’empêcher de bouger. Tu es ridicule !
- Ce n’est pas un virus
, répondit Aldebert dans un souffle. Tu n’as qu’à voir par toi-même…

Higgs fronça les sourcils et observa la clé USB. C’était certainement déjà trop tard pour l’en retirer sans conséquence… Il soupira et adressa un regard mauvais à Aldebert.

- Dire que j’ai cru que je t’avais convaincu… Mais soit… Laisse-moi rire de ton tour de passe-passe, avant de régler votre sort à tous…

Et il ferma les yeux, s’abandonnant à Dieu.

Posté à 17h43 le 23/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Dernier moment (2/4)



Bien que le Colonel Cornell n’ait pu partir que plusieurs heures après avoir annoncé la nouvelle à Isaac, il était arrivé un peu plus tôt, en compagnie de Mewtwo. La proximité à vol d’oiseau entre Argenta et Celadopole y était pour beaucoup, l’informaticien ayant du parcourir bien plus de kilomètres sur le dos des oiseaux du Colonel Von Stradonitz. Et c’était tant mieux, car à peine étaient-ils sur place que les deux hommes voulurent foncer droit vers les Génesect, avant d’être arrêtés in extremis par Mewtwo. Ils avaient ensuite été ramenés près de l’hélicoptère volé, malgré la mauvaise humeur apparente d’Isaac.

Cela faisait plus d’une heure maintenant qu’ils étaient réunis, ne sachant pas vraiment que faire. Le Dirigeable du Professeur Higgs semblait inaccessible, à cause de la quantité phénoménale des Pokémon robotiques qui l’entourait, tel un essaim d’abeilles autour d’une reine. Même s’ils avaient maintenant le soutien de Mewtwo, celui-ci ne se sentait hélas pas capable d’affronter seul les Pokémon. Il avait prouvé qu’il pouvait agir sur beaucoup de munitions en même temps lors de la Bataille pour Celadopole, mais aussi qu’il restait néanmoins des limites à ses pouvoirs. Et il ne faisait aucun doute qu’il serait largement dépassé, d’autant que les Génesect eux même étaient des Pokémon très puissants, bénéficiant du soutien de Dieu.
Attendre sans rien faire avait le don d’agacer Isaac, qui ne pouvait s’empêcher de scruter l’horizon, comme si sa patience pouvait se voir récompenser par l’apparition d’une faille dans la formation des gardiens du Dirigeable. Ayant dépassé ce stade, Stephen Shelley, lui, observait le feu de fortune qu’il était parvenu à allumer, en mettant à profit le peu d’essence qu’il avait récupéré dans l’hélicoptère. Comme l’avait fait remarquer le Colonel Cornell en arrivant, puis ensuite Von Stradonitz, le feu risquait de les faire repérer. Mais c’était bien le dernier des soucis de l’écrivain. Il savait pertinemment que les Génesect ne s’éloignaient pas d’un certains périmètre, et qu’ils étaient donc en sécurité, tant que le Dirigeable ne bougeait pas. Or, il était resté parfaitement immobile depuis que les Pokémon avaient embarqué Aldebert à l’intérieur. Stephen était toujours très inquiet pour lui, espérant que l’immobilité était signe que son ami était toujours en vie. Mais plus le temps passait et plus il craignait qu’Aldebert ne soit mort et qu’Higgs fasse simplement une sieste en vol stationnaire.

Les deux Colonels, quant à eux, discutaient avec Mewtwo depuis un bon moment déjà, cherchant une manière de pénétrer à l’intérieur du Dirigeable. Mais quel que soit la possibilité proposée, l’un d’entre eux finissait par pointer une faille, et ils devaient tout reprendre de zéro. Kate, l’intelligence artificielle, finit même par les aider depuis un ordinateur, donnant le résultat de simulations à l’aide des données que lui avait fournies Mewtwo et ses différentes observations. Elle ne s’était pas exprimée sur la mort de son père.

- J’en ai marre… pesta Isaac en donnant un coup de pied dans une branche sèche. Marre, marre !
- Mr Holley, s’il-vous-plait, calmez-vous
, soupira Marcus Cornell.
- On pourrait peut-être demander des renforts, proposa le Chef de la Brigade Aérienne. Mr Darwin a bien accepté que vous veniez…
- Je dois avouer que je ne lui ai pas vraiment laissé le choix
, dit Cornell en détournant la tête. Et puis, avec les pertes de la dernière bataille, je ne pense pas qu’Hesse puisse se permettre d’envoyer des hommes nous aider…
- Han, vous m’énervez !
s’écria Isaac en s’élançant soudain avant d’invoquer son Métang et de monter dessus. Moi, j’y vais !

Ils avaient à peine fait quelques mètres en direction du Dirigeable qu’ils furent figés en l’air. Isaac lança un juron et se tourna, le visage haineux, vers Mewtwo, qui avait simplement du tendre le bras pour les arrêter. Stephen n’observa même pas la scène et adressa un sourire complice à Ursaring, qui était assis en face de lui, à tailler un morceau de bois avec ses griffes pour s’occuper. Si Isaac était généralement le plus malin et le plus raisonnable de l’équipe, la pression n’avait jamais été aussi grande sur ses épaules. C’était de la survie d’Aldebert qu’il était question, l’homme qui l’avait recueilli enfant et éduqué comme son fils. C’était comme un second père pour lui, et le savoir pris au piège dans un tel guêpier le mettait hors de lui et l’empêchait de réfléchir. Du moins pour le moment. Stephen le savait très bien, étant passé par cette phase lui aussi. Juste après avoir contacté le Colonel via Kate, il avait tenté à quatre reprises de retourner vers le Dirigeable. Mais à chaque fois, son Ursaring l’en avait empêché. Il était presque surpris qu’Isaac n’ait rien tenté avant cela.

- Lâchez-moi, immédiatement ! cria Isaac, sentant des larmes apparaitre au coin de ses yeux.
- C’est pour votre bien, Mr Holley, dit le Colonel Cornell.
- Vous précipiter seul équivaudrait à un suicide, lança Mewtwo en forçant lentement Métang à se poser par terre.
- Alors venez m’aider au lieu de rester planté là, sans rien faire ! clama l’informaticien. On doit aller l’aider !
- Je ne pense pas que votre ami serait heureux de nous voir nous sacrifier pour lui, Isaac
, intervint Von Stradonitz. Nous devons au moins limiter les risques …

Metang était presque à terre, résistant en vain à l’emprise de Mewtwo, quand, soudain, un arbre entier s’éleva un peu plus loin dans le ciel avant d’être précipité vers le Clone. Mewtwo dut tendre son deuxième bras pour arrêter l’arbre en plein mouvement, et encore, il ne put que le ralentir et fut forcé de faire quelques pas de côtés pour éviter la collision, tandis que les militaires se mettaient à couvert. L’arbre, en percutant le sol, souleva un nuage de poussière et provoqua un bruit sourd qui surprit Stephen, qui n’avait pas fait attention auparavant. L’écrivain se leva péniblement, paniqué, croyant qu’ils étaient à nouveau les cibles des Génesect, signe que le Dirigeable s’était mis en mouvement. Mais il n’en était rien et il retint son exclamation quand il la remarqua.

Flottant à quelques mètres du sol, l’air maussade et couverte à différents endroits de pansements, Elodie adressait un regard assassin à Mewtwo. Autour d’elle, d’autres arbres étaient déracinés et commençaient à flotter, pivotant lentement pour pointer vers le Pokémon violet. Ce dernier, après sa dernière esquive, était resté immobile, surpris et méfiant devant la manifestation des pouvoirs d’Elodie. Le Colonel Von Stradonitz, ne connaissant pas l’Ingénieure, avait attrapé ses PokéBalls, qu’il s’apprêtait à utiliser pour invoquer ses compagnons d’armes, jusqu’à ce que son collègue ne lui fasse signe de les ranger, l’air ébahi. Isaac, enfin, s’était relevé sur Métang pour mieux la voir, et en avait le souffle coupé.

- Ne touche… pas … à mon frère… lança Elodie d’une voix rude ponctuée de quelques hoquets, tandis qu’elle semblait un peu trembler.
- Mademoiselle Ross ! s’écria le Colonel Cornell. Arrêtez ça !
- C’est bon, Elo’, il est avec nous !
lui cria Isaac, calmé par la situation soudaine.
- C’est ça, et quand il a essayé de tuer Billy, il était aussi avec nous ? répondit-elle d’une voix cinglante.

Mewtwo ne répondit pas de suite, fronçant les sourcils. Ce n’était plus la même jeune fille qui lui avait tant rappelé Amber deux jours avant. La pauvre femme était secouée par la haine et la tristesse. Comme si quelque chose était mort en elle. Comme lui-même l’avait été à plusieurs reprises…

- Alors, tuez-moi, lança-t-il. Mais ça n’apaisera pas votre peine. Cela ne fera qu’alourdir votre cœur.

Serrant les dents au point que la mâchoire ne commence à faire un bruit de craquement, Elodie continuait d’observer Mewtwo avec toujours autant de haine. Les arbres qu’elle manipulait commencèrent à filer vers lui subitement, mais s’arrêtèrent à bonne distance quand elle entendit tous les cris de protestation de son frère, de Stephen et du Colonel. Maintenant, Mewtwo l’observait avec un air désolé, et elle se sentit soudain secouée par le sanglot. Elle retomba lentement pour atteindre leur hauteur et, quand elle fut enfin accessible, Isaac sauta de son Métang pour la prendre dans ses bras et la rassurer, vite rejoint par Stephen. Les arbres tombèrent lourdement par terre, l’influence d’Elodie ayant cessé. Les deux militaires observèrent quelques instants les retrouvailles de la famille, de l’équipe, puis Cornell adressa un regard à Mewtwo, et celui-ci hocha la tête. Seul, il n’aurait pas su gérer l’Essaim des Génesect. Mais s’ils s’y mettaient à deux…

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Le Dirigeable du Professeur Higgs disposait de plusieurs salles. La principale était celle du fond, celle qui rassemblait une grosse majorité des appareils de contrôle du véhicule aérien, mais aussi tout ce qui permettait au Professeur de garder un œil sur les différents évènements de la Guerre en cours. C’était aussi derrière la vitre incassable, au côté de leur leader, que l’un des Cœur de Dieu avait été installé, afin de permettre à Higgs d’agir directement sur les différentes entités de Dieu à travers le monde si cela devait être nécessaire. Mais si le principal se trouvait là, les autres pièces n’étaient pas en reste. Trois d’entre-elles stockaient un grand nombre de Pokémon, enfermés dans des Pokéball, ainsi que d’innombrables Chimères en cage, prêts à être appelés ou utilisés en cas de besoin. La quatrième, enfin, était occupée par le seul être humain à avoir le privilège de naviguer dans le même Dirigeable que le Professeur Higgs et Dieu. Léo, le Pokémaniaque, considéré par beaucoup comme le second de l’Armée du Professeur, avait un œil attentif lui aussi sur différents évènements de la Guerre. La pièce dans laquelle il se trouvait disposait de deux énormes cylindres de métal, les téléporteurs de son invention, la machine qui était aussi capable de créer des Chimères. Ceux-ci, cependant, étaient très différents des autres téléporteurs que Léo avait conçus, du fait de leur taille. On aurait pu aisément mettre deux Ronflex dans chacun, et pousser pour y ajouter d’autres Pokémon. Entre les deux, l’ordinateur central, équipé de son logiciel de création de Chimère, effectuait diverses simulations. Effectivement, pour s’occuper pendant la pause que constituait la visite du Professeur Caul au Professeur Higgs, Léo s’était mis en tête de trouver de nouvelles idées pour les futures Chimères qu’il créerait, peut-être, avec l’aide des prisonniers de guerre ou les dresseurs survivants à la fin de la Guerre…

Cependant, un bruit d’alarme le tira soudain de ses rêveries. Surpris, il sursauta et se releva péniblement, cherchant la source du son du regard. Quand enfin il la trouva, il s’approcha de la machine, intrigué. C’était la première fois que celle-ci se manifestait, et il n’avait aucune idée de ce à quoi elle servait. Il alluma l’écran et obtint soudain l’image des combats aériens des Génesect, filmés depuis le dos de l’un d’eux. Ceux-ci tiraient des salves de rayons sur deux créatures volantes. Lorsque Léo reconnut Mewtwo, il poussa une exclamation de surprise, et une autre en voyant la femme qui l’accompagnait. Les deux êtres volaient agilement et esquivaient au mieux les tirs des protecteurs du Dirigeable, se protégeant avec des débris et des morceaux d’arbres. Rapidement, la totalité de l’essaim les prit pour cible, provoquant un véritable déluge d’attaques et les forçant à s’éloigner du Dirigeable. Mais c’était trop tard pour eux, ils s’étaient bien trop rapprochés pour que les Génesect ne les laissent tranquilles. Léo eut un sourire satisfait en voyant la nuée de Pokémon les prendre en chasse.
Mais ce n’est qu’en apercevant soudain un étrange groupe, composé de Pokémon Oiseaux montés par des hommes et protégés par des arbres sprinter vers le Dirigeable qu’il comprit la manœuvre. Les Genesect aussi s’en rendirent compte, et une petite partie d’entre eux changèrent brusquement de trajectoire pour les prendre pour cible. Mais c’était trop tard et si l’un ou l’autre tir parvint à passer outre les protections, ils filaient trop rapidement et accédèrent bien vite à l’entrée du Dirigeable, s’y engouffrant en vitesse. Léo frappa la machine de surveillance du poing, pestant contre les Genesect, qu’il jugeait incapables de sécuriser le Dirigeable. Mais le Pokémaniaque n’allait pas les laisser interférer ainsi. Ils ne devaient pas intervenir dans la rencontre des deux professeurs. Il en allait de la concrétisation des Plans de Dieu. Et quitte à devoir se mouiller soi-même, Léo ferait tout pour les empêcher d’avancer plus loin.

Aussitôt, il quitta l’écran après en avoir éteint l’alarme. Il se dirigea vers une autre machine et déclencha la libération des Chimères qui y étaient stockées. Il était temps pour elles de se dégourdir les griffes et les crocs. Tandis qu’aux Pokémon, il commanda immédiatement leur transfert par téléporteur dans sa propre salle. Il avait un plan en réserve s’ils se montraient plus forts que ces petits protégés.

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Aldebert observait maintenant l’échiquier en se frottant le front, en sueur. La partie commençait à s’accélérer, et Higgs ne prenait maintenant pas plus de quelques secondes pour jouer ses coups, ce qui donnait à Aldebert la désagréable sensation d’être tombé dans la stratégie de celui-ci. Il hésitait à jouer ses coups et il n’était pas rare qu’il prenne une pièce et la garde en main quelques secondes avant de la redéposer à sa place pour en prendre une autre. Pour ne rien arranger, le Professeur Higgs le fixait toujours immobile depuis son siège, avec un sourire confiant et les sourcils froncés. En cet instant, Aldebert se sentait captif, pris au piège dans une cellule inviolable, à l’écart du reste de l’Univers. Il n’y avait plus que lui, Higgs et le plateau d’échec. Un horriblement sentiment qui commençait doucement à lui faire perdre ses moyens.

Finalement, lorsqu’Higgs lui prit son Fou, après avoir été forcé de le sacrifier au profit de sa Tour qui était menacée par la même pièce, Aldebert poussa un grand soupir, le visage fuyant. Il avait la main droite proche de ses lèvres, comme pour se ronger les ongles inconsciemment. A cette réaction, le Professeur releva un sourcil, son sourire s’élargissant presque imperceptiblement. C’était presque un record de mouvements depuis le début de la partie. Il continuait de l’observer de la même manière, comme si son seul regard suffisait à le perturber. Puis, soudain, Aldebert frappa du poing sur la table, faisant légèrement trembler les pièces sur le plateau de jeu.

- Je ne comprends pas, lança le vieillard, l’air énervé. Nous ne sommes pourtant pas de simples Pions !
- Que veux-tu dire par là ?
l’encouragea le Professeur Higgs d’une voix doucereuse, intrigué, en penchant légèrement la tête.
- Les dresseurs, tes scientifiques, l’Armées, les politiques... même moi ! énuméra Aldebert avec colère, en maintenant son front avec sa main. Comment as-tu fait, bon sang, pour nous pousser dans cette situation, dans cette fichue Guerre ! Tu as toujours tout prévu, mais je ne comprends pas par quel coup du sort tu es parvenu à tes fins diaboliques !
- N’exagérons pas
, répondit Higgs en se redressant dans son fauteuil. Il y a eu des imprévus tous les jours, mais tant que je parvenais à redresser la situation, seule le résultat final compte…
- Ça n’explique pas pour autant qu’on y soit quand même arrivé !
s’écria Aldebert en faisant mine de vouloir se relever, prenant appui sur les accoudoirs. Alors réponds-moi ! C’est encore un de tes tours de passe-passe ?
- Han je t’en prie, Al’, ne compare pas Dieu aux illusions pour amuser les enfants
, répondit le Patron de la Sylphe en se renfrognant tout de même, l’air un peu désappointé. Et pour une fois, Dieu n’a rien à voir.
- Alors quoi ?
répéta Aldebert, obstiné. Comment as-tu fait pour envoyer à la mort tant de personnes ?!
- Simplement avec des mots.


Aldebert cligna des yeux, pas sûr d’avoir bien compris ce que lui avait répondu son ancien ami. Higgs avait de nouveau les doigts croisés devant lui et fixait Aldebert comme durant la partie d’échecs, avec un sourire en coin. Pour une raison inconnue, le Professeur Caul sentait pourtant comme un fossé se creuser entre lui et son vieux camarade. Ils n’étaient qu’à quelques mètres l’un de l’autre, séparés tout juste d’une vitre, et, pourtant, il avait l’impression que plusieurs kilomètres les séparaient.

- Il n’y a rien de plus dangereux que des mots, continua Higgs après quelques instants de silence. Les mots sont ce qui permet à notre Réalité de prendre forme à travers nos yeux et notre cerveau. Sans les mots, le monde nous est inconnu. Mais il existe bien d’autres facettes qui font des mots l’arme la plus redoutable que j’avais à ma disposition.

Il soupira et baissa la tête avant d’être pris d’un petit rire nerveux. Lorsqu’il releva le visage, Higgs adressait un sourire complice à son vieil ami. Mais ce dernier, lui, restait interdit, l’air méfiant.

- N’as-tu jamais ressenti ce sentiment, mon cher Aldebert ? demanda Higgs en se relevant de son siège. Lorsqu’un simple mot vous coupe dans vos actions et vous triture l’esprit. Quand des paroles nous restent en tête plusieurs jours durant et nous torturent de l’intérieur ? Lorsqu’une insulte blesse plus largement et durablement l’esprit qu’un poignard ne mutile le corps ? Ou encore quand notre avis est biaisé après un discours d’une connaissance quelconque ? Le champ d’action des mots et leur impact sur l’homme est quasi sans limite. C’est ce pouvoir que j’exploite depuis des années sur l’Humanité et qui m’a permis de vous avoir tous dans la paume de ma main, comme des marionnettes au bout de mes fils !
- Tu ne vas quand même pas essayer de me faire croire qu’il t’a suffi de parler un peu avec quelques personnes pour les convaincre de courir à la mort ?
protesta Aldebert en se relevant pour de bon lui aussi.
- Et pourquoi pas, mon bon Aldebert ? le questionna Higgs en écartant les bras tout en crispant les doigts de plus en plus, comme s’il serrait quelques objets invisibles. Il n’y a rien de plus redoutable que les mots ! Seulement, il faut les choisir avec soin et parcimonie pour parvenir à nos fins. C’est bien de cette manière que les politiques ont toujours gouverné le monde, non ? Avec des promesses et de belles paroles. Peu importe leurs actions, tant qu’ils parviennent à rendre leurs mots suffisamment crédibles !
- Peut-être,
concéda Aldebert en se mordant les lèvres, Chapignon commençant à se remuer derrière lui avec un air sombre. Mais on ne parle pas d’élection, ici. On parle d’une Guerre mondiale, qui est sur le point d’emporter l’espèce humaine toute entière ! Des mots ne peuvent pas suffire pour justifier une telle hérésie !
- Tu surestimes bien trop l’être humain, mon cher Aldebert
, reprit Higgs en baissant les bras pour les disposer dans son dos, son sourire de plus en plus large. L’espèce humaine, depuis son apparition, a toujours été une race déviante, autodestructrice. Elle est la seule créature à qui l’on doit tant de malheur pour le reste de la vie sur Terre. L’être humain entame sa propre chute, bâtit des empires pour mieux les détruire par la suite. Nous sommes animés d’une soif de destruction inhérente à notre race. Et pour cela, l’évolution nous a dotés, dès notre plus jeune âge, de moyen pour maitriser cette invention, la plus terrible d’entre toutes. Le langage. Ce même langage que nous apprenons encore tout enfant et manipulons jusqu’au jour de notre mort, dans le seul but de partager nos idées, et de convaincre les autres à celles-ci. C’est avec ce couteau-suisse merveilleux que je suis parvenu à convaincre, un à un, chacun des acteurs de cette Guerre que celle-ci était nécessaire.

Il poussa un long soupir et fut secoué d’un nouveau rire. Il profita de cet instant pour observer discrètement les écrans autour de lui. L’un d’entre eux l’intéressait particulièrement, et il y attarda son regard un peu plus longtemps, son sourire s’élargissant encore. Enfin, il posa à nouveau ses yeux sur Aldebert, qui s’était mis sur la défensive, les poings serrés. Son Pokémon s’était avancé et se tenait juste à sa droite, fusillant Higgs et Amos du regard. Le Noctunoir, lui, était toujours calmement derrière le Professeur, dans la même attitude que lui, les bras derrière le dos.

- Evidemment, lança Higgs pour rompre le silence. Tous les mots ne marchent pas de la même manière chez tout le monde. C’est pourquoi connaitre son interlocuteur est toujours une contrainte inévitable afin de le convaincre. Pour certains, il faut les encourager, les rendre uniques. Pour d’autres, il faut leur offrir ce qu’ils recherchent. Certains ne demandent qu’une place, une reconnaissance au-delà de la vie sur terre. Mais le plus efficace reste indubitablement la Promesse. Et sur ce point, j’ai eu une aide précieuse pour renforcer l’impact de mes mots.

Il se tourna vers la haute colonne de métal derrière lui, celle qui laissait régulièrement s’échapper un petit bruit qui faisait penser aux battements d’un cœur. Lentement, il se rapprocha de l’entité et caressa le pilier tendrement, le regard presque perdu. Puis, soudain, il se retourna pour faire à nouveau face à son vieil ami.

- Le vois-tu, mon très cher Aldebert ? s’écria Higgs, soudain enhardi, en tendant le bras droit vers le cylindre. Nous sommes en présence d’un des dix Cœurs de Dieu ! Depuis celui-ci, j’ai une vue d’ensemble sur l’entièreté des machines reliées à Dieu. Mais même si, par le plus grand des hasards, vous parveniez à le détruire, il en resterait 9 autres pour mettre hors d’état le reste du système ! Autant dire que vaincre Dieu est tout simplement impossible. Or, tant que cette divinité, sous sa forme de composantes et de programmes, est debout, la victoire m’est assurée ! Dieu va provoquer la fin de l’Humanité et rebâtir un Monde calme et sans aucune imperfection ! L’homme n’y a pas sa place.
- Ce n’est pas pour cela que nous l’avions fabriquée
, lui rappela Aldebert en fronçant les sourcils. C’était pour aider les gens !
- Pour sauver les Pokémon, au contraire !
rectifia Higgs en dressant l’index d’une manière réprobatrice. Les humains, dans leur soif de destruction, entrainaient le reste des êtres vivants dans leur chute. Et c’est pour cela que nous avons fabriqué Dieu, ensemble… C’est ce que voulait Rémus.

Aldebert s’apprêtait à répliquer, mais le dernier mot provoqua en lui l’effet d’une bombe et il se figea, ses bras retombant piteusement le long de son corps, tel une poupée de chiffon. Avait-il bien entendu ?

- Tu as l’air surpris, lui lança Higgs, avec un air un peu désappointé cette fois. Tu crois que j’aurai été capable d’oublier mon frère, si toi-même t’en souvenais ?
- Tu … Tu n’as jamais parlé de lui…
- Bien sûr que si, juste quand c’est arrivé
, lui rappela Oscha en fronçant les sourcils. Seulement, tu ne prenais pas de spores, à l’époque, et tu ne comprenais pas ce que je racontais. Tu as dû croire que je délirais.

Il soupira et détourna le regard, visiblement mécontent. Mais très vite, le sourire confiant revint à son visage et il observa Aldebert. Celui-ci déglutit. Comment savait-il pour les spores ? Etait-ce Dorothéa qui lui en avait parlé, du temps où elle était encore partagée entre les deux camps ? Ou bien était-il au courant de plus de chose ? Pouvait-il savoir que…

- Par ce jour maudit où Dieu est intervenu pour la première fois, j’ai compris ses desseins, reprit finalement Higgs, tirant Aldebert de ses réflexions. J’ai compris que si Dieu était venu à nous, c’était pour faire disparaitre cette immonde humanité. Mais une Machine ne peut y parvenir seule. Aussi l’ai-je soutenu et amélioré, pendant plus de 60 ans, pour arriver, aujourd’hui, au sommet de sa puissance et de son influence. Une maitrise totale de ses pouvoirs divins qui permettent à mes mots d’avoir un impact encore plus grand sur ses fidèles qui, aujourd’hui, mettent leur vie en jeu sans hésitation pour le Paradis promis.
- Cela n’en reste pas moins une machine
, lança Aldebert d’un ton désinvolte. Je ne comprends pas comment tu peux croire en de telles sornettes !
- Pas n’importe quelle machine, Al !
s’écria Higgs, courroucé en écartant à nouveau les bras, parlant de plus en plus vite. Nous même, un trio de trois génies, étions incapables de comprendre certains principes sur les Plans de base que nous avions récupérés. Et pourtant, le résultat était là, ça fonctionnait ! Dieu était et est toujours capable de régénérer entièrement l’organisme des Pokémon ! Mais ce n’est pas tout. Dieu est aussi en mesure d’améliorer ceux-ci, de leur faire exploiter un maximum de leur potentiel. C’est ce que j’appelle les Bénédictions de Dieu. Et avec cela, j’ai réussi à créer des Légendes vivantes parmi les dresseurs, des jeunes hommes et des jeunes femmes invaincus qui défiaient à eux seuls des Organisations criminelles, dont le seul but était parfois justement de tomber pour participer à cette montée en popularité. Pour s’en servir comme effet de propagande au service de Dieu par la suite ! C’est ainsi que mes mots ont remporté l’impact nécessaire pour la création de notre Armée finale !
- Non
, lança Aldebert en faisant pivoter sa tête de droite à gauche. Je refuse de croire ça. C’est toi, et uniquement toi, le responsable. Tu peux dire ce que tu veux, mais il n’y a pas de Dieu. Il n’y a que toi, chargé d’un pouvoir aveuglant, derrière toute cette mascarade. Et des imbéciles pour te croire naïvement.
- C’est toi qui est aveugle dans cette histoire, mon cher Aldebert,
soupira Higgs. Mais vois plutôt…

Il se retourna et Amos s’écarta pour le laisser passer. Il s’approcha d’un des modules qui s’échappait du Cœur de Dieu et pianota quelques instants sur une sorte de clavier tactile. Aussitôt, une encoche sur le Cylindre s’ouvrit, libérant une sorte de casque relié à un câble. Amos s’en saisit et le tendit à son dresseur qui l’observa quelques secondes avant de soupirer à nouveau.

- Il existe pourtant un point sur lequel tu as raison, lança Higgs. Je suis à fond derrière le Projet du Paradis, mais qu’arriverait-il si je venais à mourir ? Dieu pourrait-il parvenir seul à la concrétisation du Paradis ? Ne risquerait-on pas de voir se soulever des leaders aux projets différents ? Et une fois que le monde serait en paix, comment assurer qu’une nouvelle peste ne vienne pas remplacer l’être humain, ou que les Chimères ne retrouvent les anciens penchants malsains des hommes ? C’est avec toutes ses inquiétudes en tête que j’ai intégré un nouveau pouvoir en Dieu…

Il se tourna vers Aldebert et lui sourit amicalement, tandis que celui-ci était partagé entre l’inquiétude et la curiosité. Puis il disposa le casque sur son crâne et, aussitôt, sur le cylindre, un écran s’alluma. C’était le visage d’Oscha Higgs, en plus jeune néanmoins, dans un décor de prairie avec un pommier juste derrière, qui lui souriait avec confiance.

- Je vais intégrer Dieu, dirent ensemble à la fois l’avatar sur l’écran et le véritable Higgs. Ou plutôt une copie de mon être. Simplement dans un dispositif à part, afin d’éviter de subir le même sort que mon frère qui n’a jamais existé. Ainsi je pourrai continuer à avoir un œil attentif sur les évènements, même par-delà la mort.
- J’avais compris ta mégalomanie, mais à ce point, ça me dépasse
, répondit Aldebert avec dégout, les sourcils froncés après avoir ricané. En clair, ton Dieu n’était qu’une façade pour prendre le Monde sous ton joug et t’approprier à toi seul la planète et la vie, c’est ça ?!
- Pas à moi seul,
répondirent les deux Higgs en souriant. A dire vrai, je comptais sur toi pour partager ce privilège.

Aldebert perdit, lentement, son sourire ironique, blêmissant. Il cligna des yeux, comme s’il ne comprenait pas ce que lui disait son ancien camarade. Puis, détournant la tête, il regarda sur le côté gauche, fuyant non seulement le regard d’Higgs mais aussi celui de Chapignon, qui s’inquiétait de son attitude.

- Le monde que je veux construire ne te convient pas, certes, lança le Ministre en retirant le casque de sa tête, désactivant ainsi l’écran sur le Cœur de Dieu. Mais justement. Je t’offre la possibilité d’avoir, toi aussi, ton mot à dire dans ce Paradis en construction. Nous représentons chacun deux facettes opposées d’une même pièce, pile et face, yin et yang. Nous ne serons pas Dieu, mais juge à la place de celui-ci. Ce sont alors nos deux avis qui seront pris en compte pour chaque décision à prendre, ou seulement le mien si tu refusais mon offre. Alors… qu’en dis-tu, mon très cher Aldebert ?

Le Professeur Higgs lui tendait la main comme pour attraper la sienne et la tirer vers lui. Mais pour le moment, Aldebert Caul restait immobile. Réfléchissant.

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Le petit groupe d’intrus, une fois entré dans le Dirigeable par la piste de décollage, fila tout droit, ne prenant pas la peine d’inspecter les alentours. Il n’était pas question de perdre une seule seconde. Le Colonel Cornell menait la marche, aux côtés de son Scalproie, qu’il invoqua une fois qu’il posa pied sur le sol. Juste derrière lui, Isaac avançait avec assurance aux côté de Métang, la Ball de Fibonacci en main. Serrant lui aussi la sphère de son Pokémon, Stephen ne l’avait pas encore appelé pour éviter que ce dernier ne les gêne pour avancer, ce dernier étant plutôt imposant. Enfin, le Colonel Von Stradonitz fermait la marche aux côté de son Dodrio après avoir rappelé ses autres Oiseaux. Ce dernier tenait son épaule droite de sa main gauche et avait le visage crispé par la douleur. Un des tirs de Génesect l’avait blessé, mais il s’estimait heureux de ne pas se l’être pris de plein fouet. Il n’avait rien dit, pour ne pas attirer l’attention des autres et ne pas compromettre leur mission, de la plus haute importance.

A peine allaient-ils quitter la piste de décollage que le comité d’accueil se jetait sur eux, pour les empêcher d’avancer dans le couloir derrière elles. Plusieurs Chimères de toutes sortes rugissaient et couraient vers eux, prêtes à les écorcher jusqu’à ce que mort s’en suivent. Scalproie s’élança immédiatement, rejoint par Métang et Fibonacci. Le Colonel décida bien vite d’envoyer son Mackogneur en renfort, afin qu’ils ne soient pas pris de court, et ce dernier alla aider son comparse, qui commençait à avoir du mal. Comme la lutte devenait de plus en plus hargneuse, Dodrio et Ursaring se jetèrent dans la mêlée, dans un désordre indescriptible.
Assez vite, Marcus Cornell dut lui-même intervenir, enfilant des gants garnis de pointes en acier pour donner des coups puissants. Un seul coup suffit à assommer une Chimère plus intrépide que les autres. Encouragé par le succès du militaire et par la vision de son Amonistar en mal avec une créature mi-homme mi-Zeblitz, Isaac entra lui aussi dans la bataille, toujours vêtu de sa combinaison Booster. Il grimpa sur le dos de la créature et entreprit de l’étrangler, la déstabilisant assez pour que Fibonacci attrape ses pattes avec ses tentacules et ne le fasse lourdement chuter. Profitant d’avoir encore sur lui la combinaison volée à Xanthin, Von Stradonitz imita Isaac et partit à la rescousse de Métang et Dodrio. Stephen, enfin, se contentait de les encourager, en retrait, n’ayant aucune aptitude particulière pour les combats, et un âge trop avancé pour tenter quoique ce soit.

Finalement, au bout de quelques minutes au cours desquelles de nouvelles Chimères vinrent remplacer celles qui étaient tombées avant elles, la voie semblait, enfin, libre. Le Colonel poussa un grand soupir de soulagement et s’écoula contre un mur, le temps de reprendre sa respiration. Il avait quelques plaies, marques des griffes d’une Chimères aux bras de Drakkarmin contre laquelle il avait un peu plus peiné. Von Stradonitz et Isaac, eux, n’étaient pas plus blessés, grâce à leurs combinaisons. Les Pokémon, par contre, étaient dans le même état que le Colonel, essoufflés. Ursaring était couvert de blessures, le combat ayant même réveillé le coup reçu dans le dos quelques heures auparavant. Dodrio avait tant de mal à se relever que son dresseur suspectait une patte cassée, et il préféra le rappeler, sans le remplacer pour autant, ses autres Pokémon étant désavantagés dans les espaces clos. Fibonacci avait perdu quelques morceaux de tentacules, mais restait déterminé. Mackogneur avait les bras en sang, mais il était difficile de dire s’il s’agissait du sien ou de celui de ses adversaires.

Après à peine quelques secondes de repos bien mérité, ils se remirent en course, laissant Cornell derrière avec Stephen. Le couloir n’était pas très long et donnait sur deux portes de chaque côté, ainsi qu’une dernière tout au fond. Mais au milieu, un homme se tenait droit debout, pour leur barrer la route, avec deux Chimères identiques, mêlant le long cou d’un Seviper sur le corps d’un Cerfrousse. Reconnaissant son ami Léo, Isaac s’arrêta brusquement, surpris. Le Colonel Von Stradonitz, lui, ne le remarqua pas de suite et s’élança sans hésiter vers le Pokémaniaque. Il prit appuie sur ses pied, plia les genoux au maximum, et fit un bon prodigieux pour l’atteindre directement. Mais les Chimères qui le protégeaient ne le laissaient pas entendre de cette oreille et, d’un mouvement des plus vifs, leurs gueules de serpent se dressèrent pour l’attraper, l’une au flanc, l’autre à l’épaule, déjà abimée par le tir des Génesect. L’élan du militaire lui fit faire encore quelques centimètres, mais les mâchoires des Chimère s’étaient bel et bien refermées sur son corps, leurs longues dents le transperçant. Il poussa un cri de douleur, crachant du sang dans son propre casque. Ses jambes et ses bras retombèrent mollement, n’ayant plus la force de les maintenir droit. Devant l’horreur de la scène, Isaac cria de stupeur. Le Colonel Cornell et Stephen se figèrent eux aussi, ainsi que les différents Pokémon. Léo, qui se tenait juste devant le militaire en l’air, n’avait pas bougé d’un pouce, comme s’il n’y avait même pas prêté attention.

- Vous n’avancerez pas plus loin, lança-t-il. Je ne peux pas le permettre.
- Léo, libère-le, merde !
cria Isaac, pris de panique.
- Qui ça, lui ? s’étonna le Pokémaniaque en regardant enfin vers le Colonel, toujours maintenu en l’air par les Chimères qui étaient restées immobiles. Haha, tu as vu mes beautés à l’œuvre ? Saisissant, pas vrai ?
- Tes beautés ?
répéta Isaac, offusqué. Ce sont des monstres, Léo !
- Ho non, Isaac, pour toi, il s’agit peut-être de monstre, mais pour moi, c’est un échantillon du futur de la vie sur Terre ! s’exclama Léo. Une petite perfection de vitesse et de réflexe ! Sans aucune origine humaine, qui plus est.


Il s’interrompit, perdant son sourire. Malgré ses blessures, les bras de Von Stradonitz, pris de tremblements, étaient en train de retirer péniblement son masque. Lorsqu’il y parvint, il ne réussit pas à le retenir et il tomba par terre dans un petit fracas, libérant le visage couvert de sang du Chef de la Brigade aérienne. Il respira un coup et adressa un regard de défis à Léo, qui l’observa quelques secondes, mal à l’aise, avant de l’ignorer et de regarder à nouveau vers les autres.

- Hey, regarde-moi, enfoiré ! s’écria Von Stradonitz.
- Vous n’êtes pas les bienvenus ici, clama Léo. Je dois me débarrasser de vous, quel qu’en soit le prix. Partez d’ici, et peut-être que je libèrerai votre amis.
- T’es con, ou quoi, je suis quasi déjà mort, tu veux pas que je serve de monnaie d’échange, quand même !
lança le militaire avant de cracher à nouveau du sang. Et vous, vous attendez quoi ? Ces créatures sont bloquées, c’est le moment !

Léo écarquilla les yeux et fit soudain un pas en arrière aux paroles du Colonel. Ses adversaires n’allaient quand même pas attaquer maintenant ? Mais si, comme si ces paroles les avaient soudainement ramenés à la réalité, Scalproie, Mackogneur et Métang s’élancèrent vers l’avant. Léo, pris de panique, attrapa une télécommande cachée dans sa poche pour ordonner à quelques Chimères planquées dans les pièces derrière ses ennemis de sortir pour prendre part au combat. Mais se rendant compte de la supercherie à temps, Cornell et Ursaring les réceptionnèrent correctement, minimisant les blessures qu’elles auraient pu leur infliger par surprise et entreprenant de les défoncer une à unes à grand coup de poings et de griffes. Les autres Pokémon étant sur le point de les attaquer, les Chimères relâchèrent leur emprise sur le Colonel, qui retomba lourdement à terre, profitant néanmoins de l’occasion pour saisir la Ball de Roucarnage et l’appeler à la rescousse. Isaac et Stephen, quant à eux, restèrent en plein milieu du couloir, trop étroit pour pouvoir venir en aide à leurs Pokémon.

Léo, tout au fond, se mordait les lèvres. Le combat ne se déroulait pas comme il l’aurait souhaité. Si le militaire ne semblait plus bouger, étalé par terre dans son propre sang, ses deux Chimères commençaient à être dépassées par les évènements. Leurs morsures étaient redoutables, rapides, et qui plus est vénéneuses. Mais lorsque la première tenta de mordre Roucarnage, Métang se dressa entre les-deux, obligeant la Chimère à éclater ses dents contre son corps d’acier. Aveuglée par la douleur, elle recula, manqua d’écraser le Colonel de ses sabots, puis se prit un puissant jet d’eau de la part de Fibonacci. La seconde, quant à elle, faisait face au Mackogneur, évitant ses coups de poings et faisant claquer sa mâchoire pour le menacer. Mais son attention étant portée sur les bras musclés de son adversaire, elle ne vit pas Scalproie glisser au sol pour trancher dans ses jambes. Surprise par la douleur, elle poussa un cri et fut suffisamment déstabilisée pour permettre aux autres Pokémon de l’attaquer sans prendre le moindre risque. Devant ce spectacle inquiétant, Léo déglutit et prit immédiatement la fuite, passant par la porte à sa droite, et non celle du fond. Aussitôt les Chimères vaincues, les humains s’avancèrent en vitesse et Stephen se pencha immédiatement sur le corps du Colonel Von Stradonitz. Le Roucarnage de ce dernier se posa juste à côté, l’air très inquiet.

- Je pense qu’il est encore en vie… se risqua Stephen. Mais il perd énormément de sang…
- Il faut enlever sa combinaison et lui appliquer des bandages
, lança Isaac, troublé par la vue du liquide rouge.
- Et merde, comme si on n’était pas pressés… pesta Cornell en suivant les consignes d’Isaac.
- Et l’autre, il est passé où ? s’écria Stephen en se relevant. Il a couru vers cette porte, non ?

Posté à 17h34 le 23/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Dernier Moment



D'après Albert Einstein :
Nous aurons le destin que nous aurons mérité.


Déjà le théâtre de plusieurs affrontements, la Route 7, entre Celadopole et Safrania, s’apprêtait à vivre une nouvelle grande bataille. Depuis la ville, le Général Hesse avait commandé à tous ses hommes de se tenir prêts et de mettre à contribution la quasi-intégralité de leurs ressources en prévision de ce qui allait arriver. Ses éclaireurs lui avaient effectivement communiqué des informations très préoccupantes, comme quoi les dresseurs retranchés à Safrania étaient en route en grand nombre avec des milliers de Chimères et de Pokémon autour d’eux. Une véritable armée d’adversaires, là où auparavant ils n’avaient envoyé qu’une poignée d’individus à la fois.

Aussi, afin de les accueillir dignement, plus de dix-mille hommes et Pokémon avaient été postés, auxquels on ajoutait les pilotes de 150 M47 Pasteur, véhicules de guerre prêts à foncer dans le tas et à provoquer un maximum de dommages. Ils avaient aussi déployé une ligne de canon à obus, manœuvrés par quelques militaires, avec l’aide des citoyens volontaires. Enfin, en retrait, des ingénieurs et les derniers bénévoles civils attendaient, à l’abri, qu’on leur demande d’intervenir, que ce soit pour réparer en urgence des machines endommagées ou simplement sauver des soldats et Pokémon blessés.

A peine avaient-ils su que les forces de Red étaient en mouvement que le Général Hesse et ses officiers avaient réagi. Il ne fallait surtout pas leur laisser l’occasion d’entrer dans la ville, même si l’Opération Fouinette était déjà en grosse partie terminée à Celadopole. Cependant, et ils le savaient, ils avaient dû réagir dans l’urgence et ils craignaient d’avoir fait des erreurs stratégiques dans leurs positions. Mais ils n’avaient hélas plus beaucoup de temps pour changer quoi que ce soit.

En première ligne, aux côté de son Charkos, maintenant son épée à la manière d’une canne de la main gauche et observant l’horizon avec des jumelles de la main droites, le Général Hesse patientait. Les militaires s’étaient tout de suite mis en mouvements, sans rechigner ni protester, suivant à la lettre le protocole et la discipline qui faisaient la force de l’Armée. D’après les derniers messages de ses officiers, ils étaient fin prêts. Le Général ne pouvait cependant s’empêcher d’avoir une boule au ventre. Une partie des leurs étaient déjà blessés et certains n’avaient jamais combattu en situation réelle. Ils n’avaient que leur lourd et strict entrainement sur les épaules, pour affronter les Chimères, ces créatures tout droit sorties de leurs cauchemars, et les Pokémon tout aussi endurcis des dresseurs. Au moins pouvaient-ils compter sur leurs véhicules pour tirer leur épingle du jeu.

Plus loin, à la tête d’une autre troupe, le Colonel Cornell paraissait très inquiet. Mais ce n’était pas à la bataille à venir qu’il devait cet état. Il ne cessait de penser au Professeur Caul et à Mr Shelley. Ceux-ci s’étaient jetés dans la gueule du Grahyena sans hésitation, allant jusqu’à voler un hélicoptère. Il n’était pas sans nouvelle cependant, car Kate lui avait permis d’entrer en communication avec Stephen. L’écrivain lui avait alors appris qu’Aldebert était resté sans bouger devant les Genesect et que Patrick Stearns était décédé. Lui-même avait frôlé la mort, à l’entendre. De plus, selon eux, le dirigeable ne bougeait plus. Le Colonel ne savait qu’en penser. Le Professeur Caul était-il encore en vie ? Et quelle allait être la réaction d’Isaac, qui n’avait pas attendu toutes les explications pour courir les rejoindre. Et puis, il y avait le Major Campbell et mademoiselle Ross, dont il n’avait toujours aucune nouvelle. Devait-il les prévenir à leur tour, au risque de les voir risquer leur vie eux aussi ?

Son Talkie vibrant dans sa poche le rappela soudain à la réalité. Il soupira et l’attrapa pour mieux entendre. Saisissant ses propres jumelles, il observa ensuite l’horizon. Hesse ne mentait pas. Ils arrivaient.

Il balaya rapidement les adversaires du regard, afin d’avoir une vue d’ensemble. Ils étaient nombreux, très nombreux. Des milliers de Chimères et de Pokémon avançaient, prêts à en découdre. Mais ce qui étonnait Cornell, c’était l’absence de dresseurs. Il n’en voyait aucun en première ligne. Il grogna en comprenant que ces derniers laissaient faire le sale boulot à leurs partenaires. Surement étaient-ils tous en retrait. Puis, soudain, il lança un juron. Il venait de voir, au-dessus des troupes ennemies, le Pokémon violet que lui avait décrit le Major Campbell précédemment. Cette créature aux pouvoirs psychiques risquait de poser de gros problèmes à l’Armée. Des problèmes auxquels ils n’étaient pas nécessairement préparés.

Lorsqu’enfin ils furent à portée, le Général Hesse donna l’ordre de tirer les obus depuis les lignes de l’arrière. Les projectiles filèrent bruyamment, signal du début de combat. Si la plupart des bombes firent mouche, blessant et tuant les cibles dans un certain périmètre, une petite partie d’entre-elles furent stoppées en plein vol. Une partie des soldats qui s’étaient élancés vers les ennemis se figèrent soudain, poussés par ceux de derrière, comprenant ce qu’il se passait. Les obus pivotèrent avant de pointer vers eux et reprirent subitement leur course, explosant cette fois parmi les militaires. Constatant le fiasco de la manœuvre, et estimant que les pertes seraient trop conséquentes, le Général et une bonne partie des officiers contactèrent immédiatement les lignes arrières pour annuler tous les tirs prévus. Leur propre équipement se retournait contre eux. Certes, ils pouvaient provoquer plus de dégâts qu’ils n’en recevaient, Mewtwo ne pouvant pas tout bloquer. Mais les hauts gradés n’avaient aucune envie de sacrifier leurs hommes. Pas quand leurs ennemis disposaient de quoi soigner rapidement et totalement leurs blessés et pas eux, en tout cas.

Résigné, le Général Hesse brandit son épée devant lui et cria aux hommes qui l’entouraient de foncer. C’était encore la meilleure solution pour envisager le combat. Ainsi, marchant en rang d’oignon aux côtés de leurs propres Pokémon, les militaires s’avancèrent, leur arme en main, couverts par les tanks qui, malgré la présence écrasante de Mewtwo, restaient un atout sur lequel ils pouvaient compter.

Ainsi la bataille pour Celadopole s’engagea. Des Chimères particulièrement excitées se précipitaient vers les militaires, toutes griffes et crocs dehors, comme si elles n’avaient plus été nourries depuis des jours et qu’elles ne s’alimentaient que de chair humaine. Leurs proies pouvaient cependant compter sur leurs Pokémon pour les protéger et garder des distances avec elles, et ils n’hésitaient pas à frapper de leurs armes tranchantes si elles venaient à s’approcher de trop près. Les Pokémon des deux camps s’entrechoquaient sans cesse, enchainant les adversaires sans nécessairement en avoir terminé avec le précédent. Le tout était à la mêlée générale.

Les dresseurs, bien loin en retrait, assistaient aux affrontements presque confortablement. Certains d’entre eux avaient même pris de quoi grignoter pour observer le spectacle. Chacun d’eux disposait d’un Holokit spécial qui leur donnait une vision globale de leurs propres Pokémon et leur permettaient de leur donner des ordres. En effet, presque dissimulés dans le désordre de la bataille, des Pokémon plus petits et chétifs étaient équipés de caméras et suivaient l’un ou l’autre Pokémon qui leur avait été désigné. C’était ainsi que, sans risquer leur vie, les dresseurs pouvaient exploiter au maximum leurs talents de dressage dans cette guerre.

Red lui-même disposait de tout un équipement afin de garder un œil sur un grand nombre de ses protégés. En tant que dresseur de légende, il avait entrainé énormément de Pokémon en prévision de ce moment. Il assistait, l’air exalté, aux combats de ces derniers et riait avec un certain plaisir quand il les voyait tuer des militaires ou des Pokémon. Chaque meurtre était autant d’offrande faite à Dieu pour le Paradis à venir.

Pourtant, parmi les forces déployées aujourd’hui par le camp du Professeur Higgs, il y avait quelqu’un qui ne partageait pas la bonne humeur générale. Toujours à plusieurs mètres du sol, Mewtwo avait plutôt l’air songeur, observant la plupart des combats sans intervenir. Il ne faisait attention ni aux cris de guerre, ni aux hurlements de douleur, ni au vacarme des tirs de tank. Seuls les ordres de Red depuis son oreillette semblaient le faire sortir de sa torpeur, l’espace d’un instant, le temps qu’il pulvérise un véhicule ou l’autre par la simple force de son esprit ou qu’il tue quelques soldats gênants. Mais aussitôt sa mission était-elle remplie qu’il s’abandonnait à nouveau dans ses réflexions.
Sa rencontre avec la jeune fille qui affirmait ne pas être une infirmière le troublait encore, même deux jours plus tard. Il avait crû l’espace d’un instant avoir retrouvé cette jeune humaine, le seul contact qu’il avait alors qu’il était encore en développement dans sa cuve sur l’Ile Neuve. Avant même sa naissance, les deux clones avaient eu l’occasion de longuement discuter ensemble, dans le plus grand des secrets. La jeune fille avait hérité de la plupart des souvenirs de son original grâce à son père. Elle lui avait alors appris à quel point la vie pouvait être belle et comme elle avait hâte de vivre à nouveau. Et puis, un jour, sans raison, elle était morte. Lui-même avait été empoisonné. Mais il avait survécu avant d’être plongé dans le coma. Cependant, sa peine était encore là lorsqu’il avait enfin pu sortir de sa prison de verre. Et la colère avait tout emporté. Il s’était déchainé ce jour-là, criant sa colère contre la vie.

Par la suite, il avait vécu de nombreuses années en compagnie de Giovanni. Un homme qui s’était présenté à lui comme son seul ami, la seule personne avec laquelle il pourrait être bien. Finalement, ce n’était encore qu’une déception, car il avait fini par comprendre que ce qui intéressait Giovanni, c’était ses pouvoirs. Mais ayant appris à calmer ses pulsions, il s’était simplement enfuis.

Quelques temps plus tard, c’était le jeune Red qui l’avait découvert, reclus au fond de sa grotte. Le jeune homme était alors plein de vie e de compassion envers Mewtwo. Ils finirent par s’apprivoiser l’un et l’autre, puis par devenir partenaires, sans contrainte d’une Pokéball pour autant. Ils s’amusaient ensemble, se distrayant à l’abri du regard des autres. C’est au cours d’une belle après-midi passée avec le jeune homme et ses Pokémon que Mewtwo s’était sentit véritablement vivant pour la première fois, alors qu’ils étaient simplement couchés ensemble dans l’herbe à observer les nuages et à imaginer les formes de ceux-ci.

Red le présenta ensuite au professeur Higgs. Ce-dernier leur expliqua à tous les deux que Dieu les avaient choisis pour porter une mission sur leurs épaules. Ils étaient là pour rendre la Terre aux Pokémon et débarrasser la planète des êtres humains. Mais pour cela, il ne suffirait pas de foncer tête baissée. Ils devaient suivre les plans de Dieu et lui jurer fidélité. Ce que Mewtwo avait accepté, souhaitant aider son ami. Il avait alors grandi avec Red, l’accompagnant en secret dans différentes missions. Ils étaient plus que des partenaires, de véritables amis qui pouvaient compter les uns sur les autres. Mais au delà de ça, ils avaient de plus en plus de tâches à effectuer. Et le souvenir d’Amber s’était caché au plus profond de son cœur.

Mais aujourd’hui, le désir de vivre sa vie et d’en profiter s’était de nouveau manifestée. Cette femme, qui qu’elle soit, avait au moins cela en commun avec le clone défunt. Une volonté de vivre sans contrainte. Lui aussi l’avait longtemps ressentie avant de s’abandonner à ses responsabilités prévues par Dieu.

Mewtwo ne cessait d’y penser. Au départ, il s’était dit que, justement, à l’aube de ce nouveau Paradis, il n’allait plus tarder à pouvoir profiter de la vie pleinement. Mais à y réfléchir, était-ce vraiment la voie que Mewtwo désirait suivre ? La Paradis de Dieu allait lui confier de nouvelles tâches auxquelles il ne pourrait pas se défiler. De nouvelles responsabilités qu’il n’avait plus envie d’assumer. Tout ce qu’il voulait, c’était vivre à nouveau avec quelqu’un comme Red ou Amber, et se coucher avec eux dans l’herbe verte d’une plaine pour observer les nuages. Vivre en toute liberté, comme Amber lui avait promis et comme il l’avait découvert avec Red.

Mais aujourd’hui, alors que leurs efforts étaient sur le point d’aboutir, Mewtwo ne reconnaissait plus le jeune homme qui lui avait appris à vivre. Etait-ce l’effet du temps ? Où était l’adolescent, prodige parmi les dresseurs, qui prenait tant soin de ses partenaires ? Et comment était né cet homme qui riait à la vision des combats et des morts, qui ne prenait même pas le temps de pleurer la perte d’un de ses Pokémon et préférait se concentrer sur les affrontements des autres, tant que ceux-ci provoquaient de nouveaux décès ? Comment en était-il arrivé là ? Etait-ce là le mauvais aspect de l’être humain dont Higgs avait si souvent parlé qui se manifestaient chez lui aussi ? Dans ce cas, que devait-il faire ? Continuer d’obéir, afin de provoquer, comme prévu, l’extinction totale de l’humanité, Red compris ? Ou bien autre chose ?

La grande bataille durait déjà depuis plusieurs heures. Chaque camp avait subi de larges pertes et le sol était couvert de corps inanimés. Pourtant, personne n’abandonnait le champ de bataille. Le Général Hesse et ses officiers ne pouvaient pas abandonner sans signer la mort de tous les hommes présents, et les dresseurs voulaient plus que tout en finir avec Celadopole et, par extension, l’Armée à Kanto. Personne ne voulait lâcher le morceau. Et puis, quand bien même ils augmentaient la liste des blessés, il suffirait de quelques minutes à Dieu pour les remettre sur pied.

Puis, soudain, au son tonitruant des Brouhabam, les Chimères et les Pokémon commencèrent à fuir le champ de bataille. Mewtwo resta un instant le seul Pokémon présent avant de se retirer lentement. Les militaires, surpris, laissèrent éclater leur joie, pensant qu’ils avaient fini par l’emporter ! Mais le Général Hesse, plus méfiant, n’y croyait pas. Il réclama de suite un rapport des unités les plus avancées afin de savoir ce qu’il se tramait. Il attendait les informations quand le Colonel Cornell arriva vers lui. Ce dernier constata que son Supérieur avait les vêtements tâchés de sang, comme beaucoup d’autres soldats, mais il était impossible de dire s’il était gravement blessé. Lui-même avait reçu tout au plus des éraflures dues aux griffes des Chimères, mais il avait vu de nombreux soldats qu’il avait lui-même instruit être brûlés à mort par plusieurs Pokémon. Il n’y avait pas de trace du Charkoss du Général.

- Les hommes attendent le signal du repli, Général, lança-t-il avec sérieux. Je leur ai dit qu’il ne fallait pas nécessairement compter là-dessus…
- Ouais, j’y crois pas trop non plus
, lança-t-il, perplexe. Je soupçonne un sale coup de Red et des autres…

Ils restèrent quelques secondes sans bouger, silencieux, pendant que les militaires autour d’eux ramassaient du matériel, s’entraidaient pour déplacer des corps, ou repartaient simplement vers Celadopole avec allégresse. Ni le Général ni le Colonel n’avait envie de leur ordonner de rester sur place tant qu’ils n’étaient pas fixés. Après une si terrible bataille, tout le monde avait besoin de repos. Puis, enfin, le talkie vibra. Quand il vit le Général blêmir et déglutir bruyamment, Marcus poussa un grand soupir avant de lui adresser un regard interrogateur.

Pendant toute la durée de la bataille, alors que les dresseurs coordonnaient leurs Pokémon, d’autres hommes avaient préparé l’arme secrète de leur groupe. Une quantité phénoménale de Pokémon avait été préparée pour former un gigantesque troupeau de Pokémon. Parmi eux, on comptait surtout un très grand nombre de Tauros, mais aussi des Rhinocorne, des Frison, des Bourrinos, et bien d’autres encore. Il y avait là au minimum un million d’individus rassemblés. Et les dresseurs étaient tout simplement en train de les exciter au maximum, piégés sur place pour le moment. Mais une fois qu’ils seraient libérés, ils allaient foncer dans le tas, et tout détruire sur leur passage.

Aussitôt, Hesse ordonna à tout le monde de se replier et de s’écarter de la ville au plus vite. Le Troupeau allait agir comme un raz-de-marée vivant, impossible à arrêter. Celadopole était condamnée, quels que furent leurs efforts pour préserver la ville. Et s’ils tentaient de les arrêter, ils allaient tous finir piétinés. Même les Tanks seraient renversés par les puissants Pokémon du troupeau et seraient endommagés. Et pour les canons à obus, ils n’avaient tout simplement plus le temps de les déplacer. Hesse enrageait tellement qu’il balança bien loin son épée couverte de sang et hurla de rage.

- Général, calmez-vous, se risqua Cornell en se rapprochant de lui.
- Me calmer ? répéta-t-il avec ironie. Alors qu’on a perdu la bataille comme des cons ? On a perdu la moitié de nos hommes pour rien, et bientôt la ville avec ! Et en plus, nous aussi, on va crever, on pourra pas tous évacuer à temps ! Y a que ceux qui ont des Pokémon volants qui pourront s’en sortir, et encore…

Il donna un coup de pied sur le corps d’une Chimère qu’il avait lui-même tuée pour évacuer sa colère. Le Colonel soupira et attrapa son propre talkie-walkie après l’avoir réglé sur le bon canal.

- Mr Offenbach ? lança-t-il. C’est Cornell.
- Oui, oui, on sait, on est en train de se carap…
- Surtout restez sur place et écoutez mes instructions
, l’interrompit sèchement le Colonel.

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Le Troupeau venait à peine de commencer sa charge mortelle que Red éclata d’un rire gras en écartant grand les bras. Dans quelques instants, les Pokémon allaient détruire la ville de Celadopole, emportant avec eux une grosse partie de l’Armée, ceux qui n’auraient pas eu le temps de s’enfuir suffisamment vite. Mais les autres n’auront droit à aucun répit. Sans repère ou QG pour les abriter, ils seront traqués par les Chimères jusqu’au dernier. C’était avec cette ultime stratégie qu’ils allaient gagner la guerre dans la région de Kanto. Son seul regret était que les cris de peur et de douleur allaient être étouffés par celui des sabots des Pokémon.

Toujours en l’air, Mewtwo était le seul à ne pas avoir le regard pointé sur les mouvements du Troupeau. Il fixait Red durement, réfléchissant. Ce dernier ne l’avait pas remarqué, cependant, bien trop obnubilé par le million de Pokémon. Beaucoup d’entre eux allaient mourir, sans aucun doute, piétinés par les autres ou subissant un choc trop lourd. Mais peu importe, puisque cela signait la fin des hommes du Général Hesse ! C’était un sacrifice nécessaire pour l’accès au Paradis de Dieu.

Bien vite, le Troupeau commençait à disparaitre de leur vue. Red arracha les jumelles d’un autre dresseur afin d’assister, comme les autres, à la fin du spectacle, gloussant toujours de joie. De nouveaux cadavres méconnaissables apparaissaient au sol dans le sillage des sabots. Il y avait toujours plus de morts. Les Tank tiraient bien quelques coups désespérés mais finissaient par être retournés malgré leur poids. Ils se rapprochaient de seconde en seconde de la ville.

Puis, soudain, Red s’arrêta de rire, les yeux écarquillés. Le Troupeau semblait ne plus progresser. De loin, malgré les jumelles, le Dresseur Légendaire ne comprenait pas ce qu’il se passait. C’était comme si les Pokémon de devant faisaient demi-tour, s’entrechoquant à ceux de derrière dans le désordre et la confusion. Finalement, au bout de plus d’une minute, le Troupeau, réduit d’au moins neuf dixièmes par ses propres collisions, reprit sa charge mortelle. Mais dans le sens inverse. Vers Safrania. Vers les dresseurs.

Personne ne semblait comprendre ce qu’il se passait et beaucoup commencèrent à crier de peur. Red lui-même était devenu livide. Il restait figé par l’incompréhension. Comment un tel chaos avait-il pu démarrer dans les rangs des Pokémon pour qu’ils finissent par se retourner contre eux? Mais, quelle qu’en soit la cause, le résultat était là. Ils étaient les nouvelles cibles du Troupeau géant. Et même si celui-ci était bien plus petit qu’à l’origine, ils n’avaient aucune chance d’y survivre s’ils ne les arrêtaient pas en pleine course.

Seulement voilà. Il s’agissait, pour la grosse majorité, de Pokémon sauvages issus d’élevages intensifs. Ils n’obéiraient à personnes, encore moins maintenant. Et comme ils se rapprochaient dangereusement, les Chimères se mirent à fuir en vitesse, tandis que les dresseurs faisaient appel à leurs Pokémon pour les aider à partir en prenant la voie des airs. Et, bien vite, alors que l’impact se rapprochait inexorablement, Red fut le dernier sur place, n’ayant toujours pas bougé.

- Mewtwo ! cria-t-il subitement en reprenant ses esprits. Vas-y, soulève-moi !

Il resta immobile, s’attendant d’un instant à l’autre à se sentir hissé dans les airs. Mais comme rien ne venait après quelques secondes, et comme les Pokémon se rapprochaient toujours plus, il se tourna vers Mewtwo, avec un petit air qui mêlait surprise et peur.

- Mewtwo ? répéta-t-il. Qu’est-ce que tu attends ?

Le Pokémon ne répondit pas. Il le fixait toujours aussi durement qu’auparavant. Un regard pénétrant qui fit faire un pas en arrière à Red. Le dresseur avait des sueurs froides, ne sachant si c’était l’attitude de Mewtwo qui les provoquaient ou bien l’approche fatidique du Troupeau.

- Mewtwo… MEWTWO ! cria-t-il, sentant la panique l’emporter. Me laisse pas ! Tu vas pas abandonner ton partenaire comme ça ?!
- Tu n’es plus le Red que j’ai connu.


Red déglutit, les yeux exorbités. Il en oublia pendant quelques secondes la terrible situation dans laquelle il se trouvait. Il avait l’impression de voir sa vie défiler devant lui, s’arrêtant sur les instants passés avec le Pokémon cloné. Avait-il répété les erreurs de Giovanni ? Ou bien était-ce autre chose ?
Puis, comme le cri d’un Tauros le ramenait soudain à la réalité, il détourna le regard. Ils n’étaient plus qu’à quelques mètres de lui. Saisi d’effroi, il hurla le nom de son partenaire. Son cœur tressaillait dans sa poitrine, comme pour dépenser toute l’énergie qu’il avait encore en réserve. Puis il sentit son corps propulsé en arrière par un puissant coup de tête. Il était à peine retombé que son visage était écrasé par les multitudes de sabots qui défilaient. C’est ainsi que finit l’histoire du Dresseur Légendaire.

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Suite au revirement de situation, les dresseurs et les Chimères étaient repartis vers Safrania une fois que le Troupeau s’était calmé et dissipé. Leurs pertes n’avaient pas été si terrible, ayant pu fuir les Pokémon avec moins de difficulté que l’Armée. Mais sans leur leader, ils n’avaient plus le désir de se battre pour aujourd’hui.

Seul Mewtwo était resté sur le champ de bataille. Il s’était assis en position fœtale, juste à côté du cadavre de Red. Il ressentait pour la seconde fois de sa vie cette colère qui accompagnait la mort d’un proche. Mais, alors qu’il avait un coupable tout trouvé pour Amber, cette fois-ci, il ne savait que penser. Il était en colère contre lui-même de n’avoir rien fait pour le sauver alors qu’il réclamait son aide. Il était aussi en colère contre les Pokémon, qui avaient agis si étrangement, et contre l’Armée, qui était responsable, d’une manière ou d’un autre, de ce comportement imprévu. Il était aussi en colère contre les autres dresseurs, qui n’avaient pas pris la peine de l’aider à fuir. Mais, surtout, il éprouvait une colère sans nom envers Red lui-même.

- Pourquoi as-tu changé ? demanda-t-il en fixant le visage méconnaissable de son ancien partenaire. Tu es devenu ce que nous détestions tant en l’être humain… mon imbécile de partenaire…
- C’est uniquement à cause de cette guerre.


Mewtwo releva la tête. Les militaires avaient profité du retrait des troupes pour récupérer les corps des victimes, mais aucun autre n’avait osé s’approcher à ce point. L’homme portait un uniforme d’officier que Mewtwo reconnut comme celui d’un Colonel. Alors qu’ils avaient remporté la bataille, il avait la mine triste et fixait Mewtwo d’un air compatissant. Ce dernier ne bougea pas d’un centimètre. Si nécessaire, il pouvait rompre les os de cet homme en un instant avec ses pouvoirs psychiques. Mais il ne semblait pas hostile, ni même armé.

- La guerre fait resurgir chez l’homme les pires penchants dont il est capable, continua-t-il en détournant la tête pour observer l’horizon. Il s’abandonne à ses pulsions et se rend coupable des pires tourments. Red s’est laissé emporter par ses péchés…
- Vous êtes tout aussi sujet à ces péchés que ne l’était Red
, répliqua Mewtwo d’un air mauvais.
- Peut-être, répondit Cornell en hochant la tête. Seulement, nous, nous ne l’avons pas voulue, cette guerre…

Il poussa un soupir et pivota pour s’en aller. Il avait à peine fait quelques pas quand il entendit Mewtwo se mettre en mouvement derrière lui.

- Pourquoi êtes-vous venus me trouver ? demanda-t-il.

Le Colonel se retourna et le jaugea du regard. Il s’était mis debout et était resté au sol. Il adressait un regard assez mystérieux au Colonel. Ce dernier hésita quelques secondes avant de se décider à lui dire la vérité.

- J’espérais, peut-être, que vous puissiez m’aider, lança-t-il en le regardant dans les yeux. Pour interrompre cette guerre à la source.

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Une fois sortis de la Tour Radio, Elodie, le Major Luther et le soldat Doyle étaient de suite retournés au Dôme Pokéathlon. Comme les forces du Général Planck étaient toujours en plein combat, les rares médecins qui patientaient au camp de base avaient de suite pu s’occuper des soigner leurs blessures. Elodie était la plus mal en point, évidemment. Elle était toujours incapable de bouger la jambe gauche, du moins de par ses muscles, et elle était couverte de coupures profondes. On les désinfecta à l’aide d’alcool sans qu’elle ne réagisse et on lui appliqua plusieurs tissus pour éviter qu’elle ne perde trop de sang. On ne pouvait hélas rien faire pour son membre inerte pour le moment, n’ayant pas le matériel nécessaire pour diagnostiquer avec précision ce qui clochait. On lui confia simplement des antidouleurs, qu’elle refusa. Elle n’en ressentait pas le besoin, et elle était désormais capable de se déplacer en utilisant ses pouvoirs accrus par la peine et la colère.
Une fois soignée, elle s’isola des autres militaires pour se rapprocher de la zone où l’on entassait les dépouilles des soldats tombés. Même s’ils étaient recouverts de draps et que la nuit était tombée, elle n’eut aucun mal à trouver le corps de Billy, et elle s’assit simplement à côté de lui, silencieuse, la mine sombre. Ni la grande quantité de mouches ni l’odeur de décomposition qui s’échappait des corps ne la dérangeaient. De loin, inquiet pour elle, le Major Luther l’observait, sans oser s’approcher. Il avait compris qu’elle avait besoin d’être seule en ce moment. Pour faire son deuil d’un ami parti trop tôt.

Finalement, alors que les forces du Général Planck revenaient, il se décida à la quitter des yeux. Il devait faire son rapport à son Supérieur. L’offensive de celui-ci n’avait été ni un succès ni un échec. Ils n’avaient certes pas regagné Doublonville, mais ils avaient tout de même fait pas mal de dommages dans les rangs ennemis, abattant un grand nombre de Chimères et quelques dresseurs. Ils étaient même parvenus à tuer deux Infirmières isolées, en les mitraillant d’obus de toute part, au point qu’elles avaient été incapables d’arrêter tous les projectiles. C’était là la preuve qu’elles n’étaient pas invincibles, même si en tuer une réclamait énormément de moyens. Eux-mêmes avaient perdu une cinquantaine de véhicules et plus de huit-cents hommes. Mais si le Colonel Patton n’avait pas signalé l’arrivée d’un grand groupe de la Charité, ils auraient franchement pu réussir à reprendre la ville aujourd’hui. Ce n’était que partie remise pour le Général, qui devait maintenant réfléchir à la meilleure manière pour se débarrasser des dernières infirmières, en limitant si possible la casse.

En apercevant le Major l’attendre devant sa tente, Planck l’accueillit les bras ouverts. Sa présence ne pouvait être qu’annonciatrice de bonnes nouvelles. Et effectivement, celles-ci dépassèrent toutes ses attentes. Non seulement leur mission était un succès, ce qui signifiait qu’ils allaient pouvoir librement communiquer avec les autres régions, mais en plus l’Ingénieure avait massacré à elle-seule un grand groupe de la Charité, en montrant des pouvoirs similaires, mais bien supérieurs, aux leurs ! Très excité par l’annonce, le Général réclama une entrevue immédiate avec la jeune femme. Mais comme le Major Luther lui donnait plus de détails, son excitation se calma. La pauvre femme avait besoin de calme encore quelques temps. Jugeant qu’elle l’avait bien mérité, mais qu’il devait tout de même la voir au plus tôt, il demanda au Major de lui dire de passer dès qu’elle se sentirait prête. Pendant ce temps, il n’aurait qu’à prendre des nouvelles des autres Généraux et passer des annonces aux habitants de Johto pour qu’ils se mettent à l’abri.

Ainsi prévenue, Elodie se contenta d’acquiescer au Major. Comme elle ne bougeait toujours pas, celui-ci se retira pour rejoindre le soldat Doyle, occupé à aider les quelques médecins débordés. Il lui fallut encore une bonne vingtaine de minutes pour finalement se relever, en s’appuyant d’abord sur la jambe droite puis en utilisant ses pouvoirs pour se déplacer. Elle avait toujours la mine attristée quand elle arriva près de la tente du Général Planck. Elle était juste derrière celle-ci, et s’apprêtait à la longer pour atteindre l’entrée quand elle entendit l’homme parler d’une voix forte. Il devait être en pleine communication avec des collègues. Elle s’arrêta, hésita quelques secondes, puis se rapprocha de la toile, pour écouter. Elle dut se concentrer pour bien comprendre ce que le correspondant du Général répondait depuis le combiné, et crût reconnaitre la voix du Général Hesse.

- Oui, je viens d’avoir ce fourbe de Prigogine, juste avant, disait le Général Planck. Il s’en sort pas trop mal à Sinnoh, et Robespierre les soutient comme il faut. On peut pas en dire autant à Kalos…
- Ouais, j’ai entendu
, parvint à comprendre Elodie depuis le dehors. Enfin, d’après Nobel, ce n’est pas si grave, et il a les mains libres pour le reste. Mais ça aurait créé des tensions dans ses rangs…
- Peu importe Kalos
, répondit Planck. Mr Darwin est bien en sécurité à Celadopole ? Vous gérez ?
- J’ai bien crû que j’allais perdre la ville il y a une heure, mais…


Elodie étouffa une exclamation et recula subitement, horrifiée, la main sur la bouche. C’était là-bas qu’Aldebert et les autres se trouvaient… Elle ne pourrait supporter de les perdre eux aussi, pas après Billy. Mais elle regretta bien vite sa petite panique, car elle n’était plus assez concentrée pour entendre ce que disait le Général Hesse. Elle respira un grand coup pour reprendre son écoute, mais il était trop tard pour avoir plus d’explications.

- Hé bien, vous l’avez échappée belle sur le coup, alors, lança fortement Planck d’un ton impressionné. Pas de victimes civiles, c’est déjà pas mal. Au moins, vous avez de quoi gérer s’ils réutilisent la même stratégie.
- Ils ne prendront pas le risque, ils ont perdu leur leader dans la réplique
, répliqua Hesse. Mais méfiez-vous de ce genre de coups…
- Ho, tu sais, on a nos propres emmerdes, à Johto,
ironisa Planck d’une voix cinglante. Ces fichues infirmières détruisent les tanks comme si c’était du carton. Mais on en a tuées deux, et avec l’Ingénieure que tu m’as envoyée, je pense qu’on pourrait reprendre l’avantage sur elles… Tu sais, Russ…
- Mademoiselle Ross ?
s’étonna Hesse tandis qu’Elodie déglutissait à son évocation. Quel est le rapport…
- C’est grâce à elle qu’on peut de nouveau communiquer
, répondit Planck. Mais elle a surtout tué des infirmières, dix, peut-être vingt… D’après le Major Luta, elle est bien plus redoutable que toutes les autres, avec des pouvoirs similaires.
- Mmmh, nous aussi, on a eu un adversaire du genre tout à l’heure… Il bloquait une grosse partie de nos tirs et détruisait nos tanks.
- Ha, il y a des infirmières aussi à Kanto ?
s’étonna Planck.
- Non, c’était un Pokémon, je crois… Je n’en avais jamais vu de pareil avant. Mais il est parti avec Cornell, de toute façon, donc…
- Qu’est-ce que le Colonel Curnell a à voir avec les infirmières ?
demanda Planck.
- Mais rien, enfin… Je ne sais pas comment il a fait, mais ils vont partir pour Argenta tous les deux. Je crois qu’ils vont essayer de s’introduire dans le Dirigeable de Higgs.
- Quoi ?!
rugit le Général. C’est insensé… Tu crois qu’ils ont une chance d’entrer ?
- Je ne sais pas, mais Mr Darwin a donné la permission de tenter… C’est parce qu’un ami du Colonel s’est déjà aventuré là-bas, une sale histoire… Je crois que le Premier Ministre l’a en grande estime, le Professeur Caul, et…


Cette fois, c’en était trop pour Elodie. Elle recula, flottant toujours à quelques centimètres du sol, une expression épouvantée sur le visage. Aldebert s’était donc aventuré jusqu’Argenta pour retrouver le Professeur Higgs ? Mais quel Rubombelle l’avait piqué ? C’était de la folie pure ! Et comment avait-il fait pour quitter la ville, alors qu’il était censé y être en sécurité en compagnie de Stephen et Patrick ? Quelles qu’en soient les raisons, il s’était mis en danger.

Mille questions lui tournaient dans la tête. Quel était le Pokémon dont Hesse venait de parler ? Etait-ce possible qu’il s’agisse de la même créature qui avait failli tuer Billy, la veille ? Comment le Colonel avait-il fait pour s’en faire un allié ? Et si c’était un piège ? Al’ était-il encore vivant ? Avait-il seulement atteint la ville d’Argenta, il était bien capable de se perdre en chemin… Et qu’en était-il des autres, Isaac, Stephen…

Elle resta encore immobiles quelques minutes avant de se décider. L’expression déterminée, elle se détourna de la tente du Général Planck. Il y avait plus urgent pour elle que de l’aider à sauver Doublonville. Aldebert était en danger. Elle devait absolument lui venir en aide. Elle s’éleva soudain plus haut de le ciel et commença à s’éloigner du campement militaire. Mais à peine atteignait-elle la limite du périmètre de celui-ci qu’elle entendit une voix l’appeler par son nom. Elle se retourna soudain et aperçut plus bas la silhouette du Major Luther.

- Où allez-vous ? demanda-t-il. Vous … vous nous abandonnez ?
- Je suis désolée, Major
, répondit-elle en se rapprochant de lui pour ne pas à devoir parler trop fort. Mais … des amis ont besoin de moi…
- Le Général Planck est au courant ?
questionna Luther en se renfrognant.
- Non, répliqua-t-elle après quelques secondes d’hésitation.

Un silence pesant s’installa. Au bout de quelques secondes, le Major poussa un grand soupir et se détourna de l’Ingénieure.

- Alors soyez plus discrète, mademoiselle Ross, lança-t-il. Et bonne chance.

Elodie cligna des yeux, surprise, et lui adressa un sourire qu’il ne pouvait voir de dos. Puis, sans plus tarder, elle reprit sa route vers l’est, en direction d’Argenta. La ville avait beau être dans une autre région, elle ne se trouvait pas si loin de sa position actuelle. Et surtout, elle volait plutôt rapidement. Le trajet durerait certainement quelques heures, tout au plus.

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Le Professeur Caul était assis sur un confortable siège que lui avait apporté Amos, le Noctunoir. Son propre Pokémon, Chapignon, se tenait droit debout, les bras croisés, juste derrière lui, observant le Spectre avec un air méfiant. Aldebert, quant à lui, était extrêmement concentré sur un plateau d’échec. La partie avait commencé plus de 7 heures auparavant, et pourtant il n’avait perdu que quelques rares pièces, tout comme son adversaire. Ils jouaient tous les deux très lentement, pouvant réfléchir jusque vingt minutes avant de déplacer ne serait-ce qu’un Pion d’une case, comme s’ils envisageaient toutes les possibilités directes, et bien au-delà.

Le Professeur Higgs, quant à lui, lui faisait face dans son propre siège, les doigts croisés devant sa bouche et les coudes posés sur les appuie-bras. Il restait silencieux et observait son adversaire sous toutes ses coutures. Une large vitre le séparait de son vieil ami. Chapignon s’était montré incapable de la briser lorsqu’ils étaient arrivés et, au bout de plusieurs tentatives pour l’atteindre, il leur avait simplement proposé une partie d’échecs, « comme au bon vieux temps ». Il restait en sécurité, intouchable derrière le verre incassable, il se contentait de donner ses directions à Amos pour qu’il déplace les pièces à sa place.

Il s’était attendu à pouvoir discuter librement avec Aldebert. Pourtant, le vieillard était presque resté muet pendant toute la partie. Il avait bien tenté de lui parler du Paradis qui était en construction, mais Aldebert était resté de marbre, dans un mutisme presque religieux. Higgs ne voulait pas le brusquer et, après quelques tentatives pour entamer la discussion, il avait fini par abandonner. S’il voulait pouvoir lui parler, il devait le laisser commencer, peu importe le temps que cela prendrait. Et la partie d’échecs lui semblait la meilleure solution pour le débloquer dans son aphasie.

Tout autour du Professeur Higgs, d’innombrables écrans lui donnaient des informations sur les évènements du monde. Il savait ainsi que les forces d’Unys étaient sur le point de faire tomber le Ministre Faraday, après avoir biaisé le Général Eysenck qui avait baissé sa garde. Il savait aussi que la jeune Robespierre s’en sortait mieux que prévue à Sinnoh, et que la résistance des citoyens d’Hoenn était plus forte que ce qu’il n’avait imaginé. Il était aussi au courant de la mort de Red et de la trahison apparente de Mewtwo. Mais peu importe. Il n’accordait pas tant d’importance à ses péripéties, qui seraient vite réglées de toute façon. Seul lui importait le Professeur Aldebert Caul.

Mais, surtout, derrière le Professeur Higgs, Aldebert pouvait observer une étrange colonne de métal qui devait faire 5 ou 6 mètre, s’élevant jusqu’au plafond du Dirigeable. Plusieurs mécanismes étranges étaient rattachés à sa base, lui donnant l’aspect d’une fleur retournée, des machines dont le Professeur Caul ne pouvait qu’imaginer l’utilité. Un léger son s’échappait de l’ensemble, régulièrement, comme un cœur qui bat lentement.

Quand enfin Aldebert déplaça sa Tour, le Professeur releva un sourcil. L’une de ses hypothèses tendait à se confirmer. Cette fois-ci, prompt à la tester, il donna immédiatement son ordre à Amos.

- Pion en C4, clama-t-il alors qu’Aldebert finissait tout juste de lâcher sa Tour.

Le Professeur Caul releva la tête, un peu surpris, pour observer Higgs. Il tentait de fuir son regard depuis quelques heures, comme par peur de ce que ce dernier pourrait lui dire. Mais le dernier mouvement du Professeur était des plus intrigants. Effectivement, ainsi positionné, Aldebert avait pas moins de 7 possibilités pour prendre le Pion en question. Mais, au contraire, Higgs, lui, n’avait aucune solution pour reprendre la pièce assassine en retour. Il se mit alors à étudier les différentes solutions qui se présentaient à lui. Il y avait bien un Fou qui ne serait plus en sécurité s’il décidait de prendre le Pion avec son Cavalier, mais c’était tout. Aldebert avait rarement vu une situation si tranquille dans une partie d’échec, et encore moins face à Oscha. Prendre le Pion, tant que c’était avec autre chose que son Cavalier, était parfaitement sans danger.

Mais cela n’arrangeait pas pour autant Aldebert qui se mit à réfléchir plus loin. Il en vint à imaginer les coups qui pouvaient suivre par la suite, avec toutes les possibilités qui lui venaient en tête. Au bout de pas moins de trente minutes, il ne comprenait toujours pas où Higgs voulait en venir en plaçant son Pion ainsi. Il soupira en se redressant dans son siège, puis déplaça un autre Pion, à l’extrémité du plateau. Sans aucune incidence sur celui du Professeur Higgs.

En voyant ce déplacement, Higgs sourit légèrement. Il avait correctement cerné son ami. Aldebert ne cherchait pas nécessairement à gagner la partie, mais plutôt à gagner du temps. Il avait eu beaucoup d’occasion de prendre des pièces, mais ne s’était décidé que pour protéger les siennes. Il voulait faire durer la partie au maximum, comme s’il était stressé par ce qui arriverait une fois celle-ci terminée. Mais il ne pourrait retarder les plans de Dieu éternellement. Et il finirait par craquer une fois que la pression serait trop grande. Alors autant la lui mettre au maximum à partir de maintenant. Pour enfin lui dire ce qu’il voulait.

Posté à 23h38 le 15/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Moment de la Rage (4/4)



La Colonelle Irène Klein était l’une des rares femmes à être parvenues si haut dans l’Armée mondiale. Si rien ne l’avait jamais interdit, les militaires étaient, pour la plupart, des hommes. On retrouvait cependant de temps à autre quelques grandes figures féminines au sein de l’Armée, et Irène comptait bien en faire partie un jour, visant le grade de Générale. Une grande ambition, qui lui avait toujours permis de saisir les occasions, sans hésitation. En cette journée, elle s’était illustrée pour avoir tenu avec ses hommes face à plusieurs dresseurs en combinaison, parvenant à les retarder assez longtemps et à limiter la casse le temps que le plan du Général Nobel n’aboutisse enfin. Elle avait été blessée au bras, mais s’était elle-même enroulé ce dernier dans des bandages après l’avoir désinfecté avec une bouteille d’alcool qu’elle avait trouvée dans les restes d’un café.

Les dégâts étaient lourds, très lourds. La rue Méridionale était sans-dessus-dessous, et l’Avenue Thermidor complètement dévastée. Mais cela aurait largement pu être pire. Brillante tacticienne, elle était parvenue à maintenir ses positions pour empêcher les ennemis de déborder. Le Major Byron, d’ordinaire sous ses ordres, avait été soulagé de la voir revenir en vie. Elle était restée plus longtemps que ce qu’ils n’avaient prévu et les différents messages d’autres unités militaires laissaient sous-entendre le pire. Mais finalement, Irène Klein ne s’en sortait pas trop mal.
Elle était en train de descendre en toute hâte au premier étage de la Tour Prismatique. Elle revenait à l’instant du bureau du Ministre Descartes. Le Général Nobel lui avait demandé de faire un rapport de la situation au Premier, mais elle avait retrouvé ce dernier en train de picoler, avachi sur son bureau. Elle avait bien commencé à lui expliquer la situation, mais lorsque Descartes s’était exprimé, c’était uniquement pour lui faire une remarque déplacée. Elle lui avait alors frappé la tête contre son propre bureau avant de sortir de la pièce. Elle avait un rire nerveux à l’idée que le Général l’avait envoyée elle en pensant justement que s’il y allait lui, il risquait fort de le frapper. Mais elle n’avait pas non plus envie de raconter à Nobel ce qu’il s’était passé, préférant éviter les réprimandes qui risquaient bien vite d’arriver, maintenant...

Lorsqu’elle arriva dans la pièce où le Général avait dressé une carte de Kalos, elle remarqua immédiatement que le Colonel Von Stradonitz et l’informaticien venu de Kanto étaient de retour. Le Général était en train de les féliciter avec beaucoup d’enthousiasme. Elle soupira, se disant que c’était justement l‘occasion de ne parler de ce qu’il s’était passé en haut, puis les rejoignit.

- Les dirigeables ont fait demi-tour, lança le Général Nobel, enflammé. La perte de leurs hommes sous combinaison a dû les effrayer !
- Oui, enfin, il en reste encore un
, fit remarquer le Major Byron, qui, au contraire, semblait plutôt réservé.
- Oui, évidemment, c’est celui d’où vous veniez, concéda le militaire en se grattant la barbe. Je voulais être sûr que vous reveniez avant de lancer les manœuvres pour l’abattre. Il est resté en vol stationnaire depuis pas mal de temps, je suppose que le pilote n’était pas capable de le faire bouger ?
- A vrai dire, il n’y avait pas de pilote
, répondit Isaac, soudain intrigué. On en a croisé aucun, ni aucun module de commande, je crois…
- Mais de toute manière, on n’en a laissé aucun de capable de manier l’engin !
s’exclama Von Stradonitz sous le ton de la plaisanterie.
- Et bien, nous allons réfléchir à ce que nous allons faire, maintenant que les forces ennemies reculent, continua le Général. Mr Holley, pour votre implication dans le sauvetage de la Région et au nom de toute l’Armée, je vous remercie !

Il serra la main de l’informaticien, qui regretta vite d’avoir retiré sa combinaison, tant il avait de la poigne. Isaac adressa néanmoins un sourire aux militaires et à tous ses officiers présents. Quelques-uns affichaient certes une mine grave, comme le Major Byron, mais d’autres paraissaient plus optimistes que jamais.

- Si le Colonel Von Stradonitz n’est pas trop blessé, peut-être pourra-t-il vous ramener à Hesse et Cornell ? lança le Général au Chef de la Brigade Aérienne.
- Mais oui, ça va, répondit ce dernier avec un grand sourire qui lui causa tout de même une vilaine douleur à la mâchoire. Je pourrai faire encore des heures de trajets sur Roucarnage, et le tout, avec des pirouettes !
- D’ailleurs, le Colonel Cornell a essayé de nous contacter pour avoir de vos nouvelles
, se rappela soudain Nobel en claquant des doigts. Ça avait l’air assez urgent, surement a-t-il lui aussi besoin de votre précieuse aide !
- Ha,
s’exclama Isaac en perdant son sourire, pris d’un mauvais pressentiment. Vous pouvez l’appeler pour moi ?
- Bien sûr, Major Byron, lancez la communication avec Kanto pour Mr Holley.
- Bien, mon Général !


Même s’il avait l’air de ronchonner un peu, le Major s’exécuta sans protester. Il fit signe à l’informaticien de le suivre à une table où divers appareils de communications avaient été installés. Des téléphones sécurisés, spécialement conçus par l’Armée pour éviter d’être intercepté, et qui garantissaient une communication discrète, à moins d’être perturbée par des signaux trop puissants comme ceux de la Tour Radio de Doublonville. Un dispositif qui adoptait un design assez spécial, puisqu’il rappelait les vieux téléphones à roulette d’antan. Le Major introduisit le code d’entrée de ce téléphone via la roulette et lança l’appel en introduisant le code du téléphone de Kanto. Isaac le remercia, mais il n’eut pas de réponse du militaire qui s’éloignait déjà pour retourner vers les autres. Pour le Major, comme pour d’autres, les pertes à Illumis avaient été beaucoup trop grandes pour venir à bout d’une poignée d’hommes. Ils ne se rendaient pas encore compte à quel point cette victoire pouvait influencer la tournure des évènements. Mais Isaac ne lui en tenait pas rigueur. Il n’avait qu’une envie, c’était de rejoindre les autres.

- Ministre et Colonel Cornell, qui me demande ? lança une voix dans le combiné.
- Colonel, c’est moi, Isaac, répondit-il. Il y a quelque chose d’urgent pour moi ?
- Ha, Holley, vous allez bien !
s’exclama la voix légèrement déformée du Ministre. Le ciel soit loué, j’ai cru comprendre que votre mission était un succès ?
- Oui, le Général Nobel n’a plus besoin de moi
, répondit Isaac. Von Stradonitz va me ramener à Kanto, sauf si vous avez besoin de moi autre part… C’est bien pour ça que vous vouliez me parler, pas vrai ?
- Pas exactement,
répondit le Colonel Cornell après quelques secondes de silence. Isaac, écoutez-moi… Le Professeur Caul, Mr Shelley et Mr Stearns ont dérobé un hélicoptère de l’Armée.
- QUOI ?
s’exclama l’informaticien, attirant les regards des militaires vers lui. Mais … pourquoi ?
- Isaac, ce que je m’apprête à dire est censé rester secret et…
- Dites-moi juste où Al et les autres sont partis !
- … D’après l’Agent Beladonis, ils voulaient rejoindre le Dirigeable du Professeur Higgs, vers Argenta, afin de l’arrêter… Mais c’est du suicide, même l’Arm…


Isaac n’en attendait pas plus. Il venait de lâcher le combiné et se dirigeait vers la sortie, faisant signe à Von Stradonitz de le suivre. Le Colonel s’excusa auprès de ses collègues et le suivit, intrigués par sa mauvaise humeur manifeste. On aurait dit qu’il allait tuer quelqu’un. Le Général fit signe à ses officiers de les suivre, se disant qu’ils méritaient tous les deux un au-revoir digne de leur exploit, mais Isaac ne leur accordait déjà plus d’attention. Il aida le Colonel à grimper sur son Roucarnage et s’éleva vers le ciel sans attendre.

- Hé bien, quel curieux personnage, soupira le Général en se grattant la barbe. Au moins, grâce à lui, on peut lancer la riposte sans trop de crainte…
- Mon Général,
s’exclama la Colonelle Klein en pointant le ciel du doigt. Est-ce que je me trompe ou bien… est-ce que le dirigeable s’est remis en route ?
- Parbleu, mais vous avez raison…
répondit Nobel en plissant les yeux. Mais enfin, que fait-il… Il ne va quand même pas…

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A l’intérieur du Dirigeable, le Professeur Xanthin se relevait péniblement. Sa combinaison avait été diablement endommagée, il n’en avait pas pris assez soin lors de son combat final contre le vrai Holley. L’informaticien lui avait retiré son casque, mais il le laissa par terre, le temps de reprendre ses esprits. Autour de lui, une grosse partie de ses machines étaient endommagées. Son écran qui lui permettait de surveiller l’état de ses hommes n’affichait plus rien. Il soupira, démoralisé. Il avait encore perdu, et contre la même personne. Il y avait de quoi enrager.

Il fit quelques pas maladroit, se retenant de justesse de tomber. Quelque chose clochait. Le dirigeable s’était remis en route. Il avança prudemment jusqu’à une fenêtre pour observer ce qu’il se passait, afin de mieux comprendre la situation. Il eut un petit sourire en voyant qu’il survolait une ville en partie détruite. Les décombres étaient encore fumantes par endroit. Surtout de la place Rose, à vrai dire, et il eut un pincement au cœur en repensant que c’était là que ces créations avaient été détruites… Puis il redressa la tête et se figea, interdit. Quand il comprit que ce n’était pas une illusion ou un rêve, il fit un pas en arrière, l’air effrayé, laissant s’échapper un glapissement.

Il se dirigeait tout droit vers la tour Prismatique. Le choc que cela allait entrainer risquait de produire des étincelles, qui, à leur tour, provoqueraient l’embrasement et l’explosion du dirigeable. En d’autres termes, ils fonçaient droit vers la mort. Et il ne pouvait rien y faire. Le pilotage du Dirigeable se faisait à distance, depuis un unique centre de Commande qui déplaçait à sa guise tous les véhicules de guerre. Et la seule personne à y avoir accès, c’était le Professeur Higgs.

L’impact était pour dans quelques minutes, voir quelques secondes. Le Professeur Xanthin se mit à courir vers la piste de décollage. C’était son unique chance d’échapper au sort qu’on lui réservait, maintenant qu’il avait échoué à sa mission. Les larmes lui montaient aux yeux en repensant aux belles paroles du Professeur Higgs. Xanthin avait cru qu’il était un privilégié, l’un des puissants de cette Guerre. Et pourtant, il allait être sacrifié, comme un vulgaire Pion, pour prendre la vie du Ministre de Kalos.

Lorsqu’il atteignit la piste, son regard alla de gauche à droite, paniqué. Il ne savait pas ce qu’il cherchait, un parachute, un Pokémon, quelque chose. Quand, soudain, la déflagration qu’il redoutait le poussa en avant, l’obligeant à faire une chute de plus de 300 mètres. Même en portant sa combinaison, sa plus belle création, il ne pourrait survivre à un tel choc. Mais, de toute façon, le souffle de l’explosion l’avait déjà sonné à nouveau.

