Messages de Unpuis

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Posté à 09h20 le 21/02/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...

L’An 24 après Dieu, l’année de la famille



D'après Albert Einstein :
Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu'il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau.


Océane et Corentin Ross observaient avec anxiété leur fille discuter avec le Dr Vygotsky. Âgée d’à peine huit ans, la petite fille répondait au nom d’Elodie. Elle avait des yeux bleus étincelants et des cheveux rose bonbon, qui étaient coiffés en deux longues tresses. Elle portait un T-shirt lui aussi rose, sa couleur préférée, surmonté de motifs de Rondoudou, ainsi qu’un short, souillé d’une tache d’huile encore récente. Mélo, son Pokémon qu’elle avait reçu pour son 6ème anniversaire, n’était jamais très loin d’elle.

Le Dr Vygotsky, lui, était d’un homme entre la trentaine et la quarantaine. Il était d’une taille modeste et un peu grassouillet, mais pourtant, à chacune de ses visites, les Ross se sentaient impressionnés par cet étrange petit homme. Il était toujours impeccablement habillé d’un costume d’un blanc immaculé, ainsi que d’une cravate dorée. Il portait aussi une paire de lunettes dont les verres n’étaient jamais sales et que le Dr entretenait avec soin. Seuls ses cheveux bruns et gras mal coiffés entachaient le tableau de cet homme dont le sérieux et les compétences se faisaient remarquer d’un seul coup d’œil.

Ces deux personnages que tout pourrait opposer d’un premier abord se faisaient face, assis sur de petites chaises d’une salle de jeu que l’enfant occupait plusieurs heures par jour. Depuis une vitre qui donnait sur le couloir, ses parents pouvaient voir ce qu’il s’y passait. Cependant, il leur était impossible d’entendre ce que disait le Dr Vygotsky, qui prenait des notes sur un calepin tout en adressant de grands sourires rassurants à l’enfant.

D’habitude, les Ross ne restaient pas nécessairement devant ces vitres à regarder sans rien faire et continuaient leurs activités habituelles, cuisine, jardinage, bricolage, etc. En effet, ils avaient depuis longtemps cette habitude des visites du Dr Vygotsky, puisque celui-ci passait chez eux une fois toutes les deux semaines, et ce depuis le 4ème anniversaire d’Elodie. Son entrevue avec leur fille durait habituellement 30 à 40 minutes, après quoi il glissait parfois un petit commentaire aux parents pour régler certaines situations. Il devait ensuite les quitter pour se rendre dans une autre famille du Programme.

Mais s’ils étaient restés présent cette fois-ci, c’était pour un cas très spécial. En effet, les Ross avaient décidé d’adopter un second enfant du Programme. C’était au Dr Vygotsky que revenait la décision finale pour l’adoption et, s’il avait la moindre crainte au sujet de l’éducation d’Elodie, il serait largement en mesure de briser leurs rêves en éclat.

Cet entretien avec Elodie dura finalement un peu moins d’une heure. Lorsque le Dr quitta la pièce, laissant la petite fille s’amuser avec Mélo et différentes Poképoupées, il emporta avec lui quelques feuilles parsemées de notes et ce qui semblait être un dessin fait par Elodie. A peine eut-il franchit la porte que Corentin et Océane se plantèrent devant lui, avec la même tête qu’un étudiant peu confiant attendant les résultats de ses examens.

- Alors, Docteur ? demanda Océane d’une voix tremblotante. Vous avez pris votre décision ?
- Pas encore, madame Ross
, répondit-il avec un grand sourire, exposant ses dents parfaitement blanches.
- Il y a quelque chose qui cloche ? intervint Corentin, les bras croisés.
- Globalement, je suis très content de vous, répliqua Vygotsky en se dirigeant vers la cuisine, le couple s’écartant rapidement pour le laisser passer. Vous avez suivi toutes les étapes du Programme à la lettre.
- Vous nous aviez donné des consignes très claires
, fit remarquer Océane avec un brin de flatterie dans la voix.
- Evidemment, lança le Docteur d’un air enthousiasmé. Il est hors de question d’accepter le moindre écart au Programme, sinon au prix d’un échec complet de tous nos investissements ! Et aucun de nous ne voudrait voir le Programme aboutir à un autre résultat que celui attendu.
- Votre avis serait donc plutôt favorable ?
demanda Corentin en souriant.
- Plutôt, oui… susurra Vygotsky une fois dans la cuisine en attrapant la cafetière comme s’il était chez lui. Si Elodie est bien ancrée dans le Programme, je ne vois aucune raison de vous refuser un second enfant qui, de plus, profitera de la future passion d’Elodie pour lui-même suivre le Programme.

Le Dr Vygotsky attrapa une tasse dans la commode et la remplit de café, préparé quelques minutes avant par Océane en prévision des envies du Docteur. Les Ross, quant à eux, étaient aux anges et Corentin serrait sa femme contre son épaule, tout en lui adressant de grands sourires de joie.

- Cependant… lança subitement Vygotsky en redéposant la tasse violemment contre le plan de travail de la cuisine, ramenant ainsi le couple à la réalité. Il y a tout de même un léger problème à régler assez vite, sous peine d’un refus catégorique de ma part.
- Quoi ?
s’indigna Corentin. Mais à l’instant, vous disiez …
- Je disais que je voulais à tout prix que les enfants du projet ne s’écarte pas d’un centimètre du Programme que j’ai concocté pour eux
, l’interrompit Vygotsky. Or, il se trouve que, depuis ma dernière visite, il y a eu un petit incident qui pourrait vite dévier Elodie du droit chemin.
- De quoi s’agit-il ?
demanda Océane après avoir déglutit, le visage soudainement défait.
- Lorsque j’ai demandé à Elodie de me dessiner un moment de ses derniers jours qu’elle a apprécié, voici ce qu’elle m’a montré, répondit le Docteur en dépliant le dessin qu’il avait emporté de la salle de jeu.

Corentin Ross saisit le dessin avec prudence, comme si le papier allait le mordre. Il s’agissait d’un dessin représentant 3 personnages grossièrement dessinés que le père reconnut de suite. Le plus petit la représentait. Elle s’était dessinée tout en rose, avec un grand sourire violet. Elle tenait une sorte de grand tournevis, dont les proportions avaient été très exagérées. Il était là, lui aussi, séparé d’elle par une masse bleue de forme carré. Il était bien plus grand et ressemblait un peu à un Qulbutoké, si ce n’est la tête. Enfin, sa femme Océane était aussi là, un peu à l’écart, tout en rose elle aussi. Une petite chose rose indescriptible aux pieds d’Elodie devait être Mélo, pensa-t-il. Les personnages n’avaient ni nez, ni oreilles.

- Je ne comprends pas, dit-il après l’avoir attentivement observé, sceptique, en tendant le dessin à sa femme.
- Vous savez surement à quel évènement ce dessin se rapporte, Mr Ross ? demanda Vygotsky d’une voix doucereuse en plissant les yeux.
- Moi je ne vois pas, dit Océane en retournant le dessin dans tous les sens.
- Ce ne serait pas la réparation de la voiture ? proposa son mari.
- Oui, en effet, le grand rectangle au milieu est votre voiture, tombée de panne samedi dernier, n’est-ce pas ?
- C’est ça
, confirma Corentin, perplexe. Elodie m’a aidé en me passant les outils dont j’avais besoin.
- Et c’est une grave erreur, Mr Ross,
poursuivit lentement Vygotsky.

Corentin et Océane cessèrent de regarder le dessin. Ils fixaient le Docteur avec un air à la fois interdit, intrigué et mal à l’aise. L’homme les regardait tout en souriant d’un air très sûr de lui. Manifestement, ils ne comprenaient pas, aussi allait-il devoir leur expliquer.

- Vous savez, je suis un spécialiste reconnu de l’évolution psychologique de l’enfant. Je me considère parfois comme une de ces prétentieux diseuses de bonne aventure, car je serai capable de tracer le parcours type d’un individu, rien qu’en observant en détail sa vie et ses secrets, et ce dès sa tendre enfance. Sauf que moi, Monsieur Ross, je ne suis pas un charlatan. C’est pour ça qu’on m’a confié les commandes du Programme, que j’ai moi-même largement contribué à écrire. Je sais que tous les détails de la vie d’un enfant comptent, même les plus insignifiants. Je suis aussi conscient que le Programme n’est pas infaillible, car il n’y a rien de plus difficile à maitriser que l’esprit humain. Votre fille fait partie de cette Première Génération et leur aboutissement ne doit comporter aucun échec.

Il s’interrompit un instant, le temps de se resservir du café. Les Ross continuaient de le regarder, incapables de prononcer le moindre mot, ni même de bouger, comme intimidés par cet homme un peu gras qui clamait sa bonne parole sous leur toit.

- Tout événement peut marquer l’enfant et le dégouter à vie de certaines choses, tout comme il peut aussi faire naitre une passion que l’enfant embrassera par la suite. C’est entre autre pour cela que, dans quelques mois, nous entrerons dans une des phases les plus importantes du Programme, afin de faire naitre cette fameuse Passion dans le cœur d’Elodie. Mais il ne faudrait pas qu’autre chose entre en concurrence…
- Mais enfin, qu’est-ce qui pourrait « entrer en concurrence » comme vous dites ?
demanda Océane, l’air un peu agacé.
- La réparation de votre véhicule et la journée qu’elle a passée ce jour-là a beaucoup plu à Elodie, précisa Vygotsky. La preuve en est qu’il s’agit du premier évènement qui lui est venu en tête quand je lui ai demandé de me raconter ses derniers jours en dessin. Et elle risquerait de vouloir ainsi devenir bricoleuse ou mécanicienne, ou tout autre profession du style.
- Est-ce vraiment un problème ?
questionna Corentin. Je veux dire, tant qu’elle fait quelque chose qu’elle apprécie, pourq…
- Je vous rappelle, Mr Ross
, l’interrompit subitement Vygotsky. Que vous avez signé un contrat très précis. Elodie pourrait bien vous être retirée si j’en venais à la conclusion que vous l’éloigniez du Programme d’une quelconque manière. Ce ne sont pas des ingénieurs, des architectes, des vendeurs ou même des dresseurs que nous voulons, à terme, obtenir. Mais bien des infirmières pour les Centres Pokémon. Une situation stable, prestigieuse même, qui garantira à Elodie de vivre une très belle vie. Car nous aurons fait en sorte que ce soit ce qu’elle a toujours voulu.

Ils restèrent un instant silencieux. Le couple était tourmenté de milles questions et de quelques indignations, mais ils n’osaient rien dire. Aucun mot ne sortait de leur bouche. Le Dr Vygotsky leur faisait bien trop peur pour cela. Cet homme, malgré son physique grassouillet, les impressionnait tant par sa prestance, son assurance, mais aussi et surtout par le pouvoir qu’il disposait. Il lui suffisait de quelques papiers pour réduire en miette toute la vie qu’ils avaient construite depuis qu’ils avaient rejoint le Programme. Il avait le droit de vie et de mort sur les liens qui les unissaient à Elodie, l’enfant qu’il leur avait confié dans le cadre du programme. Mais il était aussi capable de leur offrir ce deuxième enfant que les parents désiraient tant. Mieux valait donc ne pas le contrarier, rentrer dans le moule, faire profil bas…

- Je repasserai d’ici une semaine, annonça Vygotsky. Le cas d’Elodie me parait très préoccupant, même s’il peut s’agir que d’une passion passagère. Aussi, s’il n’y a pas de changement, je préparerai quelques consignes à suivre pour la ramener dans le Programme, comme les autres.
- Et pour ce qui est de notre demande d’adoption ?
se risqua Océane.
- De petits accidents comme celui-ci arrivent, répliqua Vygotsky d’un air rassurant. Vous avez jusqu’ici suivi à la lettre le Programme, je ne doute donc pas de vos compétences pour élever un second enfant. Cependant, je réserve ma décision pour ma prochaine visite. A très bientôt !

Et sans rien ajouter de plus, il se dirigea vers la sortie, ouvrit la porte et se dirigea vers une grande voiture noire. A l’intérieur, un chauffeur en train de fumer un cigare l’attendait en lisant le journal. Aucun d’entre eux ne semblait avoir aperçu le journaliste caché dans un arbre aux côté d’un Boustiflor qui le retenait de sa liane pour ne pas tomber. Ce dernier prit plusieurs clichés, autant du Dr Vygotsky que du couple, en n’oubliant pas de photographier la voiture.

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Aldebert s’était enfermé dans la cave du 18, Rue du Piafabec, seul avec son Chapignon. C’est là-bas qu’il avait installé son petit laboratoire personnel, qui comprenait plusieurs machines dédiées aux analyses, ainsi que quelques dispositifs de sa propre invention. Devant chaque bureau et machine, il y avait une chaise à roulettes. Il avait aussi installé un petit coin de détente, avec un lit confortable, à l’écart du reste du matériel. Étrangement, ce lit était aussi doté de sangles solides. On y trouvait aussi deux grands frigos, l’un réservé pour les expériences du scientifique et l’autre à ses Sorbet et Soda.

Il était penché sur un échantillon de Spore qu’il manipulait avec précaution dans une éprouvette. A l’aide d’une pipette, il comptait le nombre de goutte de sirop qu’il y ajoutait. Il avait presque finalisé la solution acide qu’il préparait et avait hâte de la tester. Chapignon, lui, semblait un peu mécontent de son dresseur, mais ne se manifestait pas pour autant. Enfin, Aldebert se releva de sa chaise, l’air très excité. On aurait dit un enfant devant ses cadeaux d’anniversaires. Il tenait son expérience comme s’il s’agissait d’un objet particulièrement fragile, tout en se dirigeant vers son coin détente.

Mais avant qu’il n’aie pu l’atteindre, quelqu’un frappa à sa porte. La surprise faillit lui faire renverser l’éprouvette. Il jura, hésita quelques secondes, puis déposa l’éprouvette à l’écart, dans une petite armoire prévue à cet effet, tout en criant qu’il arrivait. Avant d’aller ouvrir, il repassa rapidement à son laboratoire et rangea à la va-vite des flacons. Enfin, quand il fit tourner la clé, il tomba nez à nez avec Isaac, alors âgé de 24 ans, Stephen Shelley et un dernier homme qu’il ne connaissait pas.

- Al’, commença Isaac, je sais que tu ne voulais pas être dérangé, mais Steph et ce gars disent que c’est important…
- Je pense que ça devrait énormément t’intéresser
, confirma l’écrivain avec un clin d’œil. Je te présente Jules Assange, un ami à moi, reporter à Planète Infos.
- Anciennement
, précisa celui-ci avec une pointe d’irritation dans la voix. C’est un plaisir pour moi de vous rencontrer, Mr Caul, mais pouvons-nous entrer ? L’encadrement de cette porte est assez étroite et franchement pas très commode…
- Heu, nous serons peut-être mieux installés à l’étage
, bredouilla Aldebert. Il n’y a pas tant de places ici, et, pour tout vous dire, je préfère de loin discuter dans les fauteuils du salon plutôt qu’adossé à ces chaises !

Il eut un petit rire nerveux qui fit hausser les sourcils d’Isaac. Alors que l’écrivain et le journaliste faisaient déjà demi-tour, le jeune homme jeta un bref coup d’œil à l’intérieur du laboratoire, l’air suspicieux. Aldebert, fuyant son regard, lui fit signe de se bouger pour le laisser passer et ils se dirigèrent sans un mot à l’étage supérieur.

Une fois dans le salon, Aldebert observa un peu plus attentivement cet homme qu’il ne connaissait pas. Jules Assange était un homme dans la trentaine. Il était un peu plus petit que Stephen et portait une veste brune parsemée de tâches et de quelques trous. Son pantalon, brun lui aussi, était dans le même état. Il avait le visage fatigué mais aussi très sérieux. Il semblait regarder son hôte avec la même attention que celui-ci, comme s’il attendait quelque chose de particulier de sa part. Isaac lui montra les fauteuils, mais il refusa de s’asseoir, prétextant qu’il préférait rester debout.

- Alors, commença Aldebert avec appréhension en s’asseyant. Que puis-je pour vous, Mr Assange ?
- J’aimerai vous poser quelques questions, Professeur Caul
, répondit celui-ci.
- Une sorte d’interview ? demanda Aldebert avant de se tourner d’un air mécontent vers Isaac et Stephen. C’est-à-dire que je n’aime pas trop être sous le feu des projecteurs…
- Il ne s’agit pas de cela
, le rassura Jules Assange. Voyez-vous, j’ai été renvoyé de Planète Infos il y a déjà quelques mois pour avoir rédigé un article compromettant pour le Gouvernement de l’Etat de Kalos…
- Une histoire d’argent
, précisa Stephen Shelley en voyant son ami froncer les sourcils d’un air interdit. Ça a fait un peu de bruit à l’époque, mais ils ont vite étouffé l’affaire, et Jules a été renvoyé.
- Je ne vois pas de rapport entre cette affaire et moi
, commenta Aldebert.
- Il n’y en a aucun, je vous rassure, répondit le journaliste. Non, j’ai tourné la page en découvrant quelque chose de bien plus intriguant que quelques magouilles politiques de nos Ministres…
- Si vous voulez mon avis, vous mêler des affaires de l’Etat ne vous apportera que des ennuis…
glissa Aldebert. J’en sais quelque chose…
- Sauf que je crois que cela n’a rien à voir avec l’Etat… Professeur Caul, que pouvez-vous me dire sur les expériences de l’Ile Neuve ?

Un grand silence s’installa. Isaac, Stephen et Jules avaient les yeux fixés sur Aldebert, qui semblait très surpris par la question qu’on lui posait. Il poussa un long soupir et se redressa sur le fauteuil.

- Je ne suis jamais allé sur place… Mais l’ancien propriétaire de cette maison était en quelque sorte mon informateur sur ce qu’il s’y déroulait…
- Et est-il vrai qu’ils travaillaient essentiellement sur le Clonage ?
demanda Jules.
- Oui… répondit Aldebert après un moment de silence. Oui, ils y ont cloné quelques Pokémon et ils ont tenté de faire de même avec …
- Avec des êtres humains ?
l’interrompit le Journaliste.

A nouveau, Aldebert ne sut quoi répondre. Il s’apprêtait à parler de Mewtwo, le Pokémon qui, vraisemblablement, avait réussi à détruire toute l’île après que Millstein l’ait libéré… Aldebert avait longtemps cherché à savoir ce qu’il était advenu de ce Pokémon et du jeune scientifique, mais il n’avait jamais trouvé le moindre indice. Alors, évidemment, il pensait que c’était de ce sujet que voulait lui parler Assange. Visiblement, il s’était trompé.

- Ils ont essayé, en effet, confirma Aldebert. Mais leur tentative a été sabotée par mon agent sur place…
- Et tu crois qu’ils auraient pu récidiver autre part ?
demanda Stephen, l’air mal à l’aise.
- Techniquement, c’était un échec… Mais rien ne nous dit qu’ils n’ont pas essayé, oui…
- Et à grande échelle ?
l’interrogea le journaliste.
- A grande échelle ? répéta Aldebert en écarquillant les yeux. Qu’entendez-vous par là ?

Jules Assange sembla hésiter quelques secondes. Il adressa un regard interrogateur à Stephen qui hocha de la tête. Il poussa ensuite un grand soupir et fouilla dans la poche de son pantalon pour en sortir une photo. Il s’approcha d’Aldebert et la lui tendit. Isaac se leva à son tour, curieux, pour venir observer la photographie avec son père adoptif. Tous deux la fixèrent longuement, leur visage mêlant fascination, étonnement et indignation. Dessus, il y avait en tout une vingtaine de couples, mais surtout le même nombre de petites filles, qui avaient exactement le même visage et portaient des habits fort semblables.

- Où avez-vous eu ça ? demanda finalement Isaac sans quitter l’image des yeux.
- Je l’ai volé dans la maison d’un des couples que vous voyez. La photo a été prise lors d’un rendez-vous annuel entre tous les ménages de Kanto faisant partie de ce qu’ils appellent le « Programme ». J’ai réussi à localiser quelques-uns de ces foyers. Ces enfants sont trop identiques pour que cela soit un hasard, vous ne croyez pas ?
- C’est toujours possible
, répondit Aldebert dans un souffle. Mais pareille coïncidence relèverait d’un hasard assez peu vraisemblable…
- J’enquête sur cette histoire depuis plusieurs semaines
, continua Assange. Et j’ai besoin de quelqu’un comme vous…
- Moi ?
s’étonna Aldebert en relevant la tête. Mais pourquoi ?
- Vous êtes un scientifique renommé. J’ai essayé de les aborder de différentes manières, sans succès, mais je sais qu’ils ouvrent toujours leur porte à un certain Dr Vygotsky. Peut-être qu’ils parleront avec un autre scientifique, non ?
- Je… je ne pense pas qu’il s’agisse là d’une bonne idée…
bredouilla Aldebert.
- Professeur, d’après ce que j’ai appris, ce couple s’apprête à adopter un enfant supplémentaire auprès de ce fameux Programme. C’est une occasion unique pour comprendre un peu mieux comment celui-ci fonctionne. On ne peut pas laisser passer cette chance !
- Et si vous vous trompiez ?
demanda Isaac en volant à la rescousse d’Aldebert, qui semblait désemparé. Vous n’avez pas à mêler Al’ à ça. Peut-être que c’est moins grave qu’il n’y parait et qu’il n’y a pas de clone…
- A vrai dire, cette dernière idée n’est pas de moi
, avoua Assange. Je ne savais même pas qu’il était possible de cloner un être vivant. Mais quand j’ai montré la photo à Stephen, il m’a amené ici.
- Stephen !
soupira Aldebert, apparemment agacé et soulagé à la fois. Tu t’es encore laissé déborder par ton imagination, c’est ça ?
- Peut-être
, avoua l’écrivain. Mais ce que l’on ne t’a pas dit, c’est que, grâce à une photo prise par Jules et à mes relations dans le Gouvernement, nous avons réussi à prouver que la voiture que ce Dr Vygotruc utilisait appartenait à un laboratoire privé du nom de Chronos.
- Et alors ?
demanda Isaac en haussant les épaules.
- Et alors, après quelques recherches sur l’ordinateur de ma femme, j’ai appris que Chronos appartenait à la Sylphe Sarl, et avait été fondé la même année que cette histoire avec l’Ile Neuve.

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Corentin et Océane Ross étaient silencieux depuis près de 5 minutes. Ils étaient assis à la table de leur salle à manger, face au Professeur Caul, qui dégustait une gaufre au sucre faite la veille par Elodie et sa mère. La petite fille en question était dans sa salle de jeu, en compagnie d’Isaac. Ils n’avaient jusqu’alors fait que se présenter brièvement et les deux parents semblaient très tendus.

- Elles sont succulentes, commenta Aldebert. Vous n’auriez pas du Soda ?
- Si, bien sûr, je vais vous chercher ça, répondit Océanne en se levant.
- Si je puis me permettre, Professeur Caul, pourquoi n’est-ce pas le Dr Vygotsky qui vient nous voir ? demanda Corentin, l’air intrigué. Nous avons eu quelques fois son assistant, lorsqu’il est dans d’autres régions, mais je ne savais pas que vous étiez vous aussi dans le Programme…
- Je n’ai jamais dit que je faisais partie du Programme
, fit remarquer Aldebert. Mais c’est bien pour vous en parlez que je suis là…

Océane, qui allait quitter la pièce, se figea avant de se retourner avec horreur vers son mari. Celui-ci déglutit et se tourna à son tour vers sa femme. Ils avaient l’air paniqué.

- Je vais vous demander de sortir de chez moi, répondit Corentin en essayant de rester calme.
- Pas avant que vous m’ayez expliqué ceci, répondit Aldebert en montrant la photo qu’Assange avait volée.
- Qu’est-ce qu… c’est vous qui nous l’aviez volée ?! s’exclama Corentin en se relevant d’un bond.
- Non, c’est un contact à moi… répondit Aldebert, en soutenant le regard de Corentin d’un air grave. Je veux que vous m’expliquiez exactement ce qu’il se passe ici et dans toutes ces familles.
- Nous ne pouvons pas
, lâcha sèchement Océane. Il y a trop à perdre…
- Vous ne vous rendez donc pas compte de la gravité des faits ?
s’exclama Aldebert. Ça ne vous étonne pas que toutes ces petites filles se ressemblent à ce point ?
- Si, évidemment
, répondit vivement Corentin. Bien sûr qu’on trouve ça bizarre, mais …

Il semblait soudainement perdu dans ses paroles, comme s’il ne savait pas quoi dire. On aurait dit qu’il avait un peu de mal à respirer et jetait des regards désespéré autour de lui. Sa femme se rapprocha de lui et mit ses mains sur ses épaules.

- Le Programme est très strict, continua celle-ci. Si nous laissons filtrer des informations, qui sait ce qui nous arriverait…
- Ils nous enlèveraient notre fille, voilà ce qui arriverait !
déclara Corentin avec une mine attristée. Et c’est là la pire chose qui pourrait nous arriver…
- Nous aimons notre fille, professeur Caul
, poursuivit Océane. Le Programme nous l’a donnée, mais il peut aussi nous la reprendre… nous n’y survivrions pas…
- Je vois…
dit Aldebert après un instant de silence. Je vois que vous êtes remplis d’amour pour votre enfant… Mais il y a des choses qui, je le crains, ne dépasse tout ce que vous pourriez imaginer…
- Que voulez-vous dire ?
demanda Corentin, perplexe.
- J’aimerai croire que ces enfants sont de simples orphelins, abandonnés à la naissance. Mais leurs similitudes me font plutôt penser qu’il s’agirait … de clones d’un seul et même individu…
- Des clones ?
répéta Océane. Nous sommes dans la vie réelle, Professeur, pas dans un livre de science-fiction !
- Et pourtant, le clonage est secrètement maîtrisé depuis quelques années
, répondit Aldebert. Néanmoins, je ne peux, tout comme vous, m’empêcher d’avoir des doutes là-dessus. Cela me semble impossible, à moi aussi… Aussi ai-je besoin d’en apprendre plus sur le Programme…

Océane se mordit la lèvre avant de se tourner vers son mari. Ils avaient tous les deux l’air aussi désemparés l’un que l’autre par la situation. Ils avaient beau avoir eu devant les yeux tous ces enfants en même temps, jamais ils n’auraient imaginé de telles sottises ! Et pourtant, le Professeur Caul avait réussi à faire naître en eux un doute effroyable…

- Qu’est-ce que vous voulez savoir ? finit par dire Corentin en soupirant, la tête baissée pour ne pas avoir à fixer le Professeur.
- Comment avez-vous été embarqués dans toute cette histoire ? demanda Aldebert en joignant les mains et en essayant de se montrer le plus rassurant possible.
- Ce n’est pas nous qui avons trouvé le Programme, mais l’inverse, répondit Océane.
- Nous vivions à Kalos à l’époque. Nous étions en couple, mais aucun de nos parents n’approuvait notre relation. Nous étions alors obligés de nous cacher.
- Et puis cet homme, le Dr Vygotsky, nous a approchés
, continua Océane. Il nous a proposé une sorte de … marché.
- Un marché ?
répéta Aldebert, intrigué. Quel genre de marché ?
- Il nous proposait de déménager à Kanto sous une fausse identité
, répondit Corentin, mal à l’aise. Je ne sais pas comment il a fait exactement, mais il a inventé un accident de toutes pièces. Pour nos parents, nous étions décédés…
- Et donc libres de vivre ensemble
, continua Océane, la larme à l’œil, apparemment chamboulée.
- Nous nous sommes donc installés ici, à Azuria, sous le nom de Ross, poursuivit Corentin. Et ils nous ont trouvé un travail à tous les deux, pour lesquels nous avions les compétences nécessaires.
- Pourquoi a-t-il fait cela ?
demanda Aldebert en fronçant les sourcils. Que voulait-il en échange ?
- Que nous élevions Elodie
, répondit Océane, le regard perdu. Nous l’avons reçue tout bébé, elle venait à peine de naître d’après le Dr Vygotsky…
- Le Dr Vygotsky nous a donné un grand nombre de consignes très strictes sur la manière dont nous devions l’élever. Il passait de temps en temps pour prendre de nos nouvelles, puis, quand Elodie a eu 4 ans, ses visites sont devenues plus régulières. Après chaque entrevue avec elle, il nous donnait de nouvelles consignes ou conseils…
- Vous n’étiez donc pas maitre de l’élever comme vous le souhaitiez ?
demanda Aldebert.
- Non, le Programme est très strict et très précis. Il nous est arrivé de la punir pour certaines choses ou de la féliciter pour d’autres alors que ça ne nous aurait pas préoccupés plus que cela si nous n’avions pas eu le Programme. Nous avons été obligés de lui offrir un Pokémon pour son sixième anniversaire, même si nous pensions que c’était encore tôt, et nous ne pouvions le choisir que dans une petite liste.
- Et cette photo, alors ?
interrogea Aldebert en la pointant du doigt.
- Deux fois par an, nous devons aller à une sorte de soirée privée, répondit Océane. Seuls les couples faisant partie du Programme du Dr Vygotsky y sont conviés, avec les filles, évidemment. Il y a des jeux et des animations pour elles et nous, nous rencontrons les autres… Elodie s’y est toujours beaucoup amusée.
- Je vois… et vous avez appris des choses sur le passé des autres couples ?
- Il y en a quelques-uns qui étaient comme nous
, répondit Corentin. Un amour impossible… D’autres avaient des problèmes d’argent, et certains ne pouvaient tout simplement pas avoir d’enfants.
- Mais ils sont tous passés par le même trajet que nous
, continua Océane. On simule leur mort et ils déménagent sous une nouvelle identité…
- Et ce Dr Vygotsky, vous a-t-il expliqué pourquoi il fait cela ? Qu’attend-t'il de ces enfants ? C’est une sorte d’expérience à grande échelle ?
- Un peu, je crois… Il veut former des infirmières pour les Centres Pokémon
, répondit Océane. Il nous l’a dit à plusieurs reprises et …

A cette annonce Aldebert faillit tomber de sa chaise. Il se rattrapa de justesse, interrompant le couple. Son expression avait changé du tout au tout. Il avait soudainement l’air horrifié et sous le choc. Il reprit la photo d’une main tremblotante et se remit à l’examiner à nouveau. Les petites filles avaient toutes des cheveux roses et des yeux bleus, exactement comme la première Infirmière qu’ils avaient engagée à l’époque, Carine Joëlle.

- Higgs… chuchota Aldebert, à peine audible, tout en continuant de trembler. Tu n’aurais pas osé …
- Professeur Caul ?
s’inquiéta Corentin. Quelque chose ne va pas ?
- Mademoiselle, quel est votre nom de jeune fille ?
demanda Aldebert. Je veux dire, sous votre fausse identité…
- Moi ?
s’étonna Océane. Joëlle… Toutes les femmes du Programme ont reçu ce nom, c’est pour faire passer ces rendez-vous biannuels comme des réunions de familles pour les filles…
- Pas seulement…
répondit Aldebert en lâchant la photo pour maintenir sa tête dans ses mains. Il est de tradition que les infirmières des Centres portent toutes le nom de leur mère, car c’était ce qu’avait fait notre première infirmière à l’époque…

Il déglutit. Il savait qu’Higgs était capable des pires atrocités, mais jamais il n’aurait cru qu’il irait aussi loin pour réaliser ses désirs. Il lui avait pourtant parlé de ses plans, plus de 20 ans auparavant, mais à l’époque il pensait que c’était juste une idée ridicule… C’était désormais sûr et certain, la Sylphe Sarl était impliquée dans cette affaire. Mais pourtant, Aldebert avait encore du mal à accepter que son ancien ami ait à ce point défié les Lois de l’éthique et de la Morale…

- Je crains que mes doutes ne se confirment, lança finalement Aldebert. Mais je voudrais en être sûr… Et pour cela, je vais vous demander une faveur.
- Quel genre de faveur ?
demanda Océane en serrant contre son mari, appréhendant la réponse du Professeur.
- Je refuse de prendre le moindre risque, s’exclama Corentin, l’air décidé.
- Il n’y en aura pas… Je sais que vous vous apprêtez à adopter un second enfant du Programme …
- Nous n’abandonnerons pas ce projet
, l’interrompit Océane. Quel que soit la provenance de l’enfant… Nous aimons Elodie et nous aimerons sa sœur aussi !
- Je ne vous demande pas de refuser l’enfant, au contraire
, reprit Aldebert. Seulement, lorsque vous l’aurez, je voudrai… pouvoir comparer son ADN à celui d’Elodie… Un simple cheveu suffirait…

Océane et Corentin se tournèrent l’un vers l’autre, l’air à la fois inquiet et hésitant. On aurait dit qu’ils communiquaient par le regard. Finalement, ils soupirèrent.

- Bien, Professeur… dit finalement Océane. Nous prendrons contact avec vous dès que nous aurons sa sœur… Vous aurez les cheveux… mais après cela, nous ne voulons plus jamais vous revoir… Pour le bien de nos filles…
- Soyez en assurés…


A quelques mètres de là, Elodie s’amusait comme une petite folle aux côté d’Isaac, qui avait un excellent contact avec elle. Jamais elle n’aurait pu penser que pareille discussion avait lieu au même instant…

________________________________________________


Le Dr Vygotsky était de retour à Azuria, comme il l’avait promis à Corentin et Océane, pour procéder à une dernière évaluation du Programme auprès d’Elodie. Encore une fois, les deux parents attendaient, plus stressés que jamais, n’osant pas quitter la salle de jeu du regard. Ils n’avaient jamais été aussi tendus de leur vie, et Océane avait cassé trois tasses depuis leur réveil ce jour-là. C’était sur cet entretien que tout allait se jouer, et les Ross priaient non seulement pour que leur demande d’adoption aboutisse, mais aussi pour que le Dr n’ait pas eu vent de leur entrevue avec le Professeur Caul.

Elodie était en train de dessiner tout en répondant un peu distraitement aux questions que lui posait le Docteur. Celui-ci, qui avait à faire avec bien d’autres enfants en permanence, était habitué à ce genre de comportement et ne lui en tenait pas rigueur. Au contraire, il en profitait pour poser certaines questions à propos des passions de la petite fille pour voir si le bricolage et la mécanique étaient toujours au goût du jour.

Au bout d’un moment, satisfait des réponses de la petite fille, le Dr Vygotsky adressa un sourire à ses parents derrière la vitre. Il n’allait pas tarder à leur annoncer qu’il accédait à leur demande, après quoi il réglerait la paperasse nécessaire et les Ross accueilleraient un second enfant dans les semaines à venir. Le Programme était un succès.

Il avait toutefois une dernière chose à vérifier. Les dessins d’enfants étaient souvent signe de certains détails de leur subconscient profond. Aussi était-il nécessaire de jeter un coup d’œil rapide à celui qu’Elodie était en train de réaliser. Il lui demanda la permission, puis attrapa la feuille sur laquelle elle travaillait depuis une petite vingtaine de minutes.

Il regarda le dessin, visiblement troublé. On y voyait deux personnages humains, ainsi que deux autres qui devaient être des Pokémon. Il reconnut rapidement Mélo, que la petite fille dessinait souvent de la même manière, mais ne put donner de nom à l’autre. Pour les humains, c’était le même cas. Elodie s’était elle-même dessinée aux côté d’un inconnu. Tous souriaient et se trouvaient dans ce que le Dr Vygotsky reconnut comme étant la même salle de jeu dans laquelle ils étaient en ce moment.

- Dis-moi, Elodie, demanda-t-il doucement en essayant de tronquer son visage perplexe par un sourire. Qui est-ce ?
- C’est Isaac !
s’exclama la petite fille avec un petit rire. Tu le connais pas ? Il est venu jouer ici avec moi et Mélo. Il a un drôle de Pokémon bizarre mais il est super gentil !

Le sourire du Dr Vygotsky s’élargit. Il se releva et ébouriffa les cheveux d’Elodie d’un air paternel avant de lui dire au-revoir. Puis il se dirigea vers le couple Ross qui, depuis le couloir, n’avait pas pu entendre le moindre mot de sa conversation avec leur fille adoptive. Ils avaient l’air encore plus sur les nerfs que la dernière fois, si c’était possible.

- Félicitation, mes amis ! annonça-t-il en ouvrant grand les bras, toujours en souriant. En vue de mon entretien avec Elodie, j’ai décidé d’accéder à votre demande d’adoption !
- Vraiment ?!
s’exclama Corentin tandis que sa femme éclatait en sanglot tout en mettant sa main devant sa bouche. Ho, merci, merci de tout cœur, Docteur !
- C’est moi qui vous remercie !
répliqua-t-il. Ce sont des couples comme le vôtre qui sont le ciment de notre Programme! C’est grâce à vous que celui-ci se rapproche peu à peu du succès que nous recherchons !
- Quand pouvons-nous espérer avoir l’enfant ?
demanda Océane en se séchant les yeux.
- Mais aujourd’hui-même ! répondit le Dr Vygotsky. Si cela vous convient, évidemment, je vais de ce pas chercher l’enfant qui vous sera confié, avec tout ce qu’il vous faut pour l’élever de la meilleure de façon ! Il doit vous rester le landau et la poussette d’Elodie je crois ? Je vais vous fournir un petit stock de couches, aussi, ça vous ne devez plus en avoir! Ha, et il faudra que vous signiez, bien sûr.
- Si vite ?
s’étonna Corentin en soupirant de bonheur.
- Allons, pourquoi attendre ? Je sais que vous vous en chargerez très bien ! J’ai toute confiance en vous !

C’est donc sous milles remerciements que les Ross raccompagnèrent le Docteur jusqu’à la sortie. Ce dernier leur promettait d’être de retour dans à peine quelques heures et il les quitta en leur adressant de grands sourires, se dirigeant vers sa voiture.

Alors que les Ross, ivres de bonheur, couraient pour annoncer la nouvelle à Elodie, le Dr Vygotsky s’éloignait de la maison, plusieurs fois photographiés à son insu par Jules Assange, à nouveau planqué dans le même arbre qu’à son habitude. Une fois que le Dr Vygotsky fut hors de portée du journaliste, les deux hommes, sans le savoir, s’imitèrent l’un l’autre en se saisissant de leur Pokématos. Si l’un contactait le Professeur Caul, l’autre appelait le Professeur Higgs.

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A peine une heure plus tard, la voiture du Dr Vygotsky était de retour devant la maison des Ross. Curieux, le journaliste observa ce dernier sortir du véhicule. Mais à sa grande surprise, il ne fut pas le seul à en sortir. Le chauffeur, celui qui fumait constamment un grand cigare, l’imita et, sans attendre, fit sortir un Octilery de sa PokéBall. Le Pokémon se jeta sur son propriétaire et enroula ses tentacules sur son cou. Apparemment habitué, l’homme au cigare n’eut pas plus de réaction. Mais il n’y avait aucune trace d’un quelconque enfant.

Assailli d’un mauvais pressentiment, Jules Assange se saisit de son Pokématos. Il essaya de joindre le Professeur Caul, qu’il savait en route vers Azuria, mais ce dernier ne décrocha pas. Pestant, rangea son appareil et continua son observation.

Ce fut Corentin qui ouvrit. Il avait un visage radieux mais se figea sur place en voyant que le Docteur Vygotsky était derrière l’homme au cigare. Le pédagogue souriait exagérément, exposant ses dents blanches avec une expression sadique. Ne voyant aucune trace du bébé promis, Corentin comprit trop tard qu’il leur avait mentit. Il essaya de refermer la porte, mais il ne fut pas assez rapide.

L’Octilery expulsa soudainement un puissant Octazooka, qui brisa en morceaux la porte en plein mouvement et projeta Corentin Ross contre le mur, à plusieurs mètres de l’entrée. Plusieurs os avaient été brisés sous le choc et il retomba pitoyablement, arrivant à peine à respirer. Il entendait les cris de sa femme qui demandait ce qu’il se passait, mais ne trouva pas la force de l’avertir du danger. Il tenta péniblement de se relever, mais parvint à peine à tourner la tête, juste assez pour voir que l’homme au cigare était juste devant lui.