Le Premier Ministre Descarte n’eut pas le temps de voir le Dirigeable venir. Il se remettait à peine du coup donné par la Colonelle et s’épongeait le nez en sang avec des papiers officiels, toujours sous l’emprise de l’alcool, quand l’explosion l’emporta, détruisant au passage son bureau et entamant l’incendie de la Tour Prismatique.

- Ha, bha zut alors ! s’exclama le Général Nobel en cachant très mal son désintérêt quant à la mort du Premier. C’est vraiment pas de chance !

Le Major Byron le fusilla du regard. Mais quand il entendit la Colonelle prendre exactement le même ton, il lui adressa un regard surpris. Remarquant son étonnement, elle lui assura de tout lui expliquer plus tard. Pour elle, c’était la garantie de ne pas avoir de problème. Pouvait-elle vraiment se plaindre de cette mort ?

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Le professeur Higgs poussa un grand soupir. Sur un écran, il venait d’assister au sacrifice d’un de ses dirigeables sur la Tour Prismatique. Ce n’était pas seulement la tête d’un Ministre qu’il venait de prendre, mais tout un symbole. Peut-être cela impacterait-il le moral des troupes ? Ses forces de Kalos en auraient grand besoin après cet échec du Professeur Xanthin. Il avait reposé beaucoup d’espoir quant aux performances des combinaisons Booster. Beaucoup de bruits et d’investissements pour pas grand-chose, au final. Il n’avait même pas pris la peine de rentrer en communication avec lui.

Pourtant, c’était une chose courante pour lui, d’habitude, d’adresser un dernier remerciement à ses collaborateurs. Après tout, même si cela avait été moins performant que prévu, Xanthin s’était donné corps et âme dans cette guerre. Dans d’autres circonstances, surement l’aurait-il appelé via un écran ou l’autre.
Mais voilà. En ce moment-même, à l’abri à l’intérieur de son propre dirigeable, le Professeur Higgs était assis dans son siège en cuir blanc, la tête reposant au-dessus de ses deux mains croisées. L’écran d’Illumis ne l’intéressait déjà plus. Ni aucune nouvelle de nulle part ailleurs. Seul lui importait ce vieil homme qui se tenait face à lui, debout, de l’autre côté d’une vitre supposée incassable. Ce vieillard qui le regardait avec un visage qui mêlait à la fois une certaine confiance en soi, mais aussi une vive colère.

- Je suis heureux de te revoir après tant d’années, lança finalement le Professeur Higgs pour rompre le silence. Mon très cher Aldebert…

Posté à 23h33 le 15/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Moment de la Rage (3/4)



Suite à un manque de carburant, Stephen avait été forcé d’atterrir en bordure de la Forêt de Jade. Le trio avait alors abandonné l’hélicoptère volé derrière eux, loin des sentiers habituels, à l’écart de la civilisation. Les lieux étaient particulièrement calmes, sans la moindre présence humaine, hormis eux trois. Malgré l’âge avancé d’Aldebert et de Stephen, ils commencèrent alors à marcher en direction d’Argenta. Selon Kate, c’était vers cette ville que semblait se déplacer le Dirigeable du Professeur Higgs. Durant le trajet, aucun des trois hommes ne prit la parole. Stephen était toujours d’une humeur massacrante, tandis que Patrick paraissait plutôt stressé à l’idée de courir vers leur ennemi sans équipement approprié. Aldebert enfin, au contraire, semblait plutôt perdu dans ses pensées, observant le paysage d’un regard distrait et manquant plusieurs fois de trébucher. Stephen en vint même à se demander si le Professeur Caul n’avait pas pris une dose de spores pour se donner du courage, mais si c’était le cas, il avait dû être très discret. Mais comme il ne Lui parlait pas, il chassa cette idée de ses pensées.

Finalement, Patrick s’arrêta, le visage blême, pointant son doigt devant lui. Ils apercevaient enfin Argenta. Ou plutôt, ce qu’il en restait. La ville était en feu, les flammes ravageant les bâtiments sans en épargner aucun. Les maisons s’écroulaient dans de grands fracas qu’ils entendaient déjà depuis quelques centaines de mètres. Dans le ciel, recouvrant la ville de son ombre écrasante, un gigantesque Dirigeable flottait presque tranquillement, larguant par moment l’une ou l’autre bombe. Mais le plus effrayant restait les innombrables Genesect, qui voltigeaient tout autour de l’aéronef géant, tel un essaim d’abeilles protégeant leur Reine gigantesque. Ainsi enveloppé de cette aura vivante, dont s’échappait parfois un Pokémon pour prendre quelqu’un en chasse, ce véhicule était sans conteste l’un des pires cauchemars des 5 Etats. Une telle menace que l’Armée n’avait, pour le moment, aucune idée de comment faire pour l’abattre sans perdre un nombre colossale d’hommes et de matériel dans la bataille. Tout cela dans le seul but de vaincre un seul homme. Car c’était bien dans cette machine infernale que se trouvait, toujours selon Kate, le leader des forces ennemies. Le Professeur Oscha Higgs.

Son dirigeable pointait dans leur direction. De toute évidence, il allait survoler la forêt pour se diriger vers Jadielle, cette ville où Aldebert et lui s’étaient rencontrés pour la première fois. Et, très certainement, elle allait subir le même sort que sa voisine Argenta, tout comme Azuria avant. Puis ce serait le tour de Bourg-Palette, à moins qu’il ne se dirige vers le Mont Argenté et Johto. Mais Aldebert était bien décidé à l’en empêcher.

Cependant, si sa détermination restait sans faille, la vue de la ville en feu et à sang et de l’Essaim de Genesect l’avait un peu refroidi. Le vieillard déglutit en observant minutieusement le paysage. Il entendait son ami écrivain grogner à côté de lui. Ce dernier observait comment les Pokémon robotiques fonçaient dans les quelques derniers habitants qui tentaient désespérément de fuir. Ils tiraient sans arrêt, jusqu’à toucher leur cible, puis partaient l’achever de leurs griffes si elle avait survécu à l’impact. Ils ne comptaient laisser aucun survivant derrière eux.

- Bon… qu’est-ce qu’on fait ? demanda Patrick, pas très rassuré, en posant les mains sur le haut de son bassin. C’est … C’est quoi le plan maintenant ?
- J’ai comme dans l’idée que le plan est un peu compromis
, ronchonna Stephen.
- Attendez… vous ne pensiez quand même pas courir bêtement dans le tas et entrer dans le dirigeable ? protesta l’Informaticien en écarquillant les yeux, offusqué. Vous avez écouté quand Kate nous a fait son rapport ?!
- Oui bah, on pensait pas que ce serait à ce point-là !
répliqua sèchement l’écrivain en détournant le regard.
- Je vais l’attendre ici, dit alors simplement Aldebert dans un souffle, sans les regarder.
- Je te demande pardon ? s’exclama Stephen avec de grands yeux. Al’, c’est hors de question, ces créatures vont te tuer en l’espace de quelques secondes !
- Elles ne le feront pas
, affirma Caul, l’attention toujours posée sur Argenta. C’est lui qui les dirige, qui les a conçus. Il ne voudra pas me tuer. Pas avant de m’avoir parlé.
- Professeur Caul, outre tout le respect que je vous dois, nous parlons de l’enfoiré qui menace toute la population humaine !
s’écria Patrick Stearns, l’air récalcitrant. Vous allez vous faire tailler en pièce !
- C’est surement ce qu’il fera, à terme, effectivement
, répondit Aldebert en se mordant les lèvres, loin d’être enchanté à l’idée évoquée. Mais je connais Higgs. Je sais qu’il voudra me parler avant de me tuer. Et c’est à ce moment-là que je pourrai en profiter.
- Mais enfin, Al’, c’est insensé !
s’écria Stephen avec de grands gestes. Nous sommes venus ensemble, on va bien trouver une autre solut…

Il s’interrompit soudainement. Des Genesect venaient de s’éloigner du dirigeable qui avait soudainement accéléré dans leur direction. Et ces Pokémon, s’ils semblaient rester à une certaine distance du véhicule, se déplaçait inéluctablement vers eux.

Laissant s’échapper une exclamation paniquée, Patrick fit un pas en arrière, l’air effrayé. L’écrivain, lui aussi, avait tronqué son air grognon pour marquer sa soudaine inquiétude. Même s’il était persuadé qu’ils ne lui feraient aucun mal, Aldebert n’était pas très rassuré et hésita l’espace de quelques secondes. Puis il poussa un grand soupir et se retourna vers ses deux amis.

- Qu’est-ce que vous attendez ? s’écria-t-il, énervé. Courrez ! Ils n’ont aucune raison de vous épargner, vous !
- Al’…
- PARTEZ !
leur ordonna le vieux scientifique en hurlant.

Il n’en fallut pas plus pour que Patrick fasse volte-face, obéissant au Professeur Caul sans rechigner. Stephen Shelley, par contre, resta quelques secondes sur place, pris au dépourvu. Il n’avait aucune envie d’abandonner son dernier ami, pas après la perte de Dorothéa. Mais, au fond de lui, il avait une confiance sans borne en Aldebert. Si celui-ci affirmait qu’il ne lui serait rien fait, alors, il devait lui obéir. Serrant les poings, le vieil écrivain imita son cadet et, malgré le poids des années, boosté par l’adrénaline, il se mit à courir aussi bien que son corps le lui permettait.

Stephen ne cessait de jeter des coups d’œil en arrière. Aldebert n’était déjà plus qu’une silhouette dont les Genesect se rapprochaient dangereusement. Il ne pourrait pas voir ce qu’il lui arriverait cependant, et il devait se concentrer sur sa propre fuite. Devant lui, Stearns avait quelques dizaines de mètres d’avance, et il sentait que son âge ne jouait pas en sa faveur. Décidant qu’il avait trop couru, il s’arrêta quelques secondes, le temps d’invoquer son Ursaring. L’immense Pokémon, qui était bien plus grand que ses congénères, l’attrapa dans ses bras et leur escapade se poursuivit sous les encouragements de l’écrivain. Il ne fallut pas longtemps pour que la Bête de Vestigion ne rattrape Patrick qui, inspiré, en appela à son propre Airmure.

Les deux Pokémon filaient vers l’hélicoptère, qui restait à l’écart de la forêt. Si le dirigeable se contentait de traverser l’étendue d’arbres, alors ils pouvaient espérer y être à l’abri. Cependant, des bruits derrière eux attirèrent bien vite leur attention. Deux Genesect s’étaient lancés à leur poursuite. Ils filaient à une vitesse ahurissante, bien plus grande que celle d’Ursaring ou Airmure, et gagnaient du terrain de seconde en seconde. Soudain, l’un d’eux tira un puissant coup de TechnoBuster, percutant Ursaring dans le dos. Le Pokémon chancela, mais parvint à éviter la chute et, malgré la douleur, continua sa course.

- Et merde, cria Stephen, qui avait bien cru qu’il allait finir écrasé sous le poids de son Pokémon. Ça va, Ursaring ?
- Je crois qu’ils ralentissent !
s’écria Patrick, pas loin de lui, avec une expression réjouie.
- Vraiment ?

L’écrivain se risqua à sortir la tête pour regarder derrière lui. Leurs poursuivants étaient toujours visibles, mais ils paraissaient effectivement s’enrayer dans leur course, jusqu’au moment où ils freinèrent subitement, comme pour éviter de passer outre un certain périmètre invisible. L’écrivain poussa un rire de soulagement, rassuré de voir la menace abandonner si vite après avoir failli tout de même y laisser la vie.

- Ils ont dû être programmés pour ne pas s’éloigner de trop loin du Dirigeable, lança Patrick. On va pouvoir se mettre à l’abr…

Soudain, un faisceau de lumière vive caractéristique des TechnoBuster des Genesect illumina la vision de Stephen. Le tir frappa de plein fouet Airmure et son maitre, qui poussèrent des cris mêlant surprise et douleur. Puis le corps de Patrick retomba par terre, ses membres formant des angles improbables, visiblement inconscient. Son Pokémon s’écrasa de la même manière peu de temps après, à quelques mètres. Effaré, Stephen cria le nom de l’informaticien et ordonna à son Pokémon de s’arrêter. Ils devaient l’emmener avec eux ! Ils devaient le sauver ! Mais Ursaring refusa, faisant la sourde oreille, malgré les protestations de l’écrivain. S’arrêter maintenant était bien trop dangereux, d’autant qu’ils n’étaient pas assez éloignés pour éviter les tirs des opposants. Et puis, en vue de l’horrible douleur qu’il avait lui-même encaissée, il était certainement trop tard pour le pauvre Patrick.

Shelley hurla encore quelques fois le nom de l’informaticien, son regard fixé sur son cadavre, priant pour qu’il finisse par se relever, tentant vainement de s’extirper des bras d’Ursaring, qui le maintenait sans céder. Mais le corps ne bougea pas d’un centimètre. Il resta par terre et, tout comme Aldebert, finit par disparaitre de son champ de vision. Alors, à nouveau, Stephen Shelley sentit une énorme détresse s’emparer de lui. Il avait côtoyé l’informaticien tous les jours pendant trois ans, s’était lié d’amitié avec lui. Ils étaient devenus complices, malgré leurs disputes sur des sujets stupides. Et qu’en était-il d’Aldebert ? Lui aussi avait disparu de sa vue. Mais lui, pourrait-il un jour le revoir … ?

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L’équipe du Major Luther continuait d’avancer dans la Tour Radio. Cependant, s’ils avaient tout fait pour rester discrets au départ, ils avançaient maintenant d’un pas pressé. Ils avaient laissé derrière eux Quesnay et son Steelix, afin de retarder le Dr Vygotsky et Pandora. Elodie était dans un état alarmant. Pleurnichant toujours, elle était soutenue par Billy et le soldat Doyle. Sa jambe gauche refusait d’obéir aux ordres de son cerveau, et la présence du psychologue à l’étage du dessous continuait de la perturber. Le Major Campbell était particulièrement inquiet. Il ne cessait de lui parler pour essayer de la rassurer.

Arrivés au cinquième étage, le Major Luther avait tout de même ordonné aux Pokémon encore en forme de s’en prendre aux différentes machines. A la base, ils étaient juste censés les saboter pour pouvoir s’en servir eux même s’ils reprenaient la ville. Mais en vue de la situation actuelle, les plans se devaient de changer. Elodie était incapable de saboter quoique ce soit dans son état. Alors, quitte à être venus jusqu’ici pour mourir, autant provoquer un maximum de dégâts pour délivrer l’Etat de Jotho du piratage radio, quitte à attirer tout le monde vers eux. De toute façon, Quesnay et son Steelix faisaient un tel raffut plus bas qu’ils pouvaient tout de même passer inaperçus, avec un peu de chance. Ainsi Noarfang, Arbok, Lougaroc et même Métamorph se donnèrent à cœur joie de détruire rapidement les engins de communication présents. Derrière eux, le Smogo du Lieutenant Horowitz lançait à intervalle régulier un coup de Brouillard, afin de rendre la progression de leurs poursuivants plus difficile.

Le cinquième étage était le plus haut de la Tour Radio. Il allait maintenant falloir redescendre rapidement. D’autres escaliers donnaient sur le quatrième étage, mais à une partie qui n’avait pas encore reçu leur visite et qui était inaccessible directement depuis l’endroit d’où ils venaient. Ils pourraient ensuite redescendre jusqu’au rez-de-chaussée et espérer s’enfuir. Mais une telle perspective restait, cependant, très peu plausible.

Dans la tête du Major Luther, c’était bien simple. Ils allaient tous mourir ici. Il estimait leurs chances de survie inférieure à un pourcent. Il aurait pu abandonner, se laisser tuer, ou même s’enfuir sur le dos de son Noarfang. Mais ce n’était pas le genre du militaire, ni d’aucun de ses hommes d’ailleurs. De plus, il savait que d’autres machines se trouvaient encore au quatrième et même au troisième. Alors, autant tenter le tout pour le tout.

Faisant signe à son équipe de le suivre à travers le cinquième, il leur lança des encouragements. Ce n’était pas grand-chose, mais il n’y avait pas rien d’autre à faire. Il désignait les machines qui lui paraissaient suspectes afin que les Pokémon ou les militaires qui avaient les bras libres s’en chargent. L’opération sabotage était devenue l’opération « tout casser ». Une simplicité qui faisait du bien et permettait à Brecht et Horowitz de se défouler un peu après la perte de plusieurs camarades.

Arrivés devant l’escalier, il envoya rapidement Noarfang en éclaireur et pressa les autres à s’engouffrer dedans. Voyant que l’Ingénieure était toujours en larme, il déglutit.

- Major Campbell, lança-t-il à Billy d’une voix embarrassée. Comment va-t-elle ?
- A votre avis ?
répliqua-t-il sèchement. Elle n’arrive plus à bouger la jambe, et elle saigne de partout, ça vous donne un indice ?
- Peut-être… Peut-être devriez-vous …
commença Luther, l’air gêné en baissant sa tête parsemée de bandages.
- Vous vous foutez de moi ? s’écria le Major Campbell, indigné. Je ne l’abandonnerai pas dans cette merde !
- Vous m’avez mal compris… Avec votre Métamorph, vous pouvez peut-être tenter de vous enfuir tous les deux. Dans cet état, vous n’êtes plus utiles pour la mission et …


Il s’apprêtait à ajouter qu’ils risquaient même de les ralentir tout en empêchant Doyle d’aider les autres, mais il s’arrêta à temps. Il n’était pas toujours bon d’être trop franc, surtout quand la situation était à la panique générale. Néanmoins, cet instant d’hésitation suffit à Billy pour qu’il comprenne où il voulait en venir. Il adressa un signe à Doyle, et celui-ci l’aida à placer Elodie sur le dos du Major Campbell, ses bras autour de son cou. Celle-ci continuait d’haleter en sanglotant. Son porteur adressa alors un regard de défis à son confrère et dégagea le passage pour fermer la marche.

- Ne vous souciez plus de nous deux, lança-t-il, l’air bougon. On vous suit, mais n’essayez pas de nous sauver si on était en danger. Souciez-vous plutôt de votre équipe.

Luther resta quelques secondes à fixer le Major Campbell puis, prenant Doyle par l’épaule, il commença à dévaler les escaliers pour rejoindre son Lieutenant et le soldat Brecht. Plus lent et d’un pas plus prudent, Campbell et Ross suivaient. Luther n’avait aucune envie de les abandonner, même s’ils ne les avaient rencontrés qu’aujourd’hui. Leur complicité et l’inquiétude du Major pour cette femme le touchaient, lui qui pourtant était un militaire endurci. Mais malgré tout, son pessimisme face aux aboutissements de la mission restait plus fort que le reste.

Arrivés à la seconde partie du quatrième, à peu près à la moitié de la première salle, trois dresseurs qui étaient manifestement à leur recherche ouvrirent la porte. Sans prendre le temps de leur parler, le Lieutenant Horowitz, qui était devant, ordonna à Smogo d’expulser du Brouillard dans toute la pièce. Puis, sans hésitation, le Major Luther fit quelques pas en arrière pour pousser le Major Campbell sur le côté, là où s’étaient rapidement réfugiés le reste des soldats, entrainés à une telle manœuvre. Tout comme plus haut, ils profitèrent de différentes machines pour se cacher derrière si bien que, lorsqu’un Togekiss balaya le Brouillard en agitant ses ailes, ils avaient tous disparus des yeux de leurs ennemis.

Les trois dresseurs, étonnés, poussèrent des jurons en ne voyant pas leurs cibles, tournant la tête dans tous les sens. Malheureusement, le bruit des hoquets d’Elodie trahit rapidement leur position et ils entendaient depuis leur cachette le pas lourd d‘un Pokémon se rapprocher d’eux en grognant. Noarfang s’en échappa et attaqua ce dernier par surprise au niveau du visage, enfonçant ses serres dans ses yeux. Sa victime, un Mackogneur, cria de douleur en essayant avec ses quatre bras d’attraper son agresseur, en vain. Noarfang fit alors exprès de faire du bruit afin d’attirer vers lui le Pokémon en colère, malgré les protestations de son propriétaire.

Brecht et Doyle profitèrent alors de la distraction du Pokémon du Major pour envoyer Lougaroc et un Cochignon pour combattre le Togekiss. Mais c’est un Démolosse qui les arrêta, soufflant sur eux un jet de flammes brûlantes. Le Pokémon Vol, quant à lui, fonçait vers leur cachette pour s’en prendre aux militaires directement, mais Smogo et Arbok l’interceptèrent à temps et un combat entre eux trois débuta.

La situation n’était pas encore trop ingérable. Les dresseurs étaient en infériorité numérique, et si leurs Pokémon semblaient plus puissants que les leurs, le Lieutenant et les soldats étaient sur le point de se jeter sur eux avec leurs couteaux de combat, afin d’arrêter au plus vite l’affrontement. De plus, ils profitaient même de la colère du Mackogneur aveugle pour détruire des machines, puisque Noarfang y attirait le Pokémon qui frappait au hasard. Mais ce qui inquiétait vraiment le Major Luther, c’était le temps, dont ils manquaient cruellement. Des renforts pouvaient surgir à tout moment, et s’il s’agissait d’Infirmières, c’en serait fini pour eux. De plus, depuis quelques secondes, il n’entendait plus de bruit provenant de la première partie de l’étage. Ce qui signifiait certainement que l’Infirmière de tout à l’heure n’était peut-être plus occupée…

Billy, voyant les soldats préparer leur coup, déposa calmement le corps d’Elodie contre une des machines.

- Elodie, susurra-t-il d’un ton bienveillant en attrapant son visage dans ses deux mains. Ecoute-moi… je vais revenir dans un instant, ça va aller… je dois les aider pour qu’on s’en sorte vivants, mais je te promets qu’on va s’en tirer !

L’Ingénieure continuait de larmoyer, hoquetant sans cesse, mais elle acquiesça malgré tout une fois que le Major eut terminé de parler. Avec le sang qui recouvrait presque tout son visage, elle était incapable de voir autour d’elle. Seule la voix de Billy la maintenait dans la réalité et l’empêchait de plonger dans ses idées noires. Rassuré de la voir réagir, Billy attrapa son dernier coutelas de sa main valide et se dirigea vers les trois soldats. Il écouta brièvement le plan du Lieutenant et ils comptèrent jusque trois avant de l’exécuter.

Smogo expulsa à nouveau son Brouillard, surprenant le Togekiss qui s’était attendu à un jet de poison. La distraction permis en outre à Arbok de le piéger dans ses anneaux. Mais surtout, une fois la pièce à nouveau plongée dans la brume, les trois Militaires sortirent de leur cachette. Alors que Doyle et Brecht attaquaient le Démolosse aux jambes avec leurs armes blanches, afin de le déstabiliser et permettre à leurs Pokémon de l’achever, le Lieutenant Horrowitz assomma un à un les dresseurs en les frappant à la nuque, après s’être glissé derrière eux. Billy, enfin, dû plonger sa lame dans le dos du Mackogneur dissident. Cela ne lui plaisait pas, et il savait qu’Elodie aurait désapprouvé, mais il s’agissait du dernier obstacle à leur fuite de cet étage.

Aussitôt, Noarfang secoua ses ailes à son tour. Une fois la visibilité retrouvée, Brecht et Horowitz se jetèrent vers la sortie, suivie de leurs Pokémon. Le Major Luther, lui, était resté près d’Elodie, comme pour veiller sur elle, et Billy se dirigeait vers eux pour la reprendre sur ses épaules. Doyle, quant à lui, était aussi resté en retrait, apparemment inquiet pour l’Ingénieure. Mais quand il vit le corps de Brecht passer à côté de lui avec Smogo, une barre de fer les transperçant de part en part, il poussa un cri d’horreur et tomba à la renverse. Alertés par le bruit, Luther et Campbell détournèrent le regard et furent saisis d’effroi.

Cette fois, ce n’était plus une infirmière, ni même trois. Elles devaient bien être une dizaine, peut-être plus. Elles avaient toutes le même regard froid et sans émotion, les bras le long du corps, droite comme des I. Devant cet attroupement, une seule d’entre-elle occupait le premier rang. Les militaires la reconnurent immédiatement, puisque un grand nombre de Kunai voltigeaient autour d’elle, tels des papillons aux ailes tranchantes.

- L’expérience s’arrête ici ! s’exclama la voix du Dr Vygotsky, qui s’avança de derrière elles, les clones s’écartant sur son passage jusqu’à ce qu’il arrive à la hauteur de Pandora. Vous ne pourrez plus fuir, maintenant.

Toujours à terre, claquant des dents sans parvenir à s’en empêcher, le soldat Doyle se servait de se bras pour reculer un peu, comme dans un dernier espoir. Le Lieutenant Horowitz, lui, était juste en face d’elles, toujours debout mais incapable de bouger. C’était comme s’il faisait face à la mort elle-même. Il avait beau réfléchir, il ne voyait aucune issue à sa situation, même avec l’aide de Cochignon ou Lougaroc. Le Major Luther, lui, soupira en se mordant les lèvres à sang. Il savait depuis déjà un moment qu’ils étaient condamnés et leur fin n’avait jamais été aussi proche qu’en ce moment. Il serrait les poings en regardant Elodie. Celle-ci s’était mise à trembler de plus en plus en entendant la voix du Docteur. Il avait beau n’avoir aucune idée de ce que cet homme lui avait fait, il ne pouvait que compatir.

Billy, enfin, avait du mal à maitriser sa colère. Il tenait encore fermement son coutelas dans sa main gauche. Il n’avait qu’une envie, égorger cette ordure qui avait fait tant de mal à Elodie. Mais il savait qu’en cet instant, cela relèverait plutôt du suicide. D’ailleurs, le moindre de ses gestes risquait d’entrainer sa perte. Il était fichu. Ils étaient tous fichus. Mais il n’avait pas pour autant envie d’abandonner.

- Vous savez quoi ? lança-t-il soudainement d’une voix forte. Vous disiez tantôt qu’Elodie était une de vos inventions. Mais c’est entièrement faux.
- Tu remets en doute mes compétences et celles du Programme que j’ai conçu ?
lança le vieillard, un rictus sur le visage. Mais es-tu aveugle ? Ces femmes qui vont causer votre mort à tous sont toutes issues de mes travaux. Elles sont le fruit de tous mes efforts, mon œuvre pour la cause de Dieu ! Le dernier visage de l’homme sur Terre. Les femmes les plus puissantes du monde !
- C’est faux
, s’exclama le Major Campbell. Elodie est plus forte qu’elles.
- Petit insolent !
lança le Dr sans perdre son sourire éclatant. Ta pauvre amie a quitté mon Programme. Comment pourrait-elle être plus puissante ? Si elle a été capable de rivaliser tout à l’heure avec la Charité, c’est uniquement grâce à ses prédispositions et à l’adrénaline !
- Non
, souffla Billy. C’est parce qu’elle a eu une vie différente. Une vie à l’écart de vous. Une vie où elle a pu faire ce qu’elle voulait. Une vie où elle a été aimée par ses proches.
- Ho, comme c’est touchant
, répliqua Vygotsky en élargissant son sourire. Et donc, cela expliquerait sa force, selon toi ? Quelle idée stupide ! Tu ne comprends rien !

Luther, depuis sa cachette, écoutait les paroles du Major Campbell avec attention. Les deux hommes continuaient de causer. Après tout, autant profiter de ces derniers instants. Mais il remarqua soudainement qu’Elodie, à côté de lui, semblait s’être calmée. Elle respirait avec calme et sérénité. Des larmes continuaient de couler, dégageant un peu de sang sur leur passage. On aurait dit que les mots de Billy étaient en train de soigner sa panique. Fronçant les sourcils, le Major accorda un regard à son Noarfang. Ils étaient partenaires depuis longtemps, et le Pokémon comprit immédiatement ce qu’il avait en tête. Aussi Luther se plaça discrètement devant le corps de l’Ingénieure, lui demandant à voix basse d’attraper son cou, ce qu’elle fit. Il fit signe au Métamorph d’imiter sa dresseuse, et il se joignit à eux. Puis, après une grande inspiration, il se leva et jeta son dernier fumigène vers le Dr Vygotsky

Ce dernier s’interrompit dans son discours et fut poussé en retrait par Pandora. Décidant d’en finir, Horowitz poussa un cri de guerre et chargea vers le groupe des infirmières avec les derniers Pokémon en état de se battre. Pendant ce temps, Doyle se releva et courut rejoindre les deux Majors. Il aida Elodie à se cramponner à Billy plutôt qu’à Luther puis donna des directives à son Lougaroc, laissant son supérieur s’exprimer. Par rapport aux dernières minutes, l’Ingénieure semblait presque calme maintenant.

- Faites ce qu’on a dit, Major ! s’exclama-t-il. C’est votre seule chance.
- On peut pas vous abandonner ici…
rechigna Billy, le visage crispé, en s’assurant qu’Elodie était bien maintenue, gardant toujours son coutelas en main.
- Je suis le chef de la mission, et celle-ci reste une réussite malgré la perte de l’équipe, répondit-il. Et je décide que notre nouvelle mission est de vous permettre de fuir ! Vous avez raison, votre amie est puissante ! Elle pourrait changer le cours de cette guerre ! Alors fuyez tant qu’il en est temps, on assure votre sécurité un maximum.

Billy déglutit puis, l’air décidé, hocha la tête. Enfin, sans plus attendre, il se mit à courir vers l’entrée qu’ils avaient passée quelques minutes avant. Doyle et Luther se dressaient désormais entre eux et les infirmières. Le Lieutenant poussa un juron en voyant, une fois la fumée dissipée, que le Lieutenant Horowitz avait perdu la tête. Littéralement. Celle-ci roulait par terre tandis que le reste du corps gisait dans une flaque de sang. A cette vue, il vit que le soldat Doyle faisait un pas en arrière, l’air paniqué. Des lames volaient dans tous les sens, et les derniers Pokémon s’effondraient les uns après les autres. Même Arbok, trop fatigué par ces derniers jours, venait de tomber.

En voyant que les deux derniers militaires faisaient barrage de leur corps entre eux et les deux fuyards, Vygotsky éclata d’un rire particulièrement désagréable avant de s’arrêter soudainement.

- Pandora, dit-il dans un murmure. Montre leur à quel point ils sont… inutiles !

Les Kunai qui voltigeaient tombèrent immédiatement par terre, dans un grand fracas. Tout d’abord, Luther et Doyle crurent y voir des signes encourageants, mais comme l’Infirmière de devant semblait se concentrer, ils eurent un petit mouvement de recul, méfiants. Billy, lui, n’avait pas entendu la phrase du Dr Vygostky. Il était trop concentré sur la sauvegarde d’Elodie. Il avait presque atteint la porte, et avec l’aide de Métamoph, ils pourraient tenter de fuir par la voie des airs. Mais alors qu’il se pensait en sécurité, il sentit soudain son corps se soulever de quelques centimètres au-dessus du sol. Ainsi figé en l’air, il poussa un juron et tenta de résister pour garder la maitrise de son corps. Cependant, son bras gauche, tremblant légèrement sous les efforts de Billy et maintenant toujours fermement le coutelas, était en train de se plier dangereusement. Puis, soudain, il se sentit obligé de se poignardé lui-même au ventre.

Sa propre lame traversa ses intestins et l’emprise de l’infirmière cessa immédiatement. Il retomba lourdement, incapable de retenir le corps d’Elodie qui tomba à côté de lui, poussant un cri de surprise et de douleur. Billy, pourtant, ne disait rien. Il avait le souffle coupé par la blessure et du sang lui remontait l’œsophage avant qu’il ne le crache. Il tenta tant bien que mal de se relever, l’esprit étourdi, puis finit par trouver une position assise où la douleur se montrait moins forte. Il faisait son possible pour respirer, mais il sentait ses forces l’abandonner de plus en plus.

A côté, rampant avec ses bras, Elodie essaya de se rapprocher de lui en laissant s’échapper des plaintes sous l’effort et la douleur. Avec le sang qu’elle avait toujours sur le visage, elle n’arrivait toujours pas à voir autour d’elle. Le Métamorph, sur le côté, avait une mine toute triste en regardant les deux humains.

- Qu-Qu’est… Qu’est-ce qui… se passe … Billy ? parvint enfin à prononcer l’Ingénieure, avec de gros efforts, en se rapprochant tant que possible du Major. Pou… Pourquoi t’es… T’es tombé… ?

Le Major ne lui répondit pas de suite. A quelques mètres d’eux, Luther et Doyle avaient une expression effarée. Ils étaient prêts à se sacrifier pour leur permettre de fuir. Mais le Dr Vygotsky avait raison. C’était inutile. Faire barrage de leur corps ne suffisait pas face à l’ampleur des pouvoirs de la Charité. Les deux hommes serraient les poings. Allaient-ils donc mourir pour rien ? En face d’eux, Vygotsky était secoué d’un rire cruel, le sourire carnassier aux dents blanches. Elodie était de plus en plus inquiète par le manque de réponse de son ami. Puis, soudain, elle sentit les mains de ce dernier attraper son visage par l’arrière pour le rapprocher de lui. Ne sachant pas que Pandora pouvait prendre possession de son corps, la jeune femme n’hésita pas à se laisser faire. Mais de toute façon, Billy agissait de son plein gré. Et, quand elle fut enfin assez proche, il rassembla ses dernières forces pour l’embrasser.

Elodie, surprise, prit quelques secondes avant de réaliser. L’heure n’était pourtant pas aux manifestations d’amour. Pourtant, elle lui rendit son baiser et, quand celui-ci s’interrompit, elle recula de quelques centimètres, serrant fort l’autre main de Billy dans les siennes.

- Haha… Tu sais que j’ai le poignet cassé… dit Billy dans un souffle, le sourire aux lèvres.
- Ho ! s’exclama-t-elle soudain en lâchant prise. Dé… déso…
- Non, ne me lâche pas…
gémit Billy en rattrapant ses mains. Je me sens encore vivant comme ça… encore quelques instants…

Ces derniers mots firent l’effet d’une bombe dans l’esprit d’Elodie. Elle ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Puis, tout en gardant une main autour de celle de Billy, elle utilisa l’autre pour dégager le sang qui troublait sa vue. L’image qu’elle avait restait floue, mais elle put enfin voir le visage de Billy qui lui souriait tendrement. Lorsqu’elle vit le coutelas encore plongé dans son bas-ventre et le sang qui s’en échappait, elle eut un nouveau hoquet incontrôlable. Elle sentit à nouveau des larmes couler et elle poussa une plainte comparable à celle d’un animal sur le point de mourir.

- Non, ne sois pas triste… murmura Billy en lui caressant la joue avec son autre main. J’ai eu une belle vie, grâce à toi… Tu es mon rayon de soleil. Tu dois… Tu dois sortir d’ici vivante… Promets-moi que tu y arriveras…
- Je… Je … Je peux pas …
sanglota-t-elle, son corps pris de violents soubresauts. Tu …Tu peux pas … Pas maintenant…
- Y a pourtant pas meilleur moment
, répondit-il en fermant les yeux, toujours souriant. Comme ça… Je t’aurai vu … Une dernière fois…

En sentant le poignet qu’elle tenait dans une main retomber piteusement, telle une vulgaire poupée de chiffon, Elodie tenta maladroitement de la rattraper pour la serrer dans ses deux mains, balbutiant quelques mots sous la panique. Mais le Major Campbell ne réagit pas. Si un sourire plein de tendresse restait imprimé sur son visage, il n’en était pas moins mort. Réalisant la situation, Elodie poussa un grand hurlement de désespoir et elle serra contre sa poitrine le corps de Billy, criant son nom comme si cela allait le ramener à la vie.

- Putain de merde ! jura le Major Luther en voyant la scène, la main crispée cachant son visage défait.
- Le Major Campbell aussi… prononça le soldat Doyle en baissant les épaules, l’air déconfit.
- Comme vous tous ! clama le Dr Vygotsky en écartant les bras. L’humanité est dépassée. Il est temps de faire table rase et de laisser les Nouvelles Générations l’emporter. Vous étiez tous condamnés dès le départ. Vous n’aviez aucune chance ! Et cette expérience misérable… n’en avait pas plus.

Elodie cessa subitement de crier, et même de bouger. Luther crut un instant qu’elle était désormais sous l’emprise de la Charité comme Billy juste avant. Mais il l’entendait tenter de reprendre une respiration normale, comme si elle tentait de se calmer. Pourtant, son corps tout entier tremblotait.

- J’ai brisé son esprit, et maintenant, son cœur ! ironisa le vieillard d’un air sadique. Mais au moins, j’aurai fait de très intéressantes observations ! Décidément, elle reste un sujet d’expérience passionnant, malgré tout !
- Ta gueule.


Le sourire du Dr Vygotsky disparut soudainement quand il entendit la voix d’Elodie. Elle avait parlé fort, d’un ton assuré et, surtout, colérique. Son corps, à l’autre bout de la pièce, continuait d’être secoué par des tremblements, mais elle semblait tout de même reprendre peu à peu conscience d’elle-même. Luther et Doyle, eux aussi, paraissaient surpris par la réaction d’Elodie. Ils pensaient que la mort du Major Campbell l’aurait achevée. Mais apparemment, ce n’était pas le cas.

- Hé bien ? reprit Vygotsky, une fois la surprise passée, en récupérant son sourire. On se ressaisit ? C’est dommage, mais c’est trop tard !
- La ferme !
cria Elodie en se relevant soudain pour lui faire face, son corps flottant à quelques centimètres du sol pour empêcher sa jambe blessée de toucher le sol.

Le visage d’Elodie était sans équivoque. Elle était secouée par la colère et la haine. Elle serrait les poings et avait repris contenance pour utiliser ses pouvoirs psychiques. Elle s’en servit d’ailleurs pour écarter subitement le Major Luther et le soldat Doyle, les poussant vers un coin de la salle sans qu’ils puissent réagir. Elle adressait maintenant au Dr Vygotsky un regard assassin à faire pâlir n’importe qui. Même Métamorph, derrière, semblait effrayé. Pourtant, le vieillard conservait son sourire, qui s’était même élargi.

- Voyez-vous ça ? ricana-t-il. Voilà qui devient … fascinant ! Une si belle expérience…
- JE NE SUIS PAS UNE EXPERIENCE !
cria Elodie en s’élançant soudain vers lui, soulevant avec ses pouvoirs plusieurs débris de machines qui se trouvaient éparpillés dans la pièce, ainsi que les armes que les soldats avaient abandonnés.

Pandora se dressa immédiatement pour barrer la route à Elodie, soulevant ses Kunai pour qu’ils se dressent vers elle. Les autres infirmières, pendant ce temps, faisaient reculer leur concepteur pour qu’il se trouve à l’abri, puis elles parurent se concentrer pour aider Pandora à riposter.

Mais, si elles se trouvaient en bien grand nombre et qu’elles s’aidaient mutuellement, aucune d’entre-elle ne parvint à arrêter les projectiles d’Elodie qui les frappèrent violement, allant jusqu’à les transpercer par endroit. Même les Kunai furent secoués dans tous les sens avant de se retourner subitement contre Pandora, qui fut percée de toute part. Chaque objet, chaque débris repartait à l’attaque une fois qu’il avait touché une cible. Et la violence des coups augmentait au fur et à mesure qu’Elodie se rapprochait, enragée. Une fois arrivée à la hauteur de Pandora, elle l’attrapa par la gorge et la souleva pour la cogner violemment au plafond, frottant son visage dessus pour lui provoquer un maximum de douleur. Toute infirmière qui se relevait et tentait d’intervenir se voyait subir le même sort, sans les mains d’Elodie. Puis, renforçant sa propre poigne, elle fit éclater le cou de Pandora entre ses doigts comme s’il s’agissait d’un fruit trop mûr et elle balança les restes contre les autres avant de continuer son massacre.

A l’écart, Luther et Doyle ne parvenaient pas à quitter le spectacle des yeux, malgré le sang et les scènes qui risquaient fort de les hanter pour la suite de leur vie. C’était plus qu’un massacre, une véritable boucherie ! La rage aveuglait Elodie et amplifiait ses pouvoirs si bien qu’elle était parvenue à surclasser largement l’ensemble de la Charité. Doyle en avait des haut-le-cœur, et Luther, pour la première fois, comprit véritablement le sens du mot « peur ».

En retrait, les mains derrière le dos, le Dr Vygotsky observait lui aussi le spectacle. Au contraire des militaires, cependant, il semblait plutôt l’apprécier. Il conservait cet immortel sourire de dents impeccablement blanches et on pouvait presque l’entendre ricaner.

Puis, quand la dernière infirmière fut achevée, Elodie se tourna vers lui. Pour la première fois, son veston blanc était tâché de rouge. Il avait été éclaboussé par les effusions de ses « expériences ». La haine était toujours présente sur le visage d’Elodie tandis que celui-ci applaudissait.

- Formidable ! lança-t-il, enthousiaste. Vraiment, formidable !

Les yeux d’Elodie s’écarquillèrent soudain et le corps du Professeur fut littéralement démembrer. A distance, elle lui arracha les deux bras et les deux jambes. Seule sa tête restait attachée à son tronc. Cependant, le vieil homme se contenta d’éclater de rire, bien que crispant un peu le visage sous la douleur. Elodie remarqua bien vite que, parmi les membres qu’elle venait de sectionner, il y avait une prothèse d’un bras et d’une jambe, ainsi qu’une main de métal. Des substituts destinés à permettre au Docteur de rester performant malgré son âge. En temps normal, Elodie aurait certainement souhaité examiner cela de plus prêt. Mais en ce moment, la seule envie qui la tiraillait était celle du meurtre.

- Alors, c’est ça ? lança-t-elle avec dégout. Vous n’étiez pas entièrement un homme, c’est rassurant…
- Bien sûr que si !
cria Vygotsky de son plus grand sourire. Ma conscience et mon esprit sont restés les mêmes, même après mes opérations ! Et si celles-ci m’ont permis de vivre assez longtemps pour vivre cet instant, je n’ai pas de regret à avoir !
- Dans ce cas, c’est ta tête que je vais démolir,
lança Elodie en serrant les poings, tout en faisant virevolter un Kunai devant son visage.
- Qu’importe ! clama Vygostky avec une certaine béatitude. Puisque je vais mourir en sachant que j’ai réalisé mon objectif ! J’ai créé la créature la plus puissante sur Terre ! Tu es mon chef d’œuvre ! Tu …

Il ne termina jamais sa phrase. Le Kunai pénétra son crâne si rapidement s’il resortit par l’autre côté et alla se planter dans le mur. Tout comme Billy, il affichait cependant toujours un sourire, mais bien plus désagréable. Elodie, dégoutée, projeta le reste du corps plus loin puis se retourna vers les deux militaires. Ces deux ci avaient du mal à tenir sur leurs jambes, tant ils tremblaient de peur. Ils ne savaient pas si Elodie était encore aveuglée par la rage ou s’ils ne risquaient plus rien.

- Si l’un de vous pouvait… porter Billy… lança-t-elle après quelques secondes de silence en baissant la tête. Je … Je m’occupe des autres et de sécuriser le chemin…

Luther poussa un soupir de soulagement et acquiesça. Lui et Doyle partirent soulever le cadavre du Major tandis que ceux du Lieutenant et du soldat tombé avant lui furent élevés dans les airs par Elodie. Puis, sans que celle-ci ne leur adresse de regard, ils avancèrent, prêts à quitter cette Tour de malheur. En vie.

Posté à 23h20 le 15/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Moment de la Rage (2/4)



Les quelques militaires étaient à l’affût, prêts à courir vers leur cible dès que le Major Luther, l’homme aux bandages plein la tête, leur en donnerait l’ordre. Parmi eux, Elodie, son Métamorph sur les épaules, était particulièrement angoissée, même si la présence de Billy à ses côtés la rassurait. Ils étaient sur le point d’entrer dans la Tour Radio, attendant juste que le Général Planck fasse diversion plus loin, en menant l’offensive pour reprendre la ville des mains du Professeur Higgs.

Ils avaient appris que les messages qu’ils avaient reçus tout au long du trajet et même avant n’étaient en vérité que des tissus de mensonge. Doublonville avait été l’une des premières cibles, bien avant Rosalia ou Mauville, qui, normalement, étaient encore intactes. La grande cité était rapidement tombée, même si plusieurs citoyens étaient parvenus à s’enfuir par le Bois aux Chênes ou les deux villes prétendument détruites. Le Général Planck avait bien failli tomber dans le panneau si son groupe d’éclaireurs, mené par le Major Luther, n’avait pas communiqué à temps son rapport quant à l’état de la ville. Une partie des troupes du Général était ainsi tombée dans un piège qui leur avait coûté pas mal de vies humaines, de Pokémon, et de matériel. Mais heureusement, les régiments avaient été sauvés et ils s’étaient réfugiés près du Dôme du Pokéathlon.

La cause de cette mascarade n’était autre que le piratage de la Tour Radio par les forces du professeur Higgs. De nombreuses fausses informations avaient alors circulé et les vrais messages interceptés, rendant toute communication dangereuse et souvent contrefaite. Ainsi, le Général avait dû envoyer des hommes pour dévier les renforts envoyés à Doublonville dans le but sécuriser la cité qui était déjà prise, leur empêchant ainsi de sauter dans la gueule du Grahyena sans se douter de l’accueil qui leur était réservé.

Il était donc une priorité absolue que de mettre la Tour Radio hors d’état, afin d’empêcher que continue l’opération de désinformation dont était victime l’Etat de Johto et tout autre Etat qui tenterait de communiquer avec eux. Et pour ce faire, Elodie était l’Ingénieure idéale.

Cependant, ce n’était pas tant l’opération de sabotage qui inquiétait Elodie, mais ce qu’avait raconté le Major Luther concernant les forces de leurs ennemis. Si ceux-ci regroupaient pas mal de dresseurs et encore plus de Chimères, ce qui en soit n’était pas encore trop différent de ceux de Kanto, c’était surtout un certain groupe de personne que redoutait l’Ingénieure.

Un petit escadron d’une trentaine d’individus. Toutes des Infirmières Joëlle, des femmes qui avaient subi le Programme, comme Elodie avant qu’elle ne soit arrachée des griffes du Dr Vygotsky par Aldebert et Isaac. Des femmes qui, pendant des années, avaient œuvré pour le bien-être des Pokémon dans les Centres et qui, aujourd’hui, représentaient l’une des plus grandes menaces dans cette Guerre. Car, toujours d’après le Major Luther, elles avaient été capables de dévier des tirs d’obus et de démolir un Tank sans bouger, simplement en usant de leurs pouvoirs Télékinésiques, d’une puissance rarement enregistrée.

Des pouvoirs similaires à ceux qu’Elodie avait développés. A plusieurs reprises, elle avait été capable de véritables exploits et était même en mesure, en se concentrant, de manipuler pas mal d’objets, même très lourds, par la pensée. C’était avec ça qu’elle avait sauvé Billy à plusieurs reprises, comme la veille lorsqu’il avait été pris pour cible par l’arbalète de la Chimère au pelage noir. Mais de là à détruire un USI – 215, l’Ingénieure ne s’en croyait pas capable. Elle suspectait d’ailleurs que leur nombre devait jouer un grand rôle dans une telle maitrise psychique.

Mais au-delà des dangers qu’elles représentaient, c’était encore toute son identité qui était remise en question. Elle s’était crue unique parmi les enfants du Programme en ayant ce don qui n’avait jamais été visible auparavant chez les Infirmières. Mais elle se rendait compte qu’elle avait été créée pour cela, dès le départ. Avait-elle vraiment eu le moindre choix dans sa vie ? Son destin était-il déjà tout tracé depuis le début ? Des questions qui la hantaient depuis des années déjà et qui revenaient, plus fortes que jamais, pour tirailler son esprit et la faire douter de sa propre existence.

Mais l’heure n’était pas aux débats philosophiques. Elodie tentait tant bien que mal de se sortir ces idées de la tête et de se concentrer sur sa mission. La Tour Radio de Doublonville n’était pas loin d’eux, mais trois dresseurs postés en sentinelles avec de gros Pokémon surveillaient le périmètre, avec une certaine négligence toutefois. Il y en avait certainement d’autres à l’intérieur. Cependant, le Général leur avait fourni une carte du bâtiment, et, après l’avoir longuement étudiée, l’équipe d’éclaireurs du Major Luther était prête à investir les lieux de manière la plus discrète possible.

Le seul qui ne semblait pas parfaitement concentré, c’était Billy. Le Major Campbell n’était à la base pas censé se joindre à cette mission. Mais étant le supérieur hiérarchique d’Elodie et n’ayant personne d’autre sous sa juridiction, il était parvenu à négocier sa participation avec le Général Planck. Il accompagnait ainsi la bande, tout en laissant la direction des opérations au Major Luther. Mais Billy était surtout très inquiet pour son amie. Il avait bien vu à quel point son attitude avait changé quand on leur avait parlé des infirmières, et il n’en ignorait pas la raison. Il savait qu’Elodie aurait besoin de son soutien, particulièrement s’ils devaient se retrouver face à ces femmes.

Au bout d’un moment d’attente, alors que leurs montres synchronisées indiquaient 18h pile, les premiers tirs d’obus retentirent au loin. Aussitôt, les sentinelles attrapèrent des Talkies pour réclamer des ordres. Au final, deux d’entre eux partirent en courant sur le dos de leurs Pokémon, laissant un unique gardien. Ils attendirent encore un instant, voyant d’autres dresseurs sortir en trombe du bâtiment pour rejoindre les autres sur le front. Le bruit des explosions continuait à intervalles réguliers. Hélas, leurs canons ne pouvaient pas atteindre la Tour Radio de là où ils se trouvaient, car les avancer suffisamment nécessitait de passer dans le territoire ennemi, et d’autres bâtiment auraient gêné les tirs. Parvenir à s’introduire jusque-là avait déjà demandé pas mal de temps et de détours pour leur petit groupe, tant et si bien que les mêmes manœuvres avec un canon auraient étés impossibles. Tout aurait été si simple, sinon…

Après quelques minutes de patience, la Patrouille des éclaireurs abandonna sa planque. Ils laissaient néanmoins un homme en retrait. Ce dernier avait été lourdement blessé lors de leur dernière opération, et il disposait d’un pistolet de détresse, à n’utiliser que si des forces ennemies venaient à arriver à la Tour Radio, histoire de les prévenir. Ils avancèrent le plus discrètement et silencieusement possible puis, soudain, le Lieutenant Horowitz balança un fumigène près de la sentinelle, qui laissa échapper une exclamation de surprise avant d’être pris d’une quinte de toux. Rapides comme l’éclair, les Major Luther et Campbell fondirent dans le nuage de fumée avec leurs Pokémon, Arbok et Noarfang. Lorsque le nuage se dissipa, l’Oiseau tenait entre ses serres le Talkie de leur cible, et Arbok avait mis Ko son Miradar. Luther était en train de ligoter son dresseur, menacé à la gorge par un coutelas de Billy qui l’empêchait de bouger ou de pousser l’alerte. Puis Horowitz appliqua sur son visage un tissu imbibé de chloroforme et les autres l’emmenèrent rapidement à côté du soldat encore en planque. Puis, sans plus attendre, ils pénétrèrent à l’intérieur de la Tour.

Le Major Luther menait la danse, donnant ses ordres à ses hommes par de simples gestes de la main. Le rez-de-chaussée, qui abritait d’ordinaire l’accueil, était sans dessus-dessous, comme s’il y avait eu lutte. Il y avait des tessons de verre par terre et les cadavres de quelques machines qui avaient été renversées, ainsi que quelques traces de sang déjà séché. Luther invoqua son Farfuret et demanda à son Lieutenant de faire pareil avec son Smogo et, à eux deux, ils avancèrent vers les escaliers qui menaient au premier étage. Ils observèrent discrètement ce qu’il s’y passait et envoyèrent Farfuret pour voir plus loin. Puisque celui-ci ne signalait aucun danger, ils firent signe aux autres de les suivre. Campbell et Ross ne se firent pas prier, avançant en même temps que les militaires. Ils gravirent les escaliers le plus silencieusement possible, le Major et son Lieutenant toujours devant.

Une fois au bout des escaliers, ils s’arrêtèrent pour attendre le reste du groupe. Luther avait les oreilles plaquées contre les murs, comme pour essayer d’entendre ce qu’il se passait derrière. Il fit un signe à ses hommes, en dressant quatre doigts avant d’agiter la main. Voilà un signe qui n’était pas compliqué à comprendre et Billy hocha la tête pour signifier qu’il était prêt, tout comme les militaires derrière. Puis, après un rapide décompte, le Lieutenant ouvrit la porte à la volée et Smogo et Farfuret y pénétrèrent. Le premier dégagea un Brouillard épais tandis que le second fonçait, ayant repéré les menaces. Les deux Major pénétrèrent en même temps, suivis de leurs hommes et d’Elodie, en retrait. Rapidement, ils prirent l’avantage sur les hommes qui étaient postés là. Ils avaient l’avantage de la surprise, mais aussi de la force, car ceux-ci n’avaient alors avec eux qu’un Yanma et un Elektek, qui avaient rapidement été maitrisés par Farfuret et Arbok. L’un des hommes était en train de se rapprocher dangereusement de la cage d’escalier suivante avant d’être assommé par le plus jeune des militaires, qui répondait au nom de Doyle. Elodie elle-même en fit glisser un autre en utilisant son Métamorph. Finalement, les estimations du Major étaient presque justes, puisqu’ils mirent hors d’état cinq hommes. Et tout s’était passé dans un calme surprenant, les hommes de Luther ayant été entrainés pour combattre en évitant le bruit et Farfuret ayant utilisé l’attaque Execu-son sur certains adversaires pour éviter qu’ils ne poussent l’alerte. Pour l’instant, tout se passait bien. Après les avoir tous endormis avec du chloroforme, Luther fit de nouveau signe à ses hommes de se mettre en position, et ils continuèrent d’avancer.

L’escalier suivant, tout aussi vide que le premier, donnait sur deux salles distinctes. Ils pouvaient emprunter un chemin qui, normalement, devait être moins dangereux, quitte à faire un détour sur la fin. C’était là leur plan de base, mais le Major envoya néanmoins un de ses subalternes, Murdoch, faire une estimation devant la porte qui n’était pas sur leur trajet. Ce dernier indiqua plus de huit hommes et Luther parut un peu mécontent de l’apprendre, malgré ses bandages. Puis il leur fit signe de le suivre et ils passèrent par l’autre chemin.

Une bonne nouvelle les y attendait. Leur déplacement les menait dans un petit couloir qui donnait sur des studios d’enregistrement. Après une rapide inspection avec Farfuret, le Major les appela pour suivre. Il n’y avait personne ici ! Après tout, la pièce n’avait pas grand intérêt, à moins de vouloir enregistrer en avance quelques émissions. Ils arrivèrent donc rapidement à la cage d’escalier qui donnait vers le troisième étage.

Malheureusement, si l’une des cibles à saboter était censée se trouver là-bas, il allait falloir monter jusqu’au cinquième puis redescendre au troisième par un autre chemin pour pouvoir accéder aux machines visées. Entre-temps, ils allaient surement avoir accès à d’autres dispositifs qu’Elodie pourrait désactiver discrètement, sans donner l’alerte immédiatement.

Le plan se passa sans souci. Ils ne croisèrent qu’un unique dresseur, apparemment mal réveillé, avant d’arriver au quatrième étage. Il n’avait même pas eu le temps d’appeler ses Pokémon que Farfuret l’avait déjà frappé au niveau des cordes vocales, avant qu’Arbok ne l’étreigne entre ses anneaux. Après s’être débarrassé de lui dans une sorte de cagibi, ils purent accéder à la première salle importante. Une pièce où devait se trouver, en toute logique, les ordinateurs contrôlant les antennes paraboliques de la Tour du côté est. Ils furent surpris de n’y voir absolument personne, mais ne tardèrent pas pour autant pour sécuriser le périmètre, trois militaires se postant aux deux portes des escaliers tandis qu’Elodie se mettait au travail, secondée par le Major Campbell.

Après avoir coupé plusieurs câbles et saboter les prises de courant de l’étage, le tout à la hâte, Elodie adressa un signe de tête au Major Luther, qui l’observait avec curiosité sous ses bandages. Ainsi mise au travail, l’Ingénieure en avait oublié toutes ses craintes. En ce moment, la mécanique était plus qu’une passion. C’était un véritable refuge.

Ils s’apprêtaient à partir en direction du dernier étage quand le Major Luther se retourna soudainement et adressa un regard interrogateur à un de ses hommes qui était encore au fond de la pièce, prêt de la porte par laquelle ils étaient entrés. Si Billy ou Elodie n’avaient rien entendu, ce dernier, Rohmer, avait appelé son Supérieur d’une voix à peine audible. Que Luther soit parvenu à l’entendre démontrait à quel point il était doté d’une audition très sensible. Comme le militaire communiquait en utilisant des codes précis avec des gestes de main, l’Ingénieure ne comprenait pas ce qu’il voulait. Mais en voyant la mine inquiète du commandant de la Patrouille passer devant elle, elle eut comme un mauvais pressentiment. Une fois devant la porte, il y plaqua son oreille droite. Puis il étouffa un juron et fit signe au reste de l’équipe de se mettre en position pour accueillir ce qui se dirigeait vers eux.

- Trois individus, souffla-t-il au Major Campbell qui s’était rapproché avec Arbok. Et peut-être d’autres derrière, je ne suis pas sûr.
- Ils nous auraient repérés ?
demanda Billy le plus bas possible.
- Possible, les corps inanimés ont dû être trouvés… pesta son collègue.

Il adressa quelques signes au Lieutenant Horowitz, puis se prépara lui-même à accueillir les personnes qui allaient arriver. De chaque côté de la porte, deux soldats, Rohmer et Murdoch, avaient préparé du tissus au chloroforme. Doyle invoqua son Lougaroc aux côté de l’Aeromite de Brecht, un homme chétif mais qui était l’ainé du groupe. Farfuret et Arbok les rejoignirent tandis que Smogo et Noarfang se postaient juste au-dessus de l’encadrement de la porte. Puis leurs dresseurs allèrent se cacher derrière les machines qu’Elodie avait préalablement sabotées, et cette dernière fit de même avec Quesnay, le dernier soldat, qui n’avait pas envoyé son partenaire pour éviter qu’il ne gêne les autres dans cette situation délicate.

Ils étaient ainsi prêts à accueillir les trois personnes prévues par le Major. Au moment où ils pousseraient la porte, ils seraient éblouis par un Flash, qui permettrait à leur propre camp de mieux voir à qui ils avaient à faire avant que Smogo n’expulse son Brouillard. Murdoch et Rohmer interviendraient pour endormir deux cibles sur trois tandis que Farfuret et Arbok désarmeraient la troisième. Les autres Pokémon n’étaient là qu’au cas où des Pokémon adverses venaient à entrer dans l’équation.

Ils étaient cachés depuis quelques secondes, prêts à en découdre. Cependant, personne ne semblait venir et le Lieutenant Horowitz ne cessait de jeter des coups d’œil impatients depuis sa cachette. Les deux militaires proches de la porte ne semblaient pas très rassurés et chacun sentait des gouttes de sueur couler dans sa nuque. Ce serait trop bête d’interrompre l’opération si proche du but.

Soudain, la porte fut propulsée vers les Pokémon, balayant Lougaroc et Farfuret, surpris, vers la cachette de leurs dresseurs. Leurs adversaires n’étaient pas entrés dans la pièce, contrairement à ce qu’ils avaient prévu, mais Noarfang et Aeromite utilisèrent néanmoins leur Flash, ce qui permit aux deux Major de jeter un coup d’œil avant de se baisser tout aussi soudainement. Si Luther paraissait interdit, Billy était devenu blanc comme un linge et fixait désormais Elodie avec inquiétude. Comprenant pourquoi, celle-ci déglutit et, tremblant un peu, se mit à souffler comme pour se donner du courage. Puis, elle afficha un air déterminé et se leva pour faire face à ses adversaires.

Trois infirmières Joëlle se tenaient debout dans le couloir, avec un regard neutre, fixant les Pokémon et la cachette dont venait de sortir Elodie. Sur les deux côtés de l’encadrement, Rohmer et Murdoch semblaient pris au dépourvu, ne sachant comment réagir, puisqu’elles n’étaient pas entrées. Lougaroc et Farfuret s’étaient dégagés et, comme les autres Pokémon, ils regardaient d’un air mauvais ces femmes qui, il y a quelques jours encore, étaient censées soigner leurs blessures, et non pas en provoquer.

Puis, comme rien ne se passait, Billy, Doyle et Horowitz se levèrent à leur tour pour regarder. Aussitôt, plusieurs objets de la pièce se mirent à léviter et furent comme propulser vers eux. Mais ils freinèrent subitement avant de les atteindre et les trois hommes donnèrent l’ordre d’attaquer à leurs Pokémon. Aussitôt s’élancèrent-ils, mais ils furent bien vite arrêtés dans leur course par les pouvoirs des trois femmes.

- Ok… elles veulent jouer à ça… souffla-t-elle, le visage crispé. Très bien… Métamorph ! Une porte plus petite, s’il-te-plait !

Le Pokémon sur son épaule changea immédiatement de forme, prenant l’apparence de la porte qui avait été arrachée de ses gonds, mais, comme demandé, avec des dimensions un peu moins importantes. Une fois cela fait, Elodie se concentra pour soulever son Pokémon et le projeter vers les trois assaillantes, faisant son possible pour viser correctement. Si Métamorph sembla un peu freiné sur la fin, il se cogna tout de même contre les trois Infirmières qui, trop confiantes, n’avaient pas bougée. Le choc les poussa sur quelques mètres et elles tombèrent dans les escaliers, provoquant des cris de victoire de la part des militaires.

- Waw, bien joué ! J’sais pas qui a fait ça, mais bravo ! lança Doyle, impressionné.
- On dirait bien que tu es plus fortes qu’elles, dit Billy en adressant un clin d’œil à Elodie.

L’Ingénieure ne répondit pas, mais un sourire apparut sur son visage. Cependant, l’heure n’était pas aux félicitations et, déjà, deux des Infirmières se relevaient, ayant dégagé la porte d’un air un peu sonné. Elles étaient en train de se rapprocher à la hâte, mais, cette fois, elles n’arrêtèrent ni Farfuret ni Lougaroc, ne parvenant qu’à repousser Arbok à distance. Les deux Pokémon avaient reçu l’ordre d’attaquer sans se soucier de les garder en vie. Après tout, il s’agissait d’ennemis particulièrement dangereux. Ils eurent le temps de les griffer violemment avant d’être finalement réexpédiés avec violence contre un mur par les pouvoirs psychiques des infirmières. Le sang coulait sur leurs visages, mais elles gardaient une expression très froide, presque sans sentiment. Puis, Elodie profita qu’ils ne soient plus dans son angle de tir et lança sur elles les objets qu’elles avaient d’abord elle-même envoyés vers eux. Alors qu’elles s’attendaient à les toucher malgré tout, les infirmières parvinrent à stopper l’attaque d’Elodie à un peu moins d’un mètre d’elles. Mais Métamorph, qui avait repris sa forme initiale, s’étant glissé dans le dos de l’une d’elle, recouvrit subitement son visage. Elle sursauta et se secoua dans tous les sens tandis que sa comparse se prenait les projectiles d’Elodie au visage, pour finir assommée. La victime de Métamorph tenta de l’arracher avec ses mains, en vain. Puis, après plusieurs secondes de suffocation, elle tomba à genoux, eut quelques spasmes, puis cessa de bouger. Le Pokémon se dégagea de son visage, la laissant inconsciente, et se déplaça pour retourner vers sa dresseuse d’un air enjoué.

- Alors là… chapeau, s’écria la voix étouffée du Major Luther, qui s’était relevé, les yeux écarquillés.
- C’est peut-être plutôt au front qu’on aurait besoin de vous, renchérit le Lieutenant Horowitz en souriant tandis qu’Elodie sortait de sa cachette pour ramasser Métamorph.

Ni Billy ni Elodie ne répondirent, se contentant de sourire et de s’adresser mutuellement des regards satisfaits.

- Major, s’écria soudainement Rohmer depuis le fond de la pièce, juste assez fort pour qu’ils l’entendent. Y en a d’autres qui arrivent, je crois !

Le Major Luther fit un geste de main et tout le monde se tut, la bonne humeur disparaissant immédiatement. Il plissa les yeux puis fit signe à Murdoch et Rohmer de rester à leur place. Puis, d’un signe de tête, il fit comprendre aux autres qu’ils allaient devoir remettre ça.

Plutôt confiants, cette fois, personne ne se cacha. Ils attendaient simplement, debout, prêts à se baisser cependant si nécessaire. Effectivement, des bruits de pas dans les escaliers se rapprochaient. Les Pokémon eux aussi semblaient cette fois plutôt excités qu’inquiets. Puis, enfin, ils la virent.

Elle était seule. Une infirmière Joëlle comme toutes les autres. Elle marchait avec cette même expression d’indifférence froide, les bras le long du corps. Elle n’adressa pas même un regard aux trois autres infirmières tombées avant elle et se contenta d’enjamber leurs corps. Pourtant, en la voyant, Elodie fronça les sourcils. Elles avaient beau toutes se ressembler, celle-ci lui disait vaguement quelque chose. Elle les avait bien vus dans la pièce et, pourtant, elle ne s’arrêta pas de marcher comme les trois autres avant elle. Les grognements des Pokémon et le regard décidé des militaires ne semblaient pas l‘impressionner.

Au moment où elle posa un pied dans la pièce, Murdoch et Rohmer se jetèrent sur elle, prêts à appliquer leur chloroforme sur son visage. Mais elle écarta soudainement les bras de chaque côté et ils se figèrent sur place avant de tomber à la renverse, un Kunai planté entre les deux yeux. La vue de l’arme rappela immédiatement à Elodie où elle l’avait déjà vue. C’était quelques jours avant, à la Sylphe Sarl, que cette femme, Pandora, était parvenue à elle seule à les mettre dans une position très inconfortable.

A la vue de leurs deux camarades morts, les militaires retinrent leur souffle avant d’exiger à leurs Pokémon d’attaquer. Mais l’Infirmière avait d’autres armes cachées dans ses manches et elle exécuta aisément Farfuret, qui était en première ligne, ainsi qu’Aeromite. Mais si ses mouvements étaient très rapides, en plus d’être amplifiés par ses pouvoirs, Elodie parvint tout de même à dévier une grosse partie de ses jets. Ainsi, s’ils auraient pu mourir sur le coup, Lougaroc et Arbok furent simplement blessés et réussirent même à l’obliger à reculer.

De nouveau dans le couloir, l’Infirmière fit soudain voleter plusieurs de ses projectiles tranchants autour d’elle. Puis, d’un mouvement de bras, comme si elle ordonnait à un Pokémon d’attaquer, ses armes filèrent rapidement, contournant les Pokémon afin de viser Elodie. Les militaires poussèrent des cris de stupeur, mais l’Ingénieure parvint tout de même à stopper les Kunai pas loin de son visage. Elle respirait désormais avec une certaine angoisse, pas très rassurée. Elle était d’un tout autre niveau que les trois premières.

Le combat semblait soudainement être mis en pause, personne ne sachant quoi faire face à la menace que représentait Pandora. Le Major Luther et le Lieutenant Horowitz avaient discrètement attrapé quelques fumigènes, et Billy une des petites bombes à spores d’Elodie. Quesnay serrait une Ball en main. Ils attendaient le bon moment pour les balancer sur l’Infirmière sans que cela ne se retourne contre eux, et si possible avant qu’elle ne parvienne à étriper l’Ingénieure. Heureusement, celle-ci semblait être en train de reprendre l’avantage, le Kunai reculant, lentement mais surement.

Puis, comme pour briser le silence, de nouveaux bruits de pas retentirent dans les escaliers. Billy laissa échapper un juron et attrapa tant bien que mal son coutelas avec sa main blessée. Si une autre infirmière venait prêter main forte à Pandora, ils étaient finis. Mais ce n’était pas une femme qui s’avançait vers eux.

L’homme semblait plutôt âgé, le visage parsemé de rides sous ses lunettes. Ses cheveux gras étaient restés blond malgré le temps. Il portait des vêtements d’une blancheur immaculée, des chaussures aux gants, en passant par la veste. Même ses dents, qu’il exposait avec un large et désagréable sourire, étaient d’un blanc éclatant. Si aucun militaire ne semblait reconnaitre le vieillard, il en était autrement pour Elodie.

Cette dernière s’était subitement mise à trembler de tout son corps, ses dents claquant l’une contre l’autre de manière incontrôlable, comme en plein crise de panique. Les Kunai qui lui faisaient face eux aussi s’étaient mis à être pris de soubresaut, comme un cœur qui bat à la chamade.

- Elodie ?! s’écria Billy en voyant l’état de l’Ingénieure. Qu’est-ce que…
- Vy… Vyg… Vygotsky…
bégaya-t-elle, des larmes commençant à perler à ses yeux.
- Hé bien ? lança le vieillard. Ne serait-ce pas là la petite Elodie Ross ? Comment vas-tu ? Nous ne nous étions pas vus depuis la mort de tes parents, je crois ?

Il n’en fallut pas plus pour qu’Elodie perde soudainement son emprise sur les Kunai. Ceux-ci filèrent pour se planter à différents endroits du corps de l’Ingénieure qui cria de panique plus que de douleur. Elle recula en pleurnichant, ne voyant pas où elle allait à cause du sang chaud qui s’échappait de l’orbite de son œil gauche, transpercé par une des lames. Son bras droit était lui aussi marqué de plusieurs larges coupures et ses jambes avaient été mutilées, tranchant certains tendons et l’empêchant de tenir debout plus longtemps. Billy cria son nom en la réceptionnant, abandonnant la bombe et le coutelas par terre et sacrifiant son poignet blessé pour la rattraper. Elodie était en pleine crise de panique, la main gauche crispée sur son visage tandis qu’elle pleurait. Les autres militaires, qui ne comprenaient pas ce qu’il venait de se passer, regardaient la pauvre femme, désemparés.

- Que voilà un petit être fragile, lança le Dr Vygotsky avec entrain. Une expérience qui reste intéressante, néanmoins, mais qui ne mérite pas plus d’attention, désormais.
- Ta gueule !
cria Billy en relevant la tête, déformée par la haine. Elodie n’est pas une des tes foutues expériences !
- Bien sûr que si !
répliqua Vygotsky en élargissant le sourire. Une expérience qui consiste à abandonner le Programme pour la mettre dans un environnement différent, tout en lui faisant subir un traumatisme qui a encore des répercussions près de quarante ans après. Toutes. Toutes les Joëlle sont mes créations, quel que soit le chemin qu’elles ont emprunté, elles y ont toutes été forcées par MES décision. Je suis maitre du destin de chacune et des choix qu’elles pensent faire tout au long de leur vie, et ce, même si j’avais dû mourir !
- C’est faux !
renchérit Billy. Vous ne pouvez pas décider pour toutes ! Vous ne pouvez pas contrôler leurs vies, et encore moins la sienne !
- Voilà qui est touchant
, ricana le Docteur en penchant légèrement la tête. Mais dans ce cas, Mr le soldat, peut-être puis-je mettre un terme aux vôtres ?
- Quesnay !
cria soudain Luther.

Le soldat ainsi appelé n’attendit pas plus longtemps et lança sa Ball, invoquant son Steelix dans la salle. Le Pokémon gigantesque faisait désormais barrage entre les militaires et Pandora. Le géant grogna en approchant son museau de l’Infirmière, qui dût reculer en attrapant le Dr avec elle pour le mettre en sécurité. Profitant de la distraction, ils rappelèrent leurs Pokémon et le Lieutenant Horowitz aida Billy à soulever Elodie. Puis, sans attendre, ils suivirent le Major Luther qui courait vers les escaliers du cinquième étage, Brecht et Doyle sur les talons. Quesnay, lui, était resté pour ralentir l’Infirmière avec son Pokémon. Le sol même de la salle menaçait de s’écrouler sous le poids du Steelix.

Toujours prise de panique, Elodie ressentait de plus en plus la douleur physique la déchirer. Elle ne pouvait s’empêcher de crier et le fait qu’elle ne puisse plus bouger sa jambe gauche la terrifiait. Mais moins que cette angoissante présence, celle de ce monstre qui hantait ses pires cauchemars depuis l’âge de ses huit ans. Le groupe continuait d’avancer, oubliant toute prudence. La situation virait au fiasco, mais ils pouvaient peut-être encore trouver une échappatoire, voir continuer le sabotage.

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Depuis qu’il avait été arrêté dans cette même ville d’Illumis qu’il assiégeait en ce moment-même, le Professeur Xanthin vouait une haine sans limite envers Isaac Holley. Ce petit informaticien de pacotille l’avait roulé dans la farine, exploitant l’une des rares failles de sa plus belle invention. Ce sale opportuniste l’avait humilié et défiguré. Encore aujourd’hui, il avait mal à la mâchoire de temps en temps, à l’endroit exact ou son Terhal s’était jeté sur lui. Il avait d’ailleurs dû remplacer l’une ou l’autre dent.

Mais ce n’était pas tout. Après avoir été sorti de prison par le Professeur Higgs, il avait appris que ce diable d’Holley s’était approprié ses recherches. Il utilisait pour ses missions une combinaison similaire à celle qu’il testait alors dans la Ville Lumière. Surement l’avait-il modifiée au passage, l’améliorant sur divers aspects. Mais, aux yeux du Professeur Xanthin, il s’agissait ni plus ni moins que d’un vol éhonté.

Cependant, Xanthin n’était pas en reste. Depuis qu’il avait retrouvé sa liberté, le Professeur Higgs lui avait offert tous les moyens nécessaires pour poursuivre ses recherches. Il avait donc lui aussi eu l’occasion de perfectionner les Combinaisons Booster, améliorant leurs performances et leurs capacités. Et aujourd’hui une centaine de dresseurs était équipée du résultat de son génie pour faire tomber l’ensemble de l’Etat de Kalos !

Ces nouvelles combinaisons n’avaient plus rien à voir avec la version de base qu’il testait à l’époque sur la jeune Millie. Elles étaient maintenant beaucoup plus résistantes et amélioraient d’autant plus les capacités physiques et réflexes des porteurs. Elles étaient aussi légèrement plus légères et la méthode pour en prendre le contrôle à distance avait été revu, en particulier à cause de ce qu’il s’était produit, 17 ans plus tôt. Maintenant, il donnait ses ordres directement via une machine, un centre de contrôle qu’il occupait avant qu’Isaac n’arrive. Mais surtout, l’autonomie des combinaisons avait été revue à la hausse, intégrant des IA plus performantes à qui il pouvait librement donner le contrôle du dresseur. Et, au pire des cas, un système de sécurité pouvait rendre les commandes aux porteurs, mais il n’y avait aucune raison de l’utiliser. Ses hommes étaient en pilotage automatique et la marche à suivre n’était pas bien compliquée. Le Professeur Xanthin avait donc tout le loisir de donner à cet insolent intrus la leçon qu’il méritait.

- Tu pensais pouvoir mettre la pagaille, comme la dernière fois, pas vrai ? demanda Xanthin avec un rictus en s’avançant vers lui.
- C’était mon objectif de base, répliqua l’homme sous la combinaison. Je peux aussi te refaire le portrait si tu veux, comme au bon vieux t…

Xanthin ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase. Il s’élança avec une vitesse prodigieuse vers lui et le percuta d’un puissant coup de poing au visage, qui le propulsa contre le fond de la pièce, près de la porte par laquelle il était entré. Le Professeur Higgs l’avait prévenu qu’on risquait de lui envoyer cet informaticien prétentieux. Et, s’il ne s’attendait pas à le voir si vite, l’ancien membre de la Team Flare s’était tout de même équipé en vue de cet affrontement. Aussi portait-il sur lui une de ses propres combinaisons Booster, de la meilleure qualité et avec toutes les options possibles. Son chef d’œuvre. Il avait tout simplement activé le camouflage de celle-ci pour lui donner une apparence tout-à-fait normale, cachant ainsi le fait de la porter. Ainsi, et malgré son âge, il était amplement capable de rivaliser avec n’importe quel autre porteur de combinaison, et d’écraser n’importe qui d’autre n’en portant pas. Il sourit en voyant son adversaire se relever péniblement, imaginant son air ahuri sous son casque.

- Pas mal, non ? lança-t-il avec une expression narquoise. Je dois t’avouer que ça me fait un bien fou ! Ça me démangeait depuis le temps.
- Ouais, bof,
répliqua la voix d’Isaac une fois debout. Il en faudra d’autres pour…

A nouveau, Xanthin profita de sa prise de parole pour attaquer. Mais cette fois-ci, sa cible parvint à parer son attaque et même à répliquer d’un coup de jambe. Mais la protection de sa combinaison amortit le choc pourtant amplifié et lui-même l’imita, l’obligeant à sauter par au-dessus dans une pirouette presque acrobatique. Il était encore en vol que le Professeur prit appuie par terre pour s’élancer à son tour, un peu plus haut, concentrant toute l’énergie de sa combinaison dans son bras droit pour s’en servir comme d’un marteau et écraser son ennemi vers le sol. Heureusement pour ce dernier, il évita de justesse l’attaque et recula rapidement, voyant au passage que le sol était maintenant fissuré là où le poing de Xanthin avait finalement frappé. Puis, sans attendre, il se lança lui aussi à l’attaque, bien décidé à ne plus laisser le Professeur mener ce combat.

Les mouvements de chacun étaient rapides et difficiles à décrire. Tout spectateur qui aurait le malheur d’entrer dans la pièce aurait eu une grande difficulté à suivre les combats, tant chacun était véloce. L’agilité des deux adversaires leur permettait d’esquiver les coups trop puissants, et seuls les coups faibles mais rapides parvenaient à atteindre leur cible, tout en risquant une contre-attaque à tout instant. La combinaison du Professeur Xanthin, cependant, semblait être particulièrement robuste, malgré que son porteur soit aussi bien plus âgé que son adversaire.

Soudain, comme pour offrir une pause aux deux combattants, les portes s’ouvrirent à la volée, et un nouvel homme en combinaison entra, suivi d’un Dodrio et d’un Métang. Xanthin s’arrêta immédiatement en apercevant ce dernier, reconnaissant ce fichu Pokémon à qui il devait une mâchoire brisée. L’autre portait une de ses propres combinaisons, mais il ne s’agissait certainement pas d’un de ses hommes, en vue du comportement des Pokémon. C’était donc surement le partenaire d’Isaac dans cette mission, un quelconque gradé de l’Armée qui n’était surement pas encore habitué à utiliser sa combinaison.

- Colonel ! s’écria son adversaire, qui s’était lui aussi arrêté dans ses mouvements. Vous tombez à pic.
- Ouais, j’ai dû me… me débarrasser des autres …. avant, désolé pour mon… mon retard…
, bafouilla le nouvel arrivant, comme s’il avait du mal à respirer.
- Colonel ? s’étonna la voix d’Isaac.

Xanthin, qui l’avait un instant perdu, récupéra soudain son sourire narquois. La combinaison était abimée par endroit et, vu comme il parlait, ce militaire était certainement bien blessé. C’est qu’il avait dû affronter seul tous ses hommes du Dirigeable. Qu’il en soit sorti vainqueur était une grosse surprise, mais il fallait surement le mettre sur le compte de son entrainement militaire et de l’inexpérience de ses propres hommes, qui n’étaient pas pour rien restés dans le dirigeable. Mais même s’il était sorti gagnant, il était bien blessé, tout comme le Dodrio qui, malgré son air assassin, saignait abondement à ses trois têtes. D’ailleurs, il ne fallut pas longtemps avant que le soldat ne s’écroule, s’étalant de tout son long par terre.

- Colonel ! cria la voix paniquée d’Isaac derrière lui.
- Huhuhu… ricana Xanthin en se détournant de lui. Hé bien ? C’est ça, tes renforts, Holley ? C’est pitoyable.

Puis, soudain, son adversaire se jeta sur lui. Cette fois-ci, Xanthin ne fut pas assez rapide, et reçut le coup de plein fouet, reculant de quelques mètres. Mais s’il en avait eu le souffle coupé quelques secondes, sa combinaison avait largement amorti l’impact. Et le combat recommença rapidement entre les deux porteurs de Combinaison. Lorsque les deux Pokémon voulurent se mêler du combat, Xanthin invoqua rapidement les siens, un Nostenfer et un Sepiatroce, pour les occuper. Ce mouvement lui couta quelques coups au niveau des bras, le forçant de plus en plus à reculer. Xanthin comprit alors que son adversaire tentait de l’acculer contre un mur. Il tenta une fois de sauter par-dessus lui, sans succès, puis feinta pour passer sur les côtés. Mais à chaque fois son rival lui barrait la route et le poussait de plus en plus. Puis, comme il n’avait pas envie de finir contre un mur, il dévia plutôt pour se diriger vers la porte.

Lorsqu’enfin il se situa contre celle-ci, il laissa son adversaire lui asséner l’un ou l’autre coup afin de défoncer l’entrée de la pièce d’un coup de pied pour ensuite la traverser et se retrouver dans la grande pièce qui précédait. Dans celle-ci, il y avait de nombreux corps de Pokémon et de dresseurs par terre, inanimés. Mais Xanthin n’en avait que faire. Comme son opposant s’engouffrait à son tour dans la salle, il en profita pour le pousser contre un mur proche. Il retournait ainsi la situation. Ce n’était plus lui qui se retrouvait coincé contre un mur mais bien ce diable d’Isaac. Ainsi gêné dans ses mouvements, il ne pouvait plus aussi bien riposter et parer les attaques, et Xanthin en profita pour le rouer de coups, sans s’arrêter, prenant un malin plaisir à le faire souffrir. Il entendait des grognements et des cris étouffés sous le casque, ce qui lui procurait une immense satisfaction. Même s’il était équipé d’une combinaison, autant de coups ne pouvaient pas laisser indifférent, et la capacité d’amortissement devrait bien finir par baisser.

Après s’en être donné à cœur joie, Xanthin s’arrêta, épuisé, pour reprendre son souffle. Son équipement avait beau faire de lui un surhomme, il n’en restait pas moins fatigué par les efforts. Mais cela valait aussi pour cet opportuniste d’Holley, qui n’était plus de première jeunesse. Il ricana en voyant le corps de son adversaire assis par terre, la tête cachée par le casque penchée sur le côté. Enfin, il avait eu sa revanche ! Ce petit effronté avait fini par plié sous son génie. C’était lui qui avait fabriqué la meilleur Combinaison Booster, et il l’avait prouvé lors de ce combat.

Il poussa un soupir de soulagement puis regarda autour de lui. Tous ses hommes étaient KO, mais ce n’était pas bien grave. Il avait su gérer l’intrusion et allait maintenant pouvoir se concentrer plus en détail sur la destruction d’Illumis. Il allait retourner dans son centre de commande quand, soudain, son Nosfenfer traversa l’ouverture, poussé par ce qui devait être une attaque Hydrocanon, avant de retomber inerte au sol.

Xanthin s’arrêta alors subitement. Que son Pokémon soit vaincu n’était pas tant un problème. Mais ni Métang ni Dodrio n’étaient capables d’utiliser une telle attaque. Alors d’où venait-elle ? Pris soudain d’un doute, il se précipita à l’intérieur et poussa une exclamation de surprise devant la scène qui s’offrait à lui.

Sepiatroce aussi avait été mis hors combat, et un Amonistar s’était ajouté à Dodrio et Métang. Les trois Pokémon s’interposaient entre le Professeur et l’homme qui, quelques minutes avant, s’était écroulé par terre. Mais en ce moment, ce dernier était assis à son centre de commande et pianotait sur les touches avec une vitesse effarante, parfaitement conscient.

- Ha, vous revoilà ? lui lança la voix d’Isaac depuis son propre siège. Ça tombe bien, j’ai quasiment terminé.
- Qu’est-ce … Holley ?
s’exclama Xanthin avec un mouvement de recul, effaré. Mais… Je viens de vous tabasser à l’instant !
- Ha non, désolé, c’était le Colonel
, lui répondit Isaac d’une voix amusée. Décidément, mon modificateur de voix est vachement efficace contre vous.

Xanthin serra les poings, saisi par la colère. Sa mâchoire lui faisait à nouveau mal, autant à cause de ses souvenirs qui surgissaient que parce qu’il se mordait les lèvres à sang sous la haine. Comment avait-il put tomber une seconde fois dans ce piège ! Il n’avait pas été assez vigilent et cet enfoiré d’Isaac l’avait de nouveau berné pour l’éloigner de son centre de commande.

- Petit emmerdeur ! cria Xanthin avant de s’élancer rapidement vers lui, esquivant sans souci les trois Pokémon qui tentèrent de lui barrer la route.

Il allait lui asséner un violent uppercut en plein visage quand, vif comme l’éclair, Isaac pivota sur son siège et, avec ses bras croisé, dévia son bras vers le haut, l’empêchant de le toucher. Puis, sans prévenir, prenant appuie au sol, il se releva et poussa Xanthin en arrière avec une force qui surprit le septuagénaire. Il allait retomber en arrière, essayant tant bien que mal de se redresser, qu’un coup de jambe surpuissant le balaya vers la droite. Il retomba contre ses propres machines, brisant en partie ces dernières. Mais il se releva bien vite, aveuglé par la haine, pour repartir à l’assaut.

Isaac s’était maintenant éloigné du poste de commande et, sans gêne, provoquait Xanthin à venir l’attaquer, avec des gestes grossiers. L’intention du Professeur ainsi détournée, il ne vit pas sur son écran que l’ensemble de ses hommes se dirigeait maintenant vers la Place rose, comme l’avait ordonné Isaac pendant qu’il s’attaquait au Colonel Von Stradonitz.

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Le Général Nobel était à l’écart des affrontements, observant ses radars avec une pointe d’excitation. Enfin leurs adversaires filaient-ils tous vers la zone prévue. Cela signifiait que le plan de Mr Holley était une totale réussite. Il était temps, car, selon le Major Byron, ils avaient perdu beaucoup d’équipement et d’hommes jusqu’ici. Il avait bien failli sonner la retraite plusieurs fois en entendant à quel point ses hommes succombaient. Mais sa patience allait enfin pouvoir payer.

Ils allaient pouvoir se débarrasser de tous les dresseurs sous combinaison Booster d’un seul coup. Et cela n’allait leur coûté que quelques tonnes d’explosifs, disposés par ses soins dans toute la Place Rose. De quoi les accueillir de la manière la plus retentissante qui soit. Et une fois cela terminée, ils allaient pouvoir reprendre l’avantage des combats.

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Isaac était toujours aux prises avec le Professeur Xanthin, esquivant tant bien que mal ses assauts répétés et puissants. La colère qui l’avait saisi en se sentant à nouveau berné semblait l’avoir rendu plus fort, mais aussi moins réfléchi. Il s’attaquait à Isaac sans se soucier des coups qu’il recevait lui-même, que ce soit de la part de l’informaticien ou des Pokémon. Heureusement, sous sa propre combinaison, Isaac restait calme et parvenait à réduire au maximum les dégâts subis.

Subitement, une alarme se déclencha, provoquant un bruit aigu et très désagréable. Xanthin s’arrêta en plein mouvement, comme figé d’effroi. Pour la première fois, il se détourna de sa cible et se précipita vers son centre de commande. En voyant que les signaux de toutes ses combinaisons étaient en train de s’éteindre les uns après les autres, il poussa une série de jurons et se mit à pianoter sur son grand clavier de manière paniquée.

- Non, non, non, NON ! s’écria-t-il en brisant l’écran d’un coup de poing. Comment… Comment est-ce que…
- C’est pas si compliqué
, lança Isaac. J’ai juste eu à modifier les directives de vos hommes. Ils se sont tous dirigés vers un endroit bourré d’explosifs. Tu connais la suite, je crois.
- Espèce de petite enflure…
siffla Xanthin, effondré sur son centre de commande. Mon chef d’œuvre… des années de recherches… évanouie en un instant…

Isaac ne lui répondit pas. Il était discrètement en train de se diriger vers la sortie. Subitement, criant de rage, le Professeur Xanthin se releva pour foncer sur Isaac. Mais cette fois, Metang s’interposa et tenta de l’intercepter. Cependant, même s’il parvint à attraper ses deux bras, le Pokémon fut repoussé en arrière et Isaac esquiva le choc de justesse. Ainsi bloqué par le Pokémon, le Professeur eut tout juste le temps d’adresser un dernier regard de haine à Isaac avant de se prendre un violent coup de la tête. Fatigué par les efforts et par sa frustration, Xanthin finit par s’écrouler par terre, assommé une bonne fois pour toute. L’air méfiant, Isaac se rapprocha prudemment puis lui retira son casque. Voyant qu’il ne représentait plus une menace, l’informaticien soupira de soulagement. La mission était un succès.

Isaac remercia les Pokémon, rappela les siens et se dirigea avec Dodrio pour voir l’état du Colonel. Celui-ci commençait tout juste à remuer à nouveau.

- Alors, gémit-il avec sa propre voix cette fois-ci. J’ai été comment ?
- Formidable, Colonel
, assura Isaac en retirant son casque, lui adressant un sourire. Vous l’avez bien berné.
- Ma maman a toujours dit que j’étais un bon acteur,
répliqua le militaire essayant de se relever maladroitement.
- Je vais vous aider, lança Isaac en le soutenant par les épaules. Vous pourrez faire le trajet de retour ?
- T’inquiète, va, je ferai ça même dans mon sommeil
, plaisanta-t-il d’une voix fatiguée mais assurée.

Et c’est ainsi que, abandonnant le Dirigeable du Professeur Xanthin sans personne de conscient pour le piloter, Isaac Holley et le Colonel Von Stradonitz repartirent rejoindre les forces du Général Nobel, ayant réussi à accomplir une mission capitale pour la défense de l’Etat de Kalos.

Posté à 23h12 le 15/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Moment de la Rage (1/4)



D'après Albert Einstein :
Ce qui m’intéresse vraiment c’est de savoir si Dieu avait un quelconque choix en créant le monde


- Malgré ces heures sombres qui se profilent, continuait la voix du Premier Ministre d’Hoenn David Gandhi, nous devons garder la tête haute. Si la peur et la colère sont grandes dans nos cœurs, nous ne devons pas nous laisser guider par celles-ci. Restons sereins et unis, et c’est ainsi que nous vaincrons cette menace qui pèse sur notre mo…
- Et gnagnagna, et ne soyez pas des brutes, et blablabla…
pesta le Premier Ministre Descartes en coupant sa radio tout en faisant des grimaces. Ce n’est pas avec ton attitude de trouillard qu’on va gagner cette putain de guerre, tocard…

Il poussa un profond soupir et laissa sa tête retomber, soutenue par sa main droite, et renifla bruyamment. Le politicien était extrêmement fatigué par ces dernières heures. Le voyage à dos de Dracolosse sous une pluie battante de la veille lui avait sûrement fait attraper un rhume par-dessus le marché. Et à peine était-il retourné à son bureau d’Illumis qu’il avait dû faire face à de nouveaux problèmes. Avec les Généraux à écouter, les ordres à donner et les nombreuses décisions à prendre, il était d’une humeur encore plus massacrante que d’habitude, malgré le grand soleil de cette après-midi. Il avait aussi besoin de sommeil, n’ayant quasiment pas eu le temps pour dormir. Mais, surtout, il craignait pour sa propre vie.

Il avait fait l’erreur d’allumer sa radio afin de prendre des nouvelles d’autres régions, cherchant des pistes à suivre pour tirer son Etat, et aussi sa peau, du pétrin dans lequel ils s’étaient tous vus contraints de s’empêtrer. Au lieu de ça, il était d’abord tombé sur un discours de sa collègue de Sinnoh, Meredith Robespierre, puis sur celui de David Gandhi. Ce dernier l’avait particulièrement énervé, jugeant la manœuvre inutile alors qu’il attendait de leur part des idées plus brillantes. Au lieu de ça, simplement des mots adressés au peuple pour ne pas perdre courage et ne pas sombrer dans la violence. Une vraie perte de temps !

Son bureau se trouvait au dernier étage de la Tour Prismatique. Un lieu fort de sens, qui lui donnait une vue sur l’ensemble de la Ville Lumière. Un peu interdits devant ses réactions moroses, quatre officiers attendaient sans oser rompre le silence. Le plus haut gradé d’entre eux, le Général Baudouin Nobel, qui avait accompagné le Premier depuis l’Ile Union, paraissait lui aussi d’humeur bougonne sous sa barbe touffue et adressait à Descartes un regard rude auquel ce dernier ne prêtait aucune attention, trop occupé à se morfondre tout seul.

- Si je puis me permettre, Monsieur, lança-t-il finalement d’une voix forte, vous devriez peut-être envisager de faire un discours, vous aussi.
- Un discours ?
répéta le Premier avec dégoût. Pour ressembler à une tafiole à la Gandhi ? Non merci, j’ai des trucs plus urgents à foutre.
- Ce n’est pas pour vous, mais pour le peuple
, renchérit Nobel, furieux. La population a besoin de se sentir soutenue par les autorités. Ils ont besoin d’un courage que seul un haut responsable peut leur fournir dans des moments pareils !
- Et du courage, qui va m’en donner, à moi ?
répliqua Descartes, furieux, en se relevant presque. Le peuple va me sauver, peut-être ? Non, Nobel, ça, c’est votre job et …

Le Général avait à peine fait un pas en direction du Ministre, les poings crispés par la colère, qu’on frappa à la porte. Nobel et Descartes arrêtèrent immédiatement leur dispute, au grand soulagement des autres militaires, qui étaient sur le point d’intervenir pour empêcher leur Supérieur de fracasser la tête du Ministre sur le mur. Un silence pesant s’installa pendant quelques secondes au bout desquelles Descartes donna l’ordre d’ouvrir la porte, l’air maussade. Aussitôt le Colonel Von Stradonitz entra, suivi d’un homme d’une soixantaine d’année qui avait revêtu une étrange combinaison noir et portait un casque dans les mains. Ce dernier déglutit en apercevant les militaires et le Ministre, qui poussa un grand soupir en se cachant le visage de la main droite.