- Quelle déception ! s’exclama le Dr Vygotky. Vous n’avez finalement pas été à la hauteur de nos attentes… Vous étiez pourtant un couple prometteur ! Mais vous êtes bien trop compromis pour que nous continuions à collaborer.

Corentin aurait voulu crier pour demander pitié, demander pardon, parler pour sauver sa peau et celle de sa famille. Mais c’est-à-peine s’il parvenait à articuler une syllabe. Et, alors qu’Océane et Elodie ouvrait la porte de la cuisine pour voir ce qui faisait tant de bruit dans le couloir, l’Octilery tira une salve de projectiles rocheux avec une puissance inouïe, rompant le cou et brisant le dos de Corentin sous leurs yeux, l’achevant pour de bon dans la douleur.

Océane cria d’horreur et, comme son mari, referma la porte en vitesse. Elle se jeta par terre avec Elodie tandis qu’un nouvel Octazooka ouvrait le passage. Océane se releva en vitesse et tira sa fille par la main en lui hurlant de courir. L’homme au cigare pénétrait lentement dans la cuisine dévastée par l’attaque de son Pokémon et constata que mère et fille tentaient de fuir par une porte donnant sur le jardin. Avec une précision chirurgicale, le Pokémon utilisa à nouveau son attaque Boule Roc, atteignant sa cible, Océane, au niveau des jambes. La pauvre femme chuta en hurlant de douleur.

Elodie s’arrêta, le visage déformé par l’horreur et l’angoisse. Sa mère ne pouvait s’empêcher de pleurer, tant la douleur était forte. Il lui était impossible de se relever. Elle cria un juron, tout en sanglotant. Puis elle vit l’ombre de son agresseur et du Dr se profiler derrière elle et tenta tant bien que mal de se resaisir.

- ELODIE ! hurla-t-elle. COURS ! CACHE-TOI DANS LES BOIS ! NE TE RETOURNE SURTOUT PAS !
- Mais maman…
sanglota la petite fille, larmoyante.
- COURS !

L’enfant serra les poings et se retourna juste à temps pour ne pas voir sa mère être achevée par une nouvelle attaque de l’Octilery. Elle courrait en direction des arbres, pour tenter de se cacher.

- Ne lui tirez pas dessus, commandant, intervint le Dr Vygotsky en voyant que le Pokémon Pieuvre s’apprêtait à tirer à nouveau. Elle ne nous sera d’aucun danger, et j’aimerai pouvoir l’étudier pour voir si une réinsertion serait possible.
- C’est vous le patron
, déclara l’homme en retirant son cigare et en faisant signe à son Snipper de s’interrompre. On la retrouvera facilement de toute façon…

Ils s’avançaient négligemment vers la petite forêt qui bordait la maison quand, soudain, des lianes apparurent des arbres pour venir frapper l’homme au cigare et son Pokémon. Il parvint à parer le coup de fouet en se servant de ses bras et recula pour éviter une nouvelle attaque, tandis que Jules Assange descendait de l’arbre, l’air décidé.

- Ainsi donc, vous les observiez ? lança le Dr Vygotsky, l’air toujours aussi confiant. Depuis longtemps ?
- Assez pour comprendre de quoi retournaient toutes vos magouilles
, répliqua Assange en tendant le bras pour que son Boustiflor retombe dessus. J’ai assez de preuves et de témoignages pour faire cesser tout cela.
- Ha, je vois…
répondit Vygotsky avec un petit rictus. Dans ce cas, vous comprendrez que nous ne pouvons pas vous laisser en vie ?
- Hé bien, c’est ce qu’on verra !
cria Assange en s’élançant, son Pokémon attaché à son bras d’une liane et se préparant à envoyer ses feuilles tranchantes sur ses adversaires.
- Quel crétin… grogna l’homme au cigare en sortant de sa poche un étrange objet métallique pointu qu’il enfonça dans la bouche de son Pokémon.

Ni lui ni le Docteur n’avaient daigné reculer. Le journaliste courait vers eux en hurlant, persuadé d’avoir une chance de s’en sortir. Mais s’il était un reporter d’exception, il était loin d’être un brillant tacticien. Aussi, lorsqu’Octillery tira un nouveau coup, son projectile le transperça de part et d’autre le stoppant net dans sa course. La balle continua sa course et se figea un peu plus loin, dans un arbre, avant de provoquer une petite explosion. Les bruits causés par celle-ci furent certainement les derniers qu’entendit Jules Assange, qui tomba à genoux dans un premier temps avant de s’écrouler. Son Boustiflor, qui ne comprenait pas ce qu’il s’était passé, tentait péniblement de le réveiller alors que l’homme au cigare se détournait de ce spectacle et retournait sur ses pas.

- Il n’était pas nécessaire d’utiliser un tel arsenal, fit remarquer le Dr Vygotsky en continuant de sourire. Mais je reconnais que c’est efficace.
- Un cadeau du prof
, répondit l’homme en haussant les épaules sur lesquelles se trouvait toujours le Pokémon. Il faisait trop de bruit, de toute façon, et ne me plaisait pas du tout. Nous devrions maquiller la scène, maintenant, non ?
- Vous marquez un point, commandant
, ricana Vygotsky. Nous avons de quoi accuser les Rocket dans la voiture, je m’en occupe. Vous, essayez de me la retrouver rapidement. Vous êtes meilleur pisteur que moi.

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Elodie courait dans les bois, sanglotant d’un air paniqué. Elle avait vu son père mourir devant ses yeux et sa mère blessée à mort lui ordonner de s’enfuir. Jamais elle n’avait trouvé le Dr Vygotsky effrayant auparavant, mais cette fois-ci, c’était différent. Il avait un sourire de folie au visage. Et puis il y avait cet homme et son Pokémon autour du cou qui tirait de sang-froid. Ils étaient à ses trousses, c’était sûr. Mais elle, sans ses parents, elle était seule. Elle ne savait pas par où aller pour trouver de l’aide. Par où était la ville encore ? Et cet arbre, n’était-elle pas déjà passée devant ?

Les bruits de l’explosion parvinrent à ses oreilles. Elle cria et chuta par terre, pensant avoir été touchée par le Pokémon. Il lui fallut quelques instants pour se ressaisir et comprendre qu’elle n’était pas blessée. Elle se releva péniblement et continua de fuir sans se retourner.

Elle continua de courir encore quelques minutes quand elle sentit brusquement un projectile la frôler de justesse. Elle se figea, droite comme un I et éclata en sanglot. Sans se retourner, elle avait compris que l’homme et son Pokémon l’avaient rattrapée.

Le Commandant s’avançait lentement vers elle, d’un air décidé, son cigare en bouche. Il s’apprêtait à la saisir par le dos pour la soulever quand il reçut soudainement un violent coup de bâton dans le dos, ce qui lui fit cracher son cigare par terre, embrasant lentement la végétation. Ignorant le feu naissant, il se retourna et tenta de frapper son agresseur, qui esquiva de justesse en reculant. C’était un jeune homme d’une vingtaine d’année qui portait un morceau de toile sur le visage.

- Isaac! cria Elodie en se retournant.
- Sale morveux! cria l’homme en saisissant un nouvel objet métallique de sa poche. Tu vas voir!
- C’est toi qui va voir!
cria une voix sur le côté. Chapignon !

Et avant que l’homme n’ait eu le temps de fourrer le projectile dans la bouche d’Octilery, un grand nuage de Spore les envahit, troublant leur vue et s’engouffrant dans leurs poumon. L’homme toussa violement, imité par son Pokémon puis, ne pouvant se retenir, il tomba face contre terre, endormi. Elodie, elle aussi, avait été atteinte par le nuage de Spore et était rapidement tombée dans les bras de Cresselia. Isaac, quant à lui, s’était protégé de l’attaque grâce à son masque de fortune qu’il maintenait sur le nez. Il attendit quelques instants que le nuage se dissipe puis se jeta sur Elodie et la prit dans ses bras pour l’éloigner du feu qui prenait de plus en plus d’ampleur. Il se tourna vers son père adoptif et couru vers ce dernier. Sans rien dire, ils fuirent les bois aussi vite que possible, tandis que les flammes se chargeaient de transformer le bois en véritable Enfer de chaleur, effaçant ainsi toutes les preuves…

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Depuis le domicile des Ross, le Dr Vygotsky voyait, intrigué, la fumée s’échapper des bois. Quand il comprit que le bois était en feu, il haussa les épaules et éclata de rire. Sans plus attendre, il prit la place du conducteur dans la voiture et s’éloigna. Il avait hâte de raconter ce qu’il s’était passé au Professeur Higgs !

Posté à 11h30 le 14/02/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...

L’an 15 après dieu : L’année du Déjà-vu



D'après Albert Einstein :
La folie, c'est se comporter de la même manière et s'attendre à un résultat différent.


Malgré sa dispute avec le Professeur Higgs, Aldebert Caul et Dorothéa Crowfoot étaient restés d’excellents amis. Cette dernière était la sous-directrice de la Sylphe Sarl et travaillait donc directement sous les ordres d’Higgs, avec qui elle était toujours en très bon terme. Seulement, depuis huit ans, elle avait bien compris que parler d’Aldebert à Higgs ou vice-versa n’était jamais une très bonne idée, aussi évitait-elle le sujet autant que possible.

Si elle voyait quotidiennement Higgs au travail, elle gardait le contact avec Aldebert par téléphone ou par correspondance écrite. En effet, Aldebert ne restait jamais en place plus de quelques mois et voyageait souvent d’une région à l’autre avec Isaac, afin de mettre son nez dans différents projets scientifiques auxquels il n’était que très rarement convié. Le jeune homme changeait ainsi d’école très souvent, mais étant d’une nature très sociale, il gardait lui-même contact avec de nombreux étudiants de son âge de par le monde. Il était aussi très brillant scolairement parlant et n’avait donc aucun souci à se faire à ce niveau-là.

Aldebert trouvait toujours un logement pour les accueillir, lui et son fils adoptif. Souvent, cela ne leur coûtait rien et il s’arrangeait pour se faire inviter par des connaissances, en échange de quoi il préparait les repas et goûters pendant toute la durée de son séjour. Souvent Dorothéa lui faisait remarquer qu’il abusait de l’hospitalité de ses hôtes. Mais Aldebert était ainsi, et sa compagnie n’étant pas si désagréable sous la plupart des aspects. Les gens chez qui ils logeaient n’osaient jamais le chasser de chez eux. Pire, ils lui proposaient parfois de revenir s’il passait dans le coin, par pure politesse, ce que le Professeur Caul prenait au pied de la lettre et conservait dans le fond de sa mémoire comme un toit acquis si nécessaire.

Toujours est-il que, tous les derniers samedi du mois, Dorothéa l’invitait à venir dîner chez elle, à Safrania. Aldebert n’aurait manqué ces rendez-vous pour rien au monde et faisait donc tout le trajet nécessaire, peu importe qu’il se trouve sur l’Archipel d’Alola ou même à Kalos. Bien sûr, ce genre de retrouvaille avait lieu plus souvent quand Aldebert logeait à Kanto. L’an passé, par exemple, alors qu’ils avaient trouvé une maison à Carmin-sur-mer pour les accueillir, ces repas se déroulaient tous les samedis. Ces soirées-là, les deux amis se retrouvaient pour discuter et s’amuser, comme au bon vieux temps. Ils partageaient ces moments avec Isaac, évidemment, mais aussi avec Stephen Shelley, l’homme avec qui Dorothéa s’était finalement mariée 5 ans auparavant. Ce dernier était un écrivain assez connu pour ses romans de science-fiction et ses énigmes policières. Mais, pour l’avoir côtoyé depuis qu’il avait rencontré sa femme, Aldebert savait que Stephen était aussi un homme très sympathique, débordant d’imagination et d’enthousiasme et, surtout, qu’il était un excellent cuisinier.

Comme sa femme travaillait souvent jusque bien tard au bureau, c’était lui qui préparait à manger pour toute la bande. Il faisait alors une pause dans son roman en cours d’écriture et se consacrait corps et âme à sa cuisine, pour un résultat toujours aussi performant.

Ce soir-là, Dorothéa venait à peine de revenir du bureau lorsque la porte sonna pour indiquer l’arrivée de leurs invités. Abandonnant ses fourneaux, Stephen alla les accueillir et les fit s’asseoir dans le salon. Il les laissa seuls quelques instants et revint avec quatre verres de Coktail ainsi qu’un plat chargés de petits apéritifs. Sa femme les rejoignit à peine deux minutes plus tard, après s’être changée et avoir revêtue un de ses plus belles robes de soirée rose pâle et s’être remaquillée sans excès. Ils l’attendaient tous pour se munir d’un des verres et le levèrent pour procéder à un toast, ce qui était devenu une tradition lors de ces petites soirées.

- A notre amitié ! clamèrent-ils tous en chœur avant de boire quelques gorgées.
- Délicieux, commenta Aldebert en adressant un clin d’œil à Stephen. Tu me donneras la recette ?
- Bien sûr, j’ai anticipé ta demande
, lui répondit celui-ci en sortant de sa poche une feuille de papier pliée. Tu trouveras tout ce qu’il te faut dessus, Al’.
- Ha, ça me rappelle qu’on a aussi ramené un petit quelque chose !
dit Aldebert en l’attrapant. Isaac ?
- Yep, les voilà
, répondit le jeune homme en montrant une boite de biscuits. Ce sont des Lava-Cookies de VermiLava.
- Des vrais ?
s’exclama Dorothéa. Je veux dire, pas des imitations comme on en trouve au Bradley-Prix ?
- Ha non, je te garantis que ce sont des vrais
, assura Aldebert. J’ai fait un détour exprès là-bas parce que je sais que tu les adores.
- Ho tu n’aurais pas dû
, dit-elle en saisissant tout de même précipitamment la boite des mains d’Isaac.
- Hé bien bravo, du coup elle ne voudra pas goûter mon dessert et va s’en empiffrer à la place ! plaisanta Stephen.

Ils restèrent au salon encore une bonne heure, tout en dégustant les petits amuse-bouches préparés par l’écrivain avant d’enfin passer à table. Encore une fois, Stephen s’était surpassé dans la préparation de son plat et servit un délicieux Canarticho laqué aux baies Oran et aux poireaux à ses convives. Un plat bien connu mais dont il était difficile de se procurer les ingrédients à Kanto depuis que les Canarticho avaient été classés dans la liste des Pokémon en danger par le Ministère de Gestion des Pokémon et celui de l’Environnement. Leur chasse était strictement interdite dans la région de Kanto, mais une ferme de Kalos, région dans laquelle le Pokémon n’était pas encore protégé, en exportait dans toutes les régions du monde.

Lors de ces repas de retrouvailles, on discutait de bien des sujets. On discutait des différents projets de la Sylphe Sarl, tout en évitant soigneusement le nom d’Higgs, des romans de Stephen, des études et des camarades d’Isaac, des rencontres d’Aldebert, ou tout simplement d’actualité. Mais parfois, des sujets moins communs étaient à l’ordre du jour, sans que quiconque ne sachent réellement comment ils en étaient arrivés là.

- Hé bien vois-tu, Isaac, je suis persuadé de son existence ! clama Stephen en resservant un morceau de Canarticho à Aldebert.
- On n’a pas vraiment de témoignages sérieux, répondit celui-ci, apparemment sceptique.
- Tu oublies la photo du Couaneton enchaîne ! répliqua-t-il. Ce qu’on y voit est clair ! L’abominable Pokémon des Neiges existe, et il vit sur le Mont Lanakila, dans l’archipel d’Alola !
- M’enfin, c’est tout flou et on ne voit absolument rien de vraiment pertinent
, répondit Isaac tandis que Dorothéa essayait de se retenir de rire. Et le Couaneton est connu pour son côté un peu parodique…
- C’est ce que tout le monde disait pour Relicanth !
renchérit Stephen, l’air convaincu. Et pourtant, l’espèce n’est pas éteinte, c’est désormais prouvé scientifiquement !
- Sur ce point, tu as raison
, intervint Aldebert. Mais ça ne veut pas dire que toutes les créatures que les Cryptozoologues recherchent existent vraiment. Tu te souviens de l’Octilery Géant ?
- Han, s’il-te-plait, ce n’est pas parce que l’expédition n’a rien trouvé qu’il n’existe pas
, répondit Stephen, apparemment embarrassé.
- Tu m’étonnes que vous n’ayez rien trouvé, dit Dorothéa entre deux rires. Tu as vu la bande de bras cassés avec qui tu as embarqué ?
- Ho, je t‘en prie, le Professeur Tournesol paraissait tout-à-fait sain d’esprit les premières fois… Puis cette expédition n’aura pas non plus servi à rien…
- Ha, c’est sûr, tu auras au moins appris que tu avais le mal de mer !
répondit Dorothéa en déclenchant une hilarité telle que son mari lui-même fut contaminé.
- Bon, d’accord, concéda-t-il enfin après qu’ils se soient tous calmés. Je reconnais que cette petite expédition n’était pas une brillante idée. Mais celle que je m’apprête à rejoindre sera de tout autre calibre !

A cette annonce, l’expression amusée de Dorothéa changea en l’espace d’une seconde pour afficher une mine plutôt courroucée. Elle prit son verre en évitant soigneusement de croiser le regard de son mari et adressa discrètement à Aldebert un petit haussement de sourcil qui en disait long. Au contraire, Stephen semblait particulièrement excité, comme s’il avait attendu déjà trop longtemps pour en parler. Il n’en fallait pas plus pour nourrir la curiosité d’Aldebert.

- Tu comptes rejoindre une nouvelle expédition pour l’Octilery géant ? demanda-t-il, perplexe.
- Non, non, je dois me résoudre à le laisser de côté tant que je n’aurai pas trouvé de remède pour mon mal de mer, répondit l’écrivain avec un petit rire. Non, la créature que je veux trouver est censée se trouver sur le plancher des Ecrémeuh. Tu en as peut-être déjà entendu parler…
- Ho je t’en prie
, intervint Dorothéa en posant violemment son verre vide sur la table. C’est encore une fable inventée par quelques villageois paranoïaques.
- La Bête de Vestigion
, continua Stephen comme si son épouse n’avait rien dit. Ce serait un Pokémon inconnu et particulièrement violent qui n’hésiterait pas à s’en prendre aux humains et en aurait même tué quelques-uns.
- Je crois que j’en ai déjà entendue parler
, intervint Isaac. Lorsqu’on était à Sinnoh, il y a deux ans, chez un ami. Mais c’est une légende qui date de plusieurs siècles et, d’ailleurs, la ville de Vestigion est connue pour avoir tout un patrimoine imaginaire sur le thème de la peur, avec le Vieux Manoir qui est censé être hanté, ou encore les statues des Pokémon Légendaires.
- Oui, j’en ai entendu parler, mais ta Bête n’a plus donné de signe de vie depuis plusieurs siècles
, dit Aldebert en découpant un morceau de viande dans son assiette.
- Ha, mais elle est de retour ! annonça fièrement Stephen en pointant le ciel de son index. On a plusieurs témoignages qui disent l’avoir entendu et, surtout, des cadavres de Pokémon déchiquetés comme preuves ! On a même retrouvé le corps d’un dresseur de passage dans un sale état !
- Et ça ne pourrait pas venir d’un simple Pokémon du Bois de Vestigion, je suppose ?
demanda Isaac.
- Non, d’après le Garde-chasse du bois, ça ne ressemble à rien de ce qu’il a déjà vu. Et c’est pour capturer la Bête que je vais partir à Sinnoh dans quelques jours !
- Et c’est une très mauvaise idée
, dit Dorothéa avec une pointe de reproche. Tu n’as pas souvent de bonnes, mais là, tu touches le fond, Stephen !
- Mais enfin, Doro-chérie, tu ne trouves pas ça excitant ? Nous allons peut-être découvrir une nouvelle race de Pokémon !
- Non, je ne trouve pas ça excitant parce que, si c’est vrai, tu risques ta peau. Tu n’es pas un dresseur, je te rappelle, Comment est-ce que tu comptes te défendre seul contre un Pokémon sauvage dangereux ?
- Han, je t’en prie, je ne serai pas seul, il y aura plein de dresseurs de talent qui ont été conviés à cette chasse. Et puis, il y aura Aldebert, pas vrai, Al’ ?


Aldebert, qui avait choisi ce moment pour boire à son verre, faillit s’étouffer avec son soda qu’il avala de travers. Il toussa péniblement à plusieurs reprises avant d’afficher un regard à la fois interrogateur et horrifié à son ami écrivain.

- Pardon ? finit-il péniblement à articuler.
- Han, Al', ne me dit pas que je n’ai pas titillé ta curiosité ? dit Stephen avec un grand sourire. Un mystérieux Pokémon, peut-être inconnu, qui hanterait un bois dont la réputation est déjà bien sombre, tu ne trouves pas ça intéressant ?
- Hé bien… si, peut-être
, concéda le Professeur Caul, visiblement désemparé. Mais c’est-à-dire que je n’avais pas vraiment prévu ça et …
- Ha tu as quelques choses d’autre sur le feu ?
- Heum… pas vraiment pour le moment, l’étude de la migration de Spoink est en pause le temps que les œufs éclosent
, dit Aldebert. Mais …
- Donc tu veux bien venir m’accompagner ? Allez, une petite virée dans les bois, toi et moi, entre homme, sans personne pour nous déranger ?
- Ha parce que je dérange peut-être ?
glissa Dorothéa d’un ton glacial.
- Mais pas du tout ma Sucreine, mais tu m’as déjà dit que tu refusais catégoriquement de m’accompagner.
- Mais tu n’as pas à forcer la main d’Aldebert pour venir avec toi pour autant
, répondit-elle d’un ton excédé. C’est un grand scientifique, il ne s’intéresse pas à la pseudo science basée sur des rumeurs !
- Tu as raison, Doro, c’est à lui que revient le choix, mais pas à toi non plus ! Alors Al’ ? Qu’est-ce que tu en penses ?
- Hé bien je … hum… je vais y réfléchir
, balbutia-t-il.

Si Aldebert était doué pour forcer la main aux autres contre leur gré, Stephen Shelley l’était tout autant. De plus, peut-être par peur de déplaire ou par amitié, le Professeur Caul avait toujours du mal à dire non à ceux qui le côtoyaient et ça, le couple Shelley-Crowfoot le savait bien. Aussi l’écrivain lui adressa-t-il un grand sourire de victoire tandis que Dorothéa poussait un long soupir avant de se lever.

- Tu n’es pas fâchée ? lui demanda Stephen avec appréhension.
- Je vais juste aux toilettes, répondit-elle vivement. Les sanitaires, eux, au moins, racontent rarement des bêtises.

Stephen Shelley regarda sa femme disparaître derrière une porte. Il dressa son index pour faire signe à ses convives de se taire, afin d’écouter les bruits de pas de Dorothéa s’éloigner et, quand il fut sûr qu’elle ne pourrait pas les entendre, il se rapprocha d’Aldebert.

- Tu as des nouvelles de l’Ile Neuve ? demanda-t-il à voix basse.
- Pas grand-chose, confia Aldebert. C’est au point mort, malgré que Millstein ait eu quelques occasions pour le tuer avant qu’il ne naisse. C’est pas faute d’avoir essayé pourtant, mais ce Clone semble très coriace…
- Et ils n’ont toujours pas réessayé de recommencer l’une de celles qu’il a sabotées ?
s’étonna Stephen.
- Non, tous leurs efforts semblent se diriger vers ce dernier clone, maintenant, dit Isaac, qui était aussi au courant de l’affaire.
- S’il ne peut pas le tuer, j’ai conseillé à Millstein d’essayer de voir s’il n’y avait pas une solution alternative, précisa le Professeur Caul. Il n’est peut-être pas obligé de mourir après tout…
- Que veux-tu dire ?
demanda Stephen en écarquillant les yeux.
- Hé bien, le principal, c’est surtout que Higgs ne puisse pas mettre la main dessus, dit Aldebert. Il y a donc peut-être d’autres solutions envisageables et …
- Attention, je l’entends qui revient
, l’interrompit son hôte en levant la main. Fais semblant de raconter une blague !
- Quoi, mais …
- HAHahaha !
s’écria Stephen alors que sa femme ouvrait la porte. Elle est bien bonne, celle-là, Al’ !
- Ha non, j’ai raté quoi ?
demanda Dorothéa.

Aldebert adressa un regard suppliant à son ami écrivain qui, pour ne pas avoir à répondre, était en train de finir à grandes gorgée son verre de vin. Heureusement, Isaac sauva son père adoptif de la situation en racontant comment ce dernier avait accidentellement mangé l’une des dernières expériences du couple Curry, des scientifiques qui les logeaient en ce moment, à Hoenn. L’histoire était évidemment fausse, mais dans ce genre de situation embarrassante, c’est toujours la première chose qui nous passe par la tête qui semble la meilleure solution.

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Pour mettre la main sur la Bête de Vestigion, les autorités de la ville avaient reçu quelques subsides de l’Etat de Sinnoh et le Département de Régulation des Pokémon avait même envoyé trois agents expérimentés dans la capture des Pokémon dangereux. Plusieurs dresseurs de la région et quelques étrangers avaient été conviés afin de participer à la traque de la mystérieuse créature. Aussi, quelques scientifiques et simples amateurs qui avaient eu vent de l’affaire s’étaient rendus sur place, dans le but de soutenir ou de participer à leur façon à la capture du Pokémon.

Stephen Shelley était de ceux-là. Il n’avait pas de Pokémon puissant pour l’accompagner, tout juste un Poissoroy, qui ne lui était d’ailleurs d’aucune utilité dans les bois. Mais s’il n’avait pas la force brute des dresseurs participants, il débordait d’enthousiasme. Il était toujours accompagné d’un calepin dans lequel il prenait des notes en permanence, tant et si bien que plusieurs personnes le prirent pour un journaliste. Son but avoué était d’assister à la capture de la Bête, et que celle-ci soit le plus épique possible, afin qu’il puisse se servir de cette expérience pour un roman futur.

Aldebert Caul était finalement venu pour accompagner son ami. Il était loin d’être d’aussi bonne humeur que l’écrivain, qui s’était rapidement accommodé aux conditions de vie. En effet, les membres de l’équipe d’expédition vivaient sous de petites tentes individuelles à l’intérieur même du bois. Ils se levaient de bonne heure le matin, dépliait tout le campement et le remontait une fois le soir venu. Pendant toute la journée, ils se trimballaient avec de lourds équipements sur le dos dans un bois sombre et partiellement humide en cette saison. Aldebert étant quelqu’un qui appréciait beaucoup le confort, il était loin d’être charmé par la vie forestière. Il n’était pas non plus fait pour les efforts physiques et le fait de porter de lourdes charges du matin au soir l’épuisait. Comme si ce n’était pas assez, il devait tenir un tour de garde avec d’autres personne une fois la nuit tombée et ne pouvait donc pas dormir autant qu’il le souhaiterait. Mais le pire restait peut-être la piètre qualité de la nourriture, puisqu’ils ne se nourrissaient que de boites de conserve souvent pas assez cuites et indigestes. Cela provoquait quelques problèmes supplémentaires, d’ordre gastrique, qui étaient loin d’arranger la situation. Clairement, s’il ne s’était pas senti obligé par Stephen, Aldebert aurait tôt fait de rentrer chez les Curry où l’attendait un fauteuil des plus confortable et du soda.

Balignon, le Pokémon d’Aldebert, au contraire, appréciait particulièrement le Bois de Vestigion. Après tout, il s’agissait d’un milieu fort semblable à son habitat naturel et le Champignon semblait beaucoup s’amuser. Il s’absentait parfois quelques moments et revenait avec des baies qu’il avait dénichées dans les bois et qu’Aldebert grillait sur le feu une fois le soir venu.

Lors des deux premiers jours de l’Expédition, on trouva deux cadavres de Laporeille dans un sale état. Selon un expert du Département, les corps devaient être là depuis quelques jours déjà. Mais ensuite, plus rien. Au fur et à mesure que le temps passait, les autres membres commençaient à se plaindre de plus en plus et, au bout du cinquième jour, les premiers dresseurs abandonnèrent, estimant qu’ils perdaient leur temps pour un Pokémon qui n’existait peut-être même pas. Aldebert les aurait bien suivis, mais Stephen savait toujours trouver les mots justes pour le faire rester à ses côtés et poursuivre. Finalement, au bout d’une semaine, ils n’étaient plus qu’eux deux, les trois chasseurs du Département, le Garde-chasse et un dernier dresseur. C’est donc sans surprise que, ce soir-là, un des trois experts leur annonça l’échec et la fin de la mission ainsi que leur retour vers Vestigion dès le lendemain matin. Ils passeraient donc encore une nuit dans ces Bois puis rentraient tous chez eux.

Stephen était évidemment très déçu par la nouvelle, mais pour Aldebert, c’est comme si on lui avait annoncé que c’était le jour de son anniversaire. Il déchanta cependant quand l’écrivain proposa son nom et le sien pour prendre le tour de garde entre 2h et 4h du matin. Malgré tout, la perspective de retrouver tout le confort dont il avait habituellement besoin le rendait bien plus heureux qu’il ne l’avait été tout au long de l’expédition.

Ainsi, alors que la lumière de la Lune peinait à leur arriver à cause des branches des arbres, le Professeur Caul et Stephen Shelley prirent leur tour de garde, remplaçant ainsi le plus bedonnant des trois experts et le dernier dresseur de la bande, qui semblait avoir hâte de se coucher et bougonnait.

- Tu sais, Al’, dit Stephen en fixant le maigre feu qui leur tenait compagnie. Je pense qu’on n’a vraiment pas eu de chance de ne pas tomber sur la Bête.
- Je ne sais pas si la chance a vraiment quelque chose à voir,
répondit le Professeur Caul, qui faisait cuire une baie qu’il avait embrochée à une branche. Il y a fort à parier que ta fameuse Bête n’existe pas, c’est tout.
- Mais tu oublies les cadavres
, fit remarquer Stephen d’un ton très sérieux.
- Pas vraiment, rien ne nous dit que ce n’est pas un Pokémon d’un dresseur de passage qui a fait le coup. Ce serait tout bête, après tout, imagine qu’un des jeunes qui étaient avec nous les premiers jours vienne ici et, en passant, libère son Démolosse ou son Granbull pour qu’il se dégourdisse les jambes. Il tue les Laporeille par instinct et, quand on les retrouve, on imagine le pire parce que ça ne ressemble à rien de ce que peut faire les Pokémon vivants habituellement ici.
- Moui, je suppose que c’est possible aussi
, admit l’écrivain.
- A mon avis, ce genre de cas risque de se répéter de plus en plus souvent. Les dresseurs sont bien plus nombreux qu’il y a une vingtaine d’année, depuis que les Centres existent. On n’a pas fini d’entendre parler de la Bête, avec les croyances des villageois…
- Ou alors elle existe vraiment et on n’a pas cherché au bon endroit
, persista Stephen.
- On a fouillé les moindres recoins de ce bois, Stephen, soupira Aldebert en retirant avec précaution la baie de sa branche pour ne pas se brûler.
- Mais elle ne va pas non plus rester cacher tout le temps au même endroit, continua Stephen avec un petit rire. Ou bien alors elle a été effrayé par nos bruits et a préféré se tenir éloigner et nous éviter.
- Décidément, Steph’, il est plus difficile de te faire changer d’avis que de révolutionner la science moderne
, dit Aldebert en donnant à Balignon un morceau de sa baie.
- Bha, peut-être que c’est mieux qu’on ne l’ait pas trouvé, d’un côté. Cela rajoute du mystère, et j’adore les mystères ! Bon, tu ne veux pas une bière ? Il doit m’en rester dans mon sac à dos.
- Ha, tu dis enfin quelque chose de censé !
plaisanta Aldebert. Volontiers !
- Je vais chercher ça, je reviens dans un instant !
dit Stephen en se relevant.

Il alluma sa lampe de poche et se dirigea vers sa tente, où se trouvaient ses dernières provisions personnelles. Mais une fois arrivé à quelques mètres de celle-ci, il se stoppa net. Il crut d’abord s’être trompé de chemin devant la tente en toile qui semblait avoir été montée très maladroitement et pensa se trouver devant celle d’Aldebert. Puis il remarqua qu’une grosse créature se trouvait à l’intérieur. A quatre pattes, l’arrière train et une grosse partie de son bas-ventre sortait de la pauvre tente, qui semblait avoir été très secouée par cette créature.

L’écrivain se tenait debout, immobile. Sa bouche était grande ouverte mais aucun son n’en sortait. Sa tête se tourna dans tous les sens à la recherche de quelqu’un pour l’aider, mais personne d’autre qu’Aldebert n’était réveillé et ce dernier ne regardait pas dans sa direction, apparemment très concentré sur la cuisson d’une baie. Le regard de Stephen fixa à nouveau le Pokémon à moitié dans la tente, partagé entre l’excitation et la peur. Car s’il était bien persuadé de se trouver face à la Bête de Vestigion, il avait imaginé ce moment bien plus joyeux. Bien qu’il ne puisse distinguer avec précision les couleurs et les formes du mystérieux Pokémon, celui-ci devait faire entre 2m et 2m50. Considérant finalement qu’il était plus sage de faire demi-tour et de prévenir Aldebert de sa découverte, Stephen pivota lentement et retourna sur ses pas. Mais à peine eut-il posé un pied par terre qu’il cassa une branche, provoquant un bruit sec qui alerta le Pokémon. Celui-ci se releva d’un bond pour se dresser sur ses pattes arrières, la toile de la tente cachant la moitié de son corps, et poussa un terrible grognement. Il n’en fallut pas plus pour soudainement accélérer la cadence de Stephen Shelley pour rejoindre son ami auprès du feu.

- Aaaaaaldeeeebeeeeert ! cria-t-il, l’air complètement paniqué.

Le professeur Caul se releva d’un bond, laissant tomber sa baie dans le feu. Lorsqu’il vit ce qui provoquait le désarroi de son ami, il ne put s’empêcher de lâcher un juron. L’écrivain arriva rapidement à son niveau et, sans se laisser prier, il se cacha derrière son ami, qui, désemparé, essaya de changer de place avec lui. Ils se disputaient pour ne pas se retrouver au-devant de la Bête quand Balignon les ramena à la réalité par un petit cri contrarié.

L’imposant Pokémon n’avançait pas très vite, et même un peu au hasard. Il n’avait pas réussi à se débarrasser de la petite tente qui recouvrait encore la moitié de son corps. Aussi donnait-il des coups de griffes dans tous les sens pour essayer de déchirer la toile qui cachait sa vue, tout en exprimant sa mauvaise humeur par des grognements. Tout ce raffut réveilla enfin les autres membres de l’Expédition qui commencèrent à sortir de sous leur tente. Malheureusement pour eux, deux employés du Département sortirent au moment même où la Bête passait à côté de leur tente et reçurent chacun un terrible coup de patte qu’ils ne purent esquiver à temps. Ils tombèrent inconscients sous la violence du choc.

Le dernier expert, celui qui était un peu plus enveloppé, cria les noms de ses collègues et courut vers eux et la Bête. Il se mit à crier des insultes au Pokémon pour que celui-ci se dirige vers lui et abandonne les corps de ses victimes fortuites. Le Pokémon, qui ne voyait toujours rien mais entendait par contre très bien, le chargea alors subitement mais se cogna à un petit arbre qui craqua sous l’impact.

L’expert envoya alors son Pokémon, un Elektek, vite rejoint par le Musteflott du dresseur. Le garde-chasse, lui, s’était rangé du côté de Stephen et Aldebert et, comme eux, regardait l’affrontement tout en essayant de rester le plus éloigné possible de la Bête. Quant à Balignon, il poussait de petits cris, comme pour essayer d’intimider la Bête qui faisait presque deux mètres de plus que lui.

Elektek se rapprocha prudemment de la Bête, qui se remettait lentement de son choc contre l’arbre tout en essayant de déchirer la toile de tente avec ses griffes au niveau du visage. Une fois qu’il fut assez proche d’elle, l’Expert lui ordonna d’utiliser son Poing-Eclair et il s’exécuta, frappant dans le dos. Le Pokémon hurla, surpris par l’attaque, puis se retourna brusquement et balaya son agresseur d’un coup de bras qui le projeta contre un autre arbre, KO.

La Bête continuait de pousser des grognements courroucés. L’Expert rappela son Pokémon dans sa Pokéball et fit un pas en arrière, apparemment mal à l’aise. Le Pokémon se secoua et parvint enfin à se débarrasser d’une grosse partie de la toile déchiquetée sous ses griffes, dévoilant son identité.

Il ne s’agissait pas d’un Pokémon commun dans la région de Sinnoh, mais pas non plus d’un Pokémon inconnu. Le peu de lumière que la lune et le feu procurait permis à Aldebert et Stephen de l’identifier rapidement, notamment grâce au motif en forme de cercle caractéristique que la Bête avait sur le ventre. Le corps imposant de l’Ursaring émettait quelques petites étincelles, signe qu’il avait été paralysé par l’Elektek. Mais cette nouvelle était loin de réjouir l’Expert qui savait fort bien que cette espèce de Pokémon se voyait justement renforcée une fois qu’il souffrait de ce genre de contrariété.

Loin d’être intimidé, le dresseur ordonna à son Musteflott d’attaquer la Bête. Le brave Pokémon se jeta sur celle-ci à coup d’Aqua-jet, faisant reculer l’Ursaring d’un pas. Mais à peine encaissait-il le choc que l’Ursaring lui assenait un terrible Marto-Poing, le plaquant au sol avec violence. Le Musteflott poussa un cri de surprise puis ne bougea plus d’un poil.

Le dresseur, inquiet, voulut se précipiter pour aider son partenaire, mais l’Expert parvint à le retenir de se jeter dans les griffes de la Bête. Celle-ci, cependant, détourna son regard de sa victime et les fixa tous les deux, grognant de plus belle. La vision de la Bête se dirigeant ainsi vers eux les paralysa d’effroi. Leurs cerveaux leur criaient de fuir, mais leurs jambes ne pouvaient répondre tandis que l’Ursaring se rapprochait de plus en plus, la rage dans les yeux.

Mais avant qu’il n’arrive à leur niveau, le petit Balignon accourut pour se dresser devant lui. Dans un premier temps, la Bête ne le remarqua même pas et continua d’avancer, jusqu’à ce qu’il reçoive une attaque Balle-graine au niveau des jambes. Il baissa son regard et, malgré l’obscurité, parvint à distinguer la présence de Balignon. Dans un nouveau grognement, il courba le dos afin de l’atteindre de ses puissantes griffes, provoquant le cri d’effroi d’Aldebert qui assistait à la scène, impuissant.

Mais alors qu’il allait frapper, l’Ursaring fut aveuglé par une vive lumière qui émanait de Balignon. Le corps de celui-ci se mit alors à grandir de presque un mètre en l’espace de quelques secondes. La forme de son corps changea pour se dresser sur deux jambes, acquérant aussi deux petit bras griffus et une longue queue. Lorsque la lumière se dissipa, Balignon avait complètement évolué en Chapignon, qui poussa comme un cri de guerre avant d’asséner un coup de poing en plein milieu de la cible qu’Ursaring avait sur le ventre. Le Pokémon recula de plusieurs pas, à la fois surpris et sonné par l’attaque.

Stephen Shelley poussa un grand cri de joie en assistant à l’évolution de Balignon et le garde-chasse ne put s’empêcher de pousser des soupirs de soulagement, car il avait déjà imaginé le dresseur et l’Expert réduit à l’état de charpie. Aldebert, lui, prit quelques secondes avant de se ressaisir, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Puis, sans plus attendre, il cria comme consigne à Chapignon d’utiliser son Aromathérapie.

Une douce et agréable odeur se répandit alors dans l’atmosphère. L’Ursaring ne bougea pas pendant quelques secondes, fixant Chapignon avec rage, puis avec incompréhension lorsqu’il sentit les effets de la paralysie se dissiper. La Bête, méfiante, continuait toutefois de grogner d’un air peu rassurant. C’est alors qu’Aldebert ordonna à Chapignon d’utiliser son attaque Spore. Celui-ci sembla alors éternuer violement, dégageant un gros nuage de spore qui s’étendait tout autour de lui. Les premières victimes furent le dresseur et l’Expert bedonnant, qui tombèrent aussitôt par terre, complètement endormis. L’Ursaring fit ensuite un pas maladroit en arrière et chuta à son tour dans les bras de Cresselia.

Le Garde-chasse et Stephen explosèrent de joie devant la scène. Chapignon était parvenu à endormir la Bête ! Mais Aldebert, lui, accourut près des deux Experts qui s’étaient pris un coup de griffe à peine sortis de leur tente, et fut vite rejoint par Chapignon, qui semblait très fier de lui.

- Chapignon a été sensationnel ! s’écria Stephen en se rapprochant de son ami. Comment vont-ils ?
- Je pense qu’ils sont juste évanouis, ils ont pris un choc très violent… Je vais leur faire un pansement…
- Et qu’est-ce qu’on fait de la Bête ?
demanda le Garde-chasse.
- Je pense que dans un premier temps, il faut l’enfermer dans une Poké-ball, dit Stephen en se tournant vers l’Ursaring endormi. J’ai justement quelques Hyper Ball, même si je ne m’attendais pas vraiment à m’en servir… Tu veux bien, Al’ ?
- Hein quoi ?
répondit celui-ci sans relever la tête. Oui, je suis d’accord, il faut les ramener à Vestigion au plus vite pour qu’ils reçoivent les soins nécessaires…

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Il leur fallut une grosse heure pour revenir à Vestigion, guidés par le Garde-chasse. Celui-ci avait appelé ses deux Tortera pour transporter les corps des blessés et endormis. Une fois de retour en ville, une infirmière du Centre, que le Garde-chasse avait contactée via Pokematos, les accueillit brièvement et prit en charge les quatre hommes inconscients, tout en grommelant sur ses horaires de travail. Ne souhaitant pas rester plus longtemps, Stephen et Aldebert lui donnèrent leur numéro pour qu’elle les contacte lorsqu’ils auraient ouvert les yeux et, sans plus attendre, prirent le premier bus pour Rivamar.

Ils furent de retour à Jotho le soir même. Si Aldebert avait profité du trajet en bateau pour se reposer de toutes ses émotions, Stephen, lui, fut malade comme un chien, du fait de son mal de mer. A peine eurent-ils posé un pied sur le port que Dorothéa se précipita vers eux, apparemment de très mauvaise humeur. Son mari essaya de lui expliquer ce qu’il s’était passé, mais, même s’il était habituellement doué pour les histoires, il était en bien trop mauvais état pour cela et ce fut Aldebert qui prit le relais.

C’était Stephen qui avait capturé l’Ursaring dans une de ses Hyper Ball. Malgré qu’il ait été affaibli, il fallut trois tentatives avant que la capture ne soit couronnée de succès. Sous la demande d’Aldebert, Dorothéa le conduisit dans un petit entrepôt qui appartenait à la Sylphe et que le scientifique transforma en un rien de temps en laboratoire de fortune afin d’examiner la Bête de Vestigion de plus près. Stephen, quant à lui, réclamait plus que jamais un bon lit et sa femme le raccompagna chez eux, abandonnant Aldebert à ses recherches.

Ursaring avait été installé dans une sorte de grande cage en verre et se reposait encore de l’attaque Spore sur de vieux matelas qui trainaient là. Chapignon le surveillait, les bras croisés, guettant la moindre de ses réactions, tandis que son dresseur se procurait des touffes de poils et des échantillons de sang pour procéder à des analyses plus complètes. Il n’avait certes pas tous les instruments nécessaires pour être le plus rigoureux possible, mais il avait bien envie de tester certaines de ses hypothèses. Or, il lui fallait juste un microscope ainsi que quelques produits chimiques, matériel qui, par chance, était stocké dans l’entrepôt.

- C’est bien ce que je pensais… chuchota Aldebert, l’œil droit sur son microscope. C’est comme ce Tyranocif d’il y a quelques années…
- Tu veux dire par là qu’il et infecté au Pokérus ?
demanda une voix.
- Je distingue clairement les mêmes anomalies dans son sang, en effet, répondit Aldebert sans regarder d’où venait la voix. Evidemment, il faudrait faire des analyses complémentaires pour le confirmer à 100%, mais j’en suis sûr à, disons, 97%.
- Et pourquoi n’es-tu pas certains à 100%, Al’ ?
- Hé bien
, dit-il en se retournant. J’ai l’impression que le Pokerus a ici eu plus d’impact que les souches habituelles. Le Micro-organisme améliore la croissance et stimule aussi un peu l’agressivité des Pokémon. Hors, cet Ursaring est beaucoup plus grand que ses congénères. Ils font d’habitude environ 1m80, et j’ai mesuré ce spécimen à 2m32. C’est beaucoup trop grand !
- Et tu penses que c’est forcément le Pokérus qui en est la cause ?
- Non, justement, si un Pokémon atteint par le Pokérus grandit plus vite, il n’est pas nécessairement plus grand. Il y a peut-être une autre raison à cela… Ou alors, il s’agirait d’une souche inconnue de Pokérus…
- Et as-tu tiré quelque chose de ses poils ?
- Oui, je pense que cet Ursaring n’a évolué que récemment. J’ai trouvé des tâches de miel, ce que les Teddiursa adorent. Mais une fois évolué, ils perdent peu à peu le goût du miel et se nourrissent de choses plus consistantes. Pour moi, il a n’a certainement évolué que quelques temps avant que l’histoire du retour de la Bête ne circule.
- Ça n’explique pas ce que faisait un Teddiursa dans le bois de Vestigion
, fit remarquer la voix.
- Non, peut-être un Pokémon de compagnie exotique qui s’est enfuit, qui sait ? Ou bien même que l’on a relâché après son évolution… Quoiqu’il en soit, j’ai aussi vu pas mal de cicatrices sur son corps, signe qu’il n’a surement pas eu la vie facile avant d’évoluer…

Soudain, la porte au fond de la salle s’ouvrit violemment, pliant un carton qui se trouvait derrière celle-ci, et un homme qui devait approcher de la soixantaine entra en trombe, apparemment furieux. Si ses cheveux grisonnaient par endroit, il avait gardé son monocle sur l’œil droit, comme autrefois. Car en le voyant arriver, Aldebert reconnut immédiatement Eric Hoffman, le Ministre de la Gestion des Pokémon. L’homme qui, 18 ans auparavant, avait tué sous leurs yeux le Tyranocif qu’ils avaient capturé et soigné, et ce, sans la moindre pitié. Il avait maintenant une canne, parée d’argent et de pierres étincelantes, qu’il pointa vers Aldebert. Derrière lui, Dorothéa Crowfoot, Stephen Shelley et un homme en costume noir le suivaient péniblement.

- VOUS ! s’écria le ministre. Non mais, vous vous prenez pour qui ?
- Pardon ?
s’étonna Aldebert. Mais … qu’est-ce que j’ai fait ?
- Et vous avez le culot de feindre l’ignorance, par-dessus le marché ?
reprit Eric Hoffman une fois arrivé à sa hauteur. J’ai eu le Ministre de la Gestion des Pokémon de Sinnoh au téléphone, et il est tout aussi furieux que moi !
- Mais enfin, quoi, il est arrivé quelque chose à ses hommes ?
demanda le pauvre professeur, pris au dépourvu par la colère de l’homme, mais aussi mal à l’aise de se retrouver en sa présence après tout ce temps.
- Il a deux employés en congé pour leurs blessures et un troisième qui ne tient plus debout mais, surtout, vous avez exporté le Pokémon visé par l’Expédition sans autorisation préalable ! s’exclama Hoffman avec de grands gestes. Vous avez introduit dans MA région un Pokémon potentiellement dangereux ! Voilà le problème !
- Allons allons, calmons-nous
, dit Stephen en essayant de tempérer le ministre. Il est inutile d’agresser ainsi Aldebert, il n’y est pour rien dans cette histoire. D’ailleurs, c’est moi qui ai capturé la Bête après que Chapignon l’ait endormie.
- Aussi, si je puis me permettre, monsieur le ministre
, intervint Dorothéa tout en restant paisible et sereine, l’Ursaring est une espèce native de la région de Jotho et, par conséquent, il n’y a pas eu d’importation illégale.

Le ministre allait rétorquer quelque chose, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il avait un regard noir et se tourna vers l’Ursaring qui continuait de dormir paisiblement.

- Alors c’est elle, la fameuse Bête, dit-il dans un soupir.

Il allait s’approcher d’elle quand Aldebert se dressa sur son chemin, visiblement furieux.

- Il est hors de question que vous tuiez ce Pokémon, dit-il.

Le Ministre le regarda, moitié étonné, moitié agacé. Puis un sourire se dessina lentement sur son visage et il laissa échapper un petit ricanement.

- Je me souviens de vous, maintenant, dit-il. Les trois étudiants, leur professeur et le Tyranocif…
- Je ne vous laisserais pas répéter vos méfaits
, reprit Aldebert en grimaçant.
- Parce que vous pensez que j’ai arrêté après votre protégé ? demanda lentement Hoffman d’une voix doucereuse. Tuer des Pokémon dangereux et réguler ainsi la faune de l’Etat de Kanto-Jotho, c’est mon travail. Et je le fait, sans modestie, particulièrement bien. Maintenant, ôtez-vous de mon chemin, ou je vous ferai arrêter pour obstruction.

Aldebert déglutit mais refusa de bouger. Le vieil homme allait le pousser pour l’écarter du chemin quand Stephen s’interposa entre eux.

- Monsieur le Ministre, commença-t-il. Et si je vous disais que l’importation de l’Ursaring était on ne peut plus légale ? S’il s’agissait de mon nouveau Pokémon, à moi ?
- Cela m’étonnerait fort
, ricana celui-ci. Ursaring est classé dans la catégorie B sur la liste des Pokémon dangereux et, par conséquent, seuls les dresseurs possédant six badges ou plus peuvent réclamer le permis. Et sans vouloir vous offenser, vous ne ressemblez guère à un dresseur de cette trempe.
- C’est vrai, cependant, j’ai tout de même ce fameux permis en ma possession
, répondit Stephen en sortant son portefeuille pour en tirer un papier.

Il le montra au Ministre qui s’en saisit avec la rapidité presque imperceptible à l’œil nu. Il le fixa quelques instants sans bouger, jetant de temps à autre un regard suspicieux vers l’écrivain, puis appela son subordonné d’un claquement de doigt et lui remit le document pour qu’il l’observe à son tour.

- Je peux savoir comment vous vous êtes procuré ça ? demanda-t-il, mécontent.
- Ho, c’est votre collègue, Vincent Nobel, le Ministre de l’Infrastructure, qui me l’a offert, il y a un an environ. Je lui avais alors fait part de mes recherches sur l’Octilery Géant et m’a donné ceci, au cas où je le capturerai. Il adore mes livres, tout comme le Général Pasteur, vous savez, le Ministre de la Justice ?

Il avait appuyé ce mot en particulier, ce qui ne tarda pas à provoquer une réaction chez le vieux ministre qui déglutit. Car si les Ministres avaient énormément de pouvoirs et d’autorité, rien ne les effrayait plus que leurs propres collègues. Son employé lui rendit le Permis de Stephen, tout en faisant un hochement de tête.

- Tout est en règle, maugréa l’homme au monocle en tendant le document à son propriétaire à contrecœur. Nous allons tout de même prendre une photo du Pokémon pour prouver son identité à mon collègue de Sinnoh et je vais m’arranger avec lui pour le reste… Je vous rappelle tout de même que ce Pokémon doit être déclaré à mon Service dans les 5 jours qui suivent sa capture.

Aldebert laissa passer l’homme en costume qui sortit un appareil rouge pour prendre une photographie de la Bête. L’Ursaring était toujours endormi sur le confortable matelas de l’entrepôt. Quand le cliché fut pris, le Ministre se retourna et s’apprêta à partir avant de jeter un regard vers le microscope et les divers récipients qu’Aldebert avait utilisé pour analyser l’Ursaring.

- Vous recherchiez quelque chose en particulier sur ce Pokémon ? Il ne serait pas lui aussi infecté par le Pokérus, par hasard ?
- Non
, mentit Aldebert d’un ton sec. Aucune trace de ça dans son organisme.

Le ministre le regarda encore un instant, comme s’il cherchait des traces de mensonge sur les traits d’Aldebert. Mais celui-ci paraissait déterminé et, finalement, Eric Hoffman se retira, son employé sur les talons, sans rien ajouter de plus.

- Ouf, soupira Dorothéa. J’ai bien cru qu’il allait nous refaire le même coup que la dernière fois…
- Tu as entendu ce qu’il a dit ?
demanda Aldebert en fronçant les sourcils, l’air intrigué. L’Expert qui a été endormi tient à peine debout…
- Heu, oui,
s’étonna Stephen. Il a pourtant juste subit une attaque Spore… L’Ursaring ne s’est pas réveillé, lui ?
- Pas encore
, dit Aldebert. Mais toi, tu m’as l’air bien reposé…
- Aldebert, il est 10h du matin, évidemment que je suis réveillé.
- Déjà 10h ?
répéta le Professeur en écarquillant les yeux.
- Ne me dis pas que tu n’as pas dormi, lança Dorothéa avec un ton de reproche.
- Je n’ai pas vu le temps passer, je crois, dit Aldebert. J’étais absorbé dans mon travail… Mais du coup, il faudrait que j’analyse les Spores de Chapignon…
- Tu feras ça plus tard, Al’,
dit Dorothéa en l’attrapant par le bras. Viens dormir chez nous, tu as besoin de sommeil. Ursaring peut retourner dans sa Ball, maintenant.
- Je ne suis pas si fatigué que ça
, protesta Aldebert en essayant de se dégager.
- Al’, on t’entendait parler tout seul, en arrivant, dit Stephen. Une bonne sieste ne te fera que du bien !

Aldebert se figea soudainement en entendant les paroles de son ami écrivain. Il se tourna vers l’Ursaring, puis vers Dorothéa et Stephen, une expression d’incompréhension sur le visage.

Pourtant il était là. Il lui avait parlé. Il en était sûr.

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Quand le Professeur Millstein arriva au 18, Rue du Piafabec, il s’étonna de voir que ses haies n’avaient apparemment plus été entretenues depuis plusieurs mois. Lui qui pensait retrouver le Professeur Caul chez lui voyait ses espoirs s’envoler. Il poussa un juron mais décida tout de même de rentrer à l’intérieur, afin de récupérer quelques affaires. Il marchait dans le corridor vers l’escalier pour monter à l’étage quand il entendit des bruits venant de son salon. Il se stoppa net et sourit. Finalement, Aldebert était peut-être quand même là, même s’il ne s’était pas occupé de son jardin. Il se dirigea donc vers l’origine des bruits, confiant, pour constater avec horreur que la personne assise dans son canapé n’était pas Aldebert Caul, mais le Professeur Higgs, vêtu d’un élégant costume noir.

Celui-ci regardait un poste de télévision allumé sur les images d’une île rocailleuse pleine de gravats, comme si une terrible tempête venait d’y passer. En voyant Arthur entrer, le Professeur Higgs lui adressa un sourire narquois.

- Félicitation, Professeur Millstein, lança-t-il d’une voix chaleureuse en se relevant. Votre plan a parfaitement fonctionné !
- Sortez de chez moi
, balbutia maladroitement celui-ci.
- Vous ne pouviez pas tuer Mewtwo, alors vous avez fait en sorte qu’il s’échappe du laboratoire lui-même afin que je ne puisse pas mettre la main sur lui, poursuivit Higgs en se relevant. Une idée brillante !
- Je n’ai rien fait
, répondit précipitamment Millstein. Rien du tout.
- Allons, ne soyez pas si modeste. Contemplez donc votre œuvre !
dit Higgs en montrant l’écran de télévision. L’Ile Neuve, mystérieusement ravagée en l’espace de quelques minutes ! Vingt-trois victimes humaines, aucun bâtiment encore debout !
- Je … Je ne voulais pas …
- Ho, allons, ne soyez pas si modeste,
répliqua le Directeur de la Sylphe. Car si Mewtwo est sorti de sa torpeur, c’est bien grâce à vous, Professeur Millstein ! Vous qui avez tenté de le tuer à plus de quinze reprises, si je ne me trompe pas, lui avez finalement permis de sortir de sa cuve. Et finalement, c’est le Dr Fuji, les Professeurs Arber et Gabor, tous vos collègues, qui sont morts.
- Tous ?
répéta Millstein en laissant son corps tomber contre le mur derrière lui, le visage déformé par l’effroi, glissant peu à peu pour se retrouver assis. Ce n’était pas censé se passer comme ça …
- Mais au contraire, mon très cher Professeur Millstein !
lança Higgs en s’avançant de quelques pas vers lui. Tout avait été calculé depuis bien longtemps pour en arriver à ces mêmes événements !

Le Professeur Millstein releva la tête pour observer son interlocuteur. Higgs se tenait debout juste devant lui, le bras le long du corps. Le Directeur de la Sylphe semblait se délecter de l’expression de détresse du jeune professeur qui ne s’était jamais senti aussi mal à l’aise. Le son de l’écran de télévision ne lui parvenait plus jusqu’aux oreilles et il avait l’impression d’avoir perdu toutes ses forces, incapable de se relever ou de faire quoique ce soit, comme si la pression terrestre l’avait immobilisé dans cette position.

- Qu’est-ce que vous voulez dire ? finit-il par demander, non sans effort.
- C’est simple, dit Higgs. J’avais besoin que cela se passe ainsi pour que Mewtwo développe tout son potentiel. Il fallait qu’il rentre dans une telle rage à la naissance, et détruise tout sur son passage pour s’échapper de son Enfer.
- Mais il s’est enfuit !
s’écria Millstein en laissant échapper un petit rire nerveux. Vous ne l’aurez pas…
- Au contraire, mon très cher Professeur Millstein,
l’interrompit Higgs en élargissant son sourire. C’est un de mes subordonnés qui l’a persuadé de le rejoindre, simplement par la parole et en lui promettant des choses. Des choses que Mewtwo avait besoin d’entendre après tout ce qu’il avait subi par votre faute.
- C’est impossible
, s’écria Millstein. Vous n’allez pas me dire que vous aviez anticipé à ce point comment les choses allaient se dérouler !?
- Et pourquoi pas ?
demanda Higgs en écartant les bras. Je savais qu’Aldebert voudrait en savoir plus à propos de l’Ile Neuve et contacterait l’un de ses amis, vous en l’occurrence, pour en savoir plus. Je savais qu’il s’indignerait face à mes expériences et souhaiterait y mettre un terme. Et c’est bien sur tout cela que je comptais.
- Vous mentez !
cracha Millstein, qui sentait les larmes perler à ses yeux. Vous ne pouviez pas savoir qu’il allait tout découvrir !
- Vous sous-entendez que je connais mal mon ami ?
ricana Higgs en haussant les épaules. Je le connais très bien, et je connais aussi les liens qu’il a avec le mari de Dorothéa. La suppression d’un dossier ne pouvait qu’attirer sa curiosité et susciter l’imagination de ce dernier.

Millstein regardait Higgs, bouche bée, sans qu’aucun son n’en sorte, avec beaucoup d’appréhension. Si cet homme lui disait tout cela, c’était surement parce qu’il ne comptait pas le garder en vie très longtemps. Il détourna un peu le regard, à la recherche d’un objet qui pourrait faire office d’arme, mais il n’y avait rien de ce genre à proximité.

- Vous ne vous en tirerez pas comme ça, lança Millstein. Vous avez peut-être gagné une bataille, mais il y a sur Terre bien d’autres Pions capables de faire tomber le Roi par leurs actions…
- Cette expression n’est pas de vous
, déclara Higgs avec un sourire. Oui, Aldebert, vraiment, c’est contre lui que se déroule cette partie d’Echec… Mais allez savoir si vous étiez son Pion ou bien le mien ?

A ces mots, de grosses mains grises sortirent du mur contre lequel était adossé Millstein et plaquèrent violemment son visage dessus. Il ne pouvait plus respirer et se débattait contre l’étreinte du Teraclope d’Higgs tandis que celui-ci le regardait mourir à petit feu, toujours en souriant. Enfin, lorsqu’Arthur Millstein eut fini de se débattre, mort, il se détourna du corps et attrapa son Pokématos. Il devait contacter Giovanni pour lui donner la suite de la marche à suivre.

Posté à 09h38 le 07/02/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...

L’an 14 après Dieu, l’année de la Trahison



D'après Albert Einstein :
Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité.


Février



L’île Neuve avait été rebaptisée ainsi par les pêcheurs de Cramois’ile depuis que de grands bâtiments de recherche y avaient été installés. Autrefois simple caillou au milieu de l’océan sur lequel les dresseurs faisaient parfois escale avant de visiter l’Ile Ecume, l’ile avait regagné bien des couleurs. En quelques années, la végétation s’y était installée pour le plus grand bonheur de Pokémon Insecte migrateurs tels que les Papilusion. Un grand complexe y avait été construit à une vitesse surréaliste et contrastait dans l’immensité déserte de l’océan. L’endroit était entretenu par toute une équipe de scientifiques de différentes origines. Cependant, l’ile était aussi devenue un terrain privé, sur lequel il était désormais interdit d’accoster sans permission, sous peine d’être mis dehors par la force de quelques agents de sécurité.

Ce jour-là, les Professeur Millstein, Gabor et Arber inspectaient le développement de trois petites formes dans de grandes cuves. Dans un étrange liquide verdâtre, Bulbizarre, Salamèche et Carapuce se développaient comme leurs prévisions l’avaient annoncée, du moins pour le moment. Sur les écrans, plusieurs graphiques évoluaient en temps réel. Pour des non-initiés, il aurait été impossible d’en comprendre quoique ce soit. Cependant, Arthur Millstein s’était depuis longtemps familiarisé avec ces dispositifs. Cela faisait déjà un an que le Professeur Fuji lui-même l’avait invité à rejoindre son équipe pour dépasser les limites de la science moderne.

Arthur Millstein vouait un véritable culte au Professeur Fuji. Celui-ci était l’un des hommes de sciences les plus respectés du monde pour ses travaux révolutionnaires en Biologie. Il était le directeur du centre de Recherche de l’Ile Neuve et dirigeait d’une main de maître son équipe. Il y avait d’autres pointures de la science parmi eux et Millstein, du haut de ses 28 ans, faisait figure de jeunot.

Alors qu’il prenait des notes sur le rythme cardiaque de Carapuce, Emilie Arber lui donna un petit coup de coude, lui faisant faire une large rature avec son stylo. Il leva les yeux en l’air et adressa ensuite un regard à la fois courroucé et interrogateur à sa collègue. Celle-ci, d’un léger mouvement de tête, lui indiqua la présence d’un des gardes de sécurité et d’un autre homme en costume noir que Millstein reconnut immédiatement en la personne du Professeur Higgs.

Ce n’était pas la première fois qu’un scientifique extérieur au Projet venait jeter un coup d’œil au complexe, mais jamais sans avoir été invité au préalable. Arthur avait ainsi déjà rencontré le vieux Professeur Schrödinger, qui enchaînait les conférences scientifiques depuis sa retraite. Le Dr Auguste, qui était un grand ami du Dr Fuji, passait aussi une à deux fois par mois et était bien connu des autres membres du Personnel, surtout ses plaisanteries, qu’il recyclait hélas trop souvent.

Mais le Professeur Higgs, c’était un autre niveau. L’homme était encore plus connu que le Dr Fuji, de par son incroyable invention de soin Pokémon et les Centres qu’il avait généreusement offert à la disposition de l‘humanité. Aux yeux de presque tous, le Professeur Higgs était l’homme le plus brillant et le plus généreux de la Planète. Lorsqu’il passa devant eux, Arthur Millstein se sentit quelque peu mal à l’aise, malgré le fait que le visiteur ne leur adressa pas même un regard. Il traversa la pièce aux côtés du responsable de la sécurité sans éprouver la moindre curiosité, sans jeter un seul coup d’œil aux écrans ou aux cuves où, pourtant, selon Millstein, se déroulait l’une des expériences les plus sensationnelles de ce siècle. Il sortit de la pièce, tel un fantôme, laissant derrière lui trois scientifiques partagés entre l’excitation et ce sentiment de malaise.

- Vous pensez qu’il vient pour discuter avec Fuji ? demanda Gabor, le scientifique bedonnant attitré à Salamèche.
- Avec qui d’autres ? répondit Arber avec un petit rire. Ce n’est pas de menu fretin comme nous qui intéresse le fameux Professeur Higgs !
- Tu as surement raison, mais lorsqu’il saura ce qu’on fait ici, on risque de le voir revenir sur ses pas en courant pour voir ça de ses propres yeux ! Qu’est-ce que tu en penses, Millstein ?
- J’en pense que c’est l’heure de ma pause !
répondit celui-ci en déposant son bloc note. Je vais me chercher à manger.
- Ouais, c’est ça
, lança la femme en levant les yeux. Tu lui demanderas un autographe pour moi aussi ?

________________________________________


- Monsieur Higgs ! s’exclama le Professeur Fuji en se levant de son bureau. Très heureux de vous revoir !
- Un sentiment partagé, mon très cher Dr Fuji
, répliqua l’invité en se dirigeant vers lui.

Les deux hommes se serrèrent fermement la main. Le Dr Fuji était un homme qui approchait doucement de la cinquantaine. Il avait de petites lunettes, ainsi qu’une grande touffe de cheveux dressée en une mèche qui défiait les Lois de la Gravité, mais qui lui permettait aussi de n’être que rarement dérangé par la lumière du Soleil. Plusieurs cernes ornaient son visage, signe que ses nuits étaient fort courtes. Il semblait néanmoins enthousiaste et proposa à son collègue de s’asseoir avant d’ouvrir un tiroir dont il tira une bouteille de vin déjà entamée ainsi qu’un verre malheureusement inadapté pour ce genre de boisson. Sans lui demander son avis, il versa le contenu dans le récipient avant de le tendre au Professeur Higgs qui le remercia. Ce dernier s’assit tandis que le Dr Fuji vidait la bouteille dans sa propre tasse, sur laquelle des macaronis avaient été collés. Il rejoignit ensuite son hôte à son bureau, sur lequel il n’y avait rien de plus qu’un bic, une petite pile de dossier et un ordinateur portable.

- A la vôtre, professeur ! déclara le Dr Fuji. Comment allez-vous ?
- Aucun problème. Vous par contre, vous me semblez bien fatigué. Comment vont Johanna et Amber ?
- Ho Johanna m’a quitté peu après notre dernière rencontre, je ne la vois plus. Amber par contre va très bien ! Mais trêve de blabla, que me vaut votre visite directement sur place ?
demanda le vieux docteur après avoir bu une gorgée. J’avais l’habitude de la correspondance depuis trois ans et je reconnais que votre visite me surprend énormément ! Vous voulez faire une inspection peut-être ?
- Ho, je ne doute pas des rapports que vous m’envoyez
, répondit le visiteur d’un ton rassurant. Mais j’ai mis pas mal d’argent dans ces expériences et ma curiosité m’a quelque peu poussé à venir sur place pour voir de mes propres yeux ce qu’il en était.
- Evidemment, nous ne serions pas des scientifiques si nous n’étions pas victime de notre curiosité !
plaisanta le Dr Fuji. Vous avez déjà surement pu voir les Clones des Pokémon en venant jusqu’ic…
- Ce n’est pas de ces petites expériences que je parle
, l’interrompit le Professeur Higgs en souriant. De plus, les concernant, j’ai déjà assez d’informations via vos rapports, ce qui n’est pas le cas de ce qui me préoccupe en ce moment.

S’en suivit un silence seulement interrompu par le tic-tac d’une vieille horloge. Après de longues secondes, le Dr Fuji déglutit et baissa la tête, tout en se frottant la bouche avec la main droite. Il regarda sa tasse macaroni, avala une gorgée et la redéposa avec vigueur sur son bureau avant de reprendre.

- Vous conviendrez avec moi, Professeur Higgs, qu’il s’agit là d’un sujet très sensible, plus encore que le « simple » clonage de Pokémon. Je ne voulais pas prendre le risque que les données ne fuitent…
- Et vous avez surement bien fait
, approuva son interlocuteur en élargissant son sourire. Mais je veux tout de même connaitre la situation actuelle.
- J’ai analysé moi-même le cil fossilisé que vous nous avez procuré,
commença le Dr Fuji en soupirant. A priori, il s’agit bien du Pokémon Mew, ou d’une race cousine de celui-ci. J’ai pratiqué moi-même le protocole, en l’adaptant quelque peu. L’expérience est en cours.
- L’embryon est-il viable selon vous ?
demanda Higgs après avoir bu une gorgée de vin.
- Oui, confirma Fuji. Mes différentes analyses semblent aller dans ce sens.
- A quel stade de développement est-il ?
- Encore au tout début, seulement. Il n’est pas plus grand qu’une Baie Oran en ce moment.
- Je suppose donc qu’il est encore possible d’appliquer quelques … modifications ?
- Comment cela ?
s’étonna le Dr Fuji.
- Je me suis penché sur le sujet et j’aimerai que vous y apportiez quelques paramètres nouveaux. Toutes mes consignes se trouvent sur cette petite Clé USB que voilà, précisa-t-il en la montrant.

Le Dr Fuji prit la clé en clignant des yeux. Il resta ensuite immobile un court instant avant de se ressaisir. Il l’installa ensuite directement sur son propre ordinateur et étouffa une exclamation de surprise lorsqu’il vit les premières pages s’afficher.

- Professeur Higgs… balbutia-t-il. Malgré tout le respect que je vous dois… Pourquoi voulez-vous …
- Ce sont des raisons qui ne regardent que moi, Dr Fuji. Mais avec de telles prouesses, si l’expérience est un succès, vous inscrirez votre nom dans les livres d’Histoire. Qu’en dites-vous ?
- Je suppose que je n’ai pas vraiment le choix de toute façon…
grommela le Dr Fuji. C’est vous qui nous financez après tout. Mais elle risque de ne plus trop ressemblez à l’original…
- Nous n’aurons qu’à la nommer différemment alors
, répondit Higgs. Mew Two, par exemple ?
- Mewtwo ?
répéta lentement le scientifique. Ça ne sonne pas trop mal, c’est vrai.
- Hé bien voilà
, sourit le professeur Higgs en terminant son verre. Va pour Mewtwo ! Ha, une dernière chose, Dr Fuji, j’ai failli oublier…
- Oui ?


Le Professeur Higgs se rapprocha et posa les coudes sur le bureau du Dr Fuji tout en croisant les doigts. Son regard perçant donna soudainement à son hôte l’impression d’être transpercé de toute part par une lance invisible. Le vieux scientifique avait aussi la désagréable sensation que la pression terrestre s’était subitement accentuée. A cet instant précis, il aurait été incapable de faire le moindre mouvement. C’était comme si le Professeur Higgs et lui-même s’était retrouvés seuls dans une autre dimension, en tête à tête. Même le bruit de l’horloge ne parvenait plus à ses oreilles. Seules les terribles paroles de son interlocuteur purent briser ce silence insoutenable.

- Pourquoi m’avoir dit qu’Amber allait bien alors que, d’après Johanna, cela fait déjà 10 ans que votre fille a été emportée par la fièvre ?

La main du Dr Fuji serra sa tasse au point de faire craquer ses doigts fatigués. Il baissa le regard, la mine assombrie par la déclaration du Professeur Higgs. De sa main gauche tremblante, il retira ses lunettes et les déposa sur le bureau. Une unique larme tomba avant qu’il ne relève la tête, le visage déformé par la douleur et la résignation.

- Alors vous êtes au courant ? demanda-t-il d’une voix plus rauque. C’est pour elle que vous êtes venu.
- Disons que les doutes sont nés à partir du moment où j’ai interrogé Johanna
, précisa Higgs en se redressant un peu. J’avais déjà remarqué quelques anomalies dans les comptes du Complexe. Et puis il y a votre fatigue. Chacun de vos associés est attribué à une expérience de clonage et, même si elles sont de moindre importance que Mewtwo, ils devraient débourser autant d’énergie que vous, sinon plus car vous êtes déjà expérimenté. Cependant, s’il y avait une seconde expérience qui nécessitait votre attention, alors vos cernes s’expliqueraient.
- Vous êtes perspicace
, murmura le Dr Fuji dans un rire nerveux. Je suppose que je ne pouvais pas passer éternellement inaperçu…
- Pas avec moi
, confirma le Professeur Higgs.
- Je suppose que vous allez me renvoyer d’ici ? poursuivi le Dr Fuji en remettant ses lunettes sur ses yeux rougit. Vous allez me trainez dans la boue ? Ou bien peut-être me faire disparaitre ?
- Mon très cher Dr Fuji, vous vous méprenez complètement
, dit le Professeur Higgs en souriant. Au contraire, je veux être au courant de toutes vos avancées, qu’il s’agisse de notre expérience commune ou de votre expérience personnelle.
- Quoi ?
s’exclama le Dr Fuji, le visage décontenancé. Mais j… J’ai profité de votre confiance et de votre argent, j’ai violé toute éthique, je…
- Vous avez fait preuve de curiosité
, ajouta le professeur Higgs. Et que serions-nous, humbles scientifiques, si nous n’étions pas victimes de notre propre curiosité ?

Le professeur Higgs s’était levé de sa chaise et s’était approché du tiroir d’où le Dr Fuji avait sorti une bouteille à son arrivée. Ce dernier était toujours assis, bouche bée. Il n’arrivait pas prononcer le moindre mot, tant il n’en revenait pas. Loin de l’empêcher de continuer sa seule chance de sauver Amber, son patron l’encourageait même dans cette voie. Il le regarda déboucher une de ses dernières bouteilles puis remplir sa tasse macaroni sans un mot.

- Vous comprendrez néanmoins que, pour mes propres intérêts, je ne veux pas que vous soyez surmené, poursuivit Higgs en remplissant ensuite son propre verre. Vous allez demander à vos quelques collègues de vous aider, que ce soit pour Mewtwo ou pour Amber. Certes, nous prenons des risques de voir des informations fuiter, mais personne ne pourra nous reprocher de faire avancer la science, que dis-je, l’humanité ! Et pour cela, je vais tripler votre budget et vous mettre à disposition ma ligne de communication privée et sécurisée.
- Merci, professeur Higgs
, hoqueta le Dr Fuji. Je ne sais pas comment je peux vous remercier…
- Hé bien, faites vivre Amber et Mewtwo !
déclara le patron de la Sylphe. Buvons à notre collaboration et à l’Avenir de l’Humanité !

Il entrechoqua son verre contre la tasse macaroni et avala d’une traite son contenu, suivi de peu par le Dr Fuji. De l’autre côté de la porte, le Professeur Millstein, qui avait presque tout entendu, n’osait toujours pas bouger.

_______________________________________________


Avril



Arthur Millstein était exténué. Il venait de descendre d’un bateau qui l’avait ramené à Carmin sur Mer pour profiter de ses premières vacances depuis près de trois ans. Il avait dû demander sa permission plusieurs semaines auparavant, afin que l’Ile Neuve s’organise pour combler son absence. Depuis qu’ils travaillaient tous les trois sur le Projet Mewtwo et surveillaient la fille du Dr Fuji, les scientifiques de son équipe n’avaient plus beaucoup de temps pour eux tant ils étaient submergés de travail.

Trainant sa valise, le jeune Professeur se dirigeait vers le 18, Rue du Piafabec, une maison dont il avait héritée à la mort de ses parents. Il n’y était plus revenu depuis qu’il avait été embauché sur l’île Neuve et s’attendait à devoir faire un sacré ménage pour son premier jour de congé. Pourtant, qu’elle ne fut pas sa surprise quand il vit que les haies qui bordaient sa maison étaient taillées un peu maladroitement et que le jardin semblait entretenu. Ne réfléchissant pas plus loin, il mit cela sur le compte d’un voisin bienveillant. Arrivé devant sa porte d’entrée, il partit à la recherche de ses clés dans ses poches lorsque, subitement, celle-ci s’ouvrit sur un homme qui devait avoir environ 35 ans que Millstein reconnut de suite.

- Professeur Caul ? s’exclama-t-il. Mais … qu’est-ce que vous faites chez moi ?
- Ha, Arthur !
répliqua joyeusement le professeur en lui faisant signe. On ne vous attendait plus ! Venez, rentrez !

Décontenancé d’être invité dans sa propre maison, Millstein resta un instant interdit avant de saisir sa valise et de suivre Aldebert à l’intérieur. Il constata que l’habitation semblait avoir subi un bon nettoyage récemment car, malgré son absence, il n’y avait nulle trace de poussière. Il déposa sa valise dans le couloir et suivit son ami dans le salon, à la table duquel un adolescent était en train d’écrire quelque chose, plongé dans un manuel scolaire.

- Bonjour Isaac, dit Millstein en s’approchant de lui. Du travail pour l’école ?
- Un devoir de physique
, confirma celui-ci sans lever les yeux de son livre. Je suis censé l’avoir rendu hier, mais j’ai eu quelques contretemps.
- Alors, Arthur, vous prendrez certainement un petit rafraichissement ?
proposa gaiement Aldebert. J’ai racheté du Soda et de la glace, leur mélange est juste parfait !
- Volon… attendez, Professeur, vous pourriez d’abord m’expliquer ce que vous faites chez moi ?
- Pas de chichi, Arthur, appelez-moi Aldebert !
répondit celui-ci en se dirigeant vers la cuisine, suivi par son interlocuteur. Lors de notre dernière rencontre, vous m’aviez proposé de venir quelques jours chez vous si je passais à Carmin-Sur-Mer, vous n’avez pas oublié, je suppose ?
- Notre dernière rencontre remonte à 5 ans, professeur, bien sûr que j’avais oublié !
s’exclama Millstein avec une pointe d’agacement dans la voix. Et puis, habituellement, quand on invite quelqu’un, on s’attend à le recevoir pendant qu’on est là, et non pas quand on est absent.
- Dois-je en conclure que nous ne sommes pas les bienvenus ?
demanda Aldebert Caul en se tournant subitement vers lui, le visage défait.
- Non je…
- Alors tout va bien !
l’interrompit Caul en retrouvant son sourire avant d’ouvrir le frigo.
- Mais dites-moi, vous êtes là depuis combien de temps ? demanda Millstein, en redoutant la réponse.
- Ho, quelques semaines, peut-être…, bredouilla-t-il en déposant une boule de glace dans trois verres.
- Depuis début décembre, intervint Isaac depuis le salon.
- Vous squattez chez moi depuis décembre ? s’exclama Millstein, indigné.
- Ce n’est pas squatter, puisque nous avons été invités ! précisa Caul en versant du soda dans chaque récipient et en y ajoutant une paille. Tenez, prenez ça, vous m’en direz des nouvelles ! Il n’y a rien de plus rafraîchissant !

Arthur Millstein attrapa le verre à contrecœur tandis que son invité indésiré allait donner un verre à son fils adoptif. Son énervement l’empêchait de savourer comme il le devait l’étrange mélange du Professeur Caul et il ne prit pas de suite la peine d’y goûter. Lui qui aurait souhaité passer des vacances reposantes voyait son programme mis en cause. Le seul avantage qu’il voyait à la situation était qu’il n’aurait pas à faire le ménage. Il regarda sa propre cuisine et constata que quelque chose était en train de cuire dans le four. C’est à ce moment qu’il prit conscience qu’il avait faim, n’ayant rien avalé pendant le voyage. Il jeta un regard vers son verre, partagé.

Lorsqu’Aldebert revint, il s’assit en face de lui, à la table de la cuisine et sirota un instant son Soda sur glace. Il ferma les yeux et prit une expression d’extase en aspirant à la paille. Millstein, sceptique, poussa un long soupir.