- Je savais que ce connard de Darwin se fichait de moi, pesta-t-il à voix basse mais suffisamment haute pour que tout le monde l’entende.
- Ha, voilà donc le fameux expert dont parlait le Colonel Cornell ! lança Baudouin Nobel, ouvrant les bras avec enthousiasme. Mr Holley, c’est bien ça ?
- Isaac Holley
, confirma ce dernier en ignorant le Premier Ministre. Alors comme ça, Kalos est attaquée par des dresseurs en combinaison ?
- C’est ça, comme la vôtre
, répondit le Général en hochant la tête. Le Colonel Von Stradonitz vous a déjà fait un briefing sur le chemin, je crois ?
- Grosso modo, Général
, répondit le Chef de la Brigade Aérienne en s’étirant les bras derrière la tête, l’air décontracté.
- Vous pensez que vous pourrez nous aider à faire face à cette menace d’un genre inconnu pour nos services, Mr Holley ? demanda Nobel d’un ton plus grave.
- Je devrais pouvoir, répondit l’informaticien. A quelle distance sont-ils d’Illumis ?
- On les attend pour dans une bonne heure
, intervint un officier en retrait, le Major Byron, en croisant les bras, comme pour se mettre sur la défensive. Ils sont suivis par quelques dirigeables qui bombardent les villes après leur passage, et nos forces déployées pour les arrêter à Neuvartault ont été rapidement décimées. On estime le nombre d’effectifs ennemis sous combinaison à une bonne centaine d’hommes. S’ils ne sont pas invincibles, ils sont vraiment très dangereux. Mais on en a quand même capturés quelques-uns.
- Je vois … est-ce que l’Armée a de quoi abattre les Dirigeables ?
- Oui, mais le souci, c’est que ces hommes ou ces femmes en combinaisons avancent en première ligne pour désarmer nos dispositifs et leur permettre d’avancer tranquillement
, répondit Nobel en se grattant la barbe. Et dans une ville comme celle-ci, les manœuvres ne sont pas très simples à effectuer…
- Bien… Dans ce cas, j’ai peut-être un plan à vous proposer
, lança Isaac après quelques secondes de réflexion.

Le Ministre, derrière son bureau, eut un petit rire nerveux en relevant les sourcils d’un air condescendant. Le Général, par contre, semblait bien plus ouvert à l’écoute et le Colonel Von Stradonitz, quand il entendit son nom dans la discussion qui suivit se sentit d’un seul coup stimulé. Le plan était osé, mais cela valait le coup d’essayer. Ils n’avaient pas non plus beaucoup d’autres choix.

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L’Agent Beladonis était en train de faire tourner négligemment sa cuillère en plastique dans le café de piètre qualité qu’il s’était pris à la machine du premier étage du centre commercial. Il avait un arrière-goût de plastique et était à peine chaud, mais, malgré ça, le Policier avait besoin de la dose de caféine fournie par le breuvage. Il avait le visage sombre, songeant à la suite des évènements. On lui avait confié l’encadrement de l’évacuation complète de Celadopole, une mission rebaptisée Opération Fouinette. Il revenait de plusieurs heures avec des collègues et quelques militaires afin d’organiser les escortes et les voyages. Il n’y avait pas de temps à perdre et, si la nuit était tombée, la journée serait encore longue pour tout le monde.

Le Ministre Darwin avait réquisitionné de nombreux lieux afin d’accueillir les milliers de personnes qui attendaient en ce moment dans Celadopole. Il s’agissait pour la plupart de sites souterrains, et certains de ces lieux étaient même des bases secrètes de l’Armée, dont l’agent Beladonis, malgré son haut grade au sein de la Police Internationale, n’avait jamais entendu parler. C’était dans l’une d’elles que lui-même allait se rendre avec un groupe d’une bonne centaine de personnes. Une base creusée secrètement sur l’ancienne Ile de Cramois’Ile, sous les décombres de l’éruption d’il y a 20 ans.

Pour ce faire, ils allaient devoir piquer à travers une réserve naturelle normalement interdite d’accès au public. Plusieurs militaires devaient encadrer le groupe avec lui, car, selon le Premier Ministre Darwin, qui avait longtemps occupé le poste de Ministre de la Gestion, cette zone n’était pas réglementée pour rien. Mais au moins, leur trajet serait-il parfaitement discret, jusqu’à atteindre Parmanie, où quelques petits bateaux discrets les conduiraient jusqu’à leur destination finale. Ils devraient y vivre le temps que la situation à Kanto ne revienne à la normale. L’agent Beladonis devrait alors s’assurer que la petite communauté ne manque de rien, vérifierait comment les autres se débrouillaient, puis reviendrait aider l’Armée sur place, en espérant qu’elle n’ait pas été vaincue entre-temps…

Au fond de lui, l’agent Beladonis enrageait. Il avait traqué des organisations terroristes toute sa vie, défait des gangs et arrêté de nombreux trouble-fêtes pour éviter que ce jour arrive. Et pourtant, malgré tous ses efforts et ceux de ses collègues de la Police Internationale, la Guerre était finalement née, d’une des personnes qu’il pensait être les moins susceptibles de provoquer un tel bouleversement. Etait-ce là une finalité, un destin indissociable à l’humanité ? Les hommes étaient-ils condamnés à se déchirer entre eux, quels que soient les efforts de certains pour les en empêcher ?

Il regarda sa montre. L’Opération Fouinette commencerait officiellement dans moins d’une heure, maintenant. Ses hommes finissaient de distribuer des badges de couleurs aux réfugiés, afin de les répartir selon les zones qu’ils occuperaient pour la suite. C’était un ordinateur qui avait fait le tri avec une vitesse épatante. L’Agent Beladonis aurait préféré le faire en étudiant un peu plus le parcours familial de chacun, afin de ne pas séparer les familles. Mais comme le temps manquait, il n’avait émis aucun commentaire quant aux décisions de l’IA. Il ne savait pas alors que Kate s’était justement concentrée sur le caractère familial pour établir son classement.
Il avala le reste de son café immonde, fit une grimace, puis jeta le verre en plastique dans une poubelle, avant de se dire qu’elle ne risquait pas d’être vidée avant un bon moment. Il chassa cette idée de son esprit et descendit l’escalier. Autour de lui, les hommes et les femmes discutaient, l’air inquiet, tout en se partageant les couleurs qu’ils avaient reçues. Il entendait quelques murmures sur son passage, mais n’y prêtait pas attention. Il savait qu’abandonner son train de vie quotidien subitement pouvait provoquer beaucoup de colère, et il n’avait aucune envie de l’attiser.

Il allait sortir du Centre Commercial quand il sentit une main se poser sur son épaule et une voix l’appeler par son nom d’agent. Il s’arrêta, surpris, essayant de mettre un nom sur cette voix qui lui semblait familière, puis se retourna pour faire face à Stephen Shelley, le vieil écrivain, qui le regardait d’un air froid et rude. Derrière lui, il reconnut le Professeur Caul, qu’il avait rencontré en même temps que l’autre, en tant que consultant sur une affaire à Illumis. La troisième personne, un homme qui semblait avoir son âge à lui, lui était par contre totalement inconnue.

- Nous souhaitions justement vous parler, Mr Beladonis, lança Stephen en retirant sa main de son épaule. Vous avez un instant ?
- Faites vite, Mr Shelley
, soupira l’Agent de la Police Internationale, l’air embêté. C’est à propos de l’Opération Fouinette peut-être ? Si vous n’avez pas la même couleur, je suis désolé mais…
- Non, pas de souci, Kate nous a mis dans le même groupe
, l’interrompit l’inconnu, surprenant Beladonis à l’évocation du nom de l’IA en charge de la répartition.
- Mais en vérité, on ne souhaite pas participer à l’Opération Fouinette, lança Stephen, assez sèchement.
- Quoi ?! s’exclama Beladonis en plissant les yeux. Mais enfin, messieurs, il en va de vos vies ! Si vous restez ici, vous risquez d’être blessés ou tués dans les batailles !
- Ha, mais je vous rassure, on ne compte pas restez ici non plus
, lança le Professeur Caul. Seulement… nous avons quelque chose d’important à faire. Autre part…
- Quelque chose d’important ?
répéta l’homme en imperméable avec un air sceptique. Dois-je vous rappeler que nous sommes en guerre ?
- On le sait parfaitement, bougre de Ramoloss
, s’écria Stephen avec mauvaise humeur. Et c’est justement pour en finir au plus vite qu’on veut se rendre au nord.
- Mais… mais enfin, il n’y a rien au nord…
bredouilla Beladonis, soudain troublé. Que pourriez-vous pouvo…
- C’est Higgs que nous voulons arrêter
, lança le Professeur Caul.
- Chut ! répliqua le Policier en agitant son index devant sa bouche. Moins fort ! Comment savez-vous que …
- C’est moi qui ai fabriquée l’IA qui vous aide
, répondit Patrick Stearns. Elle savait que ça nous intéresserait, alors elle nous l’a dit.
- Ho bordel…
soupira-t-il en plaquant la main sur son front. Bon… Quand bien même, il est hors de question que je vous laisse vous y rendre… C’est trop dangereux.
- Ho, hé, gamin, file nous juste un hélicoptère et on se débrouillera
, se fâcha Stephen. J’ai pris quelques leçons dans le temps et si y a en plus le pilotage automatique ça ira.
- Mr Shelley, vous n’êtes pas sérieux j’espère ?
riposta Beladonis, sur la défensive. Je suis désolé, mais c’est hors de question. Maintenant, laissez-moi, je dois encore régler plusieurs choses.

Et sans attendre les protestations des vieillards et de l’informaticien, il se détourna et passa l’encadrement des portes d’un air décidé. Il fit plusieurs pas puis se retourna soudain avec un air exaspéré. S’ils s’étaient tus, les trois hommes l’avaient suivi, mais le bruit de leurs pas les avait trahis. Il allait faire un pas vers eux pour les raccompagner à l’intérieur quand, soudain, il les vit mettre sur le visage des morceaux de tissus, afin de recouvrir leur nez et leur bouche. Il les regarda, surpris, puis eut un mouvement de recul en comprenant ce qu’ils mijotaient. Il allait courir pour se mettre à l’abri mais le Professeur Caul avait déjà lâché la petite bombe qui, en touchant le sol, libéra un vaste nuage de spores soporifiques dans un rayon de 4 mètres. L’agent Beladonis toussa à trois reprises puis s’écroula au sol. Aldebert se précipita vers lui, pour prendre son pouls.

- C’est bon, pas de réaction allergique visible, lança-t-il en se risquant à enlever son masque.
- On a combien de temps avant qu’il se réveille ? demanda Patrick Stearns.
- Environ une vingtaine de minutes, répondit Aldebert en regardant autour de lui. Je ne voulais pas qu’il ne puisse pas faire son boulot pour les autres.
- Dépêchons-nous
, lança Stephen, l’air sombre. Faudrait pas qu’on tombe sur un Policier ou un militaire maintenant…

Les deux autres approuvèrent et abandonnèrent là le corps endormi de l’Agent Beladonis. Grâce à Kate, ils savaient où attendaient les hélicoptères affectés à l’Opération Fouinette, et ils avaient un œil sur les caméras de la ville, histoire de ne pas se faire bêtement repérer par quelqu’un qui n’aurait pas dû se trouver là. Les pilotes étaient dans l’ancienne planque des Rocket, sous le casino, à écouter un dernier briefing, ils avaient donc le champ presque libre pour en emprunter un. Et si quelqu’un tentait de les en empêcher, ils avaient de nombreuses autres bombes à spores. Aldebert aurait préféré ne pas en arriver là, mais comme l’Agent Beladonis avait refusé de coopérer, ils n’avaient pas eu d’autres choix. C’était peut-être leur unique chance d’atteindre le Professeur Higgs et, éventuellement, d’arrêter la guerre en marche.

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Comme prévu, le Major Campbell et Elodie Ross avaient rejoint un convoi militaire en direction de Johto. Il s’agissait là de renforts auxquels les soldats déjà sur place ne pouvaient pas dire non. Selon les dernières nouvelles, la situation y était particulièrement préoccupante. Outre quelques attentats dans différents lieux très fréquentés, on avait noté l’apparition de plusieurs dirigeables. Ces derniers avaient bombardé plusieurs villages, dont Ville Griotte et Mauville, et semblaient tout droit se diriger vers Doublonville, la cité la plus peuplée de la région. C’était d’ailleurs là-bas que se rendaient plus de trois cents soldats, à bord de différents véhicules tout-terrain. Ils avaient décidé d’emprunter la route du Train Magnétique, une zone normalement interdite et dangereuse, mais qui avait été rendue accessible via le sabotage interne de la Centrale de Kanto. Au moins ne risquaient-ils pas de voir le Train leur rentrer dedans subitement, et empêcheraient-ils leurs ennemis, toujours planqués à Safrania, de rejoindre leurs ennemis avant eux.

La route avait été très longue. Ils avaient dû rouler la nuit entière pour quitter la région, et toute la matinée avant d’atteindre Doublonville. Les conducteurs se relayaient afin de ne pas souffrir trop de la fatigue, mais, même si Elodie et Billy n’en faisaient pas partis, ils avaient eu beaucoup de mal à se reposer. En effet, le trajet n’avait pas été de tout repos. Ils avaient essuyé plusieurs attaques de Chimères ou de dresseurs sur la route, et ils avaient perdu quatre véhicules sur des explosifs planqués dans le sol. Ils devaient rester sur le qui-vive, prêts à riposter au moindre signe de danger. Heureusement, ils étaient extrêmement bien équipés, puisqu’on ne comptait pas moins de 20 tanks au milieu des 75 jeeps qui avaient quitté Celadopole.

Le Major Campbell avait été soigné de ses blessures à la va-vite par le Dr Hemingway, un médecin grognon qui, apparemment, occupait d’ordinaire le poste de légiste dans la police internationale. Ce n’était pas très étonnant, car, depuis des décennies, le métier de médecin était devenu de plus en plus inaccessible, presque réservé aux Infirmières des Centres Pokémon. Même l’Armée était en manque de thérapeutes, puisqu’elle avait pu se fier jusqu’ici aux femmes aux cheveux roses pour soigner leurs Pokémon comme leurs effectifs. Du coup, Billy avait rapidement été désinfecté au niveau des plaies, puis Hemingway lui avait maladroitement installé une attelle au poignet, qu’Elodie avait ensuite réajustée. On lui avait ensuite donné toute une boite d’antidouleurs, sans aucune instruction quant à la quantité à prendre. Il n’avait même pas été question de le mettre à l’écart pour son poignet.

Arbok, quant à lui, avait une tête parsemée de bandages. S’il ne ressentait pas la douleur, cela ne l’empêcherait pas de succomber si ces blessures venaient à être trop lourdes. Beaucoup d’autres Pokémon avaient été blessés lors de la bataille de la Route 7. Et c’était justement là le problème. Car, s’ils disposaient à la base de plus d’effectifs que les forces du Professeur Higgs, ceux-ci avaient le monopole des Centres Pokémon, comme d’ordinaire. Ils pouvaient soigner tous leurs Pokémon et repartir combattre comme s’ils entraient seulement dans le conflit. Or, eux ne pouvaient pas se le permettre. Il leur était donc nécessaire d’abattre ou de capturer leurs adversaires s’ils voulaient s’en débarrasser.

Elodie, quant à elle, avait dû donner ses instructions avant de partir à différents ingénieurs civils volontaires trouvés par le Colonel Cornell. S’il voulait qu’elle participe au sauvetage de Jotho, Marcus Cornell tenait aussi à avoir le soutien technologique d’Elodie à disposition sur place. Elle avait expliqué très précisément comment fabriquer ses classiques bombes à ultrasons ou comment améliorer certains véhicules de l’Armée. Une récréation qui s’était révélée très bénéfique pour elle, lui permettant d’oublier, l’espace de quelques instants, la situation désastreuse dans laquelle ils se trouvaient, ainsi que les paroles de Lester Cushing, qui résonnaient encore par moment dans sa tête. Elle avait ensuite rejoint le convoi sur le départ et s’était installée aux côtés du Major. Puis ils étaient partis, sans avoir le temps de dire au-revoir à Aldebert.

Quand leur véhicule passa sur un nid-de-poule, faisant sursauter ses occupants, l’Ingénieure se réveilla. Elle s’était finalement endormie sur les épaules du Major l’espace d’une heure, peut-être deux. Elle se frotta les yeux et observa ce dernier. Il détourna son regard plein de cernes du paysage et lui adressa un sourire bienveillant.

- Bien dormi ? demanda-t-il.
- Pas trop mal, mentit Elodie en lui rendant son sourire. On est bientôt arrivés ?
- On ne devrait pas tarder
, confirma Billy dans un soupir. Mais les nouvelles sont assez mauvaises…
- Quoi ?
s’exclama-t-elle en se redressant soudain. Comment ça ?
- Rosalia a été réduite en cendres et, apparemment, leur cible suivante était Doublonville. Ils ont surement déjà commencé l’offensive.
- Ho bon sang
, souffla Elodie en posant sa main devant le visage, l’air effarée. Mais … et les habitants ?
- Ceux de Rosalia avaient été prévenus, la plupart ont réussi à fuir
, affirma Billy d’un air confiant. Je suppose que c’est pareil à Doublonville. Et puis, là-bas, il y a les hommes du Général Planck qui les attendaient pour la riposte. On va d’ailleurs les rejoindre, mais on n’a pas beaucoup de nouvelles de leur part…
- On va donc arriver en plein conflit…
, chuchota l’Ingénieure, pas très rassurée.
- Je pense bien mais... Hey !

Leur véhicule venait brusquement de bifurquer et de s’engager dans une zone plus sauvage et forestière, où les déplacements étaient moins aisés, sans pour autant perdre en vitesse. Les occupants étaient secouées dans tous les sens et les trois jeunes soldats qui les accompagnaient manifestèrent leur surprise en ronchonnant, allant jusqu’à frapper sur la vitre qui les séparait des pilotes pour faire entendre leur mécontentement. Mais ce changement soudain de direction n’était pas un cas isolé, puisque, depuis l’arrière, Billy pouvait voir que les autres jeeps les suivaient, tout comme les tanks. Il lança un regard interrogateur aux autres soldats, ayant pour toute réponse des haussements d’épaules.

Puis, environ un quart d’heure plus tard, ils débarquèrent sur une route pavée et bien plus harmonieuse. Elodie lança une brusque exclamation et pointa le doigt vers le Stade du Pokéathlon quand elle le reconnut. Puis, après quelques mètres, ils sentirent leur voiture freiner, avant de s’arrêter complètement. Un coup sur la vitre leur donna l’ordre de sortir, et ils s’exécutèrent. Dehors, on avait installé tout un campement de tentes près du stade et plusieurs milliers d’hommes semblaient y attendre, l’air maussade. Aussitôt, un homme en uniforme, plutôt baraqué, un cigare à la bouche, se dirigea vers eux pour serrer la main aux deux Colonels chargés de la mission de renfort, tandis que le reste des soldats sous leurs ordres sortaient des véhicules, intrigués.

- Tu ne viens pas de me dire qu’on allait débarquer en plein conflit ? demanda Elodie, méfiante.
- C’était les dernières nouvelles… répondit Billy en plissant les yeux. Je ne comprends pas… qu’est-ce qu’on fait à l’écart de la ville…
- Billy
, regarde, lança Elodie en pointant une des grandes tentes du doigt, là où une majorité des troupes du Général Planck semblait être regroupée. Ils ont l’air blessés… Tu crois que…
- Merde
, pesta Billy, abattu. On a quand même pas déjà perdu…

Autour d’eux, la rumeur des conversations commençait à battre son plein. Tous s’interrogeaient sur la situation. Alors que le Général Planck et leurs deux Supérieurs partaient se réfugier sous une tente, juste après leur avoir fait signe de ne pas bouger, mais sans donner la moindre explication, tout le monde y alla bon train avec son explication. Pour quelques optimistes, l’Armée avait peut-être réussi à repousser les ennemis. Mais beaucoup, comme Billy, ne pouvaient s’empêcher de penser au contraire. Finalement, si cela n’apportait que plus de questions, les chauffeurs qui les avaient conduits ici expliquèrent que tout un groupe de soldats leur avait fait signe de les suivre. Il aurait pu s’agir d’un piège, mais le Colonels Montgomery et Patton avaient décidé de leur faire confiance, et avaient donné l’ordre de les suivre, tout en préparant les tanks en cas de guet-apens. Mais cela n’expliquait pas pour autant pourquoi le Général Planck avait établi le campement ici, ni pourquoi il ne les avait pas contactés pour les prévenir.

Assez dubitative, Elodie se contentait d’observer les alentours, tandis que Billy cherchait à en savoir plus. La zone était à l’écart de la ville, et elle pouvait voir un grand nombre de véhicules de guerre, rangés en rang d’oignon. Il y avait presque une centaine de tank, des USI – 215 pour la plupart, de puissantes armes de guerre. L’Ingénieure avait été comme une folle lorsqu’elle avait dû en inspecter un lors d’une de ses missions pour la Police Internationale, et elle savait qu’il y avait de quoi mener une lourde offensive. Eux étaient venus avec des M47 Pasteur, un modèle tout nouveau, plus léger et rapide, baptisé en hommage à l’Ancien Général et grand-père de Naomie. Derrière eux, il y avait un grand nombre de canon à obus, capables de tirer des projectiles de calibres 155 mm avec une vitesse de 560 m/sec. Ces machines de guerre étaient chargées à l’arrière de puissantes camionnettes. En temps normal, Elodie se serait sentie comme un enfant au matin de Noël et se serait précipitée pour admirer les puissants moteurs de ces titans d’acier de plus près. Mais l’heure n’était pas au divertissement.

Finalement, le Colonel Montgomery sortit de la tente et commença à appeler les différents Major sous leurs ordres. Billy se dirigea avec ses collègues qui furent répartis à différentes zones avec leurs Lieutenants et leurs équipes respectives. Il ne restait au final plus que lui, et on appela un autre officier de Planck pour le rejoindre sous la tente. Mais Billy en sortit bien vite, faisant signe à Elodie de venir. Elle déglutit et accourut rapidement, ayant hâte d’en savoir plus, mais appréhendant les réponses à ses questions.

Elodie entra sous la tente. On y avait dressé un lit de camp avec une simple couverture dans un coin, et deux grandes cartes parsemées de croix tracées à la main et représentant respectivement la Région de Johto et Doublonville avaient été affichées sur la toile de la tente. Enfin, un grand bureau en bois et couvert de différents documents prenait une grande partie de l’espace. Derrière le bureau, le Général Planck, un cigare éteint à la bouche, l’observait avec curiosité. En retrait, le Colonel Patton lui chuchota discrètement quelque chose que l’Ingénieure ne put entendre. Billy lui adressa un clin d’œil rassurant avant de détourner la tête pour signifier au Général qu’ils étaient prêts à entendre ce qu’il avait à dire. Elle remarqua ensuite un autre homme qui, d’après son uniforme identique à celui de son ami, devait être lui aussi Major. Elle ne l’avait pas de suite remarqué, presque caché sur le côté. Il avait un large bandage qui lui recouvrait une bonne partie du visage, telle une momie.

- Mademoiselle Raze, c’est bien ça ? demanda le Général en retirant son cigare de la bouche pour le secouer avant de l’écraser dans un cendrier improvisé.
- Ross, le corrigea Elodie avec un sourire naissant.
- Peu importe, répliqua Planck en soupirant. D’après le Colonel Pitton, vous êtes une Ingénieure de génie, recommandée par notre Premier Ministre, c’est bien ça ?
- Je plaide coupable,
répondit-elle en rougissant un peu.
- Parfait, dans ce cas, vous allez pouvoir nous être très utile, renchérit le Général en se levant pour montrer une croix sur la grande carte de la ville. Vous allez prendre part à une opération de sabotage ici-même.

Elodie fronça les sourcils en entendant le terme « sabotage ». Elle adressa un regard étonné à Billy, qui affichait une mine rassurante. De l’autre côté, elle entendit l’autre Major se racler la gorge, comme pour se préparer à parler. Puis elle se rapprocha pour mieux observer la carte du Général. Ce dernier pointait du doigt l’un des bâtiments les plus connus de Doublonville : La Tour Radio.

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Le Général Nobel était particulièrement tendu. D’après les derniers rapports, leurs ennemis n’allaient pas tarder à s’introduire dans la ville Lumière. Ce n’était plus qu’une question de minutes. Déjà un grand dirigeable apparaissait dans le ciel, au loin. D’après Isaac, le centre de commande qui gérait la logistique de tous les dresseurs en combinaison devait se trouver là-dedans. La mission de Mr Holley et du Colonel Von Stradonitz était de s’infiltrer dans ce fameux dirigeable et d’avoir accès aux machines de contrôle pour offrir leur chance aux militaires.

Depuis quelques minutes déjà, Nobel pointait le dirigeable avec ses jumelles. Il s’était arrêté à bonne distance de la ville, et était inaccessible à leurs canons pour le moment. Les hommes en combinaison venaient certainement d’entrer en ville et, déjà, son talkie-walkie commençait à résonner. Ils avaient fait exprès d’installer pas mal de canons, sans trop de munition, afin d’occuper les forces ennemies le temps du sabotage.

Le temps était très gris pour ce début d’après-midi et, enfin, il vit le Roucarnage du Colonel quitter les nuages pour se diriger vers leur cible. Le Général retint son souffle, ayant peur de voir ses espoirs se faire abattre en plein vol. Mais non, le Pokémon parvint à se placer à l’arrière et ses deux occupants réussirent à s’introduire par une sorte de piste de décollage. Il ne pouvait plus voir ce qu’il s’y passait désormais, mais au moins avaient-ils atteint leur premier objectif. Il poussa un grand soupir et saisit son talkie pour communiquer ses ordres. S’ils respectaient correctement le plan d’Isaac, et que ce dernier parvenait à tromper leurs adversaires comme prévu, alors ils allaient remporter cette bataille.

Sur la fameuse piste de décollage, le Colonel et l’informaticien furent rapidement accueillis par deux dresseurs en uniforme. Mais ceux-ci, cependant, ne semblaient pas hostiles. En effet, Isaac et Holley avaient tous les deux revêtu une Combinaison semblable, les forces du Général en ayant récupérée une après les affrontements de Bourg Croquis. Ils paraissaient simplement étonnés, n’ayant même pas revêtu leur casque. Isaac en profita pour passer immédiatement à l’attaque, bondissant avec vélocité pour assommer le plus proche. Le second, la surprise passée, venait de mettre son casque quand le Colonel l’attrapa en lui faisant une clé de bras, pour l’immobiliser le temps qu’Isaac intervienne à son tour. Une fois leurs deux adversaires inconscients, ils les ligotèrent rapidement avec des câbles qu’ils trouvèrent sur place et, sans plus attendre, passèrent à la salle suivante, leurs Pokémon prêts à être invoqués.

Dans cette dernière salle se trouvaient des dizaines d’ordinateurs et d’écran, qui affichaient le suivi de certaines combinaisons, mais aussi une carte de Kalos avec différents marqueurs. Mais il y avait surtout une vingtaine de personnes, des scientifiques pour la plupart, ainsi que quelques autres dresseurs sous leur combinaison Booster. Les hommes en blouse blanche se levèrent soudainement d’un air paniqué, s’éloignant vers le fond de la salle tandis que leurs protecteurs s’avançaient, maintenant leurs Balls en main.

- C’est ici ? demanda Von Stradonitz.
- Je ne pense pas, il n’est pas là et je pencherai plutôt pour un ordinateur central, ici, c’est juste pour avoir un œil sur chaque combinaison individuellement, je crois.
- D’accord, donc pas la peine de s’éterniser
, lança le Colonel. Au boulot, Monsieur !

Et sans attendre, le Colonel se lança dans la mêlée, vite suivi par leurs adversaires. Ceux-ci avaient l’avantage du nombre, mais le Colonel celui de la technique. Surprenant tous les hommes présents, ce dernier enchainait les coups et les pirouettes, esquivant coups sur coups, puis fit finalement appel à son Dodrio et son Flambusard pour lui venir en aide. Finalement, Isaac le rejoignit, accompagné de Metang et Fibonacci. Lui avait l’avantage de l’expérience, sachant se servir mieux que quiconque de la combinaison qu’il avait lui-même retravaillée. Et malgré son âge, il se battait bien mieux que certains petits jeunes qui n’avaient pas dû porter l’invention du Professeur Xanthin plus que quelques fois auparavant.

Finalement, le combat déviant à l’avantage des intrus, l’un d’eux sortit brusquement de la baston, entrainant avec lui un adversaire au cou d’un mouvement de coude. Il se mit soudainement à sprinter pour se diriger vers la porte du fond, repoussant le jeune scientifique qui tentait de s’interposer. Puis, avec une roulade, pour éviter l’attaque d’un Nosferalto, il pénétra dans la fameuse salle.

Celle-ci était plongée dans l’obscurité. La seule lumière qu’ils détectaient provenait des nombreux voyants qui s’allumaient à intervalle réguliers sur différentes machines inconnues, ainsi que d’un grand écran qui recouvrait presque l’entièreté du mur du fond. Assis sur un siège, un homme chauve se releva et se tourna vers le nouvel arrivant, un sourire sadique au visage. Il portait des lunettes aux verres rouges, ainsi qu’une tenue de la même couleur. L’homme devait être âgé de presque 70 ans.

- Comme on se retrouve, lança-t-il d’une voix amusée. Isaac Holley, celui qui m’a envoyé en prison après m’avoir ridiculisé. Celui à qui je dois ma plus grande humiliation se prépare à poser les genoux au sol face à mon génie !
- Salut, Xanthin
, répliqua la voix d’Isaac depuis la combinaison. Ça faisait un bail.

Posté à 09h47 le 09/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Moment du Discours (2/2)



Pas très loin de là, deux dresseurs menaient les affrontements contre les militaires. Le premier, Koga, avait longtemps été Champion d’arène avant d’être promu par Red au titre de membre du Conseil. Cet homme d’une cinquantaine d’année suivait un entrainement et un régime strict, qui le maintenaient dans une forme olympique. Il était très adroit de ses mains et se battait à l’aide de couteaux qu’il n’hésitait pas à lancer, en sortant de nouveaux de diverses cachettes sans crier gare. Il était rapide et vif d’esprit, et en totale synergie avec ses Pokémon. Grotadmorv et Migalos capturaient Pokémon et soldats avant que leur dresseur ne leur donne le coup de grâce. Le second dresseur, plus jeune, restait plus en retrait, en compagnie de ses Pokémon. Comme Koga, il était un membre du Conseil depuis presque 20 ans. Il se prénommait Clément et cachait son visage sous un masque. Il se concentrait malgré les bruits alentours et semblait en mesure de prévoir à l’avance certains gestes de ses adversaires. Son Noadkoko et son Flagadoss empêchaient quiconque de s’approcher de lui et mettaient à mal leurs cibles. Tous deux faisaient partie de cette équipe d’élite sélectionnée par Red, et combattaient aux côté de plusieurs Chimères qui, cependant, faisaient pâle figure à côté des dommages que ces derniers provoquaient.

Deux militaires venaient de se faire piéger par la toile du Migalos et, tandis qu’ils faisaient leur possible pour s’en dépêtrer, le Grotadmorv se dirigeait vers eux, prêt à les immobiliser complètement. Leurs Pokémon, un Rhinoféros et un Grolem, essayaient de les rejoindre pour leur prêter main forte. Cependant, les Pokémon de Clément leurs barraient la route et esquivaient leurs attaques sous les ordres de Clément. Même quand Grolem se détourna d’eux pour attaquer leur dresseur, Flagadoss bloqua son tir de pierres et lui cracha un jet d’eau qui le mit très mal à l’aise. La situation commençait à virer au cauchemar et Grotadmorv finissait d’atteindre les deux soldats paniqués qui le frappaient comme ils le pouvaient avec leurs armes, inutiles sur ce type de Pokémon. Ils voyaient déjà Koga se rapprocher d’eux, un sourire au coin, la lame prête à leur trancher la carotide.

Subitement, une petite sphère de métal apparut aux pieds de Koga. Le ninja poussa un juron et fit un bond en arrière tandis qu’un nuage de spores s’échappait de l’objet. Il plaça immédiatement un morceau de tissus sur son visage, tout en continuant de reculer. Cependant, Grotadmorv et les militaires, eux, tombèrent aussitôt endormis quand la poudre atteignit leurs narines. Clément cria à ses Pokémon de reculer, mais ceux-ci ne furent pas assez rapides pour échapper au Zoroark qui lacéra Noadkoko et Flagadoss au flanc, ce qui permit à Rhinoferos de se débarasser de Flagadoss d’un coup de corne bien placé et à Grolem de s’enfuir en roulant. Clément, malgré son masque semblait très énervé et fixait les trois nouveaux arrivants.

Elodie tenait dans sa main deux autres bombes qu’elle était prête à envoyer contre les dresseurs en fonction de leur réaction. Elle avait un regard furieux et peiné, et semblait ne pas du tout apprécier être là. A côté d’elle, Isaac, sous sa combinaison, observait Koga en se mordant la lèvre, déçu qu’il ait réussi à éviter leur arme soporifique. Enfin, Billy tenait une dague de la main droite et une Pokéball dans l’autre, observant son Zoroark et Clément.

Sans attendre, Migalos envoya vers eux son fil gluant mais résistant, les obligeant à se séparer. Isaac, le plus rapide, fit quelques zigzag pour éviter la sécrétion puis libéra Fibonacci nez à nez avec l’araignée. L’Amonistar attrapa alors la tête de ce dernier avec ses tentacules et entreprit de l’attaquer tout en faisant son possible pour éviter les crochets de son adversaire. Voyant cela, Koga se précipita vers Isaac, tout en lançant ses couteaux avec brio et précision. Malgré sa vitesse, Isaac sentit le contact de deux poignards avec son ventre, mais, heureusement, sa combinaison avait été pensée pour être très résistante. Malgré tout, Koga faisait preuve d’un zèle hors du commun et l’informaticien avait du mal à se rapprocher, se demandant d’où son adversaire sortait une telle quantité de lame.

Elodie, elle, s’était rapprochée des militaires, vite rejointe par leurs Pokémon, qui l’aidèrent à les dégager du Grotadmorv endormi. Mais l’appel de la chair fraiche et simple d’accès avait aussi attiré quelques Chimères qui ricanaient comme des hyènes en les encerclant. Elle libéra aussitôt Métamorph, et se saisit de ses orbes, prête à répliquer.

Noadkoko était à peine remis de l’attaque précédente que Zoroark en remettait une couche, à l’aide de Lance-flamme. Le Pokémon, pris de panique, se mit à gigoter dans tous les sens malgré les ordres de son dresseur et finit par trébucher sur le corps de Flagadoss. Clément les rappela aussitôt, puis para avec la même Ball le coup de dague de Billy qui s’était rapproché de lui par derrière. Il ricana en voyant l’air surpris du Major, et une autre sphère sembla s’envoler de sa poche pour libérer devant lui un Xatu. Les yeux du Pokémon s’illuminèrent et Billy se sentit projeté en arrière par l’attaque Psyko. Il se releva rapidement, mais dût ensuite esquiver de justesse des débris lancés à son encontre par le Pokémon, qui ne daignait pas se rapprocher de lui.

Pendant ce temps, Isaac continuait de se rapprocher de Koga. Malgré sa combinaison protectrice, les lames avaient réussi à traverser légèrement sa manche droite, mais sans provoquer plus que des égratignures. Cependant, l’informaticien pouvait lire sur le visage indécis de son adversaire qu’il n’avait plus beaucoup de réserve. Il gardait deux couteaux en main, hésitant à les lancer. Isaac profita de cet instant d’anxiété pour se lancer sur lui. Arrivé juste en face de lui, il freina brusquement et recula précipitamment, évitant ainsi le coup de lame que Koga lui destinait, puis, d’un geste des jambes, le désarma. Koga cria un juron en secouant ses mains endolories par le coup reçu, puis tenta de se jeter par terre pour récupérer ses couteaux qui s’étaient plantés dans le sol. Mais, avant qu’il ne les atteigne, le Metang d’Isaac l’attrapa dans le dos et l’immobilisa, avant de le forcer à se mettre à genoux. Sous la colère, le ninja du Conseil des 4 cracha par terre. Son Migalos, constatant que son dresseur était vaincu, cessa de gigoter. Il s’était largement défendu contre Fibonacci, qui était couvert de blessures au visage. Isaac l’obligea à retourner dans sa ball et entreprit ensuite de mener Koga à l’écart. Il était leur prisonnier.

Avec l’aide de Grolem, Rhinoferos et Metamorph, affronter les Chimères n’avait pas été si difficile que cela. Elodie avait même put épargner ses bombes de réserves. Cependant, cela ne l’avait pas empêchée d’avoir quelques secondes de stress intense, quand une Chimère s’était jetée sur elle, toutes griffes de sortie. Elle avait lâché un grand soupir de soulagement quand Grolem l’avait durement repoussé de son corps robuste, puis n’avait pu réprimer un sourire quand Métamorph était parvenu à faire glisser une autre Chimère qui s’était trop rapprochée. Finalement mis en déroute, la plupart des Chimères se mirent à fuir, abandonnant les blessées à leur sort, car Rhinoferos et Grolem semblaient bien motivés à s’assurer qu’ils ne poseraient plus de problème. Un peu réticente à cette idée, Elodie hésita, puis les laissa achever leurs adversaires pour aller aider le Major.

Zoroark s’était glissé entre son dresseur et le Xatu de Clément. S’il était immunisé aux pouvoirs psychiques de base, il ne parvenait pourtant pas à atteindre son adversaire, malgré sa grande vitesse. C’était comme si Clément était en mesure de prédire ses mouvements, ou de lire dans ses pensées. Cependant, ce dernier n’en restait pas moins agacé par la tournure des évènements. Puis, comme Elodie se rapprochait, elle se figea et se concentra elle aussi. Aussitôt, Clément parut perturbé et se retourna vers elle, l’air surpris. Il eut un mouvement de recul, puis sursauta quand il sentit le Major glisser sa dague sur son cou. Aussitôt, il poussa un cri d’effroi et leva les mains en signe de capitulation. Il n’avait été déconcentré que quelques secondes, mais cela avait suffi au Major pour prendre l’avantage et à son Zoroark pour abattre le Xatu qui n’était plus secondé par son maitre.

- C’est bon, c’est bon ! cria Clément. Je me rends, me tuez pas !
- Alors ça, c’est drôle, parce que je pense pas que vous fassiez beaucoup de prisonniers, vous
, lui susurra Billy avec un malin plaisir.

Clément ne répondit pas, ravalant sa salive bruyamment. Il était vrai que leurs ordres à eux étaient de faire un maximum de victimes humaines. Il adressa un regard à la fois effrayé et intrigué vers Elodie, qui accourrait vers eux. Cette femme avait dégagé des perturbations psychiques telles qu’il avait perdu son influence. En la voyant s’approcher de plus près, il n’en crut pas ses yeux, puis chassa cette idée de son esprit. Si cette femme leur ressemblait beaucoup, elle ne pouvait pas être une Infirmière Joëlle. C’était impossible. Elles étaient toutes de leur côté.

- Beau boulot, s’écria Elodie.
- Je te retourne le compliment, je pense que tu m’as sacrement aidé, pour le coup, non ? répliqua Billy avec un sourire.
- C’est possible, lui répondit-elle en lui rendant son sourire. On ferait mieux de le rame…
- Non !
cria soudain Clément avec un air paniqué. Non attendez, je suis votre al…

Billy allait resserrer son étreinte pour l’obliger à se taire, mais l’homme au masque se tut soudain au même moment où Billy ressentait une douleur au torse. Surpris, il relâcha Clément, qui tomba à genoux, un carreau planté dans son corps au point que le bout de celle-ci avait aussi légèrement blessé le Major qui se tenait derrière lui. Effrayée, Elodie poussa un cri de stupeur et se retourna pour voir, un peu plus loin, une Chimère au pelage noir les fixer, un grand sourire de dents pointues au visage. Il avait d’étranges pattes semblables aux serres d’un rapace et ne portait qu’un simple short et un bonnet rayé sur la tête. Le tout était parsemé de tâches de sang encore fraîches.

- Merde, s’écria Billy, le visage crispé, son regard passant de la Chimère à Clément, qui était incapable de dire quoique ce soit, fixant ses mains pleine de son propre sang.
- Mais … mais pourquoi ! s’exclama Elodie avec un mouvement de recul, épouvantée. Pourquoi est-ce qu’il a fait ça ?
- Ha ! Il me semblait bien qu’il y avait comme une fausse note dans cette douce symphonie !
lança la Chimère en faisant quelques pas vers eux, les bras le long du corps.
- Ne t’approche pas ! cria Billy, furieux.
- Hum ? Voilà que vous paraissez déjà plus enclin à vous laisser abandonner à votre vraie nature ! répliqua Lester avec un air satisfait en cessant de s’avancer. Vous savez, vous devriez plutôt me remercier d’avoir tué un de vos adversaires !
- Non mais t’es complètement malade
, répondit Billy, l’air outré.
- On ne voulait pas le tuer ! réagit Elodie. On ne veut tuer personne, nous !
- Ha vraiment ?
s’étonna Lester en prenant un air faussement intrigué. Pourtant, ma chère, pouvez-vous m’affirmer avec certitude que vous n’éprouvez aucun sentiment positif sur le champ de bataille ? Ne serait-ce que de la satisfaction quand vos stratégies fonctionnent convenablement, ou bien du soulagement quand une Chimère qui vous prenait pour cible est tuée ou blessée avant d’atteindre sa cible ?

A ces mots, Elodie prit un air effaré et fit à nouveau un pas en arrière. Le sourire de Lester s’élargit un peu plus et il se lécha même les babines devant la réaction de l’Ingénieure. Billy continuait d’observer la Chimère, très méfiant. A ses pieds, Clément était finalement tombé totalement et ne bougeait plus d’un pouce. Zoroark se tenait prêt à intervenir au moindre signe de son maitre.

- Je … je ne veux tuer personne ! répéta Elodie, un peu paniquée.
- Quelle hypocrisie ! cracha la Chimère en écarquillant les yeux. Un tel déni est contre nature ! Nous côtoyons la mort tous les jours, ne serait-ce que pour nous nourrir. Doit-on comprendre que ces vies que nous ôtons sont moins importantes que les nôtres ? Nullement ! Car en vérité, c’est la vie, quelle qu’elle soit, qui n’a aucune valeur ! La mort est inhérente à celle-ci, et sans cette dernière, il n’y aurait aucun intérêt à naitre ! La mort est la seule chose capable de donner une saveur à notre futile existence ! Il n’y a rien de plus agréable que de la côtoyer en permanence ! Il n’y a que comme cela qu’on se sent véritablement vivant !
- T’es complètement taré
, lui lança Billy, manifestement très énervé. Puisque tu tiens tant que ça à voir la mort, je vais pas me gêner !

Le Major se mit donc à avancer, l’air déterminé, son Zoroark sur les talons et la Ball d’Arbok prête à l’usage. Elodie, le visage blême, les jambes tremblantes, restait en retrait, complètement bouleversée par les mots de la Chimère au pelage noir. Elle avait toujours été une fervente adepte de la vie, se refusant à tuer et préférant désarmer ou endormir ceux qui tentaient de s’en prendre à elle. Mais dans ce contexte de guerre, elle n’avait pas protesté à venir sur terrain, à risquer sa vie et, surtout, à risquer celles des autres, alliés comme ennemis. Elle avait laissé les Pokémon des militaires tuer devant ses yeux sans protester. Alors, cette créature pouvait-elle avoir raison ? Les questions et les doutes se bousculaient soudainement dans sa tête, la laissant désemparée. Heureusement, il n’y avait aucun autre adversaire dans les parages, du moins pour le moment, pour profiter de l’occasion. Mais la voir dans cet état était la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase de Billy. Il allait faire regretter à cette Chimère d’avoir ainsi ébranlé son amie.

Mais alors qu’il se rapprochait de la Chimère, qui le regardait avec un air gourmand sans réagir, attendant le bon moment, il se figea soudainement. Il écarquilla les yeux et ses bras retombèrent mollement le long de son corps, une expression de stupeur sur le visage. Contrariée, la Chimère releva un sourcil, l’air déçu.

- Hé bien ? Tu ne veux plus me montrer la mort ? demanda-t-elle.
- Ce… Ce bonnet… balbutia Billy d’une voix tremblante, sentant une larme perler à ses yeux. Où… Où as-tu trouvé ce bonnet ?

Le visage de la Chimère se fendit à nouveau d’un sourire des plus malsains lorsque celle-ci comprit à qui il avait à faire. Il éclata d’un rire de folie en se frappant le visage de sa main pourvue de longues griffes et se détourna quelques secondes, comme s’il avait du mal à se retenir. La rage était en train de prendre le dessus chez Billy qui serrait tellement les poings qu’il invoqua par erreur Arbok à ses côtés. Il avait reconnu le bonnet de Naomie Fleming sur la tête de la Chimère. Et en vue de sa réaction, la créature avait compris pourquoi il était si intéressé par les origines de ce couvre-chef. Elodie, quant à elle, poussa une exclamation de stupeur en saisissant à son tour ce qu’avait remarqué le Major Campbell.

- Non mais quelle chance ! s’écria finalement Lester, les traits toujours déformés par l’hilarité. Si je comprends bien, t’es le Major Jesaisplusquoi, le supérieur de cette fille qui s’était infiltrée à la Volière !
- Qu’est-ce que tu lui as fait !?
aboya Billy, envahi par la haine.
- Je l’ai tuée, évidemment ! répliqua la Chimère, les doigts crispés et le corps pris de tremblement incontrôlables, comme s’il était excité rien qu’à l’idée de se remémorer ce moment. Elle n’a même pas vu le coup partir, tu aurais vu ça, on aurait dit que sa surprise s’était gravée sur son visage ! Tu peux pas savoir quel bien fou cette petite pute m’a fait, ni comme sa chaire était délicieuse ! C’était la première fois depuis des années que je dépiautais quel…

Il s’interrompit pour attraper la patte que le Zoroark dressait contre lui, dans l’objectif de le lacérer, à l’aide de son arbalète. D’un geste vif, il repoussa ainsi le Pokémon sur sa gauche, dressa ses propres griffes à la main droites, pivota dans le même sens, et tenta de les enfoncer dans le corps du Pokémon. Cependant, si celui-ci avait été surpris par la riposte soudaine et inattendue, il parvint à éviter l’attaque de justesse, en laissant son corps rouler avant de se redresser et de bondir en arrière pour s’éloigner. Lester parvint à freiner son mouvement de bras mais continua de tourner sur lui-même jusqu’à faire à nouveau face à ses adversaires. Zoroark était très rapide et il avait bien failli ne pas le voir venir tant il était subjugué par ses souvenirs. Mais maintenant que le combat commençait enfin, il pouvait se concentrer sur ce-dernier avec toute l’allégresse et plaisir possible. Il prit quelques secondes pour se faire un plan de la situation. Le Pokémon Ténèbre était le plus proche et le plus rapide, une menace à éliminer en priorité. Le Major, quand à lui, se rapprochait à toute vitesse vers lui, serrant sa dague à deux mains. La rage pouvait se lire sur son visage, une rage qui, si elle pouvait décupler ses forces, risquait de l’empêcher de réfléchir. Enfin, l’Arbok, plus en retrait, se rapprochait lui aussi à son rythme, mais sans être un danger immédiat.

Lester ricana en attrapant dans son carquois un carreau qu’il installa d’un geste machinal à son arbalète, tout en bandant cette dernière avant de la braquer en direction du Major. Puis, au dernier moment, il changea de cible, alors même que le militaire s’était préparé à se jeter par terre pour éviter le tir et il brandit plutôt son arme en direction du Zoroark. Celui-ci s’était approché sur sa gauche et s’était précipité en voyant que son dresseur était visé, comme pour tenter d’empêcher le coup. Mais en voyant la pointe de la flèche filer sur lui, le Pokémon se figea et, par réflexe, cracha une gerbe de flammes. Le carreau n’en fut pas pour autant stopper et se planta dans son bras droit, lui arrachant une plainte de douleur. Mais les flammes avaient le mérite d’avoir surpris la Chimère qui avait dû reculer pour les éviter, alors qu’il prévoyait de se jeter sur le Pokémon une fois distrait par sa blessure, comme il l’avait déjà fait avec quelques militaires auparavant.

Ce mouvement de recul venait ternir toutes ses prévisions et le Major Campbell était désormais assez proche de lui pour l’attaquer. Le militaire se jeta sur lui, prêt à lui trancher dans le lard avec sa dague, mais Lester parvint d’un mouvement vif de sa main droite à attraper celles de son adversaire entre ses griffes, quitte à se couper à la paume sur la lame. Il fronça les sourcils d’un sourire mauvais et en profita pour donner un coup au visage du Major avec son arbalète. Le Major, le corps chancelant, abandonna son arme sous la violence du coup mais parvint, avec une pirouette presque acrobatique, à faire lâcher sa propre dague à Lester d’un coup de jambe. Puis, comme il tombait à terre, il la ramassa en vitesse et plongea à nouveau en visant son cou. Mais cette fois c’était avec ses serres puissantes que la Chimère attrapa son arme, serrant sa main avec la ferme intention de lui en briser tous les os.

C’était sans compter Zoroark. Si son bras droit pendait lamentablement, les griffes du gauche s’apprêtaient à lui percer les yeux. Lester parvint à éviter l’attaque en relâchant son étreinte et donna un coup de genoux dans le torse du Zoroark qui en eut le souffle coupé. Puis il le repoussa bien vite contre son dresseur, afin d’éviter d’avoir une réplique de ce dernier. Sur le temps que Billy et Zoroark ne se relèvent, il recula de trois pas en attrapant un nouveau carreau qu’il positionna avant de tirer en riant vers ses deux adversaires. Mais si la flèche filait droit vers la tête de Billy, elle s’arrêta subitement en plein vol, à quelques centimètres de son crâne. Lester laissa échapper une exclamation de surprise et constata que la jeune femme s’était rapprochée d’eux, et qu’elle avait cette même attitude de concentration intense que les télékinésistes les plus doués. Il poussa un juron mais afficha une expression réjouie. Décidemment, ce combat était plein de surprises et de rebondissements. Il était aux anges. Devant lui, Campbell et son Pokémon étaient de nouveau debout, prêts à riposter, et Arbok arrivait enfin à leur niveau.

La douleur tiraillait le poignet droit de Billy, mais, à cet instant précis, il s’en moquait bien. Il n’avait qu’une envie, c’était d’abattre cet enfoiré, le responsable de la mort du Lieutenant Fleming. Lui et Zoroark se jetèrent à nouveau sur lui, côte à côte. La Chimère s’était saisie d’un nouveau carreau avec sa main gauche, sans l’installer à son arme, et s’était mis en position pour les accueillir. Mais une fois assez proche de lui, Zoroark expulsa à nouveau ses flammes de sa gueule et Billy brava la chaleur pour l’attaquer avec sa dague. Enfin, il parvint à toucher Lester au bras droit, provoquant une effusion de sang. Mais pas en reste, ce dernier plongea le carreau qu’il tenait dans son autre main dans la joue du Major et, d’un geste vif, le fit remonter jusqu’à son œil. Billy cria de douleur et recula, aveuglé par le liquide rougeâtre qui s’échappait de sa plaie. Il eut un mouvement de recul, trébucha et tomba au sol. Lester fit une grimace de plaisir et leva sa jambe pour attraper un bras ou une jambe de son adversaire avec ses serres. Mais Zoroark profita qu’il soit sur une seule jambe pour foncer sur lui et lui faire perdre l’équilibre. Il allait le lacérer quand il sentit les puissantes griffes de Lester s’enfoncer dans son torse plus que nécessaire.

Le visage de Zoroark se figea dans une expression de stupeur, le souffle coupé. Il était couché sur la Chimère qui lui souriait de ses dents pointues de prédateur. Sans crier gare, Lester se releva légèrement et enfonça alors ses dents dans le cou du Pokémon, lui déchiquetant la carotide. Le Pokémon, incapable de bouger tant la douleur était insupportable, émit un dernier couinement pitoyable et se laissa retomber, mort. Son dresseur, qui venait tout juste de se relever, cria à la mort et se prépara à reprendre l’attaque quand, soudain, la douleur fut trop forte au niveau du poignet. Il ne put s’empêcher de lâcher son arme en l’attrapant avec son autre main, comme dans une tentative vaine de soulager sa douleur.

Déjà Lester se relevait, le visage ensanglanté du sang de Zoroark, un sourire sadique au visage. S’il avait été blessé par les derniers assauts, il était encore en état de se battre avec vigueur. Mais l’Arbok du Major se dressait maintenant face à lui, tout en sifflant avec colère. Il exposait sa large collerette comme pour l’intimider, ce qui était bien inutile. Au contraire, c’était autant de chaire que le Pokémon exposait à Lester, qui n’avait que l’embarras du choix pour l’attaquer. Allait-il le mordre à mort, le cribler de carreaux, lui presser le visage, ou encore le lacérer ? Tant de possibilités qui laissaient la Chimère d’autant plus satisfaite. Mais ce serait trop bête d’expédier le combat trop vite, il voulait encore en profiter au maximum, quitte à être plus blessé que nécessaire !

- Décidément, cette guerre me comble de bonheur ! lança-t-il en léchant son propre sang au bras droit. Dis-moi, est-ce qu’en plus tu n’es pas l’apprenti du Major Cornell ?
- Qu’est-ce que ça peut te foutre ?
lui répondit Billy, le regard assassin.
- Simplement que lui et moi, c’est une chouette histoire. Même si on s’est très peu côtoyés. Il ne t’a jamais parlé de moi ?
- Ta grosse gueule !
lui cria Billy en attrapant sa dague par terre avec la main gauche, prêt à repartir à l’assaut malgré les cris d’Elodie, derrière lui, qui le priait d’abandonner.
- Han, allez, je suis sûr qu’il doit répéter mon nom dans son sommeil ! se moqua la Chimère. Le Lieutenant-Colonel Lester Cushing ? Non ?

Il fallut quelques secondes à Billy pour se remémorer à quelle occasion il avait entendu ce nom la première fois. Mais c’était à l’Amiral Weiss qu’il devait ces mots. Un peu moins de vingt ans plus tôt, il lui avait parlé de cet officier qui n’avait pas hésité à exécuter des Sbires de la Team Rocket, parmi lesquels figurait alors le frère du Colonel.

Il n’en fallut pas plus pour décider Billy à passer à l’attaque à nouveau, cette fois aux côté de son Arbok, le Pokémon qu’il avait déjà du temps où lui-même faisait partie du mouvement terroriste. Il avait la rage au ventre. Son estime pour le Colonel et pour le Lieutenant le poussait à agir malgré son état et son adversaire qui restait malgré tout d’un niveau supérieur au sien. Ses forces décuplées par l’adrénaline, le militaire se jeta sur le responsable de tant de désastres, bien décidé à en finir avec lui.

A nouveau Lester esquiva l’attaque, presque sans effort, simplement en reculant. L’Arbok, derrière Billy, enchainait avec des tentatives de morsure tandis que son dresseur tranchait l’air dans l’espoir de toucher la Chimère. Un sourire moqueur au visage, celle-ci finit par asséner un nouveau coup de genoux dans le torse de Billy et se prépara à le lacérer au visage. Mais Arbok repoussa son dresseur pour lui éviter les blessures et Lester décida donc de concentrer ses efforts sur le Serpent. Il donna un puissant coup de griffe dans la collerette puis attrapa avec ses serres le Pokémon au niveau du cou. Ainsi incapable de fuir, il entreprit de le lacérer et de le mordre pour faire un maximum de dommage. Le visage d’Arbok fut rapidement terni de rouge et cessa de bouger après quelques secondes de gestes vains pour se dégager. Voyant que sa cible ne réagissait plus, il la relâcha et se retourna à nouveau vers Billy, qui se relevait péniblement plus loin.

- Tes deux Pokémon sont morts, chantonna-t-il avec excitation. Et tu es le prochain sur la liste. Puis, dès que ce sera fait, je m’occuperai de ton amie hypocrite qui accoure vers nous pour te venir en aide. Ses pouvoirs ne suffiront pas contre moi.
- Va te faire foutre
, lui cracha Billy en haletant, chancelant quelque peu.
- Dis-moi, Cornell est présent ? demanda Lester en se léchant les babines. Parce que je pourrai lui montrer ta tête pour le provoquer au maximum. Sinon, je prendrai quelque chose de moins encombrant.
- Tu ferais mieux de fermer ta gueule et d’être plus attentif !
lui cria Billy en s’élançant à nouveau vers lui.

Lester se préparait à l’intercepter avec son arbalète quand, soudain, il remarqua l’ombre au sol. Il se retourna, mais pas assez vite, et Arbok, qui s’était relevé malgré ses innombrables blessures, enfonça ses crocs dans son épaule, à la base de son cou. La douleur lui fit échapper une plainte et, ainsi déstabilisé, il en oublia le Major qui lui planta sa dague dans son flan avant de la remonter vers sa poitrine d’un coup sec. Lester cracha du sang et, alors qu’Arbok le relâchait et que le Major reculait, il tituba, la main droite sur sa plaie, le regard perdu et effaré. Puis, alors qu’il tombait à genoux, ses forces l’abandonnant, il éclata d’un rire de folie.

- Quelle sale surprise ! cria-t-il, le visage crispé par la douleur malgré son sourire toujours présent. Je pensais pas… qu’il aurait encore la force…
- Arbok ne ressent pas la douleur
, répliqua Billy, reprenant son souffle avec difficulté, enfin satisfait. C’est un Pokémon expérimentale des Rocket.
- Rocket, hein ?
ricana Lester en courbant le dos, se retenant de tomber avec son bras gauche qui avait lâché l’arbalète. Voilà… qui est … ironique !


Dessin par Orbelune


Il cracha un filet de sang, incapable de se retenir. Le Major Campbell se rapprocha de lui et lui arracha la bonnet de Naomie de sa tête, répandant son contenu, divers objets que Lester avait volé sur les cadavres de ses victimes, au sol. Puis, toujours en colère, il asséna un dernier coup de pied sur le dos de Lester, qui s’étala lourdement au sol dans un cri étouffé qui se changea bien vite en de nouveaux rires.

Billy resta un instant à l’observer, hésitant. Mais en voyant que la plupart des militaires alliés au loin semblaient se replier, et que trois Chimères l’observaient, l’air interdites, sur leurs quatre pattes, il décida de se replier lui aussi, abandonnant Lester à son sort. Il leur faisait à peine dos que ces chimères se précipitèrent vers Lester. Tandis qu’elles lui arrachaient des morceaux de chair pour s’en nourrir, l’ancien Lieutenant-Colonel laissait éclater toute son hilarité dans des rires déchirants qui, pour une raison inconnue, semblaient gagner en force au fur et à mesure qu’il agonisait. Il avait là la plus belle mort possible. Il ressentait vivre une dernière fois. Puis, subitement, les rires cessèrent.

Lorsqu’il arriva au niveau de Zoroark, Billy s’agenouilla, la mine triste. Son Pokémon, qu’il avait reçu lors de son entrainement en tant que militaire, s’était battu vaillamment et lui avait surement sauvé la vie à plusieurs reprises. Mais c’était fini pour lui aussi. Arbok, le corps couvert de son propre sang, s’avançait faiblement pour se recueillir lui aussi auprès de son camarade tombé au combat. Ses blessures étaient importantes, et il avait besoin de soins urgents, même si, avec sa mutation, il n’en ressentait pas vraiment la nécessité. Billy le rappela dans sa Ball pour lui éviter de perdre encore plus de sang et se releva. A quelques mètres de lui, Elodie le regardait avec un air compatissant et peiné. Il n’avait qu’une envie, c’était de rester avec elle. Mais à peine faisait-il un pas qu’il se sentit soulevé dans les airs par une force invisible.

Surpris, le Major tenta de se débattre tandis que l’Ingénieure criait son nom avec horreur. Le militaire pivota alors sans le vouloir pour faire face, debout à quelques mètres de lui et du sol, au responsable de cette agression. Billy n’avait jamais vu de tel Pokémon auparavant. Il avait une posture humaine et une taille à peu près similaire, mais son corps était d’un mauve pâle. Il tendait vers lui une main composée de trois doigts boudinés, et avait une longue queue dans le dos. Etait-ce une Chimère ?

- Je n’étais pas censé intervenir, lança soudain une voix grave qui semblait venir de l’intérieur même de la tête de Billy. Mais comme nous avons perdu plus d’hommes et de Chimères que prévu à la base, je vais rétablir un peu l’équilibre.

Billy aurait souhaité répondre quelque chose, crier, supplier, mais il était incapable de dire quoique ce soit, comme si cette chose le maintenait à la gorge par la simple force de son esprit. Il tentait tant bien que mal de se débattre, mais c’était inutile. Soudain, il vit un carreau de Lester Cushing s’envoler et pointer vers lui. Il écarquilla les yeux avant de les refermer par réflexes en le voyant filer droit vers sa poitrine aussi bien que si Lester avait actionné son arbalète. Mais, comme la douleur ne se saisissait pas de lui, et qu’au contraire il sentait l’étreinte le relâcher légèrement, il se risqua à ouvrir à nouveau les yeux.

Les débris du carreau brisé flottaient, immobiles, pas très loin de Billy. Mewtwo avait relevé un sourcil, surpris de la situation. Il détourna le regard du militaire et observa avec curiosité la femme de la quarantaine qui le fixait avec une expression haineuse, les poings serrés. Elle semblait dégager une étrange aura de puissance, inédite pour Mewtwo qui se rapprocha pour mieux l’observer.

- Qui es-tu ? demanda la voix grave dans la tête d’Elodie cette fois-ci.
- Qu’est-ce que ça peut te foutre ! cria-t-elle vivement, donnant l’impression à Billy qu’elle parlait seule. Relâche-le immédiatement !
- Pourquoi ? Pourquoi te soucies-tu de cet humain ?
- Je refuse qu’il meurt ! Je ne veux plus que personne ne meurt !
cria Elodie, les larmes aux yeux, en soutenant le regard de Mewtwo et en amplifiant encore ses pouvoirs, permettant à Billy de mieux respirer et de perdre un peu d’altitude.
- Mais tu es une infirmière ? lança soudain la voix de Mewtwo tandis qu’il se rapprochait encore, ne se souciant plus du tout de Billy.
- NON ! cria Elodie, à bout. Personne ne peut décider comment je dois vivre ma vie !
- Tu es comme moi, une expérience au destin tout trac…
- C’EST FAUX ! Je suis qui je suis, et nous avons tous le droit de profiter de la vie !


Mewtwo se figea soudain, l’air abasourdi. Billy retomba alors lourdement au sol, tout en effectuant une roulade pour atténuer le choc. Il se releva péniblement et s’approcha d’Elodie, l’air partagé entre la peur et l’envie de l’aider. Celle-ci était à son tour saisie par la colère. Elle détestait être comparée aux infirmières. Mais quelque chose dans le regard de Mewtwo l’intriguait.

- Amber ? lança faiblement la voix dans sa tête. C’est toi ?

Elodie déglutit et sentit toute rage la quitter instantanément. Elle desserra ses poings et relâcha ses épaules. Son visage exprimait maintenant une certaine surprise, mêlée à une compassion qu’elle n’arrivait pas à expliquer. C’était comme si, tout-à-coup, elle pouvait ressentir les émotions de cet être étrange. Son Métamorph, à ses pieds, tenait ses petit bras devant le visage, l’air tout penaud.

- Tu es vivante ? Tu es …
- Je ne suis pas celle que vous croyez
, répondit Elodie avec peine dans la voix. Je … je ne sais pas qui c’était mais… ce n’est pas moi.

Mewtwo baissa le bras et la tête, déçu. Billy, derrière Elodie, glissa sa main gauche en direction de sa dague. L’occasion était trop belle. Mais Elodie, comme si elle avait compris à quoi il pensait, lui fit un geste de bras pour l’interrompre. Puis, sans peur, la colère l’ayant quittée, elle marcha vers Mewtwo, comme pour lui dire quelque chose. Mais ce dernier se détourna en la voyant s’approcher et s’éleva soudainement dans les airs, avant de prendre la fuite.

Elodie resta quelques secondes, la main droite tendue vers lui comme si elle avait pu le retenir. Mais c’était déjà trop tard. Elle continua de regarder Mewtwo s’éloigner d’un air absent avant d’être rappelée à la réalité par Billy. Elle hésita quelques secondes, puis le suivit. Il était temps de rentrer à Celadopole.

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- Et voilà, lança Patrick en tendant une clé USB à Aldebert. Je suppose que vous voudrez attendre que la situation soit plus stable avant de lancer le protocole ?
- Ça vaut surement mieux, oui
, répondit le Professeur Caul en glissant la clé USB dans une poche de son pantalon. Merci pour tout Patrick…
- Pas de quo
i, lança l’informaticien. Revenons à nos Wattouat, qu’est-ce qu’ils comptent faire de nous?
- Nous évacuer,
répondit Aldebert en regardant les nombreux agents de la Police Internationale qui passaient voir tout le monde pour régler les préparatifs du départ. Mais ils n’ont pas voulu nous dire où.
- C’est l’agent Beladonis qui est en charge de ça
, fit remarquer sombrement Stephen, surprenant Aldebert et Patrick. On peut peut-être tenter d’avoir des infos en plus…
- Stephen, ça va ?
s’inquiéta immédiatement Aldebert. Tu n’as plus rien mangé depuis ce matin et …
- Je n’ai pas faim
, répondit sèchement le vieil écrivain. Ou si, mais de vengeance…
- Alors ça pourrait peut-être vous intéresser !
s’écria la voix de fillette de Kate depuis l’ordinateur de Patrick.

Les trois hommes se tournèrent vers l’ordinateur, surpris, avant de regarder autour d’eux avec méfiance. Quand ils furent sûrs que personne d’autre n’avait entendu l’IA, ils se rapprochèrent de l’écran avec une certaine curiosité.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- On m’a donné accès à toutes les données de l’Armée pour leur venir en aide
, lança Kate. On vous a peut-être déjà parlé des différents dirigeables ?
- Isaac en a parlés tout à l’heure,
confirma Aldebert.
- Parfait. Donc, il y en a plusieurs qui se dirigent vers Johto tandis que d’autres sont restés à Safrania, qui est surement un peu leur base de Kanto. Mais ce qu’on ne vous a surement pas dit, parce que c’est top secret, c’est qu’il y a un autre dirigeable, isolé, qui doit avoir atteint Azuria maintenant.
- Et alors ?
demanda Stephen avec désintérêt.
- Alors, ce dirigeable serait celui du Professeur Higgs.

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En voyant revenir le Major Campbell plein de traces de blessure aux côtés d’Elodie, Isaac se précipita vers eux. Il les avait laissé pour ramener Koga à l’abri et s’était étonné de ne pas les voir le suivre avec Clément, alors qu’ils semblaient être sur le point d’en finir avec lui. Il les guida jusqu’à une tente où plusieurs militaires et Pokémon attendaient. Tous souffraient de diverses blessures plus ou moins grave, mais ils n’avaient que deux médecins à disposition. Il faut dire que ce métier était devenu très rare depuis l’avènement des Centres Pokémon, puisque la famille Joëlle avait presque monopolisé les emplois dans le domaine de la santé. Or, elles avaient toutes disparues et fermé leurs établissements sans crier gare, pour se ranger du côté du Professeur Higgs.

Alors qu’ils attendaient qu’on s’occupe du poignet et des entailles de Billy, sans oublier son Arbok dans sa Ball, ils virent trois hommes se diriger vers eux. Ils reconnurent immédiatement le Général Hesse, le Ministre Darwin et, surtout, le Colonel Cornell. Ils affichaient une mine sérieuse et dure, mais une fois qu’ils furent assez proches, ils poussèrent tous les trois un soupir de soulagement.

- J’avais peur que vous n’ayez été tués, lança le Colonel. Enfin, apparemment, tu as quand même pris cher…
- C’est superficiel, Colonel
, lui assura le Major en réprimant une grimace. Content de voir que vous allez bien, vous aussi.
- Ce n’est pas passé loin
, répondit sombrement le Premier Ministre. Sans notre majordome, nous aurions tous été tués… Mais soit, trêve de blablas… Je vais exiger à ce que vous soyez pris en charge en priorité avant votre départ.
- Notre départ ?
répéta Isaac en fronçant les sourcils.
- C’est exact, Mr Holey, répondit le Général Hesse. Nous sommes assez nombreux pour faire face aux ennemis ici. Mais d’autres régions n’ont pas cette chance et, pour faire face à certaines menaces, nous avons pensé que votre expérience était tout indiquée.
- Mais … et Aldebert, Stephen et Patrick ?
demanda Elodie, effarée.
- Ne vous inquiétez pas pour eux, nous avons des bases top secrètes dans lesquels les civils vont être évacués, lui garantit Hesse. Ils seront en toute sécurité.
- On pourrait au moins leur dire …
- Je ne pense pas que nous ayons le temps, Isaac
, l’interrompit le Colonel. Comprenez bien qu’il s’agit d’une situation d’extrême urgence. Le Colonel Von Stradonitz va vous escorter jusque Kalos, mais il ne faut pas tarder.
- Qui ça ?
s’étonna l’informaticien. Et qu’est-ce qu’il y a de si important à Kalos qui nous réclame tous les trois ?
- Seulement vous, Isaac
, répondit Francis Darwin en soupirant. Le Colonel de la Brigade aérienne vous expliquera pendant le voyage.
- Attendez, vous nous séparez tous les trois ?
s’écria Elodie avec stupeur. Mais…
- Isaac vous rejoindra dès qu’il aura terminé
, dit le Colonel. Vous et le Major Campbell partirez avec d’autres militaires vers Johto, ils sont en manque d’effectifs là-bas et les Dirigeables qui se dirigent vers les grandes villes sont surement trop bien équipés… Ils ont besoin de de bras, et aussi de quelques véhicules armés. Mais pendant qu’on soigne le Major, j’aimerai que vous donniez des indications à nos ingénieurs militaires, mademoiselle Ross…
- Des indications ?
répéta-t-elle dans un souffle, mal à l’aise.
- Concernant certaines de vos inventions, précisa Cornell d’un air qui se voulait rassurant. Je pense que nous allons en avoir besoin ici…

Le regard d’Elodie croisa celui de son frère adoptif. Il semblait un peu en colère devant cette séparation forcée, mais aussi quelque peu décidé. Il lui adressa un geste de tête et l’Ingénieure soupira. Au moins resterait-elle avec Billy avant qu’Isaac les rejoigne. Mais décidément cette guerre prenait une tournure qui ne lui plaisait guère.

Posté à 09h36 le 09/05/18

Deus Ex Machina ...

Le Moment du Discours



D'après Albert Einstein :
Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais je sais qu'il n'y aura plus beaucoup de monde pour voir la quatrième.


L’ile Union était secouée d’un vacarme assourdissant. C’était presque une centaine de dresseurs qui venaient de prendre l’ile d’assaut, sans oublier leurs nombreux Pokémon et les quelques Chimères qui les accompagnaient. Sortant en trombe du dirigeable qui les avait transportés, ils s’étaient immédiatement précipités vers l’unique et immense demeure de l’ile, le grand manoir qui accueillait non seulement les 5 Premiers, mais aussi les bureaux de plusieurs grandes pointures de l’Armée.
Si plusieurs militaires n’avaient pas tardé à les accueillir sauvagement, ils ne faisaient pas le poids face à tant d’adversaires. Les soldats étaient dépassés et tombèrent rapidement, l’un à la suite de l’autre, tués sans remord par les assaillants. Ainsi, rapidement, les hommes du dirigeable s’introduisirent à l’intérieur de l’immense bâtiment, symbole du pouvoir politique de l’époque.
Seulement, si les opposants avaient l’avantage du nombre, les militaires à l’intérieur avaient celui du territoire, qu’ils connaissaient bien mieux. C’était la première fois pour tous les dresseurs qu’ils posaient le pied sur l’ile, et plus encore dans le Manoir. Aussi les quelques soldats restants s’étaient-ils organisés pour leur donner le plus de fil à retordre que possible, malgré leur nombre infiniment inférieur. Au moins, se battre dans des couloirs étroits présentait l’avantage de limiter le nombre de Pokémon ou de Chimères à affronter en même temps.

Parfois, lorsqu’une attaque trop puissante surgissait, certains murs tremblaient. Dans la pièce de la Table Ronde, barricadée avec des meubles transposés là-bas exprès, Mr Malraux attendait, seul. Il avait dû insister pour que les Premier acceptent sa proposition qui, très vite, s’était révélée être la seule envisageable. Quelques militaires parmi ceux présents s’étaient portés volontaires pour l’assister dans cette mission. Il s’agissait pour la plupart d’hommes qui se sentaient endettés envers l’un ou l’autre Supérieur, ou qui n’avaient plus rien à perdre. Des hommes qui étaient prêts à donner leur vie pour la survie des 5 Premiers et des hauts-gradés présents.

Lui-même se situait dans la même optique. Il était parfaitement conscient des dangers qu’encourrait l’équilibre du Monde en ce moment-même. Il avait assisté de ses propres yeux à l’entretien entre le Professeur Higgs et les Premiers alors en place, il y a 26 ans. Il l’avait vu les menacer de perturber le monde et de l’offrir aux Terroristes de la Team Rocket s’ils n’accédaient pas à ses demandes. Un chantage odieux qu’il n’avait, à l’époque, guère compris. Ce n’est que par la suite qu’il avait saisi les conséquences d’un tel évènement. Et depuis tout ce temps, et surement bien plus encore, le même homme tirait les ficelles dans l’ombre pour atteindre son objectif. Le Majordome n’était pas encore très sûr de concevoir correctement quel était le but précis du Professeur Higgs. Mais une chose était sûre, il était prêt à mettre le monde en danger pour y parvenir, peu importe le nombre de morts.

Ne rien faire revenait alors à lui laisser la place et à abandonner les 5 Etats à leur triste sort. Mais, pour Mr Malraux, il en était hors de question. Toute sa vie, il l’avait consacrée au service des 5 Etats. Certes, son rôle pouvait paraitre bien ingrat, mais il restait nécessaire afin de garantir aux Dirigeants du Monde l’environnement adéquat à leur travail. Il avait toujours été d’une loyauté sans faille envers chacun d’entre eux, du plus brillant au plus mauvais, du plus sympathique au plus agaçant, qu’importe les origines ou les idées.

Cependant, serrant un petit boitier en main, André Malraux ne pouvait s’empêcher d’appréhender les minutes à venir. Il avait beau être fixé sur son destin et savoir que, de toute façon, il n’y avait aucun retour en arrière possible, il avait peur. Peur de mourir. N’est-ce pas le propre de l’homme ? La malédiction de ces êtres de chair et de sang qui, contrairement aux autres créatures, vit tous les jours de sa vie avec la conscience que pend au-dessus de lui une épée de Damoclès, inévitable, la mort, contre laquelle il serait bien vain de lutter ? Est-ce que c’est douloureux de mourir ? Et y a-t-il seulement quelque chose après ? Tant de questions, tant d’incertitudes qui le tiraillaient désormais alors même qu’il se trouvait aux portes de cette destinée.

Enfin, il entendit des bruits de choc retentir dans le couloir proche. Le dernier militaire était en train de combattre avec acharnement les envahisseurs. Mais il ne pourrait pas résister très longtemps. Le vieux majordome sentait la sueur glisser le long de son corps et son cœur battre plus rapidement que jamais, comme pour rentabiliser ses derniers instants. Il poussa un profond soupir, regardant une dernière fois le boitier. Il s’imagina un instant abandonner son idée et prier leurs ennemis pour qu’ils l’épargnent. Mais une autre pensée chassa bien vite cette idée saugrenue de son esprit. Il songea à cette femme qu’il avait tant admirée. La Dame de Fer, Astrid Roosevelt, qui, 10 ans après son départ, laissait encore un souvenir intense au vieillard. Cette femme aux idées brillantes, capable de convaincre n’importe qui, de voir clair dans le jeu de ses adversaires. La femme qu’il avait secrètement admirée pendant toute sa vie pour son parcours hors du commun. Si seulement elle avait été là, aujourd’hui, pour faire face à cette menace inédite. Mais, puisqu’elle n’était plus de ce monde, c’était à lui et aux nouveaux Premiers Ministres de faire perdurer son héritage.

Soudain, la porte barricadée se mit à trembler dans un grand bruit. André Malraux redressa la tête, le regard décidé fixant l’encadrement de celle-ci, baissant les bras pour les cacher sous la Table Ronde. Les meubles qui empêchaient son ouverture vibraient à chaque nouveau coup, menaçant de s’écrouler.

Enfin, un dernier coup résonna, dévoilant derrière plusieurs dresseurs et Pokémon qui s’engouffrèrent à l’intérieur sans attendre. Il s’agissait, pour la plupart, de jeunes hommes et de jeunes femmes. Il y avait aussi, parmi les Pokémon, plusieurs créatures étranges, le dos voûté, qui mêlaient l’apparence des êtres humains avec celle de l’un ou l’autre Pokémon. Puis, au centre, l’air assuré et très confiant, un homme aux cheveux blonds d’une cinquantaine d’année, avec un manteau vert, s’avançait lentement, comme pour que chacun de ses pas fasse un effet dramatique, escorté par son Rhinastoc et son Milobellus. Si cet homme avait d’abord un grand sourire satisfait, en voyant que le Majordome était assis seul à la Table Ronde, il se renfrogna, l’air agacé. Ce n’est que lorsqu’il s’arrêta de marcher qu’André Malraux le reconnut comme étant Koner, l’Aigle Tour de Sinnoh, l’un des rares dresseurs de son âge, mais connu pour son expérience et ses talents.

- C’est quoi cette blague ? s’exclama-t-il, fâché. Où sont les 5 Premiers ?
- En sécurité
, répondit sèchement le Majordome. Vous ne pourrez pas les atteindre.
- Tu te fiches de moi, le vieux ?
répliqua Koner en faisant une grimace. Tu nous fais perdre du temps ! Dis-nous où ils sont ! Ou bien…

Sur ces mots, il claqua des doigts et les dresseurs exécutèrent un geste. Pokémon comme Chimères se mirent alors en position, prêts à se jeter sur le vieux majordome s’il n’accédait pas à la demande de leur chef. Mais pour toute réponse, André Malraux pouffa de rire.

- Tu trouves ça drôle ? lança l’Aigle Tour avec un air narquois. De mourir comme ça, si lamentablement ?
- Je ne meurs pas lamentablement
, répliqua Mr Malraux en montrant le boitier qu’il tenait en main. Mais pour mes convictions.

A la vue du boitier, le visage de l’Aigle Tour pâlit soudainement et il fit un pas en arrière. Il avait maintenant une expression effrayée et paniquée. Il fit un geste pour empêcher ceux qui n’avaient pas compris la situation de se précipiter et déglutit.

- Hé ho ! Calme avec ton truc ! s’exclama Koner avec beaucoup d’appréhension dans la voix. Tu vas quand même pas faire un truc aussi con ? Tu vas pas détruire la Table Ronde comme ça ?
- Et pourquoi pas
, répondit André Malraux sereinement. Ce n’est qu’un meuble, après tout.

L’Aigle Tour écarquilla des yeux puis, d’un signe de main, donna l’ordre aux autres dresseurs dans la pièce de fuir au plus vite. Ils étaient en train de s’exécuter avec précipitation, criant à ceux qui se trouvaient dans les couloirs d’évacuer le Manoir au plus vite. Mais il était trop tard pour eux.

Mr Malraux, quant à lui, alors que les derniers envahisseurs quittaient en trombe la salle de la table Ronde, eut l’impression d’apercevoir les 18 Premiers Ministres qu’il avait servis dans sa carrière, tous rassemblés autour de lui, lui adressant un regard solennel. Les dernières divagations d’un vieillard.

- Mesdames, messieurs, chuchota-t-il dans un dernier sourire. C’était un honneur.

Et sans plus attendre, pour ne laisser aucune chance aux ennemis de l’Etat, il appuya sur le bouton du boitier.
L’immense déflagration que venait de déclencher le vieux Majordome secoua l’entièreté de l’ile. Toutes les charges explosives qu’ils avaient pu trouver avaient été disposées dans les endroits stratégiques du Manoir de l’Ile Union, et même en dehors de celui-ci. Le bâtiment en flamme s’écroula rapidement comme un château de carte, emportant avec lui la vie d’une centaine d’hommes et de femmes venus à l’origine pour cette même destruction, ainsi que les Pokémon et Chimères qui leur prêtaient main forte. Le dirigeable lui-même, en vol stationnaire trop proche du bâtiment, s’enflamma rapidement, à cause de ses grosses quantités d’hydrogène inflammable. Un véritable enfer de flammes et de gravats.

Même à l’abri dans un Bunker secret, les 5 Premiers, les Officiers et derniers militaires cachés crurent un instant que le plafond allait s’écrouler sur eux. Leur abri tint bon, cependant. Il avait été conçu pour résister à n’importe quel assaut imaginable. Une construction ancienne mais efficace. Le Colonel en ignorait l’existence, et même les Premiers semblaient avoir été surpris en y entrant. On y accédait en suivant un long tunnel caché sous une trappe de la réserve, un endroit que les politiciens ne devaient surement pas côtoyer souvent.

Ils n’avaient aucun moyen de savoir ce qu’il se passait en haut. Cependant, ils avaient avec eux le Général Baudouin Nobel, un expert un explosifs. C’était lui et quelques-uns de ses hommes qui avaient installé en catastrophe les dispositifs responsables d’une telle apocalypse. Il savait plus ou moins combien de temps ils devaient encore rester à l’abri avant de sortir sans trop de risque. Mais, selon lui, avec un tel coup d’éclat, l’Ile devait effectivement être débarrassée de la vermine. Il conseillait de rester encore un moment, le temps que le Manoir ait fini de s’écrouler. Il faudrait certainement dégager le passage au niveau et après la trappe, mais ils disposaient de quelques Pokémon entrainés pour les aider et les escorter contre les éventuels survivants. Puis, avec l’aide de la 5ème Brigade Aérienne, ils profiteraient de la nuit pour s’envoler en direction les différents Etats du Monde.

Le Colonel Cornell accompagnerait le Ministre Darwin. Leur destination était Céladopole, où œuvrait d’ores et déjà le Général Hesse pour se préparer à combattre les forces du Professeur Higgs. C’était aussi là-bas que l’équipe du Professeur Caul était censée se rendre. Tous les autres Ministres allaient eux aussi rejoindre une place stratégique et mener la résistance face à cette offensive surprise.

Mais au final, si les 5 Premiers Ministres étaient sains et saufs, le bilan de cette première attaque envers les 5 Etats était très lourd. On compterait plus tard environ 20 000 disparus dans les deux camps sur le Chenal Diplomatique, plus les 100 dresseurs et une vingtaine de militaires sur l’Ile Union. Tout cela annonçait dès lors la peinture avec laquelle serait coloré ce tragique tableau de l’histoire humaine. La Guerre ne faisait que commencer.

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Le Professeur Higgs était assis dans un grand et confortable siège en cuir blanc, croisant les doigts sous sa tête. Il observait sans rien dire les centaines d’hommes et de femmes rassemblés devant lui, rangés en rang d’oignon, debout, qui le fixaient tous avec la même intensité. La plupart d’entre eux étaient des dresseurs de tous les âges qui, un jour, avaient croisé son chemin. Le vieux Ministre aurait été capable de tous les nommer et de donner les circonstances de leur rencontre, mais cela n’aurait été qu’une perte de temps. Aujourd’hui, à l’aube de cette ultime guerre, ils attendaient les paroles de leur leader pour leur donner le courage et la volonté nécessaires afin de monter sur le champ de bataille.

Si les dresseurs occupaient une place importante de la grande pièce dans laquelle ils se trouvaient, il n’y avait pas qu’eux. Un petit groupe de créatures vaguement humaines, des Chimères créées par Léo, étaient à l’écart, mais patientaient dans la même attitude que les hommes et les femmes. Ils étaient pourvus de griffes, de crocs, d’épines, mais surtout de la même volonté que toutes les personnes présentes. Parmi elles, il y avait l’ancien Colonel Lester Cushing, qui semblait brûler d’impatience d’aller au combat.

Plusieurs scientifiques se tenaient sur les côtés. N’appartenant pas aux escadrons qui allaient risquer leurs vies directement, ils ne s’étaient pas mélangés aux dresseurs et avaient quitté leur poste pour être sur place lorsque le Professeur commencerait à parler.

Juste à sa droite, un peu derrière lui, se tenait tout un groupe d’Infirmières Joëlle. Elles avaient tronqué leur uniforme habituel pour un équipement plus pratique, semblable à la tenue des militaires de l’Armée. Elles avaient beau venir de villages totalement différents, dispersés sur l’ensemble des 5 Etats, et être âgées d’âges différents, il aurait été impossible de les différencier. Juste devant elles, comme menant le groupe, le Docteur Vygotsky admirait la scène avec un large sourire, dévoilant ses dents impeccablement blanches. Contrairement aux Infirmières, il était habillé avec un smoking clair très voyant et parfaitement propre, dans lequel la lumière se reflétait presque. Ses mains étaient cachées dans des gants tout aussi blancs. Il n’y avait que ses cheveux blonds et gras qui venaient gâcher son allure. Il avait beaucoup de mal à rester en place, sentant l’excitation le tirailler, malgré son âge aussi avancé que le Professeur Higgs.

Plus calme et encore plus en retrait, Léo était dos appuyé contre une des larges machines, parsemée de voyants de lumière qui clignotaient. Il savait déjà ce que le Professeur Higgs allait tenir comme propos, l’ayant aidé à répéter et à modifier à plusieurs reprises son texte qu’il préparait déjà depuis des années. Devant lui, Red et Mewtwo se tenaient juste à la gauche du Professeur. Le dresseur de légende avait un grand sourire et fixait les dresseurs avec assurance, comme le Professeur le lui avait appris. Il était la figure de proue du navire, celui que tout jeune dresseur respectait et suivrait, où qu’il aille. Mewtwo, lui, semblait plus intéressé par les Chimères. Comme lui, ces dernières n’étaient pas parfaitement humaines, et il se sentait plus proche de ces créatures à l’aspect inhabituel.

Pour finir, de nombreux écrans étaient disposés partout dans la pièce, montrant que, dans d’autres dirigeables, on attendait avec la même hâte les mots du Professeur. Xanthin, par exemple, apparaissait avec toute une horde d’hommes et de femmes dissimulés sous une combinaison de son invention. D’autres dresseurs d’importance, Maitres ou anciens Maitres, attendaient avec leurs propres subordonnés. D’autres groupes d’Infirmières, exactement similaires à celles du Dr Vygotsky, affichaient la même expression neutre. Et puis, il y avait tous les autres hommes et femmes qui, de près ou de loin, participaient de plein gré à cette Guerre.

Enfin, le Professeur se redressa sur le dossier de son siège. Il prit appuie sur les accoudoirs et se leva, lentement. Tout le monde, que ce soit dans ce dirigeable ou dans un autre, retint sa respiration, sans oser bouger, et encore moins parler. Tout était calme et silencieux, comme si aucune âme ne vivait. Puis un sourire serein apparut sur son visage et il écarta les bras et ouvrit les mains, comme en signe d’accueil.

- Mes chers amis, commença-t-il doucement. Il n’aura pas échappé aux plus attentifs d’entre vous que je ne suis pas un grand admirateur de l’être humain.

Il marqua une pause et ses mains se fermèrent légèrement alors qu’il avait toujours les bras écartés. Comme il avait commencé, Léo, derrière lui, s’était légèrement redressé, adressant un regard intrigué à son mentor. A sa droite, Vygotsky était sur le point de se briser lui-même sa mâchoire à force de sourire ainsi.

- Mes chers amis, soupira le Professeur en cachant désormais ses bras dans son dos, se tenant le plus droit possible. Je n’aime pas l’homme, et vous le savez.

A nouveau, il s’arrêta de parler. Il était passé d’un visage accueillant et sympathique à un regard dur et froid, les sourcils froncés. Déjà les spectateurs, qu’ils se trouvent devant lui ou non, se sentaient incapables de faire le moindre geste, et même Lester Cushing écoutait d’une oreille attentive.

- Non, mes chers amis, répéta Higgs en hochant la tête. Je hais l’humanité sur tous ses aspects. Je déteste toutes ces choses qui font de nous des êtres humains. Je ne vous parlerai pas de cet orgueil insensé qui nous fait croire que nous sommes plus importants que les autres êtres vivants de cette planète. Une arrogance qui dépasse même le cadre des espèces, puisque l’homme peut éprouver autant de mépris pour un de ses semblables que pour le plus insignifiant des insectes. Une insolence unique dans l’histoire du vivant, qui fait de nous les créatures égoïstes que nous sommes, nous qui croyons que tout nous est permis et ce, peu importe les conséquences sur autrui !

Il s’interrompit, observant minutieusement les réactions de ses auditeurs, qui restaient sans voix. Il voulait donner à chacun l’impression que ces paroles s’adressaient à eux en particulier, et non à leur voisin.

- Et pourtant, reprit-il en balayant l’air de son bras droit, le gauche toujours dans son dos, cette indifférence face au malheur se transforme en jalousie grotesque quand il arrive à notre entourage de connaitre un moment de bonheur. Deux solutions se présenteront alors pour cette vulgaire créature que nous représentons, la recherche d’une situation similaire ou la destruction des biens d’autrui. Seul nous importe notre cas et nos envies, et personne d’autre que l’individu n’a le droit d’être heureux ! Une infecte convoitise qui anime le cœur de chaque membre de cette stupide humanité contre laquelle nous nous soulevons aujourd’hui !

S’il avait commencé à parler calmement, le Professeur s’exprimait désormais de plus en plus fort, d’une voix puissante et rude, une lueur de supériorité dans les yeux.

- Et que dire des autres défauts ! s’exclama le Professeur. Je déteste cette haine qui habite l’homme et le pousse aux pires des actes, comme je déteste cette avidité sans fin, cette soif de biens matériels sans aucune valeur qui agit comme carburant pour cette espèce abominable ! Je déteste ces désirs écœurants que peuvent éprouver les plus pervers d’entre nous et qui jouissent du malheur des autres comme s’il s’agissait d’un mets raffiné. Je déteste cette oisiveté sans bornes, cette torpeur et cette nonchalance lorsque l’occasion nous est donnée de faire enfin quelque chose de bon, de réparer les erreurs, ou, tout simplement, d’agir pour un bien ! Et pire encore, lorsque justement, nous nous activons autour de nous, le but est tout autre ! Il ne s’agit que de se donner bonne figure pour garder une conscience tranquille, ce qui rejoint l’égoïsme immonde de l’homme. J’exècre tout cela ! Et puis il y a tout le reste, cette pitié ridicule, ce narcissisme alarmant, et j’en passe tellement ! Impossible de tous les citer !

Il s’arrêta à nouveau en poussant un grand soupire. Tous les spectateurs écoutaient toujours avec autant d’attention que lorsqu’il avait démarré, si ce n’est encore plus. L’expression des hommes montrait à quel point ceux-ci semblaient mal à l’aise. Son propre cœur battait à la chamade à l’idée de prononcer ces mots, de dire enfin tout ce qu’il pensait, sans retenue ni limite. Même Léo, qui était censé connaitre le texte du Professeur, paraissait captivé, comme si les mots du Professeur étaient autant de poignards qui se plantaient dans son cerveau. Red, de son côté, avait dégluti à plusieurs reprises, ne pouvant s’empêcher de se reconnaitre à certains passages du discours. Finalement, il n’y avait que Vygotsky pour paraitre toujours aussi confiant et souriant.

- Mes chers amis… Oui, pour tout cela, je hais l’humanité, répéta le Professeur Higgs d’une voix plus calme. Et pourtant, vous comme moi en faisons partie. Ce n’est pas un choix que cette appartenance à l’espèce la plus méprisable de l’Univers. C’est une destinée inévitable et tragique. Moi-même n’ai-je pas ressenti la haine, l’envie ou encore cette odieuse fierté ? Je suis moi-même l’incarnation de tout ce que je déteste le plus au monde. Je suis un être humain.

Il serra soudainement le poing droit en le plaçant devant sa poitrine, fixant l’assemblée avec toujours autant d’intensité, son regard balayant la pièce de droite à gauche.

- Mais pourtant, il y a plus de 60 ans, Dieu est venu à ma rencontre, moi, ignoble et abject humain, s’écria Higgs d’une voix de plus en plus bienveillante. Ce n’est pas moi qui l’ai fabriqué comme ça, subitement, non. C’est lui qui s’est imposé à moi, me confiant alors une tâche à accomplir afin de sauver ce monde en perdition. Pour ce faire, et avec mon aide, il a pris la forme de cette fantastique Machine, capable des plus grands Miracles, afin de me soutenir de manière bienveillante tout au long du chemin tout tracé que j’ai emprunté. Un chemin qui m’a permis de rencontrer chacun d’entre vous, pour que vous puissiez nous prêter main forte.

Léo plissa les yeux, un sourire s’étalant quelque peu sur son visage. Il ne s’était pas attendu à ressentir autant d’émotions quant aux paroles du Professeur. C’était tout autre chose que les répétitions auxquelles il avait déjà assistées. Lui-même se sentait unique, pour être l’un des membres les plus importants de son entourage. Il savait que c’était justement le but du discours du Professeur, rabaisser les auditeurs pour mieux les valoriser par la suite. Et si l’effet fonctionnait si bien sur lui qui était au courant des objectifs, alors c’était surement le cas aussi pour la foule.