- Comment se passe votre travail, Arthur ? demanda enfin Aldebert, en laissant de côté son gobelet. Vous avez fait des découvertes intéressantes sur l’Île Neuve ?
- Comment savez-vous que je travaille là-bas ?
s’étonna Millstein. On s’est pas vu depuis qu’ils m’ont engagé.
- Dorothéa Crowfoot, la sous-directrice de la Sylphe Sarl, qui finance votre complexe, est une bonne amie à moi. C’est moi qui vous ai recommandé et elle a fait passer votre nom au Dr Fuji. Vous m’aviez fait forte impression lors de cette conférence sur le génome, vous savez.
- On peut dire que c’est réciproque
, commenta Millstein en se remémorant leur rencontre. Je ne savais pas que je vous devais ma place.
- Ho en m’offrant un toit pendant quelques jours, vous avez largement fait de quoi m’en remercier
, rit Aldebert. Buvez votre Soda avant que ça ne fonde complétement !

Quelques jours, c’était un euphémisme, pensa Millstein en attrapant son verre et en enfourchant la paille contre ses lèvres. En aspirant, il fut agréablement surpris d’apprécier le goût sucré et rafraichissant du breuvage. Il se sentait soudainement de meilleure humeur lorsqu’il déposa le verre, mais fit la grimace, car il avait un peu mal au crâne, à force d’avoir aspiré trop vite une grande quantité de glace.

- Ha, vous avez été trop gourmand, plaisanta Aldebert en voyant son visage. Mais je vous comprends, ça m’arrive encore parfois, et pourtant je ne suis pas à mon coup d’essai.
- Ça va aller
, répondit Millstein un œil fermé et serrant les poings. Je dois avouer que ce n’est pas mauvais, votre truc.
- Vous m’en voyez ravis !
répondit Aldebert en se laissant aller sur le long de sa chaise. Alors, Arthur, qu’est-ce que vous faites de beau, ces derniers temps ?
- Je ne peux pas dire grand-chose
, répondit Millstein en récupérant les traits normaux de son visage. Nous avons signé un contrat de confidentialité très strict et je m’en voudrais de laisser passer des informations qui ne peuvent pas fuiter.
- Je m’en doutais un peu
, dit Aldebert en hochant légèrement la tête. Voyez-vous, depuis quelques mois, Dorothéa elle-même n’a plus accès aux informations sur l’ile Neuve, et ce malgré son statut de Sous-Directrice ! Ce qui veut dire que vous, votre équipe et le Professeur Higgs, êtes les seuls à savoir ce qui se trame là-bas.
- Je n’en suis surpris qu’à moitié à vrai dire
, confirma Arthur Millstein en regardant son verre de Soda. Nos expériences actuelles sont, disons, surprenantes.
- Oui, et c’est bien pour cette raison que le mari de Dorothéa s’est connecté sur le compte de sa femme pour en apprendre plus sur l’île Neuve, à la base
, plaisanta Aldebert. Voyez-vous, Stephen est un écrivain très curieux et il avait commencé une histoire sur des Pokémon clonés en découvrant la première fois le Dossier sur votre complexe scientifique.

Arthur, qui venait de reprendre un peu de Soda, faillit s’étouffer avec sa paille. Il toussa quatre fois avant de se ressaisir.

- Il a lu les dossiers de l’île Neuve sans permission ? s’indigna-t-il.
- Ho ne vous inquiétez pas, le rassura Aldebert. Stephen aime beaucoup sa femme et ne prendrait pas le risque de faire circuler des informations qui pourraient nuire à la Sylphe. Je pense qu’il a deux ou trois ouvrages en attente qu’il ne peut pas publier tant que des infos sont top secrètes. Il n’en a parlé qu’à moi, je crois. Toujours est-il que, quand il n’a plus eu accès au dossier, il a trouvé ça très louche. Et je dois avouer que moi aussi.

S’en suivit un silence gêné. Le professeur Caul fixait Millstein avec intérêt, attendant que celui-ci ne prenne la parole. Mais il ressemblait plus à un enfant gêné qui venait d’être pris sur le fait après avoir fait une bêtise. Il reprit une gorgée de Soda qu’il avala rapidement, dans l’espoir de créer une nouvelle diversion en provoquant un petit mal de crâne, mais rien ne vint. Finalement, il soupira.

- Je suppose que si je vous dis ce qu’il s’y passe, vous resterez muet et n’en direz rien à votre ami écrivain ?
- Comme une tombe !
promis Caul en levant la main droite.
- Très bien… attendez-moi ici.

Arthur Millstein se leva et s’absenta quelques minutes tout au plus, le temps d’ouvrir sa valise et d’en sortir son ordinateur personnel. Il le mit sur la table et l’alluma. Il pianota quelques instants au clavier puis tourna l’écran vers Aldebert, qui venait de terminer son Soda. Celui-ci resta silencieux tout en décryptant la tonne d’informations qui s’offraient à lui tandis que Millstein observait ses réactions avec appréhension. Le Professeur Caul pris tour à tour différentes expressions, passant par l’excitation, l’indignation, l’étonnement et ce que Millstein aurait décrit comme de l’effroi. Enfin, après 20 minutes de lecture silencieuse, il se leva et se servit un deuxième verre de Soda sur Glace.

- C’est pire que ce que je croyais, maugréa-t-il en vidant la bouteille dans son verre.
- Comment ça, pire ? demanda Millstein. Vous vous attendiez à quelque chose en particulier ?
- Si Higgs cache quoique ce soit à sa propre amie et sous-directrice, c’est que c’est quelque chose de très gros, je le savais, mais à ce point… En fait, je n’en reviens pas qu’il manque d’éthique et de morale à ce point…
- Qu’est-ce que vous voulez dire ?
demanda Millstein en haussant les sourcils.
- Arthur, vous avez fabriqué un clone humain ! s’exclama Aldebert. C’est contre toute éthique !
- La fille du professeur Fuji est morte de maladie, très jeune
, dit Millstein comme pour se justifier. Je sais que…
- Le souci n’est pas dans l’acte ou son but, mais dans ses conséquences
, l’interrompit vivement Aldebert. Vous vous rendez compte de ce que pourrait faire quelqu’un capable de créer des clones humains ? Déjà des clones de Pokémon, j’étais fort sceptique mais là, ça dépasse les bornes !

Arthur Millstein déglutit, mal à l’aise. Car ce que le Professeur Caul lui disait, lui-même l’avait pensé tout un temps. Mais à force de travailler avec le Dr Fuji, de le voir s’extasier devant le corps grandissant de la nouvelle Amber et de le voir prier avant chaque test de ses fonctions cérébrales grandissantes, il en était venu à accepter le Projet. Par empathie pour le Dr Fuji.

- Le professeur Higgs a approuvé le Projet… Vous savez comme moi qu’il s’agit d’un des hommes les plus brillants et généreux de ce monde…
- Généreux ?
ricana Caul en se rasseyant en face de lui. Laissez-moi rire… Je connais Higgs mieux que personne et assez bien pour savoir qu’il a quelque chose derrière la tête…
- Vous pensez qu’il… qu’il prépare quelque chose ?
- Ho, très certainement, mais quoi ? Impossible à dire… Il a toujours eu une dizaine de coups d’avance aux Echec…
- Et pour ce qui est du Projet Mewtwo ?
demanda Millstein. Il est aussi inquiétant selon vous ?
- En vue de ce que j’ai lu, un peu, oui… Le Pokémon le plus puissant du monde, voilà ce que vous êtes en train d’essayer de créer… Ce n’est pas rien non plus…


Le professeur aspira une grande quantité de soda glacé et ferma les yeux en sentant son cerveau se refroidir. Il fit une petite grimace puis récupéra son sourire.

- Vous vous rendez compte évidemment que ces deux Projets Top secret sont terriblement dangereux… pas vrai ?
- Je … oui, bien sûr, mais…
- Mais vous n’êtes qu’un simple employé dans l’équipe, un simple instrument…,
compléta Caul avec une expression grave. Vous n’êtes qu’un pion sur l’échiquier de Higgs. Mais même un Pion peut avoir sa part de Responsabilité dans la chute du Roi… Souvenez-vous en… Bon, il est presque l’heure de manger, suivez-moi au salon, nous allons nous régaler !

Millstein regarda Caul, surpris. Il avait récupéré sa bonne humeur, comme s’il n’avait jamais rien su des travaux sur lequel il travaillait, et avait ouvert le four pour en sortir un plat de lasagne un peu trop cuit. Arthur le suivit jusqu’à sa salle à manger, où la table avait été dressée pour trois convives. Aldebert appela Isaac à venir et commença à remplir les assiettes.

- C’est gentil d’avoir mis la table, Isaac, commenta Millstein en commençant à dévorer à pleine dent son plat de lasagne.
- Ha non, c’est le jour d’Aldebert, il l’a mise ce matin, répondit celui-ci. Je n’y suis pour rien.
- Ce matin ?
s’étonna Millstein. Mais alors vous saviez que j’allais venir aujourd’hui ?
- Pas du tout
, pourquoi ? répondit Aldebert, surpris, en répandant du gruyère sur son assiette.
- Si vous faites allusion à la troisième assiette, chuchota Isaac juste assez fort pour n’être entendu que par Millstein, Aldebert en met toujours trois…
- Pourquoi ?
demanda Millstein tout aussi bas.
- Je n’en ai aucune idée. Peut-être que quelqu’un lui manque ?

Millstein regarda Aldebert s’empiffrer de lasagne. Qui pouvait bien manquer à ce point au Professeur Caul ? A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose ? Mais ses paroles le perturbaient d’autant plus. Il avait peut-être raison quand il disait que les expériences de l’Ile Neuve pouvaient se révéler dangereuses…
Il avait raison aussi concernant ses responsabilités.

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Juin



Le professeur Gabor était seul dans la grande salle de laboratoire. La pièce était très mal éclairée par quelques vieux néons dont certains avaient déjà rendu l’âme. Cependant, il y avait aussi plusieurs écrans d’ordinateur, parfaitement visibles malgré la semi-obscurité. Ceux-ci affichaient d’innombrables données qu’un profane aurait bien du mal à comprendre. Au centre du laboratoire, d’étranges masses recroquevillées sur elles même baignaient dans un liquide verdâtre, enfermées dans cinq grandes cuves. Trois d’entre-elles étaient parfaitement reconnaissables. Il s’agissait d’un Bulbizarre, d’un Carapuce et d’un Salamèche. Ces Pokémon artificiels avaient bien grandi depuis février et entraient dans la phase finale de leur développement, au terme duquel ils pourraient enfin sortir de leur cuve afin que l’on puisse tester leur viabilité. Dans une autre cuve, bien plus grande, une autre créature dormait paisiblement, dans la même position fœtale. Le Projet Mewtwo était difficile à décrire, car il semblait correspondre aux rares descriptions de Mew, tout en présentant quelques caractéristiques différentes, plus particulièrement pour sa taille. Enfin, dans la dernière cuve, la petite Amber semblait sourire en dormant. Elle avait le corps d’un enfant de cinq ans et ses cheveux auraient dû lui arriver aux épaules s’ils n’ondulaient pas de manière presque hypnotique dans le liquide.

D’habitude, ils étaient toujours au moins deux scientifiques à veiller sur les expériences, mais le Dr Fuji avait dû s’absenter un instant le temps de passer des coups de fil importants tandis que Millstein et Arber prenaient leur pause déjeuner. L’estomac du scientifique protestait d’ailleurs contre cette injustice, car il était vide depuis la veille. En cet instant, Gabor aurait vraiment donné n’importe quoi contre un sandwich au bacon et il avait hâte que ses deux collègues viennent le relayer pour qu’il puisse enfin assouvir son appétit. Il pestait contre le Dr Fuji qui leur avait interdit de manger quoique ce soit dans le laboratoire afin d’éviter toute contamination. Il n’y avait que le Dr qui était autorisé à boire, dans sa vieille tasse macaroni posée près de l’ordinateur d’Amber. Comme si un peu de mayonnaise avait déjà tué quelqu’un…

Soudain, une petite lumière rouge s’alluma tout en produisant un son à la fois agaçant et répétitif. La surprise fit sursauter le Professeur Gabor qui chercha quelques secondes l’origine du bruit. Son visage pâlit en constatant que c’était de l’écran dédié à l’expérience Carapuce qu’il venait. Il s’approcha en trottinant et faillit tomber à la renverse en décryptant la situation. Les fonctions vitales de Carapuce commençaient à s’accélérer. Vite. Beaucoup trop vite.

Epouvanté, Gabor se mit à courir vers une armoire du laboratoire, dont la porte était fermée à clé. Il s’excita un instant sur le verrou avant de sortir son porte-clés. Malheureusement pour lui, il ne savait pas quelle clé était la bonne. Il en essaya deux, sans succès, et poussa un juron. Le bruit se faisait de plus en plus alarmant. Pressé par la situation, il s’éloigna de l’armoire et appuya sur un bouton marqué « Urgence ». Il sentit aussitôt son propre Talkie-Walkie s’agiter dans la poche de sa veste, mais n’y prêta pas attention et se remit à la recherche de cette fichue clé.

Il parvenait enfin à ouvrir l’armoire quand le Professeur Fuji débarqua, l’air paniqué. Il resta un instant dans l’encadrement de la porte, son regard passant de l’ordinateur de Carapuce au Professeur Gabor qui injectait le contenu d’une fiole dans une seringue, en passant par les cinq cuves expérimentales. Puis il sembla retrouver son calme et s’approcha de l’écran pour mieux s’informer.

- C’est une solution de toxine de Tentacruel que vous avez pris, Gabor ? demanda-t-il sans quitter l’écran des yeux.
- Oui, monsieur ! répondit-il. J’aurais déjà pu la lui injecter mais cette saleté d’armoire était fermée.
- Cessez d’essayer de vous expliquer
, l’interrompit Fuji en se mordant les lèvres. Dépêchez-vous !
- Oui oui !


Il enfonça l’aiguille de sa seringue dans une sorte de poche remplie de sang qui était reliée par un tuyau au Pokémon Tortue. Le Dr Fuji, quant à lui, pianotait à l’écran afin de modifier quelques paramètres de la machines d’incubation pour que le sang circule plus rapidement dans le corps de Carapuce.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda le professeur Millstein qui venait d’arriver, Emilie Arber sur les talons. Pourquoi est-ce qu’on nous a appelés ?
- Carapuce était en train de mourir
, lança Gabor en surveillant le cathéter.
- Quoi ? s’exclama Millstein. Mais …

Subitement, un nouveau bruit alarmant se fit entendre. Cette fois-ci, il provenait de l’ordinateur d’Emilie Arber, qui était relié à Bulbizarre. La scientifique poussa son collègue pour voir de ses propres yeux ce qu’il se passait.

- Son rythme cardiaque s’accélère trop vite ! s’écria-t-elle avec effroi. S’il continue à ce rythme, c’est la mort assurée !
- C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Carapuce
, lança Gabor, l’air interdit. Il doit rester du poison de Tentacruel, dépêche-toi d’en prendre pendant que Millstein stabilise la cuve !
- Inutile
, répondit Fuji, l’air irrité. Cela ne sert à rien… le cœur de Carapuce continue de battre plus fort que raison.
- Mais je lui ai injecté la Toxine !
s’écria Gabor. Il est censé se calmer !
- Et bien, venez donc voir par vous-même !
répliqua le Dr avec méchanceté. Ça n’avance à r…

Il s’interrompit. Un troisième bruit venait de s’ajouter. Le voyant rouge clignotait sur l’ordinateur relié à Salamèche et Gabor poussa de nouveaux jurons en s’en approchant.

- Bordel, mais lui aussi ! s’exclama-t-il, confirmant l’hypothèse des trois autres scientifiques. Mais qu’est-ce qui leur arrive !?
- Aucune idée, mais on va bientôt manquer de quoi les calmer
, constata Millstein, qui s’était rapproché de l’armoire.
- Rien à faire, moi je sauve Bulbizarre, s’écria Emilie Arber en lui arrachant des mains la dernière fiole de toxine avant de se diriger vers la cuve du Pokémon auquel elle avait été assignée.
- Donnez-moi tout de suite cette fiole ! s’énerva le Dr Fuji. C’est inutile de gâcher notre dernière dose si ça ne marche pas !
- On peut toujours essayer !
répondit-elle en essayant de passer à côté.

Le Dr Fuji dû lui attraper le bras pour qu’elle lui donne, non sans mauvaise humeur, la fiole de Toxine. Millstein, pendant ce temps, retournait l’armoire dans tous les sens à la recherche d’un quelconque produit pouvant les aider à ralentir le rythme cardiaque sans pour autant mettre les expériences en danger. Gabor, lui, s’acharnait, depuis son ordinateur, à stabiliser Salamèche. Sans succès…

Finalement, le premier bruitage d’alerte cessa, remplacé par un bruit long et sourd. Millstein en lâcha la fiole qu’il tenait en main à ce moment-là et resta quelques secondes sans bouger. Puis il accourut à l’écran de son ordinateur et constata le décès de son expérience.

- Carapuce est mort, dit-il, saisi d’effroi, en éteignant son ordinateur pour la première fois depuis plusieurs mois, faisant cesser le bruit. Crise cardiaque…

Soudainement, comme pour remplacer le signal sonore de Carapuce, une nouvelle alarme se mit à sonner, plus forte que les autres. Tous se figèrent. C’était Amber dont le cœur, comme celui des Pokémon, commençait à s’emballer.

Le Dr Fuji accourut à l’écran, repoussant violemment Emilie contre la cuve de Bulbizarre. Il fixa l’écran pendant quelques secondes, comme s’il ne pouvait pas croire ce qu’il avait devant les yeux. De colère, il tapa du poing sur la table, faisant basculer sa vieille tasse macaroni sur le côté qui roula, s’approchant dangereusement du bord. Il s’en détourna rapidement et, malgré ses propres affirmations, se mit à introduire de la toxine dans le cathéter de sa fille recréée. Pendant ce temps, Arber se relevait péniblement et se dirigeait vers son écran, l’air abattue. A peine s’était-elle mise aux commandes que son bruit cessa, remplacé par un autre, plus grave.

- Mort du sujet Bulbizarre, annonça-elle en séchant ses premières larmes. Son cœur a lâché, lui aussi…

Elle imita Millstein et débrancha son appareil afin qu’ils ne soient plus gênés par le bruit. Gabor était toujours à son ordinateur et pianotait à une vitesse alarmante pour tenter de trouver des paramètres qui viendraient en aide à son Pokémon. Mais rien de ce qu’il faisait ne semblait fonctionner. Arthur Millstein avait quitté son écran éteint pour aider le Dr Fuji, qui lui demanda de garder un œil au cathéter tandis que lui-même suivait l‘exemple de Gabor à la recherche d’une solution miracle.

Alors que Salamèche mourrait à son tour, sous les hurlements désespérés du professeur Gabor, Millstein ne put s’empêcher d’observer les Pokémon. On aurait dit que rien n’avait changé, qu’ils continuaient de dormir en attendant le jour où ils sortiraient enfin de là. Et pourtant, le cœur et leurs fonctions cérébrales ne réagissaient plus… La seule différence venait peut-être de Mewtwo et d’Amber. Millstein aurait juré qu’ils avaient des larmes qui perlaient aux yeux et que celles-ci remontaient à la surface, car elles étaient plus légères que le liquide dans lequel baignaient les clones. Se pouvaient-ils qu’ils comprennent ce qu’il se passait ?

Finalement, une dernière alarme s’alluma. Cette fois-ci, c’était Mewtwo. Millstein, Gabor et Arber se jetèrent tous les trois sur l’ordinateur du Pokémon. Ils s’excitèrent tous les trois et se disputèrent sur la marche à suivre pour au moins le sauver lui. Mais Le Dr Fuji, lui, était bien trop absorbé par ce qu’il faisait pour voir ce qu’il se passait autour de lui. C’était comme s’ils avaient toujours été seuls, lui et sa fille.

- Amber… Amber… répétait-il, des gouttes de sueur coulant de son front. Tient bon… Papa est là…

Enfin, il crut triompher en voyant la courbe cardiaque chuter à l’écran. Il se retourna en souriant pour fixer la cuve dans laquelle reposait sa fille. En se retournant, il provoqua un petit choc sur son bureau, qui fit tomber sa tasse Macaroni. Celle-ci se brisa en morceau au moment même où le bruit d’alarme fut remplacé par celui annonçant le décès de la jeune enfant clonée.

- Amber… dit le Dr Fuji en perdant subitement le sourire.

Il resta immobile, les bras pendant le long de son corps et le visage abattu. C’était comme si le monde s’était arrêté de tourner. Comme si lui-même était mort en cet instant. Plus rien d’autre ne comptait plus pour lui qui regardait le corps désormais sans vie qu’il avait conçu pour tenter de soigner son cœur meurtri. Mais c’était trop tard. Pour la seconde fois, sa fille lui était enlevée. Encore une fois tous ses efforts n’avaient servi à rien. Il était impuissant.

De leurs côtés, Arber et Gabor poussèrent un cri de victoire. Au moment même où Amber était morte, la courbe cardiaque de Mewtwo s’était affolée pour revenir soudainement à la normale. L’alarme avait cessé. Mewtwo était sauvé, au prix d’un sommeil plus profond.

Millstein, cependant, ne partageait pas leur soulagement quant à la survie de Mewtwo. Il partageait la peine de Gabor, Arber et, bien sûr, celle du Dr Fuji. Lui-même avait eu du mal à se résoudre à tuer Carapuce. Lui comme les autres clones…

Cela faisait plusieurs semaines que les paroles d’Aldebert Caul lui trottaient en tête. Il avait fini par se laisser convaincre par le scientifique, mais le plus dur était de se résoudre à être soi-même l’instrument qui effacerait les expériences contre-nature du Dr Fuji et du Professeur Higgs. Il savait que cela chagrinerait ses collègues qui, comme lui, s’étaient attachés au Pokémon qui leur avait été assigné. Et surtout il savait que ce serait un coup rude pour le Professeur Fuji. Mais il s’était finalement décidé à le faire et tout avait fonctionné comme sur des roulettes. Enfin presque… Car si Mewtwo avait survécu, son boulot n’était pas encore terminé… C’était sa responsabilité en tant que Pion dans la chute du Roi.

Posté à 09h49 le 31/01/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...

L’An 8 après Dieu, l’année de la morale



D'après Albert Einstein :
Le problème aujourd'hui n'est pas l'énergie atomique, mais le coeur des hommes.


Le Dr Barnabé Holley était en train d’examiner une phalange fossilisée quand quelqu’un frappa à sa porte. Il n’y prêta pas de suite attention, croyant qu’il s’agissait d’un tour de son imagination, car il n’attendait personne et qu’il n’avait plus eu de clients depuis déjà quelques années. Mais quand la personne derrière la porte insista, il se releva nonchalamment et se dirigea vers la porte d’entrée qu’il ouvrit avant de se figer sur place.
Un homme, âgé d’une trentaine d’année, avec une moustache parfaitement brossée, habillé d’un pull-over brun, le regardait en souriant et en lui tendant la main.

- Bonjour, Dr Holley, lança-t-il avec excitation. Je me présente, je suis …
- Le Professeur Caul
, l’interrompit Barnabé en se renfrognant. Je vous ai déjà aperçu plusieurs fois.
- Ho, vous pouvez m’appelez Aldebert !
répondit-il en tendant toujours la main.
- Et qu’est-ce que vous me voulez ? demanda Barnabé Holley d’un ton irrité, sans même daigner accorder un regard à la main du professeur.
- J’ai lu vos articles sur la Renaissance des Pokémon fossilisés et je voulais vous poser des questions sur votre fameux projet avec Devon Corporation pour tenter de…
- Fichez le camp !
l’interrompit Barnabé Holley avant de claper la porte avec violence, laissant un professeur passablement étonné sur le pas de sa porte.

Le Dr Barnabé Holley enrageait intérieurement en se redirigeant vers son bureau. Le Professeur Caul était arrivé à Argenta voici quatre ans pour superviser l’implantation d’un Centre Pokémon dans la ville. Il l’avait quitté l’année suivante et, à ce jour, tout Kanto disposait de ces fameux Centres et les autres Régions commençaient à s’en doter, petit à petit. Mais ces établissements de soin hors du commun avaient eu un impact tout-à-fait improbable sur des personnes telles que le Dr Holley. En effet, autrefois, la principale source de revenu de Barnabé et sa famille venait des soins qu’il prodiguait aux Pokémon des dresseurs de passage à Argenta. Chaque ville et village avait son médecin spécialisé dans les Pokémon, autrefois. Mais à chaque fois qu’un centre s’installait, l’un d’eux faisait faillite. En effet, pourquoi préférer payer pour faire soigner ses Pokémon et attendre que ceux-ci se rétablissent alors que les Centres les remettent à nouveau sur pied dans un délai extrêmement rapide et ce gratuitement ?

L’arrivée à Argenta de ce Centre Pokémon avait signé le début de la déchéance de la famille Holley. Ayant rapidement perdu ses clients, Barnabé dû se recycler en guide touristique pour le Mont Sélénite, qu’il connaissait comme sa poche. Malheureusement, ce nouvel emploi ne pouvait plus leur garantir le rythme de vie qu’ils avaient avant. Sa femme finit par tomber malade. Elle était morte l’année dernière et, depuis, Barnabé vivait seul avec son fils, Isaac, âgé de huit ans.

De l’autre côté de la porte, Aldebert Caul réfléchissait. Il ne comprenait pas bien la réaction du Dr Holley. Il voulait juste se renseigner sur les avancées de Devon au sujet de la procréation des Pokémon préhistoriques, et sachant que le Dr Holley collaborait avec la société d’Hoenn, il s’était dit qu’il aurait de quoi satisfaire sa curiosité. Mais il n’avait pas anticipé l’antipathie de l’homme. Il retourna au Centre Pokémon où l’attendaient Dorothéa Crowfoot et Julie Dreyfuss, une amie d’enfance de cette dernière, qu’elle avait engagée pour les aider à inspecter leurs différents établissements. Celles-ci étaient en train de partager un pain aux raisins quand il entra dans le bâtiment.

- Ça ne s’est pas bien passé, c’est ça ? demanda Dorothéa en voyant le visage défait de son ami.
- Il a refusé de me parler, répondit Aldebert en prenant place à côté d’elle.
- Pourquoi donc ? s’étonna Julie Dreyfuss. Il vous a pris pour un vendeur à domicile ?
- Je ne pense pas, il a eu l’air de me reconnaître… Il a dû me voir du temps où je supervisais cet établissement.
- Ou il t’as vu à la télé avec Higgs
, proposa Dorothéa avant de mordre à pleines dents dans sa pâtisserie préférée. Tu lui as dit quoi ?
- Juste que je voulais me renseigner sur les avancées de Devon
, dit Aldebert en saisissant à son tour un pain aux raisins.
- Il a peut-être cru que vous faisiez de l’espionnage industriel pour la Sylphe Sarl, dit Julie.
- Allons, c’est ridicule… Même s’il est vrai que c’est Higgs qui m’a poussé à aller le voir personnellement quand nous avons parlé du sujet…
- Alors c’en est quand même un petit peu
, dit Dorothéa. Même si ça ne part pas d’une mauvaise intention de ta part, ajoute-t-elle précipitamment.

Pour mieux organiser les Centres Pokémon, l’ami d’Aldebert et de Dorothéa, le Professeur Higgs, avait en effet décidé de fonder une entreprise, du nom de Sylphe Sarl. Basée à Safrania, la Sylphe, outre la supervision des Centres, investissait dans bien des domaines de recherches scientifiques. Elle commençait à s’imposer de plus en plus sur les marchés du monde entiers, se spécialisant de plus en plus sur le matériel des dresseurs. Ils avaient déjà mis quelques fois des bâtons dans les roues de la société Devon, leur principal concurrent.

- De toute façon, il refuse de me parler, dit Aldebert en soupirant.
- Al’, tu ne vas pas te laisser abattre aussi facilement, quand même ! s’exclama Dorothéa. Un petit échec, c’est rien du tout, faut persévérer dans la vie !
- Mais il m’a claqué la porte au nez !
- Hé bien, t’as qu’à aller le voir à un endroit où y aura pas de portes !
proposa Dorothéa.
- Comment ça ?
- On s’est renseigné sur lui avec Julie pendant que tu étais parti. Il parait qu’il part de temps en temps seul au Mont Sélénites. Il est guide touristique d’ailleurs, mais il ne voudra sûrement pas te parler durant ses heures de travail, mais pendant son temps libre, t’auras tout le loisir de le questionner.
- Moui, pourquoi pas…
répondit Aldebert, pensif. Ça ne te dérange pas de continuer les inspections seule, alors ?
- Je suis avec Julie
, je te rappelle, dit Dorothéa en souriant. Puis on est des grandes filles tu sais, très professionnelles, tout ça tout ça.
- Bon, je vais m’arranger avec l’infirmière pour rester quelques jours ici, alors,
dit Aldebert en se levant de sa chaise, en fourrant le pain aux raisins dans la bouche.

Quand il fut assez éloigné de leur table, les deux femmes pouffèrent de rire avant de se taper dans la main en signe de victoire.

- Tu vois, je t’avais dit qu’on serait tranquilles pour notre rendez-vous demain avec ces charmants garçons d’Azuria, s’exclama Dorothéa en souriant.
- Tu as été géniale, répondit Julie.

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Le Dr Holley et son fils étaient en train de se promener aux alentours du Mont Sélénite. Connaissant le site comme sa poche, Barnabé voulait montrer à Isaac un lieu un peu isolé, mais qui regorgeait de Nautiles, des fossiles d’Amonita, un Pokémon disparu depuis des centaines de milliers d’années. Il en avait lui-même dégagé plusieurs spécimens qu’il avait étudiés pour Devon à l’époque où il travaillait en collaboration avec eux. Mais ses plus belles découvertes restaient un superbe crane, parfaitement conservé, de Ptera, ainsi qu’un squelette quasi complet de Kabutops, dont il ne manquait qu’une partie de la colonne vertébrale et de la jambe droite. Le Mont Sélénite regorgeait de fossiles anciens et c’était là la passion de Barnabé. Passion qu’il transmettait depuis quelques années déjà à son fils.

Celui-ci était très enthousiasmé à l’idée de chercher des fossiles avec son père. Son enfance avait été bercée par les histoires que son père lui racontait sur la faune disparue qui avait un jour peuplé la planète. D’Armaldo à Rexilius, en passant par Bastiodon, la plupart des exposés qu’il avait dû faire leur avait été consacré. Mais son préféré parmi tous étaient sans nul doute Amonita, dont la coquille parfaite présentait une caractéristique hors du commun et qui s’accordait tout-à-fait avec son autre passion : les mathématiques.

A seulement 8 ans, Isaac était un enfant surdoué, spécialisé dans les mathématiques. Son instituteur à Argenta lui apprenait déjà des points du programme pédagogique des élève de 14 ans tant il était déjà bien avancé. Il restait avec ses camarades du même âge, cependant, car il ne voulait pas perdre ses amis, et que son niveau dans les autres matières n’était pas aussi avancé.

Père et fils s’entendaient très bien et cette sortie était déjà prévue depuis de longs mois. Aussi Barnabé fut-il particulièrement contrarié en entendant la même voix que quelques jours avant les appelez de loin.

- Docteur Holley ! Quelle surprise !

Isaac se retourna et vit l’inconnu courir tant bien que mal vers eux. Aldebert était en effet chargé d’un grand sac de survie. Il portait un vieux chapeau encore plein de poussières qu’il avait récupéré de son père, ainsi qu’un large pull et un pantalon, ce qui n’était pas vraiment indiqué pour la marche en montagne un jour d’été comme celui-ci. Il avait le visage rouge de chaleur et dégoulinait de sueur. Malgré tout, sa moustache restait très soignée et bien brossée, comme à son habitude. Le spectacle était grotesque et l’enfant eut un petit rire. Cet homme n’avait sûrement pas l’habitude des randonnées. Lorsqu’il arriva à leur hauteur, il s’arrêta pour prendre son souffle et faillit tomber, emporté par le poids de son propre sac.

- Alors comme ça, vous aussi vous visitez le Mont Sélénite ? balbutia Aldebert entre deux halètements bruyants.
- On se baladait, répondit Barnabé en se pinçant la lèvre, partagé entre l’amusement et l’agacement.
- Et vous connaissez bien le coin ? demanda le professeur en reprenant tout doucement son souffle.
- Ha, sinon, je ne serai pas guide touristique…
- Vraiment ?
fit semblant de s’étonner Aldebert. Quelle chance pour moi ! ça ne vous dérange pas alors si je vous accompagne ? Je ne connais pas la région et je ne voudrai pas passer à côté des merveilles de la nature !
- Hé bien si, ça me dérange
, déclara Barnabé Holley. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas vous parler.
- Nous ne sommes pas obligés de parler fossiles
, proposa Aldebert. Puis si vous désirez, je ne vous parlerai même pas, je resterai muet. Qu’en dites-vous ?
- De toute façon, je ne me débarrasserai pas de vous aussi facilement cette fois-ci, je suppose…
soupira Holley en recommençant à marcher, la main de son fils dans la sienne.
- Ravi que vous acceptiez ! Je resterai muet comme un Magicarpe !

Qui aurait cru que les Magicarpe étaient si bavards ? C’était la question que le jeune Isaac et son père se posèrent sans cesse le long du chemin. Aldebert Caul ne pouvait pas s’empêcher de parler, que ce soit pour proposer une blague, raconter une anecdote, ou encore faire une remarque sur la beauté de la nature, de sa faune et de sa flore. D’abord un peu intimidé, l’enfant avait décidé d’imiter son père et de ne pas réagir aux paroles de cet étrange personnage. Mais au fur et à mesure, l’enfant ne pouvait s’empêcher de s’étonner et de rire. Tout le contraire de son père qui faisait de son mieux pour l’ignorer.

Ils s’étaient éloignés des chemins habituels et traversaient un sentier irrégulier. Le Professeur suait plus que jamais sous le poids de son sac et sous son chapeau qui, s’il le protégeait du soleil, chauffait le haut de sa tête de telle sorte qu’il se serait cru dans un four. Les deux autres étaient biens mieux équipés, et surtout plus habitués à de telles promenades. Aussi, quand le Dr Holley décréta qu’il était temps de faire une pause pour déjeuner, Aldebert se laissa tomber en arrière. Le choc aurait pu être absorbé en grosse partie par le sac s’il n’avait pas eu la brillante idée de tomber sur un Racaillou endormi. Le Pokémon se dégagea tant bien que mal avant de commencer à lapider le professeur qui battit en retraite, sous les rires de l’enfant. Le Dr Holley lui-même eut du mal à se retenir.

Une fois le Pokémon parti, le père et son fils sortirent leur sandwich de leur sac à dos. L’air inquiet, l’enfant se tourna vers Aldebert.

- Vous avez pris de quoi manger, m’sieur ? demanda-t-il.
- Ha, ça, j’y ai pensé, j’ai tout ce qu’il faut ! dit Aldebert en posant son sac.

C’est alors que le Dr Holley comprit pourquoi le sac du professeur semblait si lourd. Celui-ci en sortit en effet une bonbonne de gaz, qui devait peser à elle seule une vingtaine de kilos vu la tête que tirait le Professeur en l’attrapant, ainsi qu’un bec Bunsen, une poêle, une petite casserole, une boite d’œufs, un sachet de lard et deux boites de conserve, tout en renversant du sac de nombreux objets, parmi lesquels des couverts, un petit télescope, un livre de chimie et un Rubik’s cube. Cette fois-ci, Barnabé ne put s’empêcher d’éclater de rire.

- Vous vous trimballez tout ça depuis le début ? demanda-t-il en se reprenant.
- Bien sûr, répondit Aldebert en raccordant le bec à la bonbonne. J’ai toujours été incapable de faire un feu dans la nature, et je n’ai pas de Pokémon capable de m’aider, alors j’ai pris le matériel adéquat.
- Et ça ne vous est pas venu à l’idée de préparer un sandwich ou quelque chose qui peut se manger froid ?
- Heu… j’ai des pains aux raisins…
dit-il en montrant un sachet. Vous en voulez ?

L’atmosphère étant détendue, le Dr Holley invita le Professeur Caul à venir manger à côté d’eux, une fois qu’il eut fini de faire cuire sa fricassée. Aldebert libéra Balignon de sa Pokéball pour qu’il joue avec Isaac, qui explorait les lieux à la recherche de traces de fossiles, une pâtisserie dans les mains, pendant que les adultes discutaient et que Barnabé donnait des conseils pour la prochaine ballade d’Aldebert.

- On ne m’y reprendra plus, reconnu ce dernier. Mon sac était horriblement lourd…
- La prochaine fois, vous prendrez le strict nécessaire, comme nous : repas, gourdes, pansements, boussole…
- Et les outils, à quoi vous servent-ils ?
demanda Aldebert en voyant dépasser du sac d’Isaac un pinceau et une sorte de grattoir en métal.
- On cherche des fossiles, dit Barnabé. Le Mont Sélénite en regorge, surtout quand on sait où aller. C’est la première fois que je viens pour ça avec Isaac, il était tout excité.
- Vous cherchez des échantillons pour votre projet avec Devon, c’est ça ?
se risqua Aldebert en évoquant le sujet.

Barnabé Holley se tut, perdant son sourire. Il avait la mine défaite et agacée. Aldebert, en voyant l’impact de sa question sur le Docteur, déglutit. Il avait été trop vite en besogne.

- Pardonnez-moi, se précipita-t-il. Je ne vous dérangerai plus sur le suj…
- Je ne fais plus partie du Projet Devon
, l’interrompit Barnabé.
- Vraiment ? s’étonna Aldebert après quelques secondes de silence. Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Je n’ai jamais vraiment fait partie de Devon
, précisa Barnabé en grimaçant. J’étais plus une sorte de consultant dans ce projet. Consultant volontaire, même. Je n’étais pas payé. Hors, aller jusque Hoenn pour travailler là-dessus, ça coûte cher. Et lorsque j’ai perdu mon ancien travail, je n’ai plus eu les moyens d’aller les aider…
- Vous avez perdu votre travail ?
répéta Aldebert Caul en fronçant les sourcils. Mais vous êtes…
- J’étais médecin pour Pokémon. Or, quand vous êtes arrivé avec votre Centre Pokémon m’a fait perdre tous mes clients. J’ai dû renoncer à ce Projet.


Un moment de silence gêné s’installa. Aldebert comprenait enfin la première attitude du Dr Holley à son égard. Il lui avait fait perdre son travail avec les Centres Pokémon. Le professeur Caul était sous le choc. Il n’avait jamais pensé au fait qu’il ait pu faire perdre leur emploie à des gens.

- Pourquoi Devon ne vous aurait-il pas payé le trajet, si c’était pour venir les aider ? balbutia-t-il finalement, pour changer de sujet.
- Ils disaient qu’ils n’avaient plus besoin de moi quand je leur ai annoncé ça. Je suppose que s’ils peuvent éviter des frais…
- Et si je vous payais le trajet ?
proposa soudainement Aldebert.
- Je n’ai pas besoin de votre pitié… répondit Barnabé en fronçant les sourcils.
- Non, ce n’est pas de la pitié, dit Aldebert en baissant les yeux. Je me sens responsable… C’est tout…
- Vous l’êtes
, confirma sèchement Holley.
- Alors permettez-moi de vous aider, dit Aldebert.
- Il est temps de nous remettre en route, répondit Holley en se levant, détournant le regard. Isaac ?
- Oui papa !
répondit l’enfant en se retournant, suivi de Balignon.

Le Professeur Caul se dépêcha de ranger toutes ses affaires dans son sac, tout en en salissant l’intérieur, ayant oublié de laver la poêle. En attrapant ses dernières affaires, il eut cependant un moment d’incompréhension. Son Rubik’s Cube, qu’il avait pris sans faire exprès, avait été résolu pendant qu’il parlait avec le Dr Holley, par le fils de ce dernier.

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Au bout d’une nouvelle heure de marche, qui fut un peu plus morose que les précédentes, comme si Aldebert avait oublié sa langue derrière lui, les trois randonneurs arrivèrent près d’une petite cavité dans la roche. Celle-ci s’enfonçait à environ 2 mètres dans la montagne et ses parois regorgeaient de fossiles d’Amonita, comme si un banc de ces Pokémon s’était vu piégé dans une coulée de boue, ou que ces derniers s’y étaient regroupés pour mourir. Le petit Isaac était surexcité et, sous les conseils de son père, entreprit avec divers outils de dégager un Nautile de la roche.