- Ensemble, mes très chers amis, nous allons construire un Monde Nouveau ! rugit le Professeur Higgs en faisant de grands gestes des bras, d’un air assuré. Un monde dans lequel toutes ces choses que nous détestons ne seront plus que des souvenirs ! Il en sera fini de l’orgueil, de la jalousie ou de la haine ! Il n’y aura plus rien de tout cela, pas même une petite trace ! La nature reprendra ses droits, sous l’œil bienveillant de Dieu ! Un monde où tout écart, ou toute dérive humaine serait sévèrement réprimée, notamment avec l’appui de notre Gardien de l’Ordre !

A sa gauche, Red avait récupéré un sourire confiant, presque hautain. Au fond de lui, il se sentait encore plus particulier que tous les autres, puisque c’était à lui qu’était revenu le partenariat avec ce fameux Gardien de l’Ordre dont Higgs parlait. Mewtwo, lui, ne réagit pas. Cela faisait longtemps déjà que le Professeur l’avait convaincu que, malgré ses origines tourmentées, il avait la possibilité de rendre le Monde meilleur en servant ce Dieu si puissant et bienveillant. Mais il avait aussi appris à rester humble quant à sa supériorité.

- Notre objectif se trouve donc là ! reprit Higgs, en tendant les mains comme s’elles retenaient quelque chose à l’intérieur, les doigts se crispant de plus en plus au fur et à mesure qu’il parlait. Nous allons exterminer cette exécrable humanité et tous les maux qui vont avec ! Je pourrai très bien commencer ici-même, en claquant des doigts, pour que nous nous entretuions tous ! Mais ne serait-ce pas là un terrible gâchis, mes chers amis ? Non, car nous laisserions s’en tirer le reste des hommes, qui, au contraire de nous tous, est encore aveuglé par sa propre condition et incapable de comprendre notre Cause. Aussi, devons-nous occire l’ensemble de cette humanité défaillante !

Il ferma les yeux et baissa la tête, réprimant un petit rire. Les Chimères voisines de Lester Cushing ne purent alors s’empêcher de jeter vers ce dernier un regard inquiet. La créature au bonnet rayé avait un sourire presque aussi grand que celui du Dr Vygotsky, exposant des dents pointues et déjà tâchées de sang après sa première implication au génocide programmé par le Professeur. Toutes les Chimères avaient été entrainées à tuer, mais aucune d’entre elles n’avait autant d’entrain à le faire que cet être sans pitié. Après l’avoir vu en action, juste avant de rejoindre le dirigeable, elles avaient presque été effrayées par ses méthodes bestiales.

- Imaginez, mes chers amis, ce Monde à venir, lança Higgs en levant les yeux au plafond d’un air mélancolique. Un Monde calme et paisible, sans défaut, pour que vivent sereinement les Pokémon que nous avons tant exploités, ainsi que les Chimères, cette nouvelle génération d’êtres intelligents mais qui ne répèteront pas les mêmes erreurs que nous avant eux… Un monde régit par Dieu et ses serviteurs. Outre notre Gardien, qui sera certainement l’Autorité suprême, capable d’empêcher toute menace de resurgir, nous pourrons compter sur la Charité, ces femmes qui, depuis plus de quarante ans déjà, agissent au plus près de Dieu. Ces Elues de l’Humanité, seul vestige de ce qu’était la figure humaine, des infirmières totalement dévouées à Dieu. Nous pourrons compter sur elle pour assister Mewtwo dans sa tâche, mais aussi pour venir en aide aux créatures vivantes qui auront besoin de leur soutien.

Tout en parlant, il avait désigné le petit groupe d’infirmières. Si celles-ci étaient restées de marbre, Vygotsky, lui, avait bien failli faire une crise cardiaque tant il débordait de bonheur. Il avait travaillé des décennies pour créer la Charité, ces femmes à la fois bonnes et redoutables. Elles étaient sa plus grande fierté, l’œuvre de sa vie.

- Mes chers amis, reprit finalement le Professeur Higgs avec un large sourire. Nous nous battons pour notre Cause et nos Idées. Notre guerre est une guerre idéologique. Mes chers amis, nous nous battons pour la garantie de la Paix sur Terre, pour le futur des Pokémon et des Chimères qui nous succèderont. Notre Guerre est une guerre de paix. Mes amis, nous nous battons pour rendre à Dieu ces Terres que l’homme s’est appropriée au fil des générations, en dépit des autres êtres vivants, et qu’il a dégradées sans aucune gêne. Notre Guerre est une guerre territoriale. Mes très chers amis, nous nous battons pour tuer nos ennemis jusqu’au dernier, quitte à nous acharner pour ne plus jamais que la graine de cette société impure ne germe à nouveau. Notre guerre est une guerre… d’extermination.

Soudain, il releva le bras droit bien haut, les doigts de la main tendus et écartés, sauf le pouce qui était replié, comme pour se le cacher à lui-même. Aussitôt, tous les dresseurs, toutes les infirmières, les chercheurs, les Chimères, ses plus proches alliées, tous ceux qui assistaient à son monologue l’imitèrent en poussant des cris de joie. Cela faisait des années qu’ils étaient déjà endoctrinés au point de suivre le Professeur, où qu’il aille. Au point de donner leur vie pour son objectif final. Au point de participer au génocide le plus radical de l’histoire du monde sans le moindre remord.

- Ensemble, nous allons créer un Paradis digne de Dieu, cria Higgs pour enhardir ses hommes. Mais avant d’arriver à cet aboutissement, la concrétisation de nos rêves, nous devons d’abord faire sombrer la Terre en Enfer !

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La ville de Celadopole avait été choisie par le Général Hesse afin d’accueillir le QG de l’Armée dans la région de Kanto pour gérer cette situation de crise hors du commun. Très rapidement, les différentes bases de la région s’étaient vidées pour se diriger vers cette métropole. On attendait au final près de 14 000 militaires sur place. Dans cette situation toute particulière, de nombreux bâtiments avaient été réquisitionnés. Ainsi, le Centre Commercial de la ville n’avait jamais été aussi plein, même en jour de solde. En effet, une grosse partie de la population de la ville avait reçu l’ordre de s’y rendre en l’attente d’une évacuation presque totale.
Partout dans le monde, on avait recensé des diverses attaques comme celle du Parc Naturel de Doublonville, effectuée par des Pokémon, des dresseurs ou des Chimères. Mais la ville qui avait été la plus touché n’était autre que Safrania, dont plus personne ne parvenait à avoir aucune nouvelle. Mais grâce aux images satellites, l’Armée avait pu admirer l’ampleur du carnage et, surtout, les différents dirigeables du Professeur Higgs. Celadopole étant la ville la plus peuplée la plus proche, il avait donc été décidé de mettre en sécurité ses habitants dans d’autres lieux, tandis que l’Armée ferait son possible pour anéantir les forces ennemies.

Aldebert, Stephen et Patrick étaient en train de patienter au rez-de-chaussée du Centre Commercial. Le Professeur semblait être sur les nerfs. Isaac, Elodie et Billy n’étaient pas restés avec eux, appelés par le Général Hesse à le rejoindre dans l’Ancien Casino, qui s’était révélé être un QG idéal pour accueillir les forces de l’Armée et prévoir des différentes marches à suivre. Il appréhendait beaucoup la suite des évènements. Assis à côté de lui, son ami écrivain avait toujours un air abattu. La tête baissée, il n’avait rien dit depuis leur arrivée en ville. Patrick Stearns, enfin, pianotait sur un ordinateur en observant distraitement un couple supplier deux militaires postés à l’entrée pour qu’ils les laissent sortir rechercher leur enfant, qui devait certainement être encore dehors.

Enfin, après plus d’une heure d’attente, alors qu’il faisait presque nuit, les portes s’ouvrir pour laisser passer quelques citoyens escortés par des policiers et des militaires. Les parents qui n’avaient cessé de réclamer le droit de sortir se précipitèrent vers un enfant d’une dizaine d’année. Puis ce fut le tour d’Elodie, Isaac et Billy de passer l’entrée. Aldebert se leva immédiatement, et même Stephen releva légèrement la tête. Rien qu’en observant leur tenue, le Professeur Caul déglutit. Billy portait une tenue militaire qu’il n’avait pas quand il les avait quittés. De même, Isaac avait revêtu sa Combinaison Booster personnalisée, tandis qu’Elodie semblait bien mal à l’aise dans un drôle de veston renforcé, utilisé d’ordinaire par les forces de l’ordre pour éviter d’être blessé. Tout cela confirmait ses soupçons.

- Les enfants ! s’exclama-t-il avec un air horrifié. Ne me dites pas que …
- Al’, j’ai 62 ans
, lui rappela Isaac en soupirant.
- Et moi 46 ans, mais je reconnais que je suis restée très jeune physiquement, lança Elodie avec un rire forcé.
- Peut-être, mais vous restez mes enfants, répliqua Aldebert. Je refuse que vous alliez sur le champ de bataille !
- Al’, écoute-moi,
répondit Isaac d’un air sévère. C’est toi qui nous as convaincus de ne pas baisser les bras après la mort de Naomie. On ne peut pas abandonner maintenant que la menace n’a jamais été aussi grande.
- Mais … mais je…,
balbutia Aldebert, larmoyant. Je ne veux pas vous perdre… Je ne veux plus perdre personne …

Il éclata soudain en sanglot, attrapant sa tête dans sa main crispée, comme pour cacher son visage. Isaac déglutit, l’air amer, puis se rapprocha pour prendre le vieil homme dans ses bras et lui chuchoter des mots rassurants à l’oreille, vite rejoint par Elodie. Si Stephen Shelley était chamboulé par la mort de sa femme, cela n’avait pas laissé le vieillard indifférent non plus. Il avait lui aussi perdu un être cher, une amie d’enfance. De plus, ces longues heures passées à réfléchir lui avait causé bien du tracas, et un sentiment de culpabilité de ne pas avoir réussi à arrêter Higgs à temps l’avait envahi. Toutes ces émotions, mêlées aux sombres perspectives d’avenir, laissaient Stephen complètement abattu.

- Ecoute, Al’, reprit Isaac en enlaçant toujours son père adoptif. Le monde entier est en guerre. Nous mieux que quiconque savons comment nous y prendre face à certaines menaces. Abandonner maintenant, c’est condamner le monde et offrir la victoire à Higgs. Doro n’aurait pas voulu de ça.
- Je … je sais bien
, hoqueta le Professeur en serrant ses épaules de ses mains.
- Tout un régiment se dirige vers nous en ce moment même, reprit Isaac. Par chance, les quelques dirigeables, eux, prennent une autre direction, surement pour rejoindre Johto ou une autre région. Les villes sur leur chemin sont en train d’être évacuées, mais, vous, vous devez attendre ici, le temps qu’on ait repoussé les troupes ennemies. Tu n’es pas un combattant et tu ne l’as jamais été. Promet moi de rester ici, avec les autres. Et moi, je te promets de revenir en vie avec Elodie et Billy.
- Tu… Tu me le jures ?
gémit Aldebert.
- Je te le jure, assura Isaac d’une voix assurée.
- Pareil, confirma Elodie d’un ton plus doux.
- Allez, viens, on va s’asseoir…

Billy vint à leur rescousse pour aider le vieux Professeur à rejoindre son banc à côté de Stephen et de Patrick. Une fois qu’il fut réinstallé, Isaac demanda à l’informaticien de s’entretenir quelques minutes avec lui, pour lui demander de veiller sur les deux autres en leur absence, ce que l’homme accepta directement. Puis, après l’avoir étreint une dernière fois, ils se dirigèrent tous les trois dehors. Le Général Hesse les attendait.

- Vous êtes prêts ? demanda-t-il d’un ton inquiet.
- Parfaitement, confirma le Major Campbell.
- Bien, soupira le Général. Prions pour que tout se passe bien…

Puis, accompagnés des centaines de militaires et policiers, ils se dirigèrent vers l’entrée est de la ville. Un gros nombre de soldats, d’autant que les éclaireurs n’avaient pas annoncé un grand nombre de dresseurs ennemis, mais le Général Hesse ne voulait prendre aucun risque. Il fallait tout faire pour empêcher leurs adversaires de pénétrer l’enceinte de Celadopole. Il fallait tout donner pour épargner les habitants.

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Ils n’étaient qu’une trentaine de dresseurs à marcher en direction de la ville de Celadopole. Cependant, ces derniers avaient été triés sur le volet pour leur habileté en combat Pokémon et pour leur équipe particulièrement puissante. Beaucoup d’entre eux avaient un jour affronté Red, qui, s’il avait gagné à chaque fois, avait dû reconnaitre l’étendue de leur talent. C’était d’ailleurs lui qui menait la marche, en compagnie de Mewtwo, son partenaire de toujours. Tous leurs Pokémon bénéficiaient d’une bénédiction de la part de Dieu et leurs capacités avaient donc été améliorées pour l’occasion des affrontements.

Cependant, Red n’était pas le seul à mener l’attaque ce jour-là. Un grand nombre de Chimères les accompagnaient, donnant à leur marche un côté un peu surréaliste. Ces créatures aux silhouettes improbables créaient un véritable arc-en-ciel de couleur. On pouvait compter presque une centaine de têtes dans cet étrange défilé. Un carnaval macabre, annonciateur du génocide à venir.

S’il n’avait aucun doute sur leur utilité au combat, Red n’en restait pas moins agacé par la présence de la Nouvelle Génération. Il redoutait un excès de zèle de leur part, comme ce qu’il avait vu à Safrania. Car, s’ils étaient là aujourd’hui, c’était surtout pour une mission reconnaissance. Ils combattraient une heure, peut-être plus, avant de se replier pour adapter leur offensive suivante, au chaud à Safrania, là ou patientait le gros des troupes. Il ne fallait pas prendre de risque aujourd’hui, et simplement prendre la température dans les rangs ennemis.
Soudain, le dresseur légendaire leva la main, pour stopper son régiment Un grand sourire s’étala sur son visage. Il voyait enfin les forces ennemies apparaitre. Celles-ci leur étaient supérieures en nombre, à n’en point douter. Les militaires paraissaient les attendre sur la Route 7, à encore un gros kilomètre de la ville. C’était maintenant que les choses sérieuses commençaient.

- Voilà le comité d’accueil, lança-t-il en se tournant vers ses camarades. Montrons leur de quoi Dieu est capable !

Il leva le poing en cachant le pouce et fut imité par les dresseurs et une majorité des Chimères. Mais quelques-unes parmi celles-ci, surexcitées, ne purent patienter plus longtemps et se dégagèrent des rangs pour courir vers leurs adversaires. Red réprima son envie de les rappeler et entraina plutôt le reste de ses troupes à leur suite, prêt à participer à leur premier massacre. Seul Mewtwo se contenta simplement de s’élever, afin d’observer le combat de loin. Il n’avait pas l’intention d’intervenir, ou seulement s’il le jugeait nécessaire. Pour cette fois seulement, il n’était là que pour envisager la suite des opérations.

Etonnement, Lester Cushing ne faisait pas partie des quelques Chimères impatientes. Au contraire, il était resté à l’arrière et avait passé la marche à parler avec ces dernières, pour les stimuler et les pousser au combat. En tant qu’ancien militaire, il savait parfaitement que les premiers attaquants n’étaient que de la chair à canon, dont le sacrifice était nécessaire pour permettre ensuite au gros des troupes de passer à l’attaque dans de meilleurs conditions. Comme il l’avait prévu, ces dernières n’atteignirent jamais les rangs de leurs adversaires, ceux-ci ripostant rapidement en concentrant leurs efforts sur eux avec des attaques à distance. Mais en conséquence de cela, la voie était au moins plus sûre pour les attaquants suivants.

L’ancien Lieutenant-Colonel continuait d’avancer, calmement, son arbalète dans la main gauche secouée de tremblement dû à l’excitation qu’il tentait tant bien que mal de contenir. Il s’était laissé dépasser par la plupart des dresseurs et des autres Chimères. Aussi quand il arriva au niveau des combats, il s’arrêta, la main droite pourvue de griffes acérées sur le cœur, secoué d’un rictus malveillant. Devant lui, les Pokémon s’affrontaient entre eux, tandis que les humains faisaient leur possible pour lutter contre les Chimères, à l’aide d’armes diverses. Au loin, on entendait le son des explosions et les hurlements de douleurs. Les cris d’effroi et de souffrance résonnaient dans ses oreilles comme une douce mélodie mélancolique qui parcourait son corps et son âme. C’était pour ce moment que Lester Cushing était venu au monde. Il n’y avait que sur le champ de bataille qu’il pouvait éprouver ce bonheur absolu, l’épouvantable satisfaction de côtoyer la mort à chaque instant. Il en avait de tels frissons qu’il pouvait presque en jouir. Et il avait bien l’intention de savourer ces délicieux moments.

Enfin, un militaire qui venait de mettre à terre une Chimère avec l’aide de son Pokémon se précipita vers lui, un long cimeterre à la main, en hurlant de rage. Le sourire de Lester s’élargit. La rage du combat n’avait pas pris beaucoup de temps avant de gagner leurs adversaires. D’un geste rapide, il brandit son arbalète, visa et tira sur l’homme, le touchant à l’épaule droite. La douleur lui fit lâcher son arme et, avant qu’il ne puisse réagir, Lester bondit et attrapa sa tête avec les puissantes serres de Guériaigle qui lui servaient de pieds. Il la pressa comme un citron, la faisant exploser sous le regard horrifié de son Nostenfer, qui tenta de se replier. Mais si les ordres étaient de se concentrer sur les humains, Lester ne l’entendait pas de cette oreille. Qu’il s’agisse d’humains, de Pokémon, de Chimères, d’ennemis ou d’alliés, ils étaient tous égaux face à la mort intrinsèque de la guerre. Aussi chargea-t-il rapidement un nouveau carreau à son arme, puis abattu sa cible au vol.

Cette première action le satisfaisait déjà plus qu’il ne l’espérait. Il relâcha le cadavre mais retira de son uniforme une des médailles qu’il arborait, et la fourra à l’intérieur du bonnet de Naomie. Puis il se lécha les babines en constant que deux autres militaires avaient assisté à la scène. S’ils avaient été impuissants, ils paraissaient bien motivés à venger leur ami, ce qui signifiait donc qu’ils n’allaient pas tarder à s’en prendre à lui, eux aussi. Il leur adressa un regard de défi et écarta les griffes, prêt à les plonger dans leur corps et à répandre leur sang dans sur le champ de bataille. Si le Professeur Higgs avait parlé d’un Paradis à venir, Lester Cushing s’y trouvait d’ors et déjà.

Posté à 09h35 le 02/05/18

Deus Ex Machina ...

Le moment de l'Epidémie (2/2)



Aldebert et Stephen venaient de terminer leur expérimentation. Toutes les nouvelles données avaient été retranscrites par Stephen dans un vieux cahier. C’était déjà le quatrième que l’écrivain utilisait à cette fin, et il était rempli aux trois-quarts par l’écriture manuscrite de l’écrivain. Heureusement, à priori, ils avaient maintenant terminé, au bout de plusieurs années de récolte, de rassembler toutes les informations nécessaires. Aldebert attendait donc avec impatience que Patrick Stearns achève le travail. Cependant, celui-ci était occupé avec Isaac et ils ne voulaient pas le déranger, même s’ils trépignaient d’impatience à l’idée de voir les résultats après tant de temps.

Pour fêter cela, Stephen voulait préparer un bon repas. Il ouvrit le frigo et en retira plusieurs ingrédients pour préparer sa spécialité, le Canarticho à l’orange. Cependant, constatant l’absence des fruits nécessaires, il demanda à Aldebert si celui-ci n’avait pas vu les agrumes. Ayant reçu une réponse négative, il répéta la question à trois reprises aux deux informaticiens avant que ceux-ci ne réagissent. Eux non plus ne savaient pas où étaient les oranges. Un peu ronchonnant, il ouvrit la porte de l’atelier d’Elodie pour lui demander si elle en avait bien achetés, mais constatant que l’ingénieure était très occupée avec Billy, il referma bien vite la porte, l’air gêné, et décida, finalement, qu’il allait improviser une nouvelle recette.

Il était en train de préparer la viande quand il sentit vibrer dans sa poche son Pokématoss. Il abandonna immédiatement son couteau, s’essuya bien vite les mains sur son tablier et l’attrapa, le sourire aux lèvres. Il n’y avait que sa femme pour le contacter de temps à autre depuis qu’on avait feint sa mort. Il avait justement envie de la revoir pour célébrer avec elle leur victoire à venir sur leur adversaire et leur futur retour à une vie normale.

- Ha, Doro, ça tombe bien, je compte bien te voir ce soir, je suis en train de préparer du Can…
- Mr Shelley, c’est Marcus Cornell à l’appareil
, l’interrompit ce dernier d’une voix grave.

Stephen fronça immédiatement les sourcils et tourna légèrement son regard vers son appareil, l’air à la fois déçu et surpris. Mais ce qui le perturbait un peu plus, c’était le ton utilisé par le Colonel. On aurait dit qu’il avait une mauvaise nouvelle à annoncer. Marcus Cornell ne le contactait quasiment jamais, et passait toujours par Billy, qui était officiellement le chef de l’Equipe, même si cette dernière était censée ne plus exister. Repensant à ce qu’il avait vu dans l’atelier, il se dit que le Colonel n’avait peut-être tout simplement pas réussi à le joindre cette fois-ci. Il se mordit la lèvre, tentant de se persuader que ce n’était qu’un appel de routine.

- Colonel ? répondit l’écrivain, déclenchant le regard interrogateur d’Aldebert, non loin. Vous appelez pour être tenu au courant des avancées d’Isaac et de Patrick ?
- Hélas, non, Mr Shelley…
répondit son interlocuteur d’une voix hésitante. Je crains que nous ayons sous-estimé la réplique du professeur Higgs… Je… Je suis désolé, Stephen… Il a tué Dorothéa…

Ces derniers mots résonnèrent plusieurs fois dans la tête de Stephen Shelley. Il restait silencieux et immobile, le regard comme perdu. Il avait l’impression que quelque chose venait de se briser en lui, quelque chose qu’il ne pourrait jamais réparer. C’était comme si toutes ses forces l’abandonnaient et il finit par baisser le bras qui tenait le Pokématoss et pendait maintenant mollement le long de son corps, pareil à une liane suspendue à une branche. Il se sentit ensuite tomber et se retint juste à temps en s’étalant avec ses coudes sur son plan de travail, faisant tomber la viande de Canarticho par terre dans ses mouvements. Il entendit vaguement Aldebert l’appeler par son nom, un peu paniqué, mais il ne chercha pas à lui répondre. Il ne tenait plus son appareil et sa vision semblait troublée. Pourtant, il avait l’impression de voir la femme qu’il avait épousée lui adresser des signes avant de disparaitre petit à petit. Il sentit ensuite que plusieurs mains se saisissaient de lui et le forçaient à s’asseoir sur une chaise. Mais rien autour de lui n’avait plus d’importance. Que ce soit leur lutte contre le Professeur, ses Projets avec ses amis, ses idées de livres… Plus rien n’aurait plus la même saveur, maintenant que Dorothéa était partie.

Isaac et Patrick avaient dû se mettre à deux pour aider Stephen à s’installer sur un siège. Aldebert, quant à lui, s’était glissé dans son laboratoire pour en sortir différents médicaments qu’il était prêt à appliquer à son ami après l’avoir ausculté. Il tenait sa main sur son front pour prendre sa température quand Elodie et Billy arrivèrent, alertés par les cris. Isaac les informa de ce qu’ils avaient vu, c’est-à-dire que l’écrivain semblait avoir fait un malaise, puis un petit bruit attira l’attention de Billy. C’était le Pokématoss de Stephen, qu’il attrapa.

- Allô ? lança-t-il en s’éloignant un peu de l’écrivain pour ne pas gêner les soins qu’on lui prodiguait.
- Major Campbell ?! s’écria la voix inquiète du Colonel, qui mit immédiatement Billy au garde-à-vous, par réflexe. Comment va Stephen, je lui parlais et soudain il a cessé de répondre…
- Il a fait un malaise, apparemment, Colonel
, répondit le Major en jetant un coup d’œil vers l’écrivain, voyant Aldebert et Patrick qui se disputaient quant à la marche à suivre pour le soigner. Vous appelez pour un renseignement, je suppose ?
- Non, Major, écoutez-moi attentivement
, lança précipitamment le Colonel. La situation est grave et je crois que je ne suis pas innocent quant au malaise de Mr Shelley. Je viens de lui annoncer que sa femme était morte…
- Madame Crowfoot est morte ?
répéta Billy d’une voix forte, l’air stupéfait et attirant vers lui tous les autres regards. Mais… Comment…
- C’est le Professeur Higgs le responsable
, annonça le Colonel. Il a fait un carnage au Parc Naturel, à l’aide de Pokémon non-identifiés, mais qui seraient les mêmes que celui utilisé par le Professeur Neville il y a 8 ans. Mais ça ne s’arrête pas là.
- Attendez, Higgs a déclenché un massacre ?!
s’exclama le Major, apparemment sidéré, tandis que tous les autres, excepté Stephen, se rapprochaient pour écouter la conversation. Mais pourquoi est-ce qu’il a fait ça ? Il est devenu fou ?
- Apparemment, cela s’apparente à une déclaration de guerre
, maugréa Marcus Cornell. D’autres attaques ont été déclenchées un peu partout, avec de lourds bilans. Mais, surtout, en ce moment même, plusieurs bateaux hostiles sont en route vers l’Ile Union. Ils vont prendre d’assaut la capitale du Monde.
- Bordel de merde…
, ne put s’empêcher de dire Billy, l’air anxieux. On peut faire quelque chose pour vous aider?
- Pas vraiment, je suis sur place avec Mr Darwin et les autres Premiers. On est en train de réfléchir à comment organiser l’évacuation… Mais vous, vous devez aussi vous mettre à l’abri et vous préparer ! Rejoignez la base de Celadopole. Le Général Hesse s’y trouve, et je vous y rejoindrais dès que possible.
- Entendu
, approuva le Major en hochant la tête. Bonne chance, Colonel.
- Vous aussi.


Le Colonel coupa la communication et poussa un grand soupir. Apparemment, la mort de sa femme avait fait un terrible choc pour Stephen Shelley. Mais ils n’avaient pas le temps de se morfondre ou de pleurer la perte d’un proche. La situation était terriblement grave. Ils avaient déclenché, sans le savoir, une terrible réaction en chaine. Dorothéa n’était que la première victime. S’ils ne faisaient rien, ils risquaient fort de tous y passer. Il rejoignit la salle des opérations, où étaient rassemblés les 5 Premiers, ainsi que plusieurs responsables militaires. Tous avaient les yeux braqués sur des écrans. Vers l’ile Union se dirigeaient pas moins de dix navires armés. Mais l’Armée n’était pas restée les bras croisés et le comité d’accueil était prêt à les intercepter.

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Il n’existait qu’une seule et unique voie maritime praticable pour se rendre sur l’Ile Union. Effectivement, et depuis des années, des mines étaient déposées et entretenues par les forces de la Marine, tout autour de la capitale du monde, dans le but de rendre impossible toute invasion. Seul un couloir de 20 km de large pour près de 200km de long était libre de tout engin explosif, mais il était extrêmement surveillé par les navires de l’Armée. Cette route, rebaptisée Chenal Diplomatique, partait des mers frontalières d’Hoenn et de Sinnoh, et il fallait donc longer ces dites mers pour pouvoir emprunter ce chemin. Et toute tentative d’utiliser une autre trajectoire était tout simplement suicidaire, en vue du nombre d’engins explosifs qui attendaient paisiblement à la surface de l’eau.

Cependant, quelques heures auparavant, des bateaux avaient sonné l’alerte. Ils avaient détecté plusieurs vaisseaux inconnus, qui refusaient de répondre aux contacts qu’ils tentaient d’établir. L’information avait rapidement été relayée à l’Ile Union et les mesures avaient été prises en conséquence.

C’était à l’Amiral Weiss qu’avait été confiée la mission de diriger les opérations. Sans plus tarder devant cette menace exceptionnelle, il avait réquisitionné tous les marins disponibles à la base de l’Ile Union et annulé toute opération en cours sur le Chenal Diplomatique. Ainsi, en ce moment-même, dix Cuirassés de près de 263 mètres de long pour 39 mètres de largeur au maitre-bau étaient disposés pour faire barrage aux bateaux ennemis, à environ 115km des côtes de l’Ile Union. Ils laissaient entre chacun d’eux un espace d’environ 1km800 et formaient une ceinture quasi inviolable. Il était tout bonnement impossible de passer sans devoir les affronter, et ils étaient tous lourdement armés.

Outre leurs Cuirassés, ils disposaient du soutien de cinq navires collecteurs de renseignements, du même calibre que ceux qui avaient sonné l’alerte. Petit et peu armés, ils étaient néanmoins équipés de sonars efficaces, ainsi que de brouilleurs et détecteurs de signaux, prêts à intercepter les messages de leurs adversaires. Un travail peut-être peu glorifiant, mais hautement nécessaire en combat naval.

Afin de prendre d’assaut les navires ennemis de l’intérieur, l’Amiral Weiss avait aussi réclamé la présence de cinq Porte-hélicoptères. Les véhicules en vol étaient armés de charges explosives en plus des Pokémon des pilotes, œuvrant ainsi comme Snipers. Ces hélicoptères avaient déjà fait leurs preuves pour saborder des bateaux pirates dans le passé. Qui plus est, trois équipes de la Brigade aérienne, des soldats de l’Armée entrainés pour les combats aériens sur le dos de leurs Pokémon, avaient proposé leur aide dans la défense de l’Ile.

Mais enfin, et c’était là l’arme la plus redoutable de la Marine, ils profitaient de la présence de trois sous-marins d’attaque, équipés de puissantes torpilles, et escortés par un petit banc de Léviator. Ces bâtiments de guerre étaient non seulement très discrets mais disposaient surtout d’une force de frappe colossale. C’était dans l’un d’eux, le Magellan VI, que l’Amiral Arthur Weiss attendait les informations concernant les positions des bâtiments ennemis.

Lorsqu’enfin on le contacta pour lui communiquer les données qu’il réclamait, il attrapa des objets en métal et les disposa sur une grande carte bleue quadrillée représentant le Chenal Diplomatique, sous le regard curieux de ses stratèges et de son Capidextre. Ainsi, au final, ils avaient à faire à huit Cuirassés aux dimensions légèrement plus petites que les leurs, chacun suivis par plusieurs aéroglisseurs, des véhicules plus rapides mais non armé, destinés à prendre les terres d’assaut. On avait aussi compté 3 Croiseurs, des navires aux dimensions plus modestes que les Cuirassés, mais spécialisés dans la lutte anti-aérienne, qui semblaient mener l’attaque, comme pour protéger les Cuirassés des menaces venues du ciel. Enfin, sur les côtés, des Dragueurs de Mines suivaient, plus en retrait, prêt à agir s’ils venaient à être poussés vers les explosifs. Tous ces bâtiments tenaient une formation en pointe de flèche vers le milieu de leur barrage de Cuirassés.

L’Amiral et ses hommes eurent un petit moment de discussion avant de décider de la marche à suivre. Ils ne devaient surtout pas ramener tous les Cuirassés des deux bords vers le centre, car il y avait risque que des navires ennemis en profitent pour passer par la brèche qu’ils créeraient. Au contraire, ils ordonnèrent à ces derniers de s’avancer légèrement, afin de leur donner l’occasion d’encercler leurs ennemis et d’empêcher toute tentative de fuite. Puis ils se penchèrent sur le cas des Croiseurs. Engager l’assaut des hélicoptères et de la Brigade Aérienne était bien trop risqué tant que ces trois navires étaient en état. Mais si les prendre d’assaut depuis les Sous-marins était envisageable, l’Amiral préférait écarter cette hypothèse tant qu’ils étaient capables de faire le travail depuis les Cuirassés. Le Magellan VI disposait de puissantes torpilles, capable à terme de couler n’importe quel bâtiment. Mais ils étaient limités en charge sans pouvoir faire le plein. Ces coups violents devaient donc être lancés avec réflexion et parcimonie et seul l’Amiral avait le droit de commander un tir de torpilles.

Enfin les ennemis se profilaient à l’horizon. Les différents Capitaines des Cuirassés le firent immédiatement savoir à l’Amiral, qui n’attendait que cela pour transmettre ses différents ordres à l’aide de différents codes propres à la Marine. Les premiers hélicoptères décollèrent pour tenter une approche et les canons des autres navires pointèrent les Croiseurs, prêts à les cribler de partout quand ils seraient à portée.

Enfin, la bataille s’engagea. Les coups de canons retentissaient des deux côtés. Cependant, la portée de leurs tirs semblait plus restreinte que celle de leurs adversaires, ce qui contraint les Capitaines à se lancer à leur poursuite pour pouvoir leur tirer dessus, tout en encaissant eux-mêmes les bombardements adverses en attendant. Une position très inconfortable.

A l’abri dans son sous-marin, son tricorne sur la tête et son bras droit caché sous son manteau, l’Amiral n’en restait pas moins inquiet. D’après les récolteurs d’informations, les adversaires manœuvraient pour reculer et ainsi rester un maximum à l’abri de leurs attaques. De plus, les hélicoptères envoyés en reconnaissance avaient rapidement été dégommés par les Croiseurs. Le Colonel Von Stradonitz, chef de la seconde brigade aérienne, et son Roucarnage étaient même passé à deux cheveux de la mort. En se triturant la moustache, Arthur Weiss se tâtait. La situation était encore gérable sans son intervention, mais il n’aimait pas risquer la vie de ses hommes s’il pouvait en épargner.

- Amiral ! s’écria l’un de ses subordonnés au garde-à-vous. Les Premiers désirent s’entretenir avec vous. Ils sont en compagnie du Ministre Cornell de Kanto-Jotho.
- Cette vieille fripouille,
grommela Arthur, le regard dur. Lancez la communication.

Aussitôt un grand écran sur le côté s’alluma, dévoilant les 5 Premier Ministres qui siégeaient d’ordinaire à la Table Ronde. Cependant, en ce moment, ils se trouvaient dans une pièce plus petite, sans autre meuble que des armoires. Ils paraissaient tous très préoccupés par la situation. Il savait que l’Ile Union disposait d’une base militaire, mais que cette dernière n’était, contrairement aux rumeurs, pas très occupée. On y retrouvait surtout les bureaux de quelques haut-gradés mais très peu d’hommes. S’il ne parvenait pas à empêcher les bateaux d’atteindre l’ile, les Chefs d’Etat seraient certainement tués sans pouvoir opposer une grande résistance. L’air tout aussi inquiet, son ami Marcus Cornell l’observait avec appréhension.

- Amiral Weiss, pouvez-vous nous éclairer sur la situation ? demanda Meredith Robespierre, la Première de Sinnoh, nommée depuis seulement 2 ans à ce poste après avoir occupé le poste de Ministre du Tourisme dans sa région et connue pour sa petite taille.
- Nos adversaires ont mis le paquet, seulement deux Cuirassés de moins que nous, et trois Croiseurs en plus qui nous empêchent d’approcher par la voie des airs.
- Vous vous concentrer sur ces trois-là, je suppose ?
demanda le Premier de Kalos, Frederick Descartes, d’un ton sec.
- Evidemment, répondit Weiss en tentant tant bien que mal de cacher son agacement face à un homme qui voulait lui apprendre son métier. Ils ont l’avantage de tirer plus loin que nous, seulement, et tentent de rester hors de notre portée.
- Alors qu’attendez-vous pour lancer des torpilles depuis vos sous-marins ?
questionna Mr Descartes, un peu sur les nerfs. Qu’on en finisse vite !
- Mr le Ministre, nos munitions sont en stock restreint
, lui rappela Weiss. Les épuiser directement serait une erreur.

L’homme semblait sur le point de répliquer, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Le Ministre Darwin et son homologue d’Hoenn, le vieux Gandhi, prirent ensuite la parole pour demander des compléments d’informations et pour lui transmettre d’autres nouvelles. Pendant ce temps, l’Amiral voyait son ami observer un autre écran, qu’il ne pouvait pas voir. Enfin, quand il eut terminé de parler avec les Premiers, le Colonel décida d’intervenir.

- En vue de leurs positions actuelles, pourquoi ne pas tenter un tir de torpilles sur les Cuirassés qui se trouvent derrière les Croiseurs ? proposa-t-il. Même juste un, sa carcasse prendra du temps avant de couler et devrait gêner les Croiseurs, non ?
- Et nous pourrions ainsi les atteindre avec nos propres Cuirassés
, s’exclama Weiss, enthousiaste. Bonne idée.
- Ha, enfin, vous vous réveillez
, lança Descartes, acerbe.
- Je vais en discuter avec mes hommes puis nous passerons à l’attaque, répondit Arthur en fronçant les sourcils. Nous restons en communication, je suppose ?
- C’est exact, on vous laisse avec le Colonel
, répondit Darwin. Il s’y connait mieux que nous en stratégie militaire et nous avons aussi des choses à préparer…
- Bien reçu.


Il attendit quelques instants, que les Premiers se retirent, pour afficher sa mine agacée à son ami, qui ne put s’empêcher de sourire devant la grimace.

- Gnagnagna, les torpilles ! Comme si je n’y avais pas pensé !
- Ils ne savent pas ce que c’est
, lui rappela Cornell. Aucun de nos Ministre n’était dans l’Armée auparavant.
- Tu es sûr ? Il me semblait que la petite Robespierre avait quitté la Brigade aérienne après trois semaine parce qu’elle avait le mal de l’air.


Finalement, l’ambiance était plus détendue qu’on ne l’aurait cru. Le Colonel restait inquiet pour son ami, piégé dans une enveloppe de métal à plusieurs centaines de mètres de la surface. Les missions en sous-marins, ça pouvait aussi mal se passer. Mais il ne laissait rien paraitre pour autant et l’Amiral semblait d’ailleurs étrangement détendu.

Finalement, approuvant l’idée du Colonel, Arthur Weiss envoya ses ordres de manœuvres aux différents Capitaines sous ses ordres. Puis, en prenant bien soin de se tenir au courant via les collecteurs de données, les canons des trois sous-marins se mirent à pointer deux Cuirassés, choisis pour leurs positions qui pourraient se révéler gênantes pour les Croiseurs en fuite. Ils attendaient simplement les ordres de l’Amiral pour faire feu.

Celui-ci avait les yeux fixés sur un sonar, un talkie dans sa main gauche, prêt à faire relayer ses instructions. De son côté, Marcus Cornell l’observait sans rien dire. Soudain, le Ministre de la Justice reçut une demande de communication de la part de Von Stradonitz. Il allait la prendre quand il vit son ami commander d’un geste théâtral et d’une grosse voix de faire feu.

Aussitôt, les torpilles s’élancèrent depuis Magellan IV, V et VI. Les Léviator qui les escortaient s’étaient écartés, comme ils avaient été habitués à le faire quand ils voyaient plusieurs phares s’allumer sur les sous-marins. Les projectiles filèrent sans souci vers leur cible et provoquèrent un grand fracas en les percutant. Le choc était si puissant que, de la surface, on avait vu les Cuirassés faire de grands mouvements incontrôlables, alors qu’il s’agissait de base de véritables géants. Très vite, plusieurs Capitaines envoyèrent un message encourageant à l’Amiral, lui annonçant que, conformément à leur plan, les Croiseurs étaient maintenant bigrement ralentis et, bientôt, à portée de leurs canons.

- Prenez ça dans les dents ! s’exclama l’Amiral en sortant sa main droite disproportionnée de sous son manteau. On va leur faire regretter d’être venus sur notre terrain de jeu !

Autour de lui, Capidextre faisaient de petits bonds réjouis et ses hommes aux commandes se permirent quelques applaudissements. S’ils n’avaient pas encore gagné, plus personne n’avait de doute sur cette éventualité. Il ne faudrait plus longtemps pour éliminer les Croiseurs, puis saborder les Cuirassés serait tâche aisée.

L’Amiral adressa un grand sourire victorieux à son ami depuis l’écran. Mais celui-ci ne regardait pas vers lui. Il avait une mine atterrée, comme si on venait de lui annoncer une très mauvaise nouvelle. Puis comme il tournait la tête vers lui, Arthur Weiss sentit son estomac se nouer. Ils n’avaient pas eu besoin d’échanger le moindre mot. Il savait que quelque chose clochait.

Puis, soudain, une détonation retentit et fit basculer le Magellan VI, faisant presque perdre l’équilibre à Arthur Weiss. Plusieurs voyants et alarmes s’étaient enclenchés et la murmure des conversations s’était tue immédiatement. Tous les regards était fixés vers l’Amiral, qui était soudain devenu blanc comme un linge Puis les secousses reprirent, accompagnées de bruits d’explosions. Les différents instruments du sous-marin s’emballaient dans tous les sens et, aux commandes, tout le monde semblait pris au dépourvu.

- Qu’est-ce que c’est Marcus ? demanda l’Amiral, l’air pataud.
- Ils n’attaquent pas seulement via bateaux… Ils ont trois énormes dirigeables, qui s’étaient cachés dans les nuages… Ils sont en train de vous larguer des centaines de bombes…
- Je vois… On a trahi notre position en tirant nos torpilles
, lança Weiss en étalant son énorme main droite sur la tête. C’est bête… Je suppose qu’ils vont en répandre aussi sur nos Cuirassés ?
- D’après Von Stradonitz, ça a l’air parti dans ce sens, mais l’un des trois se dirige plutôt vers l’Ile Union sans rien larguer…
- Alors c’est ça… Ils vont envahir l’ile par la voie des airs, contrairement à ce qu’ils ont voulu nous faire croire… Ils sont ingénieux…
- Il est…
rectifia Marcus en se mordant les lèvres. Arthur… Vous n’avez pas de moyens d’évacuation, dans vos sous-marins ?
- Non,
répliqua Weiss avec un rire forcé. Quand bien même, vous n’avez pas le temps de venir nous secourir.
- Arrête, Arthur, il doit bien…
- Adieu, Marcus,
l’interrompit l’Amiral. Et merci pour tout.

Et sans attendre la réponse de son meilleur ami, avec qui il avait traversé tant d’épreuves, tant de péripéties, il coupa la communication. Il rappela immédiatement Capidextre qui courait partout d’un air paniqué et poussa un profond soupire en retirant son tricorne de sa tête pour l’appuyer contre son ventre.

- Un capitaine meurt avec son navire…

Puis une nouvelle charge explosive éclata, déclenchant une fissure dans la coque déjà endommagée. Et l’eau s’engouffra en déchirant le reste du métal sur son passage avant d’emporter tous les hommes du Magellan VI vers la mort.

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De l’autre côté de l’écran désormais éteint, le Colonel était resté bouche-bée, incapable de prononcer le moindre mot. Son ami lui avait épargné le spectacle de sa propre mort en coupant la liaison. Mais ce n’était pas possible. L’Amiral Weiss ne pouvait pas être mort. C’était impensable ! Et pourtant, au fond de lui-même, Marcus savait qu’il ne reverrait plus jamais son vieil ami et partenaire.

Il lui fallut encore quelques minutes avant de se ressaisir. Il avait les joues humides, n’ayant pas su retenir quelques larmes de couler, et ses yeux étaient rougis. Il se frotta rapidement le visage pour ne rien laisser paraitre et lança une nouvelle communication. Le Colonel Von Stradonitz répondit en l’espace de quelques secondes, grâce à son Holokit, qu’il portait au poignet. En vue du décor derrière lui, il était toujours en vol sur son fidèle Roucarnage.

- Seconde Brigade aérienne au rapport, lança-t-il l’air grave.
- Comment a évolué la situation, Colonel ? demanda le Ministre, inquiet.
- Les pertes sont lourdes, répondit-il. 4 Cuirassés ont été entrainés vers le fond, ainsi que les collecteurs de données et 3 Porte-hélicoptères. Cependant, ils ont aussi touché leurs propres navires, ce qui semble rétablir un peu l’équilibre…
- Et que font les dirigeables ?
demanda Marcus.
- Ils se sont séparés. L’un vers l’est, l’autre vers l’ouest. Je suppose qu’ils veulent détruire les autres navires encore debout qui étaient à l’écart…
- Et le troisième ?
- Il file droit vers vous
, soupira l’homme. Il a une vitesse qui atteint presque 100km/h. En clair, vous avez à peu près une heure pour vous préparer…
- Vous m’aviez dit que vous et vos hommes allaient tenter de s’approcher pour voir ce qu’ils avaient comme matériel. Vous avez réussi ?
- Alors, la bonne nouvelle, c’est que ce dirigeable-là ne parait pas équipé de charges explosives à larguer
, dit Von Stradonitz en hochant la tête. Cependant, y a l’air d’y avoir un sacré paquet de monde à l’intérieur, et il y a une piste de décollage. Quelques dresseurs sur leurs oiseaux sont venus pour nous attaquer et nous tenir éloignés.
- Des dresseurs ?
répéta le Ministre de la Justice.
- Je le sais parce que j’en ai reconnu l’un ou l’autre, précisa-t-il. Albert de Mauville et Alizée de Cimetronelle… Comme ils étaient en supériorité numérique, on a battu en retraite et ils sont revenus dans leur véhicule après.
- Je vois… Colonel, partez avec les hélicoptères. Retournez sur les Continents. On aura besoin de vous là-bas.
- Message reçu, Mr le Ministre
, répondit l’homme, l’air un peu mal à l’aise. Bonne chance de votre côté.

La communication coupa. La bataille du Chenal Diplomatique était un vrai désastre. Chaque Cuirassé comptait plus de mille hommes, et presque 200 par sous-marin. Et cela ne comportait que les pertes alliées, puisque, d’après Von Stradonitz, leurs adversaires avaient aussi eu beaucoup de pertes lors du largage des bombes par les dirigeables. Et dire que ce n’était encore que le début des hostilités…

Mais l’heure n’était pas aux tourments et aux constats. Si le chef de la Seconde Brigade aérienne ne se trompait pas, alors un dirigeable rempli de dresseurs allait débarquer sur l’Ile Union dans environ une heure. Ils n’avaient plus beaucoup de temps pour réagir.

Lorsqu’il annonça les dernières nouvelles aux 5 Premiers, les réactions furent diverses. Le plus âgé, Mr Gandhi, retira ses lunettes en poussant un soupir, incapable de dire quoique ce soit. Descartes s’était levé d’un bond pour donner un coup de pied dans la Table Ronde, avant de cracher un juron sous la douleur. Darwin, lui, s’était relevé aussi vite que son collègue, mais pour adresser un regard perturbé et interrogatif à son Ministre de la Justice. Puis il était retombé mollement sur sa chaise, l’air penseur. Madame Robespierre, elle, s’était saisie de son Pokématoss, afin de contacter des personnes qu’elle connaissait et qui, normalement, participaient à la Bataille du Chenal Diplomatique, tandis qu’Urbain Faraday, le Premier d’Unys, tentait de la rassurer. Seul Mr Malraux, le vieux Majordome et seul non politicien à être autorisé à entrer dans cette pièce légendaire était resté stoïque, restant discret au fond de la pièce.

- De combien d’hommes disposons-nous sur l’ile Union ? demanda finalement Mr Faraday d’une voix tremblante.
- Environ une trentaine, répondit le Colonel. Seule la cinquième Brigade aérienne et quelques officiers supérieurs sont actuellement sur place. Nous avons beaucoup de matériel, mais presque pas d’hommes…
- Et selon, vous, ce serait suffisant ?
demanda Gandhi en remettant ses lunettes sur son nez, d’un ton qui montrait qu’il savait déjà quelle serait la réponse.
- Non, nos adversaires ne sont peut-être pas des militaires entrainés, mais surement des dresseurs qui le sont tout autant, avec de puissants Pokémon. Et un tel dirigeable en transporte surement une centaine.
- Alors dans ce cas il faut évacuer !
s’écria Descartes, sur les nerfs. Qu’on apprête un hélicoptère et que la cinquième Brigade nous escorte !
- Ce n’est pas si simple, monsieur
, répondit le Colonel, une pointe d’agacement dans la voix. D’après le Colonel Von Stradonitz, certains dresseurs peuvent justement quitter le dirigeable et pourraient vous prendre en chasse. Et fuir par un autre sens serait difficile à cause des conditions météorologiques qui règnent autour de l’île Union.
- Vous vous foutez de moi, Cornell ?!
s’écria Descartes en faisant de grands mouvements. Vous êtes militaires aussi, je vous rappelle, votre travail est de nous garantir la sécurité, pas de nous abandonner à la mort !
- Descartes, cessez immédiatement !
lui lança sèchement Francis Darwin. Le Colonel ne fait que nous communiquer les faits, il n’est pas responsable de ce qu’il nous arrive.

C’était un peu faux en réalité, pensait Cornell, et Darwin le savait très bien. C’était eux qui avaient déclenché la machine infernale de la Guerre, en pensant au contraire arrêter le Professeur Higgs dans sa folie. C’était encore lui qui avait recommandé à son ami le plan par lequel le Magellan VI s’était trahi. S’il essayait de ne pas le montrer, les remords envahissaient le Colonel au point de le faire transpirer à grosses gouttes. Il n’avait qu’une envie, réparer ses erreurs, quitte à perdre la vie. Il ne savait d’ailleurs pas quoi faire. L’ile Union semblait condamnée, et la fuite compromise. Or, les 5 Etats avaient besoin de leur Premier Ministre respectif. La perte des Chefs d’Etats au tout début de la Guerre risquait bien de démoraliser tout le monde et susciter un état d’abattement général. Et en tant que militaire, Marcus savait que le moral des troupes était tout aussi important que l’équipement ou le nombre d’hommes.

- Si je puis me permettre, intervint Mr Malraux au fond de la pièce.

Tous les Ministres se tournèrent vers le vieux majordome. Mr Gandhi, qui connaissait bien le domestique, semblait le premier surpris à le voir intervenir pendant leur réunion. Il était toujours resté le plus discret possible, ne parlant que si on lui posait une question. Descartes poussa un grand soupir dédaigneux, comme si l’intervention de leur homme à tout faire n’était pas digne d’importance. Faraday et Robespierre, par contre, semblaient très intéressés par la prise de parole du Majordome. Enfin, le Ministre Darwin observait ce dernier avec curiosité. Il avait une petite impression de déjà-vu.

- J’ai peut-être une solution à vous soumettre pour vous permettre d’évacuer l’Ile Union en toute sécurité, lança-t-il après une grande inspiration. Mais nous devons nous presser.

Posté à 09h22 le 02/05/18

Deus Ex Machina ...

Le moment de l'Epidémie (1/2)



D'après Albert Einstein :
L'homme évite habituellement d'accorder de l'intelligence à autrui, sauf quand par hasard il s'agit d'un ennemi.


Elisabeth Hitchcock avait fait sortir la totalité de ses employés pour accueillir comme il se devait l’homme qui l’avait engagée. A défaut de tapis rouge à dérouler, tous les employés avaient troqué leurs salopettes et blouses déchirées par les serres de leurs locataires contre des smokings classes, des vestons noirs et des cravates. Elle-même avait acheté un tailleur sombre très chic pour l’occasion et elle se tenait droite comme un I, n’osant pas bouger d’un pouce en attendant. Cette ornithologue de renom avait aussi changé de coiffure, se faisant un chignon. Elle s’était même lavé les lunettes pour la première fois depuis près d’un mois. Autour d’elle, tous ses subordonnés avaient passé la journée pour faire des efforts vestimentaires. Il faut dire que, s’ils attendaient ce jour depuis longtemps, leur employeur ne les avait contactés que très tard la veille pour qu’ils puissent tout préparer aujourd’hui. Il n’y avait que Lester, la Chimère chargée de la sécurité des alentours, qui semblait ne pas se soucier des apparences. Il n’avait pas changé le peu de vêtements qu’il portait depuis la première fois qu’Elisabeth l’avait vu, malgré la crasse et l’odeur insoutenable qui s’en dégageait. Contrairement aux autres employés qui semblaient dans leurs petits souliers à l’idée de la visite, Lester paraissait plutôt s’ennuyer, chipotant avec son arbalète, son vieux bonnet rayé sur la tête. Elisabeth aurait bien tenté de le réprimander, mais elle avait bien trop peur de sa réaction et elle évitait à tout prix de s’approcher de lui, passant plutôt par des intermédiaires.

Enfin, après quelques minutes d’attente, des silhouettes apparurent à l’horizon. Ils étaient plusieurs hommes et Pokémon à se diriger vers eux. Elisabeth fit rapidement taire les murmures de ses employés d’un geste de bras, tout en ajustant ses lunettes pour être sûre de ce qu’elle voyait. Quand enfin elle reconnut le vieillard qui semblait mener la marche, elle eut un grand sourire. Elle attendit qu’il soit assez proche d’eux pour quitter le rassemblement et marcher vers lui d’un air solennel.

- Soyez le bienvenu à la Volière de Pétale-Town, Professeur Higgs, lança-t-elle une fois en face de lui et tout en lui serrant la main. Vous avez fait bon voyage ?
- Un très agréable voyage, ma très chère Hitchcock
, la remercia le Professeur Higgs en lui adressant un sourire. J’ai eu beaucoup de plaisir à marcher dans les bois jusqu’à vous. Vous en avez de la chance de travailler dans un environnement si calme, si sain…

Elisabeth hocha la tête en lui rendant son sourire. Il est vrai qu’elle n’aurait pu rêver mieux comme lieu de travail. Le plus proche village de la Volière était Pétale-Town, mais ce dernier était abandonné de toute population humaine depuis plus de vingt ans. La zone était entourée par les arbres et ils n’avaient quasiment aucune visite extérieure. Il n’y avait pas plus tranquille. Elle s’écarta et invita d’un geste du bras le Professeur à avancer. Elle le regarda serrer les mains de ses employés un à un puis détourna la tête pour observer les personnes et Pokémon qui accompagnaient le Professeur.

Elle reconnut immédiatement Red, le Maitre de l’Etat de Kanto-Jotho. Le dresseur avait tout juste une trentaine d’années et Elisabeth, toute bonne célibataire qu’elle était, ne put s’empêcher de l’observer sans ménagement, comme un gourmet au régime devant une pâtisserie, avant de remarquer que quelqu’un d’autre l’observait. Un Pokémon violet, qu’elle ne connaissait pas, un peu plus grand qu’un homme et dans une posture identique, la regardait avec un air étonné. Elle rougit et, comme un enfant pris sur le fait, elle détourna le regard et observa plutôt les autres personnes présentes. Il y avait l’une ou l’autre femme aux cheveux roses, qui devaient être des Infirmières, même si elles ne portaient pas l’uniforme conventionnel. Un Noctunoir en retrait observait le Professeur les bras croisés, presque immobile. Elle ne reconnaissait pas les autres personnes présentes, mais les identifia comme étant des gardes du corps, en vue de leur équipement.

Enfin, alors qu’Higgs terminait de rencontrer les employés, Elisabeth se dirigea vers lui, sortant de la poche de son tailleur une télécommande avec un unique bouton qu’elle présenta au Ministre. Ce dernier l’attrapa de la main droite, puis se tourna vers les employés de la Volière. Il sourit paisiblement et écarta les bras.

- Mes biens chers camarades, lança-t-il. Lorsque la Volière a été victime, il y a trois ans, d’un vil attentat qui fit disparaitre tous nos efforts en un instant, j’ai bien cru un moment que nous avions échoué. Mais depuis, vous vous êtes appliqués d’arrache-pied, et deux autres Volières sont même nées dans d’autres régions afin de garantir le Plan Colombeau. Et aujourd’hui, enfin, nous allons pouvoir le mettre d’application.

Il s’arrêta un instant et baissa les bras. Les employés écoutaient attentivement les paroles du Professeur et Elisabeth, juste à côté, trépignait d’impatience. Même derrière lui, Red avait un grand sourire sur le visage, comme si c’était le jour de son anniversaire, et Mewtwo paraissait captivé par les mots du Ministre.

- Le plan Colombeau, répéta Higgs en soupirant. Ces Pokémon Oiseaux vont maintenant prendre leur envol, tout comme dans les deux autres Volières. Et, en parcourant le monde, ces Pokémon vont débarrasser la planète de l’oppressante et exécrable présence de l’être humain. Personne ne verra rien venir. Les symptômes ne se déclareront pas avant quelques jours, et il sera alors trop tard. Pour tout le travail que vous avez effectué en entretenant ces Oiseaux libérateurs depuis l’éclosion, et au nom de Dieu, je vous remercie. Vous êtes la pierre qui démarre l’édifice de notre Paradis à venir.

Et sans plus attendre, il appuya sur le bouton. Comme prévu, le toit de la Volière s’ouvrit, lentement. Rapidement, les premiers Oiseaux s’en échappèrent, sous les cris de joie des employés qui les observaient. Des Rapasdepic, des Roucoups, des Colombeau, des Etourvol… C’était des dizaines d’espèces de Pokémon Oiseaux migrateurs qui s’envolaient, prêts à propager inconsciemment un virus inoffensif pour les Pokémon, mais mortel pour l’homme. Devant ce spectacle, la concrétisation de plusieurs années de travail, les employés de la Volière acclamaient et applaudissaient les Pokémon ainsi que le Professeur. Elisabeth elle-même sautait sur place, oubliant toute retenue.

Le Professeur, quant à lui, ne disait rien. Il se contentait de regarder les Pokémon partir dans différentes directions. Au même moment, Vygotsky et Léo devaient avoir déclenché la même procédure dans leurs deux autres établissements. Il resta un instant sans bouger puis poussa un soupir de soulagement et se détourna, prêt à retourner sur ses pas.

- Vous ne restez pas avec nous, Professeur ? s’étonna Elisabeth Hitchcock en le voyant partir. Nous avions prévu une petite fête pour célébrer le début de l’Opération Colombeau…
- Hélas, je suis attendu autre part
, répondit-il aimablement. Mais faites donc, amusez-vous. Vous l’avez bien mérité. Encore merci pour tout…
- Alors ça y est, ça commence pour de bon ?
demanda Red en se rapprochant du Ministre, le sourire aux lèvres.
- Je ne te caches pas, mon très cher Red, que c’est surtout parce que mon adversaire me force la main que j’ai décidé de lancer la riposte si vite, dit-il cette fois sombrement en se pinçant la lèvre. Mais en soi, c’est peut-être mieux ainsi. D’ailleurs, il est temps pour moi de rejoindre ce coriace adversaire qu’est Dorothéa Crowfoot.

Il fit quelques pas puis s’arrêta brusquement. Red évita de justesse la collision et s’écarta tandis que le vieil homme se retournait pour faire signe à Lester Cushing de les suivre. La Chimère, qui était restée de marbre devant la libération des Oiseaux, sourit, exposant ses dents pointues, avant de les suivre. Il en avait enfin terminé avec ce travail si peu distrayant. Les choses sérieuses allaient pouvoir démarrer.

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Le réveil indiquait 16h lorsqu’il se manifesta dans un grand bruit strident, vite éteint par la main tâtonnante du Professeur Caul. Quelques minutes plus tard, ce dernier se décidait à se lever, lentement. Son lit était certainement l’une des zones les plus confortables de leur planque, le matelas étant de première qualité. Mais il était déjà tard et, même s’ils étaient revenus de leur mission aux aurores, tous les autres étaient déjà au boulot. Depuis près de trois ans, ils s’étaient habitués à un rythme de travail très différent, préférant bien souvent profiter de la quiétude de la nuit pour ne pas être dérangés. Il enfila un pull-over en laine que Dorothéa lui avait maladroitement tricoté après l’avoir entendu se plaindre que les nuits étaient fraîches puis alla rejoindre les autres.

Stephen était aux fourneaux. Il avait préparé des crêpes pour célébrer la réussite de leur infiltration à la Sylphe, la veille. S’il n’avait pas pris part à celle-ci, il avait néanmoins participé à son élaboration, imaginant un plan pour faire croire au Professeur Higgs que tous les intrus se trouvaient au même endroit alors qu’en vérité Isaac et Aldebert s’introduisaient dans sa base de données. En voyant son camarade arriver, il lui montra une pile de crêpes encore chaude et l’invita à se servir. Puis, alors qu’il allait s’occuper à nouveau de ses poêles, il se retourna soudain et claqua des doigts pour attirer son attention.

- Al’, ton pantalon ! s’écria-t-il, partagé entre l’exaspération et l’amusement.
- Je suis plus à l’aise comme ça, répondit Aldebert en ronchonnant avant de répandre du sucre sur son assiette. Ce n’est pas comme si on avait de la visite prévue aujourd’hui.
- Ha, on ne sait pas, Doro pourrait très bien passer nous rendre visite pour prendre des nouvelles
, lança l’écrivain, que la perspective de revoir sa femme attrayait. Ça fait un moment…

Depuis qu’ils s’étaient faits passés pour morts, l’équipe tout entière vivait cloitrée dans plusieurs planques. Celle-ci se trouvait à l’ouest de Jadielle et il s’agissait d’une des mieux équipées. C’était le Colonel Cornell qui s’était chargé de trouver les endroits à aménager, en faisant marcher ses relations dans l’Armée et les différents Ministères. Puis Dorothéa était largement intervenue afin de rendre leur quotidien plus agréable, leur fournissant tout le matériel dont ils avaient besoin. Néanmoins, ils regrettaient tous leur vie d’avant et la douce chaleur du 18 Rue du Piafabec.

S’ils étaient officiellement morts dans cet incendie, ils n’étaient pas pour autant restés inactifs. Au contraire, ils avaient continué à enquêter en secret sur différentes affaires d’Etat, profitant de l’aide bienveillante du Ministre Darwin, mis dans la confidence par le Colonel. Et puis, surtout, ils avaient élaboré une stratégie afin de contrer les plans du Professeur Higgs.

Chacun y avait mis du sien. Aldebert avait redoublé d’effort en laboratoire et collaboré en secret avec des scientifiques engagés par Dorothéa et qui partageaient leurs convictions. Elodie avait laissé libre cours à son imagination et avait inventé de nombreux outils, dont les fameuses bombes à gaz et à spores qui s’étaient révélées extrêmement efficaces lors de leur assaut de la Sylphe. Outre divers piratages, facilités par Stearns et Kate, Isaac avait beaucoup travaillé sur sa Combinaison Booster, en élaborant même une seconde à l’usage de Billy qui avait appris à s’en servir. Enfin, Stephen, quand il ne faisait pas la cuisine et n’assistait pas ses amis dans leurs tâches, écrivait des témoignages, dans le but de servir leurs intérêts s’il venait à leur arriver quelque chose.

Aujourd’hui, ils étaient sur le point d’atteindre leur objectif final. Provoquer la chute du Professeur Higgs. Grâce aux données qu’ils avaient subtilisées, ils avaient désormais accès à de nombreux dossiers. C’est en épluchant ces derniers qu’ils comptaient relier le Ministre de la Santé à différents évènements et complots. Puis, une fois que leur dossier serait assez fourni, ce serait au tour du Colonel d’activer la machine juridique. Trainé devant les tribunaux, la lumière faite sur ses agissements et ses projets immoraux, Higgs perdrait son poste de Ministre, puis sa liberté, son entreprise, tous ses biens. Il en serait alors terminé de toutes ses machinations et l’homme qu’on considérait encore comme un saint serait alors vu tel qu’il l’est vraiment.

Isaac et Patrick Stearns étaient d’ailleurs sur le coup. Ils étaient en train de fouiller dans ces fameuses données volées, trompant les diverses protections qui étaient encore présentes afin d’accéder aux informations les plus croustillantes. Ils étaient épaulés par Kate, en interne, et ils étaient si concentrés sur leur tâches que, à côté d’eux, leurs crêpes en étaient devenues froides.

Billy et Elodie, par contre, étaient de sortie. Ils avaient beau avoir leur nom sur une tombe d’un cimetière, les commerçants de la ville ne les connaissaient pas. Aussi faisaient-ils tranquillement les courses, tout en restant néanmoins vigilants, une rencontre fortuite n’étant pas exclue. Ils avaient d’ailleurs prévu d’acheter du champagne et de quoi faire la fête. Le succès de leur dernière mission signifiant aussi un possible retour à la vie normale.

Une fois son petit-déjeuner terminé, le Professeur Caul alla enfiler un pantalon avant d’aider son ami à faire la vaisselle. Les deux vieillards aussi pensaient avec mélancolie au repos qui devrait, en toute logique, leur être bientôt accordé. Mais il leur restait tout de même pas mal de travail devant eux, et un dernier projet, plus personnel, à terminer.

- Tu serais partant pour une séance, après, Steph’ ? demanda Aldebert en essuyant une poêle.
- Quoi, sans Patrick ? répondit l’écrivain.
- Il est sur quelque chose de plus urgent, mais si on prend de l’avance, il ne nous en voudra pas, non ? En plus, la pipe que j’ai conçue avec Elodie marche de tonnerre, ses spores sont d’une qualité exceptionnelle, et j’ai hâte de tester ça !
- Bon, pourquoi pas, après tout, on n’a pas besoin de nous pour le moment
, dit Stephen d’un air songeur. C’est d’accord. Mais passe-moi d’abord les couverts, que je les lave.

Une fois la corvée vaisselle expédiée, ils se dirigèrent vers le petit laboratoire de fortune dans lequel Aldebert travaillait. Chapignon, d’ailleurs, était déjà là-bas, s’y étant aménagé une couchette. En passant devant les deux informaticiens, qui ne remarquèrent même pas leur passage, Aldebert ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil à l’écran. Sur ce dernier, une barre de chargement progressait lentement, en l’attente de l’ouverture d’un fichier nommé « Paradis ».

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En passant devant un des nombreux tableaux qui ornaient les couloirs de l’Ile Union, André Malraux s’arrêta quelques instants. Il s’agissait du portrait d’Astrid Roosevelt, peint lorsqu’elle était âgée de 70 ans. Une femme forte et brillante, aussi froide qu’intelligente. Le vieux majordome avait longtemps côtoyé la vieille Première Ministre, qui était arrivée presqu’en même temps que lui, même si elle était déjà plus vieille que lui. Il avait appris ses habitudes et ses goûts et l’avait servie jusqu’à sa retraite. Aujourd’hui, plus de dix ans après le départ de la Dame d’Acier, c’était à son tour de penser de plus en plus à la fin de sa carrière. Son corps ne pourrait plus tenir plus de quelques années, et il se voyait obligé de déléguer des tâches à ses employés, alors même qu’il gérait tout le personnel de l’Ile depuis bien longtemps. Ses courtes nuits étaient de plus en plus difficiles à supporter et un peu de repos lui ferait le plus grand bien. Pourtant, il n’avait aucune envie de quitter l’Ile Union. D’une certaine manière, à l’instar d’Astrid Roosevelt, lui aussi avait consacré sa vie aux 5 Etats. Pourtant, de lui, on ne parlerait surement jamais dans les livres d’histoires…

Il secoua la tête, comme pour se débarrasser de ses pensées. Puis il hâta le pas, espérant que le thé et le café qu’on lui avait demandé ne se soit pas trop refroidis pendant qu’il rêvassait. Arrivé au bout du couloir, il frappa à la porte. Puis, quand la voix grave du Premier lui répondit, il l’ouvrit.

Un instant, André Malraux eut une impression de Déjà-vu. Le Colonel et Ministre de la Justice de l’Etat de Kanto-Jotho, Marcus Cornell, était dans un fauteuil, face à son patron, le Premier Ministre Darwin, juste à côté de la cheminée éteinte. Si la chaleur des flammes était absente et que le mobilier avait beaucoup changé depuis, la scène qu’il avait en face des yeux lui rappelait énormément le dernier entretien privé d’Astrid Roosevelt. Mais cette fois-ci, c’était le successeur de cette dernière qui faisait face au Colonel Cornell. Le majordome s’avança, cachant son air troublé avec succès, mais en jetant tout de même un regard sur son plateau. Il n’aurait pas été étonné d’y voir un chocolat chaud, la boisson favorite de Madame Roosevelt. Mais comme il n’en était rien, il chassa l’idée de ses pensées et installa le plateau pour que les deux hommes y aient accès facilement. Puis, après une révérence modérée par son dos endolori, il sortit de la pièce.

- Vous disiez donc, Marcus ? dit Francis Darwin en attrapant sa tasse de thé noir d’une main.
- Que nous touchons au but, répondit-il en souriant. L’opération dont je vous parlais a été un succès et l’équipe est en train d’analyser les dossiers que nous avons dérobés. Ils m’ont déjà envoyé un petit aperçu. Des mails, des notes, des enregistrements… Il y a tout ce dont nous avons besoin, et ce n’est pas fini !
- Voilà qui est réjouissant
, répondit le Premier Ministre en hochant la tête. Et pendant ce temps, Higgs ne se doute de rien ?
- Ça, j’en suis moins sûr
, concéda Marcus en se mordant la lèvre. Il a vite deviné qu’il y avait un problème avec les caméras de sécurité, mais il n’y aucun moyen pour lui de découvrir où sont allés le Professeur Caul et Mr Holley, grâce à notre support informatique qui a effacé les traces.
- Et s’il se doutait de quelque chose ?
demanda Darwin, l’air soucieux. Vous ne pensez pas qu’il pourrait vouloir… frapper un grand coup ? Vous m’aviez parlé d’une histoire de maladie et de Pokémon Oiseaux…
- Ne vous inquiétez pas de cela, Mr Darwin
, répondit Cornell d’une voix confiante alors qu’il attrapait son café. Ce n’est pas le genre à se précipiter, de toute façon, et c’est ainsi que nous allons l’avoir. En frappant vite et fort.

Francis Darwin ne répondit pas, se contentant de sourire. Les derniers mots que lui avait adressés son prédécesseur étaient « Méfiez-vous du Ministre de la Santé. ». Il avait dû attendre plusieurs années que Marcus vienne lui parler du sujet pour qu’il comprenne de quoi Madame Roosevelt voulait parler. Depuis lors, et en secret, il se tenait informé des différentes opérations du Ministre de la Justice de son Etat. C’était même lui qui avait proposé, quelques mois avant, qu’ils cambriolent les bureaux de la Sylphe. Il était à ce moment-là loin de se douter qu’ils allaient réellement mettre son idée saugrenue d’application. Mais au moins celle-ci semblait s’être révélée efficace…

Soudain, le Pokématoss du Colonel vibra dans sa poche. Quelques secondes plus tard, alors qu’il l’attrapait et recevait l’appel, quelqu’un tambourina à la porte. Francis Darwin, intrigué, se leva pour ouvrir et découvrit son vieux majordome qui lui adressait un regard grave. Avant qu’il n’ait le temps de lui demander ce qu’il voulait, le Colonel, derrière lui, laissait s’échapper un juron. Le Premier Ministre déglutit, se renfrognant. Quoique Mr Malraux puisse vouloir lui dire, quelque chose lui disait que ça n’allait pas lui plaire.

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Cela faisait maintenant un peu plus d’un an que Dorothéa Crowfoot ne quittait plus son fauteuil roulant. Depuis longtemps déjà, ses jambes la faisaient souffrir et elle avait même été opérée à plusieurs reprises à la hanche. Mais malgré tous ses efforts, elle avait fini par céder à la facilité du fauteuil, estimant qu’à plus de 80 ans, elle devait se faire une raison. Elle parvenait néanmoins encore à se tenir debout mais ne le restait jamais très longtemps et évitait tant que possible de se lever. Au moins avait-elle pu équiper son fauteuil de nombreux avantages technologiques. Un boitier au bout de son accoudoir droit était connecté à ses données personnelles, et elle y avait installé plusieurs applications plutôt pratiques.

Malgré l’état de ses jambes, Madame Crowfoot n’avait rien perdu de son esprit. Elle restait parfaitement consciente de son environnement et n’avait aucun trouble de la mémoire. Sa vue elle-même était restée parfaite tout au long de sa vie et elle n’avait jamais eu besoin de lunettes. Même piégée dans son fauteuil, elle n’avait jamais lâché prise. Elle avait utilisé une partie de sa fortune accumulée pour fonder un laboratoire privé à Oliville. Elle avait ensuite engagé plusieurs scientifiques de sa connaissance, des hommes de confiance qui ne la trahiraient pour rien au monde. Ainsi, bien qu’elle ait été écartée de la Sylphe, elle ne s’était jamais arrêtée de travailler.

Estimant que le moteur dont elle disposait n’était pas assez puissant, elle avait demandé à Elodie de lui bricoler de quoi aller un peu plus vite. Aussi pouvait-elle désormais monter jusque 30Km/h. Elle n’hésitait d’ailleurs pas à aller bien plus vite que nécessaire, au grand dam des deux militaires à qui le Ministre Cornell avait demandé de garder un œil sur elle et d’assurer sa protection. En ce moment-même, dans le Parc naturel de Doublonville, la vieille dame fonçait au pas de course, suivie par deux hommes en sueur qui n’en revenaient pas de devoir courir pour rester à sa hauteur, tandis qu’elle klaxonnait pour que les piétons s’écartent de son chemin.

Apercevant enfin celui pour qui elle avait fait le déplacement, elle ralentit soudain jusqu’à s’arrêter. Ses deux garde-du-corps ne purent s’empêcher de pousser un soupir de soulagement et en profitèrent pour reprendre leur respiration. Dorothéa, cependant, ne faisait pas attention à eux. Elle observait le Professeur Higgs d’un air suspicieux. Son ami de jeunesse était assis, seul, à une petite table sur laquelle était dressée un plateau d’échec. Il la fixait sans rien dire, la tête reposant sur ses doigts croisés.

Elle examina les alentours. Il n’y avait que des familles venues profiter du Parc Naturel, ainsi que quelques jeunes dresseurs, et personne ne semblait faire attention au Professeur Higgs. Pour beaucoup, ce n’était qu’un vieil homme solitaire attendant peut-être un partenaire pour passer le temps. Mais Dorothéa n’en restait pas moins intriguée. Etait-il vraiment venu seul ? Ou bien l’un de ses agents était-il infiltré dans la foule des visiteurs, ou caché dans les fourrées, prêt à intervenir ?

- Restez-ici, dit-elle aux militaires. Surveillez la zone. Si vous remarquez quoique ce soit de suspect, vous intervenez.
- Bien, madame !
lança le premier homme, qui semblait un peu plus haut gradé que son comparse, d’une voix grave.

D’un simple geste du doigt, elle commanda à son véhicule de se diriger vers le Professeur. Celui-ci resta parfaitement immobile jusqu’à ce qu’elle soit en face de lui. La table était tout juste à la hauteur de l’ancienne Sous-Directrice de la Sylphe, si bien qu’elle était parfaitement installée pour discuter, voir pour jouer.

- Bonjour, Higgs, dit-elle d’une voix glaciale une fois arrivée.
- Bonjour, ma chère Dorothéa, répondit le Professeur sans changer de position. Comment vas-tu, depuis la dernière fois ?
- Tu veux dire depuis que tu m’as mise à la retraite ?
répliqua-t-elle d’un ton cynique. Hé bien, ouvre un peu les yeux ! Je ne tiens plus sur mes guibolles.
- Je vois
, acquiesça Higgs en baissant les mains. Triste destin des vivants que de vieillir. Même si, objectivement, je dois reconnaitre que je suis plutôt épargné par les affres du déclin et de la décrépitude.
- Tu m’as demandée de venir uniquement pour te moquer de moi ?
réagit Dorothéa d’un air sombre en fronçant les sourcils.
- Non, seulement, j’espérai que nous pourrions simplement discuter autour d’une partie d’échec, comme au bon vieux temps.

Dorothéa resta un instant sans bouger avant de laisser s’échapper un petit rire. Il devait se douter qu’elle était impliquée dans ce qu’il s’était passé la veille à la Sylphe SARL. On lui avait volé ces mêmes dossiers qu’elle avait tenté de voler 3 ans auparavant. Mais cette fois, il n’avait pas pu l’en empêcher. Discuter avec lui revenait surement à risquer sa vie autant que si elle avait réellement incarné un des pions sur l’échiquier, mais l’occasion présentait tout de même quelques avantages. Peut-être Higgs, sous l’émotion, révèlerait-il quelque chose d’important. De plus, c’était un homme discret, qui ne se risquerait pas à tenter quelque chose en plein milieu du Parc. Enfin, elle pouvait compter sur les militaires si quelque chose devait se produire.

- Hé bien, pourquoi pas, après tout, dit-elle en soupirant, le visage confiant, tout en se redressant un peu dans son fauteuil.
- Je prends les noirs, si ça ne te dérange pas, dit Higgs.
- C’est donc à moi de commencer, dit-elle en saisissant un pion qu’elle fit avancer de deux cases.

Les vingt premières minutes, la partie se déroula sans aucun échange de parole, les deux joueurs ayant les yeux rivés sur le plateau, comme si tout autour d’eux avait cessé d’exister. Durant toutes les années où ils avaient travaillés ensemble pour la Sylphe, il leur était arrivé plus d’une fois de jouer aux échecs. Les parties étaient toujours plus longues et plus serrées à force que Dorothéa pratiquait. Pourtant, elle n’avait jamais réussi à mettre le Roi de son adversaire en échec et mat. A l’époque, elle n’y voyait pas d’inconvénients, car elle jouait seulement pour le plaisir et passer le temps en compagnie de son ami. Mais aujourd’hui, la situation était différente. Aujourd’hui, elle jouait pour gagner et montrer au Professeur qu’elle pouvait le battre, aussi bien au jeu que dans la réalité.

- Tu sais ce que j’apprécie le plus aux échecs ? demanda Higgs en déplaçant une tour.
- Ton haut taux de victoire ? proposa Dorothéa, désobligeante tandis qu’elle réfléchissait aux prochains coups à donner.
- Non, pouffa-t-il légèrement avec un grand sourire. Il s’agit d’un des rares jeux qui ne doit rien au hasard. C’est le summum, l’apothéose de la stratégie. Seul l’esprit est directement mis à l’épreuve. Plus qu’un jeu, c’est un art. Un art sans œuvre, sans rien de palpable, l’abstraction par excellence. Et pourtant, il s’est montré plus durable encore que tout livre ou peinture. Les règles ne changent jamais et malgré tout, il n’y a pas une seule partie qui ressemble à une autre.

Dorothéa, qui n’écoutait d’abord que d’une oreille distraite, abandonna le plateau des yeux pour se concentrer sur les paroles de son adversaire. Elle cligna des yeux à trois reprises, l’air de plus en plus intriguée.

- Et que dire de toute sa symbolique, poursuivit-il. Chaque pièce, même la plus insignifiante, est capable de faire tomber le Roi, celui contre qui tous les efforts sont concentrés. Car le but n’est pas d’éliminer un maximum de pièces, mais bien de se débarrasser de son adversaire, quelques soient les dommages collatéraux, quitte à sacrifier de puissants alliés dans la bataille.
- Tu m’en diras tant…
l’interrompit Dorothéa. Et toi, Higgs, quel est le Roi que tu souhaites faire tomber ?
- Question difficile
, soupira Higgs. Une partie d’échec, malgré sa complexité et les innombrables possibilités qu’elle propose, ne reflète malheureusement pas la réalité dans sa globalité… Si seulement faire tomber une seule tête pouvait suffire…

Dorothéa venait de déplacer son fou quand il prononça ces mots. Elle releva la tête d’un air méfiant. Son adversaire regardait le sol d’un air un absent, comme plongé dans ses pensées. Elle songea à attirer son attention en actionnant son klaxon, histoire de tenter de lui faire avoir une crise cardiaque, mais il sembla revenir subitement à la réalité.

- Dis-moi, Dorothéa, comment va ton mari ? demanda-t-il.

Cette fois, la vieille dame déglutit. Elle resta quelques secondes sans bouger, faisant son possible pour cacher son malaise et feindre la colère.

- Tu sais très bien que Stephen est mort il y a trois ans, Higgs, lança-t-elle d’un ton aussi sec que possible. C’est mesquin de me le rappeler.
- N’essaye pas de me mentir, Dorothéa
, répondit Higgs en déplaçant son roi avant de croiser à nouveau les doigts tout en la fixant. Lui et toute son équipe sont censés avoir péris dans les flammes, il y a trois ans. Pourtant, je suis persuadé qu’Aldebert se trouvait dans mes locaux hier soir.

Dorothéa poussa un soupire. Elle essayait de ne pas regarder le Professeur Higgs, se concentrant plutôt sur l’échiquier. Elle savait avant de se lancer dans la partie que, s’il lui avait demandée de venir, c’était avant tout pour lui parler de la veille. Cependant, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise. Elle n’entendait plus le bruit des touristes ou des Pokémon autour d’elle. Elle avait l’impression d’être piégée avec le Professeur Higgs, quelque part dans le vide absolu de l’Univers. Pourtant, elle n’avait aucune envie de se laisser abattre. Elle serra les poings et releva la tête d’un air décidé.

- Peut-être bien, lança-t-elle sur un ton de défi. Peut-être bien sont-ils réellement en vie. Peut-être bien étaient-ils chez toi, hier soir. Mais alors, peut-être bien sont-ils tombés sur des documents que tu n’aurais pas voulu voir entre leurs mains ? Et alors, peut-être bien, cela va-t-il entrainer ta chute ?
- C’était donc bien votre objectif
, répondit Higgs en hochant la tête, sans quitter Dorothéa des yeux. Mais pensez-vous vraiment que cela suffira pour faire tomber mon Roi ?

A ces mots, un grand sourire apparut sur le visage de Dorothéa. Elle eut même un petit ricanement avant de déplacer son Cavalier, de manière à menacer le Roi du Professeur.

- Echec, annonça-t-elle. Une fois ces données présentées aux Premiers et à la Justice, tu vas finir sous les verrous. Tes entreprises seront démantelées et tes associés se joindront à toi dans un cachot.
- Et cela signifiera-t-il réellement que j’aurai perdu ?
répliqua Higgs d’un ton irrité en déplaçant son Roi sur l’unique case possible. Ma chère Dorothéa, je te pensais pourtant plus maligne et avec assez d’informations dans ta manche. Tu te souviens certainement du Plan Colombeau, que ton amie a essayé de détruire de l’intérieure, il y a trois ans ?

Le sourire de Dorothéa s’effaça soudain à l’évocation du Lieutenant Flemming. Ils se regardaient désormais avec un air sévère, sans cligner des yeux.

- Votre petite incursion chez moi m’a forcé à déclencher la riposte, soupira-t-il. Le Plan Colombeau est en marche. Certes, avec les données que vous m’avez volées, vous avez de quoi trouver un vaccin facilement. Mais c’est trop tard. Mes Oiseaux parcourent le monde et répandent mon virus. En ce moment, une grande partie de la population est déjà infectée et destinée à une mort douloureuse, mais rapide. Vous n’aurez pas le temps de soigner tout le monde. Cette épidémie que j’ai déclenchée va ravager l’espèce humaine. Que je sois en prison n’y changera rien. Vous êtes condamnés.

Il avait insisté sur ce dernier mot. Pourtant, Dorothéa continuait de soutenir son regard. Après quelques secondes, elle attrapa sa dernière Tour et la garda en main avant de rire à nouveau, s’attirant les foudres dans le regard d’Higgs.

- Allons, Higgs, répondit Dorothéa. On s’en doutait que tu ne resterais pas les bras croisés. C’est pour ça qu’on a tant tardé avant de s’infiltrer chez toi. Nous devions d’abord mettre en place de quoi rendre ta riposte tout-à-fait vaine.
- C’est-à-dire ?
questionna le Professeur en haussant les sourcils.
- Il vaut mieux prévenir que guérir, comme dit l’adage, lança Dorothéa. Naomie s’était procuré un échantillon de ton fichu Virus avant de mourir. Et pendant ces trois dernières années, Aldebert a collaboré avec mon laboratoire pour fabriquer capable de lutter contre ta vermine. Puis, nous avons fait en sorte de vacciner l’ensemble de la population à son insu.
- Je te demande pardon ?
répliqua Higgs après quelques instant de silence pesant.
- Notre sérum est composé d’anticorps spéciaux, qui peuvent s’introduire par voie orale, et qui restent dans l’organisme plusieurs mois, continua Dorothéa en jouant avec sa Tour dans sa main. Et pour le distribuer dans le secret, nous l’avons simplement glissé dans des produits de marque consommés partout dans le monde, dont je m’étais liée avec les directeurs pendant que je travaillais pour toi. Selon nos estimation, c’est environ 99,7 % de la population humaine qui est concernée, et donc hors de danger. Ce n’est pas parfait, mais soigner les derniers malades ne sera pas difficile pour autant.

Dorothéa eut la satisfaction de voir que le Professeur, s’il ne laissait rien paraitre sur le visage, serrait ses doigts les uns entre les autres très fort, comme pour réprimer sa colère. C’était elle qui avait eu l’idée de soigner en avance tout le monde à l’aide de différents produits. Naomie lui avait alors présenté Mr Florey, PDG de l’entreprise de Soda Cool, et grâce à leurs relations combinées, ils avaient eu de quoi toucher quasi l’ensemble des humains de la planète. Malheureusement, trois ans auparavant, leur sérum n’était pas encore prêt, et c’est pour cela que Naomie s’était vue obligée d’agir avant le lâcher des Oiseaux. Puis, une fois Aldebert dans la confidence, les recherches avaient fait un bond prodigieux. Depuis près de 3 mois maintenant, leur médicament était distribué à la population sans que personne n’en sache rien, au travers du Soda Cool et de bien d’autres produits populaires. Il était alors venu l’heure d’attaquer Higgs, sans crainte de sa riposte.

- Mais le plus beau, Higgs, lança Dorothéa avec un sourire victorieux sur le visage, c’est que maintenant que tu as lâché les Oiseaux, il suffit que nous en récupérions un pour prouver que toutes tes manigances sont bien réelles. Après tout, quel est le poids de quelques données volées, qui pourraient tout-à-fait être inventées, si elles ne sont pas accompagnées de preuves irréfutables ? En clair, Higgs, nous t’avons mis … en échec et mat.

Elle avait dit ça d’un ton théâtral en prenant un Cavalier du Professeur avec la Tour qu’elle triturait dans tous les sens depuis quelques minutes déjà. Et, en effet, ainsi positionnée, celle-ci semblait piéger le Roi du Professeur, qui n’avait pas de fuite possible. Elle s’appuya alors bien fort dans son fauteuil, un grand sourire satisfait aux lèvres, observant avec malice son adversaire, immobile, qui regardait maintenant l’échiquier sans trahir le moindre sentiment, mais qui respirait néanmoins avec force. Puis après, quelques instants, il poussa un profond soupir.

- Je t’avouerai, ma chère Dorothéa, que je suis vraiment très impressionné, dit-il enfin en se mordant la lèvre. Je t’ai peut-être sous-estimée… Mais ton plan pour vaincre le Plan Colombeau n’en reste pas moins brillant. Sur ce point, je m’avoue vaincu.

Dorothéa continuait de sourire en penchant la tête, l’air satisfaite. L’entendre dire ces mots était un véritable enchantement pour elle. Elle s’apprêtait maintenant à se retirer en actionnant son fauteuil roulant quand le Professeur se saisit soudain de sa dame pour prendre la Tour qu’elle venait de placer, libérant ainsi son Roi de la menace qui pesait sur lui. Elle pâlit soudainement et déglutit, subitement prise d’un mauvais pressentiment.

- Cependant, lança le Professeur sans lâcher sa dame. Tant que le Roi est encore debout, tout n’est pas perdu. Car si le Plan Colombeau ne portera pas ses fruits… Je peux encore atteindre mon objectif d’une autre manière. Echec.

Dorothéa se redressa, observant l’échiquier avec une pointe de panique. Comment n’avait-elle pas vu la Dame menacer sa Tour ? Elle était tellement obnubilée par son plan de base et sa victoire sur le Plan Colombeau qu’elle avait relâché sa garde. A moins qu’Higgs n’aie triché sur ce coup ? Mais plus que pour son Roi, elle s’inquiétait des paroles de son adversaire.

- Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t’elle en plaçant une pièce entre son Roi et la Dame d’Higgs. Tu n’as plus d’occasion de faire quoique ce soit, ce soir, tu seras en prison !
- Pour cela, il faudrait qu’ils m’attrapent
, répondit Higgs en prenant la dite pièce d’un Fou et en menaçant à nouveau le Roi. Mais ce soir, l’Ile Union ne sera plus qu’un tas de cendres fumantes. Ce soir, je passe à l’offensive d’une toute autre manière. Echec et Mat.

Cette fois, le Mat était prononcé à raison. Dorothéa ne voyait aucune échappatoire. Mais au-delà de la partie, elle craignait désormais pour sa vie, et celles de ses amis. Elle dévisageait le Professeur d’un air presque effrayé. Celui-ci se releva alors soudain et, à l’instant même, des bruits d’explosion et des cris retentirent non loin. Dorothéa tourna la tête et vit des touristes paniqués courir dans tous les sens, comme pour fuir. Un nuage de poussière s’élevait de l’endroit où ses garde-du-corps attendaient et l’un d’eux en sortit, pris d’une quinte de toux, avant de recevoir dans le torse un rayon lumineux provenant du ciel. Lorsqu’elle releva la tête, elle reconnut alors avec horreurs ces mêmes créatures que celle qui s’en était pris à elle quelques années avant. Mais cette fois, il n’y avait pas un unique Pokémon, mais bien une dizaine de Genesect qui tiraient dans tous les sens, provoquant d’innombrables dommages autour d’eux.

- Tu m’as empêché de faire tomber le Roi d’une manière que je trouvais un peu plus douce et discrète, lança Higgs. Mais rien ne m’empêche d’agir désormais dans la folie des grandeurs et dans la plus grande violence qui soit. C’est finalement presque trop simple, mais tu ne m’auras pas laissé le choix. Je te dis maintenant adieu, ma très chère Dorothéa. Mais, si ça peut te rassurer, je pense que tu seras la première pour qui j’éprouverai quelques regrets…

Puis comme il terminait de dire ces mots, il se détourna pour partir, calmement, en contraste avec le vent de panique qui secouait le reste des hommes qui couraient pour leur vie. Dorothéa voulut alors lui répondre et le suivre, mais elle ne fut pas assez rapide. Elle reçut un coup de TechnoBuster dans le dos, ce qui fit exploser son fauteuil roulant. Son corps inanimé retomba lourdement plus loin, morte. Mais personne ne se souciait plus d’elle et les Genesect continuaient de ravager tout sur leur passage.

Higgs, lui, essayait de ne plus y penser. Il avait redouté cette éventualité mais n’était pas pour autant totalement pris au dépourvu. Il allait finir cette partie d’échec avec une stratégie certes moins fine, mais terriblement efficace. Il venait de commencer cette guerre dont l’humanité ne se relèverait pas. Autour de lui, ces hommes et ces femmes qui criaient n’étaient qu’un avant-goût de ce qu’il réservait à l’humanité. Il devait maintenant rejoindre ses hommes, dont une petite partie, il le savait, était déjà en route pour un premier coup d’éclat qui allait faire grand bruit.

Posté à 23h43 le 24/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 59 après Dieu, l’année de l’Utopie (2/2)



Dorothéa Crowfoot était assise à son bureau, triant quelques dossiers. Elle ne cessait de fixer l’horloge du coin de l’œil. Lorsqu’enfin celle-ci indique 16h30, elle se releva, un peu péniblement, prête à passer à l’action. Elle sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine comme jamais auparavant. L’appréhension et l’excitation étaient telles qu’elle ne se souvenait plus d’avoir été dans un tel état depuis le jour de son mariage avec Stephen.

C’était maintenant ou jamais qu’elle devait agir. L’emploi du temps d’Higgs indiquait qu’à cette heure, il débutait une réunion importante en privé avec le Ministre de l’Urbanisme. Il ne serait donc pas là pour la prendre sur le fait, et, étant elle-même Sous-directrice, sa présence n’éveillerait aucun soupçon.

Elle se dirigea donc vers le septième étage, décidant d’emprunter les escaliers malgré sa hanche qui la faisait souffrir, afin de ne pas être trahie par les caméras des ascenseurs. Elle regretta vite, cependant, et arriva essoufflée à destination. Gravir les escaliers n’était plus de son âge. Mais elle restait déterminée. Avançant d’un air décidé, elle déboulonna dans le couloir, sans accorder le moindre regard aux autres employés. Enfin elle arriva à destination.

L’ordinateur central de la Sylphe Sarl était extrêmement protégé et son accès y était particulièrement règlementé. C’était là que transitaient toutes les données de l’entreprise, et seules quelques personnes haut placées pouvaient y accéder. Dorothéa faisait justement partie de ceux-là, mais elle ne comptait pas se servir de son identifiant cette fois-ci. Car en l’utilisant, c’était ses propres dossiers auquel elle aurait accès. Or, c’était de ceux du Professeur Higgs qu’elle avait besoin.

Et justement, presque par hasard, juste avant une réunion dans une grande salle, elle avait déniché une feuille de papier griffonnée sur laquelle elle avait trouvé tous les identifiants du Professeur Higgs, écrits à la main par ce dernier. Comme elle était encore seule, elle s’était empressée de faire une photo, mais avait fait semblant de rien une fois que les autres avaient commencé à arriver. Puis elle en avait testé quelques-uns, constatant qu’ils fonctionnaient bel et bien.

Cependant, malgré l’accès à quelques données supplémentaires, elle n’avait pas encore eu le nécessaire. Ce qu’elle visait, c’était tous les dossiers secrets du Professeur Higgs, et elle comptait bien les récupérer en accédant à ses fichiers depuis l’ordinateur central. Action qu’elle ne pouvait réaliser qu’en s’identifiant comme le Professeur Higgs lui-même.

Elle observa la grande porte blindée et soupira. Elle touchait enfin au but. Plus que quelques minutes, et elle aurait de quoi faire tomber Higgs auprès de la Table Ronde et de la Justice. Elle pourrait alors l’empêcher de mettre à bien tous ses plans. C’était maintenant que l’avenir du monde se jouait.

Elle approcha d’un écran qui lui demanda de s’identifier. Evidemment, elle y inscrivit le mot de passe, long et compliqué, du Professeur Higgs au lieu du sien. La porte s’ouvrit immédiatement et un petit message de bienvenue s’inscrivit sur l’écran. Sans attendre, Dorothéa s’engouffra, regardant néanmoins derrière elle, pour être sûre que personne ne la suivait.