C’était un travail long et pénible, et il fallait s’armer d’une grande patience pour réussir à dégager un fossile sans l’abîmer. Aussi Aldebert préféra-t-il ne pas s’y risquer et se contenta d’observer les parois avec beaucoup d’attention, tout aussi fasciné qu’Isaac par les lieux.

Enfin, au bout d’une bonne heure, Isaac parvint à dégager son premier fossile de la roche. Il poussa un cri de joie et commença à étudier de plus près le fossile, le tournant dans tous les sens, passant consciencieusement ses doigts sur chaque strie de la coquille. Aldebert l’applaudit et, pour toute réponse, l’enfant lui tira la langue avec malice, ce à quoi le professeur répondit par la même grimace avant de se rapprocher.

- Tu es un parfait paléontologue, fit remarqué Aldebert en observant le fossile dans les mains d’Isaac.
- Comme mon papa ! lança-t-il fièrement. En plus, Amonita, c’est mon préféré de tous !
- Ha bon ?
dit Aldebert en souriant. Mon Pokémon disparu préféré, c’est le Dragmara, à cause de ses proportions gigantesques, mais toi, pourquoi préfères-tu Amonita ?
- A cause de sa coquille
, dit l’enfant. C’est une spirale hélicoïdale construite en suivant la suite Fibonacci.

Aldebert écarquilla les yeux. La suite de Fibonacci est une suite mathématique dont chaque nombre est le résultat de l’addition des deux nombres qui le précède. Cette suite est connue pour se trouver dans différents endroits de la natures, telles que les végétaux et, comme le disait l’enfant, les coquilles de certains animaux ou Pokémon. Mais ce n’était pas vraiment le genre de réponse à laquelle il s’était attendu de la part de ce jeune enfant.

- Il est l’heure de rentrer, maintenant, si nous voulons être de retour à Argenta pour la nuit, dit Barnabé Holley. Au fait, professeur Caul…
- Oui ?
- J’ai réfléchis toute l’après-midi… Je … je crois que je vais accepter votre proposition pour Devon…


Aldebert lui sourit en hochant la tête et, sans rien dire de plus, Holley se remit en marche, suivi de son fils et de leur nouvel ami, le professeur Aldebert Caul.

_______________________________________


La Pince d’Or était un des meilleurs restaurants de la ville de Safrania. Son emblème, un Krabboss doré, était largement visible dans toute la rue et ses différentes spécialités étaient vantées par de nombreux critiques. Le seul petit inconvénient était sûrement le prix, qui empêchait monsieur et madame Tout-le-monde d’en profiter. Mais les affaires marchant à bon train, le Professeur Higgs était rapidement devenu l’un des habitués de l’établissement. Il surprit néanmoins le serveur en demandant cette fois à être installé à une table de quatre, sous prétexte qu’il attendait quelques invités. Le premier d’entre eux à arriver, le Professeur Caul, débarqua vêtu de son vieux Pull-over absolument horrible, et faillit être jeté à la porte sans l’intervention de son ami, lui qui était parfaitement habillé.

- Tu aurais pu faire un effort, plaisanta Higgs en s’asseyant en face de lui.
- C’est juste eux qui manquent de goût, ronchonna-t-il.
- Et sinon, quoi de neuf ? demanda Higgs en croisant les bras. Depuis ton exil à Argenta je n’ai quasi plus eu de nouvelles.
- Je n’avais pas réussi à avoir d’informations de la part du Dr Holley
, dit Aldebert. Alors j’ai essayé de me rapprocher de lui. C’est un homme charmant. Il a un fils très intelligent aussi…
- Et tu as tes infos ?
demanda Higgs d’un air curieux.
- Pas vraiment, répondit son ami en examinant la carte du restaurant. Il avait été écarté du Projet Devon par manque de moyen, mais j’ai réussi à le convaincre d’accepter mon argent pour qu’il puisse les rejoindre et je gardais son fils jusqu’à son retour, hier.
- Et il donc, il t’a donné des informations ?
insista Higgs. Ne serait-ce que pour te remercier…
- Je les ai refusées
, dit Caul en relevant la tête, constatant le visage désappointé de son ami. Tu sais… nos Centres ont poussé vers la ruines tous ceux qui soignaient les Pokémon avant nous… Et c’en était un… Je lui devais bien ça.
- Il n’empêche que tu aurais dû accepter, Al’
, reprit Higgs, mécontent.
- Cela lui aurait causé des problèmes avec Devon, reprit Caul, l’air embarrassé.

Il se tut, fuyant le regard de son ami, mal à l’aise. Évidemment, il le savait contrarié, mais il savait aussi qu’il avait agi comme le dictait sa morale. Aussi n’avait-il aucun regret à avoir. Et pourtant, il se sentait bien mal à l’aise en ce moment. Il se sentait lourd, alors qu’il n’avait rien avalé de la journée. Des gouttes de sueur commençaient à perler sur son front.

Finalement, cette ambiance froide et désagréable prit fin avec l’arrivée de Dorothéa et d’un homme qu’il n’avait encore jamais vu. Ce dernier devait avoir leur âge. Il portait un imperméable noir ainsi qu’une paire de lunette. Ses cheveux étaient bruns et bien coiffés. Il adressait de grands sourires à tout le monde et Dorothéa le tenait par le bras, ce qui surprit autant Higgs que Caul.

- Bonjour ! clama-t-il d’une voix aimable en arrivant à leur table avec Dorothéa. Vous devez être Mr Higgs et Mr Caul ?
- C’est ça
, dit Aldebert en se levant pour lui serrer la main.
- D’habitude, on nous appelle « Professeur », précisa Higgs en imitant son ami. Mais c’est vrai que ce n’est pas nécessaire. Vous êtes ?
- Stephen Shelley
, dit-il en serrant la main de Caul d’une poigne vigoureuse.
- Nous nous sommes rencontrés à Azuria, précisa Dorothéa.
- Et donc vous êtes … ensemble ? demanda Aldebert avec un regard pétillant, l’index faisant des allers-retours entre eux deux.
- C’est ça, confirma Dorothéa. On ne se quitte plus !
- Mais c’est une très bonne nouvelle, ça !
s’exclama Aldebert.
- Je comprends pourquoi Dorothéa m’a demandé de réserver une quatrième chaise, maintenant. Je compte sur vous pour rendre notre amie heureuse, Mr Shelley, dit Higgs en se rasseyant, copié par les autres.
- Je ferai tout mon possible pour, le rassura Stephen Shelley avec un sourire.
- Vous êtes les premiers à qui je le présente, précisa Dorothéa. Le pauvre était tout stressé.
- Tes amis ne sont pas n’importe qui, tu sais. Les fameux scientifiques qui ont révolutionné notre société, les professeurs Higgs et Caul…
- Vous pouvez m’appeler Aldebert !
- Et peut-on savoir ce que vous faites dans la vie, Mr Shelley ?
questionna le professeur Higgs.
- Je suis écrivain, répondit-il en souriant. J’écris de la science-fiction et des romans policiers.
- Vraiment ?
dit Higgs, intrigué. Il faudra que vous me recommandiez vos livres.
- Mais avec plaisir
, répondit Shelley.

La suite du repas se passa dans la bonne humeur. Les plats commandés par chacun et conseillés par le Professeur Higgs étaient absolument délicieux et le vin coula à flot pour fêter le nouveau couple. Stephen Shelley se montra d’ailleurs être un homme sympathique, avec pas mal de répartie et une excellente culture générale. Il plaisait autant à Higgs qu’à Aldebert. Enfin, lorsqu’ils eurent terminé, ils sortirent du restaurant tous les quatre, Higgs les ayant invités à visiter les locaux de la Sylphe.

Ils se dirigeaient ensemble vers un grand immeuble quand une ombre gigantesque passa au-dessus d’eux. Partout dans la rue, des gens criaient leur étonnement et pointaient le ciel du doigt. Ils s’arrêtèrent nets et levèrent leur regard à leur tour. Ils n’en crurent d’abord pas leurs yeux.

Ce qui attirait tant les regards était un Ptéra, un Pokémon ailé, connu pour avoir été l’un des plus dangereux prédateurs de son époque. Mais le problème était là, cette époque s’était terminée des centaines de milliers d’années auparavant et l’espèce était censée s’être éteinte depuis lors.

Le Pokémon faisait des cercles dans le ciel, comme s’il cherchait quelque chose. Soudain, il fondit droit sur eux, ses pattes acérées prêtes à se saisir d’une proie. Les cris des passants résonnèrent et tout le monde se mit à fuir les rues et à se réfugier dans les boutiques, les laissant seuls dehors, pétrifiés sur place devant l’horreur de la situation. Heureusement, ils se ressaisirent et parvinrent à esquiver l’attaque en s’écartant précipitamment, chacun de leur côté, et le Pokémon s’envola à nouveau.

- Qu’est-ce que c’est que ce truc ? s’écria Stephen Shelley, blanc comme un linge, sans oser quitter la créature des yeux.
- On dirait un Ptéra, dit Higgs, stupéfait.
- Non mais tu plaisantes, la race est éteinte depuis longtemps ! cria Dorothéa.
- Sauf si quelqu’un a réussi à les ramener à la vie, rétorqua Higgs d’un ton irrité en jetant un regard à Aldebert.

Celui-ci ne répondit rien. Il était hébété par la présence de ce Pokémon préhistorique. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Et si Holley avait réussi… ?

Il n’eut pas le temps de réfléchir plus. Le Ptéra repassa à l’attaque, en visant le professeur Higgs en particulier, cette fois-ci. Il esquiva de justesse ses serres aiguisées qui déchirèrent néanmoins son costume en le frôlant. Puis, sans plus attendre, il appela Amos, son Teraclope, à la rescousse.

- Amos, Ball’ombr ! cria-t-il.

Le Spectre s’exécuta et enchaîna les attaques pour essayer de toucher le Prédateur aérien, mais celui-ci volait très rapidement. Puis, sans crier gare, il passa une troisième fois à l’assaut, toujours en visant le Professeur Higgs.

Cette fois-ci, celui-ci ne comptait pas bouger. Il restait droit et digne face à la créature qui fonçait droit sur lui. Mais son Pokémon se dressa sur la route du Ptera et lui fit exploser dans la gueule une de ses Ball’Ombr. Le Pokémon volant tomba à terre, déstabilisé, puis se prit ensuite un jet d’eau surpuissant lancé par le Flagadoss que Stephen Shelley avait appelé aux secours. Le Pokémon préhistorique essayait tant bien que mal de se remettre debout quand Amos, encore lui, le plaqua à terre en le maintenant de ses deux puissantes mains. Il se débattit quelques secondes avant de recevoir de nouveaux jets d’eau et de s’évanouir de fatigue. Les humains se rapprochèrent alors prudemment de la bête, puis, constatant qu’il n’y avait plus de dangers, poussèrent un soupir de soulagement.

- C’était… Génial ! s’écria Shelley. C’est un des trucs les plus incroyables qui me soit arrivé !
- Content pour vous
, dit Higgs en se pinçant les lèvres. Je dois dire qu’être pris pour proie ne m’a pas entièrement satisfait…

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Aldebert frappa violemment à la porte de Barnabé Holley. Pressé et impatient, il répéta l’opération en appelant le docteur par son nom. Il insista encore quelques fois avant que le petit Isaac ne lui ouvre enfin, la mine fatiguée, en se frottant les yeux. Il était vêtu d’un pyjama bleu et Aldebert comprit qu’il l’avait réveillé en faisant tout ce bruit.

- Aldebert ? dit-il en baillant. Qu’est-ce qu’il se passe ?
- Désolé de te réveiller Isaac, mais je dois absolument parler à ton papa
, murmura Aldebert en se penchant pour se mettre au niveau de l’enfant. Il est là ?
- Oui, je crois qu’il est dans son bureau…
- Tu veux bien que j’entre ?
- Oui oui
, répéta l’enfant en mettant sa main devant sa bouche qui laissait échapper un nouveau bâillement.
- Tu ferais mieux d’aller au lit… conseilla le scientifique avant de se diriger vers le bureau du Dr Holley, laissant l’enfant retourner dans les bras de Cresselia.

Barnabé Holley était assis à son bureau, la tête dans les mains. La pièce était à peine éclairée par une simple lampe de chevet. Devant lui, des dossiers en papiers, écrits à la main, étaient éparpillés, et une bouteille de Whisky presque vide trônait. Aldebert avança prudemment et se plaça juste devant son ami, de l’autre côté du bureau, et le regarda d’un air sévère.

- Devon a réussi, c’est ça ? Vous avez redonné vie à des Pokémon fossilisés.

Devant le mutisme du Dr Holley, Aldebert Caul soupira.

- Pourquoi est-ce que vous avez fait ça ? demanda Aldebert. C’était vous, le Ptera, pas vrai ?
- Oui…
lâcha Holley après quelques secondes.
- Pourquoi nous avoir attaqués ? répéta Caul en sentant la rage l’envahir.
- Pas vous… Mon Ptera n’avait qu’une seule cible, le professeur Higgs.
- Mais pourquoi, nom de Dieu !
s’écria Aldebert. Je sais que vous avez perdu votre emploi, mais ce n’est pas une raison pour commettre un meurtre !
- Le professeur Higgs est dangereux
, répondit Holley. J’ai appris des choses sur lui et sa société quand j’étais chez Devon…
- Higgs, dangereux, m’enfin, c’est pas lui qui envoie des prédateurs disparus sur les gens !
s’exclama Aldebert en s’emportant, renversant la bouteille qui se brisa par terre.
- La Sylphe s’introduit dans d’innombrables secteurs. Les soins, les médicaments, l’alimentaire… Et cause de plus en plus de pertes d’emplois par de-là le monde. Je n’étais qu’une des premières victimes, mais il y en aura d’autres… beaucoup d’autres.
- Et c’est une raison pour vouloir le tuer ?
s’écria Aldebert.
- Ce n’est pas tout. Nous avons ouïe dire que certaines recherches de la Sylphes étaient dénuées de tout sens moral.
- Qu’est-ce que vous racontez ?
Je fais partie de la Sylphe et…
- Ce sont des recherches secrètes qu’Higgs ne voudrait surement pas voir révélées au grand jour, précisa Holley. On nous a parlé de clonage humain…
- C’est ridicule !
dit Aldebert. Pourquoi Higgs voudrait-il se lancer là-dedans !? Et puis vous avez commis une tentative d’assassinat tout de même !
- Je suis prêt à en payer le prix. Ils sont en route, pas vrai ?


Aldebert se tut et prit un air un peu plus gêné. C’était vrai, Higgs avait clairement parlé d’Holley comme suspect et, lorsqu’il l’avait quitté pour rejoindre en toute hâte Argenta, il attendait les envoyés du département de la Justice pour leur faire part de ses soupçons. Ils n’allaient pas tarder à arriver.

- Aldebert, commença Barnabé. Vous êtes un type bien… Franchement… Je sais que vous n’avez jamais voulu faire du mal à personne, que vous n’aviez juste pas imaginé les victimes collatérales de vos Centres… Alors quittez le navire. Ne soyez pas un engrenage de cette machine infernale qui prend de plus en plus d’ampleur…
- Vous me demandez de couper les ponts avec mon meilleur ami ?
demanda Aldebert avec un petit rire forcé.
- Je vous demande d’écouter votre morale, reformula le Dr Holley. Et de prendre soin d’Isaac.
- Comment ça ?
s’étonna Aldebert, en fronçant les sourcils.
- Si je suis jeté en prison, je ne pourrai plus m’occuper de lui, dit Holley. Il n’aura plus de famille… Vous vous êtes très bien occupé de lui pendant que j’étais à Hoenn, je sais que vous ferez du bon travail.
- Mais mais mais…
balbutia Aldebert. Je ne … Il y a des démarches à …
- J’ai ici tous les papiers nécessaires…
dit Holley en attrapant quelques feuilles. Vous n’aurez qu’à les signer si vous êtes d’accord… Prenez-les.

Aldebert hésita quelques instants puis attrapa les documents que le Dr Holley lui tendait avec une certaine appréhension. Il les regarda ensuite sans rien dire, sous le choc.

Un bruit le ramena à la réalité. Quelqu’un frappait à la porte. Il adressa un regard interrogateur à son ami qui hocha la tête.

- Adieu, Professeur Caul, chuchota Holley juste assez fort pour que celui-ci l’entende alors qu’il sortait de son bureau. Et merci…

Aldebert ouvrit la porte. Il fut surpris de voir que son ami, le professeur Higgs, se tenait seul devant lui, l’air grave. La même impression désagréable de mal-être qu’au restaurant l’envahit.

- Il est là ? demanda Higgs, le regard sombre.
- Oui… répondit-il en baissant les yeux et en serrant les mains.
- Si ça ne te dérange pas j’aimerai régler ça seul, dit-il en passant à côté de lui, droit vers le bureau, comme s’il savait déjà où il se trouvait.

Aldebert ne répondit pas. Il s’assit à la table de la cuisine et commença à lire les documents que le Professeur Holley lui avait donnés. Il eut le temps de tout lire dans les moindres détails. Tout lui semblait en règle. Sur la dernière feuille, il y avait un post-it qui disait qu’un dernier cadeau pour Isaac se trouvait dans un des tiroirs de la cuisine. Aldebert se leva et ouvrit le tiroir en question, dans lequel se trouvait une petite boite recouverte de papiers cadeaux. Aldebert l’attrapa et la glissa dans son manteau, la tête pleine de pensées.

De nouveau, on frappa à la porte, plus violement. Aldebert se dirigea vers l’entrée, où se trouvait déjà le professeur Higgs, qui se tenait dans l’encadrement de la porte aux côtés d’Amos, son Teraclope, face à deux hommes en imperméables.

- Oui, il s’est suicidé, annonça-t-il aux agents du Gouvernement. Nous sommes arrivés trop tard, mon ami et moi. Nous avons trouvé une lettre où il avouait tout.
- On va régler cette affaire, dans ce cas
, reprit l’un des hommes. Merci pour vos renseignements.
- Mais je vous en prie
, dit Higgs en laissant passer les deux hommes.

Il se retourna et vit Aldebert le regarder avec une expression d’effroi mêlée à de la rage. Celui-ci attendit néanmoins que les deux investigateurs soient assez loin pour laisser exploser tout ce qu’il avait à dire.

- Qu’est-ce que c’est que cette histoire ! s’écria-t-il. Il était parfaitement conscient quand je l’ai laissé pour venir t’ouvrir !
- Ha bon ?
fit semblant de s’étonner Higgs. C’est bizarre, je l’ai trouvé comme ça, empalé par la lame fossilisée d’un Kabutops.
- C’est toi qui l’as tué !
- Voyons Al’, tu me connais, non ? Ce n’est pas mon genre et puis, franchement, as-tu la moindre preuve ?


S’en était trop pour Aldebert qui colla une droite sur le visage de son ami qui, surpris, tomba à la renverse. Amos se dressa entre son dresseur de manière à intimider Aldebert, mais celui-ci était trop en colère.

- C’est fini, Higgs, cria-t-il. Je démissionne !
- Tu m’en vois navré…
dit Higgs en se relevant péniblement, un peu sonné. Mais si tu venais à changer d’avis…
- Vas-t-en !
cria Aldebert. Je ne veux plus te voir !
- Tu es vraiment stupide, Al’
, lança Higgs en passant l’encadrement de la porte, suivi par son Pokémon. J’espère que tu reviendras vite à la raison…

Et sans rien ajouter, le directeur de la Sylphe Sarl sortit de la maison du Dr Holley.

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Dans le cimetière d’Argenta, un homme et un enfant étaient seul face à une toute nouvelle tombe. Aldebert Caul était devenu légalement le tuteur du jeune Isaac Holley. Ils restèrent un instant silencieux devant le marbre puis s’en allèrent. L’enfant avait beaucoup pleuré la mort de son père. Aldebert lui avait expliqué une partie de ce qu’il s’était passé ce soir-là, mais l’avait épargné de plusieurs détails, notamment la responsabilité de son père dans la tentative d’assassinat du Professeur Higgs.

Ils allaient devoir déménager. Les quelques années passées à la Sylphe Sarl laissaient à Aldebert un sacré magot qu’il gardait au cas où. La vie du jeune enfant et celle de son tuteur ne seraient plus jamais la même.

En quittant le cimetière, Aldebert s’arrêta subitement et sortit de son manteau une boite dont il avait presque oublié l’existence. Il expliqua à Isaac qu’il s’agissait du dernier cadeau de son père et la lui donna. L’enfant s’empressa de retirer le papier cadeau et en sortit une simple Poké-ball. Puis, en essayant de l’ouvrir, il invoqua un petit Amonita. Et à nouveau, l’enfant se mit à pleurer.

Posté à 09h32 le 24/01/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...

L'an 3 après Dieu, l'Année des Prophètes



D'après Albert Einstein :
L'escalier de la science est l'échelle de Jacob, il ne s'achève qu'aux pieds de Dieu


Assis devant son poste de télévision, Erick Kandell était à la fois fasciné et horrifié par ce qu’il entendait depuis quelques minutes. Le présentateur du journal s’excitait dans tous les sens, comme à son habitude, pour présenter ce qu’il prétendait être « La plus grande avancée de la science depuis plus de vingt ans ». D’abord sceptique, le Docteur Kandell devait reconnaître que, s’il ne s’agissait pas là d’un canular, la nouvelle avait de quoi ébranler la planète entière.

- C’est donc dans la ville de Jadielle que j’ai eu la chance de voir les premières démonstrations publiques de cette fameuse machine, continuait la voix du présentateur télé tandis que l’écran affichait l’image de quelques Pokéballs déposées sur un étrange appareil comme le Dr Kandell n’en avait jamais vu auparavant. Il suffit en effet de déposer les Balls pour que, environ quarante minutes plus tard, les Pokémon soient complètement soignés de toutes les blessures et maladies qu’ils auraient pu avoir endurées, quelle qu’elles soient ! Il s’agit donc d’une manière extrêmement simple de soigner nos braves partenaires et plutôt rapide comparé aux méthodes de soins traditionnelles !

À ça, c’était pas peu dire, pensait Erick Kandell en grimaçant. Des Pokémon, il en avait soigné des centaines, mais il fallait souvent plusieurs jours avant que ceux-ci ne soient complètement rétablis. Les Pokémon ont beau avoir pour la plupart une résistance physique hors du commun et un organisme qui se régénère plutôt rapidement, lorsqu’ils se cassent un os ou sont gravement blessés, leurs dresseurs ne peuvent pas compter sur eux avant un moment et il est alors recommandé d’aller chercher de l’aide chez des spécialistes comme lui. Cependant, si les images n’étaient pas truquées, il venait d’assister au soin complet d’un Ponyta dont la patte avait été fracturée, et ce en moins d’une heure. Un véritable miracle ! A moins qu’il ne s’agisse d’acte de sorcellerie ? Pour le moment, Erick était partagé.

- Cette machine tout droit sortie des plus grands rêves de science-fiction est l’œuvre de deux jeunes génies, les Professeurs Higgs et Caul, déclara le présentateur. Tous les deux surdiplômés de l’Université de Jadielle, ces deux jeunes scientifiques s’étaient déjà faits remarqués dans le monde de l’avancée scientifique quelques années avant. Mais aujourd’hui, ils révolutionnent complètement notre mode de vie avec cette nouvelle technologie hors du commun ! Professeur Higgs, pourriez-vous nous en dire plus ?
- Bien sûr, Jean-Pierre
, répondit un jeune homme aux cheveux noirs, très bien habillé et qui devait avoir à peine la trentaine. Aldebert et moi-même travaillons sur cette machine depuis déjà trois ans. Elle a déjà subi beaucoup de modifications depuis sa première version valable, qui demandait presque une semaine pour soigner un Pokémon. Mais à force de travailler dessus, nous avons reculé ce temps d’attente à moins d’une heure avec la version que nous vous présentons aujourd’hui. De plus, de nombreux défauts ont été corrigés et c’est parce que la version actuelle ne comporte plus aucun risque que nous la présentons aujourd’hui au grand public.
- Trois années de dur labeur pour une grande découverte
, conclut le présentateur en souriant. Et que comptez-vous faire de votre fabuleuse création ?
- C’est justement en partie pour ça que nous vous avons invité à venir, Jean-Pierre
, répondit le jeune Higgs avec un sourire enthousiaste. En effet, nous allons ouvrir un établissement privé à Jadielle où il sera possible d’utiliser notre machine et ce gratuitement.

En entendant ce dernier mot, le cœur d’Erick Kandell rata un battement et le Docteur faillit s’étouffer. Un établissement de soin gratuit et rapide ?

- Gratuitement ? répéta le présentateur, qu’Erick suspecta de vouloir lui faire du mal. Mais c’est une excellente nouvelle pour tous les dresseurs et même pour monsieur et madame Tout-le-monde ! Mais, excusez mon scepticisme, comment diable allez-vous faire pour maintenir l’établissement si celui-ci est gratuit ?
- Nous avons tout prévu
, répondit le professeur Higgs. En effet, notre machine ne se contente pas de soigner, elle a aussi plusieurs capteur qui scannent les Pokémon. Nous recevons ainsi quelques revenus de plusieurs laboratoires de recherches à qui nous vendons les informations récoltées. Ce n’est pas tout, j’ai hérité d’une fortune colossale de mon père. Si nous avons utilisé une grosse partie pour financer nos recherches, il y a encore de quoi prendre soin de notre premier établissement. Nous avons aussi quelques sponsors qui se sont avancés pour nous aider et, enfin, nous proposerons un service payant afin de permettre aux dresseurs de passage de passer la nuit dans l’établissement, et ce à prix cassé.
- C’est vraiment incroyable !
s’exclama le présentateur. Vous avez donc pensé à tout ! Et cet établissement unique en son genre se trouvera donc ici, à Jadielle ?
- Dans un premier temps, oui
, confirma le professeur Higgs. Cependant, nous ne comptons pas en rester là et nous avons déjà acheté quelques locaux pour les aménager dans le futur si notre Projet fonctionnait bien. L’objectif final étant que chaque ville, voir village, soit équipé de ce genre de service.
- Une grande nouvelle ne vient jamais seule !
reprit le présentateur. Je vous souhaite bonne chance dans ce Projet qui pourrait changer la face du monde ! Tout de suite, visitons ce premier établissement qui, j’en suis sûr nous sera bientôt partout dans le monde famil…

Le poste de télévision s’éteignit. Erick Kandell avait la tête dans les mains. Il était découragé, offusqué, mais aussi très impressionné. Cependant, il avait surtout très peur pour l’avenir. Et puis il y avait aussi une once de jalousie.

Depuis près de quinze ans, le Dr Erick Kandell étudiait le Poison des Pokémon. Il avait écrit différents articles scientifiques très sérieux sur la possibilité de se servir de cette toxine particulière pour plusieurs fins, notamment améliorer les soins de Pokémon. Mais ses collègues lui avaient souvent rit au nez à ce sujet. Utiliser du Poison pour soigner, n’était-ce pas un peu paradoxale ? Et pourtant, le Dr Kandell le savait, ses recherches n’allaient pas tarder à porter leurs fruits car il était déjà en de très bonnes voies.

Mais maintenant qu’une machine était capable de soigner à grande vitesse tous types de maux, l’impact de ses recherches sur le monde avait grandement diminué, au point même d’être insignifiant si leur Projet d’établissement partout dans le monde venait à se concrétiser.

Le professeur enrageait. Il s’était fait devancer par surprise par deux jeunes personnes dont il n’avait jamais entendu parler. Des années de recherches rendues inutiles en une seule émission de télévision. Car une telle découverte, Erick le savait, ferait aussi couler beaucoup d’encre pendant les jours, voir les mois à venir.

A moins que quelqu’un ne tue le Projet dans l’œuf ? Mais pour cela, il fallait faire vite.

___________________________________


Le jeune professeur Higgs était assis sur un banc de son propre établissement. Celui-ci n’était pas des plus confortables, mais le confort des dresseurs et patients n’était pas encore le point le plus important à régler dans leur fameux Projet. Et puis, pour le service révolutionnaire qu’ils offraient, personne n’avait encore osé se plaindre de quoique ce soit. Ils avaient pourtant mis un questionnaire libre d’accès afin d’évaluer les services mais, à part quelques petits plaisantins, tous leurs clients semblaient satisfaits.

En cette après-midi, dans ce premier Centre Pokémon de l’histoire, des dresseurs affluaient parfois de villes voisines pour tester cette médecine révolutionnaire que proposait leur création. Aussi y avait-il une petite file de personnages en tout genre, pris en charge un à un par mademoiselle Carine Joëlle. Ils avaient engagé cette jeune femme, originaire d’Argenta, quelques jours avant. Sa phase de test allait d’ailleurs se terminer le lendemain et ce avec succès. Cette demoiselle s’était montrée des plus charmantes avec tous les clients qui s’étaient présentés, leur parlant, les rassurant, leur vantant les mérites de leur technologie, etc.

Carine Joëlle avait des yeux bleus et des cheveux roses, coiffés en deux tresses formant deux grandes boucles. Higgs et Caul lui avait offert un uniforme d’infirmière rose et blanc, ainsi qu’un Leveinard, Pokémon qu’ils avaient choisis pour être la mascotte de leur Projet. C’était un choix qui leur avait paru assez évident au premier abord. Ils avaient côtoyé de nombreux Leveinard malgré leur rareté et en avaient capturé quelques-uns à l’époque. Ils savaient à quel point ce Pokémon pouvait être dévoué et c’était justement ce qu’ils voulaient faire passer comme message. Aussi Carine et sa partenaire gérait le Centre et Higgs était plus là pour réfléchir que pour les surveiller. Il n’en avait presque pas besoin. Pourtant il restait là, entre les tumultes et bavardages de dresseurs. Il lui fallut d’ailleurs un moment pour se rendre compte qu’Aldebert l’appelait en se faufilant parmi leurs clients.

- Hey ho, tu dors ou quoi ? lui demanda son ami en s’asseyant finalement à côté de lui.
- Désolé, j’étais perdu dans mes pensées.
- Je ne sais pas comment tu fais pour te concentrer ici,
répondit Aldebert d’un air étonné avant de prendre une expression plus malicieuse. A moins que tu n’aies pris d…
- Non, Al’, je n’ai pas pris de Spore
, répliqua Higgs en devinant les pensées de son ami.
- Ha, dit Aldebert en reprenant un air sérieux. Dit, j’ai trouvé un nouveau contact pour la revente des données !
- Tu m’en diras tant
, répondit son ami en détournant les yeux.
- C’est le Professeur Chen, tu sais, le gars de Bourg-Palette.
- C’est pas celui qui a été tout un temps Maitre de la Ligue ?
- Si, c’est pour cela qu’on lui a donné ce surnom de « scientifique le plus proche des dresseurs ». Et comme il s’est fait pas mal de relations, il est largement bien financé et est prêt à mettre le prix !


Le Maitre de la Ligue est un poste très particulier dans chacune des régions. Il s’agit en quelque sorte du représentant de tous les Dresseurs Pokémon de la région auprès du Gouvernement et des autres Ministres. Contrairement à ceux-ci, qui sont élus entre eux et souvent conseillés par leur prédécesseur, le Maitre de la Ligue est désigné chaque année lors d’une compétition : la Ligue Pokémon. Cependant, un même dresseur peut rester Maitre de la Ligue aussi longtemps qu’il restera invaincu. C’est à lui que revient la désignation des Champions d’ Arènes et membres du Conseil des 4. Ensemble, ils forment la crème des dresseurs de la région qu’ils occupent. Ceux-ci sont alors amenés à collaborer avec l’Etat pour plusieurs tâches.

- Et qu’est-ce qu’il compte faire de toutes ces données ? demanda distraitement Higgs.
- Il compte mettre au point une encyclopédie générale regroupant toutes les espèces de Pokémon et les informations générales s’y rapportant. Le tout dans un appareil à l’usage des dresseurs. C’est formidable non ?

Son ami ne répondit pas. Il continuait d’observer Carine Joëlle s’occuper des clients avec un visage quelque peu contrarié.

- Higgs ? Hey, tu dors ou quoi ?
- Mmmh, quoi ? Pardon, tu disais ?
- Qu’est-ce qui te distrait comme ça ?
demanda Aldebert en promenant son regard dans toute la pièce. Ce ne serait quand même pas la petite Carine qui te met dans cet état ?
- Quoi mais enfin, qu’est-ce que tu racontes !
lança Higgs avec un petit rire nerveux.

Voyant le grand sourire satisfait se dessiner sur le visage de son ami, Higgs soupira. Oui, leur première employée ne le laissait pas indifférent, au contraire. Il ne lui trouvait que des qualités.

- Tu sais, je me dis qu’on devrait faire en sorte que Carine devienne le nouveau visage des Centres Pokémon.
- C’est-à-dire ?
demanda Aldebert, soudain perplexe.
- Carine est une jeune femme charmante et qui ne laisse personne indifférent. Associer le visage d’une jeune femme dévouée et pleine de qualité au concept de Centre Pokémon ne peut que le populariser encore plus.
- Oui, mais nous voulons en installer dans toutes les villes de Kanto et Jotho, Carine ne pourra pas être partout à la fois
, fit remarquer Aldebert.
- Certes, elle restera ici, à Jadielle, mais les futures infirmières que nous embaucherons pourraient tout de même garder quelques … similitudes avec elle.
- Et tu entends quoi par « similitudes » ? Si tu parles de l’uniforme, c’est déj...
- La couleur des yeux, des cheveux et la coiffure
, l’interrompit Higgs. Nous ne devrions recruter que des femmes aux yeux bleus et aux cheveux roses, à qui nous imposerions la coiffure.

Aldebert Caul resta un instant sans bouger, bouche bée, abasourdi, avant de reprendre la parole.

- Mais mon vieux, c’est … surréaliste ! On ne trouvera jamais assez d’employés pour tous les Centres que nous voulons ouvrir !
- Ho, une teinture des cheveux est encore possible
, répliqua Higgs en se pinçant la lèvre. Ou des lentilles pour les yeux …
- Mais et les qualifications requises ?
- Elles n’ont pas besoin de beaucoup de diplômes
, lança Higgs. Une rapide formation suffira.
- Oui, bon, d’accord
, bégaya Caul. Mais… Pourquoi diable veux-tu qu’elles se ressemblent toutes ?
- Pour l’effet mascotte,
répondit simplement son ami. Je sais qu’on a déjà Leveinard, mais si les infirmières se ressemblent toutes en plus, l’effet n’en sera que plus marquant !
- Mouais
, soupira Aldebert. De toute façon, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour. On en reparlera quand on aménagera Argenta, Azuria et Safrania

Higgs ne répondit pas. Il portait de nouveau son regard sur les clients et Carine Joëlle. Il entendit un petit ricanement venant de son ami mais n’y prêta pas attention. Lorsque la porte de l’établissement s’ouvrit sur un nouvel individu, Higgs ne lui accorda d’abord qu’un regard distrait. Mais lorsqu’il vit le visage de ce dernier, il fut soudain frappé d’un mauvais pressentiment.

Le teint de l’homme était d’un mauve très pâle, ce qui en soit était déjà très atypique. Mais contrairement aux autres clients, qui, au contraire de leurs Pokémon, étaient habituellement en bonne santé, celui-ci n’allait clairement pas bien. Il haletait et avait la tremblote. Ses yeux fatigués exposaient de grandes cernes, pires que celles de Dorothéa en période d’examen. Un filet de bave sortait négligemment de sa bouche.

Les dresseurs qui étaient le plus proche de lui s’écartèrent brusquement, la main sur la bouche, comme pris de nausée. Higgs se leva en même temps que l’infirmière Joëlle se dirigeait vers le nouveau venu, apparemment inquiète. Mais avant que quiconque ne puisse réagir, l’homme cracha au visage de Carine une énorme quantité de matière violette.

La femme tomba à genoux et tenta d’enlever avec ses mains un maximum de cette substance, tout en luttant pour ne pas vomir. L’homme dégageait en effet une odeur effroyable. Il continuait d’avancer, cherchant quelque chose du regard. C’est alors qu’un Skelénox se dressa devant ses yeux.

- Amos, Ball’ombr, lança le Professeur Higgs.

Le Spectre s’exécuta directement, projetant l’homme contre le mur de l’établissement. Il poussa quelques gémissements avant qu’un Balignon ne lui saute dessus et ne commence à se tortiller dans tous les sens, laissant échapper un nuage de Spore vertes et jaunes. L’homme éternua, envoyant une petite dose de matière violette sur le Pokémon avant de s’immobiliser. Balignon continua à se secouer frénétiquement, afin de se débarrasser de cette substance étrange et nauséabonde tandis que la rumeur des conversations reprenait parmi les clients, qui manifestaient leur antipathie envers cet étrange individu. Higgs, lui, accourait vers l’infirmière.

- Ça va, mademoiselle ? demanda-t-il d’une voix inquiète.
- Bheu… je me sens pas très bien… répondit-elle avec un haut-le-cœur.
- Venez, Leveinard va s’occuper des clients et le Professeur Caul de cet individu, pas vrai Al’ ?

Aldebert avait déjà rejoint son Balignon et se penchait actuellement sur l’homme paralysé. Il avait mis un chiffon devant son nez et sa bouche pour ne pas avoir à sentir l’odeur nauséabonde qu’il dégageait. Higgs aida Carine à se relever puis la conduisit jusqu’aux vestiaires de l’établissement. Il l’aida à se débarrasser de l’étrange mixture violette tout en la rassurant. Lorsqu’elle manifesta son besoin de prendre une douche, il acquiesça et retourna dans la salle d’attente.

Tous les regards étaient tournés vers l’étrange intrus et Aldebert qui l’examinait tandis que Leveinard prenait en charge les Pokéballs des dresseurs. Voyant que le Pokémon se débrouillait, Higgs se dirigea vers son ami et collègue.

- Tu peux m’expliquer ce qu’il s’est passé ? demanda-t-il d’un ton mécontent.
- Il est mort, chuchota Aldebert, le regard sombre.
- QUOI ? s’exclama Higgs. Mais tes spores ne sont pas censées…
- Ce ne sont pas les Spores de Balignon qui l’ont tué
, répliqua le Professeur Caul. Il était malade ou a été empoisonné, je crois.
- Et le truc qu’il a craché ? C’était quoi ?
- J’en ai pas la moindre idée
, répondit Aldebert. Mais je crois que c’est ce qui l’a fait tomber malade…
- Tu penses qu’il a pu contaminer quelqu’un, alors ?
demanda Higgs, saisi d’horreur. Et … Carine…
- Elle a reçu une dose de plein fouet
, confirma Aldebert. Comme Balignon… Mais il existe un remède.
- Tu viens de me dire que tu ne savais pas ce que c’était
, dit Higgs en plissant les yeux.
- Exact. Mais d’après l’enveloppe que je viens de trouver dans sa poche, quelqu’un veut bien échanger le remède.
- C’est du chantage, alors ? Qu’est-ce qu’il veut ?
- Les Plans de notre machine.


______________________________________________


Erick Kandell revenait du marché avec son Coatox. Ce Pokémon originaire de Sinnoh était extrêmement rare à Kanto, mais il s’en était procuré un lors de ses recherches au Grand Marais de Verchamps. Il était son principal producteur d’échantillons pour ses recherches sur la Toxine des Pokémon. Il avait un sac plein de baies diverses et colorées, destinées à de nouvelles expériences.

Lorsqu’il entra dans son laboratoire, il fut d’abord surpris de voir que la porte n’était pas verrouillée à clé, mais ne s’en inquiéta pas pour autant. Mais quand il vit un homme assis devant son propre ordinateur, il s’arrêta subitement et, de surprise, lâcha son sac, répandant son contenu par terre. Il déglutit en reconnaissant l’homme qu’il avait vu à la télévision un peu plus d’une semaine avant.

- Qu’est-ce que vous foutez dans mon laboratoire !? lança-t-il avec colère.
- Mmmmh ? fit le jeune scientifique en se retournant. Ha ! Dr Kandell, justement, je vous attendais !
- Sortez d’ici
, exigea Erick, le regard sombre, tandis que Coatox manifestait à son tour sa mauvaise humeur par un croassement. Je n’ai rien à vous dire.
- Alors vous ne voulez pas que je vous donne les Plans de Dieu ?
demanda Higgs.