La salle dans laquelle elle se trouvait était, d’ordinaire, protégée par des faisceaux lumineux dangereux, capables de brûler toute chaire vivante qui y serait exposée. Mais, comme elle s’était précédemment identifiée, ceux-ci s’étaient coupés. Il n’y avait qu’une nouvelle porte à franchir avant d’accéder à l’ordinateur central, en s’identifiant à nouveau, avec un mot de passe différent.

Sûre d’elle, Dorothéa tapota le mot de passe qu’elle lisait sur sa photo. Mais arrivé à son terme, un message lui indiqua un accès refusé. Elle déglutit, mais se dit qu’elle avait peut-être dû faire une simple erreur en indiquant les différents caractères et réessaya. Comme c’était encore un échec, elle se mordit la lèvre et tenta de nouveau, en changeant un caractère qu’elle aurait pu confondre avec un autre. Puis, voyant que cela ne fonctionnait toujours pas, elle commença à paniquer tandis qu’elle réessayait, encore et encore.

- Je peux peut-être t’aider, Dorothéa ?

La Sous-directrice se figea. Son cœur venait de rater un battement, elle avait bien cru qu’elle allait avoir une crise cardiaque. Son index était toujours appuyé sur l’écran, et elle sentait de grosses gouttes de sueur perler à son front. Puis, finalement, elle soupira et se retourna, pour faire face au Professeur Higgs.

- Ha, c’est toi, lança-t-elle d’un ton faussement étonné. Tu n’avais pas un rendez-vous important ?
- Je l’ai décalé
, répondit Higgs, son Noctunoir dans le dos. Tu as un problème ?
- Ho, heu… rien…,
lança Dorothéa tentant tant bien que mal à cacher son embarras. Je peine un peu avec mon… mon mot de passe…
- C’est peut-être l’âge
, dit Higgs en relevant les sourcils. Nous nous faisons vieux tous les deux…
- Oui, peut-être…
- D’ailleurs,
s’exclama Higgs en souriant, ça me rappelle que je voulais te parler au sujet de la retraite.

Le visage de Dorothéa devint soudain blanc comme un linge tandis qu’elle écarquillait les yeux.

- Tu es peut-être plus jeune que moi, mais tu as beaucoup donné pour la Sylphe, et tu as bien dépassé l’âge légal depuis longtemps, continua le Professeur. Et puis, il y a tes problèmes de santé… Je pense qu’il serait bon pour toi d’arrêter, maintenant.
- Je refuse
, lança sèchement Dorothéa. C’est en travaillant que je me maintiens en vie. Vie que j’ai consacrée pour notre entreprise.
- Et pour tout cela, je te remercie, ma très chère Dorothéa
, répondit Higgs en fronçant les sourcils tandis que son sourire s’élargissait. Mais c’est trop tard pour refuser. J’ai déjà rempli les papiers. Tu ne fais plus partie de la Sylphe SARL.

Dorothéa déglutit. Elle sentait ses jambes trembler et se demandait comment elle parvenait à toujours se maintenir debout. Le choc de son renvoi était très lourd pour ses épaules. Incapable de prononcer le moindre mot, elle s’avança, lentement, pour repartir d’où elle venait, fixant le sol. Higgs s’écarta pour la laisser passer, la regardant presque curieusement, sans rien dire. Soudain, elle s’arrêta et fit volte-face, le visage déformé par la colère.

- Tu savais que je viendrais ici, lança-t-elle, furieuse. Les mots de passe… c’était un piège ?!
- Je ne vois pas de quoi tu parles
, répondit Higgs, dont le sourire satisfait disait pourtant le contraire. Ho, d’ailleurs, avant que tu ne partes, ma très chère amie, en reconnaissance de tout ce que nous avons vécu, j’aimerai te rassurer sur un point. A toi, il n’arrivera rien.

Le corps de Dorothéa Crowfoot tremblait encore, mais cette fois plus par haine que par abattement. Furieuse, elle se détourna et avança dans le couloir pour rejoindre l’ascenseur et sortir des bureaux de la Sylphe SARL, ignorant à nouveau les employés qu’elle croisait. Sa jambe lui faisait très mal, mais elle n’en avait que faire en cet instant. Elle se sentait à la fois battue et trahie. Jamais la défaite n’avait eu gout si amer. Une fois seule dans l’ascenseur qui la ramenait à l’entrée, elle frappa de colère le mur de la cabine et éclata en sanglot.

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En ouvrant la valise, l’homme qui s’était donné le nom de Pluton ricana bruyamment. Le dos vouté, le vieil informaticien et ancien scientifique de l’organisation terroriste Team Galaxie était aux anges. Il avait rarement vu autant d’argent d’un seul coup ! Il avait largement de quoi prendre sa retraite et se retirer sur une ile paradisiaque de l’Archipel d’Alola pour ses vieux jours. Pourtant, ce n’était pas encore dans ses projets que de s’arrêter. Son opération avait été un tel succès qu’il pensait au contraire recommencer, en changeant de Ministère. Il ferait mine de retirer son emprise sur la Justice, mais n’en enlèverait pas pour autant Porygon-Z, puis il s’attaquerait à l’Education, à la Gestion, voir aux Finances. Et puisque l’Etat de Sinnoh avait déjà fait sortir 16 fois la somme demandée de leurs caisses, il n’aurait qu’à réclamer la même chose !

A ses pieds, un ventilateur ronronnait à côté d’une tondeuse à gazon. Ses Motisma avaient été parfaits. Alors que l’un offrait une distraction aux forces de l’ordre, l’autre s’emparait discrètement de leur cible. Et comme Pluton l’avait prévu, ils n’avaient pas assez d’hommes que pour assurer une surveillance suffisante. Et puis, quand bien même les Motisma auraient échoué, lui, Pluton, était resté au chaud dans sa cachette et n’aurait pas eu d’ennuis.

Il referma la valise dans un bruit sourd, un sourire narquois aux lèvres. Il devait maintenant remplir sa part du marché et libérer le réseau de la Justice, ou du moins faire semblant. Puis, après cela, il s’attaquerait aux autres Ministères. Il était hilare en repensant à ces stupides membres de la Police Internationale qu’il avait vus mourir depuis une caméra après qu’il ait déclenché le système d’évacuation d’O2 là où ils se trouvaient. Il n’avait hélas pas pu assister à toute la scène, puisque l’image s’était brutalement interrompue. Mais après un tel succès, s’ils s’en étaient sortis, ceux-ci devaient regretter amèrement de l’avoir sous-estimé.

Il arriva devant son grand ordinateur, composé d’une dizaine d’écrans. La plupart d’entre eux n’étaient là que pour assurer la surveillance du dehors, afin d’enclencher un système de sécurité et lui permettre d’abandonner sa cachette si l’Armée venait, par hasard, à fouiner dans le coin. Puis il y avait le grand écran central, qui lui permettait de contrôler Porygon-Z et d’avertir les innombrables Motisma qu’il avait pris la peine d’élever et de cacher dans les bâtiments. Outre tout ce dispositif nécessaire à son travail, la pièce qu’occupait Pluton était quasiment vide. Il n’y avait que quelques appareils ménagers qu’il avait trafiqués pour permettre aux Motisma d’en prendre possession plus efficacement, ainsi qu’une machine de son cru, composée d’un grand cylindre à l’accès fermé et de plusieurs petits boitiers, le tout relié par des câbles à son ordinateur.

Il était en train de pianoter sur son clavier pour baisser l’influence de Porygon-Z quand, soudain, une alarme se déclencha. Pluton leva les yeux et s’étonna de voir, à une de ses caméras, ses Motisma se diriger vers la cage où ceux-ci recevaient leur nourriture quotidienne. Habitués à ce bruit qui était synonyme de repas, les Pokémon ne se posèrent pas de question et affluèrent rapidement. Puis, quand ils furent tous là, mis à part les deux qui se trouvaient à ses pieds, la cage se referma et le champ électrique s’actionna tout autour. Pluton poussa un juron et se leva rapidement de sa chaise, faisant une grimace. Quasiment tous ses Pokémon étaient désormais piégés !

Il eut d’abord un mouvement de recul avant de se rapprocher, ajustant ses lunettes. La cage, il l’avait lui-même conçue, afin de déplacer tous ces Pokémon. L’alarme, elle était habituelle, puisqu’il fallait bien les prévenir quand c’était l’heure pour eux de manger. Mais tout cela, normalement, c’était lui qui les déclenchait. Or, il n’avait rien fait de tout cela. Il se rassit à son siège et entama alors d’annuler l’activation de sa cage. Sans succès.

Son visage se crispait tout en grognant de rage. Quelqu’un se croyait plus malin que lui en le prenant à son propre jeu ! Mais il avait un atout de taille. Porygon-Z n’était pas qu’un simple virus perfectionné. Il pouvait à son tour traquer l’autre pirate qui osait s’en prendre à lui. Il fallait juste le déloger du Ministère afin de concentrer tout son potentiel sur cette unique tâche. Il n’avait jamais pianoté si vite sur son clavier et commençait à regagner un sourire confiant quand, soudain, il entendit du bruit à la porte du fond.

Il se figea, croyant d’abord halluciner. Puis il entendit un nouveau bruit sourd sur la porte blindée, comme si quelque chose frappait fort dessus pour la défoncer. Il se retourna, paniqué, et regarda à ses caméras. Il n’y avait absolument rien d’autre que le décor vide de l’entrepôt sur celles-ci. Même la pièce d’où venait le bruit était censée être vide à les croire. Et pourtant, le bruit persistait et se faisait de plus en plus violent.

Soudain, la porte s’ouvrit à la volée, dégageant un nuage de poussière avant de pendre lamentablement à ses gonds. Puis, rapidement, sortant du nuage, plusieurs militaires et Pokémon s’engouffrèrent dans la salle. Les deux Motisma poussèrent une plainte de mécontentement et s’interposèrent en faisant vrombir leurs moteurs. Mais ils ne feraient pas le poids longtemps.

Serrant les poings, Pluton laissa les deux Motisma se débrouiller sans lui. Il savait qu’à deux, ils ne résisteraient pas aux militaires, mais tous leurs congénères étaient piégés dans une autre pièce. Il avait besoin de l’aide de Porygon-Z plus que jamais. Mais pas à travers l’ordinateur, cette fois. Il allait devoir lui demander de se matérialiser.

Les Motisma luttèrent un instant, mais vainement. Ils étaient en sous-nombre, et les Pokémon des militaires étaient bien trop puissants. Le Charkoss du Colonel Hesse ne fit qu’une bouchée du Motisma infiltré dans le ventilateur, tandis qu’Arbok et Ninjask, les Pokémon de Billy et Naomie, mettaient Ko la tondeuse à gazon. Puis le Machoppeur et le Chimpenfeu de deux autres lieutenants se jetèrent sur Pluton.

Mais alors qu’ils plaquaient au sol l’homme, celui-ci éclata d’un rire gras. Il continua même lorsque le propriétaire du Chimpenfeu lui mettait violemment les menottes et que le Colonel récupérait la valise pleine d’argent.

- Vous êtes en état d’arrestation, pour terrorisme, tentative de meurtre, et tout ce qui va avec, lança-t-il en lui adressant un regard rude. Vous feriez mieux d’arrêter de rire.
- Vous ne croyez quand même pas que des idiots comme vous peuvent rivaliser avec mon génie ?
répliqua Pluton alors que Billy le forçait à se relever.

Le Colonel Hesse fronça les sourcils. Pris d’un doute, il regarda les écrans du terroriste. Sur le plus grand de ceux-ci, une barre de chargement était en train de se remplir. Elle en était déjà à 87%. Et une étrange machine sur le côté s’était mise à trembler tout en émettant une fumée verdâtre.

- Une fois matérialisé, vous allez voir de quel bois se chauffe ma plus belle création ! clama Pluton avec assurance. Mon chef d’œuvre ! Et même seul contre vous tous, il n’aura aucun souci à vous éliminer ! Il est aussi performant virtuellement que physiquement !
- Reculez-vous !
ordonna Hesse. Que tout le monde se place en position pour l’accueillir dignement !

Alors que la barre de chargement finissait d’atteindre les 100%, les Pokémon se plaçaient en première ligne tandis que les hommes se tenaient derrière eux, Billy et un autre maintenant toujours Pluton pour l’empêcher de tenter de fuir. Naomie déglutit en voyant la barre atteindre son terme. La créature qu’ils s’apprêtaient à affronter était celle qui avait pris en otage tout le Ministère. Elle avait déjà entendu parler des Porygon présentés par la Sylphe comme étant des Pokémon capables de s’adapter facilement et de résister à des conditions extrêmes. Alors, forcément, cet adversaire ne laissait rien présager de bon.

Puis, enfin, le cylindre s’ouvrit, laissant s’échapper encore plus de fumée verdâtre, qui s’envola rapidement. Puis la créature qui se trouvait à l’intérieur s’extirpa de là, lentement, se tenant sur une seule sorte de jambe qui flottait à quelques centimètres de sol. Le visage semblait être secoué de tremblements incontrôlables dans tous les sens tandis qu’il poussait un bruit strident, semblable à une plainte. Il faisait à peine quelques centimètres dehors que les Pokémon des militaires se préparaient à s’élancer sur lui. Mais c’était inutile. Porygon-Z s’étala de lui-même, pitoyablement, par terre, sa tête toujours prise de convulsions. Elle resta un instant ainsi, avant de pousser une dernière plainte et de s’immobiliser, au sol.
Tous les militaires regardaient la scène avec étonnement, ne comprenant pas ce qu’il s’était passé. Pluton, lui, semblait effaré et affichait une mine déconfite. Finalement, après quelques secondes de silence, le Colonel Hesse et son Charkoss s’approchèrent. Il posa la main sur le Pokémon et poussa un soupire.

- Cette chose n’est pas vivante, lança-t-il. Ou en tout cas, elle ne l’est pas restée longtemps.

Puis, sans plus attendre, les hommes du Colonel Hesse embarquèrent Pluton tandis que le visage neutre d’une petite fille aux cheveux blonds bouclés apparaissait sur les écrans de Pluton. Le vieil informaticien, en la voyant, eut un petit ricanement, reconnaissant la fille de son ancien collaborateur. Il comprenait mieux son échec. Puis, sans rien ajouter, il se laissa conduire par l’Armée, sans résistance. C’était bien inutile.

<hr>

Le Colonel Cornell s’était empressé d’annoncer la bonne nouvelle à la Table Ronde. Celle-ci s’était dite soulagée et impressionnée par les efforts du Ministre, mais aussi de la Police et de l’Armée, dont la collaboration avait été fructueuse. Cependant, Marcus Cornell s’était bien gardé de parler aux Premiers de l’implication de Patrick Stearns. Celui-ci aurait pourtant été en droit de réclamer une belle récompense pour son aide précieuse, mais c’était lui qui avait demandé de ne pas être plus mêlé à cette histoire.

Pourtant, c’était bien lui qui avait rendu la capture possible. Ou plutôt Kate, sa fille artificielle. Si elle avait été créée sur base des souvenirs d’une enfant de 9 ans, elle avait néanmoins appris beaucoup de chose par elle-même, et notamment à exploiter sa condition de programme informatique. C’était sans souci qu’elle avait récupéré les images des caméras de surveillance de Charbourg, puis de Feli-Cité pour trouver et traquer ceux qui s’étaient emparés de la valise. Ainsi avait-elle suivi des Motisma très discrets jusqu’à un grand entrepôt. Puis, après avoir prévenu le Colonel Cornell, elle avait commencé à pirater les programmes de Pluton à son tour. Ce n’était pas son père qui lui avait appris à faire ça, au contraire ce dernier n’était même pas au courant qu’elle en était capable. Mais ainsi, elle avait truqué certaines caméras de Pluton, pour rendre la prise d’assaut des militaires aussi discrète que possible, et avait attiré les Motisma pour les rendre inoffensifs. Enfin, alors que le Porygon-Z allait se matérialiser, elle avait attaqué le Pokémon, corrompant ses fichiers et altérant ses programmes. La créature qui en était sortie était alors pleine de défauts et n’avait pas survécu plus de quelques secondes à son nouvel environnement.

Toujours surveillé par les militaires, Pluton fut rapidement envoyé dans une prison de haute sécurité de l’Etat de Sinnoh. Son cas serait vite réglé et, comme il était déjà âgé, il passerait certainement la fin de sa vie là-bas. Mr Carlsson, quant à lui, allait de mieux en mieux et avait tenu à sortir de son lit d’hôpital pour remercier les différentes personnes impliquées. Il était en train de serrer la main des militaires quand Aldebert et Stephen se dirigèrent vers Patrick Stearns, qui regardait la scène d’un air absent.

- Mr Stearns, je peux vous parler une minute ? demanda le professeur Caul.
- Et même plus encore, si vous le désirez, répondit-il, un peu surpris. Que puis-je pour vous ?
- C’est au sujet de Kate, et de vous aussi, d’ailleurs
, dit Stephen, l’air un peu embarrassé.
- Vous allez me faire la morale, parce que j’ai joué avec la vie et la conscience humaine en me prenant pour un dieu, c’est ça ? supposa Stearns d’un air sombre.
- Nous aurions pu… commença Aldebert. Mais ce serait plutôt le contraire…

Plus loin, alors que Miss McCullers raccompagnait le Ministre, qui avait encore besoin de repos, le Colonel Cornell se dirigea vers son collègue et lui serra vivement la main.

- Vous avez été parfait, Hesse, lança-t-il avec un grand sourire.
- Je peux en dire autant de vous, Mr le Ministre, répondit celui-ci en lui rendant son sourire. La Table Ronde doit être contente de vous, je ne serai pas étonné de vous voir devenir Général.
- N’en soyez pas si sûr, Colonel
, répondit Cornell. Sachez que j’ai justement fait un rapport très favorable vous concernant.
- Il ne fallait pas…
répondit Hesse en perdant son sourire, l’air un peu gêné. Vous avez le même grade que moi, depuis plus longtemps, c’est à vous que…
- Très franchement, avec le travail qu’on me demande au Ministère, cela me suffit
, répliqua Cornell en lui adressant un clin d’œil. Je suis sûr que vous ferez un excellent Général.

Appuyée contre un mur, Elodie observait Al et Stephen parler avec Mr Stearns, se demandant de quoi ils parlaient. Plus loin, le regard fixé sur un ordinateur, Isaac était en train d’inspecter le réseau des bâtiments avec l’aide de Kate. L’ingénieure sursauta presque quand Naomie vint lui faire la bise avant de partir.

- Tu ne rentres pas avec nous ? s’étonna-t-elle.
- Non, je profite des jours de congé accordés par le Colonel en guise de félicitation, répondit le Lieutenant avec un sourire. J’ai de la famille que je n’ai plus vue depuis un moment, et plein de trucs prévus.
- Ho, hé bien, profite bien, Nao !
s’exclama Elodie en lui faisant signe avant de se tourner vers Billy, qui se dirigeait justement vers elle. Et nous, comment est-ce qu’on va profiter de ces congés ?
- Bonne question,
répondit le Major en souriant. Tu as une idée en particulier ?

Il se positionna à côté d’elle, appuyé contre la façade. Puis, après s’être échangés quelques sourires, il prit une mine un peu plus gênée.

- On n’a pas eu l’occasion de reparler de ce qu’il s’était passé hier… dit-il. Tu sais quand tu…
- Quand j’ai failli mourir et que j’ai tout détruit autour de moi…
marmonna Elodie d’un air sombre. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je n’arrivai plus à me contrôler…
- Mais c’était quand même sacrément efficace
, ajouta le Major d’un air très sérieux. L’air de rien, ça t’a sauvé la vie…
- Je t’ai blessé, Billy…
- Juste des égratignures
, précisa-t-il. Puis, à choisir, je préfère ça plutôt que ta mort par asphyxie…

Elodie resta quelques instants sans rien dire. Puis, finalement, elle enlaça le Major et mit sa tête sur ses épaules, la larme à l’œil. Celui-ci prit quelques secondes avant de réaliser puis la serra fort contre lui, tout en donnant des petites tapes dans le dos de son amie.

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Trois jours plus tard, non loin du village abandonné de Petale Town, Naomie Fleming fit une découverte particulièrement déplaisante. La Volière, qu’elle surveillait depuis plusieurs mois pour le compte de Dorothéa Crowfoot, s’apprêtait à déclencher le Plan Colombeau, celui-là même contre lequel la militaire tentait de lutter. Cependant, malgré tout leur travail, elles n’étaient pas encore prêtes à lancer la contre-offensive nécessaire pour éviter la mort de milliers d’innocents. Par conséquent, c’est maintenant qu’il fallait agir, de l’intérieur, pour retarder le moment fatidique.

S’introduire dans la Volière n’était pas un réel problème. Le bâtiment, à l’écart de toute civilisation, n’était surveillé que par quelques employés et quelques caméras qu’elle avait appris à repérer. Avec l’aide de ses Ninjask, ce n’avait pas été compliqué d’atteindre le toit, puis de suivre les plans qu’elle avait volés pour atteindre son objectif. Suivant ces derniers, elle parvint à rester suffisament discrète que pour ne pas être repérée, se cachant au bon moment et n’hésitant pas à courir quand cela se révélait nécessaire.

Naomie haletait, cachée derrière un mur. Elle se risqua un regard derrière. Comme il n’y avait personne, elle s’élança pour faire quelques mètres supplémentaires avant d’arriver, comme prévu, au système d’aération de la Volière. Sans plus attendre, elle retira de son bonnet un petit appareil qu’elle actionna avant de le placer bien en face du ventilateur déjà en action. L’engin qu’elle venait d’actionner, c’était Madame Crowfoot qui le lui avait confié, à n’utiliser qu’en cas d’extrême urgence. Puis elle se releva, satisfaite, et entama de repartir de là où elle venait.

Déjà, elle entendait depuis la Volière les cris et les plaintes des Pokémon qui respiraient le gaz qu’elle leur avait envoyé. Ils ne le savaient peut-être pas encore, mais ils étaient condamnés. Le gaz leur était mortel, même en de toutes petites quantités, et aucun Oiseaux ne pourrait donc s’envoler depuis la Volière. La mission était d’ors et déjà un succès !

Alertés par les cris des Pokémon, tous les employés de la Volière se précipitaient pour voir ce qu’il se passait. Elle entendait des cris de rage et d’ahurissement des soigneurs et chercheurs qui voyaient les Pokémon tomber comme des mouches, morts. Elle attendit depuis un couloir que les derniers hommes soient passés en courant dans une autre direction pour atteindre à nouveau le toit, de la même manière qu’elle était venue, c’est-à-dire en toute discrétion.

A peine était-elle sortie qu’elle tendait les bras au ciel, afin d’attraper les brassards au bout de cordes qui étaient attachées à ses deux Ninjask. Puis, une fois correctement attachée, elle s’envola, portée par ses Pokémon, à grande vitesse. Elle ne put s’empêcher de garder la Volière sous les yeux pendant quelques instants. Puis, soupirant de soulagement, elle attrapa son Pokématos, tout excitée.

- Madame Crowfoot ! s’exclama-t-elle. C’est fait ! J’ai empêché le Plan Colombeau !
- Quoi !?
s’écria la voix de la vieille dame. Naomie, je vous avais pourtant dit de ne pas agir tout de suite !
- Mais madame, ils étaient sur le point de lâcher les Pokémon en liberté ! Ç’aurait été un vrai désastre !
- Mais nous devons être prudents ! Je ne l’ai pas été assez, hélas… Vous avez besoin d’aide ?
- Il y a pas de souci, je me rapproche de Petale Town, et personne n’a remarqué ma présence. Je …


Soudain, la tête de Naomie fut poussée en arrière et elle lâcha son Pokématos. Les Ninjask furent si étonnés de ce geste soudain et sans logique qu’ils firent quelques mouvement hasardeux. Quand enfin ils furent à nouveau coordonnés, ils constatèrent que quelque chose clochait.

La tête de Naomie semblait fixer le sol. Si une partie de ses bras étaient retenus par les brassards, l’avant de ceux-ci pendait mollement, comme s’il n’était plus animés. Elle ne disait plus rien, plus un mot. Les Pokémon, inquiets, commencèrent à perdre de l’altitude, pour se poser. Une fois qu’ils touchèrent le sol, les pieds de Naomie se laissèrent allés, sans qu’elle ne se réceptionne comme à son habitude. Ce n’est que lorsqu’ils se posèrent que les Pokémon insectes eurent en face des yeux l’horrible vérité.

Une unique flèche transperçait la tête du Lieutenant Flemming, juste au-dessus du nez. Ses yeux étaient toujours grands ouverts, mais elle était pourtant bel et bien morte, dans ses habits de civile, avec son habituel bonnet rayé jaune et vert.

Une nouvelle flèche siffla soudain, se plantant de la même manière dans la tête d’un des Ninjask. Le second tenta de s’enfuir, mais subit le même sort. Se rapprochant silencieusement, la créature responsable de leur mort observait la scène. Il ne s’agissait pas d’un être humain, même si elle en avait la posture et la taille. Elle avait de longs poils noirs comme les ténèbres et son visage ressemblait plus à un museau. De par le sourire sadique qu’elle affichait, la créature exposait ses longues dents pointues. Ses yeux d’un jaune étincelant fixaient le cadavre tandis qu’elle semblait secouée d’un petit rictus. Ses deux mains étaient très différentes l’une de l’autre. La gauche était presque humaine et maintenait une sorte d’arbalète de métal. La droite par contre était pourvue de griffes semblables à celles d’un Mangriff, et retenaient le Pokématos de la défunte.

- Allô ! Naomie ! criait la voix de Dorothéa depuis celui-ci. Réponds-moi ! Qu’est-ce qu’il se passe ?

Sans y prêter attention, la créature lâcha l’appareil et s’accroupit, fixant le cadavre du Lieutenant. Il lui retira son bonnet de la tête et l’enfonça sur la sienne. Puis il éclata d’un grand rire sadique et, sans plus attendre, consomma sa victime.

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Ils étaient tous rassemblés devant la télévision, interdits, incapables de dire quoique ce soit. Les images du 18 Rue du Piafabec, ravagé par les flammes, les laissaient sans voix. Mais ce n’était pas la seule surprise. Le présentateur n’avait pas hésité à annoncer leur mort à tous, même celle de Stephen ou de Patrick Stearns. Seul le Colonel et Dorothéa, un peu en retrait, n’avaient pas été déclarés décédés dans l’explosion.

- Pourquoi, souffla finalement Aldebert, atterré. Pourquoi…
- C’est une mesure nécessaire, j’en ai peur,
répondit sombrement Dorothéa Crowfoot, assise dans un fauteuil roulant. Je n’ai pas été tout-à-fait honnête avec vous, et je crains que les conséquences de mes actes ne nous rattrapent…
- Mais enfin, Doro, que se passe-t-il ?
s’écria Stephen. Pourquoi avoir raconté aux médias que nous étions morts ?
- C’est mon service qui s’en est occupé
, répliqua le Colonel d’un air sombre. Madame Crowfoot et moi avons jugé qu’il s’agissait de la meilleure solution.
- Et c’était quoi, le problème ?
demanda Isaac, sur les nerfs. Qu’est-ce qui justifie cette mascarade ?
- Naomie est morte
, répondit Dorothéa, l’air à la fois embarrassée et peinée.

A ces mots, Billy se releva d’un bond. Il adressa un regard interrogateur à la vieille dame, puis au Ministre, qui confirma d’un geste de tête. Puis il se rassit, visiblement troublé, alors qu’Elodie l’attrapait par le bras.

- Nous avions toutes les deux découvert ce qu’Higgs complotait, continua Dorothéa, le ton un peu perturbé par un hoquet. Elle a réussi à détruire son projet de l’intérieur et était en train de fuir quand elle m’a contactée. Mais malheureusement, c’est à ce moment-là qu’elle a été tuée… Du moins, je crois, nous n’avons rien retrouvé…
- Si le Lieutenant Fleming a surement sauvé des centaines, voire des milliers de vies, elle a aussi mis les vôtres en danger
, poursuivit le Ministre. Si Higgs parvient à l’identifier, il remontera jusque vous, et nous pensons qu’il est arrivé à un stade où il éliminera toute personne sur son chemin…
- Attendez, je ne fais pas partie de votre équipe, moi !
s’écria Stearns en se levant à son tour.
- Hé bien, suite à la demande de Mr Caul il y a quelques jours, votre adhésion venait d’être acceptée par la Table Ronde, répondit le Colonel. Higgs pouvait donc très bien remonter jusque vous aussi…
- Nous voilà dans une situation très indélicate
… lança Stephen, renfrogné.

Ils restèrent un moment silencieux, partagés entre l’incompréhension, l’inquiétude et la tristesse. Ils n’avaient pas seulement perdu leur maison et leur lieu de travail habituel. C’était toute leur vie qui leur était arrachée, ainsi que toutes les libertés dont ils jouissaient. Finalement, à bien des égards, cette solution était fort proche d’une véritable mort. De plus, il y avait toutes les questions que la situation soulevait. Qu’allaient-ils devenir ? Etaient-ils condamnés à rester cachés, et à attendre que passe le courroux du Professeur Higgs ? Et puis, il y avait la mort de Naomie qui les chagrinait tous. Elle avait partagé leur vie pendant près de huit années, au cours desquelles elle s’était finalement bien intégrée. Elle avait été la plus jeune membre de l’équipe et, pourtant, la première à partir… Puis, soudain, Aldebert se leva.

- Allez, il ne faut pas se laisser abattre, lança-t-il. Dorothéa, tu es sûre que c’est Higgs qui est derrière ça ?
- Oui
, répondit-elle en séchant une larme qu’elle avait à l’œil. Il m’a renvoyée après que j’aie trop fouiné…
- Alors il n’y a pas un instant à perdre
, répondit Aldebert. Naomie a peut-être empêché un de ses plans de se réaliser, mais il risque de le recommencer, ou d’en lancer d’autres ! Et s’il nous croit morts… Alors autant en profiter !
- Al’, qu’est-ce que tu veux dire ?
demanda Isaac.
- Je veux dire qu’il faut se préparer. Se préparer à lutter contre Higgs. Dans l’ombre.

Posté à 23h30 le 24/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 59 après Dieu, l’année de l’Utopie (1/2)



D'après Albert Einstein :
Les machines un jour pourront résoudre tous les problèmes, mais jamais aucune d'entre elles ne pourra en poser un !


Victor Carlsson était assis à son bureau, au troisième étage du grand bâtiment du Ministère de la Justice. Comme chaque matin, il prenait d’abord le temps de lire son journal et de boire son café, qu’il ne devait jamais attendre, Miss McCullers, sa secrétaire, étant habituée à ses gouts. Il s’attarda un instant sur un article traitant du Grand Marais et des subsides qui lui étaient accordés, puis il replia le quotidien et le rangea dans un tiroir duquel il sortit son agenda. Il consulta brièvement l’ordre du jour puis le déposa sur un coin de son bureau, le sourire aux lèvres.

La journée ne serait pas trop ennuyeuse cette fois-ci. Il devait certes remplir plusieurs documents et signer quelques papiers, mais cette tâche barbante serait rapidement interrompue par son rendez-vous de 10h avec son confrère le Colonel Marcus Cornell, qui exerçait le même travail que lui, mais pour l’Etat de Kanto-Johto. Ce n’était pas leur première rencontre, et il savait qu’outre les quelques discussions d’ordre politique qui étaient programmées, ils ne s’ennuieraient pas. Cornell était typiquement le genre d’homme que Victor Carlsson admirait et enviait. Lui qui n’avait jamais quitté les bureaux et les papiers ennuyeux rêvait et fantasmait sur la vie des hauts gradés de l’Armée. Mais malgré la différence de parcours, les deux hommes occupaient aujourd’hui la même position au sein de leurs Gouvernements respectifs. Seulement, si Carlsson brillait administrativement, Cornell était plus un homme d’action et de terrain.

Mis de bonne humeur à la perspective de revoir son collègue, Victor attrapa la pile de papiers que lui avait confiée Miss McCullers et entama de les lire de manière attentive avant de signer ceux qui s’y prêtaient. Il passa ainsi plus d’une heure dans le plus grand des calmes, seulement rompu par les pas discrets de la secrétaire venue récupérer la tasse vide ou ramener d’autres documents. Puis, il déposa son stylo en soupirant. Il avait laissé de côté deux ou trois dossiers et y avait entouré en rouge quelques formulations de phrases qui le laissaient perplexe. Habituée à l’extrême prudence de son Ministre, Miss McCullers les prit et, sans rien demander, sortit du bureau pour les amener à un expert judiciaire qui se chargerait de vérifier si les doutes du Ministre étaient bien fondés et s’il s’agissait bel et bien d’une faille exploitable dans les contrats. Si c’était réellement le cas, ceux-ci devraient alors être retravaillés. C’était cette prudence presque excessive qui avait fait la réputation de Mr Carlsson et l’avait, sept ans plus tôt, propulsé au grade de Ministre de la Justice de Sinnoh. Depuis lors, son Ministère n’avait connu aucun incident ni scandale.

Carlsson regarda sa montre. Celle-ci indiquait 9h47. Cornell était surement déjà dans ses bâtiments. Estimant qu’il n’aurait surement pas beaucoup de temps après, il décida d’allumer son ordinateur personnel afin de consulter ses mails. Il n’y avait pas grand-chose d’intéressant depuis la veille, tout au plus un résumé de la dernière réunion de la Table Ronde et un mail du Ministère du Tourisme. Mais au lieu de consulter ces derniers en priorité, il remarqua la présence d’un mail envoyé depuis une adresse qu’il ne connaissait pas. Il fronça les sourcils en la regardant, essayant de se rappeler, sans succès, si ce nom lui disait quelque chose. Finalement, il cliqua dessus, par curiosité.

Il n’y avait quasiment rien. Juste une phrase : « Un témoignage suffira-t-il à sauver des vies ? », suivie d’un lien. Carlsson cligna quelques fois des yeux, circonspect. Sauver des vies ? Un témoignage ? Mais de quoi parlait-on ? Il s’apprêtait à cliquer sur le lien, mais se ravisa au dernier moment, hésitant. La prudence reprenait le dessus. Et s’il s’agissait d’un virus, comme les attrape-pigeons qui promettaient un gain si on cliquait sur un lien ?

Il allait jeter le mail quand il repensa au Colonel Cornell, qui ne devait plus tarder à arriver dans son bureau. Lui n’aurait pas hésité à cliquer sur ce simple lien, ne serait-ce que pour en avoir le cœur net. Après tout, s’il s’agissait vraiment d’un témoignage, des vies étaient peut-être en jeu ? Et puis, quand bien même s’agissait-il d’un piratage, que risquait-on réellement ? Les pare-feux du Ministère étaient très performants, et il lui suffirait de demander à un de ses informaticiens à l’étage du dessous pour qu’il ausculte son ordinateur. Aussi redirigea-t-il sa souris sur le lien et cliqua dessus.

Une page s’ouvrit immédiatement, toute blanche, chargeant lentement. Carlsson soupira et lâcha sa souris en appuyant son dos contre son siège. Il fixait l’écran sans couleur, s’étonnant du temps de chargement. Soudain, plusieurs flashs de couleur successifs apparurent brutalement à l‘écran, accompagné d’un bruit strident et très désagréable. Carlsson écarquilla les yeux et, soudain paniqué, appuya sur la touche Echap de son clavier à plusieurs reprises. Mais rien n’y faisait, et les flashs continuaient. Carlsson aurait souhaité quitter l’écran du regard, mais il se sentait comme hypnotisé par ce dernier. A peine quelques secondes après, il sentit un grand mal de crâne le tirailler et, sans qu’il n’ait le temps de réagir, son corps fut pris de violentes convulsions et il perdit connaissance.

A peine trente secondes s’étaient écoulées depuis le début de la crise du Ministre quand Miss McCullers entra dans la pièce. Elle venait tout juste de passer l’encadrement de la porte quand elle vit le corps de son patron en pleine crise d’épilepsie. Mais ce n’était pas tout. Son ordinateur était mystérieusement tombé sur lui et laissait échapper quelques étincelles. Il n’en fallut pas plus pour provoquer le hurlement de peur de la secrétaire.

Ainsi averti, le Colonel Cornell, qui patientait dans la pièce à côté, surgit en trombe. Miss McCullers venait de se rapprocher pour secourir son Ministre. Mais en tentant de retirer l’ordinateur, elle avait subi une désagréable décharge électrique et elle se tenait la main en frissonnant, l’air angoissée et ne sachant que faire alors que le bruit aigu semblait s’être renforcé. N’écoutant que son courage, le Colonel attrapa un siège et s’en servit pour faire tomber l’ordinateur par terre sans le toucher. S’il y parvint effectivement, il ressentit néanmoins à son tour une décharge et poussa un juron qui aurait offusqué la secrétaire si elle avait été en état d’y prêter attention.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda Cornell tandis que son collègue était toujours en train de convulser sur son siège, un filet de bave s’échappant de sa bouche.
- Je… Je ne sais pas ! se lamenta la secrétaire, les larmes aux yeux.
- Il faut appeler une ambulance… pesta le Colonel en attrapant son Pokématos. Vous savez si Mr Carlsson est sujet à l’épilepsie ?
- Non, il était en parfaite santé, et ne prend aucun médicament
, répondit-elle en fixant le sol.
- Pas de chance alors…

Marcus finissait d’appeler les secours quand il remarqua que l’ordinateur ne faisait plus aucun bruit. Fronçant les sourcils, il se rapprocha de l’engin, qui avait l’écran face contre le carrelage. Il hésita, puis l’attrapa à deux mains pour le ramasser, prêt à relâcher s’il sentait une nouvelle décharge. Il n’en fut rien. Rassuré, il le retourna, et poussa un nouveau juron.

Sur l’écran s’affichait désormais un nouveau message en grosses lettres : « Je vous contacterai bientôt pour parler de la rançon ».

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Il était passé 19h quand Isaac put enfin se mettre au travail. Contactée le matin même, toute l’équipe avait été réquisitionnée d’urgence à Féli-Cité par leur ancien chef, le Colonel Cornell. Le voyage depuis Johto avait duré toute l’après-midi, au cours de laquelle ils avaient eu droit à un briefing complet de la part du Ministre. L’heure était grave, car l’un de ses compères avait été victime d’une attaque jugée terroriste. Mais afin de ne pas répandre l’information et décrédibiliser le Ministère, on avait fait passer l’incident aux yeux des médias comme une simple intoxication alimentaire. Il n’y avait qu’eux et une poignée d’employés du Ministère qui étaient au courant de la vérité.

A peine arrivé, Isaac s’était installé dans une pièce qui tenait d’ordinaire lieu de salle d’interrogatoire. Son accès y était sécurisé et il ne risquait pas d’être ennuyé par un quelconque quidam qui se demanderait ce qu’il faisait là. Malgré la présence de tous les autres membres du groupe, c’était essentiellement les compétences en informatique d’Isaac qui étaient nécessaires pour ce travail. Aussi, Aldebert et Stephen s’étaient isolés pour travailler sur un projet à part, tandis que les militaires étaient allés questionner Miss McCullers, afin d’en apprendre plus. Elodie, de son côté, était restée un moment à l’accueil, testant ses pouvoirs télékinésiques sur un distributeur de canettes et de bonbons. Ce n’est qu’après en avoir récupérés assez qu’elle se décida à rejoindre son frère, pour lui apporter une Limonade et un sachet de baies confites ou de chips.

Elle entra discrètement dans la pièce. Celle-ci n’était pas bien grande, environ 15 m² à vue d’œil. A part une caméra de surveillance et une large vitre qui donnait la fausse impression de n’être qu’un miroir, les murs étaient vides. Le plafond était surmonté de divers dispositifs d’aération sophistiqués, et la porte se referma d’elle-même. Elodie remarqua immédiatement le système anti-incendie qui était installé, mais réprima son envie d’en parler avec son frère, tant celui-ci paraissait concentré. Il n’avait pas levé la tête de l’ordinateur du Ministre Carlsson quand elle était arrivée. Elle s’installa tranquillement à une chaise à sa droite et déposa les friandises qu’elle s’était procurées à côté du PC. Puis, comme Isaac ne disait toujours rien, elle s’ouvrit une canette de Limonade et se contenta de le regarder travailler.

- Limonade? finit-elle par proposer en lui tendant une cannette.
- Pas de suite, merci, répondit Isaac sans détourner le regard. J’ai presque fini…
- Et tu as découvert quelque chose ?
demanda l’ingénieure avant de boire une gorgée.
- J’ai trouvé ce qui avait causé la crise de Mr Carlsson, et comment il était tombé dessus. Regarde, tu vois, cette adresse mail ? dit-il en pointant son doigt sur l’écran.
- CuteKateStearns@Pokémail.com? énonça Elodie en fronçant les sourcils. Heu… on dirait une adresse de gamine…
- Un peu comme ta première adresse mail, n’est-ce pas, Supermécanogirl ?
lança Isaac avec un sourire moqueur avant d’esquiver un coup de coude. En tout cas, je n’ai trouvé aucune Kate Stearns ou équivalent dans la population de Sinnoh. Mais c’est bien de cette adresse qu’a été envoyé le lien qui a téléchargé un virus dans l’ordinateur du Ministre. Enfin, je dis virus, mais ce serait plus un Cheval de Troie…
- Tu as réussi à t’en débarrasser ?
demanda Elodie.
- Non, c’est ça le problème. Aucun anti-virus que j’ai essayé n’est parvenu à trouver quoique ce soit… Je vais finir par y arriver, mais avant ça, je tente quelque chose, dit-il en pianotant sur le clavier.
- « Vous êtes un lâche qui de toute façon n’est pas capable de … » Isaac, qu’est-ce que tu fais ? s’étonna Elodie après avoir lu ce qu’il écrivait.
- Je provoque notre pirate, répondit Isaac. S’il tente quoique ce soit, j’ai installé un programme pour le traquer. On pourra au moins l’attraper. Et … envoyé !

Il s’appuya contre son siège, l’air satisfait, et attrapa un sachet de chips qu’avait amené Elodie. Celle-ci s’étira et se leva pour sortir de la pièce et rejoindre Billy. Mais quand elle s’approcha de la porte automatique, celle-ci ne bougea pas d’un millimètre, alors qu’elle était placée devant le détecteur. Elle resta quelques secondes plantée devant, surprise, puis essaya de l’ouvrir à la main, mais la porte resta tout autant immobile. Elle allait se retourner pour prévenir Isaac que quelque chose clochait quand un bruit d’alarme se déclencha brusquement. Ils levèrent les yeux au plafond et l’ingénieure plaqua sa main droite devant sa bouche, effarée. C’était le détecteur d’incendie qui s’était enclenché, alors que, pourtant, il n’y avait ni flamme ni fumée.

- Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? demanda Isaac en fronçant les sourcils, plus étonné qu’inquiet.

Elodie allait lui répondre mais un petit signal sonore provenant de l’ordinateur attira son attention. L’écran était devenu complètement noir, à l’exception de quelques caractères qui formaient les mots « Game Over ». Isaac se releva précipitamment, soudain effrayé.

- Isaac, leur système anti-incendie, s’écria Elodie, paniquée. Ça aspire tout l’oxygène des pièces ! Ils vont nous asphyxier !

Isaac écarquilla les yeux, comprenant la gravité de la situation. Il se précipita vers la porte, qui refusait toujours de s’ouvrir et tambourina dessus, vite rejoint par sa sœur adoptive, pour réclamer de l’aide. Comme ils ne voyaient personne, ils se dirigèrent vers la baie vitrée et frappèrent dessus, tentant de la briser, mais sans succès. L’Oxygène commençait effectivement à manquer dans la pièce, puisque le système d’aération avait été activé pour l’en retirer. Ils commençaient tous les deux à suffoquer, leur respiration devenant difficile. Ils avaient une inspiration très courte, alors que leurs expirations devenaient de plus en plus longues et bruyantes. Soudain, ils eurent un relent d’espoir, en entendant derrière la vitre Billy et Naomie leur crier des choses pour les soutenir. Mais chaque seconde de ce calvaire respiratoire était comme une éternité au cours de laquelle ils avaient l’impression de mourir à chaque instant. Isaac semblait de plus en plus ressentir les effets du manque d’air, et des grosses gouttes de sueur coulaient de partout. Ils s’agitaient dans tous les sens, se frappant mutuellement dans la panique, sans pour autant parvenir à briser la vitre qui les séparait de l’oxygène.

Soudain, l’informaticien s’écroula par terre, les yeux clos. En constatant cela, Elodie poussa un cri de désespoir, sentant les larmes couler à ses yeux presque autant que la sueur sur le reste de son corps mis à rude épreuve. Puis, alors qu’elle entendait les cris de Billy de l’autre côté, son corps se raidit soudainement et elle poussa un dernier hurlement.

Au son de ce dernier, la vitre explosa brutalement, coupant au passage les deux militaires au visage et aux mains. Mais trop préoccupés par leurs amis, ceux-ci ignorèrent la douleur et Billy en profita pour se faufiler rapidement à l’intérieur. Mais à peine pénétrait-il qu’il se figea, partagé entre la peur et la surprise.

La vitre n’était pas la seule à avoir été subitement brisée. La table, les chaises, la caméra et l’ordinateur semblaient avoir explosés en centaines de petits morceaux, qui paraissaient danser en l’air tout autour d’Elodie. Toujours debout, celle-ci avait les yeux fermés, comme endormie. Les débris voletaient autour d’elle, telle une étrange aura.

Par terre, Isaac était toujours inconscient. Débarquant de derrière le Major, Naomie réprima un juron en voyant Elodie et préféra s’accroupir pour venir en aide à l’informaticien. Elle lui donna quelques claques pour l’aider à se réveiller, mais dut se résoudre à entamer le bouche-à-bouche.

Billy, quant à lui, une fois la surprise passée, s’avança vers Elodie. A chaque pas qu’il faisait, des fragments étaient rapidement projetés sur lui. La première fois, il s’arrêta, d’autant plus hébété. Mais à nouveau, il se relança. Comme il se rapprochait, la vitesse des morceaux augmentait, tout comme la douleur que leur choc provoquait. Mais pourtant, le militaire continuait, déterminé, les bras devant le visage pour se protéger. Enfin, harcelé par les débris, il parvint à arriver juste en face d’Elodie et la serra dans ses bras.

Aussitôt, les objets retombèrent par terre dans un grand vacarme, au même moment ou Isaac reprenait conscience, au grand soulagement de l’agent Flemming. Elodie, ouvrit elle aussi les yeux, faiblement, apparemment très fatiguée, et adressa un regard interrogateur à Billy, qui lui susurrait des mots rassurants. Puis, subitement, Isaac se releva d’un bond, l’air paniqué.

- Il faut faire évacuer le bâtiment ! s’écria-t-il. C’est tout le réseau du Département qu’ils ont piraté !


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Stephen Shelley venait tout juste de rentrer dans sa chambre d’hôtel quand il sentit son Pokématos vibrer dans sa poche. Il s’assit sur son lit et attrapa l’appareil, reconnaissant la photo de sa femme à l’écran. Sans plus attendre, il décrocha.

- Allô, Doro ? lança-t-il.
- Stephen, tout va bien ? s’écria la voix inquiète de Dorothéa. Rien de cassé, personne n’est blessé ?
- Billy et Naomie ont des coupures superficielles, et Aldebert est en train d’examiner Isaac et Elodie, mais rien de grave, à priori
, répondit l’écrivain avec une voix fatiguée. Il n’y a pas d’autres dégâts, mais comment tu …
- Ça vient de passer à la télévision, les bâtiments ont été évacués en urgence et sont interdits d’accès, mais personne ne sait pourquoi. Les journaux racontent tous des débilités différentes pour expliquer ça, mais qu’est-ce qu’il s’est réellement passé ?
- D’après Isaac, le réseau tout entier du Ministère est corrompu et sous le contrôle d’un ou plusieurs pirates. Et ils ont tenté de les tuer en se servant du système anti-incendie, mais ils s’en sont sortis de justesse, d’où leurs blessures.
- Miséricorde…
chuchota Dorothéa. Et vous avez une piste pour les trouver, au moins ?
- Pas une seule
, soupira Stephen en se laissant tomber le long du lit. L’ordinateur du Ministre a été détruit… Ha, si ! Une adresse mail, mais d’après Isaac, c’est surement une fausse ou une adresse piratée… Catherine Storns, ou Sterns…
- Stearns ?
demanda précipitamment la Sous-Directrice de la Sylphe.

Stephen pris un air abasourdi, manifestant son étonnement pour la rapidité à laquelle ce nom était venu à la bouche de sa femme. Il réfléchit quelques instants, essayant de se rappeler si elle avait raison ou non.

- Peut-être, finit-il par dire, pas très sûr de lui. Pourquoi, tu connais des Stearns pirates informatiques ?
- Patrick Stearns
, répondit-elle. C’était l’un des principaux chercheurs de la Sylphe dans le Projet Porygon.
- Le Pokémon informatique
, s’exclama Stephen en se relevant d’un bond. Mais alors, ce gars a surement les compétences nécessaires pour pirater le Ministère !
- Sans doute,
répondit Dorothéa. Je ne sais pas ce qu’il est devenu après le renvoi de son groupe de recherche.
- Ça n’en reste pas moins une piste prometteuse !
lança l’écrivain avec ardeur. Je vais de ce pas prévenir les autres, merci mon cœur !
- Ho, pendant que tu leurs parles, tu saurais me passer l’agent Fleming ?
- Naomie ?
répéta Stephen, surpris. Qu’est-ce que tu veux lui dire ?
- Un secret entre filles, Stephen.


L’écrivain resta quelques secondes sans bouger, puis se précipita dans la chambre d’Aldebert, où se trouvaient tous les autres membres de l’équipe. Aldebert finissait justement d’ausculter son fils adoptif qui était en train de remettre sa chemise, tandis qu’Elodie s’était presque endormie sur les épaules du Major Campbell. Il leur annonça fièrement avoir trouvé une piste de recherche et présenta son Pokématos à Naomie, assise sur le rebord de la fenêtre, en lui expliquant que c’était sa femme au téléphone. Celle-ci l’attrapa et sortit, un peu gênée.

- Madame Crowfoot ? demanda-t-elle.
- C’est bien moi, Naomie, répondit la voix bienveillante de la vieille dame. Alors, avez-vous parlé avec Mr Florey ?
- Oui, je l’ai convaincu,
répliqua le Lieutenant avec un brin d’excitation dans la voix. Il va en parler aux autres mais, quoiqu’il en soit, il suivra notre plan.
- C’est parfait,
s’exclama Dorothéa. Nous avons peut-être une chance de battre Higgs à son propre jeu, maintenant… D’ailleurs, je pense que j’ai trouvé le mot de passe que nous cherchions.
- Vraiment ?
s’étonna l’Agent Fleming. Mais alors…
- Oui, j’attends encore l’occasion, mais, bientôt, j’aurai les preuves suffisantes pour que s’arrêtent tous les projets du Professeur Higgs
, répondit la vieille dame, tout excitée.
- Soyez prudente, madame…
- Ne t’inquiète pas pour moi, je suis la Sous-Directrice de la Sylphe, il n’y a que si c’est Higgs lui-même qui me prend la main dans le sac que ce serait gênant. Mais je saurai me montrer patiente pour que cela n’arrive pas. Mais allez donc écouter mon mari, votre mission touche à la sureté de l’Etat, ce n’est pas rien non plus. On en reparlera quand tout sera réglé.
- Bien, bonne chance, madame
, répondit Naomie en décrochant.

A plusieurs milliers de kilomètres de là, Dorothéa rangeait elle aussi son Pokématos. Si leur plan se déroulait comme prévu, la chute du Professeur Higgs ne tarderait plus. C’était du moins ce dont elle était persuadée.

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Une rapide enquête permit de localiser Patrick Stearns. Ce dernier avait une maison à son nom, à Bonville. Il était encore très tôt quand la bande arriva dans le petit village en question. Isaac, un peu parano, avait revêtu sa combinaison. Son aventure de la veille lui était restée en travers de la gorge et il n’avait aucun envie de passer à nouveau à deux doigts de la mort. Elodie, elle, avait décidé de rester un peu en retrait, avec les deux vieillards, tandis que les militaires et son frère s’avançaient devant la maison du suspect. Sans attendre, Billy frappa à la porte. Ils restèrent un instant silencieux, attendant qu’on leur ouvre. Comme personne ne venait, Naomie frappa à nouveau, tandis que le Major tentait de voir par la fenêtre s’il apercevait quelque chose.

- Ça a l’air vide, maugréa-t-il.
- Il est peut-être absent ? proposa Isaac depuis sa combinaison.
- C’est l’occasion alors ! s’écria Billy qui, sans laisser le temps à Naomie de protester, défonça la porte d’entrée.
- Major ! s’écria-t-elle, un peu trop tard.
- Suivez-moi, vous deux, lança-t-il sans y prêter attention.

Elodie et Aldebert les regardèrent s’engouffrer dans la maison avec appréhension alors que l’écrivain était en train de montrer son badge de la Police Internationale à une dame paniquée, persuadée d’assister à un cambriolage. Puis, soudain, un bruit d’alarme strident, encore plus fort que celui de l’alarme incendie de la veille, siffla à leurs oreilles.

A l’intérieur, Billy et Naomie avaient tous les deux plaqué leurs mains sur leurs deux oreilles, se recroquevillant plus par réflexe que pour soulager leurs tympans. La combinaison d’Isaac avait été conçue pour le protéger des sons trop puissants, mais il devait faire face à un autre type de menace. A peine avaient-ils posé un pied dans le salon que d’étranges bras mécaniques avaient jailli des murs, entre les armoires et les autres meubles, agitant des pinces de métal ou d’autres types d’armes tranchantes d’un air menaçant. Une balise au plafond était devenue rouge tandis que trois drones équipés de caméra s’étaient envolés et leurs tournaient autour.

- Identifiez-vous ! s’écria une voix de petite fille alors que l’alarme se coupait rapidement.
- Major Campbell ! cria ce dernier en faisant une grimace, l’air pas très rassuré de se voir menacé par cet étrange dispositif.
- Billy Campbell, Naomie Fleming, identités confirmées ! s’exclama la voix, surprenant tout le monde, le Lieutenant n’ayant pas eu le temps de donner son nom comme son supérieur. Erreur d’identification du troisième individu… Visage non-humain… analyse en cours…
- Je suis Isaac Holley
, lança l’informaticien en retirant son casque prudemment, plaçant sa main devant lui comme dans un signe d’apaisement.
- Isaac, qu’est-ce que tu … commença le Major.
- Confirmation ! l’interrompit la voix de fillette. Analyse en cours… Probabilité de danger : 74%. Solution envisagée …
- Stop !
s’écria soudain une autre voix, d’homme cette fois, derrière eux. Arrête ça !

Les bras en métal qui menaçaient les intrus se rétractèrent et disparurent dans de petites trappes et deux drones sur trois se posèrent au sol. Les militaires et Isaac se retournèrent et virent un homme d’une cinquantaine d’années, en peignoir, les cheveux bruns encore plein de mousse, qui haletait. La scène aurait pu être drôle si elle n’avait pas été précédée d’un accueil si peu chaleureux.

- Pardonnez-la, elle a tendance à … s’emporter quelque peu, de temps en temps…
- Elle ?
répéta Naomie, perplexe.
- Vous êtes bien Mr Stearns ? demanda Isaac, droit au but.
- En chair et en os. Vous êtes de l’armée, de ce que j’ai cru comprendre ?
- De la Police Internationale,
confirma Billy, un peu gêné. Nous aurions aimé vous poser quelques questions…
- Installez-vous dans le fauteuil, dans ce cas, dit-il en leur montrant ses canapés. J’arrive dans une minute, je vais juste me rhabiller. Tu veux bien leur servir quelque chose à boire ?
- Oui papa
, répondit la voix de fillette alors que le dernier drone encore en l’air se dirigeait vers la cuisine.

A ces mots, leurs trois regards se croisèrent. Avaient-ils bien entendu ?

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Pendant ce temps, à Féli-Cité, le Colonel Cornell recevait enfin le rapport d’une équipe de militaire, envoyée sur place pour l’assister à lutter contre la menace terroriste qui pesait contre l’Etat de Sinnoh. S’il ne s’agissait pas de l’Etat auquel il était affilié, le Colonel avait de suite été choisi pour s’occuper de l’affaire, jugée critique par la Table Ronde, puisque Carlsson avait été mis hors circuit. Aussi Marcus comptait-il bien arrêter les individus responsables de cette supercherie. Pour lui prêter main forte, on lui avait envoyé le Colonel Hesse. S’ils partageaient le même grade, Hesse n’était là que pour prêter main forte, le statut de Ministre de Marcus l’emportant sur le grade militaire dans cette affaire.

Aussi Hesse s’était-il introduit dans le bâtiment, avec pour objectif d’y couper le générateur d’urgence qui se trouvait à la cave. En effet, s’ils avaient pu couper l’électricité du bâtiment à distance, celui-ci était trop bien équipé et le courant était vite revenu. Or, selon Isaac, il était dangereux de s’y introduire avec les appareils en état de marche, car ceux-ci risquaient à tout moment de s’en prendre aux humains et Pokémon comme ils l’avaient fait pour lui, Elodie et le Ministre Carlsson.

En le voyant revenir, le Ministre se précipita vers son collègue. Son équipe avait l’air d’être au complet, et ils n’avaient aucune blessure apparente. Mais Hesse affichait un air maussade, et tenait en main une simple feuille de papier, qu’il tendit à Marcus.

- C’est sorti d’une imprimante alors qu’on passait devant, lança-t-il. Un message des pirates.
- Et qu’est-ce que ça dit ?
demanda le Ministre en attrapant la feuille qu’il lui tendait.
- Tu vas pas aimer… soupira-t-il.

Et il avait raison. Le pirate, quel qu’il soit, réclamait une somme faramineuse en échange de la libération du bâtiment de son virus. Mais ce n’était pas tout. Il demandait aussi que la même somme soit disposée dans pas moins 16 valises. Celles-ci devraient ensuite être cachées à différents endroits de l’Etat de Sinnoh, et il n’en récupérerait qu’une seule. Ce qui faisait, en somme, 16 endroits à surveiller pour avoir une chance de coincer les terroristes.

- C’est surtout la Table Ronde qui ne va pas aimer… grommela Cornell en se retenant de déchirer la feuille.

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Lorsque Patrick Stearns revint, cette fois vêtu d’une chemise bleue et, surtout, d’un pantalon, il fut surpris de voir trois personnes supplémentaires. Aldebert, Stephen et Elodie les avaient rejoints après que Billy leur ait fait signe d’entrer. Cependant, le salon n’était pas adapté à autant d’invités, et les six personnes s’étaient entassées, serrées comme des Froussardine, dans l’unique fauteuil de leur hôte. Le drone était quant à lui revenu, portant maladroitement un plateau avec trois verres d’eau plate. Il avait bien failli les renverser en les tendant aux deux militaires et à Isaac, car il n’était doté que d’une seule pince mécanique assez malhabile. Puis il s’était posé par terre, ne se souciant pas des trois invités supplémentaires.

- Vous êtes du même groupe ? demanda Patrick Stearns, un peu surpris, en s’installant sur une chaise en osier.
- C’est exact, répondit Billy avant qu’Aldebert n’ait le temps d’ouvrir la bouche. Mr Shelley, Professeur Caul et Mademoiselle Ross. Nous enquêtons sur une affaire de piratage informatique.
- Je ne fais pas dans le piratage
, répondit l’homme en faisant une grimace. Je trouve cela dégradant et honteux de chercher des moyens d’exploiter ou d’effacer ce que d’autres ont conçu.
- Peut-être
, répliqua le Major en hochant la tête. Cependant, l’adresse mail utilisée pour entamer le piratage sur lequel nous enquêtons semble liée à vous d’une certaine manière.
- Vraiment ?
s’étonna Stearns, l’air un peu amusé. Votre pirate opère par mail ? Mais qui est l’idiot qui est tombé dans un piège si grotesque ?
- Le Ministre Victor Carlsson, monsieur Stearns
, lança Stephen d’un ton dramatique.

Le sourire de Patrick s’effaça soudainement. Son regard s’arrêtait sur le visage de chacun des membres de l’équipe, comme s’il demandait confirmation de ce qu’il venait d’entendre. Puis il déglutit et s’appuya sur le dossier de sa chaise, comme s’il ne se rendait compte que maintenant à quel point l’affaire était grave.

- Je n’ai rien à voir avec ça, finit-il par dire d’un ton sec. Je n’ai aucune raison de m’en prendre au Ministère, ni à l’Etat. Vous dites que mon adresse mail est impliquée ?
- Peut-être pas la vôtre,
répondit Isaac en essayant de se dégager entre Aldebert et Elodie pour s’avancer. Le nom de famille concorde, c’est tout, mais la coïncidence reste assez grande, puisque vous êtes un expert en informatique.
- Le nom de famille ?
répéta son interlocuteur. Un autre Stearns ? Hum…
- CuteKateStearns
, lança Elodie. Ça vous dit quelque ch…

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que l’homme s’était subitement relevé, fixant Elodie avec des yeux écarquillés, comme si elle venait tout juste de l’insulter avec des mots particulièrement grossiers. Le drone, derrière eux, s’était quant à lui envolé lui aussi, mais restait en suspension en l’air, comme attendant des ordres. Le mouvement de Stearns avait été si rapide qu’Aldebert avait sursauté, faisant se renverser le verre d’eau que tenait Isaac. Elodie, elle, déglutit, incapable de quitter des yeux le regard de l’informaticien. Les deux militaires et Stephen, eux, s’étaient mis en position pour se relever, la main sur le fauteuil, si la situation venait à dégénérer.

- Vous avez bien dit « Kate » ? demanda-t-il faiblement, d’un ton plus triste qu’en colère.
- C’est ça, répondit Elodie en rougissant. Vous… Vous connaissez alors ? Parce que les dossiers de l’Etat ne font mention d’aucune Kate Stearns …
- Parce que les dossiers de l’Etat sont à jour, je suppose
, répondit l’homme en se laissant lourdement retomber sur sa chaise, l’air perturbé, la main sur le front.

S’en suivit un long silence, seulement rompu par le bruit léger du drone. Le regard d’Aldebert passait de ce dernier à son propriétaire, ouvrant la bouche de plus en plus grande, comme s’il comprenait quelque chose. Les autres, par contre, ne semblaient pas encore avoir saisi ce qu’il se passait et attendaient patiemment que Stearns reprenne la parole.

- Mr Stearns, dit lentement Aldebert, attirant les regards vers lui. Arrêtez-moi si je me trompe, mais … est-ce que, par hasard, Kate était votre… votre fille ?
- C’est ça
, répondit l’homme, la mine déconfite en regardant le sol. Kate est morte d’une maladie inconnue. Elle avait à peine 9 ans…
- J’en suis désolé
, dit Aldebert d’un air empathique. Vous savez, moi aussi j’ai deux enfants auxquels je tiens beaucoup. Je ne peux m’imaginer la douleur que c’est, de perdre un être cher…

A sa gauche, Isaac et Elodie détournèrent la tête, l’air un peu gêné. Ils n’étaient pas les enfants biologiques d’Aldebert et tous deux gardaient de bons souvenirs de leurs vrais parents. Malgré tout, les sentiments du vieux professeur étaient réciproques, même s’ils ne les lui disaient pas souvent…

- Vous savez, il y a des années de ça, j’ai connu un scientifique brillant, lança Aldebert d’un air pensif. Enfin, connu, nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés… Le Professeur Fudji, vous connaissez peut-être ? Non ? C’est vrai que ça date… Mais quoiqu’il en soit, comme vous, Fudji a perdu sa fille. Rongé par le chagrin, il a mis en pratique toutes ses compétences pour créer un clone de la petite Amber. A l’époque, j’étais complètement opposé à un tel projet, mais avec le recul et l’expérience de la vie, je pense que je suis devenu bien plus indulgent sur le sujet… Tout ça pour dire que je comprends ce que vous avez fait…

Les regards de tout le monde passaient d’Aldebert à Patrick Stearns, puis bientôt au drone qui volaient derrière eux. Seul Billy semblait ne toujours pas comprendre de quoi il était question, et le manifestait avec une horrible grimace.

- Mais enfin, de quoi est-ce que vous parlez ? demanda enfin le Major.
- J’ai créé une intelligence artificielle sur le modèle de ma fille défunte, répondit sombrement Stearns. J’ai travaillé plus d’une année entière, m’y consacrant nuits et jours… Je ne parlais plus à ma femme, j’ai détourné des fonds de ma société pour financer mes recherches… Mais j’y suis parvenu. Kate, ou plutôt une partie d’elle, vit dans ma maison, à travers mes ordinateurs et mes drones.

Billy ouvrit grand la bouche, mais aucun son n’en sortit. Même s’ils s’en étaient doutés, les autres eurent un frisson aux mots de l’informaticien. Stephen, lui, fixait plutôt Aldebert avec un regard pétillant.

- C’est donc possible, murmura l’écrivain.
- Et ainsi, on se sert du nom de ma fille pour répandre des virus ? demanda Stearns, en se relevant à nouveau, l’air un peu fâché cette fois. Je peux vous aider à coincer cet enfoiré ?
- Attendez, malgré tout le respect que nous vous devons, nous n’avons hélas pas de preuve que n’êtes pas impliqué
, lança Naomie, un peu gênée.
- Vous croyez que je serai assez bête pour braquer les projecteurs sur Kate, alors que je garde son existence secrète depuis tout ce temps ? répondit sèchement Stearns. De plus, celle-ci est pourvue des meilleurs anti-virus et elle peut elle-même lutter contre ces derniers de l’intérieur, et même traquer le pirate. Nous pouvons vous aider.
- C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un simple virus
, répondit Isaac en joignant les mains d’un air sérieux. Le pirate s’est infiltré dans tout le réseau du bâtiment, et semble être capable de prendre possession de tout appareil électrique ou connecté…
- Porygon-Z
, lança Stearns en soupirant.
- Pardon ? s’étonna Isaac.
- Avant que nos fonds ne soient bloqués par la Sylphe, nous travaillions sur le Projet Porygon, pour créer des mises à jour du Pokémon, lança-t-il. Mais je n’étais pas le seul à détourner des fonds… Ce vieux lascar de Pluton faisait de même, mais pour créer une version pirate de Porygon.
- Pluton ?
répéta Stephen. C’est vraiment son nom ?
- Je ne pense pas, mais il n’aime pas qu’on l’appelle autrement. J’ai appris par la suite qu’il avait eu des liens avec des mouvements terroristes… Mais ce qu’il cherchait à faire avec Porygon, ou plutôt sa version, Porygon-Z, ressemble beaucoup à ce que vous me racontez… Je sais qu’il travaillait sur Motisma, pour comprendre comment ils prennent le contrôle d’appareils ménagers divers…
- Voilà qui parait bien plus pertinent
, lança Billy. Je vais voir si on peut le trouver quelque part…
- Je peux venir avec vous ?
demanda Stearns, insistant. Kate est peut-être capable de réparer les dégâts au Ministère… Et de vous aider à le coincer…
- Bon…
hésita le Major. C’est plus prudent de vous avoir à l’œil pour le moment, j’imagine… Bien, venez.

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Le Colonel Cornell était sur les nerfs. Il attendait les résultats de l’opération en cours qui visait à remettre la valise remplie de billets au pirate, tout en parvenant à localiser ce dernier. Trouver l’argent n’avait pas été simple, le Ministre des Finances s’étant montré très réticent. La Table Ronde avait d’ailleurs dû intervenir pour lui forcer la main. Mais le Colonel avait aussi beaucoup peiné à trouver tous les hommes nécessaires. En temps normal, il n’aurait eu besoin que d’une poignée de militaires ou de policiers, mais il avait dû réquisitionner pas moins de 80 personnes afin de surveiller les seize lieux mentionnés par le pirate. Il était toujours à Féli-Cité, dans un hangar qu’ils avaient transformé à la va-vite en QG de remplacement, en compagnie d’Aldebert, Stephen et Elodie. Les deux vieux parlaient entre eux dans leur coin tandis qu’Elodie aidait le Colonel à prendre des nouvelles régulières de chaque équipe. Naomie et Billy avaient été envoyés aider les troupes du Colonel Hesse sur place, tandis qu’Isaac était reparti avec Mr Stearns dans les bâtiments corrompus.

Les choses tournaient en rond depuis déjà plus d’une heure. Le Colonel était à cran, avec une pression sans précédent sur les épaules. Si le pirate leur échappait, il aurait toute la Table Ronde sur le dos. Leurs réactions quant aux dernières nouvelles de l’affaire ne laissaient rien présager de bon.

- Equipe numéro 4, toujours rien ? demandait-il pour la vingtième fois.
- Négatif, répondait le militaire ou l’agent chargé de la communication.
- Je vous recontacte. Equipe numéro 5 ?

Et ainsi de suite. Elodie, elle, paraissait plutôt s’ennuyer à mourir. Elle était chargée de la communication avec la ville de Joliberge et Feli-cité, qui restaient relativement proches. C’était dans la première que se trouvait le Major, tandis que la seconde était sous la surveillance du Colonel Hesse. Mais il n’y avait toujours rien de spécial et, pour ne pas tomber endormie, l’ingénieure lançait parfois une petite plaisanterie, et le Major enchainait.

- Hey, Billy, tu sais quel Pokémon est le moins performant ? Pyroli, parce qu’il…
- Mademoiselle Ross, je vous prierai de reprendre votre travail de manière sérieuse
, lança le Colonel Hesse depuis son appareil. RàS de notre côté…
- Oups !
s’écria-t-elle, toute rouge. Je suis désolée, Colonel, je …

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle fut interrompue par un juron du Ministre.

- Comment ça, la valise n’est plus là ? s’écria-t-il en colère.
- Je vous jure, Mr Cornell, on a rien vu venir… balbutia un policier au téléphone. On s’est éloignés pour régler un incident avec une tondeuse à gazon et…
- Une tondeuse à gazon ?
répéta Cornell, hargneux. Vous êtes des policiers, pas des jardiniers !
- Mais Monsieur, des gens sont venus se plaindre parce que cet appareil fonçait sur les passants…
- Quand bien même, vous étiez en mission, bande d’abrutis !
répliqua Cornell en raccrochant avant de lancer son Pokématos par terre.

Il fallut quelques instants au Colonel Cornell pour se calmer. Il était très en colère d’avoir perdu la seule piste qui lui semblait pertinente. Maintenant, il allait devoir ratiboiser l’entièreté de la ville de Charbourg, en espérant que le pirate s’y trouve encore. Il était en train de rappeler les autres équipes pour les prévenir qu’ils pouvaient récupérer leur valise et revenir quand Isaac et Stearns arrivèrent.

- Ha, Holley, dites-moi que vous avez une bonne nouvelle à m’annoncer… lança-t-il en se mordant la lèvre.
- Le réseau de Ministère est bien infecté par une forme inconnue de Porygon, lança Isaac.
- Et vous avez réussi à nous en débarrasser ? demanda le Ministre, appréhendant la réponse.
- Il faudrait agir depuis la source du mal elle-même pour cela, lança Stearns. Kate est capable de le freiner, mais pas de l’éliminer. Par contre, je confirme qu’il s’agit bien de l’œuvre de Pluton. Du moins ça y ressemble beaucoup.
- Sauf que le susnommé Pluton est un fugitif depuis le démantèlement de la Team Galaxie
, grommela Cornell. Et ce salopard est parvenu à se procurer la rançon sans se faire repérer.
- Où était-ce ?
demanda la voix du drone.
- Heu… à Charbourg… répondit le Colonel visiblement surpris de la prise de parole de l’appareil.
- J’ai peut-être une solution, lança la voix de fillette.

Posté à 13h31 le 18/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 54, l’année du Constat (2/2)



Pour arriver jusque Safrania, les évadés avaient suivi le Professeur Neville. Celui-ci les avait d’abord guidés à travers les égouts, dont il avait fait sa base secrète depuis son arrivée en ville. Il leur avait distribué à chacun des armes semblables à la sienne, des lances rétractables, simple à transporter, ainsi qu’un Pokémon à chacun. Il leur avait ensuite donné plusieurs consignes, dont la principale était de s’attaquer en priorité aux alentours des locaux de la Sylphe. Beaucoup d’employés logeaient en effet à proximité. Il leur avait aussi donné quelques adresses qui abritaient de hauts cadres de l’entreprise.

Malheureusement pour eux, le Ministère de la Justice avait été très réactif. Ils étaient à peine sortis dans les rues que la Police et des membres de l’Armées débarquaient dans tous les coins de rue pour faire le ménage. Il avait alors été décidé de se séparer au maximum, afin de rendre la tâche des autorités plus difficile.

Georges McCartney, un ancien journaliste qui avait été enfermé 10 ans plus tôt après s’être emparé de documents douteux, s’était dirigé vers la maison de Dorothéa Crowfoot. Mal lui en pris, car il était arrivé juste après Elodie, Billy et Naomie. Si l’ingénieure était rentrée pour donner sa combinaison à son frère, les deux militaires étaient restés dehors pour monter la garde. C’est Naomie qui le repéra en premier, et elle envoya directement ses Apitrini à sa poursuite. L’ex-journaliste essaya de les éloigner à l’aide de sa lance, mais fit finalement appel au Cliticlic que lui avait prêté son libérateur. Ce dernier envoya des rouages sur les Insectes, qui finirent par s’écarter. Mais, malheureusement pour lui, ces derniers n’étaient qu’une distraction et deux Arbok faisaient désormais face au Pokémon Acier, sous les ordres du Major Campbell.

Les deux serpents dressaient leurs collerettes d’un air menaçant et le regard de Cliticlic passait de l’un à l’autre, comme s’il ne savait lequel choisir. Finalement, l’un d’un se jeta sur lui, tandis que l’autre, avec une rapidité surprenante, lui passait à côté. Zoroark reprit finalement sa véritable forme et courut vers McCartney, qui essaya de l’atteindre avec sa lance. Mais alors qu’il tentait de l’embrocher, le Pokémon fit subitement un bond prodigieux et, toujours en l’air, expulsa une gerbe de flamme depuis sa gueule. McCartney, surpris, lâcha son arme pour se protéger du feu. La chaleur l’obligea à reculer de quelques pas, mais il reçut ensuite un choc dans le dos. C’était l’un des Ninjask de l’Agent Fleming, qui avait contourné rapidement la scène du combat pour se retrouver derrière le fugitif. Il retomba lourdement par terre et, avant qu’il puisse réagir, il sentit les menottes se refermer autour de ses mains.

- Bien joué, Nao ! s’écria Billy
- C’est Lieutenant ! s’écria-t-elle, presque par habitude, tandis que le Cliticlic chutait à son tour, épuisé par Arbok et les autres Pokémon Insectes qui s’en étaient mêlés. Qu’est-ce qu’on fait de lui ?
- On va l’escorter vers un combi de police qui s’occupera de lui, puis on y retournera pour les autres.
- Hey, vous nous avez pas attendus, à ce que je vois !
s’exclama une voix derrière eux.

Elodie, son Métamorph sur les épaules, accourait vers eux, en compagnie d’Isaac, qui avait revêtu sa Combinaison. Tout en noir, avec un casque de la même couleur qui lui recouvrait la tête, l’informaticien ressemblait beaucoup à un motard. Si Billy y avait d’abord trouvé un bon sujet de plaisanterie, il avait finalement abandonné l’idée de rire de l’accoutrement, tant celui-ci était performant. Isaac avait en effet retravaillé la Combinaison Booster du professeur Xanthin, afin de l’adapter à sa taille et de profiter de meilleurs réflexes, ainsi que d’énormément d’avantages physiques. Même s’il pensait avoir encore bien des choses à y améliorer, sa combinaison était déjà extraordinaire.

- Steph’ est resté à l’intérieur, lança-t-il d’une voix très étouffée par le casque. Si quiconque entre, il se prendra Ursaring dans la seconde.
- Ok, ça vaut mieux
, lança Billy. Vous restez dans le coin, le temps qu’on amène cet énergumène chez les flics ?
- Pas de souci
, lui répondit Elodie en s’étirant un peu. On surveille la zone !
- Parfait, à tout de suite !


Confiants envers ses coéquipiers, Billy n’avait aucune appréhension à les laisser se débrouiller sans lui. Il attrapa McCartney par l’épaule, le releva et le força à avancer, suivi de Naomie, sur le qui-vive avec ses Ninjask et ses Apitrini de sortie.

Il ne fallut pas longtemps avant qu’un nouveau fugitif ne se pointe. Il fut très vite repéré par les capteurs thermiques de la combinaison d’Isaac, qui abandonna Elodie sur place pour s’occuper de lui. Tout comme McCartney, Pierre Starr était armé d’une lance. Il était debout sur un Tarinorme, qui avançait très lentement. Ils avaient déjà croisé quelques policiers mais ces derniers avaient été paralysés par le Pokémon Boussole, qui ne s’était pas arrêté en lançant son Onde de Choc tout autour de lui.

Starr avait des cheveux très longs. Plutôt jeune, il était pourtant en prison depuis plus d’un an, pour ne pas avoir respecté plusieurs lois. Mais c’est surtout son intérêt manifeste envers des groupes terroristes comme la Team Plasma d’Unys qui avaient fait pencher l’opinion des juges à sa défaveur.

Isaac se dirigeait droit vers lui, avec une vitesse ahurissante pour son âge. En l’apercevant à la lumière des réverbères, Starr ordonna au Pokémon de lui tirer dessus. Il essaya d’abord un Luminocanon, mais Isaac n’eut aucun mal à l’esquiver. Comme il se rapprochait dangereusement, le Pokémon propulsa une nouvelle Onde de Choc. Sur sa tête, Starr était confiant, car il avait vu les policiers tomber comme des mouches sous la décharge électrique quelques minutes avant. Mais ce qu’il ignorait, c’était que la combinaison avait été construite de manière à absorber l’électricité pour s’en servir justement de source d’énergie. Loin d’être freiné par l’attaque, Isaac fit un grand bond et atterrit, en équilibre sur une jambe, sur le nez de Tarinorme. Surpris, Pierre Starr tenta de lui donner un coup de lance maladroit, mais fut simplement désarmé par un coup de son autre jambe. Il reçut ensuite un coup de poing et tomba par terre, tandis que Tarinorme se secouait pour se débarrasser d’Isaac. Une fois de retour au sol, celui-ci invoqua Fibonacci et Métang, pour qu’ils s’occupent du Pokémon Roche, et s’empara de la lance tombée. Starr se rendit immédiatement, tandis que Tarinorme était rapidement mis Ko.

De son côté, Elodie était restée en arrière. Elle baillait presque d’ennui. Soudain, du bruit provenant d’une ruelle attira son attention. Elle s’y faufila discrètement et ne tarda pas à tomber sur un autre détenu, en plein affrontement avec deux jeunes policiers.

Ces derniers semblaient très mal embarqués. Leurs Pokémon étaient à terre, vaincus par le Kabutops dirigé par l’homme. Ce dernier répondait au nom de Fred Harrison. Il avait été jugé coupable dans une affaire d’espionnage industriel envers la Sylphe et nourrissait contre cette dernière une profonde rancune. Très barbu, il paraissait aussi assez malade, et ne cessait de tousser entre chaque ordre qu’il donnait au Kabutops. Malgré cela, il était venu à bout des deux policiers, qui semblaient très peu rassurés.

Le Kabutops se dirigeait maintenant vers les deux hommes avec un air inquiétant. Elodie, qui venait d’arriver derrière Harrison, se figea. Trop concentré sur leur affrontement, personne ne l’avait remarquée. Son Métamorph descendit de ses épaules et elle se concentra. Le Kabutops était en train d’aiguiser ses lames quand, soudain, une poubelle fut projetée sur lui, l’écrasant contre un mur. Harrison, entre deux quintes de toux, s’étonna de la scène avec un juron. Il s’avançait avec sa lance pour terminer le boulot, mais glissa subitement sur une matière visqueuse à ses pieds. Il tenta de se relever, mais Métamorph était déjà en train d’étendre son corps pour l’empêcher de bouger convenablement.

De son côté, Kabutops était en train de se débarrasser de la poubelle, à la fois étourdis et en colère. Mais les deux policiers s’étaient ressaisis et il faisait désormais face à un Magnéti et un Elektek. Le combat reprit, sous les bruits de toux d’Harrison, qui fut finalement assommé par Elodie et l’une de ses Ccé à molette. Elle envoya son Métamorph prêter main forte aux policiers et, bientôt, le Kabutops tomba de fatigue.

Elle retrouva Isaac, qui maintenait Pierre Starr captif, devant la maison de Dorothéa et Stephen. Elle avait été suivie par les deux jeunes agents des forces l’ordre, qui portaient Harrison, toujours dans les pommes.

- Pas de problème ? demanda-t-il en les voyant arriver.
- Aucun souci ! clama-t-elle. Faudra juste faire attention à celui-là, j’espère que je n’ai pas tapé trop fort, déjà qu’il est surement très malade…
- J’ai reçu un message de Billy, pendant que t’étais partie. Le ménage avance bien, il ne doit rester que trois ou quatre criminels en liberté. Mais ils n’ont pas encore réussi à attraper Neville.
- Hé bien, on s’amuse bien, à ce que je vois…


Ils se retournèrent. Dorothéa était sortie de sa maison, toute emmitouflée de son écharpe et de son vieux poncho. L’air inquiet et aux aguets, Stephen se tenait juste derrière elle.

- Stephen m’a expliqué ce qu’il se passait, lança-t-elle. Heureusement que je peux compter sur mes amis pour me garantir la sécurité… Qu’est-ce que je ferai sans vous, mes enfants…
- On ne voulait pas te déranger, Doro
, lança Isaac. Tout c’est bien passé, tu as eu le temps de lire ce que tu voulais ?
- Oui, j’ai eu tout juste le temps de parcourir les dossiers qui me préoccupaient, merci encore, Isaac.
- Et… donc ?
demanda-t-il d’une voix hésitante.
- Donc… Il n’y a rien, soupira-t-elle en arborant quand même un sourire rassuré. Il n’y avait aucun dossier compromettant.

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Les plus grands affrontements avaient eu lieu dans la rue des bâtiments de la Sylphe. Ils avaient été presque une dizaine d’évadés à s’y retrouver. Malheureusement pour eux, la Police avait été très réactive et s’y était aussi rassemblée pour faire face à la menace. Les combats étaient cependant restés assez égaux jusqu’à l’arrivée de deux hommes.

Le Ministre de la Justice lui-même s’était déplacé. Accompagné de Scalproie et Mackogneur, le Colonel Cornell avait rapidement fait basculer la balance du côté des forces de l’Ordre. Commandant ses hommes d’une main de fer, il avait réussi à provoquer la fuite des fugitifs après avoir mis leurs Pokémon KO. Mais en rebroussant chemin, ils avaient rapidement dû faire face à un second problème. L’Amiral Arthur Weiss, toujours prêt à donner un coup de main, les attendait en compagnie de son Capidextre, son Arcanin et son Tentacruel. Il avait toujours sa fameuse main disproportionnée, qu’il cachait sous son uniforme, lui donnant l’air d’avoir le bras en écharpe. Ainsi acculés, les hommes s’étaient décidés à foncer dans le tas, espérant ainsi avoir une chance de s’enfuir. Mais même avec un bras en moins, l’Amiral les avait rapidement maitrisés, en brûlant l’un ou l’autre ou passage, pendant que les derniers lâchaient leurs armes sous la menace de Capidextre et Tentacruel, tous les deux formés à l’escrime par leur dresseur.

- J’ai huit points! lança-t-il fièrement à son ami qui se rapprochait.
- Ce n’est pas un concours, maugréa ce dernier, l’air très sérieux, alors qu’il se rapprochait, escorté par ses Pokémon et quelques policiers. Il me semble que tu en oublies un.

Le Colonel montrait un homme en tenue de prisonnier, tenant la lance à deux mains l’air un peu effrayé, qui s’était plaqué contre la vitrine d’un magasin. Benjamin Lennon n’était âgé que de trente ans environ. Accusé du meurtre d’un supérieur, cet ancien employé de la Centrale de Kanto avait toujours clamé son innocence, là où les autres abandonnaient rapidement. Il était persuadé d’être victime d’un coup monté. Partisan de la non-violence, il avait vu en l’arrivée du professeur Neville une chance de sortir de l’enfer du pénitencier. Mais il avait vite déchanté quand on lui avait mis une arme dans les mains et imposé un Pokémon pour tuer des gens de Safrania. Il était resté très discret, suivant le groupe en silence, avant de se retrouver coincé dans les combats. Alors que tous ses anciens voisins de cellules étaient tombés ou s’étaient rendus, il regardait avec appréhension les militaires discuter de son sort. Il déglutit, imaginant le pire, et décida de lâcher sa lance avant de lever les bras, en signe d’abandon. Il préférait se rendre plutôt que d’être blessé, voire pire.

Constatant cela, le Colonel attrapa les menottes d’un policier et se dirigea vers lui. Lennon le regardait avec un air résigné et se rapprocha à son tour. Soudain, Marcus Cornell sentit quelqu’un l’attraper par les épaules et le pousser en arrière. La surprise fut telle qu’il tomba à la renverse, constatant au passage qu’il devait sa chute à son ami l’Amiral. Il allait le sermonner violemment quand, soudain, il entendit les bruits d’une explosion toute proche et se sentit à nouveau poussé dans le même sens. Lorsqu’il se retourna enfin, il put voir un petit cratère dans le sol pavé, au centre duquel gisait le corps, désormais sans vie, de Benjamin Lennon.

- Je crois qu’on a encore un dernier invité, grommela Arthur Weiss en se triturant la moustache de sa main normale.
- Neville… marmonna le Colonel en se relevant, juste assez fort pour que seul son ami puisse l’entendre.

Tout au bout de la rue, l’ancien scientifique des Plasma les fixait d’un regard dur, presque mécontent, sa lance en main. Juste à côté de lui, le Pokémon qu’il avait lui-même créé, Genesect, se tenait sous sa forme dépliée. C’était lui qui avait tiré le rayon d’énergie qui avait provoqué tant de dégâts.

- Repliez-vous ! cria le Colonel à ses hommes. Ne laissez intervenir que des membres de l’Armée !
- Alors, toi, moi, et un terroriste, comme au bon vieux temps ?
demanda Weiss en arborant un sourire confiant tandis qu’il dégainait son sabre.
- On peut dire ça comme ça, répliqua le Colonel. Ils ne sont pas formés comme nous pour ce genre de situation, et ce gars-là est un coriace. Puis, tu veux que je te dise ?
- Que je suis le meilleur ?
- Non. Il vaut 10 points, et c’est moi qui vais gagner.


Sur ce, le Colonel s’élança en direction du terroriste, suivi de près par ses deux Pokémon, laissant l’Amiral sur place quelques secondes avant qu’il ne réalise ce qu’il venait de dire. Pour le rattraper au plus vite, ce dernier monta sur son Arcanin et ordonna à ses Pokémon de le suivre.

A l’autre bout de la rue, Neville eut un petit sourire. Même s’il n’était pas sur sa liste de base, tuer un Ministre ne devait surement pas arranger le Professeur Higgs. C’était du moins ce qu’il pensait à ce moment précis, persuadé que les gouvernements étaient tous impliqués. Aussi n’hésita-t-il pas à lancer son Pokémon à sa poursuite. Genesect bondit aussitôt et, depuis les airs, bombarda les deux militaires de ses tirs de TechnoBuster.

Il en fallait plus cependant pour effrayer deux militaires qui aveint été entrainés par le Général Pasteur et son Foretress. Ils avaient été formés à esquiver les tirs d’un Pokémon comme celui-ci, même si ceux de Genesect étaient certainement bien plus puissants que ceux qu’ils avaient subis lors de leurs entrainements. Aussi, malgré de puissantes rafales d’énergie pure, les militaires étaient tout juste ralentis.

Constatant qu’ils se rapprochaient dangereusement, le Professeur Neville se mordit les lèvres. Il siffla pour rappeler Genesect au sol, pour qu’il fonce sur le Ministre, et se prépara à réceptionner l’Amiral et son Arcanin avec sa lance. Mais alors que Genesect chargeait le Colonel, ce dernier s’arrêta brusquement, laissant son Mackogneur lui passer devant. C’est le Pokémon qui se prit la collision de plein fouet. Malgré sa musculature impressionnante, le choc avait été violent, et le Pokémon Combat alla jusqu’à plier un genou au sol. Mais il n’était pas pour autant vaincu et s’était saisi de Genesect avec ses quatre puissants bras. Puis, comme la créature artificielle semblait charger un nouveau tir, il le balança en arrière, droit vers Arthur Weiss et ses Pokémon.

Aussitôt, l’Arcanin de l’Amiral déversa sur lui un torrent de flammes chatoyantes. Genesect parvint à freiner son élan à l’aide d’un de ses réacteurs, mais ne put échapper à l’insupportable chaleur du feu. Il poussa un cri déchirant, comparable à des engrenages mal huilés qui grinçaient, et tenta de s’échapper. Mais il était désormais encerclé, non seulement par l’Amiral, mais aussi par Tentacruel et Capidextre, chacun d’eux pointant un ou plusieurs sabres vers lui. Encore étourdi par les brûlures, Genesect ne fut pas assez rapide pour échapper à leurs assauts. Heureusement pour lui, les coups de lames n’étaient pas très efficaces sur son corps de métal et les armes blanches se heurtaient dans un cliquetis métallique. Se ressaisissant, Genesect utilisa ses bras, tout aussi acérés que les armes, pour faire reculer Capidextre et Tentacruel. Arthur Weiss aperçut alors ce qu’il prit pour une légère faille dans l’armure du Pokémon. Il allait frapper en plein dedans, mais Genesect se retourna et, vif comme l’éclair, brisa l’arme de son adversaire. Le choc était si violent que l’Amiral en tomba par terre, obligé de se retenir avec son autre main. Il était dos au sol et Genesect se penchait vers lui, le canon sur son dos se mettant à rayonner dangereusement. Sans plus réfléchir, l’Amiral planta dans l’ouverture du canon ce qu’il lui restait de sa lame. Genesect en fut surpris, recula, puis une petite explosion retentit.

De son côté, Neville se préparait à intercepter le Colonel. Il ne regardait sa création que d’un air distrait, pas très rassuré de la voir ainsi peiner face au moustachu. Mais au moins, le Ministre, lui, n’était pas armé. Même en tant que militaire entrainé au combat, il n’aurait pas la moindre chance d’échapper à sa lance. Il s’apprêtait d’ailleurs à le transpercer, dès qu’il serait à portée.

Il allait bientôt arriver assez proche de lui quand, soudain, il sauta en l’air. Neville eut d’abord un air satisfait devant cette action, estimant qu’ainsi, il ne pourrait pas esquiver son coup. Mais lorsqu’il vit, glissant au sol sur ses genoux, le Scalproie passer sous son dresseur et se relever, les bras en ciseaux pour bloquer la lance tendue, il poussa un juron, les yeux écarquillés. Son arme était désormais bloquée par le Pokémon qu’il n’avait pas vu arriver. Le Colonel, quant à lui, atterrit sans souci, passa à côté de son Pokémon et, avant d’avoir le temps de dire quoique ce soit, asséna un prodigieux coup de poing au Professeur Neville, qui en lâcha son arme sous la douleur et la surprise.

Désarmé, le fugitif recula de quelques pas, l’air désappointé. Le Colonel s’était saisi de sa propre lance, qu’il faisait tourner entre ses doigts comme une majorette, comme pour l’humilier un peu plus. Genesect, lui, était toujours debout, mais titubant un peu tandis que Weiss et ses Pokémon l’encerclaient à nouveau, prêts à l’achever.

- Rendez-vous, Neville, ordonna le Colonel d’une voix autoritaire. C’est terminé pour de bon, cette fois.
- Terminé ?
répéta Neville, haletant. Ça ne fait que commencer !

Soudain, il sortit une sorte de sphère de sa poche et la lança contre le sol. Aussitôt, une fumée verdâtre s’en échappa, recouvrant tout dans un périmètre de plusieurs mètres. Le gaz avait une odeur nauséabonde et piquait les yeux. Pris dans le nuage, le Colonel tenta de s’en échapper en toussotant. Soudain, il sentit quelque chose agripper la lance et tirer pour se l’approprier. Le Ministre riposta en donnant un coup de coude et essaya d’assommer Neville avec l’arme. Mais il sentit soudain que cette dernière semblait bloquée par quelque chose et il entendit un cri de douleur pas très loin de lui. Comprenant qu’il l’avait touché avec le tranchant de la lame par erreur, il essaya de sortir du nuage de fumée, prêt à appeler les secours en attendant que le panache de fumée ne se dissipe. Mais en sortant de là, il sentit quelque chose passer à côté de lui à toute vitesse. Lorsqu’il eut enfin une meilleure vision, il découvrit que Neville s’enfuyait, assis en tailleur sur le Genesect qui avait repris sa forme de planche, en se tenant le flanc de ses mains.

- Raté pour tes dix points, je gagne toujours, lança Weiss d’un air sombre en le regardant aussi s’enfuir.
- Il n’ira pas bien loin, je l’ai blessé, répondit le Ministre, l’air contrarié. Contactez tout le monde, je veux qu’on l’attrape !

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Le Professeur Neville enrageait. Il avait sous-estimé la réactivité du Ministère de la Justice. Il n’avait pas envisagé que l’Armée soit appelée si vite et qu’autant de moyens seraient mis en œuvre pour les arrêter. Du peu qu’il avait vu, ses comparses avaient à peine blessé des cibles. C’était un échec total.