Le Dr Kandell déglutit une nouvelle fois. Alors ainsi ils avaient compris que c’était lui qui était à l’origine de la contamination de leur établissement ? Il pensait pourtant être resté assez discret…

- Vous n’avez rien à faire ici, j’avais imposé mes modalités pour échanger mon antidote contre vos plans de manière anonyme.
- Mais maintenant que nous sommes face à face, pourquoi ne pas régler cela de suite ?
proposa Higgs en souriant.

Erick Kandell se sentait très mal à l’aise. Il n’avait pas prévu de rencontrer un des scientifiques qu’il visait. Qui plus est, le professeur Higgs paraissait si décontracté face à celui qui avait tenté un attentat contre son établissement que le Docteur en toxicologie en perdait ses moyens. On aurait dit que le Professeur Higgs dégageait une sorte d’aura mystérieuse et étouffante, comme si la pression terrestre s’était intensifiée.

- Vous avez parlé des « plans de Dieu », bredouilla l’homme. C’est ainsi que vous l’avez appelée ?
- C’est ainsi que moi je l’appelle
, confirma le jeune scientifique.
- Vous vous rendez compte, alors, des risques que le monde encourt avec votre création ?
- Dieu va changer la face de Monde
, dit Higgs, paisible. Cela ne fait aucun doute.
- Mais en bien ou en mal ?
demanda Kandell en sentant des gouttes de sueur perler à son front. Une telle révolution risque aussi d’entrainer des dérives !
- Des dérives ?
répéta Higgs en élargissant son sourire. Comme quoi ?
- Votre machine, votre Dieu, permet à une Utopie de se réaliser. Hors, toute Utopie a ses points sombres qui se cachent du regard des hommes à première vue ! Le Gouvernement va se mêler de votre histoire et vous pervertira ou vous aliénera ! Puis il y a l’avenir de tous les autres médecins qui est aussi en jeu !
- Vous pensez donc que le Gouvernement risque de nous pervertir ou de nous manipuler ?
demanda Higgs, toujours aussi confiant. Mais mon cher Dr Kandell, et si c’était le contraire qui allait se produire ?
- Comment ça ?
- Je vois que vous avez bien compris quel pouvoir nous offre Dieu
, dit Higgs. Quelle importance grandissante cette machine risque d’avoir sur le monde. Il va sans dire que le Gouvernement voudra se mêler de nos affaires, mais si c’était justement ce que j’attendais ?

Erick Kandell regardait le Professeur Higgs avec un air horrifié. Il avait pensé que ces jeunes inventeurs ne mesuraient pas l’énorme potentiel de leur création, de l’impact qu’ils allaient avoir sur le monde. Mais il s’était trompé. Ce jeune homme en était parfaitement conscient et comptait bien s’en servir. S’il avait éprouvé quelques regrets à lancer son plan pour récupérer les plans, il n’en avait plus désormais.

- Vos machinations ne se réaliseront pas, dit le Dr Kandell en se ressaisissant. Vous allez me donner les plans de votre Dieu et je les rendrais publique, réduisant votre influence à néant.
- Et si je ne vous donnais pas ces plans ?
proposa Higgs en exposant toutes ses dents.
- Je ne vous donnerai pas l’antidote pour sauver votre collègue !
- Si vous parlez d’Aldebert, il n’a pas été contaminé
, dit Higgs. D’ailleurs, il n’y a eu qu’une seule personne à être touchée, l’infirmière Carine Joëlle.
- Et vous la laisseriez mourir pour vos ambitions ?
répondit l’homme, effaré.
- Ho que non, dit Higgs. Cependant, vous nous avez sous-estimés. Nous avons-nous-même fabriqué l’antidote.

Le Dr Kandell se figea un instant, l’air choqué, avant d’éclater de rire.

- C’est du bluff ! lança-t-il. J’ai mis des mois à imaginer cette toxine particulière, et il faudrait être un expert en toxicologie pour imaginer l’antidote ! Et l’expert, ici, c’est moi !
- Vous savez donc que l’organisme de certains Pokémon est capable de transformer le Poison en d’autres substances, plus bénéfiques à l’organisme ?
- Evidemment que je le sais, c’est là-dessus que sont basées toutes mes recherches !
s’exclama le Dr Kandell.
- Le Balignon du Professeur Caul a été en contact direct avec votre mixture, et, contrairement à notre chère infirmière, n’a présenté aucun problème de santé. Grâce à lui, nous avons obtenu de quoi soigner mademoiselle Joëlle. Ho, le mérite revient surtout à Aldebert, je n’ai fait que l‘assister. Il s’est d’ailleurs beaucoup basé sur les recherches d’un certains Dr Kandell.
- C’est impossible…


Le Dr Kandell n’en croyait pas ses oreilles. Non seulement l’homme qu’il avait envoyé n’avait pas réussi à contaminer un des scientifiques, mais en plus ceux-ci avaient trouvé un remède en se basant sur ses propres recherches. Intérieurement, il enrageait.

- J’en conclus que c’est aussi de cette manière que vous avez fabriqué l’antidote ? demanda Higgs en reprenant un air sérieux.
- Ouais… répondit-il. J’ai utilisé un Scorvol et non un Balignon, mais je suppose que c’est pareil.
- Il n’y a donc rien d’autre à faire ?
demanda Higgs en serrant les poings.
- Comment ça ? dit Erick Kandell en relevant la tête.

Le jeune scientifique avait troqué son sourire confiant contre un visage plus renfrogné et colérique, qui aurait eu de quoi effrayer quiconque le regardait. Mais ce changement soudain d’attitude mit la puce à l’oreille du Dr Kandell.

- Il y a quelque chose qui ne va pas ? demanda-t-il.

Soudain, son Coatox vola en l’air, criant de douleur. Il tomba durement sur une armoire et son dresseur vit un Skelénox s’acharner sur lui.

- Hey, qu’est-ce que vous foutez !?
- Votre remède que vous vouliez nous échanger contre Dieu est une vraie daube
, lança Higgs avec colère. Le Poison que vous avez fabriqué reste dans l’organisme et cet antidote ne permet que de stopper momentanément ses effets !
- Quoi ?
s’exclama le Dr Kandell, effaré. Mais je l’ai testé sur…
- Miranda et John Estman
, compléta Higgs. La femme et le fils de l’homme que vous avez envoyé chez nous. C’est une amie qui m’a aidé à les trouver. Je reviens de leur domicile. N’ayant pas eu de nouvelles doses d’antidote depuis vos fameux tests, ils sont morts à leur tour. Votre procédé est incomplet. Vous étiez tellement pressé que vous n’avez même pas fait d’analyses complémentaires !

Erick Kandell était bouche bée. Il avait lui-même synthétisé ce Poison à base de la Toxine Pokémon pour en faire une vraie malédiction pour l’organisme. En apprenant l’existence de Dieu via les médias, et par peur de l’influence que cette machine allait avoir, il avait eu l’idée de se servir de son Poison et avait accéléré les tests. Il avait fabriqué son antidote et l’avait rapidement testé sur une famille de Parmanie. Il pensait que cela avait été un succès, mais il s’était trompé. Il avait tué toute une famille pour échouer dans ses plans.

Subitement, le Dr Kandell ricana, s’attirant le regard noir du Professeur Higgs. Il éclata d’un rire de folie tandis que Skelénox achevait son Pokémon. Higgs avait bluffé ! Il n’avait pas tout perdu finalement !

- Dans ce cas, votre infirmière va mourir ! lança-t-il. Et malgré votre Dieu, vous ne pourrez pas la sauver.
- C’est votre faute
, dit Higgs.
- Ho en partie seulement ! Sans votre machine, rien de tout cela ne ser…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Amos, le Skelénox, s’était jeté sur lui pour lui faire subir le même sort qu’à son Pokémon. Erick Kandell cria et se débattit de toutes ses forces, mais le Spectre, malgré sa taille modeste, était bien plus hargneux que ce qu’il laissait croire. Le Professeur Higgs, quant à lui, regarda son Pokémon s’acharner sur ce stupide toxicologue. Il avait espéré que la solution d’Aldebert était provisoire et que le Professeur avait un autre antidote en réserve, mais rien qu’à la vue de la famille Estman, il avait perdu une grande partie de ses espoirs. Carine Joëlle était condamnée à devoir prendre toute sa vie l’antidote. Mais un jour, celui-ci ne suffirait plus, et le Poison prendrait le dessus…

Lorsqu’Amos eut terminé, le professeur Higgs répandit de l’essence dans tout le laboratoire. Il avait déjà récupérer les fichiers des recherches de Kandell sur une clé USB, histoire de ne pas perdre tout ce que le Professeur avait fait. Qui sait, cela pourrait toujours servir un jour ? Puis il quitta le laboratoire tandis que son Pokémon déposait un simple Feu Follet sur place.

________________________________________


- Alors ? demanda Dorothéa en voyant son ami rentrer dans le Centre Pokémon.
- Alors Kandell était un illustre idiot, répondit Higgs, désappointé. Son remède était le même que ce que nous avions fabriqué.
- Je suis désolée…
- Tu n’as pas à l’être, tu as tout fais pour nous aider
, dit Aldebert en souriant à Dorothéa.

La jeune femme s’était en effet fortement investie dans cette affaire en découvrant l’identité d’Ernest Estman et en remontant jusqu’à sa famille à Parmanie, puis en découvrant l’existence d’un Dr en Toxicologie Pokémon dans les environs de la ville.

- Mais ça ne change rien, elle va mourir…, dit Higgs en se mordant les lèvres.
- Pas de suite, dit Aldebert. Elle aura une vie totalement normale pendant encore une bonne dizaine d’année ! Et si nécessaire, il suffira d’augmenter la dose…
- Mais elle finira par y succomber
, répliqua Higgs. Et c’est notre faute.
- Ne dis pas de bêtises !
s’écria Dorothéa. C’est ce connard de Dr Kandell le responsable ! Qu’est-ce qu’il a dit d’ailleurs ?
- Il n’était pas au courant que ce n’était pas suffisant. Il a eu l’air très affecté quand je lui ai dit que les Estman étaient tous morts.
- Il devra vivre avec la responsabilité de leur mort sur la conscience
, dit Aldebert d'un ton grave en soupirant.
- C’est cela… répondit Higgs en cachant un petit sourire.

Son regard se porta sur Dieu, la machine qu’il avait conçu avec Aldebert. Ils avaient beau avoir accompli un miracle pour la médecine, ils étaient encore incapables de soigner une vie humaine. Mais les pouvoirs que Dieu allait lui conférer dans le futur ferait bientôt de lui l’un des hommes les plus influents de la Planète. Et, à la toute fin, il pourra enfin réaliser une vieille promesse…

Posté à 23h30 le 22/01/18

Rapion/Drascore ...

Rapion et Drascore




Scorpions



Ces deux Pokémon sont évidemment inspirés de l'ordre des Scorpions, un ordre d'Arthropode de la classe des arachnides, qui se distingue de leurs cousines araignées par leurs pinces au bout des pattes avants, ainsi que par un aiguillon au bout de l'abdomen, souvent venimeux.


Un zouli scorpion


Les caractéristiques que partagent nos Pokémon avec les Scorpions sont assez simple à apercevoir. Tout comme eux, ils sont venimeux. Le bout de leur abdomen est développé de la même manière que chez les scorpions, mais, au bout, on retrouve plutôt une nouvelle pince. Chez Rapion, il n'y a pas de pinces à la paire de patte de devant, alors que c'est bien le cas chez Drascore.

La structure de leur corps, c'est-à-dire la division de son corps en plusieurs "fragments", est aussi visible chez les scorpions.

Thelyphonidae



Les deux Pokémon partagent aussi des caractéristiques avec des araignées de la famille des Thelyphonidae


Cette image est dédiée à tous les arachnophobes d'Arcane


Ces araignées possède un corps assez semblable en apparence aux scorpions, avec lesquelles on les confond parfois. La flagelle au bout de leur abdomen est plus mobile que celle d'un scorpion habituel, et possède des glandes répulsives.Le principal lien qui relie les Thelyphonidae (c'est une torture à écrire, je ne remercie pas le scientifique qui lui a donné ce nom) à nos Pokémon, c'est que le corps de l'arthropode et celui de Drascore sont composés de 12 segments chacun. (Attention, ça dépend de ce que vous comptez comme fragments et c'est clairement un peu subjectif... )

Puis vous avez vu ses jolies mandibules?

Les Scorpions de mer



Les scorpions de mer, ou Euryptérides, sont un ordre d'arthropode éteint ayant vécu du Silurien au Permien. Comme leur nom l'indique, ils sont fort semblables aux scorpions actuels. Certains disposaient même d'un aiguillon au bout de l'abdomen, comme les nôtres. Fort semblables, disions nous. Si ce n'est leur taille, bien plus proche de notre Drascore. En effet, certaines espèce étaient capables d'atteindre 2m et plus! Ils occupaient d'ailleurs le haut de la chaine alimentaire de l'époque.


Alors, c'est sûr qu'aller à la plage avec ces petites choses, c'est pas très encourageant.


Le lien avec nos Pokémon ne s'arrête pas là, puisque ceux-ci appartiennent au groupe de reproduction aquatique 3, qui regroupe aussi, entre-autre, Anorith, Colhomard, etc... Et affirme donc les origines aquatiques de notre Pokémon.

Posté à 09h41 le 17/01/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...

L'an 2 avant Dieu: l'Année de l'insouciance



D'après Albert Einstein :
Les amères leçons du passé doivent être réapprises sans cesse.


Dans l’amphithéâtre numéro 5 de l’Université de Jadielle, le Professeur Edwin Schrödinger était en train d’expliquer à ses étudiants le fonctionnement d’une Poké-Ball classique. Originaire d’Unys, cet homme âgé d’une cinquantaine d’année et à la moustache bien fournie était une pointure de la science, reconnu sur toute la planète, que ce soit en physique quantique ou en biologie. Et c’était justement un mix des deux qui lui avait permis, une trentaine d’année auparavant, de perfectionner le système de Poké-Ball et d’inscrire son nom dans l’histoire.

Le Professeur Schrödinger était d’ordinaire très apprécié par ses étudiants, tant par son enthousiasme que par ses cours passionnants. Malheureusement, quand il s’agissait d’expliquer le système qu’il avait lui-même mis au point pour améliorer les Poké-Ball, il devenait tout de suite plus ennuyant et compliqué à suivre. Il entrait dans des termes très techniques qu’il passait ensuite près de vingt minutes à expliquer. A cela il ajoutait quelques anecdotes personnelles, mais qui n’apportaient pas nécessairement grand-chose à la compréhension. Pour couronner le tout, cette matière qui aurait pu être vue en à peu près deux heures de cours avec un autre enseignant, était passée tellement au peigne fin par cet expert que c’était déjà la huitième séance que la classe passait à l’écouter et que tout le monde s’était déjà approprié les notes d’autres classes. Même son Chacripan, qui l’accompagnait d’ordinaire lors de ses cours, s’était endormi sur son bureau.

Aussi n’était-il pas étonnant que la plupart des étudiants n’écoute que d’une oreille, voir même fasse complètement autre chose. C’était le cas de Remus et Oscha Higgs, des jumeaux, ainsi que de leur meilleur ami, Aldebert Caul. Remus et Aldebert étaient en pleine partie d’échec, dont ils avaient caché le plateau de jeu sur une chaise libre entre eux. Oscha, lui, les regardait distraitement, commentant parfois certains coups, tout en lisant la Gazette de Jade, le journal de la ville. Tous les trois se connaissaient depuis déjà sept ans. Ils s’étaient rencontrés dans cette même université et partageaient la même précocité dans les études. Ils étaient considérés par leurs professeurs comme de véritables génies, la nouvelle génération de scientifiques. Ils trainaient à l’université depuis cette année-là et avaient enchainé à une vitesse incroyable les différents diplômes et doctorats. Médecine, Physique, Chimie, Mathématiques et, enfin, Biologie, qu’ils termineront cette année. Ils faisaient presque partie des meubles de l’Université de Jadielle, mais aucun d’eux ne savait réellement quoi faire une fois leurs études terminées.

- Tient ? s’étonna Oscha sans détourner le regard de son journal. Ils parlent encore du Tyranocif…
- De quoi
, s’étonna Aldebert en relevant la tête.
- Depuis quelques jours, il y aurait un Tyranocif qui ferait des siennes. Ça a commencé sur la Route Victoire avec plusieurs témoignages, et apparemment, le Pokémon se rapproche de Jadielle.
- Il doit venir du Mont Argenté
, commenta distraitement Remus en prenant le second Fou d’Aldebert avec son Cavalier. C’est là-bas que vivent les Embrylex et Ymphect, même s’il est très rare de voir un Tyranocif.
- D’après la gazette, deux touristes l’auraient échappé belle hier dans l’après-midi
, précisa Oscha. Ils parlent d’annuler certains évènements par mesure de sécurité si le Pokémon continue de se rapprocher.
- Espérons qu’ils n’annulent pas la soirée de demain
, dit Aldebert. Ce serait dommage de rater ça.
- Ouais, encore faudrait-il que notre père nous laisse sortir
, répliqua Remus dans un rire nerveux.
- Dans l’histoire, c’est plutôt lui le Tyran, précisa Oscha. On ne peut quasiment jamais sortir de chez nous.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi
, confia Aldebert en prenant le Cavalier de son adversaire avec sa Tour. C’est pas comme si vous étiez en difficulté scol…
- Mr Caul !
lança soudainement la voix exaspérée du Professeur Schrödinger. Puisque vous êtes si attentif, pouvez-vous me dire ce qu’il se passe dans une Poké-ball une fois le Pokémon changé en particule de type Photon ?
- Heu, oui oui, bien sûr
, bredouilla Aldebert. L’intérieur des Balls est rempli de sortes de miroirs, qui renvoient ainsi les particules du Pokémon à l’infini. C’est le système élaboré que vous nous aviez expliqué hier qui permet au Pokémon de se maintenir à cet état dit de « Lumière de Schrödinger ». Ainsi, quand la Ball s’ouvre, ce trajet se termine et le Pokémon sort et n’est plus influencé par la Ball, reprenant ainsi la même forme que lorsqu’il était entré la dernière fois.*
- Très bien, je vois qu’au moins, il vous reste des idées de quand vous suiviez mes cours de Physique
, lança le Professeur en souriant. Maintenant, laissez-moi vous parler du Paradoxe dit du Chacripan.


* L'explication proposée ici est basée sur un article.
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Plus tard dans la journée, après les cours, Oscha, Remus et Aldebert se retrouvèrent ensemble au Laboratoire Numéro 7. C’était toujours dans ce laboratoire de l’Université qu’ils travaillaient ensemble sur leurs différents projets, qu’ils soient scolaires ou plus privés. Même les professeurs de l’Université l’avaient rebaptisé « Le Labo des trois cerveaux » et le Directeur avait fini par leur donner un double des clés. Après tout, il s’agissait de ses meilleurs et plus anciens étudiants, et ça leur enlevait un prétexte pour venir l’enquiquiner dans son bureau.

Ce jour-là, et depuis déjà une semaine, ils étudiaient le Pokémon Soporifik, une espèce native de l’Etat Kanto-Jotho, mais qui partageaient plusieurs caractéristiques avec Munna, qui lui venait d’Unys. En effet, il s’agit des deux seules races existantes à se nourrir exclusivement des Rêves des humains et Pokémon. Au départ, via quelques expériences, les trois jeunes scientifiques étudiaient la manière dont les rêves étaient transformés par l’organisme et examinaient le cerveau des Ratata Cobayes via des Rayon X. Malheureusement, la technologie n’était pas encore en mesure d’apporter beaucoup de réponse et ils se creusaient tous les trois les méninges pour mieux comprendre le mode de vie du Pokémon.

Ayant finalement mis de côté cette recherche, ils avaient décidé de se pencher sur la façon dont Soporifik endormait ses victimes. On savait déjà depuis longtemps comment fonctionnait le Pendule d’Hypnomade, l’évolution de Soporifik, mais ce dernier n’en disposait pas avant d’évoluer. Beaucoup de gens affirmaient que c’était les mouvements de bras de Soporifik qui faisaient office de pendule et les trois jeunes étaient décidés à réfuter cette théorie.

En effet, pour vérifier l’hypothèse de départ, ils avaient mis au point une petite expérience. Ils avaient filmé leur Soporifik endormir un Pokémon avec succès puis avait fait passé la séquence vidéo à des Pokémon et sur eux-mêmes. Et les résultats étaient clairs : personne ne s’était endormi en observant Soporifik danser.

Cependant, cela ne suffisait en rien, car il fallait toujours expliquer comment s’y prenait le Pokémon pour hypnotiser ses proies. Si les frères Higgs séchaient quelque peu sur la question, Aldebert était au taquet et testait quelques échantillons récupérés la veille.

- On peut savoir ce que tu cherches avec son urine, Aldebert ? demanda Remus avec un petit rire en regardant son ami s’appliquer au microscope.
- C’est pas de l’urine, patate, c’est sa transpiration. J’ai constaté que Soporifik produisait pas mal de sueur en bougeant ses bras.
- Ouais, et alors ?
répondit Remus en fronçant les sourcils. C’est plutôt normal, non ?
- Oui, mais je crois que notre somnifère se trouve dans sa transpiration, ou alors qu’il produit autre chose en même temps…
- C’est-à-dire ?
intervint Oscha en se rapprochant.
- Lorsque nous avons observé les différentes capacités que Soporifik peut apprendre, j’ai remarqué qu’il apprenait Gaz Toxik.
- En effet
, confirma Remus en acquiesçant.
- Et il s’agit même, tenez-vous bien, du seul Pokémon qui ne soit pas de type Poison à apprendre cette capacité et, donc, à pouvoir empoisonner ses victimes…
- Avec un gaz !
s’exclama Oscha. Je crois que je vois où tu veux en venir !
- Moi aussi,
poursuivit son frère. Tu penses qu’en plus de pouvoir empoisonner, Soporifik produit aussi un Gaz avec des vertus anesthésiantes ?
- C’est cela !
confirma Aldebert dans un sourire. La petite danse des bras qu’il fait pour endormir ses victimes lui permettrait de libérer son Gaz et de le diriger vers sa proie.
- La nature est bien faite
, commenta Oscha. Tu comptes le prouver comment ?
- En isolant un peu de ce gaz grâce à la transpiration, nous devrions pouvoir le tester sur nos Rattata de laboratoire, non ?
- Bonne idée
, répondit Remus. Essaye de voir comment faire, moi et Oscha, on va faire bouger Soporifik pour obtenir un peu plus de sueur et de gaz.

Et c’est ainsi que, le lendemain matin, les trois jeunes scientifiques testèrent le fameux Gaz Soporifik pour la première fois. Ce fut rapidement un succès car 100% des Ratata testés s’endormirent avec une faible dose. Il s’agissait cependant d’un gaz assez volatile, qui se dissipait donc assez facilement dans l’air et il fallait donc correctement le diriger, à la manière de Soporifik avec ses bras, ou encore l’appliquer directement dans les narines du Pokémon. Quoiqu’il en soit, il s’agissait là d’un nouveau succès de cette jeune équipe.

Pendant le reste de la journée, au lieu de se reposer ou d’assister à la dernière leçon du professeur Schrödinger, ils récoltèrent un maximum de sueur, au grand dam de leur Soporifik, et décidèrent de stocker le Gaz dans de petits flacons de parfum. Par pure excentricité, Aldebert, qui avait testé le gaz sur lui-même, décida d’essayer de donner une odeur plus agréable au Gaz et le mélangea avec divers parfum : Framboise, Fraise, Orange et Citron.

Cette journée se déroula sans qu’aucun d’eux ne voie le temps passer. Ce n’est que lorsque l’estomac d’Aldebert cria à famine qu’ils remarquèrent qu’il était déjà 17 heure. Ils se dirent à ce soir et rentrèrent ensuite chez eux, afin de se préparer pour la soirée qui les attendait.

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Le père de Rémus et Oscha, Robert Higgs, était un grand architecte de la région. Grâce à son influence et à son amitié avec le Ministres de l’Urbanisme et celui des Travaux, il avait remporté plusieurs contrats juteux, notamment la fabrication et la rénovation de différentes Arènes de la région. Ainsi, les Higgs étaient une de ses riches familles pour qui l’argent était loin d’être un problème. Ils vivaient dans une grande maison, presque un manoir, rempli de différentes décoration à la gloire de l’architecte. Qu’il s’agisse de photos le montrant à la pêche avec un ministre, un contrat encadré comme un diplôme, des articles de journal ou, mieux, un de ses trophées de chasse, il n’y avait pas un seul mur vide.

Très ambitieux pour ses enfants, Robert Higgs ne cessait de les pousser dans différentes voies qu’il jugeait digne d’intérêt, avec une préférence pour le bâtiment. Cependant, s’il racontait avec fierté à quiconque voulait l’entendre que ses jumeaux étaient déjà surdiplômés pour leur âge, il voyait d’un œil assez mauvais les secteurs que ceux-ci avaient finalement choisis. Il jugeait en effet que les sciences n’étaient qu’un domaine trop restreint pour toucher les gens. Le fait qu’il ne comprenne pas lui-même la moitié de ce que faisaient ses garçons le poussait en plus à croire que cela ne rimait à rien. Ils avaient beau être très intelligents, ils ne pouvaient quand même pas l’être plus que lui…

Malgré tout, il s’inquiétait de leur avenir et leur avait plusieurs fois proposé des places dans de grands laboratoires de recherche dont il avait eu vent grâce à ses relations. Mais ses fils, pas pressés de travailler pour quelqu’un et de perdre ainsi le peu de liberté qu’ils avaient dans leurs expériences, avaient toujours refusé, ce qui ne plaisait pas au père. Aussi se montrait-il de plus en plus tyrannique avec eux. S’ils voulaient rester à l’Université, très bien, mais alors, qu’ils soient les meilleurs ! Qu’ils soient à la hauteur de leur illustre famille ! Et pour cela, aucune récréation n’était autorisée, même pendant les vacances et jours fériés où les jumeaux devaient le suivre à contrecœur sur les chantiers pour y apprendre le métier à la source. Son rêve secret était évidemment qu’ils finissent par abandonner ces niaiseries scientifiques au profit de l’architecture, afin que prospère son empire.

Remus et Oscha n’appréciaient pas beaucoup leur père. Ils savaient quel dédain celui-ci éprouvait pour les matières dans lesquelles ils excellaient, même s’il ne le disait pas directement. Il refusait qu’ils travaillent pour autre chose que pour l’Université ou sur les chantiers, aussi lui mentaient-ils sur les horaires afin de pouvoir participer à leurs projets personnels avec Aldebert. Son emprise sur leurs libertés de sortie était aussi une des nombreuses raisons pour lesquelles ils se seraient bien sauvés de la maison, s’ils n’avaient pas eu des remords à laisser leur mère derrière eux. Olivia Higgs était une femme fragile et souvent malade, mais très effacée par rapport à son mari. Il n’y en avait toujours que pour lui et elle restait bien souvent silencieuse. Pourtant, elle s’était toujours montrée très affectueuse envers ses garçons et c’est la raison pour laquelle ni Remus ni Oscha ne souhaitait prendre leur liberté tout de suite.

Ce soir-là, au dîner, Robert Higgs racontait pour la cinquième fois déjà son rendez-vous avec un entrepreneur de Carmin-Sur-Mer au sujet d’un immeuble à construire tandis que sa femme et ses enfants faisaient semblant d’écouter en mangeant leur soupe. Soudainement, Remus posa sa cuillère et, déterminé, interrompit son père en plein milieu de son récit.

- Papa ? Est-ce qu’on peut sortir ce soir au Nosferalto, Oscha et moi ?

Son père se figea, la bouche encore grande ouverte. Il jetait un regard noir sur Remus qui ne se montrait pas déstabilisé pour autant. Oscha et Olivia retenaient leur souffle, en l’attente de la réponse de l’architecte.

- C’est hors de question. Vous avez cours demain, répondit-il en pointant sa cuillère vers lui.
- Parce que c’est vraiment ce qui influence ta décision ? demanda Remus en se renfrognant.
- En partie, dit son père. Maintenant, mange ta soupe et laisse-moi terminer mon histoire, c’est très impoli d’inter…
- Maman, qu’est-ce que tu en penses, toi ?
poursuivit Remus en se tournant vers elle tandis que son père s’étouffait, ayant mal avalé sa soupe.
- Je n’y vois pas vraiment d’inconvénients… dit-elle d’une voix faible pendant que son mari toussait.
- Donc tu veux bien qu’on y aille, conclut Remus.
- Tu es sourd ou quoi !? s’écria l’architecte en se reprenant enfin. C’est moi qui décide dans cette maison et j’ai dit non !
- Maman aussi a son mot à dire !
s’exclama Remus, l’air indigné. Puis on a 23 ans, merde, on est adulte, on a le droit de sortir avec nos amis !
- Vos amis ?
répéta son père en ricanant. Tu parles de cet idiot d’Albert et de cette parvenue de Dorothée ?
- C’est Aldebert et Dorothéa
, intervint calmement Oscha en voyant son frère prêt à répliquer violemment. Et Aldebert est surement dix fois plus intelligent qu’un individu normal.
- Et Dorothéa n’est pas une parvenue, c’est une jeune fille brillante !
continua Remus.
- Allons bon ! reprit le père. Vous n’êtes pas n’importe qui ! Vous êtes mes enfants, des Higgs ! Vous ne pouvez vous contenter de côtoyer la plèbe ! Un peu d’ambition que diable !
- Tu te rends compte de ce que tu rac…
commença vivement Remus avant que son frère ne lui fasse signe d’arrêter.
- C’est bon, on a compris, papa, dit son frère avec calme. On laisse tomber, on n’ira pas à cette soirée.
- Mais Oscha !
répliqua Remus, surpris.
- C’est pas la peine, Remus, répondit celui-ci. Papa a raison, nous ne sommes pas n’importe qui…
- Enfin, vous comprenez
, lança le père d’une voix satisfaite en se servant un verre de vin. Vous devez avoir de l’ambition si vous voulez réussir dans la vie ! Et travailler un maximum à l’école.
- Tu as raison, papa
, acquiesça Oscha sous le regard indigné de son frère. D’ailleurs, en chimie aujourd’hui, on a fabriqué des parfums, ça te dirait d’en essayer un ?

Le sourire regagna le visage de Remus, qui savait exactement où son frère voulait en venir, tandis que leur mère sembla étonnée. Ses fils étaient déjà diplômés en chimie et elle ignorait qu’ils suivaient encore des cours dans cette matière. Son mari, lui, haussa les sourcils.

- Pourquoi pas, je verrai ça après le repas, dit-il en soupirant.

Le regard d’Oscha croisa celui de son frère, qui semblait calmé. Il lui adressa un clin d’œil et continua de manger en songeant à la soirée à venir et aux quelques flacon de Gaz Soporifik qu’ils avaient ramenés du laboratoire numéro 7.

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Ainsi, plus tard dans la soirée, les deux frères Higgs arrivèrent au Nosferalto, une salle de fête régulièrement louée pour des soirées entre jeunes. La musique tournait à fond et on l’entendait distinctement de l’extérieur, au grand dam des voisins. A l’intérieur, il y avait un bar où l’on servait plusieurs types de boisson, du soft à l’alcool fort, en passant par la bière classique. Le Nosferalto disposait aussi d’une grande cour dans laquelle des stands de nourriture s’étaient établis pour la soirée. Quelques jeunes y exposaient aussi leurs Pokémon pour se vanter auprès des autres. Parfois, l’alcool aidant, une bagarre ou un combat commençait, mais deux vigiles et leurs Machoppeur veillaient au grain.

Aldebert Caul et Dorothéa Crowfoot attendaient les Higgs à l’entrée. La jeune fille avait un an de moins qu’eux. Elle avait des cheveux roux, des yeux bleus et faisait environ 1m65. Elle les avait rencontrés deux ans auparavant, lorsqu’elle était arrivée à l’Université de Jadielle pour suivre les cours de Physique en même temps qu’eux. Alors qu’elle avait été habituée à être la première de classe, elle était d’abord tombée de haut en vue des résultats exceptionnels des trois garçons. Sa jalousie se transforma cependant bien vite en amitié et, depuis, elle traine beaucoup avec les trois Cerveaux. Il s’agissait par ailleurs d’une des rares personnes à ne pas confondre Remus avec son frère et vice-versa, avec leurs parents et Aldebert. Ce dernier pensait d’ailleurs que la jeune fille avait un faible pour Remus, même si celui-ci n’y prêtait pas attention. Elle poursuivait toujours les études de Physique dont elle était redevenue la meilleure étudiante quand ses trois amis eurent terminé avec brio leurs trois années condensée en une, mais elle envisageait de poursuivre ensuite sur la Biologie. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’elle passe ses heures de fourche au Laboratoire Numéro 7 pour les assister ou par simple curiosité.

Ils entrèrent ensemble dans le Nosferalto et la soirée commença. On riait, on dansait, on buvait, on s’amusait. C’était vraiment une belle soirée. Aux environs de deux heures du matin, ils sortirent prendre l’air dans la cour et s’isolèrent pour parler. Les deux frères leur racontèrent alors comment ils étaient parvenus à échapper à l’emprise de leur père, en utilisant le Gaz Soporifik qu’ils avaient récupéré avec Aldebert en journée et avec la complicité de leur mère, qui leur avait assuré qu’elle trouverait un mensonge à raconter à son mari lorsqu’il se réveillerait.

- Je comprends pas pourquoi il veut pas vous laisser sortir, dit Dorothéa. On a même pas cours demain, c’est samedi !
- Bha en fait, on lui a un peu menti
, répondit Remus.
- On lui a dit qu’on avait cours le samedi pour notre cursus spécial, compléta Oscha. C’est juste un prétexte pour aller travailler au Laboratoire Numéro 7 sur nos différents projets.
- Parce qu’on sera en état de faire quelque chose demain ?
demanda Aldebert, appuyé contre un arbre en essayant de boire dans son verre déjà vide.
- Surement pas autant que d’habitude, confirma Remus en riant. Mais c’est toujours mieux que de finir sur un de ses fichus chantiers.
- Laissez tomber, les gars
, dit Dorothéa. Les vieux sont souvent des imbéciles qui ne comprennent rien à la jeunesse. Je vais chercher à boire, c’est mon tour, je prends pareil ?
- C’est pas de refus
, lança Aldebert en perdant l’équilibre pendant quelques secondes.

Dorothéa eut un petit rire puis s’éloigna des Cerveaux en direction du bar. Mais elle n’était pas encore parvenue à l’encadrement de la porte que des cris d’angoisse et de panique retentirent à ses oreilles et, quand elle se retourna pour voir ce qu’il se passait, elle crut d’abord que la boisson lui faisait avoir des hallucinations.

Une quarantaine de jeunes s’éloignait le plus rapidement possible du grillage qui avait été brisé par une créature d’environ deux mètres. Celle-ci avait des airs de reptile et se tenait sur deux pattes. Elle avait une longue queue et son corps, illuminé par différents lampion, était recouvert d’une épaisse cuirasse verte. Des sortes de pics sortaient de son dos et de ses épaules. La créature rugit et, oubliant les boissons, Dorothéa prit la fuite en même temps que d’autres jeunes pour se réfugier à l’intérieur du Nosferalto.

Aldebert, Remus et Oscha étaient restés figés sur place en voyant le Pokémon débarquer. C’était la première fois qu’ils voyaient un Tyranocif en dehors des images de livres. Le Pokémon n’avait eu aucun mal à se frayer un chemin en explosant la clôture et il se dirigeait vers un stand de saucisses abandonné par son gérant. Les rares jeunes restés sur place n’osaient pas bouger face à ce véritable monstre du muscle et de pierre.

Le Tyranocif se servit allègrement de la viande présente, cuite ou non. La musique du Nosferalto avait cessé et les deux hommes baraqués chargés de la sécurité et leurs Machoppeur en sortirent, l’air abasourdi. Les deux Pokémon se rapprochèrent alors prudemment du Tyranocif, en évitant d’attirer son attention.

- C’est celui du journal, tu crois ? demanda Remus
- Pas de doutes possibles, répondit son frère d’une voix tremblante.
- C’est pas bon signe, commenta Aldebert, qui semblait soudainement avoir récupéré ses esprits malgré la boisson.

Les Machoppeur étaient passés à l’attaquent en assénant au Tyranocif une série de Poing-Karaté. Le Pokémon avait crié de douleur avant de projeter ses adversaires contre leurs dresseurs à coup de Draco-queue. Ainsi poussés contre le mur, l’un des Pokémon semblait déjà KO et son dresseur peinait à se dégager tandis que l’autre était déjà debout, mais que son partenaire tenait son bras comme s’il souffrait. S’il semblait avoir été jusqu’ici motivé par la simple faim, le Tyranocif paraissait directement plus menaçant à ce moment, en colère contre ces gens qui l’avaient attaqué. Il se dirigeait en grognant vers ceux qui avaient osé s’en prendre à lui. Trop intimidé, le vigile qui était debout rappela son Pokémon et s’enfuit sans demander son reste à l’intérieur du Nosferalto, abandonnant son collègue qui l’insultait. Mais les jurons cessèrent quand le gigantesque Pokémon sauvage continua de se rapprocher. Il poussa un rugissement, dévoilant sa rangée de dents pointues, et s’apprêta à mordre dans ses agresseurs.

Mais avant qu’il ne puisse plonger ses crocs dans la chair de ses proies, le Pokémon ressentit un léger vent désagréable lui chatouiller la tête. Le Pokémon s’arrêta et tourna la tête pour voir Remus Higgs et son Fluvetin. C’était le Pokémon qui venait d’utiliser Vent féérique. Abandonnant l’homme et Machoppeur, le Tyranocif fit un pas vers le jeune homme et poussa un rugissement pour l’intimider. Mais même si les jambes de Remus tremblotaient sans qu’il puisse les contrôler, l’étudiant ne voulait pas fuir.

Soudain, une autre attaque toucha le Tyranocif, dans le dos cette fois. Il s’agissait des petits coups répétés de Balle-Graine, une capacité lancée par le Balignon d’Aldebert. Lui aussi était là, prêt à venir en aide au vigile. Le Tyranocif allait répéter son rugissement, mais un Flash lumineux l’aveugla subitement, causé par le Nucléos d’Oscha. Lorsqu’il put voir à nouveau, les trois jeunes étudiants étaient juste en face de lui, avec chacun une petite bouteille en main, qu’ils lui lancèrent au visage. Le Pokémon recula mais les flacons de parfum se brisèrent sur sa peau. Il n’avait pas eu mal, mais une agréable odeur de fruit emplit ses narines.

Le Pokémon fit un pas en arrière. Sa vision devenait floue et il se sentait brusquement fatigué, pâteux. Et, sans pouvoir se retenir plus longtemps, le Tyranocif s’écroula par terre, manquant d’écraser Oscha sous son poids, endormi.

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- C’est une occasion unique d’étudier ce Pokémon de plus près, murmura le Professeur Schrödinger en caressant la tête du Tyranocif. Heureusement que vous étiez là, jeunes gens…

Le Tyranocif sauvage avait été amené au Laboratoire Numéro 7. Par mesure de sécurité, il avait été placé dans une grande cage en verre quasi incassable, du même type que celle utilisée par les zoos, et certains de ses membres, dont sa queue, avaient été attachés avec des cordes pour éviter tous mouvements brusques. Le Pokémon s’était montré très agressif et grognon à son réveil, mais lorsqu’il avait remarqué la grande quantité de nourriture que les étudiants lui avaient laissée, il s’était tout de suite montré plus docile. Le Directeur de l’Université avait accepté qu’ils étudient le Pokémon sauvage de plus près, mais à condition d’être encadrés par un spécialiste. Le professeur Schrödinger s’était tout de suite porté volontaire pour aider ses meilleurs éléments. Bien sûr, de nombreuses mesures de sécurité avaient été prises et personne ne restait à l’intérieur de la cage plus longtemps que deux minutes. Heureusement, le ventre plein, le Pokémon était bien moins dangereux.

- Je me demande quand même pourquoi vous avez donné de faux noms aux journalistes, dit le Professeur Schrödinger.
- On ne voulait pas que notre père soit au courant, bredouilla Remus. Il nous aurait tués s’il savait qu’on avait fait le mur…
- M’enfin, vous avez bien le droit à un peu de détente quand même, à votre âge… Bon, j’ai terminé.


Le Professeur laissa le Pokémon continuer de manger et se dirigea vers la porte en verre que Dorothéa lui ouvrit. La jeune fille avait décidé d’abandonner son samedi pour prêter main forte à ses amis et aussi pour voir de plus près le fameux Pokémon qui avait terrorisé tant de gens la veille. Ils avaient placé dans la nourriture des antidouleurs afin qu’il ne remarque pas que le Professeur lui prélevait un échantillon de sang. Leur première tentative s’était soldée par un échec, car la seringue s’était tout simplement brisée sur la peau rocheuse du Pokémon et ils avaient dû utiliser une seringue plus adaptée.

Pendant toute la matinée, les étudiants et leur professeur observèrent le Tyranocif, tout en prenant des notes. Ils analysèrent aussi son sang en le passant au microscope puis en lui faisant passer une série de test divers pour contrôler l’état de santé du Pokémon. Remus était particulièrement soucieux du bien-être du Pokémon. Il avait bandé quelques-unes de ses blessures et avait appliqué sur certains coups un onguent pour le soigner plus rapidement.

- J’ai les résultats du test immunologique, annonça Oscha. Et c’est très intéressant…
- Le quoi ?
demanda Dorothéa en faisant la grimace.
- C’est pour en savoir plus sur son système immunitaire, répondit Remus. Pour voir s’il est malade ou s’il a attrapé des maladies par le passé par exemple.
- D’après notre test, ce Tyranocif serait infecté par le Pokérus.
- Vraiment !?
s’exclama le professeur Schrödinger. Nom d’un Chacripan, comme c’est épatant !
- Ça pourrait expliquer l’agressivité dont il a pu faire preuve
, fit remarquer Aldebert.
- Heu, et c’est quoi comme maladie, le Pokérus ? demanda la jeune fille en se grattant la tête.
- C’est un virus assez rare qui infecte les Pokémon, répondit Oscha. Et plus particulièrement les cellules nerveuses et musculaires. On pense qu’il existerait différentes souches qui viseraient différents type de cellules, mais le résultat est toujours le même.
- C’est donc une maladie ?
s’enquit Dorothéa. Et c’est grave ou … ?
- Non, au contraire
, lança Remus en riant. Le Pokérus a besoin que son hôte reste en vie et favorise sa survie de différentes manières.
- Mais il s’agit encore d’un virus assez mal connu
, précisa Edwin Schrödinger. En effet, nous ne savons pas s’il rend directement plus agressif. Il peut s’agir d’une conséquence du développement amélioré des muscles, comme ça peut être le contraire qui se passe. Peut-être même que le Pokérus agit-il sur les deux symptômes directement ? Les études à son sujet sont assez compliquées car il s’agit de cas plutôt rares. En effet, le virus ne reste transmissible qu’un nombre limité de jour et on estime que seulement 1 Pokémon sur 20 000 en est affecté dans la nature. On a à ce jour été incapable de conserver très longtemps des échantillons en laboratoire.
- Vu les résultats de l’analyse, je pense que notre Tyranocif est infecté depuis pas mal de temps déjà
, dit Oscha. Il est surement bien plus jeune que les autres de son espèce…
- Alors le voici !
s’exclama soudainement une voix inconnue. Le Tyranocif de Jadielle !

Les quatre étudiants et leur professeur se tournèrent, étonnés, vers un homme d’une quarantaine d’année, en costume cravate, plutôt grand. Il avait des cheveux bruns et gras coupés courts et portait un monocle à l’œil droit. Deux hommes se tenaient derrière lui, droit comme des piquets, avec de vieux chapeaux sur la tête et portant chacun une valise.

- Professeur Edwin Schrödinger ? dit-il en voyant le moustachu. Vous vous souvenez surement de moi, nous nous sommes rencontrés à différentes conférences.
- Vous êtes Eric Hoffman
, confirma le Professeur avec un air méfiant. Le Ministre de la Gestion des Pokémon.
- C’est exact
, confirma l’homme en souriant de ses dents impeccablement blanches. Mon service était sur les traces de ce Pokémon mais il nous a échappé jusqu’ici. Je vous félicite donc, jeunes gens, pour avoir été capables de l’arrêter avant qu’il ne cause plus de dégâts.
- Ces gens de la sécurité l’avaient énervé, on a réussi à l’endormir
, dit Aldebert, l’air un peu gêné.
- On vient d’ailleurs de remarquer qu’il était infecté par le Pokérus, précisa Remus. Ce qui explique son comportement un peu anormal.
- Ha, je vois…
dit l’homme au monocle, l’air soucieux. Cela ne vous dérange pas si je m’approche de plus près du Pokémon ?
- Il a le ventre plein, maintenant, il est d’une meilleure humeur,
dit Oscha. On lui a aussi donné des antidouleurs et il est beaucoup moins agressif. Cela minimise les risques en cas de contact avec lui.
- Parfait. Messieurs ?


L’un des hommes ouvrit sa valise et donna à son patron une petite boite de pilules oranges tandis que son collègue sortait de la sienne une baie Sitrus. Les étudiants paraissaient surpris tandis que leur professeur poussait un profond soupir en se détournant de la scène, l’air embarrassé. Lorsqu’il se rapprocha de la cage en verre, Dorothéa, intimidée, déglutit avant d’actionner l’ouverture de la cage. Le Ministre se dirigea vers le Pokémon qui le regardait d’un air méfiant. Éric Hoffman s’avança prudemment en montrant la baie au Tyranocif. Celui-ci renifla bruyamment et le laissa continuer de s’approcher de lui. Quand il fut assez prêt, il attrapa la baie et se mit à la dévorer tandis que l’homme lui caressait le front.

- Ce n’est que le quatrième Tyranocif que je vois de si près, commenta-t-il d’une voix paisible. Et seulement le deuxième que j’exécute.

Ces derniers mots firent l’effet d’une bombe parmi les étudiants. Remus lâcha des échantillons qui se répandirent par terre tandis que Dorothéa se plaquait les mains sur le visage, horrifiée. Aldebert se figea, incapable de prononcer le moindre mot et le visage d’Oscha passaient alternativement du Ministre au Professeur Schrödinger. Ce dernier semblait désemparé et serrait les poings, le dos tourné pour ne pas voir ce qu’il se passait à l’intérieur de la cage. Puis le Tyranocif poussa une faible plainte et son bourreau s’en détourna pour se rapprocher de la sortie. C’est un de ses hommes qui lui ouvrit la porte tandis que le Pokémon tombait par terre, prit de violentes convulsions.

- Qu’est-ce que vous avez fait ! s’écria Remus, le visage déformé par la colère.
- Mon travail, répondit l’homme avec un faible sourire. La population de Tyranocif est strictement contrôlée. Si son nombre d’individu dépasse une certaine limite, c’est nous qui sommes envoyé réglé le problème. Il en va de même si un Pokémon de ce type s’éloigne de la réserve naturelle que nous lui avons délimitée. Vous m’avez de plus appris que ce Pokémon était infecté du Pokérus, ce qui le rendait simplement plus dangereux pour la population.
- Vous ne pouviez pas trouver une autre solution que de le tuer ?
reprit Remus sans cacher son agressivité.
- Ce ne sont pas de jeunes gens qui n’y connaissent rien qui vont m’apprendre mon métier, ricana l’homme au monocle.
- Vous n’aviez pas le droit !
- Je suis Éric Hoffman, le Ministre de la Gestion des Pokémon de l’Etat de Kanto-Jotho
, répondit calmement l’homme. Je fais partie de ceux qui font les lois dans ce monde et vous ne pouvez rien y faire.

Alors que le Tyranocif continuait de convulser, le Ministre Hoffman se dirigea vers la sortie, toujours suivi par ses hommes et leurs valises. Remus essayait de contenir toute la colère qu’il éprouvait en ce moment précis pour ne pas aller frapper l’assassin. Oscha, Aldebert et Dorothéa étaient tout aussi offusqués que lui, mais n’osaient rien dire face à cet homme d’Etat.

- L’Université de Jadielle peut conserver son cadavre, dit le ministre en s’arrêtant dans l’encadrement de la porte, sans même se retourner pour leur faire face. Mon service vous en fait aimablement le don, à vous de choisir si vous voulez l’étudier ou l’empailler. Je vous souhaite une agréable fin de journée.

Et alors que la porte se fermait derrière lui et ses hommes, le Tyranocif expira.

Posté à 13h48 le 10/01/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...

L'An 62 après Dieu, l'Année des préparatifs



D'après Albert Einstein :
Je ne m'inquiète jamais de l'avenir. Il arrive bien assez tôt.


Le ministre de la Justice, Marcus Cornell, sortit du train magnétique, accompagné de ses deux gardes du corps, un homme et une femme qu’il soupçonnait d'entretenir une relation amoureuse en dehors des heures de travail. Marcus Cornell, qui avait été Colonel autrefois, n’appréciait généralement pas la présence de quiconque pour veiller sur sa sécurité, jugeant qu’il n’en avait pas besoin. Aussi le voir ainsi surveillé était-il rare, plus encore pour une telle sortie, presque devenue une routine depuis son accession au Pouvoir, onze ans auparavant. Il revenait en effet d’une inspection des quartiers de police de Doublonville et songeait avec mauvaise humeur à la paperasse qui l’attendait le lendemain. Mais pour l’heure, il avait un rendez-vous strictement amical au centre de Safrania, dans les locaux de la Sylphe SARL, avec son PDG actuel, le Professeur Higgs, qui occupait aussi le poste de Ministre de la Santé.

En sortant de la gare, l’ancien Colonel pesta en constatant qu’il pleuvait. Il faisait presque nuit et les nuages noirs ne laissaient rien présager de bon. Le garde du corps masculin fit une remarque sur les risques qu’encourrait le costume de son patron, ce qui provoqua le petit rire nerveux de sa comparse et le regard noir du Colonel. L’homme déglutit et détourna le regard avant de suivre les autres sous la pluie. Pressant le pas, le ministre Cornell voyait déjà de bien loin les hauts bâtiments de la Sylphe Sarl. Cette entreprise était la référence technologique de tout Kanto et Jotho, et exportait aussi dans toutes les autres régions du monde. Ce n’était qu’une des nombreuses corporations du Professeur Higgs, qui était considéré, sûrement à raison, d’homme le plus riche et le plus puissant du monde, en dehors, peut-être, des cinq chefs d’Etat qui forment le Gouvernement Mondial.

Après une bonne dizaine de minutes de marche, trempés, le ministre et ses garde-du-corps parvinrent enfin à se réfugier sous le toit de la Sylphe SARL. Il n’y avait quasiment plus aucun employé à cette heure, hormis quatre agents de sécurité. Une jeune femme aux cheveux rose débarqua et, lorsque Marcus se présenta, elle s’inclina et lui demanda de le suivre. Il se retourna vers ses employés et leur recommanda de se rendre au Centre Pokémon pour la nuit. L’homme acquiesça en ronchonnant et son homologue féminin se contenta de soupirer en repensant à la pluie. Mais ils se dirigèrent tout de même vers la porte qu’ils venaient de franchir, prêts à affronter l’averse de nouveau.

Le Colonel suivit la jeune femme. Celle-ci ressemblait comme deux gouttes d’eau à une infirmière de la famille Joëlle, ce qui étonna le ministre. Ils entrèrent tous les deux dans un ascenseur privé et la demoiselle appuya sur le bouton le plus haut disponible. C’était le seul ascenseur de tout l’immeuble à conduire directement au bureau et aux appartements du Professeur Higgs.

Lorsque les portes de la machine s’ouvrirent, Marcus Cornell put voir, sans surprise, qu’ils étaient au plus haut du bâtiment. Il pouvait observer presque toute la ville de Safrania depuis les baies vitrées. Il voyait aussi, pas loin de là, quelques éclairs. Le tonnerre grondait. Ce n’était pas un temps à laisser un Snubbull dehors. La jeune femme passa devant lui et lui montra le chemin à suivre dans le long couloir. Ils passèrent devant plusieurs portes avant d’atteindre celle du bureau du Professeur. Elle frappa trois fois à la porte.

- Entrez ! lança une voix.

Elle ouvrit la porte, fit quelques pas et s’inclina légèrement. Marcus entra lui aussi et adressa au professeur Higgs en grand sourire courtois.

- Bonjour, professeur.
- Ha ! Marcus Cornell ! répliqua vivement le vieillard en se levant de son bureau pour se diriger vers lui. C’est un plaisir de vous revoir.
- Moi de même, Professeur.


Ils échangèrent une poignée de main. Bien qu’il soit très âgé, le professeur avait encore la poigne vigoureuse et semblait encore déborder de vitalité malgré le poids des années. Il n’avait aucun problème de santé apparent et on lui aurait facilement donné une ou deux décennies de moins. Il avait encore des cheveux gris.

- Vous pouvez nous laisser, Pandora, adressa le professeur Higgs à son assistante, qui répondit en s’inclinant à nouveau avant de sortir. Asseyez-vous, asseyez-vous. Je vous sers un petit rafraîchissement, Colonel ?
- Volontiers
, répondit Marcus.
- Vous aimez l’essence de Maracachi, je ne me trompe pas ? demanda le vieillard en se dirigeant vers un petit frigo.
- Non, c’est exact, confirma le Ministre Cornell, surpris qu’on lui propose directement son alcool préféré.
- J’en ai justement ramené d’Unys lors de ma dernière visite, la semaine passée, en pensant à notre petite entrevue à venir, précisa le professeur Higgs en sortant la bouteille à l’effigie du Pokémon Cactus. Un alcool fort, très fort, mais qui, je pense, vous rappelle vos années de service.
- C’est pendant cette période que j’en ai bu pour la première fois
, répondit le Colonel en souriant. Comme toujours, vous êtes plutôt bien renseigné.
- Pas plus que les autres ministres
, répondit l’homme. Seulement, quand on parle de détails qui paraissent insignifiants, au contraire de la plupart des gens, j’écoute et je garde tout en mémoire.

Il servit un généreux verre d’Essence de Maracachi à son collègue et se servit pour lui-même un verre de vin d’une bouteille poussiéreuse portant les insignes de Kalos. Ils entrechoquèrent leurs verres et en burent quelques gorgées avant de reprendre la conversation.

- Votre assistante ressemble énormément aux infirmières Joëlle, commenta le Colonel. J’ai été un peu surpris quand vous l’avez appelée Pandora.
- Vous avez raison, Pandora était à la base destinée à être une infirmière, comme toutes les autres
, répondit le vieil homme. Seulement, j’ai décelé en elle quelques qualités et, franchement, avoir une spécialiste des soins à mes côtés est plus prudent avec mon âge.
- Vous me semblez pourtant en pleine forme
, reprit Cornell dans un sourire. On ne peut pas en dire autant de toutes les personnes de votre âge.
- Oui je sais
, soupira l’homme. Voyez cette chère Dorothéa, vous savez, mon ancienne sous-directrice ? Elle se déplace désormais en fauteuil. A la pointe de la technologie, certes, mais ce n’est pas rien pour autant. Enfin, au moins, ni elle ni moi ne perdons encore la tête, comme certains.
- J’ai cru comprendre qu’elle avait du mal à se faire à sa retraite
, fit remarquer Marcus Cornell.
- Oui, elle a fondé un petit laboratoire indépendant je crois, dit le Professeur d’un air absent. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle y fait, mais il faut bien qu’elle s’occupe… Vous en savez peut-être plus ?
- Rien du tout
, mentit le Colonel avant de reprendre précipitamment une gorgée. Mais si elle est bien une ancienne infirmière, pourquoi l’avoir appelée Pandora ?
- Vous ne pensez quand même pas que toutes les infirmières s’appellent Joëlle ?
plaisanta l’homme. Chacune d’elle possède une série de trois prénoms pour se reconnaitre entre-elles. D’autant que Joëlle est plus une… marque de fabrique qu’un nom de famille.
- C’est-à-dire ?
demanda le Ministre de la Justice en plissant les yeux.
- Les infirmières que nous recrutons peuvent venir de n’importe quelle famille, tant qu’elles remplissent certaines conditions, répliqua l’homme. Mais dites-moi plutôt, mon très cher Marcus...

Le Professeur Higgs se redressa sur sa chaise et se rapprocha de son collègue en croisant les doigts. Il avait quelque chose dans le regard qui venait de changer et qui mettait Marcus Cornell mal à l’aise. Il n’entendait plus le clapotis assourdissant des gouttes d’eau ni le grondement des éclairs. C’était comme si d’un seul coup la pression terrestre s’était intensifiée et qu’il se trouvait seul à seul avec le professeur dans une autre dimension. Et pourtant, ils n’avaient pas quitté le bureau et l’orage au dehors continuait de faire rage.

- Vous êtes certain de ne pas savoir ce que fait Dorothéa Crowfoot de tout son temps ou bien tentez-vous de me cacher quelque chose ?

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Plusieurs étages plus bas, les agents de sécurité continuaient leur ronde habituelle, en solo, de manière monotone. Eux-mêmes étaient surveillés par des caméras tandis qu’un homme obèse, tout droit sorti des pires clichés au sujet de son métier, entamait sa deuxième boite de Donuts Hoopa de la soirée. Il restait néanmoins à l’affut, sachant pertinemment que la Sylphe Sarl était souvent la cible de bandit à la sauvette ou d’associations diverses qui protestaient contre les expériences de la société ou pour se faire remarquer.

L’un des hommes, armé de sa lampe de poche et accompagné de son Caninos, sentit son Talkie-Walkie vibrer dans sa poche. Dans un crachotement difficilement audible, il comprit qu’on lui demandait de venir à la réception. Etonné, il rebroussa chemin et lui et son Pokémon accoururent. Il fut étonné de n’y trouver personne, et encore plus de voir un sac duquel dépassait une bouteille. Méfiant, il se rapprocha et ouvrit le sac avec sa lampe de poche. Il constata, en plus de la bouteille, une étrange sphère. Il l’a pris en main et l’éclaira avant de la rapprocher de son visage pour mieux l’observer. Puis il entendit un petit cliquetis provenir de l’objet et une odeur de citron emplit ses narines avant qu’il ne tombe, endormi. Son Pokémon aboya et se rapprocha de la sphère. Il la renifla et tomba, lui aussi, dans les bras de Cresselia. Aussitôt, l’illusion de Zoroark cessa, et quatre personnes encagoulées purent enfin bouger de leur cachette, accompagnées de quelques Pokémon.

- Et de quatre ! lança un homme d’une quarantaine d’année. Je vous avais dit que ce serait facile.
- C’est la vue de la bouteille qui les a tous fait rappliquer,
plaisanta un autre homme, âgé d’environ 60 ans.
- Mais, Arceus soit loué, ils ont d’abord joué avec le piège avant de tenter d’en boire, répondit l’autre en ouvrant la dite bouteille avant d’en siphonner quelques gorgée.
- Arrête ça, Billy ! protesta la seule femme, un Métamorph sur les épaules, en la lui arrachant des mains. On a encore du travail, je te ferai remarquer.
- Ne l’appelle pas par son nom !
renchérit le plus vieux de la bande. On doit s’appeler par nos noms de code !
- Pourquoi faire, papy ?
demanda le dénommé Billy. On a Kate qui pirate leurs caméras, on s’en fiche.
- Mais ils ont peut-être des micros ! Puis je ne suis pas Papy, je suis Dracolosse !
- Heu non, on avait dit que tu étais Chartor, Al’…
fit remarquer l’homme de la soixantaine.
- Ha bon ? s’étonna le concerné. Tu es sûr, Neitram ?
- Aussi sûr que mon nom de code à moi, c’est Ptéra,
répliqua-t-il en soupirant.
- Vraiment ? Et les noms de codes de Billy et El…
- C’est Tentacruel et Ratatac, professeur…
l’interrompit la jeune femme.
- Oui, d’ailleurs, est-ce qu’on pourrait me réexpliquer pourquoi on m’a mis Ratatac ? demanda Billie.
- Mais stop ! s’écria celui qui voulait se faire appeler Ptéra. On perd du temps inutilement, on a du travail, on règlera ça après. Tentacruel et Ratatac, vous savez ce que vous devez faire ?
- Oui
, répondirent-ils en cœur.
- Parfait, alors allez-y déjà, moi et Chartor on s’occupe du reste.
- Chartor ?
répéta le vieillard.

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Assis dans son siège et dégustant un délicieux donuts, le vigile n’avait absolument rien remarqué d’anormal. Les gardiens continuaient d’effectuer leur ronde, toujours la même, sans aucun incident. Il n’avait pas remarqué que ces allers et venues étaient exactement identiques et que les vidéos de sécurité avaient été piratées pour tourner les mêmes images en boucles, encore et encore. C’est alors que quelque chose attira son attention au quatrième étage. La caméra qui filmait l’ascenseur montrait clairement que l’un d’eux venait de s’ouvrir, laissant en sortir quatre personnes encagoulées, ainsi qu’un Amonistar, un Arbok et un Mélodelfe. La surprise lui fit lâcher sa pâtisserie et, sans plus attendre, il composa le numéro des responsables de la sécurité de chaque étage, pour les prévenir afin qu’ils réagissent. Puis, après avoir hésité quelques minutes, il se décida à contacter son employeur, le professeur Higgs.

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Au plus haut de l’immeuble de la Sylphe Sarl, le professeur Higgs s’était relevé. Il faisait désormais dos à Marcus Cornell et regardait par la fenêtre le sombre ciel de cette soirée d’orage. Il sirotait son verre de vin et n’avait plus dit un mot depuis que le Ministre de la Justice lui avait assuré ne pas savoir ce que faisait Dorothéa Crowfoot de sa retraite. Marcus s’était rarement sentit aussi mal à l’aise qu’en ce moment précis.

- Vous n’êtes pas sans savoir que Dorothéa ne partage plus les mêmes convictions que nous, Colonel ? dit-il calmement après un grondement de tonnerre.
- Chacun a le droit d’être en désaccord avec d’autres personnes, fit remarquer son interlocuteur.
- Dites-vous cela pour mademoiselle Crowfoot ou bien… pour vous-même ?

Il avait dit cela en se retournant pour de nouveau lui faire face au même moment qu’un éclair illuminait le ciel, donnant à la scène un côté mystique qui surprit le Colonel. Lui qui gardait habituellement son sang-froid en toute circonstance se sentait désormais un peu désemparé par le vieillard, bien plus retors qu’il ne l’imaginait. Il n’était pourtant pas si imposant physiquement, mais il dégageait une telle aura de puissance que le Colonel aurait bien pris la fuite si sa présence dans ce bureau n’était pas importante. Il déglutit et prit son courage à deux mains en se redressant un peu dans son fauteuil, s’efforçant de paraitre le plus sincère possible.

- Professeur Higgs, commença-t-il. Je vous jure que, tant que nous serons tous les deux fidèles à l’Etat et au Gouvernement Mondial, nos opinions ne différeront pas. Et ma fidélité envers l’Etat de Kanto-Jotho est sans faille.
- Voilà une réponse admirable
, répondit le professeur en souriant. Vous savez vous aussi choisir correctement vos mots…

A ce moment, un téléphone rouge sursauta sur le bureau du Professeur, accompagné d’une sonnerie sobre. Higgs releva les sourcils, surpris, tandis que le Ministre retenait son souffle en fixant l’appareil. Puis le vieil homme s’empara du combiné et le posa près de ses oreilles.

- Higgs à l’appareil, lança-t-il.
- Professeur ! s’exclama la voix paniquée du vigile des caméras. On a une intrusion au quatrième étage !
- Une intrusion ?
répéta Higgs. Eh bien, envoyez des agents de sécurité. Comment se fait-il qu’ils soient parvenus si loin avant d’être repérés ?
- Je ne comprends pas, monsieur… Je suis resté éveillé tout le temps mais je n’ai rien remarqué qui sorte de l’ordinaire.
- Et les agents au rez-de-chaussée ?
- Je n’arrive pas à les contacter et ils continuent de faire leur ronde…
- Transmettez les images des caméras dans mon bureau
, soupira le vieux professeur avant de raccrocher.

Higgs déposa son verre et l’appareil sur son bureau et poussa un profond soupir. Il se dirigea ensuite vers un meuble en bois taillé et couvert de symboles gravés main dont il ouvrit les portes, dévoilant plusieurs écrans de tailles diverses. Le Ministre de la Justice se releva et s’approcha en adressant un regard interrogatif à son hôte. Sans lui prêter attention, celui-ci appuya sur un bouton et les écrans s’allumèrent. Après quelques réglages à la télécommande, l’écran central, qui était plus grand que les autres, afficha les images du quatrième étage.

Il y avait en effet quatre personnes sur place. Ils avaient caché leurs visages et ils donnaient des ordres à leurs Pokémon pour affronter les agents de sécurité qui débarquaient de plus en plus nombreux. Le professeur remarqua directement que, s’ils étaient bien quatre humains, il n’y avait que trois Pokémon à combattre. Cela paraissait être du gâteau, mais les inconnus encagoulés étaient armés de petites sphères qu’ils lançaient à loisir, endormant les Pokémon et les gardes. Le professeur Higgs resta muet devant la situation pendant presque une minute avant que le Ministre de la Justice ne le sorte de ses réflexions.

- Que vous veulent-ils ?
- Je n’ai que des hypothèses pour vous répondre
, déclara le professeur sans quitter les écrans des yeux.
- Ils n’ont sûrement pas choisi le quatrième par hasard, qu’est-ce qu’ils pourraient y trouver ?
- C’est là que sont stockés nos cobayes vivants
, répondit l’homme.
- Alors c’est surement une organisation qui lutte contre la violence sur les Pokémon, proposa le Ministre. Ils sont là pour manifester et libérer vos expériences, surement. C’est déjà arrivé, je crois ?
- Certes, mais nous avons affaire à une bande bien plus organisée que les hippies habituels
, répondit le vieillard d’un ton agacé. Amos.

Soudain, un Noctunoir sembla surgir de nulle part à côté de son vieux maitre, faisant sursauter le Colonel. Le Pokémon était imposant et se tenait dans la même posture que son vénérable dresseur, droit, les mains croisée derrière le dos.

- Amos, va prévenir Pandora. Je veux qu’elle se rende au quatrième étage et qu’elle arrête ces individus. Ensuite, tu visiteras les autres étages à la recherche d’autres intrus.

Le Pokémon ferma son œil unique tout en s’inclinant légèrement puis partit comme il était apparu, s’effaçant en un instant.

- Vous pensez qu’il y a d’autres intrus ? s’étonna Marcus Cornell.
- Je ne pense pas, répondit l’homme. J’en suis certain. Quelqu’un a piraté nos caméras et repasse en boucle les mêmes images. C’est comme ça qu’ils sont arrivés sans se faire remarquer.
- C’est plutôt ingénieux
, commenta le Colonel.
- C’est vrai, Mr Cornell, c’est ingénieux, confirma le professeur Higgs en se tournant vers lui. Mais alors, pourquoi ne pas en profiter pour faire de même avec le quatrième étage, si ce n’est pour y attirer toute notre attention ?

Le ministre Cornell déglutit. Décidemment, le vieux Higgs était encore perspicace. Il attendit qu’il se retourne avant de plonger ses mains dans ses poches et continua de regarder l’écran.

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- C’est par là, lança le premier homme en indiquant une porte dans un couloir.
- Tu es sûr, Dardargnan ? bougonna le second homme.
- S’ils n’ont rien déménagé depuis le départ de Dorothéa.

Les deux hommes encagoulés étaient âgés respectivement de 62 et 87 ans. Ils ne pouvaient pas voir le visage de l’autre, mais c’était bien inutile, car ils se connaissaient depuis maintenant plus de cinquante ans pendant lesquelles ils en avaient tous les deux vu des vertes et des pas mûres. Ils étaient accompagnés d’un Métang, qui appartenait au plus « jeune » des deux. Ils avaient laissé leurs associés divertir les gardes au quatrième étage et, couvert par le piratage d’une autre amie, ils parcouraient le septième étage afin d’atteindre leurs objectifs.

Les renseignements fournis par Dorothéa Crowfoot s’avérèrent exact. L’ordinateur central de la Sylphe Sarl se trouvait bel et bien derrière la fameuse porte que le Métang défonça à coup de poings et de griffes. Comme prévu aussi, la salle était normalement remplie de faisceaux lumineux très dangereux, mais encore une fois, ils avaient prévus le coup. Kate, non contente d’avoir piraté les caméras, avait aussi réussi à annuler ces dispositifs de sécurité.

- On ne craint rien ? demanda le vieillard.
- Rien du tout, répondit une voix dans son oreillette. Enfin, tant que vous ne restez pas plus de trois minutes sur place, parce qu’un autre système indépendant risque de les relancer sans que je ne puisse rien y faire.
- Et en plus, Typhlosion vient de m’envoyer un message sur Pokématos
, signala le sexagénaire. « Il C ». On ferait mieux de se dépêcher.

Il se dirigea d’un pas décidé vers le fond de la salle, qui était protégé par une vitre en verre sur laquelle se trouvait un écran d’ordinateur affichant une partie d’échec.

- Qu’est-ce que c’est ? s’étonna le vieillard.
- Aucune idée, Kate, tu peux nous ouvrir ?
- Négatif.
- Quoi ?
- Ce système-là n’est pas connecté. Il est complètement indépendant.
- Merde… Métang !


Les deux hommes reculèrent et Métang se mit à rouer la vitre de coups. Mais celle-ci ne paraissait rien ressentir du tout. Ce n’était pas comme ça qu’ils allaient la briser.

- Merde, merde, répéta le propriétaire du Pokémon.
- Ce n’est pas grave, Otaria, dit le vieillard en lui posant une main sur l’épaule. On réessayera une autre fois…
- Non, on n’aura pas d’autres occasion, Al’ !
- Appelle-moi Pharamp !
- Si tu veux
, soupira le sexagénaire. Tu peux pas essayer de résoudre le problème de l’écran ?
- Je … Je peux essayer…


Le vieil homme encagoulé se rapprocha de l’écran sur lequel figurait toujours la partie d’échec. Métang ne l’avait pas abimé. Il regarda le plateau et, de l’index, déplaça un fou d’une case à une autre sur l’écran tactile. L’image changea alors subitement pour en donner une autre, correspondante à une nouvelle partie d’échec, ainsi qu’un compteur qui affichait 1/5. L’autre homme poussa un cri réjoui et regarda son aîné résoudre la seconde et la troisième partie avec simplicité. Il resta plus longtemps sur la quatrième, hésitant. Il finit par la résoudre et se retrouva face à la dernière partie avant l’ouverture de la porte.

- Voilà qui est plus compliqué, bredouilla le vieillard.
- Allez, Al’, je crois en toi !
- Plus simple de croire que d’affirmer…


Il regardait le plateau et l’analysait. Des centaines de possibilités existaient et une seule permettait de mettre Echec et Mat. Mais laquelle ? Il n’en avait aucune idée.

- Je… Je suis désolé, Teddiursa, mais je n’y arrive pas…
- Tu ne vas quand même pas abandonner !?
s’exclama le sexagénaire. C’est notre seule chance ! Penses à tous ces gens !
- Je ne fais que ça depuis toutes ces années…
se lamenta l’homme.
- Al’, bon sang, tu ne vas pas te laisser abattre par un jeu de société ! Je suis sûr que tu peux y arriver !
- Je …
- Allez, merde, papa !


Le vieillard sembla brusquement se ressaisir. Il fixa à nouveau l’écran. Les possibilités passaient dans sa tête à une vitesse pharamineuse. Enfin, d’une main tremblante, il déplaça un simple pion, ce qui provoqua l’échec et mat ainsi que le déblocage de la porte vitrée. Les deux hommes et Métang se précipitèrent à l’intérieur et le sexagénaire y connecta une clé USB tandis que son père pianotait au clavier.

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Les corps s’entassaient de plus en plus au quatrième étage. Les agents de sécurité comme leurs Pokémon ne pouvaient résister au gaz Soporifik que leur lançaient les deux humains, sans oublier le Métamorph et le Zoroark qui se faisaient passer comme tel. Il ne leur restait cependant plus beaucoup de munition.

C’est alors que le flot de nouveaux arrivants cessa brusquement. Il y avait là une pile d’endormis qui gisaient à terre. Billy, sous sa cagoule, poussa un long soupir de soulagement et présenta sa main à sa collègue pour qu’elle tape dedans, mais celle-ci ne lui prêta aucune attention, aux aguets. Amonistar, Arbok et Mélodelfe ne s’étaient battus que le temps que leurs opposants soient mis hors d’état par le gaz et ne présentaient que des blessures légères.

Soudain, Mélodelfe poussa un cri de douleur. Le Pokémon avait les mains plaquées sur son visage. Un Kunaï était enfoncé dans son œil droit. La femme se précipita sur son Pokémon pour lui retirer l’objet, provoquant une nouvelle plainte et une petite effusion de sang. Billy vit alors une inconnue aux cheveux roses avancer calmement vers eux, un Kunaï entre chaque doigt.

- On dirait que la cavalerie est arrivée, dit-il en plissant les yeux.

Il tenta d’attraper une des dernières sphères qui leur restait, mais un nouveau projectile se planta dans la manche de son bras tendu, et à son tour il poussa un cri de douleur. Sa collègue releva la tête de son Pokémon, horrifiée de la situation. Pandora, elle, n’exprimait aucun sentiment et gardait une expression froide et sérieuse sur le visage, même quand Arbok se jeta sur elle pour venger son dresseur. Elle se contenta de reculer en faisant un bond impressionnant en arrière, avant de relancer plusieurs Kunaï qui se plantèrent à divers endroits du long corps du serpent. Mais celui-ci continua à charger la sœur Joëlle sans trahir le moindre signe de douleur.

Alors qu’Amonistar allait aider Arbok et que Mélodelfe était retournée dans sa Poké-Ball, la propriétaire de cette dernière appliquait un morceau de tissu comme pansement de fortune pour soigner le bras de Billy. Celui-ci avait perdu toute gaieté et regardait Pandora esquiver et attaquer les Pokémon avec une expression mauvaise. Il allait dire quelque chose quand ils sentirent tous les deux leur Pokématos vibrer dans leur poche.

- Ils doivent avoir terminé… chuchota la femme encagoulée. On se replie.
- Et on fait comment avec cette folle ?
demanda Billy.
- On lui lance ceci, répondit la femme en sortant une sphère de couleur verte.
- Ha, t’as fait un prototype ? s’exclama Billy en voyant l’objet.
- Je cherchai justement quelqu’un pour la tester.

Elle se retourna et s’apprêta à lancer le mystérieux objet. Pandora la remarqua juste avant qu’elle ne passe à l’action et, tout en esquivant de justesse les crocs d’Arbok, elle projeta une de ses lames au moment où son adversaire lançait son objet. Le Kunaï déchira la cagoule de la femme, tout en laissant derrière lui une vilaine coupure au niveau de la joue. La sphère, elle, explosa, libérant un nuage de poudre de couleur verte et orange. Pandora toussa trois coups avant de s’effondrer à son tour, dans les pommes. Arbok et Amonistar, quant à eux, ne semblaient pas ressentir les effets des Spores utilisées dans la petite bombe.

La mystérieuse femme plaqua sa main contre sa joue mais ne laissa échapper aucun bruit pour manifester sa douleur. Billy et les Pokémon la regardaient d’un air inquiet mais elle se contenta de montrer les escaliers du doigt. Ils devaient maintenant se rendre au troisième étage, en évitant si possible de finir piégés dans un ascenseur bloqué à distance.

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Les deux autres hommes encagoulés venaient de récupérer ce pourquoi ils étaient venus. Ils étaient sortis de la pièce une dizaine de secondes avant la réactivation du système de sécurité et déboulaient maintenant les escaliers en direction du troisième étage. Ils devaient faire vite car chaque seconde comptait, même s’ils n’étaient plus de première jeunesse.

Soudain, un imposant Noctunoir apparut devant eux, faisant barrage au milieu des marches. Les deux hommes se figèrent et Métang se jeta sur lui pour dégager le passage. Mais le Spectre attrapa les deux bras du Pokémon et l’immobilisa sans difficulté. La bouche au niveau de son ventre s’ouvrit alors largement et le Noctunoir commença à charger une Ball’Ombre. Métang se débattit pour échapper à l’étreinte mais sans résultat. Il prit l’attaque de plein fouet et cessa de résister, incapable de se battre plus longtemps. Le sexagénaire poussa un cri de colère en rappelant son Pokémon dans sa Poké-Ball, puis le Noctunoir l’attrapa de ses deux mains par le cou. Il serrait et serrait encore de plus en plus le vieil homme qui suffoquait, incapable de réagir, ses coups de pied paniqués passant littéralement au travers du corps de Noctunoir. Il sentait sa dernière heure arriver.

Mais heureusement, le Pokémon le lâcha brusquement. Sa victime tomba à terre et inspira de grands bols d’airs pour reprendre son souffle. Entre lui et Noctunoir se dressait maintenant un Chapignon avec une pipe dorée en bouche. Il se tenait prêt à combattre, dans une position de boxeur. Noctunoir sembla troublé de voir ainsi ce Pokémon. Le vieillard était quant à lui prêt à donner des ordres à son partenaire pour affronter le Spectre.

Mais au lieu de repartir à l’assaut, le Noctunoir se mit à s’effacer, lentement. Alors qu’il disparaissait, les deux hommes l’entendirent distinctement ricaner. Ils restèrent quelques secondes sans bouger, puis s’élancèrent à nouveau dans les escaliers.

Lorsqu’ils arrivèrent au troisième étage, leurs deux comparses les attendaient dans la cage d’escalier. Métamorph et Zoroark étaient revenus dans leurs Poké-Ball, conformément au plan. Ils n’attendaient plus que le signal de Kate qui allait relancer les caméras normalement pour se précipiter vers leur porte de sortie. Lorsque leur Pokématoss vibra à nouveau, ils passèrent la porte et se mirent à courir vers le fond du couloir où se trouvait une fenêtre qu’ils ouvrirent. Billy et la femme blessée à la joue aidèrent les deux plus vieux à passer à travers la fenêtre, là où les attendaient les trois Rapasdepic de Billy et un Déflaisan appartenant à la femme. Celle-ci fut la dernière à sortir, atterrissant sur le dos de son Pokémon, qui s’envola pour rejoindre les autres sous la pluie de l’orage. Des conditions de Vol qui n’étaient certes pas idéales, mais ils n’avaient pas le choix.

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Depuis le dernier étage, le Professeur Higgs et le Ministre Cornell avaient assisté à cette dernière scène en regardant les écrans. Le vieillard avait déjà appelé une équipe de secours sur place pour soigner Pandora et les autres agents de sécurité qui avaient été malmenés par ce commando surprise. Il paraissait assez désappointé par la situation et, au lieu de finir son verre de vin, il attrapa une bouteille d’Essence de Maracachi qu’il descendit en moins de temps qu’il n’en aurait fallu à Marcus Cornell.

- Ils sont toujours restés quatre, fit remarquer ce dernier. Je ne pense pas qu’ils se soient rendus autre part. Ils ont vu qu’il y avait des gens dangereux pour tenir la sécurité en voyant votre infirmière à l’œuvre et ils ont préféré la fuite, c’est tout.
- J’en doute, mon très cher Colonel…
répondit le vieillard avec une pointe d’amertume. La soirée risque d’être encore longue pour moi, je ne vous retiens pas plus longtemps.
- Vous êtes sûr de ne pas avoir besoin de moi ?
proposa Marcus Cornell. Je peux vous aider à réparer les dégâts ou…
- Vous aurez ma déposition dans votre service bien assez tôt
, répliqua sèchement le vieillard.