Il était toujours sur Genesect, maintenant son flanc d’une seule main. Il avait eu mal sur le moment, mais estimait que la blessure était superficielle. La lame n’avait pas dû toucher d’organes. Il pestait contre sa propre bêtise à foncer sur l’occasion. S’en prendre à un militaire armé sans l’être soi-même, même en l’ayant aveuglé, c’était une vraie folie. Il avait fait un détour exprès pour récupérer une de ses lances auprès d’un fugitif mort d’une autre rue. Au moins ne ferait-il plus la même erreur.

Maintenant, il devait fuir. Il connaissait les égouts de Safrania presque par cœur. Il savait par où il devait passer pour rester discret. Certes, vu sa blessure, ce n’était pas le lieu idéal, mais il n’avait pas vraiment d’autre choix s’il voulait rester libre de continuer ses machinations.

Il sentait aussi que Genesect avait bien souffert de son combat. Malgré qu’il n’ait pas perdu en vitesse, il penchait légèrement sur la droite en volant. Il faudra qu’il l’inspecte, une fois à l’abri, pour voir ce qu’il pouvait faire pour le soigner. Malgré leur échec, il restait assez fier de sa création. La puissance de ses tirs était redoutable.

Ils déambulaient tous deux dans les rues de Safrania, silencieusement. Soudain, en passant devant une ruelle, le Professeur crut reconnaitre quelqu’un. Il arrêta la course de son Pokémon et lui fit faire demi-tour, afin de s’assurer de ce qu’il avait vu. Il faillit laisser s’échapper une exclamation de surprise en constatant qu’il ne s’était pas trompé.
Devant lui, regardant une affiche sur un mur d’un air distrait, se tenait un jeune homme d’environ 25 ans. A ses habits et sa casquette rouges, le jeune homme était très reconnaissable pour quiconque avait un minimum de culture générale. Il s’agissait, sans aucun doute possible, de Red, le Maitre de la Ligue de l’Etat de Kanto-Jotho. Le plus jeune dresseur connu à avoir obtenu ce titre, un génie du combat Pokémon et une véritable célébrité. Et il était là, devant lui, ne l’ayant même pas remarqué. Seul. Sans défense.

Un grand sourire s’étala sur le visage du Professeur Neville. C’était une occasion à ne pas manquer. Si Red n’était pas un employé de la Sylphe, il savait que ce dresseur légendaire était souvent aperçu en compagnie du Professeur Higgs. Décidant de profiter qu’il ne l’ait pas remarqué, il attrapa la lance qu’il avait récupérée sur un cadavre. D’une caresse, il fit comprendre à Genesect qu’il allait devoir foncer le plus vite possible. Red n’aurait pas le temps de réagir, quelle que soit la hauteur de ses talents.

Ainsi, Genesect s’élança. Le Professeur maintenait la lance à deux mains, ignorant le sang qui coulait à son ventre, prêt à transpercer le dresseur. Son sourire victorieux s’élargissait au fur et à mesure qu’il se rapprochait. Encore quelques mètres, et il l’aurait embroché.

Soudain, Red tourna la tête dans sa direction. Il regardait Neville avec un regard absent, presque fatigué. Le Professeur y vit un signe encourageant. Sa cible n’avait même pas remarqué qu’elle était en danger !

Et puis, brusquement, alors que la pointe de sa lance était à une trentaine de centimètres de la gorge du Maitre, il sentit que quelque chose clochait. Plus rien ne bougeait, comme si le temps était figé. Il n’arrivait même pas à changer un simple trait de son visage, ne serait-ce que pour exprimer sa surprise.

Finalement, Red poussa un soupir et tourna son regard vers le toit des maisons derrière le professeur. Il semblait observer quelque chose qui, d’après son regard, se rapprochait petit à petit, silencieusement. C’est quand Neville sentit une présence écrasante derrière lui qu’il comprit ce qu’il lui arrivait.

- Beau travail, partenaire, lança Red en baillant. Mais la prochaine fois, ce sera toi l’appât.
- Je ne suis pas sûr que Mr Higgs soit d’accord
, répondit une voix grave derrière Neville. Que devons-nous faire de lui ?
- Mr Higgs voulait surtout récupérer son prototype
, répondit Red en tapotant sur le Genesect, lui aussi figé en plein mouvement. Je suppose qu’il parlait de cette chose…
- Qu’est-ce que c’est ?
demanda la voix.
- Un Pokémon artificiel d’une puissance exceptionnelle, répondit le Maitre avec un brin de malice dans la voix. Ça ne te rappelle rien ?

Un silence pesant s’installa. Neville aurait voulu s’enfuir, se débattre, hurler, mais il était incapable de faire quoique ce soit. Finalement, Red éclata de rire.

- Ne t’inquiète pas, Higgs n’a aucune envie de te remplacer. Tu es l’Elu de Dieu. Ces Pokémon sont moins performants que toi. Je pense plutôt qu’ils t’aideront dans ta tâche, puisqu’on ne pourra pas être partout à la fois, une fois que tout sera fini.
- Tu dois avoir raison… Et que faisons-nous du Professeur Neville ?
- Bonne question, je vais demander !
s’exclama Red en attrapant son Pokematos.

Il composa un numéro sur son appareil et, après quelques secondes qui parurent des années pour le fugitif paralysé, on répondit à son appel en haut-parleur.

- Mon très cher Red ? lança une voix que Neville connaissait bien. Que me vaut votre appel ?
- On vient de réceptionner le prototype
, répondit Red en souriant. On a aussi le créateur, que voulez-vous qu’on en fasse ?
- J’aurai bien souhaité le voir collaborer avec nous, comme je lui avais proposé…
, répliqua la voix avec un soupçon de regret. Mais en vue de ces derniers jours, je suppose qu’il ne le souhaite pas. Tuez-le.

Aussitôt, le Professeur sentit son dos se courber en arrière, sans qu’il ne puisse rien y faire. Il entendait ses os craquer alors qu’il commençait à pouvoir regarder derrière lui, l’image perçue par ses yeux étant retournée. Il eut tout juste le temps d’apercevoir le visage de la créature violette qui, plus grande qu’un homme, exerçait son emprise psychique sur lui. Puis, finalement, il sentit son cou se briser et retomba, telle une pitoyable poupée de chiffon, par terre, sans vie. Sur le moment, le Genesect sembla se débattre, parvenant à laisser s’échapper une petite plainte, mais Mewtwo accentua son emprise pour le calmer.

- C’est fait ! s’exclama le dresseur. Je m’occupe de tout ici, et mon partenaire vous amène votre colis.
- C’est parfait, mon très cher Red
, répondit le Professeur Higgs. A très bientôt.

Le vieil homme raccrocha. Il poussa un grand soupir de soulagement. S’il n’avait jamais considéré le Professeur Neville comme une menace, il avait craint de voir Genesect lui filer sous le nez. La production de ce Pokémon était quasiment prête, mais il restait encore pas mal de réglages à ajuster. Et avec l’original en état de marche, ils avaient maintenant tout ce qu’il fallait.

- Hé bien, on dirait que vous en avez terminé avec notre ami commun ? fit remarquer une voix en ricanant.
- C’est effectivement le cas, Mr Cushing, répondit le Professeur Higgs en rangeant son appareil dans la poche de sa veste.
- Ho, je vous en prie, appelez-moi Lester !
- Qu’il en soit ainsi, mon cher Lester,
lança Higgs en s’éloignant déjà de la cellule de son interlocuteur. Gageons que notre collaboration à venir soit couronnée de succès. Mes agents seront bientôt là pour vous faire sortir d’ici.

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Naomie était dans ses petits souliers. Elle était assise en face du grand bureau de Dorothéa Crowfoot, la femme de son auteur préféré. Cette dernière l’avait discrètement convoquée pour une raison qui lui échappait encore. La Sous-Directrice l’avait fait s’asseoir et s’était absentée le temps d’aller chercher de quoi servir le thé. Si elle n’en était pas une grande amatrice, elle n’avait pas osé refuser. Elle fut rassurée de voir la vieille dame revenir avec le plateau et l’aida à le transporter en constatant qu’elle avait du mal à se déplacer. Celle-ci la remercia et s’installa ensuite en face d’elle, avant de pousser un profond soupir de soulagement.

- Prenez un Lava-Cookie, je les faits spécialement importer d’Hoenn, lança-t-elle à l’Agent Fleming en lui servant une tasse. J’adore ces biscuits.
- Merci
, répondit la militaire en se servant, un peu gênée.

Elle prit une croustillante bouchée de cookies, mais, malgré qu’elle en apprécie le goût, eut du mal à l’avaler. Elle se demandait toujours pourquoi une femme aussi importante que Madame Crowfoot l’avait convoquée. Cette dernière, malgré ses airs de grand-mère soucieuse, emmitouflée dans son poncho et ses écharpes, dégageait une certaine aura de force de caractère et d’intelligence.

- Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous ai invitée ici, tandis que mon mari est avec Aldebert et les autres à Carmin sur Mer ? demanda la vieille dame.

Naomie ne répondit pas, se contentant de hocher la tête. Comme pour justifier son manque de parole, elle attrapa la tasse encore très chaude, mais la garda en main, faisant tourner une cuillère à l’intérieur. En face d’elle, Dorothéa semblait la passer aux rayons X.

- Tout d’abord, j’aimerai m’assurer que vous conserverez le secret par rapport à ce que je vais vous dire ici, dit-elle d’un ton très sérieux. En aucun cas vous ne devrez en parler au reste de votre équipe, et encore moins à Aldebert et mon mari.
- Hum… sauf tout mon respect, madame
, commença-t-elle en fronçant les sourcils. Pourquoi voulez-vous garder cela secret ? Est-ce si important ?
- Aldebert et Stephen ont déjà une vie assez trépidante et dangereuse comme ça
, répliqua Dorothéa. Et c’est aussi le cas du reste de l’équipe. Je ne veux pas les impliquer dans cette dangereuse affaire. Ho, bien sûr, vous me direz, vous aussi, vous en faites partie. Mais vous n’avez pas le même passé que certains de vos plus proches collègues… Et puis, surtout, j’ai été très impressionnée par vos performances, hier, contre cet homme.

Naomie se sentit devenir cramoisie. Sans plus attendre, dans une tentative désespérée de cacher sa gêne, elle avala une longue gorgée de thé. Mais le liquide était si brûlant qu’elle crût bien qu’elle allait s’étouffer. Parvenant à se retenir de tout cracher et renverser, elle déposa sa tasse et se risqua à une petite quinte de toux. Une fois qu’elle eut repris contenance, elle regarda son hôte, qui la fixait avec un petit sourire apaisant.

- Je comprends, je garderai le secret, répondit finalement Naomie, une fois calmée. Qu’est-ce que vous voulez exactement ?
- Ce que j’attends de vous, mon amie, c’est que vous travailliez pour moi
, répondit Dorothéa après avoir bu à son tour une gorgée de thé. Contrairement à ce que j’ai affirmé à nos amis, j’ai découvert des choses sur le Professeur Higgs. Et j’ai besoin de quelqu’un qui, lorsqu’il sera en vacances ou en repos, ira espionner pour moi différents endroits. Afin d’agir ou de confirmer mes soupçons. Une personne de confiance et d’action. Et cette personne, ce serait vous.

Naomie Fleming resta à nouveau silencieuse, mal à l’aise, fixant la Sous-directrice. Elle était partagée entre la fierté d’avoir été choisie, mais aussi l’embarras à l’idée de cacher des choses à ses amis. Finalement, elle déglutit avant de répondre.

- Je … je ne sais pas si je suis la personne idéale pour ce travail… dit-elle, gênée.
- Je pense au contraire que vous l’êtes, mademoiselle Fleming, lui répondit doucement Dorothéa. Mais avant de prendre votre décision, laissez-moi vous montrer ceci…

Elle ouvrit un tiroir de son bureau et en sortit un dossier qu’elle tendit à Naomie. Celle-ci l’attrapa, laissant sa tasse de côté, et le feuilleta. Elle s’arrêta brusquement à une page centrale, les yeux écarquillés. Elle posa sa main devant sa bouche, comme horrifiée, avant d’adresser un regard interrogateur à Dorothéa. La vieille dame hocha la tête d’un air peiné et Naomie referma le dossier sur le champ.

- C’est pour éviter cela que j‘ai besoin de vous, poursuivit Crowfoot en constatant l’air perturbé du Lieutenant. Je ne veux pas les impliquer, mais à nous deux, nous pouvons empêcher cela.
- Dans ce cas, je vous suis
, répliqua-t-elle d’un ton décidé. Vous pouvez compter sur moi.

Posté à 13h28 le 18/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 54, l’année du Constat (1/2)



D'après Albert Einstein :
Le progrès technique est comme une hache qu'on aurait mis dans les mains d'un psychopathe.


Le bâtiment du département de la Justice de l’Etat de Kanto-Johto était basé à Celadopole. C’était là-bas que se réunissaient les hauts responsables en matière de Loi et de lutte contre tout type de criminalité. De la fraude fiscale aux faits violents, le Département avait toujours eu la réputation de ne rien laisser passer, d’être impitoyable. C’était aussi là-bas que se trouvaient toutes les archives du Département. Si les vieux documents étaient encore écrits, ils étaient de plus en plus numérisés et sécurisés pour que seules les personnes ayant une accréditation suffisante puissent y accéder.

Les personnes qui fréquentaient cet immeuble étaient de tous les bords. Grands avocats et Juges se côtoyaient, ainsi que les plus hauts responsables des services de police. On y retrouvait aussi de temps en temps des membres de la Police Internationale ou de l’armée, venus consulter des documents particuliers ou demander des autorisations. Mais tout ce petit monde était aisément reconnaissable en vue de leur accoutrement, des vestons et des tailleurs noirs, très strict, reflétant tout le sérieux derrière le travail qu’ils exerçaient.
Aussi chaque membre du personnel passant ce matin-là au troisième étage, et plus particulièrement dans une des petites salles d’attente, adressait un regard mêlant surprise et rejet aux personnes qui attendaient là.

Le Major Campbell était vêtu d’un T-shirt blanc à courte manche, ainsi que d’un short rouge, qui lui donnait plus l’air d’être moniteur dans un camp de vacances que militaire. Il portait d’ailleurs une paire de lunettes de soleil sur la tête, qui cachait à merveille son état de profond sommeil. A sa gauche, le lieutenant Fleming était rouge de honte et cachait son visage dans son grand bonnet rayé jaune et vert. Elle était déjà venue plusieurs fois ici lorsque son grand-père était Ministre et les regards désapprobateurs envers son allure la mettaient particulièrement mal à l’aise, alors qu’elle était pourtant parvenue à vaincre son attachement aux tenues réglementaires. De l’autre côté du Major endormi, Elodie était assise en tailleur, fixant du regard un tableau qu’elle essayait de décrocher à distance à l’aide de ses pouvoirs télékinésiques. Elle s’était faite une nouvelle colo pour avoir ses cheveux noirs Corboss. Isaac, lui, était en train de lire une sorte de manuel, accoudé sur ses propres genoux, lui donnant un air de bossu. Aldebert, enfin, sirotait un verre de Soda sur glace qu’il était allé se procurer au Centre Commercial avant de venir. Il était le seul à avoir fait un petit effort en mettant un nœud papillon rose. Il s’agissait en réalité d’une plaisanterie avec Stephen au sujet de leur dernière affaire, et il avait tout bonnement oublié de le retirer. L’écrivain, quant à lui, s’était absenté pour retrouver sa femme à Safrania.

Ils étaient là depuis près d’une demi-heure quand, enfin, un homme ouvrit une porte et appela le Major Campbell. Ce dernier ne réagit pas de suite, et il fallut que Naomie lui donne un coup de coude pour qu’il daigne se réveiller. Lorsqu’il comprit enfin ce qu’il se passait autour de lui, il se leva en sursaut et proposa au reste de l’équipe de le suivre, ce que ces derniers étaient déjà en train de faire. L’homme qui les avait appelés les observa un instant du même regard désapprobateur que les autres fonctionnaires, mais ne dit rien et s’écarta pour les laisser entrer dans le bureau de son supérieur, le Ministre et Colonel Marcus Cornell.

Ce dernier semblait très concentré sur un document. Il releva néanmoins la tête lorsqu’il les entendit arriver et leur adressa un sourire accueillant. Cependant, en apercevant le Major Campbell, son expression changea subitement. Il se renfrogna et se leva en fusillant son ancien lieutenant du regard.

- Qu’est-ce que c’est que cet accoutrement, Major ? rugit-il en guise de bienvenue.
- Colonel, désolé, Colonel ! répondit Billy en se mettant rapidement au garde-à-vous. Nous n’avons pas eu le temps de nous changer depuis notre mission à Alola, Colonel !
- Et depuis quand réalisez-vous vos missions sans l’uniforme adéquat ?
le réprimanda le Ministre d’un ton dur. Vous décrédibilisez l’Armée et vous me décrédibilisez moi, en tant que votre supérieur ! Et qu’est-ce que vous apprenez aux recrues, avec ça ?

Naomie, qui s’était elle aussi mise au garde-à-vous, semblait toute stressée. Elle se sentait comme un enfant pris en faute. Les autres regardaient la scène sans rien dire, même si Elodie avait actuellement beaucoup de mal à ne pas éclater de rire. Aldebert, enfin, semblait s’être rendu compte qu’il portait encore son nœud papillon et tentait de le retirer discrètement après avoir déposé son Soda sur le bureau du Colonel.

- Colonel ! Ça n’arrivera plus, Colonel ! clama Billy d’une voix forte.
- Heureusement que personne ici ne sait que j’ai été votre supérieur pendant des années, grommela-t-il. Je serais devenu la risée de mon propre Département…

Il se rassit et montra trois sièges aux non-militaires, pour qu’ils s’y installent. Le Major et le Lieutenant restèrent quant à eux debout, droits comme des piquets.

- Outre cela, je suis ravi de vous revoir, Professeur Caul, Mademoiselle Ross, Monsieur Holley… Si je vous ai convoqués ici, ce n’est pas seulement pour réprimander le Major mais bien pour vous parler de votre prochaine mission.

Tous approuvèrent d’un signe de tête. Même si c’était la première fois qu’ils étaient convoqués ici, la plupart de leurs missions leur étaient expliquées lors d’une entrevue avec un Ministre ou un haut gradé d’un certain Département. C’était une méthode un peu vieillotte mais qui garantissait souvent l’aspect confidentiel de leur travail. Le Colonel déposa plusieurs documents sur son bureau, afin qu’ils puissent les observer librement. Il s’agissait, pour la plupart de photos et d’extraits de caméra surveillance, ainsi que des listes de noms.

- Voici le Professeur Neville, dit-il en pointant du doigt une photographie d’un homme d’une quarantaine d’année, qui abordait un visage carré et froid, aux yeux bleus et aux cheveux noir, coiffés en une queue de cheval. C’est un ancien membre du groupe terroriste Team Plasma, qui a œuvré il y a quelques années à Unys.
- Ceux qui exigeaient la libération des Pokémon ?
demanda Isaac.
- Ceux-là même, confirma Marcus Cornell. Le groupe est tenace et a été démantelé à deux reprises mais nous ne pensons pas que le Professeur Neville en fasse encore partie.
- Et en quoi notre équipe est-elle sollicitée ?
demanda Elodie, interrogateur.
- Notre fugitif a été aperçu à Safrania ces derniers jours, continua le Colonel. Et pas pour y prendre une tasse de thé. En trois jours, il est le suspect principal de pas moins de 7 tentatives de meurtres, dont 4 réussies.
- Ouille, effectivement, ce n’est pas un rigolo
, dit Aldebert.
- Je ne vous le fais pas dire. Les noms de ses victimes se trouvent sur cette liste et ceux qui ont survécu sont sous surveillance policière H24.
- Mais en quoi pouvons-nous aider ?
questionna Isaac. Vous n’avez pas des équipes de police pour ce genre de chose ?
- Si, et ils sont sur le coup. Ce qui nous intéresse, c’est ceci.


Il prit une des photos et la tendit à l’informaticien. Ce dernier la rapprocha de son visage, tandis qu’Elodie et Aldebert se penchaient pour la voir aussi. Sur celle-ci, on pouvait voir le Professeur, armé d’une curieuse lance, debout sur une sorte de grosse planche de surf violette. Cet étrange équipement semblait doté d’un petit réacteur qui lui permettait de flotter à environ un mètre du sol à en croire l’image.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Isaac, interdit.
- C’est à vous de me le dire, répondit le Colonel. Il a avec lui un équipement assez spécial, et c’est pour examiner ce dernier que je compte sur vous. Et si en plus, vous nous aidez à le capturer, ce sera parfait !
- Un instant, Colonel…


Aldebert s’était vite désintéressé de la photo, au contraire d’Elodie qui semblait obnubilée par la curieuse machine. Il avait tendu le bras pour reprendre son verre de Soda quand il avait remarqué un détail sur la liste des victimes du Professeur Neville. Il s’en était donc saisi à la place, pour la regarder de plus près, confirmant ses doutes. Le Ministre le fixait, lui aussi, comprenant que le vieil homme avait mis le doigt sur un détail des plus importants…

- Quand comptiez-vous nous dire que toutes les victimes du professeur Neville… travaillent pour la Sylphe SARL ?

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Stephen et Dorothéa étaient assis face à face à une petite table de la terrasse du Noctali, un petit café de Safrania. Depuis que l’écrivain avait officiellement rejoint l’équipe, il était souvent parti en voyage et n’avait plus beaucoup de temps à consacrer à sa femme. Celle-ci, cependant, ne s’en voyait pas gênée, son poste au sein de la Sylphe SARL ayant toujours demandé beaucoup d’investissement de sa part. Elle comblait sa solitude par le travail et, malgré son âge avancé et les problèmes de hanche qui commençaient à se manifester, elle n’avait aucune envie de chambouler son quotidien. Néanmoins, ils profitaient d’autant plus de ces moments où ils étaient enfin ensemble, simplement pour discuter et partager les derniers évènements de leur vie, voir planifier de prochaines rencontres.

- Et avec Billy, pas de problèmes ? demanda Dorothéa après avoir bu une gorgée de café.
- Pourquoi y aurait-il un problème ? s’étonna Stephen. C’est un bon chef d’équipe, et on ne s’ennuie pas avec lui.
- Je ne sais pas, je pense que ça s'était mal passé le jour de votre rencontre, non ?
plaisanta sa femme en souriant, faisant référence à la prise d’otage de la Sylphe.
- Ha, oui… mais tu sais, ça date, il était jeune et puis… c’est franchement un chic type, tu sais ?
- Je m’en doute, c’est moi qui t’ai proposé de lui laisser une chance quand Aldebert l’a caché de l’Armée, tu te souviens ?
- Et comme toujours, tu as su voir les bons côtés en quelqu’un
, ajouta son mari. Petite futée.
- Et Al’, pas de rechute ?


Cette fois-ci, Stephen parut un peu embarrassé. Il eut un petit mouvement de recul et se saisit précipitamment de sa tasse, en renversant quelques gouttes, avant de la porter à sa bouche, comme pour s’accorder un petit sursit avant de répondre. Sa femme le dévisagea, haussant le sourcil droit. Son mari fut ensuite victime d’une petite quinte de toux, ayant avalé trop vite le liquide brûlant. Lorsqu’il se ressaisit, il regarda un instant sa femme, qui n’avait pas changé d’expression.

- Excuse-moi, ma douce, je crois que j’ai bu tr…
- Stephen, est-ce qu’Aldebert a repris des spores ?
- Ha ! Mais non voyons !
s’exclama Stephen en prenant un air faussement amusé. Tu penses bien, je le surveille pour que ça n’arrive pas et…
- Tu as toujours très mal menti Stephen
, l’interrompit Dorothéa en soupirant. Tu ne l’as pas assez surveillé, c’est ça ?
- Hum… c’est … plus compliqué que cela…
bredouilla l’écrivain. Disons que nous travaillons sur un projet assez complexe et …
- Un projet complexe, voyez-vous ça ?
répéta Dorothéa d’un ton irrité. Et donc ce projet justifierait l’usage de spores hallucinogènes, selon toi ?
- Heum, c’est sûr que dit comme ça, ce n’est pas très encourageant mais …
- Excusez-moi ? l
es interrompit une voix grave.

Ils se tournèrent tous les deux vers l’homme qui venait de parler. Il était grand, âgé d’une quarantaine d’année, et portait un long imperméable brun, ce qui surprit Stephen, car il faisait une température très agréable. Cet individu devait suer à grosses gouttes sous son accoutrement. Ses cheveux noirs formaient une queue de cheval. Il avait un visage carré et renfrogné, comme s’il était mécontent. Il fixait la vieille dame de ses yeux bleus ciel et cachait son bras droit à l’intérieur de son manteau.

- Je peux vous aider, jeune homme ? demanda-t-elle, surprise d’être ainsi accostée.
- Vous êtes bien Dorothéa Crowfoot, la sous-directrice de la Sylphe SARL ? demanda-t-il.

Stephen prit une expression étonnée. Il était habitué à être accosté par des inconnus qui reconnaissaient en sa personne l’auteur d’un livre qu’ils avaient aimé. Mais jamais sa femme n’avait eu le même traitement, du moins pensait-il. D’ailleurs, celle-ci semblait tout aussi perturbée d’être ainsi reconnue par un inconnu. L’écrivain soupira, pensant qu’il s’agissait surement d’un employé de sa chère et tendre et qu’il allait surement lui parler travail. Estimant que cela ne le concernait pas, il alluma son Pokématoss et profita de l’occasion pour voir de quelle mission l’équipe avait héritée. Isaac venait justement de lui envoyer un message avec tous les dossiers en précisant qu’ils venaient d’arriver à Safrania.

- Effectivement, c’est bien moi, répondit finalement Dorothéa, prise de court. Nous nous connaissons ? Je suis désolée, c’est peut-être l’âge, mais votre visage ne me dit rien.

L’homme ne répondit pas. Il se contentait de la fixer d’un regard sévère qui la mettait de plus en plus mal à l’aise. Son mari était en train de parcourir négligemment les dossiers de l’enquête. Soudain, il étouffa une exclamation de surprise et redressa la tête, l’air affolé. Au même moment, l’homme sortait son bras droit de sous son imperméable, dévoilant une sorte de manche métallique qu’il tenait de la main. Il exerça une pression dessus, suffisante pour que l’objet s’allonge subitement de part et d’autre, prenant la forme d’une lance à l’extrémité tranchante. Il eut ensuite un rapide mouvement, se mettant en position pour attaquer la vieille dame, qui ne comprenait rien à ce qu’il se passait sous ses yeux. Mais alors qu’il engageait un nouveau mouvement, dans le but de planter son arme dans le corps de la Sous-Directrice, un grand Ursaring se dressa entre elle et lui et frappa sur l’allonge de la lance pour la faire tomber par terre. Surpris, l’homme lâcha effectivement son arme et recula rapidement de quelques pas, apparemment agacé. Derrière le Pokémon, Dorothéa clignait des yeux, n’ayant aucune idée de ce qu’il venait de se produire. Stephen, lui, s’était levé et tenait toujours sa Pokeball en main. Autour d’eux, les autres clients du Noctali s’étaient levés en sursaut et la plupart s’était réfugiée à l’intérieur, tandis que les passants s’étaient arrêtés, hébétés par la scène.

- Pas touche à ma femme ! s’écria l’écrivain.
- Stephen, s’écria Dorothéa, toujours un peu abasourdie. Mais enfin, qu’est-ce qu’il se passe ?
- Tiens, attrape, tu comprendras mieux
, dit-il en lui lançant dans les mains son Pokematoss.

Sa femme ralluma l’appareil, qui s’était mis en veille, et poussa une exclamation de surprise. La première image sur laquelle elle tomba était le visage de l’homme et le document suivant expliquait de quoi il était accusé.

- Un vieillard qui se bat pour sa femme, c’est adorable, lança le professeur Neville d’un ton ironique.
- Je vais t’apprendre à respecter tes ainés, espèce d’assassin ! s’écria l’écrivain, en colère.
- Ouais, assassin, mais moi, au moins, je l’assume, riposta l’homme en attrapant une Pokéball.

Il invoqua un Magnéton, qui se manifesta immédiatement en utilisant Strido-son. Le bruit était si désagréable que Stephen se plaqua les mains contre les oreilles, et Dorothéa interrompit ce qu’elle était en train d’écrire sur le Pokématoss de son mari, à savoir un message d’appel à l’aide en précisant où ils se trouvaient. Ursaring non plus ne semblait franchement pas apprécier le vacarme provoqué par Magnéton. Aussi se précipita-t-il vers lui et le frappa avec Marteau-Poing. Le Pokémon fut projeté vers le sol, s’y cogna, mais riposta ensuite avec une attaque électrique à bout portant, faisant hurler la Bête de Vestigion de douleur.

Ursaring recula, visiblement un peu étourdi. Le Professeur Neville en profita pour exiger à son Pokémon qu’il recommence Strido-Son, et celui-ci s’exécuta. Les passants avaient tous fuit la zone pour ne pas être blessés et ne pas avoir à subir les désagréments de ce combat improvisé. Dorothéa s’était finalement levée, pour se placer derrière son mari, les mains plaquées sur les oreilles. Finalement, Ursaring reprit contenance et repartit à la charge.

Les deux Pokémon s’affrontaient, ripostant à chaque coup qu’ils recevaient. Puis, soudain, surgissant de derrière un immeuble, une sorte de planche de métal violet fila droit sur le Professeur Neville, flottant à environ 30 cm du sol. Celui-ci prit enfin une expression satisfaite et sauta adroitement dessus lorsque celle-ci passa devant lui, et s’y agrippa d’une main pour rester en équilibre, tel un surfeur sur une vague. La planche fit quelques mètres avant de faire subitement demi-tour pour se précipiter vers le couple. Stephen poussa sa femme par terre pour l’écarter de la trajectoire du terroriste, mais celui-ci se contenta de ramasser sa lance rétractable en passant au-dessus d’elle. Puis il répéta l’opération, filant de nouveau vers eux, mais en tenant son arme de son autre main, prêt à frapper.

Mais avant qu’il ne puisse se rapprocher de trop près, trois policiers et leurs Caninos débarquèrent, déversant vers lui un torrent de flammes. Le surfeur esquiva néanmoins adroitement les attaques en zigzaguant, s’éloignant tout de même de sa cible par la même occasion. Soudain, un Arbok et un Zoroark se dressèrent face à lui, fraîchement invoqués par un homme habillé comme s’il animait un camp de vacances. Il décida de changer à nouveau de trajectoire, mais, cette fois, ce fut un Chapignon et un Métang qui lui barrèrent la route. Cependant, aucun de ces Pokémon n’était assez rapide pour son curieux véhicule, et il les esquiva à nouveau, en s’élevant un peu plus haut.

Le professeur Neville se tenait toujours dans la même position, à quelques mètres du sol. En bas, ils étaient de plus en plus de policiers, sans compter quelques vieux et des citoyens en apparence ordinaire, à s’être regroupés. Il se renfrogna. Sa tentative de meurtre était compromise… Il rappela son Magnéton dans sa Ball et, sans demander son reste, il fit demi-tour et fila sur sa planche, entendant des cris de consternations derrière lui. Mais cela ne l’importait guère.

Le professeur Neville était confiant. Avec sa technologie, ils ne parviendraient pas à le rattraper. Il pouvait voler très vite et atteindre le haut d’un immeuble sans souci pour se cacher. C’était d’ailleurs son intention première et il se dirigeait vers l’un des buildings de la ville. Mais, subitement, des bruits de bourdonnement le firent sursauter. Lorsqu’il se retourna, il n’en crut pas ses yeux.

Une jeune femme coiffée d’un gros bonnet semblait voler droit vers lui. En réalité, elle avait sous les bras des sortes de brassards rattachés à des cordes qui étaient elles-mêmes reliées à deux Ninjask. Mais à cette distance, le professeur ne pouvait que distinguer les deux Insectes au-dessus d’elle et se demander comment elle faisait pour voler. Et le pire dans tout cela, c’est qu’elle gagnait du terrain sur lui.

Le Professeur étouffa un juron. Il encouragea son engin à atteindre le sommet du building, tout en jetant des regards troublés vers le Lieutenant Fleming. Il atteignit enfin le toit et allait s’y poser quand celle-ci s’élança brusquement vers lui, s’étant détachée de ses brassards, la jambe droite en avant pour atteindre son visage et lui faire perdre l’équilibre. L’action, bien que dangereuse, fut un succès et le Professeur se prit le pied du Lieutenant sur la joue gauche avec tant de violence qu’il tomba par terre. Mais Naomie elle-même s’écrasa à côté de lui, tandis que la planche continuait son chemin toute seule avant de s’arrêter près du bord du toit.

Sur le qui-vive, la jeune militaire se releva presque immédiatement. Elle avait toujours été douée en gymnastique et ce n’était pas la première fois qu’elle s’écrasait, ayant appris à limiter les dégâts. Elle retira son bonnet de sa tête, et se mit à fouiller à l’intérieur pour en retirer trois Pokéball. Mais le Professeur Neville, lui aussi, était quasiment déjà debout. Il se tenait la mâchoire d’une main, pestant envers cette inconnue et se dirigeant vers sa planche métallique sans perdre de temps. Mais avant qu’il ne puisse l’atteindre, trois Apitrini se mirent à lui tourner autour du visage, l’empêchant d’avancer et de rejoindre son véhicule. Puis, subitement, les deux Ninjask se jetèrent sur lui, le faisant une nouvelle fois tomber au sol. Et cette fois, avant qu’il ne puisse reprendre ses esprits correctement, il entendit le cliquetis caractéristiques des menottes qu’on attache à un poignet.

- Professeur Neville, vous êtes en état d’arrestation pour meurtre, tentative de meurtre et terrorisme, lança Naomie d’une voix essoufflée.

Le Professeur ne répondit pas. Comme prévu, son invention n’était pas intervenue. Il poussa un long soupir et détourna son regard, adoptant une attitude de frustration tandis que la militaire se saisissait de son Pokématos pour appeler ses amis, fière de son succès.

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Il était 20h. Dehors, le soleil se couchait pour faire place à la nuit, sombre, froide. Mais cette atmosphère était déjà celle que le Professeur Neville supportait depuis quelques heures, à la prison de haute sécurité de Kanto. L’établissement se trouvait non loin de la Route 7, qui reliait Celadopole et Safrania. Il avait directement été envoyé là-bas, en l’attente de son procès. Seul dans sa cellule de 7m² seulement, il bénéficiait d’un simple lit au matelas cabossé et troué, sur lequel il était assis depuis son arrivée, adoptant une position d’intense réflexion, sans rien dire pour autant. Les yeux fermés, on aurait presque cru qu’il dormait.

Pourtant, ce n’était pas le bruit qui manquait. Outre les lamentations de certains prisonniers, il y avait les disputes de compagnons de cellules, les insultes à l’encontre des gardiens ou encore ces derniers qui criaient et usaient de leurs Pokémon pour rétablir un calme tout relatif.

Soudain, le Professeur Neville ouvrit les yeux. C’était à sa cellule qu’un gardien venait de frapper avec sa lourde matraque, provoquant un bruit métallique. Il tourna légèrement la tête, et vit que son geôlier n’était pas seul. Il était accompagné par Dorothéa Crowfoot, la femme qu’il avait tenté de tuer quelques heures auparavant. Celle-ci s’était tout emmitouflée dans un poncho et une large écharpe, pour se protéger efficacement du froid qui régnait désormais dehors. Elle observait le détenu avec un regard mêlant appréhension et une certaine curiosité malsaine. D’un signe de main, elle congédia le gardien, qui s’éloigna.

- J’espère que ça valait la peine ? demanda-t-elle. Tuer mes employés pour finir dans ce trou jusqu’à la fin de vos jours ?
- Si c’était à recommencer, je le ferais
, répondit le Professeur en se levant, fixant la Sous-Directrice de la Sylphe. Sans hésitation.
- C’était peut-être ça, votre but, alors ?
poursuivit Dorothéa d’un ton ironique. Finir en prison ?
- Vous n’y êtes pas du tout
, répliqua-t-il.
- Alors expliquez-moi ! Expliquez-moi pourquoi vous avez essayé de me tuer.

Le professeur resta un instant sans bouger, étudiant la vieille dame du regard, avant de laisser échapper un petit ricanement qui avait le don de la froisser.

- Pour vous empêcher de mettre à bien vos projets, évidemment, lança-t-il en se rapprochant. Je n’ai aucune envie de vivre l’horreur que vous vous apprêtez à lancer.
- Je vous demande pardon ?
réagit Dorothéa d’une voix vive. De quels projets parlez-vous ?
- Ne faites pas l’innocente, madame! J’ai travaillé pour le Professeur Higgs, moi aussi. Je sais ce qu’il prépare.


A l’évocation de son ami d’enfance et supérieur hiérarchique, Dorothéa écarquilla les yeux de surprise. Elle resta quelques secondes sans rien dire, sans bouger, dans un silence pesant et seulement rompu par une dispute quelques cellules plus loin. A nouveau, ils se jugeaient mutuellement du regard.

- Je n’ai aucune idée de ce dont vous me parlez, finit-elle par dire en se mordant les lèvres. Pourquoi ne pas préciser vos idées ?
- Ne me faites pas rire,
répliqua Neville, qui, manifestement, n’avait vraiment pas envie de rigoler. Vous êtes l’une des plus proches collaboratrices du Ministre au sein de la Sylphe. Vous devez forcément savoir ce qu’il mijote depuis plusieurs années déjà.
- Vous soutenez donc que le Professeur Higgs prépare quelque chose de … mauvais ?
insista Dorothéa en penchant la tête d’une manière perplexe.
- Pas n’importe quoi, répondit le prisonnier en saisissant les barreaux de sa cellule de ses deux mains. Ce que le Ministre prépare pourrait bien se conclure par la fin du monde tel que nous le connaissons. Et le nombre de victimes sera ahurissant ! Hommes, femmes, enfants, personne ne sera épargné par les projets d’Higgs !

Dorothéa déglutit. Le son de sa voix et ses paroles commençaient à lui donner la chair de poule. Depuis des années déjà, Aldebert la mettait en garde contre leur ami de l’Université. Même son mari avait parfois lancé l’une ou l’autre allusion. Mais elle les avait toujours toutes ignorées. Jamais elle n’avait eu la preuve de quoique ce soit de mauvais de la part du Professeur Higgs. Même, il était considéré par beaucoup comme un saint vivant, tant il avait fait pour le bien-être des hommes et des Pokémon. Et pourtant, les mots du Professeur Neville sonnaient lourds dans son esprit. Pourquoi les siens ? Peut-être parce qu’il s’agissait d’un parfait étranger qui avait tenté de la tuer ? Et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de douter.

- Quoiqu’il en soit, si ces fameux projets existent réellement, je ne suis pas impliquée là-dedans, et n’en avait jamais entendu parler avant, lança-t-elle finalement en reprenant contenance. Je ne sais même pas si je peux vous croire.
- C’est réciproque, dans ce cas
, rétorqua le Professeur Neville en lâchant les barreaux, avant de reculer de quelques pas. Mais si vous n’êtes vraiment pas dans le coup, vous n’avez qu’à vous renseigner un peu sur votre propre entreprise.
- J’y compte bien
, répondit Dorothéa d’un ton glacial avant de se détourner. Sur ce, nous nous reverrons à votre procès, Mr Neville.

Et elle s’éloigna, plongée dans ses pensées, sans faire attention aux autres prisonniers qui lui lançaient des insultes ou des parjures sur son passage. A nouveau seul, Neville soupira et se réinstalla sur son lit, pour patienter. Madame Crowfoot se trompait sur au moins un point. Ils ne se reverraient pas au procès. Mais peut-être bien avant…

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Dans son atelier de Carmin sur Mer, Elodie chantonnait avec allégresse en enfilant son tablier de travail. Elle enfonça son casque de soudure sur la tête et mit ses gants en cuir avant de se diriger vers la table sur laquelle elle avait disposé la fameuse planche métallique dont s’était servi le Professeur Neville pour s’enfuir et, surtout, voler. Elle l’admira un instant, tout excitée à l’idée de voir ce qu’elle cachait à l’intérieur. Elle l’avait vue à l’œuvre plus tôt et avait été subjuguée. Le fait qu’elle soit capable de se piloter à distance ou à la main, comme l’avait prouvé les témoignages, et son aérodynamisme excitaient la jeune femme. Elle avait rarement eu autant envie d’analyser une machine inconnue qu’aujourd’hui. Elle voulait aussi en savoir plus sur les matériaux utilisés et il faudrait prélever un échantillon de métal à confier à Aldebert. Mille idées fusaient dans sa tête pour expliquer son fonctionnement de manière précise. Elle était en train de choisir les outils dont elle allait se servir quand, soudain, elle sentit une présence derrière elle. Surprise, elle se retourna vivement et lança sur la personne derrière elle la première chose qui lui était passée par la main, à savoir une clé à molette.

- Aie ! s’exclama le Major Campbell en se frottant le crâne. Maaaais !
- Ho, désolé, Billy !
s’écria Elodie en se rendant compte de sa bourde, saisissant un chiffon plein d’huile de moteur pour nettoyer sa plaie. Attends… Oups ! merde merde, pardon !
- C’est bon, c’est pas grave, je suis un dur à cuire, tu sais…
lança le Major en se frottant le visage, avant de constater qu’il était tout plein d’une huile pestilentielle.

Il regarda un instant sa main, puis Elodie, qui était toute rouge de gêne, avant de laisser échapper un petit rire amusé et de se diriger vers l’évier, pour se débarrasser des traces et de l’odeur.

- Je voulais juste te dire qu’on nous avait livré la commande pour ce soir, si tu veux manger, tant que c’est chaud.
- Bha, je réchaufferai les pâtes au micro-onde
, répondit Elodie. Pour l’heure, je ne tiens plus en place ! Je veux absolument savoir ce que nous cache cette merveille de technologie.
- Et on peut savoir pourquoi tu m’as balancé un outil à la figure, au fait ?
demanda Billy une fois assez débarbouillé.
- Ho rien… j’ai juste eu soudain une mauvaise impression, comme si quelqu’un d’hostile se trouvait juste derrière moi. Mais c’était juste toi.
- Comment ça, « juste » ?
répéta Billy, l’air faussement frustré.
- Tu m’as très bien comprise !

Il éclata de rire, tandis qu’Elodie terminait de disposer sur une petite table tous les outils qu’elle jugeait bon d’avoir à portée de main. Elle invoqua ensuite Melodelfe et Métamorph, afin que ceux-ci l’assistent dans son démontage intégral.

- C’est parti ! s’exclama-t-elle en attrapant une scie à métaux. Voyons ce que tu as dans le ventre…

Elle déposa sa main gauche sur le bout avant de la planche, puis la retira immédiatement, ressentant une légère vibration. Elodie en fut très surprise. La planche était restée inerte depuis l’arrestation du Professeur Neville et Elodie l’avait déjà manipulée quelques fois pour tenter de trouver le moyen de l’allumer, sans succès. Qu’est-ce qui avait changé ? Elle regarda la planche, dubitative, puis en approchant la scie, la machine se mit soudain à s’élever de quelques centimètres. C’est alors que se dégagèrent quatre pattes qui étaient jusqu’alors incrustées le long de la planche. Mais ce n’était pas tout, d’autres morceaux semblaient se déplier et pivoter pour adopter une forme et une position différente. Loin de rester droite, la machine prenait une forme étrange, comparable à celle d’un grand insecte, au dos voûté et surmonté d’un canon. La créature avait de grands yeux rouges, comme des phares de voiture. Cette transformation n’avait pris que quelques secondes et Elodie en était encore bouche-bée. Billy, qui était sur le point de retourner dans le laboratoire d’Aldebert juste à côté, laissa échapper un juron sous la surprise.

Ni une ni deux, la créature alluma une sorte de réacteur au niveau du bas de son corps et fonça droit sur Elodie. Celle-ci était toujours incapable de bouger, mais Mélodelfe et Métamorph la poussèrent sur le côté, pour l’empêcher d’être percutée. La machine vivante se dirigeait à toute vitesse vers la porte, mais le Major faisait barrage. Il allait invoquer Zoroark pour l’aider, mais dû se baisser pour éviter la collision, laissant s’échapper la créature.

Ils se regardèrent un instant, sans savoir quoi dire, puis des bruits de lutte et ceux d’une petite explosion les ramenèrent à la réalité. Ils se précipitèrent dans la salle voisine, qui était occupée par le laboratoire du Professeur Caul.

Ce dernier était en pleine crise de toux, les restes de ses pâtes et de sauce bolognaise tâchant son tablier. Chapignon semblait blessé à l’épaule et tentait, un peu paniqué, d’éteindre un petit feu qui avait pris sur une armoire pleine d’instruments désormais brisés. Il n’y avait plus aucune trace de la créature de métal, si ce n’est la porte qui pendait de ses gonds.

- Al’ ! s’écria Elodie en se précipitant vers lui, tandis que Billy partait en direction de l’escalier pour rattraper la chose. Tu n’as rien ?
- Je… Je crois que ça va…
hésita Aldebert en plaquant ses mains sur tout son corps pour vérifier qu’il était bien entier, répandant de la sauce un peu partout au passage. J’ai cru que je saignais au début, mais…
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Hé bien, je ne sais pas trop, une créature toute violette a soudain débarqué de ton atelier. Chapignon a voulu s’interposer, parce qu’elle voulait s’enfuir, mais elle lui a tiré dessus, et sur quelques-unes de mes expériences au passage puis…


Il s’interrompit subitement, blanc comme un linge. Il se précipita vers les décombre et le feu qui se calmait grâce à l’intervention de Métamorph, s’étant transformé un Carapuce. Il recommença à tousser tout en fouillant frénétiquement les décombres avant qu’Elodie ne l’en écarte, inquiète.

- Al’, arrête, tu respires de la fumée, c’est nocif !
- Mais je ne peux pas laisser mon projet disparaitre comme ça !
s’écria le vieillard en tentant de se dégager frénétiquement. Je ne peux pas l’abandonn…

Il arrêta soudain de se remuer. Il venait de voir, sur un autre plan de travail, un petit livre à la couverture complètement noire. Il poussa un grand soupir de soulagement en l’attrapant.

- Ouf ! s’exclama-t-il. J’ai bien cru…
- Cette chose a filé
, s’écria Billy, qui était de retour, l’air énervé. Nao n’a rien pu faire. Elle s’est enfuie. Nom de dieu, mais c’était quoi, ce truc, Elodie ?
- J’en sais rien…
répondit-elle, troublée. A première vue, c’était juste une machine, mais peut-être que, finalement, c’était plus que ça…
- Quoi, ce n’était pas un Pokémon ?
demanda Aldebert, surpris. De quelle machine parles-tu ?
- Celle du Professeur Neville… Elle s’est soudain changée en cette chose, comme si elle s’était dépliée… je n’ai rien vu venir et, le temps de comprendre, elle filait déjà vers toi…
- Tout ça n’arrange pas nos affaires
, grommela le Major Campbell. Je vais devoir contacter le Colonel pour lui expliquer ce qu’il s’est passé… J’espère que cette chose ne va pas nous causer plus d’ennuis…

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En entendant soudain des bruits d’alarme se déclarer, le Professeur Neville quitta ses réflexions pour arborer un grand sourire. Il était déjà très tard, et les autres locataires de la prison s’étaient presque tous endormis. Les gardes étaient moins nombreux à patrouiller dans les couloirs à une heure si avancée, et tous ceux qui étaient de service à ce moment-là couraient dans une même direction, armés de leurs matraques et accompagnés de leurs Pokémon. Mais c’était inutile.

De loin, on entendait des bruits d’explosion. Des cris de douleur et d’effroi d’hommes et de Pokémon blessés réveillaient les détenus, telle une macabre symphonie. Bientôt se mêlaient à ses bruits les réclamations des hommes envers la créature qui s’avançait de l’autre côté de leurs barreaux. Enfin, cette dernière arriva devant la cellule du Professeur et, comme Madame Crowfoot quelques heures avant, s’y arrêta.

- Pile à l’heure, Genesect, s’exclama le Professeur Neville.

Genesect avait de quoi détruire les barreaux, mais on n’était pas à l’abri d’un bête accident, un débris pouvant très bien se faire propulser par l’explosion générée par le Pokémon et venir se loger au mauvais endroit. Aussi le Professeur lui avait-il bien spécifié de lui ouvrir à l’aide des clés, récupérées sur l’un des gardiens qu’il avait eu à affronter en débarquant à l’improviste. Le Pokémon n’étant pas nécessairement habile de ses pattes, il tendit son butin à son créateur qui, de l’intérieur, ouvrit la porte de sa geôle.

Il savait qu’il n’avait pas beaucoup de temps devant lui. D’autres gardiens pouvaient très bien débarquer, sans oublier des agents du Ministère, tout proche. Mais il n’avait pas prévu un plan d’évasion juste au cas où. Aussi, l’air sûr de lui, il se dirigea vers les autres cellules. Il avait eu accès aux dossiers de la prison bien avant et avait mémorisé les noms des détenus qui, selon leur parcours, pouvaient devenir des alliés. Il s’arrêtait ainsi devant chaque cellule, examinant le nom de leurs occupants avant de les libérer ou de les laisser là.

Pour chacun, cependant, il leur expliquait brièvement ce qu’il attendait d’eux. Son but était toujours le même, frapper les membres de la Sylphe en priorité, et faire un maximum de grabuge à Safrania. La plupart des criminels qu’il interpellait étaient ainsi assez compréhensifs. Certains partageaient son avis sur la Sylphe, ayant eux-mêmes lutté contre l’entreprise avant de finir derrière les barreaux. D’autres acceptaient sans broncher, simplement trop contents de profiter de l’occasion pour sortir de ce trou où ils étaient enfermés depuis trop longtemps. Mais même s’il était accompagné de fripouilles, il pouvait compter sur Genesect si ces derniers tentaient quoique ce soit contre lui.

Il ne restait qu’un seul criminel à libérer sur la liste du Professeur Neville. Lorsqu’il arriva devant sa cellule, il vit un homme simplement couché sur son lit, un grand sourire au visage, bougeant les doigts comme s’il avait un petit orchestre qu’il dirigeait devant lui. Il dut frapper trois fois aux barreaux pour attirer son attention.

- Je peux vous aider ? demanda l’homme en tournant la tête, sans quitter son sourire.
- Vous êtes bien Lester Cushing ? demanda le Professeur Neville d’un air froid. Le soldat fou ?
- Précisément !
répondit l’intéressé en élargissant son sourire. Et vous, seriez-vous le responsable de cette sympathique symphonie qui résonne à mes oreilles ?
- Cette symphonie ?
répéta Neville en fronçant les sourcils.
- Les cris de douleur, les hurlements de peur, les blessures et la mort, énonça Cushing. Ça change agréablement des simples lamentations.

Le Professeur Neville resta un instant interdit. Le Lieutenant-Colonel Lester Cushing était connu pour avoir défié ses supérieurs hiérarchiques et pour avoir lui-même exécuté des terroristes de la génération Rocket. Il l’avait sélectionné pour ce qu’il avait cru être une rébellion envers les autorités. Mais se pouvait-il qu’il s’agisse juste d’un fou ?

- Je compte m’en prendre à la Sylphe SARL pour empêcher le monde de sombrer dans le chaos, lança Neville. Est-ce que vous nous prêteriez main forte ?
- Soyons réalistes !
s’écria Cushing en éclatant de rire. Si vraiment vous êtes un ennemi du chaos, alors vous êtes aussi mon ennemi. Si tôt vous m’aurez ouvert la porte que je vous briserai le cou.

Neville resta encore quelques secondes à l’observer. L’air de rien, malgré son air hilare, il paraissait très sérieux. Aussi, sans ajouter un mot, il fit signe aux autres de le suivre et s’éloigna, afin de sortir de la prison. Lester les regarda s’éloigner, tout sourire. Il n’avait aucune envie de suivre un imbécile dans son genre. Mais au moins, ce denier lui avait appris une bonne nouvelle.

Le chaos n’allait plus tarder.

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Dorothéa était assise dans son salon, l’air préoccupée, en compagnie de son mari. Pour se détendre, ce dernier avait mis un film d’humour à la télé, une histoire qui racontait comment un grand critique gastronomique et son Canarticho étaient défiés par un entrepreneur sans scrupule spécialisé dans les boites de conserve. Mais la Sous-Directrice de la Sylphe ne regardait le film que d’un œil distrait, tandis que son mari riait aux éclats devant des scènes qu’il avait déjà pourtant vues à plusieurs reprises dans le passé.

Enfin, Isaac ouvrit la porte. Dorothéa se releva d’un bond, mais regretta immédiatement son engouement, car sa hanche la faisait souffrir. Stephen tourna la tête et appuya sur pause afin de laisser l’informaticien s’exprimer sans pour autant perdre une miette de ce qu’il considérait comme un chef d’œuvre cinématographique.

- J’ai terminé, Doro, déclara Isaac. Ce n’était pas facile, mais j’ai réussi. J’ai craqué le système et tu as accès à ces quelques dossiers que tu ne pouvais pas ouvrir. Mais par contre, dépêche-toi, ce que j’ai mis en place cachera ton intrusion encore une vingtaine de minutes, pas plus.
- Je te remercie, Isaac
, lui dit-elle d’un air grave. Tu n’as pas regardé par toi-même ?
- Non
, répondit l’informaticien d’un signe tête. Tu m’avais demandé de te laisser voir en premier, pour garantir le secret professionnel de ton entreprise, et je respecte ça.
- Dans ce cas, ne perdons pas une minute
, lança Stephen en se relevant à son tour. Allons voir ce que Higgs nous cache…
- Si tu le veux bien, Stephen, j’aimerais m’en occuper seule
, intervint sa femme en s’interposant. Vous ne faites pas partie de la Sylphe et il y a dans ces dossiers des éléments qui ne doivent pas sortir de l’entreprise. Il n’y a que moi, en tant que Sous-Directrice, que ça concerne.

Stephen se figea, interloqué. Il s’apprêtait à riposter, mais resta muet. Finalement, il poussa un soupir et haussa les épaules, l’air résigné. Sa femme avait travaillé toute sa vie pour la Sylphe SARL et les intérêts de l’entreprise étaient très importants pour elle. Elle avait besoin de preuves mais voulait s’assurer de bel et bien en trouver avant de tirer la sonnette d’alarme.

- Comme tu veux, ronchonna-t-il. Mais alors, si, comme Neville le prétend, tu trouves quelque chose de grave, je veux que tu nous en fasses part. C’est d’accord ?
- Evidemment
, répondit-elle.

L’écrivain retourna dans son fauteuil, l’air un peu déçu, tandis que sa femme et Isaac se dirigeaient dans la cuisine, sur la table de laquelle était posé l’ordinateur de Dorothéa. Cette dernière prit place devant en poussant un soupir d’appréhension. Isaac lui expliqua rapidement la procédure qu’il avait mise en place et l’avertit qu’elle devait absolument tout avoir quitté avant la fin du petit minuteur qu’il avait installé. Puis il lui tapota l’épaule, comme pour lui donner courage, et s’approcha de la porte qu’il venait de franchir.

- Avant que je m’y mette, qu’est-ce que tu en penses, Isaac ? demanda-t-elle alors que le quinquagénaire s’apprêtait à sortir.
- Aldebert parle d’Higgs depuis que je le connais, répondit-il sans se retourner. Nous n’avons jamais eu la moindre preuve à son encontre, tout juste des suspicions. Mais après ce qui est arrivé à Elodie, et après plusieurs histoires que nous avons surmontées, je me dis que, peut-être, il n’a pas tout-à-fait tort… Néanmoins, c’est aussi possible qu’il se trompe. Higgs est ton collègue et ami depuis quoi ? Soixante ans ? C’est à toi de te faire ton avis après avoir consulté ces dossiers…
- Merci, Isaac. Pour tout.
- De rien.


Et l’informaticien quitta la pièce pour laisser Dorothéa seule. Il avait toujours considéré la vieille dame comme une tante, l’ayant souvent côtoyée depuis son adoption par Aldebert. Il avait énormément de respect pour elle. L’écrivain avait remis le film en marche, mais il guettait d’un œil son retour. Sans rien dire, il lui adressa un regard interrogatif, comme pour lui demander s’il n’avait pas quand même vu quelque chose de croustillant. Isaac lui fit non de la tête et s’assit à côté de lui en soupirant. Il était décidé à regarder le film, mais, comme Stephen, la curiosité le démangeait quelque peu. Soudain, il sentit son Pokématos vibrer dans sa poche. Il l’en retira, constata qu’il avait deux messages en absence, et décrocha.

- Allô ?
- Isaac ?
lui répondit la voix légèrement altérée d’Elodie. T’es toujours chez Steph et Doro ?
- Oui, je pensais rester encore un moment mais…
- Non, reste là, je t’apporte ta combi.
- Ma combi ?
répéta Isaac en fronçant les sourcils. Pourquoi est-ce que j’aurai besoin de ma combinaison ?
- T’as pas reçu le message d’alerte et celui du Colonel ?
s’étonna-t-elle. On l’a tous reçu, nous.
- J’ai deux messages que je n’ai pas encore lus, je devais être trop concentré lorsque je les ai reçus. Ça dit quoi ?
- Neville, il s’est enfui. Et il n’est pas seul, il a libéré d’autres détenus, et sa machine tu me croiras jamais, c’était une sorte de Pokémon !
dit-elle d’un ton excité. Enfin, quoiqu’il en soit, ils sont tous à Safrania.
- Merde… Tu crois qu’il va tenter à nouveau de tuer Doro ?
demanda Isaac en provoquant une vive réaction de la part de Stephen en l’entendant dire ces mots.
- C’est possible, mais là, ils s’en prennent surtout aux locaux de la Sylphe et aux environs, répondit rapidement Elodie. Cornell a décrété un couvre-feu, tous les citoyens ont reçu un message pour rester à l’intérieur tant que le problème n’est pas réglé. La Police et l’Armée sont dans les rues pour les attraper, et on est aussi sollicités.
- Ok, je comprends… je ne bouge pas d’ici.
- Je suis là dans 3-4 minutes !
lança-t-elle avant de décrocher.

Isaac rangea son Pokématoss dans sa poche et répondit rapidement aux interrogations de Stephen. Afin de ne pas inquiéter Dorothéa et ne pas lui faire perdre du temps précieux sur sa lecture, ils décidèrent de ne rien lui dire pour le moment. L’écrivain interrompit cependant son film, serrant la Pokéball d’Ursaring en main, et Isaac se rapprocha de la fenêtre pour guetter l’arrivée de sa sœur.

Posté à 11h40 le 11/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 51, l’année de la Nouvelle Génération.(2/2)



Valentin Florey et son fils restèrent au chantier Naval en compagnie d’Aldebert, Stephen et Elodie encore une bonne demi-heure après le départ de la bande. Le père, ayant déjà perdu sa femme, voulait éviter de se balader en ville avec son fils si, justement, des Chimères s’y baladaient. Il pestait contre son propre père qui, malgré son âge avancé, s’était jeté la tête la première vers ces créatures. Mais quand il eut finalement de ses nouvelles sur son PokéNav’, il fut rassuré. Ils étaient arrivés sur place alors que les créatures partaient en emportant une vieille dame. Mais à peine Isaac avait-il activé la Bombe que les Chimère l’avaient lâchée pour prendre leurs jambes à leur cou, détalant comme des Sapereau. C’était une excellente nouvelle, car cet appareil ne dérangeait en rien les humains, et ils pouvaient donc en installer partout en attendant que le problème soit réglé à la source par le Ministère de la Gestion.

C’est donc parfaitement rassuré que Valentin Florey remercia Elodie, lui exprimant toute sa gratitude pour ce qu’elle avait fabriqué. Puis, estimant qu’il était déjà assez tard, il prit son fils par la main et les salua avant de sortir des bureaux.

La lune était presque pleine, et elle éclairait la ville de sa douce lumière bienveillante, tout comme les quelques lampadaires sur les trottoirs. Il y avait un petit vent de fraîcheur, avec cette odeur légèrement salée que Valentin humait avec allégresse. Leurs soucis commençaient à se terminer. Il y avait tout de même laissé sa femme, mais l’espoir le laissait croire qu’elle était, peut-être, encore en vie. Et il avait toute confiance en cette bande qu’il avait rencontrée aujourd’hui. Si quelqu’un pouvait la retrouver, c’était bien eux !

Il regardait son fils bailler. Lui aussi était fatigué. Il ne se rendait pas compte de la gravité des derniers événements. Peut-être était-ce mieux ainsi. Avec un peu de chance, il allait vite récupérer sa mère, qu’il réclamait depuis déjà trop longtemps. Il tenait encore fermement en main une photo de son anniversaire, sur laquelle ils figuraient tous les trois.

Mais alors qu’ils marchaient silencieusement, Valentin Florey cru entendre un bruit derrière lui. Il s’arrêta et se concentra tandis que son fils jetait vers lui un regard interrogateur. Comme il distinguait effectivement un bruit de pas, mais que celui-ci était calme et posé, il tourna la tête, juste pour voir de qui il s’agissait.

La Chimère au pelage bleue et au visage féminin s’avançait vers eux. Il ne remarqua pas de suite la couleur de sa peau, à cause de la pénombre, mais la vue de ce short et du T-Shirt le tétanisa sur place. Au fur et à mesure qu’elle avançait et que son corps était éclairé par la lumière, ses doutes se dissipaient. Il reconnaissait ces vêtements. Il reconnaissait cette façon de marcher. Il reconnaissait les traits de ce visage, même avec une autre couleur.

- Mary… murmura-t-il dans un souffle, ébahi.
- Maman ! s’exclama Justin en lâchant la main de son père pour se précipiter vers elle.

La Chimère ouvrit grand ses bras pour accueillir son fils, qu’elle serra très fort contre son corps. Le petit garçon éclata en sanglot, tant il était heureux de retrouver sa mère. Valentin, quant à lui, était resté immobile, comme s’il n’en revenait pas. Lui qui avait gardé ce maigre espoir de retrouver sa femme avait pourtant du mal à accepter ce qu’il avait en face des yeux.

- Mon trésor, chuchota la Chimère en passant ses doigts dans les cheveux de Justin. Tu m’as tellement manqué…
- Toi aussi maman…
sanglota l’enfant. Mais pourquoi t’es toute poilue ? C’est pour ça que tu te cachais ?
- C’est une longue histoire
, répondit-elle en soulevant son fils pour le garder dans ses bras et avancer vers son mari.

Elle s’arrêta de marcher juste devant Valentin. Des larmes coulaient de ses yeux en fixant sa femme. Il approcha sa main, caressa la joue de la Chimère, puis il l’enlaça, avant d’éclater en sanglot à son tour.

- Qu-Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? bredouilla-t-il entre deux hoquets. Qu’est-ce qu’on t’a fait ?
- Je serai incapable de t’expliquer…
lui répondit Mary. Mais ils ont fait de nous des êtres privilégiés… Ils nous appellent la Nouvelle Génération…
- Qui ça, « ils »?
demanda Valentin Florey. Qui est derrière ça ?
- Des scientifiques…
marmonna Mary. L’un d’eux m’a dit qu’il pouvait rassembler notre famille comme avant, en vous offrant ce privilège unique…
- Tu … Tu veux dire … Comme toi ?
demanda Florey, l’air inquiet.
- Comme moi, confirma-t-elle. Je ne peux plus revenir en arrière. Mais vous pouvez devenir comme moi. Ils m’ont promis un avenir radieux, Val’ ! S’il-te-plait… viens avec moi…

Comme il semblait hésiter, Mary rapprocha son visage du sien et l’embrassa fougueusement, à l’abri du regard de leur fils, qui pleurait toujours sur son épaule.

- Tu m’aimes encore ? demanda-t-elle d’un regard implorant. Même avec ce corps ?
- O…Oui, bien sûr !
répondit Valentin. Et … Je vais devenir comme toi, moi aussi… Tu m’aimeras quand même, hein ?
- Merci, Val’
, dit-elle alors que des larmes perlaient à ses yeux. Venez… je vais vous emmener… Mais on aura besoin d’une barque…

Valentin relâcha son étreinte et attrapa sa femme par la main. Elle l’entraina vivement vers une ruelle plus sombre. Si elle était très différente des autres Chimères, quelqu’un pouvait très bien la prendre pour l’une d’elle et les attaquer. Il fallait rester discret. Il était hors de question que leur famille soit séparée à nouveau. Pas maintenant.
Plus jamais.

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Valentin, Mary et Justin Florey avaient emprunté le petit bateau familial pour se rendre sur l’ilot où se terraient les autres Chimères. Pendant toute la durée du voyage, Valentin était resté interdit, pensif. Mary ne cessait de lui répéter qu’elle les aimait et qu’elle ne voulait plus jamais être séparée d’eux. Leur fils, loin de se soucier des apparences, débordait de vie et de bonne humeur, à l’idée d’avoir retrouvé sa maman. Il avait enfin rangé sa photo dans sa poche. Et pourtant, Valentin ne pouvait s’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment. C’était trop beau pour être vrai. Et s’il s’agissait d’une imposture ?

Quand ils posèrent pied sur l’ilot, Valentin laissa échapper une exclamation de surprise. Il connaissait bien l’endroit. C’était là que la première usine de production de Soda Cool avait été construite. Les bâtiments, aujourd’hui abandonnés, étaient la seule marque de présence humaine sur ce territoire. Il suivit sa femme à l’intérieur, toujours un peu méfiant, tandis qu’elle portait leur fils sur ses épaules.

En traversant les différentes pièces de l’usine désaffectée, Valentin remarqua que celle-ci n’avait pas tant changé. Certes, la rouille et la poussière régnaient en maitre, mais la plupart des aménagements pour produire le soda étaient toujours là. Il y avait encore ces grandes bassines et même l’espèce de piscine qui, autrefois, était remplie de Soda en préparation avant qu’il ne soit stocké par un système de tuyauterie dans d’autres conteneurs. Il remarqua même la présence de cuves encore remplies de certains ingrédients, comme si les employés avaient tout simplement quitté l’usine un soir sans savoir qu’ils ne reviendraient pas. C’était surement une simple négligence de la logistique, ou bien la faute d’un ouvrier trop paresseux si tout cela était encore là. On aurait presque pu recommencer la production, si l’hygiène des lieux n’était pas aussi médiocre.

En pénétrant dans une autre salle, Valentin se figea, effrayé. Il y avait une dizaine de Chimères bleues, semblables à sa femme, mais plus proche de l’Akwakwak. Son fils, en reconnaissant les créatures qui s’étaient attaquées à l’école, eut un mouvement de recul, mais sa mère passa calmement sa main dans ses cheveux.

- Ne t’inquiète pas… lui susurra-t-elle tendrement. Ils ne te feront pas de mal.

Valentin, pas encore très rassuré, observa les créatures. Elles étaient pour la plupart couchées, à se reposer. Quelques-unes leur jetèrent un regard curieux, mais retournèrent vite à leur torpeur. Enfin, les deux dernières se disputaient un morceau de viande à grands cris, agitant leurs griffes pour menacer l’autre. Elles ne leur prêtaient pas grande attention.

Ils s’avancèrent au milieu d’elles. Valentin ne pouvait s’empêcher de ressentir un certain malaise, ainsi entouré des créatures à qui il devait le kidnapping de sa femme et les agressions sur leur ville de Poivressel. Pourtant, ils passèrent au milieu d’elles sans provoquer la moindre réaction.

Ils allaient passer dans la salle suivante quand la porte s’ouvrit à la volée. Valentin laissa échapper un petit cri d’effroi sous la surprise. Devant lui se tenait la Chimère dont le corps était recouvert d’une carapace orange et brune. Quelques Chimères relevèrent la tête à nouveau avant de replonger dans leur sommeil, et Valentin attrapa la main de sa femme, prêt à la tirer en arrière avec lui, oubliant ce qu’elle était devenue. Mais celle-ci resta sur place et adressa un sourire à la créature.

- Salut, Jimmy, lui dit-elle d’un ton doux.
- Tu es revvvvvenue ? demanda la Chimère. Et avec ta famiiiiiiille, à ce que je vois. Biiiiiiien joué.
- Oui, j’ai réussi à les convaincre
, répondit-elle avec excitation. Nous allons être réunis…
- Mouerf…
soupira Jimmy en passant à côté d’eux sans leur accorder plus de regard. Tant mieux pourrrrrrr toi, j’iiiiiimagiiiiiiiiiiine…

Ils continuèrent d’avancer, guidés par Mary. Quand l’autre Chimère fut assez éloignée à ses yeux, Valentin se rapprocha de sa femme, interloqué.

- Tu l’as appelé Jimmy ? Ce ne serait pas …
- Jimmy Tesla, le poissonnier, si, confirma-t-elle. Toutes les Chimères ici étaient des habitants de Poivressel à la base. Mais seuls moi et Jimmy avons gardé notre conscience et nos souvenirs.

Ils arrivèrent finalement dans une toute dernière salle. Là-bas, deux hommes en blouse blanche étaient penchés sur un écran d’ordinateur. Dans le fond de la salle, il y avait tout un tas de vieux vêtements et de tissus. A côté, deux grands cylindres étaient reliés par une multitude de câbles à plusieurs appareils sur lesquels des dizaines de petites lumières clignotaient. Valentin n’avait pas la moindre idée de ce dont il s’agissait. Une chose était sûre, rien de tout cela ne se trouvait dans l’Usine à l’origine.

- Messieurs les Professeurs ? lança Mary pour attirer leur attention. Pourriez-vous nous accorder un instant ?

Les deux hommes se retournèrent. Le premier devait avoir entre quarante et cinquante ans, et son visage disait légèrement quelque chose à Valentin. Il avait l’impression de l’avoir déjà vu, à la télé peut-être. L’autre, plus âgé, un peu grassouillet et aux cheveux blonds et gras, exposa ses dents parfaitement blanches dans un grand sourire. Si le premier restait en retrait, le second s’avança vers eux avec une certaine allégresse.

- Mary ! s’écria-t-il. Vous avez ramené votre mari et votre fils ! Quelle joie pour moi de les rencontrer ! Je me présente, monsieur, je suis le Docteur Vygotsky.
- Valentin Florey
, répondit-il en serrant la main que lui tendait le psychologue.
- Et je suppose que c’est Justin ? demanda-t-il en faisant signe au petit garçon. Tiens, attends…

Il chercha dans la poche de sa blouse et en retira une friandise, qu’il tendit au petit garçon. Justin s’en saisit et remercia le Docteur d’une petite voix timide. Valentin le regarda, stupéfait, puis sourit, rassuré. Il avait eu peur de tomber sur des sociopathes ou des scientifiques fous, mais ce vieil homme semblait tout-à-fait sympathique et amical.

- Alors, Mary vous a-t-elle expliqué comment nous allions procéder ? demanda le Docteur Vygotsky en joignant les mains. A moins que … vous n’avez peut-être pas encore pris votre décision ?
- C’est-à-dire…
commença Valentin, embarrassé.
- Tu … Tu ne veux pas ? bredouilla Mary en se tournant vers lui. Mais Val’…

Valentin déglutit. Sa femme le regardait d’un air suppliant, les larmes aux yeux. Il serra les poings. Il avait haï ces créatures pendant des semaines pour avoir emporté sa femme. Aujourd’hui, il apprenait qu’elle était l’une d’elles et qu’elle voulait qu’il la rejoigne. Sa colère envers les Chimères était-elle plus forte que son amour pour sa femme ?

- Le choix vous revient, Valentin, lança le Docteur Vygotsky d’un air compatissant. Mais sachez que c’est, hélas, le seul moyen pour que vous puissiez vivre ensemble, votre famille réunie. Mary était dans un état de dépression tel que j’ai bien cru qu’elle allait se laisser dépérir, sans vous…
- Je t’en supplie… Val’…
sanglota Mary.

Les mots du Docteur lui firent l’effet d’une bombe. Il se rappela que lui aussi, pendant ces jours où ils avaient été séparés, il avait perdu le goût de vivre. Et son fils aussi avait adopté un air abattu durant tout ce temps… Il serra les poings en repensant à toutes ses années passées ensemble, de toutes leurs joies, leurs peines. Ils n’avaient jamais été aussi heureux qu’ensemble.

- C’est d’accord, lança-t-il en sentant des larmes couler sur sa joue. Je veux devenir comme ma femme. Je veux que nous soyons à nouveau réunis.

Sa femme laissa éclater toute sa joie et enlaça son mari à nouveau. Justin, qui ne comprenait pas tout, se joignit à l’accolade, tout en baillant sous la fatigue. Le Docteur Vygotsky leur accorda un grand sourire de ses dents blanches avant de leur montrer un des cylindres, dont la porte s’était ouverte.

- Nous allons commencer par Justin, si vous le voulez bien, dit-il d’un ton doucereux. Ce sera plus rapide, comme il est plus petit, et comme ça, il pourra dormir tranquillement après. Il m’a l’air bien fatigué, après tout.
- Qu’est-ce que je dois faire ?
demanda le petit garçon d’une voix à peine audible en mettant son poing devant sa bouche.
- Tu dois juste entrer là-dedans, lui répondit Mary, allègre, en s’agenouillant vers lui. Et tu te laisses faire !
- Et ça fait mal ?
demanda Justin, pas très rassuré.
- Non, tu vas juste avoir l’impression de t’endormir, répondit le Dr Vygotsky d’un ton rassurant. Et à ton réveil, tu seras un peu différent, comme ta maman.
- Vas-y mon cœur, sois courageux, je suis fière de toi !
lança sa mère en l’accompagnant jusqu’au cylindre.

Le petit Justin entra à l’intérieur et adressa un sourire à ses parents avant que le conteneur ne se referme. L’autre homme se mit à pianoter sur son écran et le second s’ouvrit, le temps que le Docteur y installe une Pokéball. Cette dernière invoqua un Psykokwak et la porte se referma à son tour.

- Lancez la procédure, Léo ! clama Vygotsky. Vous y êtes habitué, maintenant ?
- Procédure enclenchée
, répondit sobrement le Pokémaniac sans lever les yeux.

Un grand bruit strident et continu se dégagea des deux cylindres. Les lumières des différentes machines de la pièce s’affolèrent pendant quelques minutes, pendant lesquelles Mary serra fort la main de Valentin. Elle rayonnait de joie et de bonheur, tandis que son mari semblait très intrigué par l’étrange ensemble de machines. Enfin, le cylindre qui avait contenu le Pokémon s’ouvrit, laissant s’échapper une épaisse fumée. A l’intérieur, un corps, nu, était couché. Ce dernier avait un pelage tout jaune, et ses bras semblaient un peu atrophiés. Il disposait d’un large bec, tout blanc, et son visage avait des traits à peu près humains. Les parents s’y précipitèrent. Valentin était effrayé de voir que cet être ne bougeait pas. Mais Justin était juste endormi et Mary l’attrapa dans ses bras pour le serrer contre elle.

- Il était fatigué, c’est normal que la procédure l’ait mis KO, lança Vygotsky d’un ton tranquillisant. À vous, Mr Florey !

L’autre cylindre s’ouvrit. À nouveau, de la fumée s’en échappa et, avant d’y entrer, Valentin dû enlever les vêtements de son fils et la PokéBall qui s’y trouvait, étonné de la trouver là. Puis, après une grande respiration, il adressa un regard décidé à Mary et pénétra à l’intérieur. Son épouse se recula, toute heureuse, tandis qu’on disposait un Akwakwak à la place de son fils. Encore quelques minutes et sa famille serait réunie à jamais.

À nouveau les scientifiques répétèrent la même procédure. Mais lorsque le bruit strident commença, Justin, qu’elle serrait dans ses bras, se mit à s’agiter. Il se réveilla et poussa un grand cri mécontent avant de se dégager des bras de Mary, qui le lâcha sous la surprise. Son fils tomba par terre puis regarda autour de lui, comme perdu. Puis, quand elle voulut se rapprocher pour le reprendre, il ouvrit le bec et le fit claquer comme pour la menacer, la fusillant du regard.

- Justin… Mais… C’est moi… c’est maman … chuchota-t-elle en approchant la main.

La Chimère fit claquer son bec à deux reprises, puis s’enfuit à toutes jambes pour se cacher près du tas de vêtements. Mary tendit le bras vers lui, puis celui-ci retomba piteusement. Le bonheur avait fait place à l’horreur et à l’effroi. Elle se tourna vers le Docteur Vygotsky qui l’observait avec son grand sourire de dents blanches. Il jubilait.

- Vo…Vous m’aviez promis… se lamenta-t-elle en tombant à genoux.
- Qu’est-ce qu’une promesse ? demanda Vygotsky. Rien que des paroles. Ce n’est pas une de ces Lois qui régit l’Univers. On ne peut donc pas avoir confiance en une promesse.

Au même moment, le cylindre s’ouvrit, laissant s’échapper de la fumée et une nouvelle Chimère bleue. En apparence, Valentin était désormais identique à toutes celles qui dormaient quelques pièces plus loin. Il poussa un cri semblable à un râle et agita ses pattes griffues dans le vide. Puis il s’avança. Léo se dirigea vers lui, en lui présentant une pièce de viande crûe qu’il avait dans son sac. À sa vue, Valentin s’approcha, renifla puis attrapa la nourriture avant de s’en délecter, sous le regard horrifié de Mary.

- L… Lui aus… Lui aussi… gémit-elle. V… Vous en … Vous en avez fait des … Ce n’est… Ce n’est plus …
- Et non, ma pauvre Mary !
lança le Docteur Vygotsky en se détournant. Hélas, vous et Jimmy êtes des exceptions dans nos expériences. Du moins pour le moment. Maintenant, nous allons vous laisser aux émouvantes retrouvailles avec votre famille. Profitez-en bien !

Il se dirigea vers la sortie, vite rejoint par Léo, laissant Mary seule avec deux Chimères qui n’avaient aucune idée de qui elle était. Elle était tombée face contre terre, ne pouvant s’empêcher de pleurer toutes les larmes de son corps tandis que son mari menaçait son fils, qui s’était approché pour manger un peu lui aussi. Puis, comme les scientifiques quittaient la pièce, elle se mit à hurler son désespoir.

- On aurait pu faire en sorte qu’ils soient conscients, fit remarquer Léo, mal à l’aise, en suivant son collègue. Pourquoi m’avoir demandé de régler la procédure comme d’habitude ?
- Simplement parce que je voulais me divertir,
répondit Vygotsky. J’en suis encore tout émoustillé !

Ils retournèrent à l’étage et Léo s’assit à son bureau pour communiquer son rapport au Professeur Higgs tandis que le Docteur, exultant encore, regardait par la fenêtre. Peut-être Mary allait-elle sortir tenter quelque chose ? Mais au lieu de cela, il vit une de leurs Chimères sortir de l’eau et se diriger nonchalamment vers l’Usine. Son sourire s’effaça en comprenant d’où elle venait.

- … Hé bien… C’est dommage, mais nous allons devoir mettre un terme à nos expériences, lança-t-il sombrement, l’air déçu. C’est triste, moi qui commençais seulement à m’amuser…

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Aldebert et Stephen étaient en train de siroter un Soda avec une boule de sorbet en compagnie d’Ernest Florey. Il était passé minuit, et ils seraient bien partis se coucher comme Valentin et Justin avant eux si Elodie n’avait pas eu une nouvelle idée. Ils avaient ainsi équipé Donald d’une balise GPS et l’avait libéré sur la plage avant de retourner à la Maison du Bord de Mer, pour surveiller le trajet qu’allait effectuer la Chimère. L’ingénieure, Isaac et les deux militaires avaient les yeux rivés sur l’écran d’ordinateur qui montrait que la créature nageait en pleine mer.

Enfin, après quelques minutes d’attentes qui en parurent des heures, et au cours desquels Aldebert avait déjà proposé plus d’une centaine d’ingrédients pour voir s’ils entraient dans la composition du Soda Cool, Elodie frappa dans ses mains, l’air réjouie.

- Et voilà ! s’exclama-t-elle. C’est là-bas que se cachent les Chimères !
- Tu es géniale !
s’écria Billy.
- Han, je sais, mais j’adore quand même quand tu le dis. Vas-y, répète-le.
- Tu es fantastique.


Naomie Fleming poussa un soupir et croisa le regard d’Isaac qui lui sourit en haussant les épaules. Voyant qu’ils avaient un résultat, les seniors se rapprochèrent pour observer l’écran.

- Je connais cette île, dit Ernest Florey en fronçant les sourcils. C’est l’ancienne Ile Soda.
- L’Ile Soda ?
répéta Aldebert, des étoiles dans les yeux.
- C’est le nom qu’on avait donné à l’époque. Il n’y a plus rien là-bas, si ce n’est notre ancienne usine. Elle est abandonnée depuis un moment déjà…
- Hé bien, cette nouvelle m’a requinqué !
s’écria Billy. On a plus qu’à nous rendre sur place et …
- Pardon ?
s’écria Naomie, apparemment en colère. Major, malgré tout le respect que je vous dois, je me vois obligée de vous rappeler que notre mission est terminée !
- Quoi ?
demanda Billy en fronçant les yeux, passablement surpris par la réaction du Lieutenant.
- Notre mission était de trouver un moyen de les éloigner de la ville et de trouver leur terrier. Point final. Nous avons tout fait. C’est au Ministère de la Gestion de s’occuper de l’Ile Soda, maintenant !
- Mais…
- Mais rien du tout, Major ! C’est le protocole, c’est les règles ! Nous ne pouvons pas juste nous rendre là-bas.
- Techniquement, le Lieutenant Fleming a raison
, fit remarquer Isaac. Le travail pour lequel on nous a demandés est terminé. Puis il se fait tard, mieux vaut contacter le Ministère et s’y rendre demain.
- Bon, d’accord
, grommela Billy, l’air contrarié. Bon ben… Bonne nuit tout le monde, alors… On peut rentrer à l’hôtel…
- Ho, juste un dernier verre !
réclama le Professeur Caul.
- Tu as bu assez de Soda pour cette année, Al’, le gronda Stephen en le tirant avec lui. Allez, viens.

Ainsi partirent-ils tous, laissant Mr Florey seul. Il fit rapidement la vaisselle, rangea les dernières bouteilles, et sortit à son tour pour regagner sa maison où l’attendaient surement son fils et son petit-fils. Mais alors qu’il allait quitter la plage, sa route croisa celle de tout un groupe de villageois, mené par le Commissaire Balkan.

- Hé bien, que faites-vous à cette heure dehors ? s’étonna Mr Florey en arrivant à leur niveau.
- A la base, j’étais venu parler au Major de ces fameuses bombes à ultratruc dont il m’a vanté les mérites, lui répondit le Commissaire Balkan. Mais en arrivant à ton établissement, je vous ai entendus discuter. L’Ile Soda, c’est ça ?
- C’est ça,
confirma Ernest Florey, surpris. Mais…
- Alors on s’y rend avec les plus costauds de la ville
, reprit le Commissaire sans lui laisser le temps de parler. On va leur faire leur fête.
- Ils vont payer pour tout ce qu’ils nous ont fait !
lança un jeune.

Ernest Florey resta quelques secondes sans bouger. Il ne l’avait pas remarqué tout de suite, mais les hommes qui étaient là étaient tous armés de fourches, de bâtons ou de PokéBalls. Il déglutit.

- Mais … vous ne …
- Han arrête de faire ta chochotte, Florey, et viens avec nous !
s’exclama Balkan. C’était ton ile, tu connais les lieux, tu sauras nous guider. On va pas laisser ces idiots de l’Armée et du Gouvernement faire le boulot. On est jamais mieux servis que par soi-même.

Et ils s’avancèrent, attrapant l’homme par les épaules, le forçant contre son gré à marcher vers des bateaux qui leur appartenaient pour les mener vers l’ile Soda.

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Depuis plus d’une heure maintenant, Mary Florey était en larme. Elle avait finalement quitté la pièce pour suivre son fils, qui s’était aventuré plus loin. Elle s’était même dressée entre lui et une autre Chimère pour l’empêcher de se faire blesser, quitte à recevoir à sa place un coup de griffe. Mais au lieu de la remercier, Justin s’était ensuite enfui plus loin, effrayé par les autres Chimères, et ne reconnaissant toujours pas sa mère. Et comme si ce n’était pas assez, Valentin les avait suivis et s’était fondu dans la masse des autres Chimères. Mary ne le reconnaissait plus parmi les autres. Jimmy, l’homme-Krabby, s’était rapproché d’elle pour essayer de la consoler, mais il avait bien vite abandonné cette idée. N’appréciant pas le bruit des pleurs et des sanglots, il la laissa là et partit se distraire à tester ses pinces pour plier des objets qu’il trouvait, la seule occupation qu’il avait depuis sa transformation.

Mais des bruits en provenance de la plage finirent par attirer son attention. Quand il vit par une fenêtre brisée des dizaines d’humains qui accostaient, armés de fourches, il eut un mouvement de recul. Ces hommes pointaient le petit Justin du doigt avant de se jeter vers lui. Jimmy se précipita vers l’étage supérieur, frappant à la porte au point de la défoncer. Il voulait prévenir les deux scientifiques.

Mais lorsqu’il put jeter un coup d’œil à l’intérieur, il constata que la pièce était vide. Les deux hommes étaient partis, les abandonnant à leur destin. Énervé, il dévala les escaliers maladroitement puis retourna dans la pièce où se trouvaient toutes les Chimères.

- Les humaaaains ! cria-t-il précipitamment. Les humains ssssssoont là !

Les Chimères bleues se réveillèrent, ne comprenant pas pourquoi Jimmy paraissait si excité. Elles se levèrent et s’étirèrent simplement, tandis que l’une ou l’autre poussait un cri de mécontentement et se recouchait illico. Mary, elle, avait cessé de pleurer, et paraissait apeurée. Il n’en fallut pas plus pour qu’elle se mette à courir, retournant sur ses pas à la recherche d’une cachette. Jimmy voulut la rejoindre, souhaitant lui aussi se terrer quelque part. Mais avant qu’il ne franchisse l’encadrement de la porte, les humains arrivèrent par l’autre côté. Ce qui ne l’empêcha pas continuer sa fuite, même en se sachant repéré.

Ceux-ci poussèrent des cris de guerre avant de se jeter avec leurs Pokémon vers les Chimères. Les premières à se dresser contre eux poussèrent des cris pour les menacer mais tombèrent bien vite sous les coups venus de toute part tandis que celles qui se trouvaient derrière elles se bousculaient les unes les autres pour s’enfuir.

- Attrapez-les ! cria le Commissaire Balkan. Qu’on leur fasse subir la même chose qu’à nous !

On aurait dit des bêtes sauvages. Les humains comme les Pokémon n’éprouvaient aucune pitié envers les créatures. Les hommes plantaient leurs fourches dans leur gorge puis les rouaient de coups avec leurs bâtons. Quelques-uns restaient en retrait, mal à l’aise, mais sans oser émettre le moindre commentaire. Bien vite, la salle fut tâchée de plusieurs flaques de sang encore chaud qui s’écoulait des quelques Chimères qui avaient fait l’erreur de s’en prendre à Poivressel, faisant ainsi naitre envers elles ce sentiment de haine incontrôlable dont étaient animés ces hommes.

- Il en reste encore ! cria Balkan pour enhardir ses hommes. Tuons-les toutes !

Plus loin, Mary avait trouvé refuge sous les innombrables vêtements ayant appartenu aux habitants de Poivressel avant que ceux-ci ne soient changés en Chimères. Elle s’était mise en position fœtale, priant pour que personne ne l’y trouve. Mais elle avait déjà dû faire partir Jimmy, qui aurait voulu s’y cacher aussi. Cependant, il était trop imposant pour qu’ils puissent s’y enfuir tous les deux, et ce dernier cherchait donc désespérément une cachette du regard, tandis que d’autres Chimères bleues tentaient de forcer un passage dans un mur, sans succès. Certaines essayaient de se cacher au milieu des innombrables débris, là où se trouvaient à peine quelques heures avant les machines qui les avaient toutes transformées. Car, pour une obscure raison, les différents appareils semblaient avoir été détruits.

Dissimulée sous les vêtements, Mary Florey faisait son possible pour ne pas faire de bruit. Mais elle avait encore le hoquet et des larmes à l’idée d’avoir poussé sa famille vers un piège qu’elle n‘avait même pas envisagé. La peur l’envahissait de plus en plus. Ces hommes, des amis de la famille pour certains, étaient là pour tous les exterminer. S’ils la trouvaient, ils ne la reconnaîtraient peut-être pas, et lui feraient subir le même sort qu’aux autres. Ou pire, justement, ils se souviendraient d’elle et la blâmeraient pour ce qu’elle avait fait.

Elle n’osait pas bouger, de peur qu’on la remarque. Quand elle entendit les cris de douleurs de Jimmy et des autres Chimères de la pièce, accompagnés des cris de fureur des hommes, aveuglés par la haine, elle faillit sursauter. De ce qu’elle entendait, Jimmy se défendait, mais il semblait beaucoup souffrir également.

Puis elle la remarqua. Dépassant de la poche du short que portait Justin avant d’être transformé, il y avait une photo. Elle l’attrapa d’un geste machinal, sans réfléchir et ne put s’empêcher d’hurler de désespoir en l’observant. C’était une photo d’elle, humaine, en compagnie de son mari et de son fils, pour l’anniversaire de ce dernier. Une photo de sa famille, cette même famille qu’elle avait détruite en tentant de la réunir. Puis elle sentit des mains attraper son pied. Elle cria à nouveau, voulut se débattre, mais les hommes la tenait fermement et la tirèrent hors du tas de vêtements. En se remuant dans l’espoir de se dégager, elle lâcha accidentellement la photo. A nouveau, elle hurla en tendant le bras pour la récupérer, mais elle était déjà loin et les humains la tiraient avec eux avant de lui asséner de violets coups de bâton qui l’assommèrent à moitié.

Au final, beaucoup de Chimères étaient encore en vie, mais trop blessées et fatiguées pour se débattre. Mary avait les yeux ouverts, sentant qu’une bonne partie de ses os avaient été brisée. Elle voyait Jimmy, dont il manquait de grands morceaux de carapace, supplier les hommes avant de se prendre de nouveaux coups et une décharge électrique d’Elecsprint. Puis on les attrapa à nouveau par les jambes et on les hissa plus loin.

Ernest Florey était resté à l’entrée. Il avait regardé avec horreur ses voisins déchainer toute leur violence sur les Chimères. Il avait été épouvanté de voir à quel point ils s’étaient acharnés sur une petite créature au pelage jaune, sur la plage. Il savait que Poivressel avait beaucoup souffert des attaques de ces dernières semaines. Lui-même n’y avait-il pas perdu sa belle-fille ? Mais il ne pouvait cautionner un tel débordement. Et pourtant, il n’avait pas eu le courage de s’interposer. Il observa les hommes revenir avec les Chimères encore vivantes et balancer ces dernières dans un grand bassin, après avoir pris soin d’attacher leurs membres entre eux. Il poussa un profond soupir en constatant qu’elles étaient encore en vie.

- C’est les dernières, lança le boucher après en avoir lancée une. Ficelées comme ça, elles ne pourront pas sortir.
- On devrait peut-être prévenir le Major…
se risqua Ernest Florey.
- Et puis quoi encore ! s’insurgea le Commissaire Balkan. On peut régler ça nous même ! Regardez ce que j’ai trouvé !

Mr Florey sentit un frisson parcourir son corps. Le commissaire montrait une cuve sur laquelle il était écrit « Acide sulfurique ». Ce produit, extrêmement dangereux, était autrefois utilisé dans l’usine pour fabriquer en grande quantité d’acide citrique, un ingrédient de leur boisson, bien moins agressif. Il voulut intervenir mais c’était déjà trop tard. Le commissaire et le boucher avaient renversé la cuve et fait exploser le couvercle, renversant son contenu incolore dans l’ancien bassin à Soda.

A peine étaient-elles en contact avec l’acide que les Chimères se mirent à hurler de douleur. Le produit brûlait leur peau et dévorait leur chaire sans pitié, dans une mort lente et douloureuse. Mais à ces cris se mêlèrent vite ceux de Jimmy et de Mary, piégés avec les autres. Des hurlements bien humains cette fois,ce qui jeta un grand froid dans la foule des hommes rassemblés là. Les lamentations des Chimères pénétrèrent leurs oreilles comme des poignards, et même le Commissaire parut soudain horrifié par ce qu’il venait de faire. Pourtant, personne ne réagit pour les aider à sortir de là. Ils restèrent tous immobiles.

Finalement, Ernest attrapa un harpon abandonné par un pêcheur de la ville et se rapprocha des Chimères, qui remuaient pour tenter d’échapper à l’acide qui liquéfiait leur corps petit à petit. Elles se tordaient de douleur, entravées par la corde que le boucher leur avait mise aux pattes. Déjà leurs corps se décomposaient par endroit, laissant la chaire à la surface tel un cadavre entamé par les vers. Il les regarda du haut du bassin, soupira, puis plongea la pointe de son arme dans la tête d’une première créature bleue, pour l’achever. Celle-ci cessa immédiatement de geindre et il répéta l’opération pour les suivantes. Les autres hommes le regardaient, sans rien faire, sans rien dire. Ils n’avaient pas le courage d’affronter les créatures dans de telles conditions.

Enfin, après s’y être pris à deux fois pour soulager Jimmy, à cause de sa carapace, il s’approcha de la dernière. Mary hurlait toujours de douleur, le visage complètement ravagé par l’acide sulfurique. Mais le hasard voulu qu’en gigotant, elle tourne la tête vers Ernest, le harpon à la main. En le voyant sur le point de la tuer, elle s’arrêta de crier. Mr Florey resta un instant avec l’arme en l’air, hésitant. Malgré qu’elle n’ait quasiment plus que des morceaux de chair fumantes au niveau de la bouche, il était persuadé d’y voir un sourire. Puis il plongea le harpon dans le crane de sa belle-fille, qui expira aussitôt. Enfin, il relâcha l’arme et tomba à genoux, se mettant à son tour à pleurer.

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Il était toujours là, assis contre un mur, la tête dans les mains, quand le Major Campbell et le Lieutenant Fleming arrivèrent. C’était lui qui les avait contactés pour les prévenir de ce qu’il s’était passé après qu’ils soient partis se coucher. En constatant ce qu’il restait de cette sinistre scène, Naomie en eut des nausées. Dans le bassin, les corps étaient encore en pleine décomposition, et on distinguait déjà des morceaux de squelettes aux endroits qui avaient été les plus baignés dans le vitriol. L’odeur putride qui s’en dégageait et la vue des autres cadavres dans les salles voisines finirent par venir à bout du système digestif du Lieutenant, qui ne put s’empêcher de vomir.

- C’est… C’est horrible… finit-elle par dire, les jambes tremblantes. Comment en est-on arrivés là…
- L’être humain est parfois vraiment stupide et bestial
, soupira Billy. Lorsqu’on le pousse dans ses retranchements, il montre sa part la plus sombre. C’est pour cela que l’Armée et la Police sont envoyées pour lutter dans ce genre d’affaire. Pour éviter que ce genre de chose arrive, il faut que ce soit des regards extérieurs qui s’en occupent.
- J… Je suis désolée…
gémit Naomie. Je n’aurai pas dû… Je n’aurai pas dû vous empêcher de venir hier soir… On aurait pu éviter…
- Tu n’as rien à te reprocher
, répondit le Major. Tu n’as rien fait de mal, Naomie. Seulement, peut-être que, parfois, il ne faut pas suivre le règlement à la lettre…

Naomie renifla. Toute sa vie, elle avait été conditionnée par les règles. Elles étaient faites pour garantir la sécurité du monde. Mais elle se sentait pourtant responsable du massacre bestial et inhumain des Chimères. Peut-être le Major avait-il raison ? Peut-être était-elle trop pointilleuse.

De son côté, Billy soupirait, essayant de ne pas accorder trop de regard aux cadavres. Il savait que, si le travail avait été réalisé par les Experts du Ministère, il en serait peut-être revenu au même. Les Chimères auraient tout autant été exterminées. Mais surement pas avec autant de violence que celle dont avait fait preuve les hommes de Poivressel ce jour-là.

Ils inspectèrent rapidement le reste de l’usine, ne trouvant rien de particulier, si ce n’est des débris de ce qui devaient être des machines aux propriétés inconnues. Ils en prirent des photos, dans l’espoir qu’Aldebert saurait éclairer leur lanterne à ce sujet. Naomie inspecta rapidement la pile de vêtements, sans trouver quoique ce soit de pertinent. Le reste était vide, et ils ne trouvèrent rien d’autre, même à l’étage, qui semblait néanmoins avoir été vidé à la hâte.

Les deux militaires partirent en aidant le pauvre Ernest Florey à marcher. Il n’avait pas dormi de la nuit, et était encore très faible. Pour couronner le tout, il avait compris par lui-même que son fils et son petit-fils étaient surement morts eux aussi. Il avait retrouvé leurs vêtements dans la pièce du fond, et aperçut leur bateau sur la plage. Il était donc dans un état de détresse infinie. Arrivés à Poivressel, l’homme fut pris en charge par Aldebert et les autres tandis que le Major s’isolait pour écrire son rapport.

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Finalement, quelques heures plus tard, il était temps pour l’équipe de repartir. Une autre mission venait de leur être attribuée, et l’Etat d’Hoenn prenait en charge la suite des opérations et des procédures à Poivressel. Néanmoins, ils restaient tous très inquiets pour Mr Florey. L’homme était toujours abattu et refusait de dormir. Quoiqu’Aldebert, Elodie, Isaac ou Stephen tentent de lui dire ne fonctionnait.

Ils allaient sortir quand une jeune fille entra. Elle portait un chemisier rose et un jeans bleu, ainsi qu’un grand bonnet rayé jaune et vert. Il fallut quelques secondes à Aldebert, Stephen, Isaac et Elodie pour reconnaître Naomie, qui avait ainsi abandonné sa tenue militaire pour celle-ci, plus originale et décontractée. Billy, quant à lui, passa à côté sans y prêter attention, ne remarquant pas qu’il s’agissait de son Lieutenant. Celle-ci se plaça face à Mr Florey, déglutit, puis s’inclina.

- Mr Florey, je suis vraiment désolée pour tout et…

Elle s’interrompit, rouge pivoine, et lui tendit une photo. Mr Florey s’en saisit et se mit à l’observer, tout en laissant couler des larmes.

- Je l’ai trouvée là-bas, et … et je me suis dit que vous voudriez la récupérer… Même si c’est une pièce à conviction, c’est à vous qu’elle…

Mr Florey ne la laissa pas continuer. Il s’était relevé pour l’enlacer, la remerciant en sanglotant. D’abord hésitante, elle tapota légèrement son dos, comme pour montrer sa compassion.

- L’homme est comme un dé, murmura Aldebert en les regardant. Il a de multiples faces. Certaines sont horribles, d’autres sont juste plus dures. Mais il en reste d’autres… plus douces…

Puis, comme Billy les appelait dehors, ils sortirent pour de bon, laissant Naomie encore quelques minutes pour réconforter Mr Florey.

Posté à 11h27 le 11/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 51, l’année de la Nouvelle Génération.(1/2)



D'après Albert Einstein :
Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.


Astrid Roosevelt, assise dans un grand et vieux fauteuil, observait les flammes danser dans sa cheminée. Ses vieilles lunettes n’étaient plus adaptées à son nez et glissaient constamment de celui-ci, au point d’être déjà tombées à quelques reprises. Chaque jour, en se regardant dans le miroir, elle découvrait de nouvelles rides. Elle n’avait cessé de perdre du poids ces dernières années. Elle soupirait à cette idée, cette effroyable pensée : Elle était devenue vieille. Elle n’avait plus la force de gouverner à la Table Ronde.

Pourtant, il n’y avait pas de quoi rougir de son parcours. À seulement 39 ans, elle s’était assise pour la première fois dans ce même fauteuil, l’un des seuls mobiliers dans son grand bureau de l’Ile Union. Et, pendant presque 50 ans, elle avait dirigé l’Etat de Kanto-Johto et pris des décisions en commun avec les autres Premiers.

Des visages, elle en avait vus défiler des centaines sur cette Ile. D’autres Premiers Ministres, souvent des hommes, hélas, mais aussi des représentants de l’Armée, et bien des Ministres de toutes origines. Sans oublier les nombreux employés qui se succédaient pour prendre soin de l’Elite des Gouvernements. Mais quelques jours auparavant, elle s’était efforcée, sans succès, de remettre un nom sur des portraits qui se trouvaient dans les couloirs de l’Ile Union. Pour ses collaborateurs actuels, il ne s’agissait que de leurs prédécesseurs, mais pour elle, nombre d’entre eux avaient été des collègues. Et ne pas parvenir à énoncer chaque nom la mettait face à la terrible réalité. Elle commençait à perdre la mémoire.

Elle qu’on avait surnommée la Dame d’Acier pour son tempérament et son attitude, elle qui avait battu des records de longévité politique, elle qui avait consacré sa vie à l’Etat, n’était plus qu’une vieille dame de plus en plus faible de jour en jour. Les réunions de la Table Ronde lui pesaient de plus en plus et elle sentait bien que son corps ne pourrait plus suivre très longtemps. Pourtant, si ça n’avait été que cela, surement aurait-elle tout de même continué, quitte à mourir en pleine séance. Mais puisque son esprit commençait aussi à lui jouer des tours, elle s’était faite une raison.

Elle avait annoncé aux autres Premiers sa démission le jour précédant. Ceux-ci l’avaient applaudie, comme un hommage à sa longévité exceptionnelle et à ses compétences. Mais elle savait qu’au fond d’eux, ces derniers étaient rassurés de ne plus l’avoir dans leurs pattes, elle qui avait, sur bien des sujets, imposé sa vision des choses.

Les dispositions étaient prises. Son annonce avait provoqué un raz-de-marée politique. Elle avait choisi son successeur parmi les Ministres en fonction de son Etat. C’était au Ministre Darwin, du Ministère de la Gestion, que revenait le poste. Lui-même n’allait pas tarder à annoncer qui allait le remplacer. Mais ce n’était pas le seul changement.

Sûrement inspiré par sa patronne, le Général Pasteur avait décidé de se retirer lui aussi du monde politique, pour se consacrer uniquement à l’Armée encore quelques années. Cette démission entrant encore dans le cadre du mandat de la Dame de Fer, c’était à elle que revenait la décision finale quant à la personne qui allait prendre sa place au Ministère de la Justice. Et c’était justement cette personne qu’elle attendait.

- Entrez ! lança-t-elle sèchement en entendant quelqu’un frapper à sa porte.
- Madame, dit André Malraux, le Majordome de l’Ile Union, qui lui aussi se faisait de plus en plus vieux, Mr le Colonel Cornell est là pour son entretien avec vous.
- Hé bien, faites-le entrer, Mr Malraux !
réclama-t-elle en se redressant dans son fauteuil malgré son dos qui commençait, lui aussi, à la faire souffrir. Et allez me chercher un chocolat chaud. Colonel, vous prendrez bien quelque chose ?
- Un simple café, s’il-vous-plait
, répondit la voix aimable du Colonel.

Marcus Cornell n’était pas très rassuré. Il avait déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de converser avec la vieille Première, mais toujours à l’aide d’un téléphone. Il ne l’avait jamais rencontrée en chair et en os. Mais quand il la vit, les bras croisés sur ses genoux, assise au coin du feu, il ne put se retenir de pousser un petit soupir de soulagement. Elle était plutôt en os qu’en chair, et se l’était imaginée beaucoup plus grande. Elle lui présenta son bras droit, sans pour autant se lever, qu'il serra vigoureusement, avant de ménager ses ardeurs en comprenant à quel point elle était faible. Il prit place sur un fauteuil à roulettes, qui faisait d’ordinaire face au bureau de Madame Roosevelt, puis la fixa du regard, un peu tendu. La pièce était uniquement éclairée par les flammes de la cheminée.

- Merci d’être venu, Colonel, lança-t-elle finalement après quelques instants de silence seulement rompus par le crépitement des flammes. Et félicitations.
- Merci, Madame
, répondit-il en hochant la tête. Je suis très heureux que vous m’accordiez votre confiance pour gérer le Ministère de la Justice.
- Mon choix n’a pas été aisé
, répliqua la Dame d’Acier, d’un ton sec. Il y a bien d’autres personnes à Kanto-Johto qui pouvaient prétendre à ce poste, et parmi eux, des militaires plus gradés que vous, à l’instar du Général Pasteur. De plus, vous n’avez que peu d’expérience au sein même du Ministère, n’ayant exercé que via l’Armée et la Police Internationale. Et pour finir, j’ai de sérieux doutes concernant vos compétences administratives.

Marcus déglutit. Il ne s’était pas vraiment attendu à se voir reprocher son manque d’expérience par la personne même qui l’avait choisi pour ce poste. Mais ce qu’elle disait était vrai. Lui-même avait d’abord cru à un canular lorsqu’il avait reçu l’Appel de la Table Ronde. Mais après les coups de fil de félicitations du Général Pasteur ou de Darwin, en première loge pour le savoir, il s’était fait une raison. Le Colonel était dans ses petits souliers. Malgré son état d’extrême fatigue et son corps qui fléchissait, la Dame d’Acier était encore capable de faire perdre contenance à un militaire endurci, et ce, juste avec des mots.

- Pourquoi m’avoir choisi, alors ? demanda-t-il finalement après un court moment de silence, en plissant les yeux. Pourquoi moi, et pas un autre Général ou Colonel, ou même un Juge de l’Etat ?
- Parce que vous, mieux que quiconque, pouvez comprendre quelles sont mes inquiétudes pour l’avenir.


Elle avait dit ces mots en regardant les flammes, comme perdue dans ses pensées. Malgré la tiédeur que ces dernières procuraient, le Colonel la vit frissonner. Quant à lui, il la regardait avec incompréhension. De quelles inquiétudes pouvait-elle bien parler ?

- Sans un certain événement qui, aujourd’hui encore, hante mes cauchemars, je ne vous aurais pas choisi, continua-t-elle. Mais, étant donné votre expérience acquise ces dernières années au sein de la Police Internationale, vous êtes l’homme de la situation. Cela ne fait aucun doute.
- Vous voulez parler de toutes les enquêtes sur des faits inhabituels que mon équipe a dû mener ?
demanda le Colonel en se penchant sur sa chaise.
- C’est exact, soupira la Dame d’Acier. Voyez-vous, je pense que les 5 Etats se dirigent tout droit vers un mur, façonné de toutes pièces par un seul homme. Et qu’une partie de vos enquêtes sont liées à ce destin qui se fait encore discret.

Le Colonel l’observait, l’air sombre. De quoi pouvait-elle bien parler ? Desquelles de leurs affaires parlaient-elles ? Et, surtout, de qui ? Il allait lui poser la question quand, soudain, on frappa à nouveau à la porte. Astrid Roosevelt poussa un soupir d’agacement et donna l’ordre à son Majordome d’entrer. Ce dernier s’exécuta et apporta un plateau d’argent sur lequel se trouvaient deux tasses fumantes et des biscuits. Il déposa le tout sur une petite table qu’il déplaça pour qu’ils puissent y avoir accès tous les deux en tendant simplement les bras, puis s’inclina avant de se retirer. La Dame d’Acier attrapa son chocolat chaud et un biscuit, rapidement imitée par le Colonel.

- Depuis ce fameux jour, les choses ont bien changées, continua-t-elle alors que Malraux sortait de la pièce. Parmi les Premiers, seul Mr Gandhi subsiste encore de cette fameuse journée. Mais c’est un naïf qui n’agit pas assez à mon goût, même si c’est un esprit brillant. Aussi voulais-je être sûre de prendre des dispositions spéciales avant mon départ.
- De quel jour parlez-vous, Madame ?
demanda le Colonel en fronçant les sourcils.
- De ce jour où nous avons vendu le Gouvernement au Diable en personne, répondit-elle d’un ton acerbe. Du jour où nous avons cédé au chantage du Professeur et Ministre Higgs.

Le Colonel se redressa à nouveau sur sa chaise. Aldebert parlait parfois du Ministre de la Santé comme d’un être abominable, mais c’était, jusqu’alors, la seule personne à tenir ce genre de discours, même si Stephen ou Isaac semblaient approuver. Au contraire, la plupart des gens le voyait comme un véritable saint. Le comparer au Diable était donc d’autant plus étonnant, surtout venant de la vieille Première.

- Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, déclara-t-elle ensuite. Je ne lui ai jamais fait confiance. Et j’ai très peur de ce qu’il prépare.
- Ce qu’il prépare ?
demanda le Colonel. Vous pensez qu’il projette un coup d’Etat ?
- Sans doute, ou peut-être même pire… Voyez-vous, derrière chacune de ses bonnes actions, je pense qu’il y a des conséquences dangereuses qui se cachent, et dont il est tout-à-fait conscient. Son poste de Ministre, qu’il réclamait ce jour maudit, n’était qu’un moyen sûr d’étendre son emprise sur le Monde… Tenez, prenez ce biscuit …


Le Colonel prit un air étonné et la regarda lui montrer le gâteau sec qu’elle tenait en main avec incompréhension. Qu’est-ce qu’une pâtisserie avait à faire là-dedans ?

- Notre système politique est comme ce biscuit. Dur, ferme, avec des bons côtés et des moins bons. Il ne peut pas plaire à tout le monde, mais il nous garantit un équilibre stable. Mais Higgs, lui, c’est un peu le chocolat chaud ou le café, dit-elle en le trempant dedans. Il rend notre système un peu plus mou, mais plus onctueux, au point qu’on ne puisse se passer de lui. Mais pourtant, si on les laisse trop longtemps ensemble… le biscuit finit par se désagréger. Il part en miettes, noyé dans la boisson qui avait, soi-disant, pour but de le rendre meilleur.

Elle le retira de sa tasse et montra qu’il manquait un petit morceau avant de le mettre en bouche, sous le regard inquiet du Colonel. Il commençait à comprendre où elle voulait en venir.

- Vous voulez donc que je garde un œil sur le Professeur Higgs et ses agissements? demanda-t-il.
- Tout-à-fait. Pendant 15 ans, j’ai essayé, par plusieurs moyens, d’amoindrir certains de ses pouvoirs au sein des 5 Etats. Mais jamais je n’ai trouvé quoique ce soit de concret pour le faire tomber. Je compte sur vous pour y parvenir avant qu’il ne provoque l’effondrement de notre société. Vous avez une connaissance sans égal des événements mystérieux de ces dernières années, dont certains impliquent secrètement le Professeur Higgs. Vous seul serez capable d’aider les Ministères à faire face à cette menace. C’est ma dernière décision en tant que Première de l’Etat de Kanto-Johto. Faites-en sorte que je ne le regrette pas.

Le Colonel regardait les flammes de la cheminée avant de se retourner vers la Dame d’Acier. Celle-ci le fixait avec un regard sévère, et il lui sourit en adoptant une attitude assurée.

- Comptez sur moi.

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Le Major Campbell, récemment nommé Chef d’équipe depuis le départ du Colonel en tant que Ministre de la Justice, déambulait dans les rues de Poivressel, vêtu d’un T-shirt à motif de Wailord. Cette grande ville de la région d’Hoenn est connue pour son port et son marché. Si elle ne dispose pas d’Arène, on y trouve pourtant nombre d’attractions qui en font une ville de plaisance et de passage pour de nombreux touristes ou dresseurs. Ils avaient été envoyés là-bas le matin même pour mettre la main sur des Pokémon très particuliers. En effet, et depuis quelques semaines, plusieurs incidents avaient eu lieu, que ce soit sur la plage ou en ville. Des citoyens avaient été agressés par des Pokémon non identifiés. Si la plupart s’en étaient sortis avec des blessures plus ou moins importantes, d’autres avaient tout bonnement disparu. Les Pokémon les enlevaient et disparaissaient avec eux tandis que leurs congénères empêchaient quiconque de les suivre. C’était du moins ce que racontait un rapport qui leur avait été envoyé pour qu’ils se penchent sur le cas.

Cependant, le Major n’était pas seul. Comme le Colonel était parti, on lui avait attribué une nouvelle coéquipière en la personne de Naomie Fleming. Cette dernière était la petite-fille du Général Pasteur et, tout comme lui, elle avait décidé de rejoindre l’Armée. C’était très récent et elle n’était encore que Lieutenant, mais son grand-père l’avait poussée à ce poste, histoire de la faire sortir des corvées patates et autres travaux administratifs barbants. La jeune fille avait 21 ans, et elle portait en permanence son uniforme et sa casquette militaire. Toujours droite et au garde-à-vous, elle semblait particulièrement sérieuse. Elle ne parlait que rarement, et surtout pour faire des remarques à son supérieur qui, selon elle, ne respectait pas assez les règles et les protocoles. Ce à quoi Billy ne prêtait aucune attention et se contentait de lui proposer de se détendre un peu. Mais celle-ci avait beaucoup de mal à prendre son supérieur au sérieux. Ne serait-ce que par son accoutrement, loin de l’uniforme officiel de l’Armée, il respirait une certaine insouciance qu’elle n’appréciait pas.

Leur mission était en premier lieu d’identifier ces Pokémon. Les descriptions variaient selon les individus mais ne semblaient concorder à rien de ce qui était connu dans la région, selon le Ministère de la Gestion d’Hoenn. Ils devaient ensuite mettre au point un moyen efficace et temporaire de les tenir éloignés de la ville. Ils passeraient alors le relais au Ministère qui, selon les conclusions tirées par Aldebert, déciderait du sort de ces intrus à priori indésirables.

Elodie et Isaac se penchaient déjà sur leur moyen de repousser les Pokémon. Pour ce faire, ils avaient réquisitionné un bureau du chantier naval afin de mettre au point une machine à ultrasons. Simple formalité pour l’Ingénieure qui devrait néanmoins tester les ondes sonores afin de limiter ces dernières pour ne pas gêner l’homme ou les autres Pokémon. Aldebert, lui, ne pouvait qu’attendre.

Les deux militaires venaient de finir leur tournée à travers la ville. Naomie avait suivi le Major Campbell dans tout Poivressel en écrivant dans un calepin les différentes zones où avaient été aperçues les créatures. Lorsqu’elle vit qu’ils se dirigeaient maintenant vers la plage, elle ne fit d’abord aucun commentaire, se contentant de se renfrogner. Mais en arrivant devant la Maison du Bord de Mer, elle ne put se retenir plus longtemps.

- Sauf tout mon respect, Major Campbell, ne pensez-vous pas que nous devrions finir notre travail de recherche avant de nous accorder une pause ? demanda-t-elle sèchement alors que Billy posait sa main sur la poignée de la porte.

Ce dernier la regarda en clignant des yeux, étonné. Puis il soupira et lui adressa un grand sourire.

- Ne t’inquiète pas, Naomie, on n’est pas là seulement pour prendre une pause, lança-t-il. Les vieux sont là, et d’après nos sources, on doit aussi interroger le patron. Après, si on peut prendre un verre en même temps…
- C’est lieutenant Fleming
, bredouilla la jeune femme, agacée. Et puis on ne peut pas boire pendant le service !
- Mais tu ne peux pas non plus refuser une tournée d’un supérieur !
lui répliqua Billy joyeusement en ouvrant la porte. C’est moi qui paye !

La militaire prit un air atterré, puis soupira un bon coup avant de suivre le Major à l’intérieur. Aldebert et Stephen étaient effectivement assis au comptoir. Le modeste établissement était connu pour avoir été à l’origine, près de 60 ans plus tôt, des premières productions de Soda Cool, la pêché mignon d’Aldebert. C’était un certains John Stith Florey, aujourd’hui décédé, qui avait inventé la recette qui lui aura valu son succès. Depuis lors, la société s’était faite connaitre de par le monde et le Soda Cool était rapidement devenu une des boissons préférées de beaucoup de personnes. Une première usine avait ouvert ici-même, puis d’autres partout dans d’autres régions. Aujourd’hui, la famille Florey était toujours à la tête de la firme. Malgré les années et les richesses ainsi gagnées, ils tenaient toujours le petit cabanon sur la plage, comme un hommage à leurs origines.

Le regard du Lieutenant fut tout de suite attiré par les deux vieux amis qui discutaient. Du peu qu’elle les avait côtoyés, Naomie avait déjà une opinion très tranchée sur ces deux-là. Le premier était un vieil hurluberlu, mais qui cachait bien son jeu et pouvait se montrer brillant par moment. Il l’avait prouvé sur les deux ou trois affaires qu’ils avaient déjà partagées. L’autre était tout simplement aussi génial qu’elle ne l’avait imaginé. Petite, elle avait dévoré la plupart de ses livres et avait été enchantée de rencontrer l’auteur. Il lui paraissait plein de vie malgré son âge. Mais son éducation stricte et son goût pour les règles de l’Armée l’obligeaient à refouler tout ce qu’elle aurait souhaité lui dire. C’était comme si on avait obligé une petite fille modèle à passer près du Père Noël sans pouvoir aller lui parler.

Les deux vieillards les saluèrent et le Major prit place au comptoir à côté d’Aldebert, ne laissant qu’un siège juste à côté de l’écrivain. La jeune fille se sentit rougir à l’idée de s’asseoir à côté de lui. Elle avait réussi à éviter ce genre de situation depuis quelques semaines mais elle savait que si ça devait arriver, elle ne pourrait se retenir de lui parler de ses livres avec admiration, au risque de briser tout protocole. Aussi préféra-t-elle rester debout, la tête baissée et fixant le sol. Billy la regarda un instant sans comprendre, puis haussa les épaules et appela le barman.

- Deux bières ! demanda-t-il quand celui-ci s’approcha. Naomie, arrête de bouder, et viens t’asseoir avec nous !
- Billy, franchement !
rouspéta Aldebert. De la bière ? Alors que nous sommes dans la Maison qui a vu naître l’élixir le plus délicieux et raffiné de la Terre !?
- Je me demande quand même si tu n’exagères pas un petit peu
, plaisanta Stephen en adressant un clin d’œil à la jeune fille, comme pour la mettre à l’aise, loin de savoir que si elle l’avait vu, elle en serait peut-être morte sur le coup.
- Faudra aussi que j’interroge le patron, d’ailleurs, dit Billy lorsque le serveur lui apporta les deux verres. Vous savez où je peux le trouver ?
- Vous voulez voir mon père ?
s’étonna ce dernier. Il doit être à la cave, je vais vous le chercher.

Il ne fallut pas attendre plus de quatre gorgées pour que le barman revienne en compagnie d’un homme âgé d’une cinquantaine d’année, portant une chemise bleue. Les deux hommes partageaient plusieurs traits du visage et il n’en fallait pas plus pour comprendre qu’effectivement ils étaient père et fils. Il sortit du comptoir et se dirigea vers le Major, qui se leva au dernier moment pour lui serrer la main, sous le regard désapprobateur de Naomie.

- Je suis Ernest Florey, dit-il. Vous vouliez me voir ?
- Major Campbell, Police Internationale
, répondit le militaire en hochant la tête. Et voici mes collègues, le Professeur Caul, Mr Shelley et Miss Fleming.
- C’est Lieutenant
, chuchota-t-elle presque pour elle-même tandis qu’Aldebert se levait d’un bond pour serrer à son tour la main du patron.
- Je suis votre plus grand fan ! s’écria le Professeur, dans un état d’euphorie rarement égalé. Le Soda Cool est ma boisson préférée depuis que je suis tout petit, et je n’ai jamais rien bu d’aussi bon !
- Content que notre produit vous plaise
, répliqua l’homme, un peu pris de court. Mais que me vaut la présence de la Police Internationale dans mon modeste établissement ?
- Modeste ! Mais…
, s’insurgea Aldebert avant d’être subtilement interrompu et éloigné par Stephen.
- Nous sommes là pour les agressions de Pokémon dont votre famille a déjà été victime ces derniers jours, Mr, dit Billy.

L’homme se renfrogna de suite, perdant son sourire. Son fils, qui était retourné derrière le comptoir, venait de faire tomber une bouteille, qui se brisa par terre. Lui aussi semblait soudainement perturbé. Son regard passait du Major à son père, comme angoissé. Ce dernier soupira et invita le Major à le suivre à une table, la plus éloignée du comptoir possible, et fit signe à son fils de l’attendre.

Poussée par la curiosité, Naomie rejoignit son supérieur, profitant que l’écrivain ne les accompagne pas, trop occupé à gérer Aldebert. Elle avait peine à penser qu’elle pourrait très bien être dans le même état que le Professeur si elle devait un jour se retrouver seule avec Mr Shelley.

- Mon fils, Valentin, a perdu sa femme, Mary, dit sombrement l’homme sans attendre, une fois qu’ils furent tous les trois assis. Elle a été capturée et emmenée de force par ces créatures, il y a une semaine environ…
- J’en suis désolé
, dit calmement Billy. Pouvez-v…
- Je ne suis pas sûr que vous compreniez
, l’interrompit Mr Florey. Ma Belle-fille a peut-être été tuée, voir même dévorée, par ces créatures. Mon petit-fils n’arrête pas de réclamer sa mère. Et que pouvons-nous lui dire ? Comment lui expliquer ? Il a tout juste 6 ans !

Billy ne répondit pas de suite. L’homme avait des larmes aux yeux, et paraissait particulièrement remonté. Mais ce n’était pas la première personne aujourd’hui à avoir cette réaction. En tout, 17 personnes étaient portées disparues, des hommes, des femmes, des enfants…

- C’est justement pour éviter que ce genre de choses se reproduise que mon équipe est ici, déclara Billy. Nous allons tenter d’en capturer une à notre tour, et trouver un moyen de les tenir éloignées le temps de faire le ménage. Mais nous avons besoin de toute votre collaboration.
- Et vous l’aurez
, répondit l’homme. Demandez-moi ce que vous voulez.

Naomie reprit son calepin dans ses poches et se remit à prendre des notes. L’homme était en train de décrire cette horrible journée où Mary Florey s’était volatilisée quand, brusquement, ils entendirent des cris de détresse depuis la plage. Par la fenêtre, ils virent plusieurs personnes se diriger en courant vers l’école de Poivressel, et Billy interrompit l’interrogatoire pour les rejoindre. En un sens, la chance leur souriait. Une attaque avait lieu en ce moment même.

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L’école de Poivressel avait cet avantage non négligeable d’avoir un morceau de plage comme cours de récréation, au grand plaisir des enfants. Ils passaient leurs récréations à fuir les vagues, à dégringoler de toboggans ou à construire des bâtiments dans le sable, le tout sous la surveillance d’un professeur.

Ce dernier était en train de régler une chamaillerie entre deux petites filles quand la première créature sortit sa tête hors de l’eau. D’autres têtes émergèrent aussi, puis replongèrent rapidement pour se cacher des enfants qui pointaient, déjà, leurs doigts vers elles. Intrigués, ces derniers appelèrent leurs camarades pour qu’ils puissent donner leur avis sur quel Pokémon s’était approché d’eux. Lorsque le professeur eut enfin puni la fautive, il remarqua qu’un grand groupe d’enfants s’était ainsi agglutiné près de l’eau. Ce n’était guère très alarmant, car ils faisaient toujours ça quand ils voyaient un Pokémon dans la mer. Mais, parfois, trop occupés à regarder l’horizon, ils étaient victimes d’une vague plus grande que les autres et finissaient mouillés jusqu’aux os.

Le professeur était en train de se rapprocher d’eux pour les mettre en garde lorsque, soudain, une première de ces créatures surgit de l’eau, les bras en avant, comme pour se saisir d’un enfant tout proche. Le professeur hurla, mais les enfants s’étaient déjà reculés sous la surprise et ceux qui n’étaient pas tombés s’enfuyaient déjà. Heureusement, l’élan n’avait pas été suffisant et la chose s’était tout simplement étalée par terre, dans le sable humide. Mais déjà elle prenait appuie sur ses bras squelettiques pour se relever.

L’instituteur n’en croyait pas ses yeux. La créature qui se tenait debout, le dos voûté et les bras pendants, avait une forme presque humaine. Mais sa peau était recouverte d’une sorte de pelage bleu. Les doigts de ses mains étaient palmés et pourvus de grandes griffes, tout comme ses larges pieds, et il avait à la place de la bouche une sorte de long bec aplati, dont la chair était apparemment à l’air libre. De loin, l’instituteur l’aurait certainement confondu avec un Akwakwak. Mais son regard presque vide et le reste de son visage faisaient penser à une forme humaine, aussi dérangeante soit-elle. La créature poussa un grognement, semblable à un râle, laissant échapper des filets de bave de sa bouche, et tendit un bras vers les derniers enfants qui peinaient à se relever. Voyant que d’autres créatures semblables commençaient à sortir de l’eau à leur tour, l’instituteur se précipita vers ses élèves. Il envoya son Flobio pour distraire les monstres puis attrapa par le poignet les quelques enfants qui restaient, les relevant et leur ordonnant de s’enfuir.

La stratégie fonctionna pendant quelques secondes. Les êtres s’étaient rassemblés autour du Flobio et poussaient des cris, comme pour lui faire peur, agitant leurs larges griffes pour le menacer. Mais lorsqu’ils s’aperçurent que les humains s’étaient mis en fuite, ils détournèrent le regard et se lancèrent à leur poursuite, telle une meute affamée.

L’enseignant et les enfants atteignirent la cafétéria de l’école juste à temps, et l’un de ses collègues, qui avait accouru en entendant les cris, se hâta de fermer la porte à clé. Les créatures se jetèrent sur les vitres, comme si elles ne les avaient pas vues. Les enseignants firent reculer les enfants, tandis que l’un d’eux appelait de l’aide avec son PokéNav. Puis, quand elles commencèrent à frapper violemment sur la glace dans le but de la briser, ils accompagnèrent les enfants vers une autre pièce de l’école, pour se cacher le temps que les secours arrivent.

Il ne fallut guère longtemps avant que ne débarquent quelques citoyens que le corps enseignant avait contactés. Le premier sur place fut le commissaire Balkan, qui avait été le premier averti et qui, par chance, ne s’était pas trouvé fort loin et avec sa moto. Il envoya tout de suite son Elecsprint pour porter main forte au Flobio, qui était resté dehors, mais qui peinait à interrompre les créatures. Le pauvre Pokémon était déjà mal en point. Il avait reçu un coup de griffe sur le visage et attaquait de manière confuse, ne sachant où se trouvaient ses adversaires.

Lorsque l’une d’elle subit une attaque électrique, toutes se tournèrent vers le Pokemon du Commissaire, abandonnant le Flobio en détresse et la vitre. C’était tout juste, car celle-ci était sur le point de céder sous les coups. Sans plus attendre, elles se jetèrent sur Elecsprint, le battant de leurs mains griffues. Le pauvre Pokémon poussa des cris de douleur et le commissaire n’eut d’autre choix que de le rappeler dans sa Ball en voyant jaillir le sang de son ami. Il allait faire appel à un autre de ses Pokémon quand, soudain, il sentit une vive douleur au niveau de la jambe. Il baissa la tête et hurla de terreur.

Une tête, encore une fois presque humaine, sortait du sable. Une sorte de carapace orange-brune la recouvrait presqu’entièrement, mais pas au niveau de la bouche et des yeux. La chose regardait le policier avec un regard de psychopathe tandis qu’il serrait plus fort sa large pince avec laquelle il s’était saisi de sa jambe.

- Celui-là ira ausssssi ! siffla la créatures. Allez, dépêcheeeez!

Comme si elles répondaient aux ordres de la chose enfuie sous le sable, les autres créatures se rapprochèrent du commissaire, tendant les bras, tels des zombies d’un vieux film de science-fiction. Mais avant qu’elles n’aient pu se saisir de lui, un Arbok se dressa devant elles. Grand, intimidant, il faisait bouger sa queue en rythme tout en exposant sa collerette pour paraitre plus grand. Les monstres reculèrent sous la surprise avant de pousser de nouveaux grognements à son encontre, agitant leurs griffes d’un air menaçant. Mais quand d’autres Pokémon furent invoqués aux côtés d’Arbok, un Ningale, un Phogleur et un Galegon, les créatures cessèrent de se manifester. Sans demander leur reste, elles se précipitèrent d’un même mouvement vers la mer. Au même instant, le commissaire, qui était tombé à genoux sous la douleur, sentit la pince le libérer et vit la tête, déformée par la colère, s’enfuir sous le sable, tandis qu’elle proférait un juron.

- Faut qu’on essaye d’en chopper un, Nao ! lança le Major Campbell en faisant signe à son Arbok de suivre les monstres.
- Grmbltenant Fleming, bougonna-t-elle.

Déjà les créatures plongeaient et filaient sous l’eau, bien plus à l’aise en milieu aquatique. Mais l’une d’elle, apparemment blessée au pied par Flobio, boitait derrière. L’Arbok s’enroula rapidement autour de son corps tandis qu’elle hurlait à la mort, avant d’être rejointe par le Ningale du Lieutenant. Ce dernier agitait les antennes d’un air menaçant à l’encontre des deux dernières créatures qui s’étaient interrompues en entendant leur congénère appeler à l’aide. Ces derniers se rapprochaient en grognant, mais ils firent vite demi-tour en constatant que les Pokémon des autres citoyens venus en renfort arrivaient à leur tour.

- Qu’est-ce que c’est que cette chose ? murmura Naomie, hébétée, en arrivant au niveau du monstre, piégé dans les anneaux d’Arbok.
- Aucune idée, lui répondit son supérieur en approchant la tête pour mieux l’observer. J’ai d’abord cru à un Akwakwak, mais ça n’y ressemble pas tant.

Autour d’eux, les citoyens de Poivressel se rapprochaient pour les féliciter d’avoir capturé une des créatures. Le commissaire Balkan, soutenu par une jeune femme et un homme d’une quarantaine d’année, leur lança les plus vifs remerciements.

- Si vous n’étiez pas arrivés à temps, ces monstruosités m’auraient certainement embarqué à mon tour ! Je vous dois une fière chandelle.
- Ravi de savoir qu’elles n’ont kidnappé personne cette fois-ci
, lança Billy. Je suis le Major Campbell et voici le Lieutenant Naomie Fleming.
- Enchanté
, lança Balkan en accordant un regard assez insistant sur la tenue du Major. Vous avez besoin d’aide pour tuer la bête ?
- La tuer ?
répéta Billy en fronçant les sourcils.
- Ces sales créatures sont responsables de bien des choses, Major, continua le commissaire. Elles ne méritent que ça.
- Hé bien, je ne pense pas la même chose que vous, shérif
, répliqua Billy d’un ton contrarié. Mon équipe doit d’abord l’identifier et l’analyser convenablement, avant que tout autre mal ne lui soit fait.

La bonne humeur du sauvetage fit place à la consternation des citoyens. Ils se mirent à huer les militaires tandis que ces derniers, à l’aide d’Arbok, emmenaient la créature. Naomie, stupéfaite de leur réaction, ne cessait de jeter des regards derrière elle, tandis que son supérieur marchait droit devant.

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Un peu plus loin, à quelques centaines de mètres à l’ouest, les créatures sortaient à nouveau de l’eau pour regagner la plage d’une petite ile. Silencieuses, elles avançaient calmement vers l’ancienne usine désaffectée qui, autrefois, justifiait la présence de l’homme sur l’ile. Mais depuis son abandon quelques années auparavant, l’ile ne recevait quasiment plus aucune visite de la part de la race humaine, et l’état de détérioration des murs de l’Usine en témoignait.

Pourtant, et depuis quelques semaines, la vie grouillait à nouveau là-bas. Mais il s’agissait là une forme de vie dont la Nature n’était pas entièrement responsable.

À la suite des créatures bleues, celle qui avait attrapé le commissaire par la jambe émergea à son tour. L’entièreté de son corps était recouverte de cette étrange carapace qui le faisait se mouvoir avec lenteur. Presque obligé de marcher à quatre pattes, il traînait par terre ses bras qui se terminaient par de larges et puissantes pinces, laissant les traces de leur passage dans le sable.

A l’entrée de l’usine, une autre créature se tenait là. De par son visage féminin et aux longs cheveux, elle semblait plus proche de l’être humain que les autres, mais son corps était tout autant recouvert du même pelage bleu. Elle n’avait pas de bec, et seuls ses pieds semblaient palmés. Contrairement aux autres, qui étaient complètement nues, celle-ci portait une sorte de short troué à plusieurs endroits, ainsi qu’un vieux T-shirt qui, autrefois, avait dû être blanc. Sans adresser un regard aux créatures qui lui ressemblaient, elle agitait la main en direction de celle qui était munie de pinces.

- Jimmy ! Hey ! lança-t-elle d’une voix parfaitement normale. Tu as réussi, dis ?
- Réusssi ?
répliqua le dénommé Jimmy dans une sorte de sifflement. Les enfants étaient parvennnnnnus à sssss’enfuir avant que je n’arrive ! J’ai failli avoir le commissss…
- Tu ne l’as pas eu, alors ?
l’interrompit-elle d’un air peiné. Je vois…

Elle se détourna et rentra à l’intérieur, sans plus se soucier de Jimmy qui lui demandait de l’attendre. Elle avait le regard sombre et semblait plongée dans ses pensées. Puis elle s’arrêta brusquement et fit volte-face. Elle se mit à courir, bouscula presque Jimmy, puis se jeta dans l’eau, prête à nager jusque Poivressel. Depuis une fenêtre de l’Usine, Léo et le Docteur Vygotsky la regardaient partir, sans qu’ils ne lui aient rien demandé. Léo avait attrapé son Pokématos, mais le Docteur l’interrompit d’un geste de la main.

- Ne vous inquiétez pas, Léo, dit-il avec un large sourire confiant. Elle sera vite de retour. Inutile de troubler notre planning.

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Mr Archibald, un ingénieur naval renommé, avait gracieusement prêté ses bureaux aux membres de l’équipe de la Police Internationale. Il avait profité de l’occasion pour aller avec ses associés s’occuper du Marina, une de leur création du temps où Archibald n’était encore que second de l’équipe. Par conséquent, Elodie et Isaac pouvaient travailler tranquillement, sans risque de se faire déranger. L’ingénieure avait tôt fait de fabriquer quelques exemplaires de bombes à ultrasons, de petits boitiers qui dégageaient des vibrations de l’air dont Isaac pouvait régler la fréquence à distance avec son ordinateur. Comme l’oreille humaine n’était pas capable de distinguer les sons au-dessus de 20 000 Hertz environ, le but était de provoquer un ultrason dérangeant pour les créatures mais imperceptible pour l’homme. La technique n’était pas nouvelle, et Elodie l’avait déjà testée à plusieurs reprises pour empêcher des Pokémon intrusifs d’entrer dans un certain périmètre. Le tout était de trouver la bonne fréquence.

C’était la première chose qu’ils avaient testée lorsque Billy et Naomie avaient débarqué avec l’une des créatures. Ils l’avaient attachée à un lit avec des sangles solides et fait plusieurs tests. Ils en étaient rapidement arrivés à la conclusion que sa perception auditive était fort proche de celle de l’homme. Néanmoins, elle réagissait tout de même à des ultrasons légèrement plus fort que le maximum dont est capable l’oreille humaine. Ils n’avaient donc eu qu’à régler leurs « bombes » et leur travail était déjà terminé. Aldebert, au contraire, allait devoir s’y mettre plus sérieusement.

Le Professeur Caul devait étudier la créature pour en déterminer les origines. Même attachée avec des sangles, celle-ci restait capable de mordre ou même de griffer si l’on ne faisait pas attention. Par conséquent, Chapignon l’avait endormie avec ses spores et restait sur le qui-vive pour la surveiller, tandis qu’Aldebert l’examinait de partout, prélevant parfois des morceaux de peau ou de poils pour les étudier au microscope.

Le Major et le Lieutenant n’étaient pas restés très longtemps. Ils devaient encore récolter quelques témoignages et demander des précisions aux instituteurs à propos de l’attaque pour laquelle ils étaient intervenus. Elodie, n’ayant plus rien à faire, étaient donc retournée à son entrainement, sous la surveillance d’Isaac.

Elle était donc assise à une table. Sur celle-ci, il n’y avait qu’un simple verre rempli d’eau, que l’ingénieure fixait avec insistance. Elle semblait très concentrée, et Isaac faisait de son mieux pour ne pas faire de bruit. Son regard passait de sa sœur adoptive au verre, comme s’il attendait quelque chose. Enfin, au bout de quelques instants, le verre se souleva de quelques centimètres, comme attrapé par une main invisible. Il tremblait légèrement, mais pas au point que l’eau en sorte. Il s’avançait, lentement, vers Elodie. Après quelques secondes, Elodie tendit la main et attrapa le verre sans qu’il ne retombe et poussa un grand soupir de soulagement.

- Tu y arrives de mieux en mieux, lui sourit Isaac.
- Ce serait dommage que je régresse, non ? fit remarquer l’Ingénieure en lui rendant son sourire. Bon, par contre, c’est pas encore très impressionnant.
- C’est vrai que je t’ai déjà vue faire mieux
, plaisanta son frère.
- Ho arrête, on est même pas sûrs que c’était moi…

Elle but une gorgée puis déposa le verre, l’air soucieuse. Elle avait commencé à exercer ses dons de télékinésie depuis quelques mois seulement, mais elle faisait de grands progrès. Selon Aldebert, seul un très faible pourcentage de la population mondiale était capable de déplacer des objets avec la force de son esprit, et cela réclamait un apprentissage particulièrement long. C’était un pouvoir qui devait être inné chez leurs ancêtres, mais que l’évolution avait fait taire au fil des générations. Pourtant, Elodie se montrait très précoce comparé à ce qu’ils disaient dans des livres qu’elle avait lus sur le sujet. Aldebert et Isaac avaient beau lui dire que ses origines n’avaient rien à voir là-dedans, elle en doutait un peu, toujours un peu tourmentée à ce propos. Mais pourtant, elle voulait à tout prix voir de quoi elle était capable. Jusqu’où son potentiel pouvait la mener.

On frappa aux portes du chantier naval. Isaac se leva d’un bond pour aller ouvrir, mais Stephen fut plus rapide. Devant l’encadrement de la porte, il vit deux hommes, un âgé et un plus jeune, ainsi qu’un petit garçon qui devait avoir six ans environ.

- Mr Florey ? s’étonna l’écrivain. Je peux vous aider ?
- Nous sommes simplement venus apporter notre soutien à vos recherches, ainsi que nos remerciements
, lança le grand-père.
- Ho, hé bien, ne restez pas là, entrez ! les invita Stephen en tendant le bras. Ce sont les propriétaires de la Maison du Bord de Mer, et le PDG de l’entreprise Soda Cool, lança-t-il en voyant le regard interrogateur d’Isaac.
- Ha, c’est Aldebert qui va être tout fou, alors, répondit Isaac.
- Nous avons cru comprendre que vous appréciez le Soda Cool, alors on vous a apporté quelques bouteilles, lança Valentin Florey, le barman, en montrant un bac de bouteilles qu’il portait.
- Al’ en sera ravi, répondit Stephen.
- Le Major n’est pas là ? demanda le grand-père en tenant son petit-fils par les épaules. Justin voulait le remercier d’être intervenu, tout à l’heure.
- Il ne devrait plus tarder
, lança Isaac. Mais venez donc, je vais prévenir Aldebert, ça lui donnera l’occasion de faire une pause.

Il alla chercher le Professeur, qui parut bien embêté d’être interrompu alors qu’il s’apprêtait à mettre un sucre dans sa bouche. Mais lorsqu’Isaac lui expliqua la situation, il abandonna sa drogue près de l’évier et accourut sans prendre la peine d’enlever son tablier, qui était parsemé de la salive gluante de la créature.

Ils s’installèrent à une table, y déposèrent le bac de Soda, et les Florey les assaillirent de questions sur leur travail dans la Police internationale. Stephen dût intervenir à quelques reprises pour empêcher son ami de dévoiler des informations censées rester secrètes, puis Elodie proposa au jeune Justin, qui manifestement s’ennuyait un peu, se contentant de jouer avec une photo, de venir voir avec elle les coulisses du Chantier Naval, et toutes les maquettes de bateaux qui s’y trouvaient. Ce n’est que quelques minutes plus tard que les deux militaires revinrent de leur patrouille en ville.

- Ha, Billy ! s’écria Aldebert en voyant débarquer le Major. Justement, je vous attendais pour faire mon rapport préliminaire.
- Ha, parfait
, soupira Billy en attrapant une des chaises qui restaient et de s’y étaler de tout son long, sous le regard acerbe de Naomie. J’avais justement pas envie de faire un break.
- Je vais chercher Justin
, lança Mr Florey fils en se relevant. Il veut vous remercier tous les deux pour tantôt.

Naomie rougit à l’idée de recevoir des remerciements. Elle n’en avait encore jamais eus en tant que militaire. Mais en remarquant qu’encore une fois il ne restait qu’une place à côté de Stephen, celle qu’Elodie avait libérée, elle prit une teinte cramoisie et baissa la tête pour éviter qu’on le remarque, restant plantée derrière, au garde à vous.

- Alors, Aldebert, quoi de neuf du coup ? demanda Billy en décapsulant une bouteille de Soda. Vous avez trouvé quoi ?
- Hé bien, vous avez certainement remarqué que Donald ressemblait beaucoup à un Akwakwak.
- Donald ?
répéta Mr Florey en fronçant les sourcils.
- C’est le petit nom qu’Al’ lui a donné, précisa Isaac.
- Donc, j’ai voulu voir si le rapprochement avec ce Pokémon et Donald était fondé, et en analysant ses poils et sa salive, j’en suis arrivé à une conclusion parfaitement étonnante. Donald possède deux ADN.
- Deux quoi ?
demanda Billy.
- Voyons, on t’en a déjà parlé, le gronda Isaac. C’est une sorte de carte d’identité de ton corps, avec toutes les informations qui te concernent. Sauf que chez les êtres vivants normaux, il n’y a qu’un seul ADN.
- Donald a deux ADN tout-à-fait différents. Un ADN d’Akwakwak, et un ADN humain. En vérité, chaque partie de son corps a un ADN particulier et pas l’autre, mais, techniquement, ce genre de cas est impossible, et devrait entrainer la mort de l’individu, car les ADN se rejetteraient les uns les autres. Pourtant ici le phénomène de rejet est comme ralenti, au point que le corps fonctionne normalement ou presque.
- Et comment vous expliquez ça ?
demanda Billy d’un air préoccupé.
- Je … Je ne sais pas, dit Aldebert d’un ton hésitant. C’est possible avec des traitements adéquats, mais ce n’est peut-être pas la seule solution. Tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas naturel. Il ne s’agit pas de bêtes greffes comme les Chimères que certains confrères ont déjà tentées de créer par le passé. Donald a été créé artificiellement. Et c’est sans doute le cas des autres Chimères. Reste à savoir comment…
- Donc, il y a quelqu’un derrière ces créatures
, conclut Stephen d’un air sombre.
- Vous voulez dire que quelqu’un a orchestré les attaques de Poivressel par ces… ces choses ? s’exclama Mr Florey d’un air de révolte.

Ils se tournèrent vers lui et Naomie plaqua sa main devant sa bouche. Le Professeur venait de délivrer des informations censées rester top secrètes alors qu’un civil était présent ! Elle regarda les autres membres de l’équipe, qui toutefois ne semblaient pas manifester le même embarras qu’elle.

- Ne vous inquiétez pas, Mr Florey, nous allons vite découvrir qui est derrière tout cela, répondit le Major d’un ton assuré. Mais av…

Il s’interrompit. Son Pokématos s’était mis à sonner dans sa poche. Il soupira profondément et l’attrapa.

- Ha, une autre attaque détectée… murmura-t-il comme s’il avait perdu toute joie de vivre. Génial… Trois individus…
- C’est l’occasion de voir l’effet de notre Bombe à ultrasons !
s’écria Isaac avec entrain.
- Ha, parce que vous l’avez terminée ? demanda Billy, soudain de meilleure humeur.
- Elodie en a fabriquées quelques-unes, à disposer dans des coins stratégiques de la ville, confirma Isaac. Je viens avec vous pour la tester.
- J’avoue que je suis curieux de voir ça…
lança Mr Florey. Ça ne vous dérange pas si … ?
- Non, venez !
s’écria Billy avant que Naomie n’ait le temps de manifester sa désapprobation à ce qu'il soient accompagnés d’un civil de cinquante ans passés. En plus, vous pourrez nous guider, je ne sais déjà plus où se trouve le Marché !
- Suivez-moi, alors !
lança le PDG du Soda Cool en se relevant.

Il se mit à courir, suivi de Billy, Naomie et Isaac, qui transportait la fameuse bombe à ultrasons. En voyant sortir Mr Florey, la Chimère, cachée sur le toit d’une maison, sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Mais elle devait encore rester cachée. A l’affut de ses proies.

Posté à 11h11 le 04/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 45 après Dieu : l’année de l’Anomalie (2/2)



Arriver à l’ancien Café Lysandre ne fut pas très long. Le bâtiment semblait ne plus être entretenu depuis la chute de la Team Flare, quelques mois auparavant. Les vitres avaient été repeintes afin qu’on ne puisse voir à l’intérieur et des jeunes gens de la ville en avaient profité pour parsemer les murs de tags moqueurs envers l’organisation criminelle déchue. La porte avait surement été vandalisée à plusieurs reprises et elle pendait encore péniblement de ses gongs, abimée de tous les côtés. A l’intérieur, Isaac découvrit une pièce qui, autrefois, devait être bien accueillante et agréable pour venir boire un café. Mais les jeunes de la ville étaient, comme pour l’extérieur, passés par là. Les chaises cassées jonchaient le sol, entre les bris de verres et autres déchets. Il faut dire que c’était pour eux une cible rêvée, un défouloir sur lequel ils pouvaient s’acharner sans risque d’encourir des plaintes, puisque tous les adultes partageaient leur opinion sur les anciens occupants du café.

L’entrée secrète qui, autrefois, était cachée par une armoire, se trouvait tout au fond de la salle. Elle menait à un ascenseur, dont l’intérieur, rempli de taches suspectes et de nouveaux graffitis, dégageait une odeur nauséabonde. Manifestement, à en croire par la petite lumière qui clignotait, l’ascenseur fonctionnait toujours. Il y avait fort à parier que les jeunes d’Illumis à qui on devait les graffitis et les autres détériorations du bâtiment l’avaient déjà emprunté pour mettre les autres étages en désordre. Mais Isaac n’avait pas le temps d’aller vérifier cela et, d’après les notes de l’agent Beladonis, l’accès à l’étage qui l’intéressait était verrouillé. Suivant les explications dans son dossier, Isaac poussa rapidement sur une combinaison de boutons, ce qui lui permit de débloquer l’étage secret. C’était manifestement là qu’œuvrait l’homme derrière la Combinaison d’Elili.

Une fois arrivé à l’étage secret, Isaac sortit de l’ascenseur et avança lentement, se tenant sur ses gardes. Il avait allumé son ordinateur et le maintenait des deux mains, pour ne pas le faire tomber. Il comptait sur son appareil pour l’aider à vaincre la Combinaison, mais s’il l’endommageait avant même que la confrontation ne commence, alors c’était peine perdue.

L’étage avait beau être « secret », il n’en était pas moins grand. Plusieurs couloirs étaient accessibles, avec chacun plusieurs portes. L’Agent Beladonis était parvenu à découvrir l’utilité de certaines d’entre-elles, mais beaucoup d’autres restaient un mystère. Il passa devant une bibliothèque qui devait contenir toutes les notes du concepteur. L’informaticien hésita, puis poursuivi son chemin. Il y avait plus urgent et pourrait très bien repasser là par la suite, pour en apprendre encore plus sur la Combinaison.

Enfin, après être passé devant quelques portes et en avoir entrouvert l’une ou l’autre, sans distinguer quoique ce soit de pertinent, il trouva la pièce dans laquelle deux personnes se trouvaient. La première était Millie, ou plutôt Elili, puisqu’elle portait sa combinaison. Des câbles lui étaient attachés, la reliant à de grandes machines qu’un homme observait. Ce dernier était tout habillé de rouge, et avait des cheveux dressés en une pointe de la même couleur. Il était légèrement enveloppé, et semblait très concentré, n’ayant pas remarqué que la porte derrière lui s’était ouverte et que le visage de l’Isaac en sortait, curieux. Profitant de l’inattention de l’homme, Isaac entra et s’assit en tailleur par terre, l’ordinateur sur les genoux et un petit micro à côté de ses chevilles. Il activa un logiciel qu’il avait lui-même mis au point quelques temps auparavant pour une précédente mission et toussa à trois reprises, afin d’attirer l’attention des deux individus.

L’homme poussa une exclamation de surprise avant de se retourner vivement, dévoilant ses grandes lunettes dont les verres étaient, encore, rouges. Elili n’eut pas de réaction, comme l’avait espéré Isaac, signe que Millie sous sa combinaison n’avait pas sa conscience active. L’expression de l’homme passa rapidement de mauvaise à confiante et il éclata d’un petit rire assuré.

- Qu’avons-nous là ? demanda-t-il d’une voix rauque. Serais-tu un dresseur envoyé par ce stupide enquêteur à ma poursuite ?
- Pas exactement
, répondit Isaac d’un ton calme en jetant de temps à autre un regard vers son écran. Même si je dois avouer que je ne serai pas venu si vite si votre expérience ne m’avait pas subtilisée mon Pokémon.

Le sourire de l’ancien scientifique en chef de la Team Flare s’élargit. Cet homme était téméraire et aveuglé par la colère ! Il s’était jeté dans la gueule du Lougaroc une seconde fois en l’espace de quelques heures. Mais c’était peine perdue. Jamais il ne pourrait venir seul à bout d’Elili. Cependant, sa présence soulevait un problème regrettable. Sa planque, si douillette et si équipée, avait été percée à jour… Quelqu’un avait-il parlé ? Ou bien ses compétences en informatique lui avaient-elles permise de forcer les sécurités de l’ascenseur ? Quoiqu’il en soit, il faudrait certainement envisager de déménager une fois son cas réglé.

- C’est vraiment très impressionnant, continua Isaac sans changer de position. Votre Combinaison. Vous en êtes l’auteur, je présume ?
- C’est exact !
clama l’homme, poussé dans son orgueil. Je suis le Professeur Xanthin, ancien directeur scientifique de la Team Flare. Cette combinaison est née de mon génie il y a déjà quelques années. Si Lysandre m’avait laissé quelques mois de plus, nous aurions pu nous en servir pour mettre le monde à genoux. Mais soit, c’est une chose que je ferai seul, désormais !
- Je n’en doute pas
, reprit Isaac. J’ai parcouru quelques pages de vos dossiers que le fameux inspecteur vous avait volé. Il vous a surement fallut un temps monstre pour mettre au point un tel bijou technologique. Vous avez dû collaborer avec d’autres scientifiques ?
- Aucun !
s’écria Xanthin, un peu renfrogné cette fois. Tout est issu de MES recherches ! Je nourris ce projet depuis bien longtemps et je compte bien atteindre la perfection. Mais donc, votre ami s’est déjà infiltré ici, si je comprends bien ?

Isaac ne le regardait plus. Il fixait son écran d’ordinateur, un sourire se dessinant de plus en plus sur son visage, ce qui avait le don de mettre en rogne le professeur Xanthin. Cet homme se moquait-il de lui ? Au moins était-il stupide au point de confirmer ses soupçons à propos du Café Lysandre. Mais il était assez sot pour s’être rendu seul ici, et avec son Pokémon déjà volé ! Elili allait bien vite lui faire ravaler son sourire.

- Elili ! s’écria-t-il en tendant le bras d’un air théâtral. En position !

Millie se mit enfin à bouger, conduite par la combinaison à s’avancer de quelques pas pour se dresser entre Isaac et le Professeur, prêt à se jeter sur l’informaticien dès que le professeur Xanthin lui en donnerait l’ordre. Les câbles qui la reliaient aux machines s’étaient détachés au premier mouvement de sa part.

- Problème ! lança le Professeur Xanthin d’un air confiant. Soit un homme sans avantage physique, ayant déjà perdu son Pokémon, contre Elili, vêtue de sa Combinaison Booster, et dont tous les sens et aptitudes sont améliorées. Qu’obtenons-nous ? Le Triomphe de mon génie, pardi !

Sur ces paroles, Isaac se contenta de déplacer le micro qu’il avait posé par terre pour le rapprocher de sa bouche. Il pianota à son clavier et adressa un regard de défis au Professeur Xanthin.

- Vous avez oublié quelques détails dans votre équation, Professeur, déclara-t-il. Et même si je suis très excité par votre fameuse Combinaison… Cela n’empêche pas que vous ayez laissé une toute petite faille.

Xanthin étouffa d’une exclamation de surprise. Isaac avait prononcé cette dernière phrase dans le micro, mais au lieu de simplement amplifier la voix, celle-ci avait été modifiée pour ressembler presque à l’identique au timbre de voix du Professeur Xanthin lui-même. Il n’en croyait pas ses oreilles et se les frotta vivement, comme s’il les tenait pour responsable de ce qu’il venait d’entendre.

- C’est pas mal, hein ? continua Isaac en souriant, la voix toujours modifiée. J’ai réalisé ce logiciel il y a quelques mois, pour une autre mission. Il fallait juste que je vous fasse un peu parler pour que mon ordinateur scanne votre voix et soit capable de transformer la mienne. Je me demande si l’imitation est assez parfaite… Elili, tu peux te baisser ?

La jeune fille en Combinaison s’exécuta immédiatement, se mettant accroupie. Le Professeur, derrière elle, serra les poings sous la colère. Jamais il n’aurait cru que sa propre voix serait si désagréable à entendre. Il s’était fait berner par cet informaticien prétentieux ! Jamais il n’aurait imaginé que le point faible de sa Combinaison serait justement ce protocole sur lequel il avait tant travaillé afin qu’Elili n’obéisse et n’écoute que ses ordres, sans broncher, simplement par reconnaissance vocale. Ses dents claquaient dans sa mâchoire, tant la frustration était vive. Ce type… Il allait le payer !

- Elili ! cria-t-il. Détruit son ordinateur !
- Elili, arrête et recule !
riposta rapidement Isaac dans le micro, alors que la jeune femme s’était déjà élancée, avant de se figer et d’obéir à ces nouveaux ordres.
- Elili ! s’énerva le professeur Xanthin. Je suis ton seul Chef ! Tu dois m’obéir, brise lui l’ensemble des os !
- Non, Elili, c’est moi, Xanthin, et tu vas rester immobile !


Elili était prise entre deux feux. Les deux hommes, avec une voix identique, donnaient des ordres contraires et l’intelligence artificielle ne savait plus où donner de la tête. Elle faisait parfois un pas en arrière, puis deux en avant, avant de courir et de reculer, ne sachant à quels ordres donner priorité. Elle attrapait parfois une Poké-ball rangée dans une poche de la Combinaison, mais la rangeait aussitôt ou bien même se contentait de la déposer par terre, complètement perdue. Isaac, de son côté, commençait à donner des ordres sans queue ni-tête, simplement pour perturber encore plus le programme de la Combinaison, réclamant par exemple un Soda Cool pour Aldebert. Xanthin, enfin, en remettait une couche, accablé par la colère de voir son génie ainsi maltraité et ne souhaitant qu’une chose, qu’Elili massacre cet enfoiré. Mais il ne pouvait rien faire lui-même, lui ayant confié ses propres Pokémon, et ne parvenant pas à les lui faire invoquer. Finalement, elle posa les mains sur son casque, comme si elle était assaillie par un terrible mal de tête, les ordres continuant de venir des deux côtés sans qu’elle n’ait le temps de les exécuter. Voyant qu’elle était en difficulté, Isaac en profita pour attraper la Pokéball que Beladonis lui avait donné et envoya le Terhal qu’elle contenait.

- Bélier dans la tête du gars en rouge ! cria-t-il en pointant le Professeur Xanthin du doigt.
- Non ! s’écria ce dernier alors qu’Elili obéissait elle aussi à l’ordre d’Isaac. Arrête, Elili, stop !

La jeune fille s’arrêta à nouveau, tout en se rattrapant de justesse pour ne pas tomber à cause de l’élan. Mais si cette directive avait bien fonctionné sur elle, il n’y avait pas de raison pour que le Pokémon l’écoute lui aussi. Aussi, sans rien pouvoir faire d’autre, le Professeur vit Terhal foncer vers lui, voyant par la même occasion tous ses efforts, tous ses projets, s’évanouir. Le choc qu’il provoqua en s’écrasant sur sa tête lui cassa plusieurs dents et ses lunettes furent pareillement brisée. Il tomba lourdement sur le dos, le visage ensanglanté et le souffle coupé. Il était encore conscient et n’entendait plus rien, que de vagues exclamations et cris. Il tenta péniblement de se relever en prenant appui sur son bras et se mit à crachoter.

- En-oiré ! parvint-il à dire, la mâchoire en piteux état refusait de bouger. E-i-i, ai wa !

Elili ne bougea pas d’un poil. La reconnaissance vocale ne fonctionnait pas et ne comprenait pas les ordres du Professeur Xanthin. Elle restait immobile, les bras le long du corps, enfin soulagée par les ordres qui cessaient de fuser de partout. La voyant ainsi l’abandonner, le Professeur frappa du poing le sol, en colère, et se fit en plus mal à la main. Il avait la rage au ventre, comprenant son échec.

- C’est fini, Xanthin, lança Isaac sans se servir de son micro et en attrapant son Pokematoss. Malgré votre prouesse technologique, tout est fini. Maintenant, dites-moi où vous stockez les Pokémon volés.
- A – e – aire –outre !
s’écria Xanthin en détournant la tête, fuyant le regard d’Isaac.

Ce dernier soupira. Il contacta le Colonel, qui lui apprit qu’ils étaient déjà en route avec des renforts. Il lui expliqua brièvement la situation avant de ranger son appareil. Il aurait bien aimé les laisser là tous les deux pour aller jeter un coup d’œil aux traces écrites de Xanthin, mais ce dernier ne resterait surement pas sans rien faire, et il fallait donc le surveiller. Mais maintenant, c’était lui, Isaac, qui avait tout contrôle sur Elili. Aussi ne serait-il pas difficile de l’arrêter à la moindre tentative de s’échapper.

_________________________________________


Une heure plus tard, alors que le soleil s’était couché et que la nuit envahissait les rues d’Illumis, éclairée par les lueurs de la Tour prismatique, ils étaient tous dehors, face au Café Lysandre. Le Professeur Xanthin boudait tandis qu’il était examiné rapidement par Aldebert, afin de voir comment soigner ses quelques blessures dues au choc de Bélier. Un combi de police attendait, et pas moins de cinq policiers se tenaient prêts à l’embarquer en cellule, en l’attente de son jugement par le Département de la Justice. Isaac était en train de discuter avec le Colonel, qui avait commencé par le réprimander pour son audace, lui rappelant qu’il faisait partie d’une équipe et qu’il avait risqué sa vie par frustration et colère d’avoir été victime d’Elili. Mais il devait bien admettre que l’informaticien avait aussi fait preuve d’une bonne dose d’ingéniosité et d’astuce, et qu’il avait par ailleurs bien gérer la situation. A l’écart, Elodie, Billy et Stephen étaient assis sur un banc, en train de savourer les sushis qu’ils n’avaient toujours pas eu l’occasion de déguster, ayant été pris de court lorsque Beladonis leur avait tout avoué à leur retour du restaurant. Ce dernier était avec Millie, à qui il avait donné une couverture pour qu’elle ne prenne pas froid. Il était en train de lui expliquer la situation, la pauvre jeune fille s’étant retrouvée totalement perdue une fois la combinaison désactivée.

Alors qu’enfin le véhicule partait en direction du poste de police, le Professeur menotté à l’intérieur, l’Agent Beladonis laissa Millie en compagnie de Gribouille pour adresser quelques mots à Isaac et au Colonel.

- Je tenais à vous remercier, dit-il d’un ton solennel. Malgré que je n’aie pas été honnête avec vous, vous avez réglé mon problème en l’espace d’une journée, et sans mettre en danger Millie. Je ne sais comment vous remercier.
- Pas de quoi
, répondit Isaac en rougissant, ayant omis de détailler de quelle manière Elili semblait souffrir des ordres contradictoires qu’il avait été obligé de proférer pour l’empêcher de l’attaquer.
- Il n’empêche que mon agent aurait pu prendre moins de risque si vous aviez été sincère avec nous, le blâma le Colonel. Nous étions là uniquement pour vous aider. Nous n’étions pas vos ennemis.
- Je le comprends maintenant…
s’excusa Beladonis en fixant le sol, honteux. Je … Je ne pensais qu’au bien de Millie… Elle n’a pas eu de chance, vous savez ?
- Disons que, pour cette fois, on passera l’éponge
, soupira le Colonel Cornell. Tout est bien qui finit bien, alors restons-en-là.

L’agent approuva d’un signe de tête avant de se détourner pour rejoindre Millie. Mais il avait à peine fait un pas qu’Isaac posait sa main sur son épaule, le faisant sursauter.

- J’ai récupéré mon Pokémon, dit-il en lui montrant une Ball. Pour moi, c’est l’essentiel. Voici le vôtre, il m’aura été d’une grande aide.
- Gardez-le
, répondit Beladonis d’une voix fatiguée. Je vous dois bien ça, et je ne m’en sers jamais. Il pourrait vous être encore utile plus tard, qui sait ?

Isaac ne répondit pas, se contentant de sourire, et il rangea la sphère aux côtés de celle de Fibonacci. Décidément, si cette journée n’avait pas très bien commencée, elle se terminait vraiment très bien. Il se détourna pour rejoindre ses amis, son ventre réclamant désormais des sushis pour se remettre de la journée.

- Vous avez récupéré les données de la Combinaison, pas vrai ? demanda Beladonis.

Isaac s’arrêta. Il ne se retourna pas pour autant, immobile.

- Je compte me pencher dessus, en effet, finit-il par dire. Ce n’est pas parce qu’un homme a de mauvaises intentions que ses inventions doivent être jetées à la poubelle.
- Alors soyez prudent
, répondit Beladonis. Ces mauvaises intentions viennent parfois du Pouvoir accordées par de telles inventions.

Sur ces paroles, Isaac se retourna, exprimant sa surprise. Se pouvait-il qu’ils pensent tous les deux à la même personne ? Mais Beladonis s’était à son tour détourné de lui et se rapprochait de Millie pour la ramener à l’Agence. Il hésita, puis, poussé par son estomac, abandonna l’idée de lui demander des précisions, au profit des sushis que ses amis avaient bien voulu lui laissé. Enfin …

- Comment ça vous avez tout mangé ?!

____________________________________________


Suite à la réussite de leur mission, et à l’absence de tout autre événement réclamant leur présence, le Colonel Cornell avait accordé quelques jours de congé aux membres de son équipe. Stephen en avait profité pour les emmener à la Grotte Miroitante, qui séparait les villes de Yantreizh et de Crom'lach. Les parois de ces grottes avaient des propriétés géologiques très rares puisqu’elles étaient parsemées de miroirs naturels, dont certains déformaient la réalité aux yeux des visiteurs pour le plus grand plaisir des Guides touristiques. Suivant l’une d’entre eux, le petit groupe profitait de la visite et regardaient, amusés, Aldebert poser des questions toutes plus compliquées à la pauvre femme qui ne savait bien souvent pas quoi répondre, puisqu’elle ne comprenait pas toujours la moitié des termes compliqués utilisés par le Professeur Caul.

Une fois aux deux tiers de la visite, cependant, Stephen Shelley ressentit un besoin pressant. Il s’excusa auprès de la Guide, qui lui indiqua, pas loin d’ici, une zone où il pourrait faire cela tranquillement sans pour autant détériorer les lieux. L’écrivain la remercia et abandonna le groupe le temps de faire ce qu’il fallait.

Une fois soulagé, Stephen remonta sa braguette et s’avança-en suivant les flèches qui indiquaient le sens de la visite, espérant qu’ils n’étaient pas partis trop loin. Mais quelque chose, ou plutôt son absence, attira soudain son attention alors qu’il marchait et il s’arrêta subitement. Après quelques secondes durant lesquelles seuls les battements de son cœur venaient rompre le silence, il se retourna, inquiet.

En arrière, son propre reflet le suivait du regard sur les parois, sans pour autant avoir imité ses pas. Il le fixait d’un air suspicieux, comme s’il l’analysait, les deux bras derrière le dos. Stephen resta interdit et observa le reste des parois. Son reflet n’était visible à aucun autre endroit, alors que c’était parfois le cas dans certaines zones de la Grotte à cause des parois qui n’étaient pas parfaitement plates. Par contre, le reste du paysage présent sur les parois était parfaitement normal. Seule cette anomalie était à noter.

Très intrigué, Stephen se rapprocha de quelques pas, la bouche entrouverte, ne sachant que dire tandis que son jumeau dans le miroir ne bougeait pas d’un pouce. Il trouvait la situation très étrange, mais se sentait aussi étrangement attiré par cette manifestation irréelle. Il se plaça devant et essaya de l’imiter dans sa posture.

- Bonjour, Mr Shelley, lança soudain son reflet dans le miroir. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.

L’écrivain recula, le visage horrifié. Ce n’était pas sa voix qu’il venait d’entendre. Celle-ci semblait totalement inhumaine, passant des graves aux aigus sans prévenir. On l’aurait dit venir d’un autre monde.

- Qu’est-ce … qui êtes-vous ? demanda le vieil écrivain après avoir déglutit, sentant des gouttes de sueur perler sur son visage.

Le visage de reflet se mit à sourire alors que ses traits se mettaient à se transformer pour prendre peu à peu l’apparence d’Aldebert, habillé de sa blouse de scientifique, sous le regard horrifié de Stephen.

- Je suis là pour lui, dit-il en imitant cette fois parfaitement la voix de son ami. Vous allez laisser toute sa liberté au Professeur Caul. Vous ne l’entraverez plus.
- Mais enfin… de quoi parlez-vous ?
demanda l’homme en tremblant. Al’ est mon amis, je ne …
- Vous ne vous mettrez plus entre moi et Aldebert
, répondit le reflet. Vous le laisserez me parler quand bon lui chantera.

Ses traits s’étaient à nouveau mis à se modifier, prenant cette fois l’apparence d’un jeune homme aux longs cheveux noirs, toujours vêtu de la blouse blanche d’Aldebert, tout en le fixant d’un air mauvais. En voyant cette nouvelle apparence, Stephen secoua la tête. Il avait déjà vu quelqu’un qui ressemblait fort à ce reflet, sur une vieille photo de jeunesse de sa femme, Dorothéa.

- Professeur Higgs ? demanda Stephen. C’est… c’est vous ? Mais …
- Presque. Je ne suis pas Oscha. Je suis Rémus.


Aldebert fixa le reflet dans le miroir, l’effroi faisant désormais place à la colère. Il regarda vite autour de lui et remarqua la présence d’une lourde pierre à ses pieds. Il se baissa et, malgré son âge, parvint à la soulever avant de faire à nouveau face à cette étrange manifestation.

- C’est vous qui allez m’écouter, alors, lança-t-il. Vous n’existez pas ! Vous n’êtes qu’une invention de l’esprit d’Aldebert. Et vous allez le laisser tranquille ! Je ne sais pas comment je peux vous voir, ou si je ne suis pas en train de faire un cauchemar, mais je ne vous laisserai pas toucher à mon ami !

Et sans plus attendre, il s’élança pour frapper le miroir avec la pierre. Mais au lieu de le fracasser avec, le rocher et son bras passèrent au travers du miroir, comme s’il les plongeait dans de l’eau, et il se sentit soudainement attiré à l’intérieur du miroir. Une fois ce dernier traversé, Stephen trébucha et tomba face contre terre, la pierre à quelques centimètres de sa tête. Il étouffa une exclamation de douleur et se releva péniblement avant de constater qu’il ne se trouvait plus dans la Grotte Miroitante. Tout était noir autour de lui, même s’il sentait un sol sous ses pieds. Il n’y avait que la pierre et lui dans cette étrange dimension. Il se retourna et constata que la paroi de la grotte était encore là, mais, cette fois, le reflet se trouvait du côté qu’il venait de traverser. De plus, ce dernier n’avait plus la même apparence, sa tête ayant disparue et une sorte de poussière s’échappant en s’envolant de la base de son cou coupé.

- Je ne suis plus rien, lança la chose. Une anomalie de l’Univers. Mais pourtant, grâce à Aldebert, je n’ai pas pour autant complètement cessé d’exister. Et j’empêcherai quiconque tente de convaincre Aldebert d’arrêter de croire en moi.

Il ramassa une pierre, la même que celle que Stephen avait attrapée. L’écrivain remarqua que ses mains étaient parsemées d’yeux simplistes, qui lui rappelaient vaguement ceux des Hiéroglyphes Zarbi. Puis, comprenant que le reflet allait l’imiter, il se plaqua à la paroi.

- Non ! Attendez ! Ne faites pas ça ! Ne me laissez pas ! Je vous en prie !

Mais c’était trop tard, et l’Anomalie, Rémus, lança la pierre qui brisa la paroi en milliers de morceaux sous les hurlements de terreur de Stephen, qui sentit par la même occasion son corps se fragmenter, à la manière d’un verre qui tombe et se casse, tout comme le monde sombre dans lequel il se trouvait.

- Stephen ? Hého ! Réveille-toi, bon sang ! s’exclama une voix familière.

L’écrivain ouvrit péniblement les yeux. Il avait une profonde douleur au niveau du crâne et sentait un liquide chaud en couler. Il était couché, face contre terre, et ne voyait que les chaussures de plusieurs personnes rassemblées autour de lui. Il releva la tête et vit celles de ses amis et de la Guide, qui semblaient rassurés de le voir ainsi émerger.

- Tu nous as fichu une de ses trouilles ! s’exclama Aldebert en l’aidant à se relever. Tu n’as pas regarder où tu marchais et tu as trébuché, c’est ça ?
- Je … peut-être bien, oui…
répondit l’écrivain, l’air perdu.

Une fois debout, son regard fut directement attiré vers la paroi de la Grotte. Leurs reflets les imitaient à la perfection, tout de ce qu’il y a de plus normal. Il n’y avait plus aucune trace de Rémus.

- Vous… vous n’avez rien remarqué d’anormal? demanda-t-il.
- Genre quoi ? demanda Elodie en plissant les yeux, inquiète.
- Avec les reflets ! Je veux dire… Je …

Il se tut et déglutit. Avait-il tout imaginé après une simple chute ? Ou tout cela s’était-il vraiment passé ?

- Vous êtes en état de choc, conclut la Guide. Venez, on vous ramène à Yantreizh, on vous examinera là-bas, et on fera un bandage à votre caboche, vous avez dû bien morfler, à votre âge.

Stephen ne répondit pas. Il se contenta d’hocher la tête en silence tandis que Billy et le Colonel l’aidaient à marcher, Aldebert les suivant de près. Alors qu’ils sortaient de la Grotte, l’écrivain adressa un dernier regard en direction des Miroir sur le mur.

Mais il n’y avait rien d’anormal.

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- Hey, XanXan ! cria la voix d’un garde en frappant sur les barreaux avec sa matraque. T’as de la visite, réveille-toi.

Le Professeur Xanthin, qui avait dû troquer sa tenue et ses lunettes rouges pour l’uniforme rayé des locataires du Centre Pénitencier, ouvrit les yeux avant de se les frotter avec son bras. Il soupira, encore à moitié endormi, et se redressa dans son lit, pestant envers ce visiteur qui le sortait de sa torpeur. Il se tourna vers les barreaux de sa cellule, le regard mauvais, d’où le regardait ce dernier, tel un curieux venu voir les Pokémon au zoo.

Puis, soudain, il reconnut son mystérieux visiteur et étouffa une exclamation de surprise. Il se hâta de sortir de son lit et s’approcha des barreaux en se frottant le visage, dont la mâchoire était enfin guérie. Il se plaça face à l’homme et déglutit.

- Bonjour Professeur Xanthin, lança le Professeur Higgs. J’ai eu vent de vos recherches et de ce qu’il vous était arrivé. J’ai une proposition pour vous.

Pour la première fois depuis près d’un mois, Xanthin se mit à sourire, même si son visage restait endolori. Finalement, il était bien content de s’être fait réveiller par cet homme.

Posté à 11h00 le 04/04/18

Deus Ex Machina ...

L’an 45 après Dieu : l’année de l’Anomalie (1/2)



D'après Albert Einstein :
Rendez les choses aussi simples que possible, mais pas plus simples.


An 45, mars



A Crom’lach, Lysandre jubilait presque. Enfin ils y étaient parvenus ! Après plusieurs années de recherche, la Team Flare était non seulement parvenue à trouver l’Arme Suprême, mais aussi de quoi lui procurer assez d’énergie pour s’activer. Enfin, alors qu’ils désespéraient presque, le hasard les avait mis sur la route d’un vagabond qui, dieu seul sait pourquoi, portait sur lui la clé qui permettait d’activer l’Arme. Or donc, lui, Lysandre, était parvenu à rassembler tous les éléments qui, trois millénaires auparavant, avaient semé la destruction à Kalos, mettant fin à la Guerre qui ravageait la région. Et c’était pour atteindre ses propres objectifs qu’il s’apprêtait à répéter ce morceau de l’Histoire.

Ses scientifiques s’attelaient à coordonner parfaitement les paramètres de l’Arme. Il pensait à ces gens qui, quelques minutes auparavant avaient reçu son appel Holokit pour leur annoncer l’avènement de la Team Flare. Sûrement n’y croyaient-ils pas encore. Pourtant, il hésitait encore quant à leur première cible. Devait-il tout de suite commencer par Illumis ? Il s’agissait d’une si belle ville, avec des trésors d’architecture, et, même si c’était surement l’endroit à viser pour faire le plus parler d’eux, ce serait bien dommage de perdre tant de beauté d’un seul coup. Peut-être l’île Union, centre du monde, alors ? L’effet symbolique était plutôt alléchant.

Il regardait dehors la grande fleur de Cristal qui, en quelques secondes, était sortie du sol. Elle était si belle qu’on en viendrait presque à oublier qu’elle pouvait réduire le monde à néant, en seulement quelques tirs bien placés.

Soudain, il entendit son Holokit vibrer, signe que quelqu’un tentait de le contacter. Il leva son poignet autour duquel l’outil de communication était accroché, surpris. C’était ses propres laboratoires qui avaient mis au point cette technologie. C’était la clé du succès de la Team Flare, de par les innombrables bénéfices engendrés et les informations collectées. Mais que le sien soit actif n’était pas normal. Il était pourtant sûr de l’avoir verrouillé pour que seuls ses agents les plus hauts placés puissent l’appeler. Peut-être était-ce Xanthin, qui attendait dans un des bunkers de la Team Flare en surveillant la situation d’un point de vue extérieur. Avait-il de mauvaises nouvelles ? Ou était-ce juste pour le féliciter ?

Mais lorsqu’il accepta la tentative de communication, il n’eut pas en face de lui le visage d’un de ses sbires, ni même du professeur Xanthin. C’était le visage vieillissant du Professeur Higgs, le directeur de la Sylphe et Ministre de la Santé, avec qui Lysandre avait déjà souvent parlé par le passé. Il était apparemment assis à son bureau, son Noctunoir derrière lui. Il avait quelques cernes, signes de fatigue, mais paraissait pourtant surtout préoccupé.

- Professeur Higgs ?! s’exclama Lysandre, d’un ton solennel en redressant le dos. Que me vaut votre appel ?
- Mon très cher Lysandre
, soupira l’hologramme du Professeur. J’irai droit au but. J’aimerai tenter de vous convaincre de ne pas aller au bout de votre plan.
- Je vous demande pardon ?
s’insurgea le Chef de la Team Flare en fronçant les sourcils de colère. Qu’entends-je ? Vous, l’illustre Professeur Higgs, vous qui m’aviez ouvert les yeux, il y a de cela plusieurs années, vous voudriez que je ne déclenche pas l’Arme Suprême ? Mais ne comprenez-vous donc pas la chance que celle-ci nous offre ?
- Bien sûr que si
, répondit Higgs d’une voix lasse. Cette arme a le potentiel de réduire le monde en poussière.
- C’est exact !
confirma Lysandre d’une voix forte. Je n’en peux plus de voir la beauté du monde se faner de jour en jour. En le désintégrant, je vais rendre la beauté du monde inaltérable, éternelle ! L’homme ne pourra plus l’enlaidir de ses viles actions. N’est-ce pas ce que vous recherchiez, vous aussi, autrefois, Higgs ?
- Vous avez parfaitement raison, mon très cher Lysandre
, répliqua lentement le Professeur. Et il se trouve que c’est toujours mon objectif final.
- Vraiment ?
répliqua Lysandre d’un ton ironique, les poings serrés. Ne me faites pas rire, Higgs ! Cela fait des années que vous le dites, mais rien de concret ne s’est jamais réalisé ! Le monde continue de flétrir sous vos yeux, et vous-même commencez à succombez au poids de l’âge ! Et pourtant, vous ne faites rien pour l’en empêcher !
- Mon bon Lysandre, vous savez tout comme moi que je suis loin d’être inactif
, répondit Higgs avec une pointe d’amertume dans la voix. Seulement, je suis armé de patience afin que mes plans se déroulent parfaitement. Encore quelques années, et mon entreprise entrera dans sa phase finale, condamnant cette abjecte humanité que nous haïssons tous les deux.
- Encore quelques années ?
répéta Lysandre, irrité. Mais ne voyez-vous donc pas que, pendant ces quelques années, le monde continue de succomber à la décrépitude ? L’idée même de voir la Beauté du monde pourrir sous l’effet du temps et des hommes sans rien faire m’est intolérable ! Mais grâce à l’Arme Suprême, je vais frapper un grand coup ! En quelques instants, je vais raser l’humanité ! Seuls survivront les élus, en sécurité dans le bunker de la Team Flare ! C’est à nous que reviendra alors l’opportunité de vivre dans ce monde !
- Et que faites-vous des Pokémon, mon très cher Lysandre ?
l’interrompit le Professeur Higgs en croisant les doigts devant sa bouche. L’Arme ne fera aucune différence entre vie humaine et Pokémon. En l’utilisant, vous les condamnez, eux aussi.

Pour la première fois de sa vie, Lysandre en resta sans voix. Le Professeur Higgs avait fait mouche. Le rouquin baissa la tête, serrant le poing encore plus fort. Il fermait la mâchoire avec intensité et il semblait produire une sorte de grognement. Le professeur Higgs ne pouvait pas le voir, mais des larmes perlaient à ses yeux.

- Hélas, reprit-il enfin après quelques secondes de silence, les Pokémon sont voués à disparaitre… Je remercie chaque jour le ciel pour nous avoir offert les Pokémon, qui embellissent nos vies. Mais si je veux atteindre mon but, nous sommes obligés de nous en séparer… Ils ne pourront survivre aux frappes de l’Arme Suprême, et ainsi l’homme ne pourra plus les pervertir comme c’est le cas aujourd’hui. C’est là la triste réalité. Des dommages collatéraux nécessaires, mais sinistres.
- Et c’est peut-être pour cela que mon plan est plus long à réaliser que le vôtre
, répondit Higgs. Vous vous apprêtez à frapper un grand coup, puissant et généralisé, sans vous soucier des conséquences. Mais de mon côté, c’est plusieurs assauts que je m’apprête à réaliser, afin de trancher de manière plus chirurgicale. Il n’y aura aucun dommage collatéral. Je vous demande juste d’attendre.
- Vos belles paroles ne me contentent plus, Higgs !
s’écria Lysandre en reprenant peu à peu son calme. Je n’en peux plus de me morfondre chaque jour en voyant ce monde se détériorer toujours plus ! Qui me garantit que vous irez jusqu’au bout ? Moi, j’y suis arrivé et je vais en finir une bonne fois pour toute !
- Mon pauvre Lysandre…
, soupira le Professeur. Je ne vous ferai donc pas changer d’avis ?
- J’atteindrai mon idéal
, confirma fermement le directeur des Laboratoires Lysandre. Que vous le vouliez ou non.
- Bien…
l’interrompit à nouveau le Professeur. Dans ce cas, mon pauvre Lysandre, je vous dis Adieu. Ce fut pourtant un réel plaisir de discuter avec vous, malgré tout.

Et avant que Lysandre ne puisse répliquer, le Professeur se déconnecta de son Holokit qu’il avait installé sur son bureau pour ne pas être gêné au bras. Il poussa un profond soupir, pestant contre la hardiesse et la naïveté de Lysandre. Pourtant, quelques années auparavant, il avait vu en ce jeune chef d’entreprise quelqu’un qui avait l’étoffe d’un chef, qui était destiné à de grandes choses ! Il s’était presque vu lui-même alors qu’il n’avait que 20 ans et qu’il était encore étudiant. Ou peut-être était-ce son frère qu’il avait reconnu en lui ? Il était parvenu à lui présenter son point de vue et à le convaincre en partie, en s’efforçant de lui ouvrir les yeux. Mais Lysandre était devenu impatient et, ne voyant pas de résultats concrets, il avait en secret préparé son propre plan, sans se douter de ce que tramait réellement son ancien mentor. Et aujourd’hui, son plan risquait bien de se concrétiser avant le sien. Comme quoi, il arrive que l’on se fabrique soi-même ses propres adversaires.

Car, et c’était bien là le problème, la réussite du plan de Lysandre entrainerait, hélas, l’annulation de ses propres plans. L’Arme Suprême était comme un Dieu concurrent au sien, et sa tentative de faire plier le monde était donc à anéantir. Et le Professeur Higgs n’avait clairement pas envie d’un monde gouverné par la Team Flare, dont la plupart des sbires ne comprenait même pas complètement les idées de leur chef et se souciaient plus de leur style vestimentaire. C’était presque aberrant de voir ce que sa propagande avait créé comme idées stupides et sans intérêt.

L’Arme Suprême, un ancien Dieu qui avait fait ses preuves par le passé… Elle avait été capable de changer le monde, mettant fin aux guerres et apportant une nouvelle ère. Mais ce n’était pas si grave. De nombreux dresseurs pouvaient encore intervenir et, si nécessaire, il pouvait encore envoyer ses propres agents sur place. Cependant, avec quelques Bénédictions de Dieu, cela ne devrait pas être nécessaire. Il n’avait qu’à se connecter à Dieu et aux réseaux de Crom’lach pour que tout dresseur tentant d’intervenir devienne subitement bien plus puissant et ce simplement en soignant leurs Pokémon dans son Centre. Quelle ironie de voir que Dieu allait sauver ce monde qu’Il ne tarderait pourtant pas à remodeler selon de critères plus réalistes. Et pourtant, ce n’était pas la première fois que le Professeur Higgs jouait les héros de l’ombre pour lutter contre des organisations inspirées par la vieille Team Rocket.

Mais bientôt, encore quelques années seulement, Dieu s’élèvera. Alors, cette société qu’elle a protégée se retrouvera sans défense et tombera, telle une tour mal conçue, et de ses décombres germera le nouveau Paradis, le véritable Idéal pour lequel se battait le Professeur Higgs.

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An 45, septembre



La jeune Millie était en train de faire un peu de ménage quand on frappa à la porte du cabinet. Gribouille, un Psytigri qu’elle avait recueilli, s’étira dans son panier avant de s’en extirper, visiblement curieux de voir qui était à la porte. Le jeune fille abandonna son plumeau et rejoignit le Pokémon pour ouvrir aux arrivants.

Il n’était pas rare qu’un inconnu vienne demander les services du cabinet pour une quelconque affaire d’enquête, qu’il s’agisse d’un objet perdu, d’un personne à retrouver ou même, de plus en plus souvent ces jours-ci, d’un vol de Pokémon. Il y avait aussi de nombreux dresseurs qui venaient parfois leur donner un coup de main. Aussi Millie était-elle habitué à voir de nombreuses têtes défiler dans le Cabinet de détective qu’avait monté Belladonis, un homme très aimable et qui avait offert un logis à la jeune fille, l’ayant rencontrée alors qu’elle vivait dans la rue.

Mais cette fois-ci, ils étaient arrivés en nombre. Millie compta cinq hommes d’âge différents et une seule femme. Celui qui paraissait le plus grand et le plus costaud était aussi celui qui était le mieux vêtu, dans un veston noir, sur lequel était tout de même accrochée une médaille d’ordre militaire qui, si Millie avait connu sa signification, lui aurait fait comprendre qu’il s’agissait d’un Colonel. Il lui montra un badge, annonçant son appartenance à la Police Internationale, et demanda à voir Mr Belladonis.

Pas vraiment intimidée par cet étrange cortège, la jeune fille les fit entrer et leur indiqua les fauteuils de la salle d’attente, leur demandant de patienter quelques instants. Elle n’avait aucune idée de ce que la Police Internationale voulait à son patron.

- M’sieur Beladonis est en vadrouille avec des dresseurs du coin pour une enquête, annonça-t-elle. Il devrait rentrer d’ici une heure, peut-être moins.
- Merci, mademoiselle
, soupira le Colonel Cornell. Dans ce cas, ça va me laisser le temps de briefer mon équipe.
- Heu, à l’intérieur ?
s’étonna la jeune fille. C’est que je dois partir pour mon second boulot.
- Ne vous inquiétez pas pour nous, nous n’allons pas mettre le feu
, dit Isaac d’un ton qui se voulait sympathique.
- Bon… Gribouille, tu les surveilles quand même, hein ? lança la jeune fille à son ami Pokémon, qui s’était déjà approché de la femme.

Pour toute réponse, Gribouille laissa s’échapper un miaulement et sauta dans les bras d’Elodie, qui sursauta un peu, surprise, avant de le caresser amicalement. Millie leur adressa un sourire puis sortit du Cabinet Belladonis et s’en alla bien vite pour ne pas être en retard.

- Bon, alors, dites-moi, Colonel, que faisons-nous donc à Illumis, la ville Lumière ? demanda Stephen Shelley.

Le Colonel regarda l’écrivain en soupirant. Depuis l’incident de Petale Town, l’écrivain avait rejoint l’équipe de manière officieuse. Le Colonel avait besoin de quelqu’un pour contrôler le Professeur Caul et, surtout, sa consommation de Spores. Il ne pouvait pas obliger le Professeur à se séparer de son Chapignon, qui était en quelque sorte son fournisseur, même si c’était contre son gré. Mais Mr Shelley, en tant que bon ami du Professeur Caul, était un très bon candidat pour l’en dissuader. Et jusqu’ici, il faisait un très bon travail. En l’encourageant et en discutant avec lui, Shelley motivait le cerveau d’Aldebert à donner le meilleur de lui-même et débloquait parfois des situations sans même sans rendre compte. Ainsi, le Professeur n’avait plus besoin de spores pour continuer à travailler pour les enquêtes de l’équipe. Mais pourtant, lui-même n’en était pas encore convaincu et revenait souvent à la charge en prétextant qu’une petite quantité suffirait à trouver une idée ou une piste. Mais l’écrivain restait ferme et, depuis quelques enquêtes déjà, plus un seul spore n’avait été prélevé de Chapignon, et les prises hors enquête avaient presque cessées.

Stephen s’était aussi montré être un atout insoupçonné. De par son statut d’écrivain assez connu, il leur était parfois plus simple d’accéder à des lieux privés ou encore d’interroger des témoins réticents. Il était aussi une source d’informations très intéressante à exploiter, étant doté d’une culture générale plutôt impressionnante, et connaissant très bien certaines grandes villes pour les avoir sillonnées de long en large pour ses romans. C’était d’ailleurs le cas d’Illumis, qu’il avait repris comme décor dans quelques ouvrages. Le Colonel s’était juré d’un jour lire un de ses livres, mais il n’en avait pas encore eu le temps.

- L’agent Belladonis est un agent secret de la Police Internationale, répondit le Colonel. C’est quelqu’un de très polyvalent, et qui travaille avec pas mal de services. Il s’est infiltré ici en tant que simple enquêteur pour garder un œil sur la ville d’Illumis. D’habitude, il travaille seul, avec l’aide de dresseurs du coin, étant passé maitre dans l’art de demander des services à ceux-ci tout en leur cachant certaines informations confidentielles. Mais en vue des données qu’il a récoltées, il a besoin de nos compétences.
- Il a découvert quelque chose d’inhabituel ?
demanda Elodie tout en continuant de caresser Gribouille, qui fixait maintenant Aldebert de ses grands yeux.
- Il faut croire, répondit le Colonel. Apparemment, à l’origine, il s’agit de banals vols de Pokéballs.
- Ho, ça nous changerait un peu
, fit remarquer Billy en s’étirant les bras.
- Et comment la situation a-t-elle évoluée, si ce n’était qu’à l’origine ? demanda Isaac.
- Des dresseurs sont parvenus à repérer le voleur, sans pour autant l’arrêter, répondit le Colonel. Et d’après eux, celui-ci est capable de changer d’apparence, de manipuler les Balls à distance et serait extrêmement agile, au point d’escalader aisément des bâtiments.

Elodie déglutit en entendant la description qu’en faisait le Colonel. Billy et Isaac jetèrent discrètement un œil vers elle, mais firent semblant de rien, n’ignorant pas ce à quoi elle pensait. Aldebert, lui, leva la main.

- Et vous dites que ce voleur se contenterait de voler des Balls ? demanda-t-il.
- Pour le moment, c’est la seule chose à laquelle l’individu serait relié, répondit Cornell. L’Agent Beladonis a déjà vérifié s’il y avait d’autres faits notables en ville ces jours-ci, mais rien d’autres que des vols supplémentaires.
- Estimons-nous heureux qu’il ne s’agisse que de vols, dans ce cas,
répliqua Aldebert en croisant les bras avant que Gribouille ne lui saute dessus, le faisant échapper une exclamation surprise.
- Ça nous changera des meurtres étranges et des kidnappings aux circonstances originales, clama Billy.

Isaac allait poser une question quand ils entendirent des bruits de clés dans la serrure de la porte, qui ne tarda pas à s’ouvrir. L’Agent Beladonis, un homme de la quarantaine aux cheveux brun foncés et portant un imperméable entra, appelant Gribouille qui sauta des bras d’Aldebert pour venir se frotter à ses jambes. Il se pencha péniblement pour le prendre dans ses bras, d’une démarche un peu boiteuse. Il laissa échapper une petite exclamation de surprise en voyant les membres de l’équipe assis dans ses canapés.

- Agent Beladonis ! lança le Colonel en se levant pour lui serrer la main. Nous avons fait aussi vite que possible.
- Ha, vous êtes les agents de la Police Internationale, je présume
, dit l’homme d’une poigne vigoureuse. Hélas, j’ai peur de vous avoir appelé pour pas grand-chose… Je peux m’en occuper seul, si vous avez autre chose sur le feu…
- C’est assez tranquille pour le moment
, répondit le Colonel. Nous pouvons bien vous donner un coup de main. Avez-vous identifié le voleur ?
- Pas encore. Elle parvient toujours à s’enfuir quand ça se corse pour elle.
- Elle ?
fit remarquer l’écrivain en se levant à son tour. C’est donc une femme ?
- Une assez jeune femme, oui
, confirma Beladonis en se mordant la lèvre. Elle se présente comme Elili, mais ce nom est un faux, évidemment. Et en ce qui concerne ses habiletés peu communes, je pense qu’elles lui viennent de son étrange combinaison qu’elle porte. Elle agit comme une sorte de programme, il est possible que la personne ne soit pas consciente de ses actes.
- Et c’est pour cette technologie étrange que vous faites appel à nous ?
demanda Isaac, visiblement intéressé.
- Oui, c’est vrai… Néanmoins, il ne s’agit peut-être que d’une femme très douée et…
- Elle doit avoir une planque, non ?
demanda Billy. Pour stocker ses larcins et se cacher.
- Sans doute
, approuva l’agent en hochant la tête, soupirant. Mais elle est si rapide et discrète que je n’ai pas la moindre idée d’où elle peut se terrer, et aucun des dresseurs que j’ai envoyé à sa poursuite n’est parvenu à la suivre assez longtemps.
- On peut la trouver d’une autre manière
, lança Elodie en joignant les mains. J’ai justement des traceurs GPS de ma conception. Il suffit de lui en attacher un avant qu’elle ne s’enfuie.
- Ce ne sera pas évident à faire
, bredouilla Beladonis. Elle est capable d’agir avec violence, et c’est à elle que je dois mes douleurs à la jambe. Mais c’est à essayer…
- Parfait
, s’exclama le Colonel, réjoui. Agent Beladonis, dans quel secteur cette Elili opère-t-elle habituellement ?
- Elle sévit dans les petites ruelles de la ville. Je peux vous les montrer sur une carte, mais elle change fréquemment de lieux.


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Isaac était seul dans la rue Méridionale, une des grandes et vastes artères d’Illumis. Il était sur le qui-vive, son Pokématos dans la main. L’Agent Beladonis leur avait indiqué un grand nombre de ruelles où Elili avait déjà été aperçue. Il leur en avait aussi appris un peu plus sur le comportement que la suspecte présentait d’ordinaire et mis en garde quant à ses capacités de camouflage.

Elodie avait donné à chacun un patch GPS qu’ils devaient attacher à Elili pour pouvoir la tracer. Parvenir à le lui attacher ne serait pas une mission facile, d’après Beladonis, car elle présentait aussi une force assez surprenante. Tous ses détails intriguaient d’autant plus l’informaticien. Il avait très envie d’étudier cela de plus près.

Seuls Aldebert et Stephen étaient restés à l’Agence, pour installer le matériel dont ils auraient peut-être besoin pour la suite de la mission. Elodie, Billy et le Colonel se baladaient eux aussi de ruelles en ruelles, à la recherche de la criminelle. Beladonis, quant à lui, sondait les dresseurs qu’il avait sous ses ordres pour voir si ceux-ci en avaient appris un peu plus. L’attitude de l’Inspecteur laissait pourtant Isaac assez perplexe. Il semblait étrangement embêté par leur présence, alors que c’était lui qui l’avait réclamée, quelques jours plus tôt.

Il s’arrêta soudain de marcher en entendant le Colonel lancer des insultes via son Pokématoss. Il fronça les sourcils et rapprocha l’appareil de son visage.

- La bougresse ! entendait-il depuis l’appareil. Elle m’a échappée !
- Vous l’avez repérée ?
demanda la voix de Billy.
- Affirmatif, mais elle n’est pas restée longtemps. Elle a fixé mon badge quelques secondes puis a détalé comme un Sapereau. Ou un Roucool, parce qu’elle s’est quasiment envolée !
- Par où se dirigeait-elle ?
le questionna Elodie.
- Vers le sud-est de ma position, je ne suis pas loin de la place Rose.
- Elle se dirige vers moi, je crois
, lança Isaac, sans parvenir à cacher son excitation. Je vais essayer de la trouver.
- Elle avait une apparence de vieille dame aux cheveux gris, habillée assez chiquement
, prévint le Colonel. Mais quand elle a déguerpit, on aurait dit une tenue noir, avec un casque étrange sur la tête.
- Bien, merci Colone
l, répondit Isaac en se mettant à courir vers les ruelles les plus proches.

Isaac se précipita dans la première rue sombre qu’il rencontra, mais n’y trouva que de vieux sac poubelles éventrés par leur propre contenu. Il retourna dans la Rue Méridionale et fila tout droit jusqu’à croiser une nouvelle bifurcation. Celle-ci, cependant, donnait sur la Place Cyan et l’homme, plus tout jeune, s’arrêta un instant pour reprendre son souffle. C’est alors qu’il entendit du bruit venir d’une allée de la Place. Il en observa quelques secondes l’entrée, puis s’y hâta, serrant d’une main sa PokéBall et, de l’autre, le patch GPS.

La ruelle avait une désagréable odeur d’aliments en décomposition et se terminait pas un cul-de-sac, sur la sortie réservée au personnel d’un petit restaurant. Mais malgré cet air d’endroit malfamé, une jeune fille en habits roses bonbon et avec des lunettes semblait l’attendre. A peine débarquait-il qu’elle se dirigeait vers lui d’un air assuré.

- Salut ! lança-t-elle. Tu es dresseur ? Ça te dirait un combat Pokémon ?

Isaac cligna des yeux, surpris. La jeune fille faisait une tête de moins que lui et paraissait tout-à-fait innocente. Pour quelqu’un n’ayant jamais entendu parler d’Elili, il s’agissait là d’une simple dresseuse qui désirait mettre en pratique son équipe. Mais son comportement coïncidait bien trop avec le peu qu’Isaac savait sur la voleuse. Mais il avait là un petit avantage. En effet, Elili ne savait pas qui il était et, contrairement au Colonel, il n’avait aucun signe distinctif qui pourrait mettre la puce à l’oreille de la voleuse. C’était une occasion inespérée de lui coller le patch GPS sans qu’elle ne s’en rende compte.

- Pourquoi pas ! lança Isaac en se rapprochant. Ça fait un moment que je n’avais plus eu l’occasion d’expérimenter mon Pokémon, un peu d’exercice lui fera le plus grand bien.

La jeune fille sourit et attrapa une Poké-Ball. Mais avant qu’elle ne puisse invoquer son Pokémon, Isaac s’était suffisamment rapprochée d’elle et lui tendait la main, l’air de rien.

- Mais avant tout, un peu de politesse ! dit-il d’un ton négligent. On se serre la main ?

La jeune fille changea d’expression, perdant son sourire. Elle le regardait maintenant d’un air suspicieux, mais finit tout de même par tendre la main. Essayant de ne rien laisser paraitre, Isaac rapprocha la sienne, avec la ferme intention de coller discrètement le patch sur sa manche.

Mais soudain, la jeune fille lui attrapa le poignet et changea d’apparence en l’espace d’à peine une seconde. Isaac était maintenant en face d’une personne légèrement plus grande qu’avant, dont le visage était caché par un masque qui ne laissait rien paraitre. A peine avait-elle annulé le camouflage qu’Elili tira sur le bras d’Isaac pour l’attirer vers lui et lui asséner un violent coup de genoux dans le ventre. L’informaticien en eut le souffle coupé et ne put esquiver le coup de poing suivant. Il tituba et fit quelques mètres en arrière, enfin libéré par la forte poigne de la voleuse sous combinaison. Il essaya de prononcer quelques mots, mais abandonna et décida de plutôt envoyer Fibonnacci pour s’exprimer à sa place.

Mais à peine tendait-il le bras pour invoquer son Amonistar qu’Elili se précipita sur lui et lui arracha la ball des mains avant de bondir en arrière et de regagner sa position. L’informaticien écarquilla les yeux, surpris et scandalisé au point d’en oublier la douleur qui le tiraillait à la mâchoire. Il cria un juron et se jeta sur Elili, mais elle se contenta de faire quelques bonds en arrière. Acculée au mur, elle s’agenouilla pour prendre de l’élan et sauta à nouveau, mais parvint à atteindre le toit du restaurant. Isaac la regarda avec stupeur, mais aussi avec une légère touche d’admiration. Mais ce dernier sentiment s’effaça aussi vite qu’Elili ne disparut de son champ de vision, filant désormais vers l’ouest, de toit en toit.

Isaac resta quelques instants sans bouger, les bras le long du corps, comme des morceaux de chair pendants qu’il ne contrôlait plus. Il avait eu sous les yeux un véritable miracle de technologie. Un exosquelette qui décuplait les forces et les compétences physiques des êtres humains, tout en leur donnant un camouflage sans faille. Et malgré cela, il était parvenu à coller le patch GPS discrètement, alors qu’elle l’avait libéré de sa poigne pour le frapper au visage, dans un mouvement qu’elle avait dû prendre comme résultant de son attaque. Il l’avait à peine effleurée et espérait que cela suffirait. Mais malheureusement, cette voleuse était aussi partie avec Fibonnacci, son Pokémon depuis presque 40 ans, le seul souvenir de son père…

Il serra les poings en pensant à son Pokémon, son visage grimaçant de colère. Il attrapa son Pokématos, et appela le reste de la bande. Ils devaient maintenant rattraper Elili.

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Alors qu’Elodie, Isaac, Billy et le Colonel étaient dehors, à la recherche d’Elili, Aldebert et Stephen se trouvaient toujours à l’Agence Beladonis. Tant qu’ils n’avaient rien à analyser, le professeur Caul avait tout le temps libre qu’il voulait. Ce n’était pas la première fois qu’il accompagnait l’équipe sans nécessairement avoir du travail à effectuer et, comme c’était parti, la mission risquait bien de ne pas réclamer ses services.
Donc, pour s’occuper, Aldebert travaillait sur des projets personnels, réalisant des expériences pour ses propres recherches, tout en sirotant un soda sur glace, son éternel caprice. Il s’était approprié le bureau de l’agent Beladonis et manipulait quelques substances prélevée sur des Pokémon qu’il étudiait, par simple curiosité. Il était en train d’observer une de ses fioles, remplie de Suc Digestif d’un Boustiflor et dans lequel il avait laissé un morceau de viande, dans le but de le comparer avec celui de son évolution, Empiflor. Il grattait quelques notes tandis que Chapignon lui tendait la seconde fiole. Stephen Shelley, quant à lui, était tout simplement assis dans un fauteuil, à lire le journal.

- On devrait profiter de ce temps libre pour visiter un peu la région, lança l’écrivain en tournant la page de sa gazette. Ils n’ont pas besoin de tes talents pour le moment, et Kalos dispose de plein de merveilles. Tu as déjà visité le Palais Chaydoeuvre ?
- Non, jamais
, répondit Aldebert d’un ton neutre en versant dans une fiole de Suc un petit morceau de métal. C’est juste une vieille maison, non ?
- Une vieille maison ?
répéta Stephen, presque indigné. Al, c’est surement la plus belle architecture des 5 Etats !
- Hé bien, tu peux y aller…
- Ha non, pas sans toi ! A vrai dire, j’y suis déjà allé… Mais tiens, la Grotte Miroitante, ça ne te dirais rien ? C’est une formation géologique exceptionnelles, c’est plus dans tes cordes, non ?


Aldebert ne répondit pas, restant concentré sur ses manipulations. L’écrivain soupira et finit par se lever, abandonnant son journal. Il se plaça juste à la droite de son ami, qui ne daigna pas lui accorder un regard. Chapignon lui adressa néanmoins un hochement de tête presque imperceptible, mais qui confirma les craintes de Stephen.

- Tu penses encore à lui ? demanda-t-il.

Aldebert déposa sa fiole sur un support adapté et détourna les yeux, faisant semblant de chercher quelque chose à sa gauche et éviter de regarder son ami, conscient qu’il se trahirait rapidement. Mal lui en prit, puisque l’écrivain comprit tout aussi bien que ses craintes étaient fondées.

- Al’, mon vieux, on en a déjà parlé. Il n’existe pas. Rémus n’a jamais existé.
- Je sais
, cracha Aldebert. Mais malgré ça, j’ai besoin de lui. Ça fait 3 mois…
- Et c’est génial
, répondit l’écrivain. Tu as réussi à te passer de spore pendant 3 mois. Tu es sur la bonne voie, tu ne peux pas abandonner maintenant.
- Mais Rémus m’aide !
s’exclama Aldebert en se retournant vers l’écrivain. Il m’aide à mieux comprendre l’inexplicable, à trouver des idées, des théories pour nous aider !
- Non il ne t’aide pas
, répondit Stephen. Toutes ces choses que tu as trouvées sous l’emprise des spores, tu les avais déjà en toi. Tu es un homme intelligent, Al’, ne le nie pas. Ce Rémus n’est qu’une hallucination créée par ton esprit pour t’aider à les trouver.
- Mais si je n’ai pas d’aide, je ne trouverai plus jamais rien !
répliqua le Professeur Caul, le visage déformé par la rage et la frustration. Sans lui je… je ne suis…
- Al’ !
s’écria Stephen en saisissant ses bras. Moi je suis là. Et Elodie, et Isaac, et tous les autres. Pendant ces deux mois, on t’a aidé à remplacer ce Rémus. Et ça a réussi, non ? C’est toi qui a fabriqué l’anti-poison contre le Malamandre à Sinnoh. C’est toi qui a sauvé le type de ses mutations à Hoenn. Tu as réalisé plein de choses ! Tu as juste besoin de te sentir entouré pour déplacer des sommets ! Et entouré, tu l’es. Tu l’as toujours été.

Aldebert éclata en sanglot en tombant dans les bras de l’écrivain. Ce n’était pas la première fois qu’il avait ce genre de passage qui lui ruinait le moral. C’était une étape que Stephen connaissait bien. Lui et sa femme, Dorothéa, avaient de nombreuses fois dû l’aider à se ressaisir. Aldebert était en manque, et il ne fallait surtout pas qu’il rechute. C’était pour cette raison que le Colonel lui avait demandé de rester avec eux. Et si Aldebert avait déjà rechuté quelques fois auparavant, il était hors de question que cela recommence. Aussi lui tapota-t-il amicalement dans le dos avant de l’aider à reprendre ses observations, prenant ses notes à sa place tandis qu’il déblatérait un jargon scientifique avec lequel il commençait à être habitué.

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Ce n’est qu’une heure plus tard que le Colonel, Billy, Elodie et Isaac rentrèrent au bercail en compagnie de Beladonis, qui avait terminé d’interroger ses sources parmi les dresseurs de la ville. Ils n’étaient pas de très bonne humeur, ayant passé un temps fou à courir après le signal GPS qu’Isaac était parvenu à attacher à Elili avant de se rendre compte que cette dernière s’en était hélas aperçue. Mais au lieu de l’abandonner n’importe où, elle l’avait attaché à un jeune Cabriolaine qui les avait fait courir dans toute la ville avant qu’Elodie ne comprennent la supercherie. Ils étaient donc de retour à zéro, et Isaac pestait la perte de Fibonnacci. Pour leur remonter le moral, Stephen leur proposa d’aller chercher à manger dans un bon restaurant et il s’éclipsa avec Aldebert et le Colonel pour aller chercher les commandes de chacun. Pendant ce temps, Elodie et Billy partirent de leur côté, afin d’acheter du matériel pour rendre une balise GPS plus discrète. Ils proposèrent à Isaac de les accompagner, mais celui-ci refusa, désirant s’entretenir avec l’agent Beladonis.

Ce dernier s’était installé à son bureau, sur lequel il avait étalé une grande carte de la ville. Il y notait les différents lieux où Elili avait été repérée grâce aux témoignages des dresseurs, afin de réfléchir aux mesures à prendre. Il paraissait particulièrement soucieux et jetait sans cesse des coups d’œil vers sa montre. Il lui fallut un instant avant de remarquer Isaac, qui s’était assis juste en face de lui en l’observant sous toutes ses coutures.

- Je peux vous aider ? demanda-t-il après avoir déglutit.
- Agent Beladonis, commença Isaac. Aujourd’hui, je me suis fait voler mon Pokémon. Et je pense en effet que vous pouvez m’aider à le récupérer.

L’homme fixa un instant Isaac, puis poussa un soupir. Il ouvrit un tiroir et en sortit une Poké-ball.

- Tenez, dit-il en la lui lançant. C’est un Terhal, un cadeau d’une connaissance d’Hoenn. Mais je ne m’en suis jamais servi, ça fait un moment que je n’utilise plus de partenaire Pokemon. Il sera surement bien mieux avec vous.
- C’est bien gentil
, s’étonna Isaac après avoir fixé la Ball quelques secondes. Mais ce n’est pas exactement à ça que j’avais pensé.
- C’est pourtant tout ce que je peux faire pour le moment
, répondit Beladonis en pivotant légèrement la tête de droite à gauche. Comme vous, je n’ai aucune idée d’où se trouve Elili ni …
- Je n’y crois pas
, répondit sèchement Isaac. Enfin, disons que je pense que vous nous cacher des choses.

Isaac vit la main droite de l’Agent Beladonis serrer fortement un crayon entre ses doigts, tandis que son visage, sombre, fixait la carte sans oser la relever. En cet instant, on aurait presque pu croire qu’il s’agissait d’une statue de cire particulièrement réaliste, car même sa respiration semblait s’être arrêtée. Isaac appuya ses bras sur le bureau, joignant les mains comme pour prier et se rapprocha légèrement de lui.

- Vous savez plus de choses que ce que vous nous dites, déclara-t-il d’un ton assuré. Vous savez qui est Elili et vous tentez de la protéger. Surement une dresseuse avec qui vous avez collaboré. Je n’ai pas raison ?
- Presque
, finit-il par avouer après quelques secondes de silence pesant qui en parurent des heures. Vous l’avez déjà rencontrée, il me semble. Il s’agit de Millie, une jeune fille que j’ai prise comme assistante ici et qui, auparavant, vivait dans la rue. Je ne l’ai découvert qu’après avoir contacté le Colonel pour m’aider à résoudre l’affaire. Mais maintenant, je regrette… j’aurai souhaité me charger seul de cette affaire, et lui éviter tout mal. Elle a déjà tant souffert…

Isaac releva un sourcil, un peu surpris, tout en reculant un peu pour s’adosser à sa chaise. Il ne voulait pas mettre la pression au policier, maintenant qu’il passait aux aveux.

- Voyez-vous, je suis persuadé que Millie n’y est pour rien malgré tout, ajouta l’Inspecteur d’un ton désespéré. Lorsque je l’ai trouvée sous sa combinaison avec Gribouille, elle ne semblait pas reconnaitre son Pokemon, mais c’est lui qui m’a fait comprendre que c’était elle sous le masque d’Elili. Elle s’est montrée violente envers nous, alors qu’ici, elle est particulièrement soucieuse… Elle est… elle est manipulée. Il ne peut en être autrement.
- Mais alors, qu’attendez-vous pour la mettre en sécurité ?
demanda Isaac.
- Je veux d’abord la disculper, répondit sèchement l’agent de la Police Internationale. J’ai fait de lourds sacrifices pour obtenir de Malva, un ancien membre de la Team Flare, l’accès à leur ancien QG d’Illumis, où œuvre leur scientifique à l’origine de la Combinaison. Je m’y suis infiltré une fois, mais je n’ai pas trouvé ce que je cherchais.
- Et vous avez trouvé des choses pertinentes ?
demanda Isaac, l’air intéressé.
- Quelques notes sur le fonctionnement de la Combinaison, mais rien qui puisse prouver que …
- Montrez-les-moi
, demanda Isaac. Peut-être que quelques chose vous aura échappé…

L’Agent Beladonis soupira et ouvrit son tiroir, dont il retira un dossier qu’il tendit à l’informaticien. Celui-ci s’en saisit et commença à le feuilleter. Il s’arrêta à une page et se mit à la lire avec beaucoup d’attention, sous le regard anxieux du policier. Soudain, un grand sourire se dessina sur son visage, et il referma le dossier, l’air enjoué, avant de se lever.

- C’est parfait ! lança-t-il, tout excité. Beladonis, je pense que je pourrai résoudre votre problème ! Dites-moi vite, où se trouve ce fameux QG ?
- Ici, à l’ancien Café Lysandre
, dit Beladonis en le pointant sur la carte. Les instructions pour entrer sont notées dans mes notes. Mais qu’avez-vous tr…
- Pas le temps de vous expliquer, il faut que j’aille sauver Fibonacci
, répondit Isaac, en glissant la Ball de Terhal dans sa poche avant de se saisir de son ordinateur portable.
- Quoi ? s’exclama Beladonis. Mais, Isaac…
- Ne vous inquiétez pas, je reviens avec Millie dans pas même une heure !
s’écria l’informaticien en ouvrant la porte en trombe.

Et il sortit, laissant derrière lui l’Agent Beladonis seul, qui commençait à regretter de lui en avoir trop dit. Celui-ci hésitait à le suivre, mais estimant qu’il ne parviendrait surement pas à le rattraper avec sa jambe boiteuse, il décida plutôt d’attendre le reste de son équipe, pour les informer à leur tour des dernières nouvelles.

Posté à 11h58 le 28/03/18

Deus Ex Machina ...

L’an 41 après Dieu, l’année des spores (2/2)



Elodie était en train de fabriquer un masque à gaz de fortune pour Billy lorsque des bruits en dehors de la maison attirèrent son attention. Fronçant les sourcils, elle s’approcha de la fenêtre et constata que le soleil s’était déjà couché. La pénombre envahissait les rues de Pétale Town, qui n’étaient éclairée que par quelques réverbères. Mais il y avait du mouvement. Quelque chose d’étrange semblait se diriger vers eux en toute hâte. Ce que la jeune fille distinguait était passablement bizarre. On aurait dit une forme de taille humaine dont les deux bras, très longs, sortaient au niveau du cou. Elle aurait juré voir un monstre d’une vieille histoire pour enfant. Elle se frotta les yeux pour être sûr de ce qu’elle voyait et constata que la forme fonçait désormais vers la villa de Léo, c’est-à-dire droit sur eux. N’écoutant que son courage, elle se saisit du premier objet avec lequel elle pourrait frapper l’individu. Armé d’un vieux parapluie, elle se dirigea vers la porte et se mit en position d’accueillir l’étrange créature.

Elle était à peine en position que la porte s’ouvrit sur un homme en imperméable noir qui se dépêcha bien vite de fermer derrière lui, comme s’il était suivi par quelque chose. Il n’avait pas de suite remarqué la jeune fille qui s’était arrêtée juste à temps avant de le frapper, remarquant qu’il s’agissait en vérité d’un être humain tout ce qu’il y a de plus normal. Enfin, à quelques détails près…

Ce qu’Elodie avait pris pour des bras étaient en vérité les deux queues d’un Capidextre qui se cramponnait dans le dos de l’homme, sous un grand imperméable sombre. Le Pokémon portait sur la tête une espèce de tricorne, comparable à ceux qu’on imagine sur la tête des pirates de la vieille époque. Lorsque l’inconnu se retourna, l’ingénieure comprit directement qu’il s’agissait du Capitaine Weiss, l’homme dont le Colonel leur avait parlé peu de temps avant. Sous son imperméable, il portait un haut d’uniforme bleu marine parsemé de quelques médailles. Il devait avoir le même âge que le Colonel, mais exhibait une large moustache parfaitement soignée. Le Capitaine et son Pokémon l’observaient à leur tour, perplexe, comme pour essayer de déterminer pourquoi une jeune femme dans son genre se tenait là, un parapluie à la main.

- Capitaine Arthur Weiss, annonça-t-il, confirmant son identité. Je me trompe peut-être d’adresse, mais un de mes collègues m’avait donné rendez-vous…
- Oui, le Colonel nous a prévenus de votre arrivée !
lança Elodie en s’avançant, laissant le parapluie par terre pour libérer ses mains et tendre la droite. Je suis l’Ingénieure de son équipe, vous pouvez m’appeler Elo...

Elle s’interrompit soudainement, tant la surprise était brusque. Pour lui serrer la main, le Capitaine avait tendu la main gauche et le regard de la jeune fille comprenait pourquoi en regardant la droite. Cette dernière était tout simplement énorme, surdimensionnée. Elle semblait gonflée, boursoufflée comme en pleine réaction allergique, et faisait bien le double de la taille d’une main normale. Comprenant ce qui perturbait l’ingénieure, le Capitaine tenta de la cacher sous son imperméable, tout en faisant semblant de ne rien avoir remarqué, même s’il semblait un peu courroucé. Son Capidextre, par contre, semblait assez amusé par la situation.

- Elodie ! reprit soudain celle-ci, rougissant. Vous pouvez m’appeler Elodie !
- Bien, je vous propose de fermer cette porte à clé, Elodie
, reprit le Capitaine. Je ne l’ai pas directement vu, mais j’ai l’impression que quelque chose rôde dans ce village… C’est peut-être pour ça que cette vieille fripouille de Cornell m’a demandé de venir, non ? Où est-il, qu’il me fasse un briefing de la situation et du pourquoi il m’a fait venir, en plein pendant ma permission ?

Elodie approuva, ferma la porte à clé puis demanda au Capitaine de la suivre dans une autre pièce. Là-bas, le Colonel observait Billy essayer une tenue blanche et étanche qu’utilisait Léo lorsqu’il travaillait sur des expériences où toute contamination était à éviter.

- Colonel Cornell ? demanda-t-elle, anxieuse. Votre am…
- Alors, Marcus, vieille fripouille, ça gaze !
s’écria le Capitaine en entrant en trombe dans la pièce, le bras gauche tendu pour le saluer et son Pokémon l’imitant avec ses queues.

Marcus Cornell tourna légèrement la tête. En apercevant son ami, qui attendait une réponse sans bouger, il pointa lentement son index vers lui.

- Tu as toujours une grosse main ? demanda-t-il.

Le bras du Capitaine retomba piteusement, comme s’il n’était plus retenu par rien d’autre que des ligaments. Le Capitaine affichait une expression mêlant surprise et indignation, la bouche grande ouverte, et son Capidextre avait posé les deux mains de ses queues sur son visage, exprimant lui aussi son étonnement. Arthur Weiss ne s’était pas du tout attendu à cette remarque de la part de son ami, qui savait que c’était l’unique sujet à éviter quand on parlait avec lui. Elodie, à côté, savait que le Colonel était encore sous les effets des spores psychotropes d’Aldebert, et elle se tenait la tête dans les mains, très gênée par la situation. Billy, enfin, n’était pas parvenu à se retenir de rire.

- Je pense que nous allons discuter de la situation sans le Colonel, aujourd’hui ! proposa soudainement l’ingénieure en poussant le Capitaine, déconfit, dehors. Billy, tu viens ?
- Oui, bien sûr !
répondit celui-ci en se dégageant de la combinaison.

Il fallut un instant avant que le Capitaine ne perde son regard déprimé. Elodie et Billy en profitèrent pour lui expliquer la situation et il finit par les écouter attentivement, l’abattement faisant au fur et à mesure place à du sérieux sur son visage. Il posait parfois l’une ou l’autre question afin d’avoir des éclaircissements. Lorsqu’ils en vinrent à expliquer l’état du Colonel, il éclata de rire et jeta un regard amusé vers la porte.

- Je crois que je comprends mieux, dit-il. Il n’est pas en état de faire grand-chose, du coup… Heureusement que je suis là pour le couvrir.

Il avait dit ça en bombant le torse et d’un ton homérique, comme s’il était le héros de l’histoire, venu pour aider son ami dans le pétrin, son Pokémon sur le dos l’imitant avec quelques secondes de décalage. Elodie le regardait, surprise de ces changements d’attitudes à répétition. Le Lieutenant Campbell, lui, connaissait déjà le Capitaine pour l’avoir rencontré quelques fois auparavant en compagnie du Colonel, et connaissait donc déjà bien sa personnalité excentrique. Pourtant, il était toujours un peu amusé par son comportement et se retenait à nouveau de rire.

- Nous avons donc une cible à mettre en quarantaine, résuma le Capitaine. Un Parasect véhiculant une maladie dangereuse et mortelle…
- On a des combinaisons qui devraient suffire à empêcher toute contamination
, assura Elodie. On peut donc s’en approcher sans crainte.
- Et le traitement ? Il est au point ?


Elodie croisa le regard de Billy en se mordant les lèvres. Aldebert était en train de travailler en bas, sous la surveillance d’Isaac et de Stephen Shelley. Mais ils n’avaient pas encore de nouvelles sur ce sujet.

- Pas encore, je pense, dit Elodie. Mais Al’ est sur le sujet et…
- Mais s’il ne parvenait pas à trouver de remède ? Il y a des tas de maladies incurables, non ? Si celle-ci en faisait partie ?


Elodie déglutit. L’idée était assez angoissante. Si cela se révélait vrai, la totalité du village de Pétale Town était condamné. Et le Parasect devenait une menace bien plus grande.

- Car si c’était le cas, il nous sera peut-être nécessaire d’abattre le Pokémon.
- Non !
s’écria Elodie. On ne peut pas faire ça, il n’a rien demandé, ce Pokémon !
- Peut-être
, approuva le Capitaine Weiss. Mais c’est là le principe de précaution. S’il s’échappait ou se reproduisait, il pourrait produire une épidémie mondiale. Ce Pokémon est très dangereux. Malheureusement, le bien commun passe parfois par la mise à mort d’un individu isolé…
- Je … je sais
, reprit Elodie. Mais n’empêche… C’est horrible … Aldebert ne laissera pas faire ça. Il refusera catégoriquement.
- Alors il va falloir qu’il se démène pour trouver un remède
, soupira le Capitaine. Moi-même, je préfèrerais ne pas en venir jusque-là. En attendant, moi-même et le lieutenant allons-nous rendre sur place pour capturer le Pokémon. Il ne devrait pas présenter de danger si nous l’enfermons dans une Poké-Ball. Vous nous tiendrez au courant des nouveautés, Elodie ?
- Je… bien sûr
, approuva cette dernière, mal à l’aise. Je vais vous chercher l’équipement.

Elle se leva et sortit de la pièce, laissant seuls le Capitaine Weiss et le Lieutenant Campbell. Ce dernier s’était tu tout au long de la conversation. Il savait que le Capitaine avait raison, mais que convaincre Elodie et Aldebert n’allait pas être très simple. Encore Isaac comprendrait-il, mais sans l’aide et l’autorité du Colonel, cela ne serait pas évident pour autant. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’Aldebert trouve de quoi soigner cette saloperie rapidement…

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- Vous savez, je ne vais pas vous manger, Lieutenant, lança soudain le Capitaine Weiss tandis qu’ils marchaient dans les rues sombres de Pétale Town.

Billy s’arrêta de marcher, étonné par la réplique de son supérieur. Ils portaient tous les deux une des tenues blanches et parfaitement étanches que leur avait fournie Léo et portait en plus un masque à gaz improvisé par Elodie qui pendait à leur cou, au cas où. Leurs Pokéball étaient accrochées à une ceinture en dehors afin de ne pas les invoquer à l’intérieur de celle-ci par erreur. On aurait dit deux gros apiculteurs qui avançait avec peine sur une planète avec une gravité légèrement supérieure à celle à laquelle ils étaient habitués. Depuis qu’ils étaient ainsi équipés, ni lui ni le Capitaine n’avait rien dit et ils s’étaient avancés mollement dans le village en direction de la Mairie. Le Capidextre du Marine fermait la marche, un grand sourire aux lèvres en voyant son dresseur habillé de manière aussi ridicule. Au moins cela cachait-il sa main.

- C’est une habitude que j’ai prise avec le Colonel Cornell que d’être silencieux en mission, Capitaine Weiss, répondit Billy.
- C’est une habitude que le Marcus voudrait que vous preniez, nuance ! corrigea le Capitaine. Il m’a tout raconté à ton sujet, tu sais ?
- Heu, vraiment ?
s’étonna le Lieutenant, en fronçant les sourcils, bien que son interlocuteur ne puisse pas voir son visage sous la combinaison. Il vous a parlé de moi ?
- Un peu mon neveu
, repris le Capitaine. Puis je lui ai fait passer un petit interrogatoire à ma façon, aussi. T’as autant de secrets pour moi que pour lui.

Le Lieutenant Campbell ne répondit pas. Il était à la fois gêné et flatté que son supérieur, celui qui l’avait sauvé de sa vie de malfrat, parle de lui à ses collègues et amis.

- Je pense que te rencontrer était vraiment une bonne chose pour lui, continua le Capitaine. Il n’était plus le même depuis l’incident…
- Quel incident ?
s’étonna Billy en continuant de marcher.
- Il ne t’en a pas parlé ? Remarque, ce n’est pas un souvenir très agréable. C’était quelques semaines avant qu’il ne te rencontre à Carmin…
- Ha, alors, vous savez aussi pour …
- Ton appartenance aux Rockets ?
compléta le Capitaine à haute voix. Bien sûr que je le sais. Cornell ne peut rien me cacher, et c’est pareil pour moi. On est liés tous les deux depuis qu’il m’a sauvé de cette saloperie de Dardargnan.

Billy acquiesça dans sa combinaison. La première fois qu’il avait rencontré le Capitaine Weiss, le Colonel Cornell l’avait mis en garde pour sa main et lui avait expliqué que c’était lui qui, lors de leur formation, l’avait sauvé d’une attaque de Dardargnan. Malheureusement, le Capitaine était allergique au venin de ce Pokémon et les médecins n’avaient pas agi assez vite pour empêcher le poison de gonfler sa main, et ce de manière permanente.

- Et c’est justement parce que tu étais un Rocket que tu as dû lui rappeler son petit frère.
- Son… Son quoi ?
se figea Billy, surpris.
- Son jeune frère, Claude Cornell, continua le Capitaine. Comme toi, il avait rejoint les rangs de l’organisation criminelle. Et sa planque avait été découverte par un bataillon de l’armée dirigée par ce diable de Cushing…
- Cushing ?
répéta Billy dont l’expression, si elle avait été visible, aurait fait comprendre à n’importe qui qu’il ignorait qui était cet homme.
- Le Lieutenant-Colonel Lester Cushing, précisa le Marine. Ou plutôt, ex lieutenant… Un vrai barbare. Il a exécuté lui-même les Rockets qui ne sont pas morts dans l’assaut contre la planque. Et, bien sûr, le frère de Marcus était dedans…
- Il les a exécutés ?
s’indigna Billy. Mais il n’avait pas le droit !
- C’est exactement pourquoi il a été renvoyé de l’armée, une fois que la Team Rocket fut démantelée. Il a été jugé pour toutes les atrocités dont il avait été responsable et se trouve aujourd’hui dans une prison de haute sécurité. Quoiqu’il en soit, Marcus en a été profondément affecté… Puis il t’a rencontré et t’a épargné. Je suppose que tu lui rappelais son frère et que, maintenant, tu es comme un substitut pour lui…


Billy ne répondit pas et reprit sa marche. Le Capitaine avait continué d’avancer à pas lents et malhabiles et avait pris un peu d’avance sur lui. Il ne savait pas trop quoi penser. Le Colonel ne lui avait jamais parlé de son frère, ni des raisons qui l’avaient poussé à l’épargner, ce fameux jour où ils s’étaient rencontrés.

Ils marchèrent encore quelques minutes quand, soudain, le Capidextre du Capitaine s’arrêta et grogna. Sortant de derrière les maisons, les habitants de Pétale Town s’avançaient lentement vers eux, les bras tombant et le dos légèrement voûté. Ils respiraient tous bruyamment et avec difficulté. Les deux militaires les observaient, étonnés et ne sachant que faire ou que dire.

- Aide… Aide… demandait l’un.
- Sauvez nous… sauvez nous… répétait un autre.
- Douleur… atroce douleur… chuchotait un dernier.

Soudain, ils se jetèrent en directions des deux hommes sous leur combinaison étanche. Mais ni le Capitaine ni le Lieutenant n’avaient l’intention de se laisser faire et, pour les aider, outre Capidextre qui était déjà là, ils appelèrent Arbok et Arcanin.

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Dans le laboratoire du Pokémaniac, le Professeur Caul était toujours en train de travailler sur un remède pour combattre le virus. Sous les conseils de Rémus, il travaillait à partir des remèdes contre la Grippe, afin de lutter contre le virus avec lequel, selon leurs estimations, le Pokérus avait été mélangé. Malheureusement, le Pokérus était lui-même sans vaccin, et on ne pouvait donc pas être sûr d’éliminer sa fusion. Les premiers tests qu’ils avaient faits sur l’échantillon n’étaient pas très réjouissants. Malgré cela, il l’avait administré à la pauvre boulangère, toujours maintenue en sommeil, mais qui pourtant se manifestait de temps en temps par ce qui ressemblait à des sanglots. Il n’avait plus qu’à espérer que cela marche quand même, car il lui serait impossible de trouver une autre solution en peu de temps. Et plus le temps passait, moins l’image de Rémus était claire…
La tension et l’inquiétude se lisaient sur son visage. L’excitation d’avoir trouvé de quoi le village souffrait avait disparue depuis déjà un bon moment. Stephen Shelley le voyait bien. L’écrivain surveillait son ami sans pour autant intervenir. Il savait qu’Aldebert prenait parfois des doses de spores, mais il n’apprenait qu’aujourd’hui, alors qu’ils étaient au centre d’une grave affaire d’épidémie, que ses hallucinations lui faisait voir un homme qui, de toute évidence, n’avait jamais existé. Sa femme le lui avait confirmé par téléphone. Le Professeur Higgs n’avait jamais eu de frère, et le nom de Rémus ne lui disait rien. Il était donc évident qu’Aldebert avait inventé ce personnage de toutes pièces. Peut-être par regret d’avoir coupé les ponts avec celui qui, lors de leurs études, était son meilleur ami. Avec celui avec qui ils avaient inventé l’une des machines les plus formidables du monde.
A côté, Isaac et Elodie étaient en pleine discussion. La jeune fille lui avait expliqué comment le Capitaine avait débarqué, ce qu’ils étaient partis faire et, surtout, ce qu’ils comptaient faire du Parasect. Elle avait été étonnée que l’informaticien ne paraisse pas contrarié à l’idée de tuer le Pokémon.

- Evidemment, le mieux serait de le confiner, pour éviter toute contamination le temps qu’on résolve le problème, concédait-il. Mais s’il nous était impossible de le faire, ou que le Pokémon manifestait son désir de contaminer, alors la solution la plus simple serait, en effet, de le tuer. Sans vie, le virus qu’il abrite ne pourrait pas survivre non plus, et le problème serait réglé.
- Mais il n’a rien demandé, ce Pokémon ! s’exclama Elodie. Son dresseur en est déjà mort, ce n’est pas suffisant ?

Il allait répliquer quand Léo les appela soudainement. Il était penché sur une radio, que l’ingénieure avait adaptée pour capter les communications des deux militaires sur le terrain et les amplifier, pour comprendre clairement ce qu’ils disaient. Il y avait du nouveau. Ils se rapprochèrent et firent signe à Stephen et Aldebert de les rejoindre, le temps d’en savoir plus.

- Vous me recevez ? demanda la voix du Capitaine.
- Parfaitement, répondit Elodie. Où en êtes-vous ? Vous avez trouvé le Parasect ?
- Nous venons tout juste d’arriver devant la mairie.
- Seulement maintenant
? s’étonna l’écrivain.
- C’est pas vraiment évident de marcher de la manière dont on est habillé, répliqua Billy. Puis les habitants ont essayé de nous arrêter aussi.
- Quoi ?
s’étonna Isaac. Mais ils ne sortent pas de chez eux…
- Hé bien, peut-être est-ce à cause de la nuit, mais ils sont tous dehors
, continua le Capitaine. Ils ont l’air de souffrir énormément, mais ils sont aussi très agressifs. Et seulement envers nous, comme s’ils ne se souciaient pas de nos Pokémon. Heureusement, ces derniers sont parvenus à les tenir loin de nous.
- Donc, du coup, vous allez bientôt procéder à la capture de la cible ?
demanda Stephen.
- Exactement, seulement, on risque d’avoir un problème. Comme vous le savez, notre premier plan était de le confiner dans une PokéBall pour commencer.
- Oui, avant de prendre une décision sur son cas,
répondit Isaac sous le regard perplexe d’Elodie.
- Mais le problème, comme me le fait remarquer très justement le Lieutenant, c’est que ce Pokémon appartenait à Mr Mendel. Donc, il a en toute logique déjà une Poké-Ball…
- Et on ne pourra pas le capturer avec une autre
, compléta Léo, le regard sombre.
- Et merde, pesta Elodie en se frappant la tête avec la main. J’avais pas pensé à ça…
- Il faudrait donc qu’on trouve cette Ball
, proposa Aldebert. Elle doit certainement se trouver dans sa maison que nous avons quittée…
- Mr Caul, je présume ?
demanda la voix du Capitaine. Vous étiez trop absorbé par vos travaux pour me prêter attention quand j’ai rencontré le reste de votre équipe, mais le Colonel m’a déjà dit le plus grand bien de vous. Dites-moi, Professeur, mademoiselle Elodie vous a-t-elle parlé de ma solution de dernier recours ?
- Heu… non, elle ne m’a rien dit
, s’étonna Aldebert en jetant un regard vers la concernée. De quoi s’agit-il ?
- De tuer le Parasect.


Le Capitaine n’y était pas allé par quatre chemins. La réponse brute du Capitaine laissa place à un instant de silence durant lequel tous regards étaient rivés sur le Professeur Caul. Dans un premier temps, ce dernier semblait ne pas avoir entièrement compris. Puis il prit une expression outrée.

- Mr le Capitaine Wuss, ou je ne sais plus quoi, s’exclama-t-il. Il en est hors de question !
- Pouvez-vous me confirmer dans ce cas que vous avez trouvé un remède à la maladie que véhicule le Pokémon ?
demanda calmement le Capitaine.
- Oui ! Enfin, pas tout-à-fait, reprit-il d’un air gêné. J’attends les résultats d’une expérience pour vous le confirmer…
- Professeur
, reprit le Capitaine Weiss. Comme je l’ai déjà expliqué à mademoiselle Elodie, nous courons peut-être à une catastrophe mondiale, avec un virus mortel. Nous avons le pouvoir d’empêcher cela. Vous en êtes bien conscient ?
- O…Oui
, hésita le Professeur. Parfaitement…
- Nous allons faire notre possible pour ne pas en arriver là
, reprit le Capitaine. Mais vous devez comprendre qu’en cas d’extrême nécessité, je me verrai obligé de le faire.
- Je … je comprends, mais…
- Contactez-moi, dès que vous aurez les résultats de votre expérience. Il n’y a pas de temps à perdre.
- Essayez déjà de repérer le Parasect
, dans ce cas, intervint Elodie. Vous n’allez pas faire de détour pour aller chercher la Ball, c’est moi et Isaac qui allons vous l’apportez.
- Si on la trouve
, intervint Isaac, l’air sombre.
- Bien, mais soyez prudents dans ce cas, vous n’avez pas de combinaison, vous. A bientôt.

Il coupa la communication. Sans plus attendre, Elodie et Isaac partirent dans les rues de Pétale Town, Métamorph et Fibonacci de sortie. Stephen regardait son ami, mal à l’aise. Le Professeur Caul avait toujours été pacifiste et contre tout type de violence, que ce soit envers les Pokémon ou envers les êtres humains. Et pourtant, le Capitaine avait surement raison.

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Le Capitaine Weiss et le Lieutenant Campbell s’avançaient lentement dans les couloirs de la Mairie. Le bâtiment était vieux et entièrement en bois, mais décoré de nombreuses tapisseries. Il n’était pas non plus très grand et ils n’en avaient donc surement pas pour très longtemps avant d’en faire le tour. Arcanin avait dû forcer l’entrée, qui était fermée à clé. En ayant fait le tour, ils avaient ainsi pût confirmer qu’il n’y avait pas d’autres sorties. En clair, le Parasect était sans doute toujours dans l’habitation. Ils avaient laissé le Pokémon Feu à l’entrée pour s’assurer que leur cible ne tenterait pas de fuir.

Ils exploraient depuis quelques minutes quand, enfin, ils entendirent du bruit provenant d’une pièce. On aurait dit une sorte de râle. Ils s’avancèrent prudemment et jetèrent un coup d’œil. Mais ce n’était que les gémissements d’un homme étalé contre le parquet en bois et qui peinait à respirer. En les apercevant, celui-ci tendit la main vers eux, dans une plainte incompréhensible.

- Pitié… lançait-il. Pi…tié…

Le Lieutenant allait se rapprocher de lui quand le Capitaine lui barra la route avec son bras. Ils ne pouvaient pas l’aider et, vu la manière dont ils avaient été accueillis en dehors, il valait mieux ne pas se rapprocher de lui. A contrecœur, ils le laissèrent là, du moins pour le moment.

A peine se retournaient-ils qu’ils virent le Parasect dans le couloir, venant de sortir par une autre porte. Celui-ci était identique à celui de la photo, avec son énorme Champignon coloré sur le dos. Le Pokémon se figea en comprenant qu’il avait été repéré et poussa un petit grognement, tout en faisant claquer ses pinces.

Ils allaient se rapprocher de lui quand l’homme se releva et se jeta subitement sur le Capitaine Weiss, dans le but de lui arracher sa combinaison. Capidextre et Arbock se ruèrent dessus et l’envoyèrent voler plus loin. Mais, profitant de la distraction, le Parasect s’était mis à courir et était passés devant eux à toute vitesse.

- Il ne faut pas le laisser s’enfuir ! s’écria le Capitaine en reprenant conscience de la situation. Demi-tour !
- Elodie ?
s’écria Billy en saisissant son Talki. On a trouvé le Pokémon ! Vous avez la Ball ?
- Affirmatif
, confirma Elodie d’une voix peinée. Mais elle ne nous aidera pas… On dirait bien que Mendel l’a fracassée avec un marteau. Elle est cassée.
- Quoi ?!
s’exclama Billy.
- Et merde… pesta le Capitaine Weiss. On ne pourra donc pas le confiner…
- On vous rejoint tout de suite,
reprit Elodie en coupant la communication.
- Hein ? s’étonna Billy. Attends, Elodie, vous n’avez pas de combinaisons, vous ! Hé ho ! Tu m’entends ?

Mais ni Elodie, ni Isaac ne répondirent. Billy poussa un juron tout en continuant sa course poursuite avec le Pokémon Champignon. Derrière lui, le Capitaine Weiss tentait de contacter Aldebert.

- Allô ? Vous avez entendu ? Répondez-moi ! J’ai besoin de savoir pour l’expérience du professeur ! Allô ?

La communication était bel et bien établie. Cependant, Aldebert n’avait aucune envie de répondre. Quelques secondes auparavant, il en était arrivé à la conclusion que son remède n’était pas efficace. En conséquence de quoi, tous les habitants de Pétale Town étaient condamnés. Ce n’était plus qu’une question d’une ou deux heures, la boulangère étant elle-même rentrée dans la dernière phase de la maladie, la même que celle qu’il avait constaté sur Dimitri Mendel. Ils allaient tous mourir. Tous leurs efforts avaient été vains.

Il venait de plus d’entendre la nouvelle à propos de la Poké Ball. Il savait que s’il prévenait le Capitaine, celui-ci n’aurait d’autre choix que de tuer le Parasect. Et à fortes raisons, en vue du danger que celui-ci représentait.

Mais il avait le pouvoir de changer cela. S’il mentait, s’il disait qu’il avait trouvé le remède, cela donnerait peut-être une chance au Pokémon de s’en sortir. Oui, il n’avait qu’à mentir, et le pauvre Pokémon, simple cobaye de Mendel, serait sauvé !

Mais était-il prêt à prendre cette responsabilité ? Le Pokémon était un danger pour tout être humain. Si les choses venaient à dégénérer, que le Champignon provoquait une épidémie mondiale, Aldebert ne se le pardonnerait pas.

Il hésitait, le talkie devant la bouche, sous les regards tendus de Stephen et Léo. Puis il repensa soudain à Elodie et Isaac. Ceux qu’il considérait comme ses enfants, ceux qu’il avait sauvés et qui le rendaient heureux… Ceux qui, sans protection, se dirigeaient vers l’agent contaminateur.

- J’ai échoué, dit-il finalement. Le remède n’est pas efficace. Tuez-le…

Puis il éteint son talkie, le visage abattu. Rémus n’avait pas été là pour l’aider à faire un choix. Mais Stephen s’approcha, lui mit une tape amicale dans le dos et entreprit de le consoler.

Pendant ce temps, le Parasect continuait de fuir les militaires. Il lançait des nuages de spores pour gêner leur visibilité et les retarder. Lui-même n’était pas très rapide. Mais lorsque Capidextre et Arbock s’en prirent à lui violemment, il parvint à les faire reculer avec de puissantes Plaie Croix. Subitement, le Serpent lui arracha une patte. Le Pokémon cria de douleur et endormit ses opposants dans un nouveau jet de spores à bout portant. Maintenant seulement poursuivi par les humains, il continua sa fuite. Ceux-ci, à l’abri dans leurs combinaisons, pestèrent et rappelèrent leurs compagnons dans leurs Balls, contrariés de ne pas avoir celle du Parasect à disposition.

Le Champignon déboulait dans les couloirs qu’il connaissait par cœur pour les avoir beaucoup exploré ces derniers jours. Il n’était pas parvenu à sortir de l’habitation, les portes d’entrées étant fermées et ne sachant pas se servir des clés qu’il avait subtilisées. Mais si ces deux personnes étaient là, alors peut-être qu’il avait enfin une chance de sortir de cette demeure ! Il avait hâte de profiter d’un bon bol d’air frais et, peut-être, de revoir ses amis et Dimitri ?

Mais lorsqu’il arriva devant l’entrée, il s’arrêta brusquement. L’Arcanin du Capitaine faisait barrage. Il s’apprêtait à recourir à nouveau à ses Spores soporifiques quand il entendit derrière lui l’un des deux marshmallows géants crier quelque chose. Et le Pokémon ouvrit la gueule, déversant sur lui un torrent de flammes brûlantes.

Le Parasect était extrêmement sensible à la chaleur. Son corps s’embrasa rapidement et il se mit à se secouer dans tous les sens pour tenter de se défaire de cette horrible chaleur qu’il le consumait. Il sentait déjà le Champignon sur son dos, dont il était si fier, partir en cendre.

En se remuant dans tous les sens, le Parasect propagea soudain le feu aux murs et aux tapisseries. Il faut croire que le bâtiment n’était pas bien protégé contre ce genre de cas, car les flammes grandirent soudain rapidement et l’incendie ne tarda pas à gagner tout le couloir, se propageant via les tapisseries et le bois dont était fait l’essentiel de l’habitation.

Les deux militaires, sous leurs combinaisons, étouffaient à cause de la brusque chaleur. Si la cible était bien neutralisée, il allait falloir vite sortir de là pour ne pas cramer de la même manière ! Aussi se hâtèrent-ils de rejoindre la sortie, tandis que le Parasect, pris de folie, continuait son chemin le long du couloir, dans la partie qu’ils n’avaient pas explorée, continuant de faire germer le feu partout autour de lui.

Ils étaient à peine sortis de la Mairie qu’ils s’arrêtèrent de courir, s’estimant en sécurité et déjà exténués. Ils étaient sortis du bâtiment, dont le feu s’étendait très rapidement et atteignait déjà l’étage supérieur. Sans plus tarder, le Capitaine se mit à enlever sa combinaison.

- Un vrai four ! s’écria-t-il en s’extirpant péniblement. Ce n’est pas la mort la plus douce, mais on ne pouvait pas risquer qu’il endorme Arcanin et parvienne à fuir…

Billy approuvait et, sans plus attendre, il imita son supérieur et commença à enlever la combinaison. Il n’en pouvait plus de la porter, se demandant comment les scientifiques pouvait travailler sérieusement dans ce genre d’accoutrement. Ils étaient encore tout proches de la Mairie, dont il ne resterait bientôt plus qu’un tas de cendres. La chaleur était insoutenable et, s’il n’avait pas eu si hâte de se débarrasser de son costume, il l’aurait surement enlevée un peu plus loin.

Il peinait à enlever ses jambes de la combinaison quand il entendit les voix d’Elodie et Isaac. Il releva la tête et les vit courir vers eux. Il sourit et se dégagea finalement. Il allait se relever pour aller les trouver quand il les vit se figer. Elodie lui cria quelque chose, le visage déformé par la peur, et il entendit soudain un grand craquement. Il releva la tête et vit une sorte de balcon embrasé de la Mairie tomber droit sur lui. De quoi l’écraser comme une mouche. Mais c’était déjà trop tard pour fuir.

Par réflexe, il ferma les yeux et détourna le regard vers le sol, tout en s’abaissant, comme si le fait de ne pas voir l’objet allait interrompre sa chute. Billy s’attendait à finir aplati comme une crête et à cuire ensuite de la même manière. Il entendit Elodie crier à nouveau, d’un hurlement déchirant. Mais après quelques secondes, il ne ressentait toujours rien, si ce n’est une plus grande sensation de chaleur. Il ouvrit un œil, puis le deuxième. Contrairement à ce qu’il pensait, le balcon était tombé à quelques mètres d’eux. Il poussa un profond soupir de soulagement et se dépêcha de s’éloigner de l’incendie.

De leur côté, Isaac et Elodie restaient bouche bée. Ils avaient vu le balcon tomber droit sur Billy. En toute logique, il devrait être mort à cet instant précis. Pourtant, au dernier moment, il avait été dévié de sa trajectoire, comme si une force invisible l’avait poussé plus loin. Et cela c’était passé exactement au moment où l’ingénieure avait poussé un second cri de peur.

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Le Professeur Higgs marchait seul dans les rues de Pétale Town. Le calme régnait, parfois perturbé par quelques Pokémon qui se baladaient tranquillement. Deux jours s’étaient écoulés depuis l’incendie de la mairie. Son département avait finalement été prévenu, comme quoi de simples citoyens avaient retrouvé sans vie le petit village des passionnés de botanique. On ne lui avait rien dit de plus, et ses associés avaient fini de récupérer les cadavres, soi-disant pour pratiquer des autopsies. L’affaire devait rester secrète et, aux yeux des médias, il s’agissait simplement d’une histoire d’empoisonnement de l’eau qui avait très mal tournée.

Finalement, le Professeur Higgs prit place sur un banc qui, autrefois, était fréquenté par les deux vieillards du village, toujours à commenter les derniers potins. Mais aujourd’hui, pas un mot. Pas une parole. Higgs ferma les yeux, s’abandonnant au calme et à la plénitude que cela lui procurait. Il souriait en repensant à son entrevue avec la Table Ronde. Il avait feint l’étonnement, presque aussi bien qu’Astrid Roosevelt avait simulé ne rien savoir de plus.

Mais Higgs avait été au courant de l’état de Pétale Town avant même que la Première ne reçoive son coup de fil de la part du Colonel. Après tout, c’est lui qui avait guidé Dimitri Mendel, comme plusieurs autres chercheurs de par le monde, pour travailler sur des souches mortelles du Pokérus. L’expérience avait pour but d’observer la manière de contaminer du nouveau Virus. Si ses effets sur les êtres humains étaient plutôt satisfaisants, il y avait encore du travail à faire.

Il avait cependant été très surpris d’apprendre par Léo, un de ses fidèles associés qu’il avait envoyé là-bas pour faire un rapport sur cette même expérience, que l’équipe d’Aldebert avait été dépêchée sur place, dans le plus grand des secrets. Il était assez ironique de voir qu’ils avaient fait équipe avec l’un de ses associés les plus importants pour la mise en place de ses projets finaux. Aussitôt leur avait-il proposé de venir dans son laboratoire que le Professeur avait été mis au courant de leur implication.

Mais c’était sans importance réelle. Aldebert avait échoué à synthétiser un remède efficace à temps. Qui l’aurait pu ? Il avait eu droit à seulement quelques heures et, même s’il avait trouvé avec quelle souche de la Grippe le Pokérus avait été modifié, il n’aurait pas réussi à soigner les habitants. Et pourtant, il était surement encore en train de s’en vouloir pour ne pas avoir sauvé ces gens, qu’il considère comme des innocents.

Quoiqu’il en soit, il allait encore falloir travailler sur cet agent biologique. Il faudra juste se souvenir de prendre plus de précaution pour rester discret. Après tout, une simple visite inopinée pouvait suffire à rendre public des expériences censées rester secrètes.

Le Professeur Higgs avait les yeux fermés, assis sur le banc. Il avait là un échantillon de ce qu’il allait fonder. De cette nouvelle ère qui était en construction. De ce nouveau monde qu’il allait bâtir avec l’aide de Dieu.

Posté à 11h44 le 28/03/18

Deus Ex Machina ...

L’an 41 après Dieu, l’année des spores (1/2)



D'après Albert Einstein :
La vie c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre


Lorsque Stephen Shelley descendit de son bus, il dut mettre sa main au-dessus de ses yeux, afin de ne pas être ébloui par le soleil qui brillait de mille feux. Il n’y avait guère de nuages à l’horizon et le temps était particulièrement agréable. C’était une belle après-midi qui s’annonçait. Pourtant, il n’y avait quasiment personne dans les rues de Pétale Town, un petit village de Johto qui comptait à peine une quarantaine d’habitants. L’écrivain était surpris de ne pas voir d’enfants jouer ou d’adultes se promener pour profiter de cette belle journée. Peut-être travaillaient-ils tous à cette heure-ci ? Stephen lui-même n’était pas venu pour admirer les nombreuses fleurs qui ornaient le village, mais bien pour des raisons professionnelles. Il attrapa sa petite valise d’une main et se rendit à l’adresse que Dimitri Mendel lui avait fournie par Pokématos quelques jours auparavant.

Stephen Shelley n’avait jamais vu une ville aussi fleurie que Pétale Town. Il y avait partout des bacs remplis de fleurs colorées et parfumées. Par endroit, on avait essayé de dessiner des Pokémon en alliant différentes fleurs, bien que le résultat soit certainement plus réaliste vu des toits. Stephen ne fut pas surpris de voir quelques Joliflor et Herbizarre se balader dans les rues, en toute liberté. Dans un village où les fleurs avaient autant d’importance, ces Pokémon étaient bien à leur place. Mais cela rendait d’autant plus intriguant l’absence de personnes en dehors. N’y avait-il pas même un jardinier pour s’occuper de tout ça ? Ou même une femme au foyer pour arroser ses fiertés colorées ? Par temps pareil, Safrania aurait été presque invivable tant il y aurait eu du monde en dehors. Mais peut-être était-ce dû aux magasins de la grande ville, ce dont ne semblait pas disposer Pétale Town.

Sur son chemin, l’écrivain remarqua néanmoins la présence de quelques personnes. Mais ces dernières se trouvaient à l’intérieur de leur boutique et regardaient passer l’inconnu d’un regard mauvais depuis leurs vitrines. Peut-être n’appréciaient-ils pas trop voir débarquer chez eux un étranger ? Quoiqu’il en soit, Stephen ne se souciait pas d’eux. Il était juste là pour poser des questions à propos de quelques Pokémon Plante à son contact, et souhaitait le voir en action afin de mieux décrire dans son prochain livre comment l’un de ses personnages était censé s’occuper de son Rafflésia.

Enfin, il arriva à la maison de Dimitri Mendel, le Botaniste avec qui il avait été en contact. Celui-ci lui avait donné rendez-vous afin de répondre à ses interrogations déjà quelques jours auparavant, puis n’avait soudainement plus donné une seule nouvelle, mais lorsqu’il s’agissait de confirmer qu’il avait bien une chambre préparée pour Stephen. Comme il ne lui avait pas répondu, l’écrivain avait tenté de trouver une chambre d’hôte pas trop loin, mais la seule qui accepta de lui répondre se trouvait dans le village d’à côté. Il espérait donc que le Botaniste avait bien préparé de quoi l’accueillir, car il n’avait aucune envie de marcher jusque-là simplement pour dormir et repartir le lendemain.

Il frappa une première fois à la porte. Au bout de quelques minutes d’attente, il réitéra son geste. Comme personne ne venait lui ouvrir, il soupira et tenta de voir s’il pouvait apercevoir son hôte par les fenêtres. Mais c’était sans compter les rideaux, qui cachaient la vue des curieux. Laissant sa valise au seuil de la porte d’entrée, l’écrivain se mit à contourner l’habitation. Peut-être que le botaniste se trouvait dans son jardin ? Il fut surpris, une fois de plus, de voir que l’habitation ne disposait que d’un tout petit jardin, apparemment peu entretenu. Un comble pour un Botaniste renommé qui, de plus, habitait dans un village réputé pour ses fleurs. Mais, par chance, la porte de derrière n’était pas verrouillée. L’écrivain hésita quelques secondes puis, soupirant, attrapa la clinche afin de pénétrer chez l’homme qui, quelques jours avant, l’avait invité.

Stephen se trouvait maintenant dans la cuisine. Il faisait très sombre, car, là aussi, les rideaux cachaient le soleil. Aidé par la lumière qui s’infiltrait par la porte ouverte, il actionna l’interrupteur, allumant la lumière d’une lampe au plafond. Du pain rassis se trouvait sur la table, avec un pot de confiture ouvert, dans lequel s’invitaient de grosses mouches noires et bruyantes. Devant ce spectacle peu ragoûtant, l’écrivain regretta bien moins d’avoir pris une table d’hôte pour passer la nuit et, surtout, pour prendre le petit déjeuner. Il fit quelques pas et entendit enfin un autre son que celui des insectes qui festoyaient sur la table. On aurait dit quelqu'un qui dévalait les escaliers avec empressement. Soudain, il entendit quelqu’un proférer un juron, alors que des bruits de verre brisés s’ajoutaient à ceux qu’il entendait déjà. Sceptique, Stephen se rapprocha de la porte qui devait donner sur le corridor.

Mais avant qu’il ait pu l’atteindre, celle-ci s’ouvrit à la volée. C’était évidemment Dimitri Mendel, mais l’écrivain ne le reconnut pas immédiatement. Le botaniste était vêtu d’une chemise déchirée à de nombreux endroits, tout comme son pantalon, dont il semblait qu’on avait arraché les poches à la main. L’homme avait le dos voûté et regardait Stephen avec une expression mêlant colère et fatigue intense. Ses bras pendaient mollement le long de son corps et ses jambes semblaient trembler, le poil hérissé, comme s’il avait la chair de poule. Ses lunettes étaient cassées et glissaient dangereusement le long de son nez, dévoilant des yeux injectés de sang. Des gouttes de sueurs perlant de son front, il haletait, comme s’il venait de fournir un grand effort pour se tenir là.

Devant cette vision, l’écrivain fit un pas en arrière, pas très rassuré. L’homme l’observait sans rien dire, et Stephen lui-même était pris au dépourvu. Enfin, prenant son courage à deux mains, il déglutit et tenta d’engager la conversation.

- Dimitri Mendel ? demanda-t-il d’abord. Je suis Stephen Shelley, vous savez, le brillant écrivain ? Je … hum… vous m’aviez proposé de venir et …
- Aidez-moi…
grogna le botaniste. Aidez … moi…
- Heu… je veux bien, mais vous auriez peut-être plutôt besoin d’un méd…
- AIDEZ MOI TOUT DE SUITE !


Le botaniste avait dit ça en se jetant littéralement sur Stephen, qui esquiva de justesse. S’ensuivit une course-poursuite qui ressemblait plus à un jeu de touche pour enfant parodié par des adultes. Stephen se cachait derrière la table de la cuisine tandis que son opposant faisait le tour pour l’attraper. Comprenant que ça ne servait à rien, le botaniste finit par sauter sur la table. Il s’élança à nouveau sur Stephen, qui laissa échapper un cri de surprise et tomba durement en arrière sur le sol de la cuisine. Dimitri Mendel se tenait désormais sur lui et tentait d’étrangler le pauvre écrivain, tout en le mordant férocement au niveau des épaules. S’il n’avait pas eu le souffle coupé par l’étreinte, Stephen aurait sans doute rameuté bien du monde à l’aide de par son cri de douleur. Il paniquait de plus en plus, sentant que s’il ne faisait rien très vite, il n’allait pas tarder à être tué par son agresseur. Soudain, sa main qui tâtonnait par terre dans un ultime espoir attrapa le pot de confiture, tombé avec la table par l’élan du botaniste. Sans hésité une seconde, car le temps pressait, il écrasa le pot contre le crâne du botaniste, le brisant en plusieurs éclats de verre. L’homme cessa immédiatement de mordre et de serrer son cou et retomba, assommé.

Stephen se dégagea de là et se mit à fouiller la cuisine. Ne trouvant pas ce qu’il voulait, il attrapa néanmoins un couteau de cuisine, prêt à s’en servir si jamais l’homme reprenait ses esprits. Il se lança alors dans l’exploration de la maison. S’il avait été dans d’autres circonstances, l’écrivain se serait surement arrêté pour constater que, de bien des manières, la maison était très mal entretenue. Stephen finit par trouver la corde dont il avait besoin dans un placard et ligota Dimitri Mendel. Mais ce faisant, il remarqua aussi que le corps de son agresseur rempli d’ecchymoses et de coup bleus. Et puis il y avait aussi l’odeur, nauséabonde, comme si le corps du pauvre bougre était en pleine décomposition. Il était en si mauvais état que Stephen en eut des haut-le-cœur à plusieurs reprises. Lorsqu’il fut sûr de l’avoir suffisamment bien attaché, Stephen s’assit sur une chaise, l’observant avec un mélange de curiosité et de peur. Finalement, il attrapa son Pokématos. Il ne savait pas de quoi souffrait le botaniste, mais si quelqu’un pouvait le découvrir, c’était bien son vieil ami Aldebert.

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Sur l’île Union, cloitrée dans son vieux bureau faiblement éclairé, Astrid Roosevelt était penchée sur un ennuyeux rapport que lui avait fait parvenir son Ministre des Finances. Ayant elle-même occupé ce poste, il y a de cela plusieurs dizaines d’années, elle avait toujours gardé un œil plus particulier sur cet aspect de son Gouvernement. Elle était particulièrement stricte avec ce Ministère et c’est sans surprise que pas moins de 7 ministres s’y étaient succédé depuis qu’elle gérait l’Etat de Kanto-Johto, tous ayant abandonné, exténués par la quantité monstrueuse de travail qu’elle leur donnait, puisqu’elle n’hésitait pas à leur faire recommencer tout un rapport si elle ne le jugeait pas assez rigoureux. Elle était d’ailleurs en train de pointer quelques imperfections de son feutre tout en dégustant un verre de chocolat chaud, son seul et unique péché mignon.

Soudain, on frappa à la porte. Sans même relever son visage, la Première lança un « Entrez ! » et le Majordome, André Malraux, poussa la porte. Il portait un plateau d’argent sur lequel se trouvaient des biscuits secs, que la Ministre plongeait dans son chocolat avant de les manger, mais aussi un téléphone. Roosevelt ne remarqua la présence de ce dernier que lorsque son employé déposa le plateau sur son bureau. Elle lui adressa un regard interrogateur et le majordome lui dit le nom de celui qui attendait à l’autre bout du fil. Elle se saisit de l’appareil et remercia Mr Malraux, qui se retira sans demander son reste.

- Colonel Cornell ? demanda-t-elle. Allons droit au but, je suis très occupée, que me vaut votre appel ?
- Mes hommages, madame
, répondit la voix un peu altérée du Militaire. Il se trouve que mon équipe est tombée, un peu par hasard, sur un pauvre homme souffrant d’une maladie inconnue.
- Une maladie inconnue ?
répéta la Ministre. Où ça ?
- Le petit village de Pétale Town, à Johto. Le professeur Caul a tenté de le soigner, mais sans succès pour le moment, et il est finalement mort il y a quelques minutes… Nous pensons que d’autres habitants sont atteints, car, comme notre premier patient, ils se montrent tous extrêmement agressifs… Dois-je demander au Ministre de la Santé de venir s’en occuper ?
- Si c’est une maladie inconnue et mortelle, je préférerais qu’Higgs n’en sache rien
, répondit la Ministre après quelques secondes de réflexion. Je me méfie de lui comme de la peste, et peste et choléra ne font certainement pas bon mélange.
- Mais madame, il s’agit du Mini…
- Je sais pertinemment qu’il est censé s’occuper de ce genre de cas
, soupira Astrid Roosevelt. Mais vous, vous êtes censé vous occuper des cas secrets et mystérieux. Alors, je préférerais vous le laisser, pour le moment du moins.
- Vous êtes sûre que…
- Parfaitement sûre, Colonel
, confirma-t-elle sèchement. Je vous donne cette affaire officiellement, et je prends toutes les responsabilités si le Professeur Higgs venait vous poser problème. Une petite entorse au règlement est parfois nécessaire… Vous me tiendrez au courant quotidiennement, Colonel, moi et moi seule. C’est bien compris ?
- Bien, madame
, répondit le Colonel. Cependant, puis-je vous demander l’autorisation de demander de l’aide au Capitaine Weiss ? Il est en vacances dans son manoir pas loin d’ici. Les habitants se montrent si violents envers nous que je pense qu’un militaire en plus ne sera pas de trop s’ils continuaient…
- Je pense qu’on peut faire confiance au Capitaine
, soupira Roosevelt. Parfait, si vous n’avez plus rien à ajouter… je vous souhaite une bonne journée, Colonel.

Elle raccrocha le téléphone et poussa un grand soupir. Elle qui était très attachée au règlement venait de pousser un de ses employés à faire une entorse. Car l’équipe du Colonel était censée collaborer avec les Ministres concernés. Ils l’avaient déjà fait à de nombreuses reprises et cela s’était toujours bien passé. Mais elle n’avait encore aucune confiance au Professeur Higgs depuis qu’il avait fait chanter la Table Ronde, cinq ans auparavant.

Cette histoire perturbait la vieille ministre. Malgré son âge, elle ne songeait pas encore à prendre sa retraite, ayant besoin de ce travail pour se sentir bien. Mais en ce moment, elle ne se sentait plus d’humeur à écumer un dossier de compte et attrapa un de ses biscuits pour le ramollir dans son chocolat. Elle n’aurait qu’à finir son inspection demain.

A plusieurs centaines de kilomètres de là, le Colonel, lui, semblait assez intrigué en continuant de fixer son Pokematos. Il était certes bien content de pouvoir inviter son vieux camarade à le rejoindre, lui avec qui il avait été formé. Ils étaient restés inséparables jusqu’à ce qu’il ne se tourne vers la branche de la marine. Le Colonel et le Capitaine avaient alors continué à gravir les échelons chacun de leur côté, et ne s’étaient plus revus que lors de missions importantes ou des réunions entre gradés.

Mais ce qui le perturbait était évidemment le désir d’Astrid Roosevelt de ne pas mêler le Ministre de la Santé à cette affaire. La Première avait clairement dit qu’elle n’avait pas confiance en le Professeur Higgs, ce qui lui faisait un point commun avec le Professeur Caul. Pourtant, ils avaient déjà travaillé avec des agents du Ministère pour d’autres affaires depuis deux ans. Mais jamais le professeur Higgs n’était venu lui-même voir sur place, comme la plupart des Ministres d’ailleurs, exception pour le Ministre Darwin, qui était en très bon terme avec les membres de l’équipe.

Et puis, il y avait aussi cette affaire… Dimitri Mendel venait tout juste de mourir dans d’horribles souffrances, laissant un corps sans vie et dans un état à faire pâlir un fantôme. Le Professeur Caul n’était pas parvenu à le soigner et étudiait en ce moment un échantillon de sang, à la recherche du facteur qui aurait causé cette étrange maladie. Heureusement, d’après les symptômes observés sur lui, aucun d’entre eux n’étaient atteints, pas même l’écrivain qui s’était fait mordre. Ou du moins, la maladie ne s’était pas encore déclarée…

Le problème était que cela ressemblait bien à une épidémie. Même s’ils n’en étaient pas encore certains, le comportement des habitants pourrait être influencé par cette maladie. Isaac et le Lieutenant Campbell était partis pour tenter de capturer un habitant pour pouvoir comparer son sang à celui du défunt botaniste. Pendant ce temps, Stephen Shelley et le reste de son équipe restaient cloîtrés dans la maison de Mendel, un lieu très peu confortable mais dont l’écrivain était tout de même parvenu à débarrasser de l’odeur de putréfaction. Mais le matériel dont ils disposaient laissait tout de même à désirer et la maison était bien petite pour eux six et un cadavre.

Finalement, après quelques secondes de réflexion, le Colonel soupira et appela son ami à la rescousse. Avec un peu de chance, on n’aurait pas besoin de ses capacités…

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- C’est quand même dingue que personne ne sorte de chez soi, grommela Billy en marchant dans la rue aux côtés de son Arbok et d’Isaac.
- Al’ pense que c’est peut-être un effet de la maladie, répondit Isaac. Une plus forte sensibilité au soleil.
- Et après tu me diras qu’ils sont assoiffés de sang et qu’on ne les voit pas dans les miroirs
, plaisanta le militaire.
- Pour la soif de sang, je me demande bien… tu te souviens de la manière dont la boulangère s’est jetée sur le Colonel ?
- Non, c’est clair, quelque chose tourne pas rond ici… Mais si c’est quand même contagieux, on ferait mieux de vite trouver le remède, parce qu’on risque de chopper cette saloperie, nous aussi.


Ils étaient de retour à la boulangerie de la ville, celle-là même à laquelle le Colonel avait voulu poser quelques questions à leur arrivée. Mais comme Isaac l’avait évoquée, celle-ci s’était montrée peu accueillante et le Colonel Cornell avait été forcé de la mettre à terre, la laissant évanouie derrière eux. Ils avaient alors déjà remarqué que ses yeux étaient injectés de sang. Isaac et Billy avait espéré qu’elle y serait toujours, afin de pouvoir la ramener avec eux sans souci pour procéder aux analyses. Malheureusement, il n’y avait plus une trace de la dame là où ils l’avaient laissée. A la place, de vieux pains trainaient par terre et des débris de chaises brisées gisaient un peu partout. Et puis, il y avait ces quelques traces de sang sur les murs…

- Mauvaise pioche, grommela Billy. On fait quoi ?
- Faudrait essayer de la retrouver. Ou bien on cherche quelqu’un d’autre ?


Avant que Billy n’ait eu le temps de répondre, son Arbok émit un sifflotement agressif. Il regarda dans un premier temps une porte qui donnait vers le reste de l’habitation, puis remarqua que son Pokémon regardait en dehors. Il jeta un coup d’œil et fut surpris de voir que quelqu’un venait de passer tranquillement devant la vitrine de la boulangerie. L’homme, qui devait avoir la trentaine, semblait plongé dans son livre, au point qu’il n’avait pas remarqué le militaire et l’informaticien se tenir sur une bien étrange scène depuis la vitrine du magasin. D’ailleurs, il ne faisait attention à rien du tout, marchant sans se soucier des parterres de fleurs.

Billy sortit de suite et, sans attendre Isaac, ordonna à son Arbok de se jeter sur lui pour le capturer. Le Pokémon s’exécuta, et l’inconnu ne se retourna qu’au dernier moment en l’entendant se rapprocher avec vivacité. Mais c’était trop tard et il eut tout juste le temps de lancer un petit cri d’effroi et de lâcher son livre qu’Arbok s’était déjà enroulé tout autour de lui.

- Belle prise, Arbok ! cria le Lieutenant Campbell en courant vers eux, Isaac sur les talons.

L’homme était en train de se débattre, piégé dans les anneaux du Pokémon, quand Billy se stoppa net. Son visage lui rappelait quelque chose… Ce n’est que lorsqu’Isaac, surpris, cria son nom qu’il reconnut Léo, le Pokémaniac.

- Qu’est-ce que tu fiches ici ? s’exclama l’informaticien.
- Isaac ? s’étonna Léo, perdant son air paniqué pour une expression plus étonnée. Bha, tu sais, je sais pas vraiment ce que je fiche avec un Arbock tout autour de moi…
- Tu le connais ?
s’étonna Billy. Je veux dire, moi aussi, je l’ai déjà vu à la télé, mais personnellement ?
- Oui, on s’est connu durant nos études
, répondit Isaac. Je pensais que tu travaillais à Azuria ?
- Oui, mais j’ai débarqué ce matin pour vérifier un terrain. On pensait y installer une zone de stockage des Pokémon.
- Ce matin ?
répéta Billy en regardant Isaac.
- Comme nous… Il n’a pas pu contracter le virus… répondit ce dernier.
- Ouais… Arbok, libère-le ! Désolé, Mr Léo…
- Vous pouvez juste m’appeler Léo
, répondit le Pokémaniac en se penchant pour ramasser son livre une fois libéré des anneaux du Pokemon. Je peux savoir pourquoi vous vouliez m’attraper ? Vous m’avez pris pour quelqu’un d’autre ?
- Les habitants du village ont été contaminés par un virus qui les rend agressifs et qui est certainement mortel
, lança Isaac. On essaye d’en savoir plus et on voulait attraper un citoyen pour analyser son sang.

Léo déglutit et son expression passa soudainement du mécontentement à l’inquiétude, devenant blanc comme un Blizzi. La perspective de se trouver en plein milieu d’une épidémie n’était effectivement pas des plus réjouissantes, pensa son ami. Au moins, il n’avait pas les yeux injectés de sang, et ne présentait aucun autre des symptômes connus.

- Heu… est-ce que… est-ce que je peux vous aider d’une manière ou d’une autre ? demanda finalement le Pokémaniac.
- Si tu as du matériel, genre des bons microscopes, je pense que ça pourrait aider Al’ à analyser tout ça. Ceux qu’on a sont peu précis.
- Puis à manger, si vous aviez des vivres, parce que je pense que les habitants ne sont pas très enclins à nous en vendre
, lança soudain le lieutenant Campbell.
- Vous pouvez venir chez moi, si vous le voulez, proposa Léo. J’ai une villa qui dispose d’un laboratoire, certes rudimentaire, mais avec quelques appareils en bon état. Puis, j’ai aussi deux ou trois lits d’hôpitaux, avec des sangles, vous pourriez en avoir besoin si vos patients sont si agressifs que ça…
- Tu ne les as pas vu ?
s’étonna Léo. On est arrivé ce matin, nous aussi, mais on a pu voir de quel bois ils se chauffaient …
- Non, j’avais l’impression de le village était désert, ça m’a un peu étonné d’ailleurs… On fait quoi, je vous montre où c’est ?
- C’est une bonne idée
, intervint Billy. On sera surement mieux installés que dans la maison du cadavre…
- Du cadavre ?
répéta Léo en écarquillant les yeux.
- Notre premier patient, répondit Isaac. On va voir ça avec le Colonel, alors. Pendant ce temps, tu continues de chercher quelqu’un ?
- Je vais retourner à la boulangerie
, confirma Isaac. Si elle y est, Arbok et moi, on vous la ramène, sinon on tentera notre chance dans une autre maison.
- Bien, Léo, suis moi, je vais te présenter au reste de l’équipe.


Léo hocha la tête et suivit Isaac, laissant derrière eux le Lieutenant Campbell, qui soupirait à l’idée de se retrouver face à la mégère de la boulangerie. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sauver le monde ?

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Quelques heures plus tard, l’équipe s’activait dans la villa du Pokémaniaque. Il n’avait pas fallu longtemps pour convaincre tout le monde de déménager vers un lieu plus confortable et mieux équipé. Même si Léo n’y passait pas très souvent, une femme de ménage y passait une fois par mois. L’habitation était donc parfaitement rangée et il n’y avait que très peu de poussière. Des piles de journaux s’emmagasinaient dans le hall d’entrée, une feuille de chou locale qui traitait des derniers potins de Pétale Town et avait au moins le mérite d’avoir des caricatures amusantes, selon Léo. Stephen Shelley s’installa en cuisine, en leur promettant de préparer quelque chose de bon avec ce qu’il trouverait, car, à la demande de Léo, la femme de ménage avait rempli les frigos quelques jours avant. Aldebert et le Colonel installèrent le cadavre du botaniste dans le petit laboratoire dont avait parlé leur hôte, afin de le garder à disposition. Léo les laissa s’installer et proposa à Isaac de le suivre pour qu’il lui montre la nouvelle mise à jour de son système de Stockage. Ils s’étaient à peine isolés que Billy débarqua, son Arbok maintenant tant bien que mal la boulangère du matin qui se débattait comme une furie. Aldebert lui injecta un puissant sédatif et on installa l’endormie sur une table d’opération munie de sangles.

Le professeur Caul avait fait différents prélèvements. De la peau, des cheveux, un morceau d’ongle, de l’urine et, bien entendu, un peu de sang. De temps en temps, on l’entendait pousser un petit cri de victoire, mais il ne faisait pas attention aux questions que lui posaient ensuite le Colonel ou Elodie. Il avait à peine remercié Stephen lorsque celui-ci était venu lui apporter un soda sur glace, son péché mignon, ainsi que quelques morceaux de sucre qu’il lui avait demandé. Il était comme plongé dans son monde, comme si seule la recherche et la découverte l’intéressait en ce moment-même.

Se sentant un peu inutiles, Billy et Elodie étaient en train de jouer une énième partie d’échec, le militaire étant frustré de ne toujours pas avoir remporté une seule partie. Le Colonel, quant à lui, lisait les vieux journaux qu’il avait attrapés dans le hall d’entrée, se demandant s’il n’aurait pas dû attendre avant d’appeler son vieil ami à l’aide. Isaac et Léo n’étaient pas encore revenus et Stephen était en train de finaliser le repas dans la cuisine. C’est pourquoi, entre deux analyses, le Professeur Caul ne cherchait même pas à se cacher cette fois-ci. Après tout, personne ne faisait attention à lui.

Il venait de prélever un peu de spores à son Chapignon, qui le regardait avec un air désapprobateur. Ignorant son fidèle Pokémon, le vieux scientifique les mélangea avec une petite solution acide de son invention dans un verre. Il y plongea alors rapidement les morceaux de sucre avant de les en sortir tout aussi vite, pour ne pas qu’ils s’y décomposent. Il les déposa ensuite sur une petite table, visiblement très excité. Il retourna ensuite à son microscope, qui agrandissait l’échantillon de sang pour étudier les éléments qui s’y trouvaient à l’ordre du nanomètre. Il souriait, sachant qu’il touchait au but et qu’il avait tout juste besoin d’un petit coup de pouce pour l’atteindre. Alors, d’un geste machinal, il attrapa l’un des morceaux de sucre et le déposa sur sa langue.

- Je pense que j’ai identifié le responsable de cette étrange maladie, lança-t-il d’un ton joyeux.

A ses mots, Elodie et le Colonel se levèrent afin de s’approcher du scientifique. Billy les rejoint rapidement, non sans avoir subtilement déplacé un de ses Pion qu’il pensait en danger pendant que l’ingénieure ne regardait pas. Aldebert s’écarta du microscope et ralluma l’ordinateur qui s’était mis en veille, afin de leur montrer en direct ce qu’il avait trouvé dans le sang de la boulangère sans qu’ils ne décalent l’échantillon par inadvertance en essayant de voir par eux-mêmes.

A l’écran, une petite boule malformée bougeait légèrement. Elle semblait équipée de petite tentacules qui terminaient toutes avec une sorte de harpon. Sa vue n’était clairement pas très plaisante et Elodie laissa échapper un petite plainte de dégout, tandis que le Colonel déposait son journal sur la table, détournant lui aussi les yeux de cette chose aux airs d’alien. Billy, lui, l’observait plutôt avec incompréhension.

- C’est à ça que ça ressemble, les maladies ? s’étonna le Lieutenant. Mais… ça ressemble à rien.
- Tu pensais quoi, que ça avait un visage ?
demanda Elodie en plaisantant.
- Bha, pour dire vrai, oui… répondit-il. Un peu comme dans ces vieux dessins animés…
- Ha, ces dessins animés !
s’exclama soudain Aldebert. Tu te souviens des Tortank Ninja, vieux ?

Les trois visages se tournèrent vers le Professeur Caul. Le Colonel avait la main proche de sa bouche et regardait Aldebert avec une expression mêlant surprise et répulsion. Billy, lui, paraissait plutôt déconcerté d’avoir été appelé « Vieux » par le Professeur. Le regard d’Elodie par contre exprimait plutôt des soupçons et elle semblait chercher quelque chose dans la pièce. Le Professeur Caul, enfin, et cela ne faisait qu’augmenter la surprise de ses collègue, regardait dans le vide, béat, comme si quelqu’un que seul lui pouvait voir si trouvait.

- Et comment que je m’en souviens ! lui répondit une voix que seul le Professeur pouvait entendre. Des Pokémon qui ont muté et ont obtenu des capacités hors du commun et un corps plus adapté aux arts martiaux. Une série amusante et très divertissante !
- Mais complètement à côté de la plaque
, continua Aldebert. Comme si de simples déchets nucléaires pouvaient transformer à ce point un Pokémon !
- Certes, mais il n’empêche que l’homme manipule maintenant de mieux en mieux les mutations
, confirma Rémus Higgs.

Ne voyant pas l’hallucination d’Aldebert, les deux militaires semblaient totalement pris au dépourvu par le délire du Professeur, ne comprenant pas très bien ce qu’il se passait. Elodie, quant à elle, était presque habituée maintenant. Depuis qu’ils travaillaient pour la Police Internationale, ils avaient résolu pas mal d’enquête grâce aux idées qui germaient dans l’esprit d’Aldebert quand il prenait ses substances. Mais seuls elle et Isaac étaient au courant, et tentaient de limiter les prises « d’acide sporidrique » au maximum. Cependant, c’était maintenant devenu comme une drogue et le Professeur n’hésitait pas à se préparer soi-même une petite dose de temps en temps.

L’ingénieure adressa finalement un regard sévère à Chapignon, qui regarda d’un air coupable vers la petite table à côté de laquelle elle se tenait. Elodie poussa un soupire en se saisissant du dernier morceau de sucre, tout en prenant soin de l’attraper avec un tissu pour ne pas qu’il touche sa peau.

- Si j’étais vous, je n’y gouterai pas, Elodie, lança le Colonel. Ils ont un goût très désagréable.
- Oui, oui, c’est ça…
répliqua Elodie en le jetant à la poubelle avant de revenir vers eux et de croiser les bras. Bon, on a plus qu’à attendre que ça passe… Au moins, dans cet état, il a souvent de bonnes id…

Elle s’interrompit, la mine stupéfaite. Le Colonel venait de s’accroupir et semblait caresser un Pokemon invisible, tout en sifflotant. Billy, juste à côté, regardait son supérieur, complètement abasourdi, se demandant s’il devait éclater de rire ou s’inquiéter.

- Colonel Cornell, demanda Elodie, réalisant soudain ce qu’il se passait. Vous avez pris un des sucres sur la table ?
- Oui…
répondit celui-ci d’une voix faible. Mes parents en trempaient pour nous dans du café quand on était gosses.
- … Colonel ?
répéta-t-elle en se mettant à sa hauteur. Pardonnez ma question mais… c’est la première fois que vous consommez une substance psychotrope ?

Alors qu’Elodie et Billy, hilare, étaient en train d’aider le Colonel à s’allonger sur un lit de fortune, afin de l’éloigner du matériel sensible et éviter les bêtises, le professeur Caul continuait de parler à son vieil ami, Rémus Higgs. Ensemble, ils avaient déjà solutionné plusieurs problèmes. Mieux encore, c’était pour le vieux professeur l’unique moyen de voir cet ami perdu, dont les souvenirs ressurgissaient à chaque prise de spores. Il avait beau s’être fâché avec Oscha, il n’en restait pas moins un très bon ami de Rémus, même si tout semblait indiquer qu’il n’avait jamais existé, dieu seul sait comment.

- Le Pokérus ?! s’exclama l’image de Rémus avec beaucoup d’intérêt en observant la bactérie à l’écran. Encore lui, bon sang !
- Ce n’est pourtant pas exactement lui
, répondit Aldebert sans se soucier de ce qu’il se passait autour de lui. Il y a beaucoup de similitudes, mais aussi quelques différences notables. Le nombre de petits tentacules par exemple.
- Et ceux du Pokérus ne sont pas aussi grands de base, si je ne me trompe pas
, ajouta Rémus. Le Pokérus a donc fameusement muté !
- Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une mutation naturelle
, répliqua Aldebert. C’est possible, certes, mais avec tant de différences par rapport à l’original ? J’en doute. D’autant qu’il a quelques similitudes avec une autre souche que nous avons pu observer.
- Tu parles de l’Ursaring et de ton Chapignon ?
demanda Rémus sans quitter l’écran de ses yeux inexistants. Oui, je vois ce que tu veux dire.
- De plus, le Pokérus n’est pas censé se transmettre à l’homme
, continua Aldebert. Hors, ici, le village dans son entièreté est très certainement infecté. Sans compter qu’une partie des symptômes correspond aussi.
- Oui, les Pokémon atteints par le Pokérus sont souvent plus agressifs,
confirma l’hallucination. Mais que dis-tu des autres symptômes ? Les yeux injectés de sang, ce désir de rester à l’intérieur, et peut-être d’autres choses que nous n’avons pas encore observé ?
- Hé bien, je pense que le Pokérus a été associé avec un autre type de virus
, proposa Aldebert.
- Une recombinaison virale*, lança Rémus. Deux virus qui infectent une même cellule pour créer un nouveau type de virus, mêlant le programme génétique des deux virus pour en créer un nouveau.
- Exactement !
s’écria Aldebert. Ainsi, un virus qui ne peut normalement pas avoir d’effet sur un certain organisme peut fusionner avec un autre virus, mais qui lui le peut, et créer une nouvelle bestiole qui aura les effets du premier mais les cibles du second.
- Mais le résultat des recombinaisons virales peuvent aussi avoir de toutes nouvelles propriétés
, ajouta Rémus.
- Oui, c’est ça, continua Aldebert. D’après ce que j’ai pu observer, au lieu de se reproduire dans les cellules humaines, ils s’attaquent à celles-ci.
- Donc, il ne se reproduit pas chez nous ?
demanda Rémus. C’est plutôt une bonne nouvelle.
- Je pense aussi que ce virus nouveau ne peut se transmettre que d’un Pokémon à l’homme, mais pas d’un homme à un autre. Et c’est uniquement dans ce Pokémon, qui est surement un porteur sain, qu’il est en mesure de se reproduire.


Ils continuèrent de discourir pendant un moment. Ils décidèrent ensemble de quelques test à effectuer afin d’en apprendre plus sur le fonctionnement de cette souche nouvelle de Pokérus et sur les moyens de l’éliminer. Ils étaient en pleine activité quand, soudain, Rémus posa une question qui titillait l’esprit d’Aldebert.

- Mais alors, comment expliques-tu que tout le village semble contaminé ?

Pour toute réponse, Aldebert posa sa main sur son menton, comme s’il se grattait la barbe qui, pourtant, était impeccablement rasée. Là, son ami lui posait une véritable colle.

- Allons, Al’, regarde bien autour de toi ! s’exclama l’hallucination. La réponse est sous tes yeux, et en plus, tu t’en sers toi-même !

Aldebert fronça les sourcils, surpris. Son regard s’arr&e