A nouveau, le Colonel ne se sentait pas du tout à l’aise. Il déposa son verre et se dirigea vers la porte avant de jeter un dernier regard vers le ministre de la Santé. Celui-ci lui tournait le dos et fixait à nouveau le ciel. Peut-être essayait-il de voir les quatre oiseaux dans l’espoir que l’un d’eux finisse griller par un éclair. Le Colonel ferma la porte derrière lui et se dirigea vers la sortie conventionnelle avec hâte.

Le professeur Higgs ne resta pas seul longtemps. Son Noctunoir apparut à ses côtés exactement de la même façon que la dernière fois.

- Alors, Amos, aurais-tu eu la chance de revoir de vieux amis, par hasard ?

Pour toute réponse, le Pokémon se mit à ricaner. Son maître poussa un long soupir.

- Je suis ravi de savoir que tu es encore en vie, mon très cher Aldebert Caul…

Posté à 09h49 le 10/01/18

[Fiction] Deus Ex Machina ...


D'après Albert Einstein :
La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle.


Qu'est-ce que Deus Ex Machina?



Deus Ex Machina. Cette locution latine désigne habituellement un procédé scénaristique qui consiste à sortir un événement de nul part pour faire avancer l'intrigue.

Mais ici, ce titre est à prendre dans sa traduction littérale: Dieu sorti de la machine.

Je vous propose de vous plonger dans un univers Pokémon plus réaliste que celui auquel nous avons eu l'habitude. Un monde régi par un système politique et en pleine extension technologique. Un monde qui a dû s'adapter à la présence des Pokémon, ou bien adapter les Pokémon à la présence des êtres humains.

Pour construire mon scénario, je me suis beaucoup basé sur la chronologie officielle de l'Univers Pokémon, même si je me suis permis quelques petits écarts. Vous y retrouverez des références à des événements et des personnages connus de tous. Mais une grande majorité de ces personnage est tout de même inventée pour servir le récit.

Parmi les sujets abordés, la religion, la politique, la technologie... tous ces sujets un peu tabou dans l'Univers Pokémon. Je me base aussi sur de nombreux articles de Pokéscience que j'ai pu lire ou rédiger ces dernières années.

J'ai eu tendance à glisser de nombreux clin d'oeil à notre monde IRL, particulièrement au travers des noms des personnages.

Rythme de parution



Les chapitres seront postés tous les mercredi. Au jour où j'écris ces lignes, la fiction n'est pas encore terminée, mais j'ai 16 chapitres écrits sur 20 prévus. Si des chapitres ont du retard, se seront les derniers.

Les noms des chapitres et table des matières



Chaque chapitre est désigné comme suit: L'an XX après/avant Dieu, l'année de [insérer un mot].
Ils établissent une certaine chronologie par rapport à un événement particulier (désigné comme "Dieu" ) et chaque chapitre se concentre sur un évènement de cette année qui aura une importance pour la suite. Il peut se passer parfois presque 10 ans entre deux chapitres.

Table des matières

L'an 62 après Dieu, l'Année des préparatifs
L'an 2 avant Dieu, l'Année de l'insouciance
L'an 3 après Dieu, l'Année des Prophètes
L'an 8 après Dieu, l'Année de la Morale
L'an 14 après Dieu, l'Année de la Trahison

Les commentaires


Je me permet de vous encourager à commenter la fiction au fur et à mesure que celle-ci avance. Les commentaires, ça fait toujours plaisir, et si vous avez remarqué une faute, n'hésitez pas à la signaler, histoire que j'arrange ça!


Remerciements spéciaux


Remerciements à Iggy, relecteur, Walksacred, correcteur, et à d'autres pour leur aide occasionnelle.

Posté à 17h54 le 07/01/18

Pyronille/Pyrax ...

Pyronille




Pyronille est inspiré des chenilles de plusieurs espèces de papillons.

Il y a tout d'abord une petite ressemblance avec la chenille du Papillon Atlas, ou Atlacus Atlas, à cause de sa pilosité blanche qui, chez l'atlas, sont des excroissances qui évoluent beaucoup en corps de développement. Le drôle de revêtement qu'elles ont devient blanc afin de réguler leur température par réflexion du rayonnement solaire.


Chenille Atlas au dtroisième stade de développement


Et au quatrième


Notons qu'en toute fin de développement, ces chenilles deviennent bleues/vertes.

Une autre inspiration serait la chenille du Charaxe jasius, ou Nymphale de l'Arbousier, une chenille qui présente 4 prolongements rougeâtre sur la tête. Pyronille partage cette caractéristique (bien qu'il en ait 5)


Larve de Nymphale de l'Arbousier


Mais si Pyronille a plusieurs inspirations du vivant, il en a aussi dans la culture nippone.

Premièrement, la Tour du Soleil, qui était le symbole de l'Exposition Universelle de 1970 au Japon. Pyronille est évidemment lié au soleil et cette Tour présente un visage surmonté de deux cornes sur le côté et une sur le front (qui est le prolongement de la tour.) Néanmoins, encore une fois, Pyronille possède 5 cornes. Les couleurs de la Tour du Soleil ne sont pas sans rappeler celles de Pyronille.


C'est très personnel... mais je trouve ça moche.


Ses 5 cornes peuvent aussi être un clin d'oeil aux Feux du Mont Daimonji. Chaque 16 août, on allume des feux en forme de lettre chinoises sur les montagnes qui entourent la ville de Kyoto. Sur le Daimonjo, c'est le dai (大), qui n'est pas sans rappeler l'attaque Déflagration, mais qui rappelle aussi les 5 cornes de Pyronille et leur position.



Pyrax




Pyrax semble inspiré de plusieurs espèces de papillons.

Tout comme Pyronille, l'une des inspiration pourrait être le Papillon Atlas, mais en version adulte cette fois. Le papillon a des ailes très larges et musclées, de couleur rouge et brune, comme Pyrax.


On surnomme aussi l'Atlas papillon Cobra


Il s'agit de l'un des plus grands papillons nocturnes du monde. lorsqu'on sait que Pyrax est considéré comme un dieu du soleil par d'anciennes civilisation, c'est une anecdote amusante.

Le pelage blanc de Pyrax pourrait être inspiré de celui des Bombyx du mûrier, ou Bombyx mori. Cependant, il existe bien d'autres espèces de Papillons qui partage cette caractéristique, comme le Bombyx Cul brun.

Coucou! Un Bombyx du mûrier!


Les ailes de Pyrax ressemblent beaucoup aux pétales du Lys tigré. Elles sont en effet au nombre de 6 et sont orange/rouge avec des tâches noires.


Lys tigré


Les tâches noires sur ses ailes pourraient aussi être des références aux tâches solaires, ces tâches noires sur les photos des étoiles là où la température est plus faible.



Si pyronille avait cinq cornes, Pyrax n'en a que deux. Il peut évidemment s'agir de ses antennes, mais ces cornes rappelle aussi celles de la Déesse Hathor, en Egypte antique. Cette dernière est représentée comme une vache ou une femme portant entre ses cornes le disque solaire.


Deux cornes... Serait-elle cocue?


Enfin, dernière inspiration (après j'arrête, promis) le Séraphin. Le Séraphin est une créature biblique dotée de trois paires d'ailes et qui est associée à la chaleur et au feu. Les séraphins se trouvent autour du trône de Dieu.


Dieu et deux séraphins

Posté à 20h27 le 03/01/18

Tournois theame, la seconde édi ...
Je participe avec le thème suivant

Posté à 09h33 le 20/12/17

[Fiction] Le Cirque Madyapno ...

Chapitre dernier: Deuil (seconde partie et fin de la fiction)



- Et merde, merde, merde, répétait Aartsen. On était si proches du but !
- Tu crois que le patron va s’en sortir ? demanda Pauline.
- Franchement, j’en sais rien, il a reçu plusieurs attaques lourdes et il est plus de première jeunesse…

L’Escroco et la Tailleuse courraient vers le fond du Parc, où se trouvait une sortie secrète. Smiland paraissait entièrement désert alors que, quelques heures avant, les Greffés déboulaient de partout à la recherche du Clan. Mais à ce moment précis, tout était calme.

- Ha, vous voilà enfin ! lança une voix fatiguée qu’Aartsen reconnut immédiatement.
- Dédain ? s’étonna le Pianiste en s’arrêtant de courir et en cherchant le Papillon des yeux.
- Je suis là, crétin, répondit la voix.

Le Papilord sortit de sa cachette entre deux échafaudages. Son visage était tâché de sang et un tissu recouvrait son œil. Au ton de sa voix, Aartsen avait directement compris que Dédain, malgré ses talents, devait avoir pris cher lors de son dernier combat.

- T’as pas l’air dans ton assiette, fit remarquer la Tailleuse.
- Ouais, juste une égratignure… Je vous cherchais, figurez-vous.
- C’est pas trop le moment, tu sais, répondit Aartsen en baissant les yeux. C’est terminé, Arceus a échappé à notre contrôle…
- Je suis déjà au courant, j’ai vu les lumières. Et justement, faut qu’on se casse d’ici.
- Et on va aller où ? demanda la Tailleuse en plissant les yeux.
- Je ne sais pas encore. On verra avec le Padre. Lain l’a fait sortir de sa prison en toute discrétion et la plupart des Greffés sont déjà en sécurité. Further aussi.
- Quoi ?! s’exclama Aartsen. Ce traitre ?!
- Ouais, j’ai cru comprendre qu’il y avait eu Lampéroie sous roche vu son état, mais on arrangera ça entre nous.
- Et… et le patron ? demanda Pauline.
- Je ne l’ai pas encore trouvé.

La Tailleuse resta immobile, interdite. Elle se sentait mal d’abandonner leur chef, celui qui l’avait sauvée d’une vie de misère.

- J’essayerai de le retrouver, mais d’abord, je dois vous mettre en sécurité, alors suivez-moi.
- Pourquoi tu veux nous sauver, Dédain ? On a échoué, tout est fini…
- C’est pas pour autant qu’on doit en mourir, déclara Dédain. Alors quoi ? Vous vous décidez à vous bouger ou je laisse les humains vous exterminer ?
- C’est bon, c’est bon, soupira l’Escroco. Pauline ?
- Oui… allons-y.

Et en suivant le Papilord borgne, les deux musiciens quittèrent Smiland, sans être rattrapés par les trois femmes à leurs trousses.

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Eve avait vu la lumière d’Arceus regagner le ciel. Elle ne comprenait pas vraiment ce que cela voulait dire mais elle n’en restait pas moins inquiète pour ses parents. Non seulement pour ses nouveaux parents, mais aussi pour son véritable père. Même s’ils ne se ressemblaient pas beaucoup physiquement, tous les deux avaient toujours été très proches et elle était triste de devoir le quitter. Mais il lui avait expliqué pourquoi il faisait cela et, au bout de quelques jours de réflexion, elle avait fini par accepter la situation. D’autant qu’elle s’était très bien entendue avec Camille, sa nouvelle sœur, jusqu’à ce qu’elle ne passe à l’action. Ses nouveaux parents s’étaient eux aussi montrés très amicaux et, en vue de comment Camille parlait d’eux, il devait s’agir de parents très aimants.

Le seul souci étant que Camille, en découvrant que ses parents considéraient Eve comme leur fille, n’avait pas l’air d’apprécier la situation. Pire, elle s’était enfuie sans demander son reste. Eve répugnait à devoir l’hypnotiser, parce qu’elle la considérait comme une véritable amie et voulait simplement s’expliquer avec elle. Mais si elle restait bornée comme une tête de Psykokwak, alors elle serait obligée de la fixer dans les yeux pour la forcer à croire en ses mensonges. Pour leur bien à toutes les deux.

Seulement voilà, Smiland était grand et la petite Eve commençait à regretter d’être partie toute seule à la recherche de sa nouvelle sœur. Elle errait depuis un moment, sans savoir où chercher. Elle se trouvait non loin du Coxyclaque quand, enfin, elle aperçut une petite silhouette qu’elle reconnut tout de suite.

- Camille ! s’exclama-t-elle, un grand sourire aux lèvres. Enfin, je te retrouve !
- Eve… souffla Camille, la tête baissée, sans même lever les yeux.
- Faut que je t’explique quelque chose ! dit Eve en se rapprochant. C’est un peu un secret, si tu veux.

Elle marchait vers son amie, mais celle-ci restait immobile, les mains derrière le dos, comme un enfant pris sur le fait et gêné. Elle remarqua alors le petit Crickzik qui semblait inquiet au pied de l’enfant. La petite fille s’arrêta subitement. Elle avait un mauvais pressentiment.

- Camille ? répéta Eve.

La fille de Blanche et Hector releva la tête. Elle pleurait et avait un visage désolé. Aussitôt, elle sortit ses deux bras de derrière son dos et dévoila le couteau de cuisine qu’elle avait ramassé plus loin. Eve écarquilla les yeux en voyant son amie se jeter sur elle, la lame du couteau pointée vers son ventre. Eve eut un mouvement de recul qui lui sauva la vie une première fois, car Camille rata son attaque de peu. Puis, paniquée, elle se retourna et s’enfuit vers l’entrée du Parc, en pleurant à son tour, poursuivie par celle qu’elle avait voulu pour sœur et son Crickzik, qui faisait de son mieux pour les suivre.

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Le Directeur chuta. C’était déjà la troisième fois depuis qu’ils avaient fui le Rituel et, cette fois, il n’avait plus la force de se relever, malgré les encouragements lancés par les Mélancolux. Aussi tenta-t-il simplement de se redresser en restant assis et s’appuya contre le Manège où, quelques jours avant, Blanche avait mitraillé les deux enfants de photos. L’Hypnomade déformé avait reçu une grosse dose de Poison via les Pokémon d’Estelle, mais avait également dû encaisser l’attaque Jugement d’Arceus. Aussi sentait-il que le peu de forces qui lui restaient l’abandonnait. C’était sûr, cette fois-ci, il allait mourir pour de bon. Les Mélancolux le regardaient, l’air peiné.

- Je suis… désolé… dit-il d’une voix tremblante. Je… je n’ai pas été… à la hauteur… Je n’ai pas su… su tenir ma promesse…

Les Mélancolux s’agitèrent, pour lui faire comprendre qu’ils comprenaient, que ce n’était pas si grave que ça, mais cela ne pouvait en rien effacer la déception du Directeur. Il avait été si proche du but. Ils tenaient Arceus sous leur coupe. Il leur aurait juste fallut plus de temps… Mais non, cette fois-ci, c’était trop tard.

- Je vois que tu n’as pas perdu en orgueil, lança subitement une forte voix.

Le Directeur sursauta. Il avait reconnu cette voix qu’il n’avait pourtant entendu qu’une seule fois auparavant.

- Giratina… dit-il dans un souffle.
- Lui-même, confirma la voix. Je te parle depuis le Monde Distorsion d’où je t’observe depuis quelques temps déjà…
- Et je suppose que tu vas me renvoyer là-bas? demanda le Directeur avec un petit rire nerveux. Le Monde des morts en peine ? Mais tu as raison… Je n’ai pas été à la hauteur, donc je ne mérite en rien le repos…
- Je ne compte pas te renvoyer là-bas, répliqua la voix de Giratina. Je suis là pour eux.
- Je t’interdis de les toucher ! s’écria le Directeur en écarquillant les yeux. C’est moi qui suis à la base de tous ces Rituels, pas eux !
- Mais c’est pour briser leur malédiction que vous faites tout cela, pas vrai ? J’étais présent lors de vos confidences à cet humain.
- Ce qui leur est arrivé est une injustice orchestrée par Dieu ! s’exclama le Directeur. Tout comme certains naissent difformes ou simplement différents des autres, c’est Arceus qu’il faut blâmer, sinon qui d’autres ?! Tout cela ne serait jamais arrivé si…
- Je comprends mieux la Haine que tu éprouves, l’interrompit Giratina. Et finalement, c’est l’Amour que tu portes à ces enfants qui t’a permis d’aller si loin…
- Mais j’ai échoué ! rappela vivement le Directeur. Je n’ai pas été capable de briser la malédiction ! Tous mes efforts n’ont pas été assez conséquents !
- Et pourtant, tu as été capable de défier des Dieux à deux reprises pour prouver ton Amour, reprit la voix de Giratina. Et eux-mêmes en ont défié un autre pour vous prouver le leur…
- Et si c’était à refaire, je recommencerai, dit le Directeur. Jusqu’à ce qu’enfin leur malédiction soit brisée !
- Je vais vous laisser maintenant, dit Giratina. Adieu, monsieur le Directeur.

L’Hypnomade déformé et fatigué ne répondit pas. Les Mélancolux n’avaient pas vraiment réagi lors de son dialogue avec le Renégat. Giratina lui avait-il vraiment parlé ? Ou était-ce un délire de son cerveau mourant ? Le Directeur s’apprêtait à s’abandonner à la mort quand des bruits de pas précipités attirèrent son attention.

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Camille courrait toujours après Eve, son couteau prêt à frapper. Les petites filles pleuraient toutes les deux pour des raisons différentes, mais reliées entre-elles. Eve avait peur de mourir tandis que Camille avait du mal à se faire à l’idée de tuer Eve. Elle aurait tant souhaité trouver une autre solution, mais une petite voix dans sa tête lui affirmait que c’était la seule issue possible.

Eve courrait en direction de l’entrée du Parc, espérant y trouver de l’aide, qu’il s’agisse d’un homme de main de son père, d’un Greffé, d’un simple humain du Clan, n’importe qui, quelqu’un… Mais le Parc semblait irrémédiablement désert.

Soudain, peut-être à cause d’un mélange de panique et de fatigue, Eve trébucha et s’étala face contre terre, s’écorchant les genoux et froissant ses habits. Elle essaya de se retourner rapidement pour se relever mais Camille s’assit sur elle et leva son couteau, prête à frapper. La petite fille se débattit, mais il lui était impossible de regarder Camille dans les yeux dans une telle position.

- Camille ! cria Eve, paniquée. Je t’en supplie ! Fais pas ça !
- Je… Je suis désolée, dit Camille. Mais je sais pas comment faire d’autre… mes parents…
- Je suis désolée aussi ! cria Eve. J’aurai dû t’en parler avant ! Fais pas ça !

Camille était face à un terrible dilemme. Tuer son amie ou la laisser lui prendre ses parents ? Une voix dans sa tête lui affirmait qu’elle n’avait pas le choix, qu’elle devait la tuer pour en finir avec cette histoire, que c’était à elle de le faire. Mais malgré cela, la petite fille ne voulait pas le faire.

- Je ne veux pas, dit Camille. Je ne veux pas… C’est mon amie quand même…

La voix continuait. Elle se montrait autoritaire et insultante. C’était Eve ou Camille, il n’y avait pas d’autres solutions. Et pourtant…

- Camille ! continua Eve. J’suis si désolée… S’il-te-plait…
- N… Non… balbutia la petite fille. Je veux p-pas…
- Laisse-moi partir !

Mais la voix continuait à lui donner des ordres. Frappe, Frappe, Frappe, criait-elle de plus en plus fort. Alors Camille, en pleure, précipita la lame vers le cou d’Eve qui, apercevant le mouvement, cria de peur.

Mais juste avant que la lame ne tranche dans la nuque, Camille s’arrêta et, paniquée, jeta la lame plus loin avant de se relever, la tête entre les mains.

- Tais-toi, tais-toi, TAIS-TOI ! répéta Camille.

Et la voix se tut. C’était la première fois que cette voix se manifestait chez elle, alors qu’elle l’avait en elle depuis le jour de sa conception. Chamboulée par cette manifestation soudaine d’un nouveau fantôme du passé qu’elle ne connaissait pas, Camille releva la tête, le visage toujours en larmes. Eve, qui s’était relevée, la regardait, effrayée, tout en marchant à reculons et en se tenant le bras droit. Camille tendit le bras vers elle, comme pour s’excuser, mais, effrayée, la petite fille se retourna et recommença à fuir, suivie par Camille et son Pokémon.

Eve n’avait jamais eu aussi peur de sa vie. Il n’y avait eu personne pour lui venir en aide et elle avait bien cru qu’elle allait mourir. C’était un peu comme si Camille avait été possédée par quelques choses, un peu à la manière des Mélancolux qui peuvent contrôler des gens sous l’Hypnose de son papa. Mais ici, c’était quelque chose de bien plus effrayant. Elle avait vu la mort de près. Elle était toujours suivie par Camille, mais au moins celle-ci avait renoncé à son arme. Mais la peur l’habitait toujours. Elle avait besoin de réconfort.

Et justement, alors qu’elle courrait vers la sortie du parc, elle aperçut quatre lumières familières tout près du Manège. Elle accéléra le pas et, lorsqu’elle aperçut son père, assis contre l’attraction, elle se jeta dans ses bras, en larmes.

- PAPA ! cria-t-elle.
- Eve… marmonna celui-ci en passant sa main dans ses cheveux. Qu’est-ce qui ne va pas… ?
- C’est Camille… Elle ne veut pas de moi… pleurnicha la fillette.

Le Directeur releva la tête et regarda vers Camille, qui venait d’arriver. Devant la situation, celle-ci paraissait quelque peu gênée, comme prise en tort. Ses yeux étaient rougis par ses crises de larmes. Elle ne semblait par ailleurs pas du tout effrayée par le physique peu commun du Directeur.

- Allons allons… dit le Directeur en caressant les cheveux de sa fille. C’est juste une petite dispute… Tout va s’arranger…
- C’est… C’est vous son papa ? demanda Camille dans un hoquet, gênée.
- Oui, répondit faiblement celui-ci. Et je suis désolé si Eve a fait quelque chose qui t’a déplu… C’est moi qui lui ai demandé de trouver de nouveaux parents…
- Mais pourquoi ? demanda Camille. Pourquoi les miens ?
- Parce que tu es une gentille fille et que tes parents sont dévoués, répondit lentement le Directeur. Ils prendront soin de vous, je le sais, ils l’ont déjà prouvé…
- Mais vous pouvez pas vous occuper d’elle, alors ? demanda Camille. Et le monsieur avec le masque ?
- Non, malheureusement, nous ne pouvons plus, répondit le Directeur. Parce que ce sera bientôt fini pour moi…
- Je suis désolée, dit Camille en baissant la tête, l’air très embarrassée. Je savais pas…
- Eve aurait dû tout t’expliquer, elle aussi est en tort. N’est-ce pas ?
- Oui papa… lui répondit sa fille avec un air sincère. Je suis désolée, Camille.
- Allez, faites-moi plaisir… reprit l’Hypnomade. Faites un câlin… pour vous pardonner… d’accord ?

Les deux petites filles se rapprochèrent, hésitèrent un instant, puis se jetèrent dans les bras de l’autre, serrant fort et demandant pardon. Le Directeur les regardait dans un dernier sourire paisible.

- Alors c’était vrai ? demanda Hector en sortant de derrière le Manège. Eve n’est pas notre fille…
- Vous êtes là depuis longtemps ? demanda le Directeur dans un petit rire nerveux.
- Non, juste assez, dit Blanche en rejoignant son mari en compagnie d’Henry et Marie.
- Je suppose qu’il vous a déjà tout expliqué, alors, dit le Directeur en fermant les yeux.
- C’est exact, confirma Henry, le visage sombre.
- Papa ! Maman ! s’exclama Camille en se précipitant vers eux. Je suis désolée d’être partie…
- Ce n’est rien, ma chérie, dit Blanche en la prenant dans ses bras. Tu es en forme, c’est tout ce qui compte…
- Dis, maman, on peut quand même s’occuper Eve ? demanda Camille en reniflant.

Blanche releva la tête, hésitante, vers son mari qui paraissait troublé.

- Si nous prenons soin d’Eve, commença-t-il, nous voulons la vérité et seulement la vérité. Pas d’Hypnose…
- Je pense comprendre, répondit le Directeur. Eve, tu veux bien… ?
- Oui ! s’exclama t’elle précipitamment avant de claquer deux fois des doigts, annulant ainsi son emprise hypnotique sur Hector et Blanche.
- Vous prendrez soin d’elle, pas vrai ? demanda le Directeur d’une voix de plus en plus faible. Vous l’aimerez ?
- Je ne peux pas garantir que ce sera immédiat, dit Hector. Vous étiez un sale type, passé troublé ou non. Mais…
- Mais elle n’a pas à payer pour vos propres fautes, compléta Blanche avec quelques larmes aux yeux. Elle n’est pas responsable de vos actes.
- Merci… Merci pour elle…

Le Directeur semblait avoir de plus en plus de mal à respirer. Son souffle se faisait faible et il avait du mal à parler. Tout son corps lui faisait mal. Il redoubla d’effort pour tourner la tête vers Henry.

- Le bras… est là où nous avons discuté… dit-il. Prenez-le… et merci encore… Pour tout…

Les Mélancolux semblaient presque pleurer et leurs flammes s’agitaient. Le Directeur, dans un ultime effort, ouvrit ses bras et les Spectre ainsi qu’Eve se précipitèrent à l’intérieur pour l’étreindre une dernière fois.

- Je vous aime… Mes enfants…

Puis ses bras retombèrent piteusement et il ferma ses cinq yeux définitivement. Au même instant, Eve éclata en sanglots et la flamme des quatre Mélancolux s’éteignit avant qu’ils ne retombent comme de simples objets inanimés sur le sol.

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Le Directeur était seul. Tout était noir autour de lui. Tout sauf une grande Porte fermée, juste en face, à quelques mètres. Il n’avait plus ses vêtements, il n’en avait pas besoin. En voyant la porte, le Directeur se rappela les huit années de cauchemar qu’il avait vécues. Giratina l’y avait renvoyé, finalement… Mais cette fois-ci, il était prêt à y passer l’éternité.

Mais quand la porte s’ouvrit, il n’y avait pas des centaines d’âmes d’enfants et d’adultes en colère, prêtes à lui faire payer ses mauvaises actions. A la place, il y avait une femme, elle aussi dénudée, avec des cheveux noirs comme les ténèbres, qui lui souriait paisiblement, ainsi que quatre enfants, tout sourire, qui lui faisaient de grands signes de bras.

Le Directeur resta un instant immobile, sous le choc, comme s’il n’en revenait pas. Il fit un pas en avant, s’attendant à ce que Lilith et les enfants ne disparaissent. Mais comme ce n’était pas le cas, il précipita le pas et passa l’encadrement de la porte pour serrer, à jamais, sa femme et ses enfants dans ses bras.

Puis la porte se referma, les laissant seuls, libres, apaisés.

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- Vous allez l’adopter ? répéta Edith, surprise.
- Oui, dit Hector. Son tuteur a été tué avant que cette histoire ne commence, et on a appris que ses parents aussi étaient morts.
- Pauvre enfant, commenta Rosa. Si jeune…

Blanche, Hector, Henry et Marie avaient décidé de garder secrète les véritables origines d’Eve, afin de ne pas brusquer les autres. La Sage n’aurait certainement pas vu d’un bon œil que la fille du Directeur les côtoie régulièrement, d’autant qu’elle avait eu du mal à digérer l’histoire racontée par Henry. Pour elle, c’était trop gros et un simple tissu de mensonge. Parfois, la Sage pouvait être très têtue, mais les habitants de Jotho la comprenait.

- Il faudra que je trouve quelqu’un pour s’occuper de Tristan, aussi, déclara Edith en soupirant. Ses parents ont été dévorés par le nouvel Estom…
- Et qu’est-ce qu’on va faire de ce monstre ? demanda Rosa.
- C’est bien le seul qui ne s’est pas enfui, soupira Edith. Je vais voir s’il y a moyen de l’enfermer dans une Pokéball, pour ne jamais qu’il en sorte…
- C’est surement la meilleure solution pour lui, dit Marie en frissonnant.
- Et le petit Rémi ? demanda Estelle.
- Il est en vie et sa mère devrait se rétablir… Etonnement, le Trioxhydre et lui semblent… amis… le père est un peu embêté, il ne sait pas quoi faire.
- C’est peut-être une bonne chose, non ? demanda Blanche.
- Peut-être, mais rien n’est moins sûr. Personnellement, je lui aurais laissé le même traitement qu’à cet Estom²… Nous verrons bien.
- Et la Troupe ? demanda Marie. Comment vont-ils ?
- Beaucoup sont morts, dit Rosa. D’autres sont si blessés qu’ils ne pourront plus faire leurs spectacles…
- Mais je crois que Mr.Mime, Tauros et Mistigrix sont motivés pour rechercher de nouvelles recrues, dit Henry. Ils reformeront la Troupe, on peut compter sur eux.
- Maintenant, soupira Edith, nous devons enterrer les morts. Et on a du boulot…

Estelle baissa la tête en repensant à son père, mort pour la protéger. Rosa, qui avait connu une situation similaire quelques années avant, s’approcha d’elle pour la réconforter du mieux qu’elle pouvait tandis qu’Henry se rapprochait d’Edith.

- Nous allons l’enterrer, lui aussi, déclara-t-il.
- Qui ça, lui ? s’étonna Edith.
- Le Directeur, répondit simplement Marie. Et les Mélancolux.
- Vous êtes malades ! s’écria Edith, en colère. Après tout ce qu’il a fait !? Vous êtes encore sous Hypnose ou quoi ?
- Non, seulement, il mérite lui aussi un enterrement, dit Henry.
- Ho et puis faites comme vous voulez ! répondit la Sage de mauvaise humeur en leur tournant le dos. Mais ne comptez pas sur moi pour vous aider !

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C’est ainsi que, vers midi le lendemain, Henry, Marie, Hector, Blanche, Camille, Eve, Crickzik, Mistigrix, Mr Mime, Grodoudou, Scalproie et Tauros se retrouvèrent face à plusieurs tombes, sur les rives du Lac Colère. Ils y avaient enterré le Directeur et les Mélancolux, non loin de cinq autres tombes vieilles de près de 40 ans. Eve pleurait de chaudes larmes en pensant à son Père qui l’avait tant aimé, tout en serrant la main de Camille, avec qui elle s’était réconciliée. Elles avaient décidé de garder secret la querelle qui avait failli tourner au drame et, alors qu’Eve lui avait dit timidement « Amie pour la vie ? », Camille lui avait rétorquée en souriant « Sœur pour la vie ! ».

Chacun était perdu dans ses pensées. Mr.Mime, emballé dans d’innombrables pansements, était ému de retrouver la tombe de Lilith après tant de temps. La Troupe pensait tant à son Avenirs qu’à ses origines. Hector et Blanche ne pouvaient s’empêcher de penser à Eve. Seronnt-ils capables de tenir leur promesse ? Henry, quant à lui, repensait à cet être qui avait tant hanté ses cauchemars, et qui s’était finalement révélé plus malheureux qu’il ne l’avait jamais été. Sa fille lui serrait la main et il repensait aussi à ce bras qu’il avait récupéré. Il faudra qu’il trouve quelqu’un capable de lui greffer cela, maintenant que le Professeur Nessmad avait disparu dans la nature.

Plein de pensées, personne n’entendit l’homme au chapeau melon arriver. Il souriait excessivement quand il attira leur attention en toussant.

- Excusez-moi mais… Vous me semblez avoir traversé de terribles événements… Je me trompe ?

Fin

Posté à 09h30 le 20/12/17

[Fiction] Le Cirque Madyapno ...

Chapitre dernier : Deuil (première partie)



Henry et sa fille s’étaient écartés du cercle formé par les diverses statues de Pokémon Légendaires. Marie était encore sous le choc et n’avait rien su dire depuis qu’elle avait revu le visage du Directeur. Mais la présence de son père la rassurait quelque peu et les sensations de brûlure et de désespoir s’atténuaient petit à petit. Le Pokéathlète, lui, observait, tout aussi silencieusement, les derniers préparatifs se terminer. Devant eux, la Grande Roue était légèrement éclairée par quelques lumières, et surtout pas la Lune, complètement pleine, qui venait d’atteindre son zénith.

- C’est bon ! cria Further après avoir fait pivoter de quelques degrés la statue de Groudon. Les idoles sont en place !
- Nous attendons votre signal pour commencer, monsieur, dit Aartsen, assis devant son piano, les mains en l’air.

Le Directeur resta quelques secondes immobile, pensif. Cela faisait longtemps qu’il attendait ce moment et il avait comme une boule au ventre. Et s’ils échouaient ? Si Arceus ne venait pas ? Ou s’il ne se laissait pas diriger par les Mélancolux ? Seraient-ils seulement capables de briser la malédiction ? Il regarda un instant les quatre spectres. De toute manière, c’était là l’unique solution qui s’offrait à eux…

- Alors c’est parti. Vous pouvez commencer la Sérénade.

C’est ainsi que l’Escroco ouvrit la danse en suivant les partitions qu’il avait passé un long moment à décoder. C’était le jour de gloire du Pianiste qui allait jouer sa musique devant un Dieu. Bientôt, le son de la Flûte Azurée, récupérée par Dédain et Lerne depuis pas mal de temps déjà, parvint à ses oreilles, entonné par la Tailleuse. Lorsque Grodoudou, la Chanteuse hypnotisée, entama son chant, le mélange harmonieux qui traversa les oreilles absolues d’Aartsen lui fit comprendre en quoi cette Sérénade était considérée comme Sainte. Il n’y avait pas plus belle musique au monde.

Le son magnifique de la Sérénade était doux et mélancolique, triste et heureux à la fois. Pour une raison qui échappait à quiconque, la musique se répandit dans tout Smiland, sans perdre pour autant en volume. C’était le genre de musique qui s’écoutait autant avec les oreilles qu’avec le cœur. Henry en restait sans voix tandis que sa fille semblait récupérer ses esprits plus rapidement. Les flammes des Mélancolux dansaient au même rythme que la Sérénade.

Soudain les nombreuses idoles s’illuminèrent et projetèrent un rayon droit vers le ciel, droit vers la Lune. Et, au centre de leur cercle, commençait lentement à se matérialiser une créature de lumière. Arceus.

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Rosa et Edith étaient de retour à Smiland. Par chance, elles s’étaient vite retrouvées avec leurs blessés respectifs et, par mesure de sécurité, elles avaient utilisé Kadabra pour ramener Sophie, Rémi et Eden au QG du Clan. Sophie avait perdu beaucoup de sang et son fils était en état de choc, aussi Etienne avait décidé d’abandonner la recherche des autres enfants pour prendre soin d’eux. Quand à Eden, malgré ses protestations, sa jambe cassée la handicapait bien trop pour qu’elle continue plus longtemps. Elle avait néanmoins prêté son Pokémon pour qu’il les aide à fouiller le Parc. Les deux femmes étaient en route vers l’Arène où le Chef Uru avait été dévoré pour essayer de trouver des indices, mais lorsque la musique de la Sérénade parvint à leurs oreilles, elles se stoppèrent immédiatement. Il leur était impossible de dire d’où provenait la musique, mais lorsqu’elles virent des rayons lumineux s’élever dans les cieux, non loin de la Grande Roue, elles comprirent que c’était là que se déroulait le Rituel.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Rosa dans un souffle.
- Ils sont en train de réaliser le Rituel, répondit Edith d’un air sombre. Ils ont dû réussir à traduire la Sérénade…
- Tu veux dire… qu’Arceus…
- Je crois, dit Edith en se pinçant les lèvres. On ferait mieux d’aller voir…
- C’est pas un peu un mauvais plan ? se risqua Rosa. Je veux dire, on était nombreux pour affronter Yveltal la dernière fois, et sans AZ, on n’aurait pas réussi à le sceller. Là, on est que deux…
- Rémi était comme possédé, dit Edith. Il y a des chances pour que les autres enfants le soient aussi et se trouvent là-bas pour sécuriser le Rituel ou un truc du style.
- Et qu’est-ce que tu comptes faire ? s’exclama Rosa, paniquée. Tuer les enfants pour empêcher le Rituel ? Ou les laisser te tuer ?
- De toute façon, on n’a pas vraiment le choix, on doit y aller ! s’écria Edith. Tu imagines si quelqu’un s’accaparait les pouvoirs d’Arceus ? Puis je suppose que les autres vont nous y rejoindre.
- S’ils ne sont pas morts, répondit Rosa en baissant la tête.

Edith serra les dents. Elles n’avaient aucune nouvelle du groupe d’Hector, d’Henry, de Frederick ou de la Troupe. Tout juste savaient-elles que Thomas et Arianna avaient été tués par Uru et le nouvel Estom, ce qui ne laissait rien présager de bon sur ce que les autres avaient peut-être dû affronter.

- Que tu me suives ou non, j’y vais, reprit Edith. Je ne t’oblige pas à venir, mais envoie moi au moins là-bas avec Kadabra.
- Holala, soupira Rosa en se frappant le visage avec sa main droite. Toujours à vouloir jouer les héroïnes, mais tu es juste humaine, Edith… C’est bon, je viens avec toi. Mais si on meurt, je te jure que je t’en voudrais très fort !

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Estelle ne voulait pas sortir de la pièce en ruine. Elle avait détruit pièce par pièce la boite de conserve géante qui servait de corps à Lain avant de revenir vers le cadavre de son père pour pleurer. Mais quand le son de la Sérénade parvint à ses oreilles, elle releva la tête. Nidoqueen aussi entendait la douce musique et semblait en chercher la source. Toujours en larme, la jeune dresseuse se décida enfin à se relever, aidée par son Pokémon, et à sortir de l’attraction pour voir ce qu’il se passait. Quand elle vit, non loin de la Grande roue, plusieurs faisceaux lumineux monter vers le ciel, elle déglutit. Elle adressa un regard vers Nidoqueen et, après quelques secondes de réflexion, se mit en route, ses autres Poké-balls en main.

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Blanche et Hector se figèrent sur place en voyant au loin la lumière des statues. Il ne manquait plus que ça… Camille s’était enfuie sans raison apparente et était parvenue à leur échapper. Ils étaient à nouveau à sa recherche avec sa sœur Eve et le jeune Tristan et étaient clairement désemparés.

- Qu’est-ce qu’on fait, Blanche ? demanda Hector en regardant sa femme.
- Je… Je ne sais pas… répondit la concernée. Ils sont vraiment en train de… ?
- D’invoquer Arceus ? compléta son mari. Je suppose…
- Papa, il se passe quoi ? demanda Eve avec un air soucieux.
- Rien, Eve, on va vite régler ça, dit Hector d’un ton qui se voulait rassurant. Papa et maman vont aller voir ce qu’il se passe.
- Mais et Camille ? demanda Eve. Elle se cache toujours !
- Je sais, dit Hector en baissant la tête.
- Et vous aussi, vous allez vous cacher, ajouta Blanche. Vous restez ici dans le coin et quand on revient, vous nous signalez où vous êtes, c’est d’accord ?
- D’a… D’accord, balbutia Tristan. Mais vous revenez vite, hein ?
- Promis, répondit Blanche. Et si tu vois ta sœur, Eve, essaye de la retenir !
- Ok maman ! s’écria Eve. Compte sur moi pour la retrouver !
- Bien… murmura Hector. On va faire vite !

Ils laissèrent les deux enfants sur place et se mirent à courir en direction de la Grande Roue pour rejoindre les lieux du Rituel. Mais ni l’un ni l’autre n’était rassuré de laisser les enfants sans surveillance. Cependant, pouvaient-ils vraiment aussi laisser quelqu’un invoquer Arceus et se servir de ses pouvoirs ? Et puis, avec un peu de chance, ils trouveraient Camille en chemin…

Derrière eux, Tristan s’approcha d’un bâtiment qui devait être des toilettes et fit un signe à Eve.

- On pourrait se cacher ici, dit-il. Il y a peu de chance que les monstres nous y cherchent, tu crois pas ?
- Les monstres ? répéta Eve avant d’éclater de rire.
- Chut ! s’écria Tristan. Tu risques de les attirer !

Eve cessa de rire et afficha une mine sévère qui fit frissonner Tristan. Il était mal à l’aise et, depuis un moment, ne comprenait plus grand-chose à la situation.

- Dis, y a des trucs que je ne pige pas trop, confessa-t-il. J’savais pas que vous étiez sœurs toutes les deux… Pourquoi vous vous êtes disputées ?
- Je vais t’expliquer, dit Eve en souriant. Mais pour ça, j’aimerai que tu me regardes dans les yeux.

Tristan fronça les sourcils. Pourquoi demandait-elle ça ? Il déglutit, pris d’un mauvais pressentiment, mais ne put s’empêcher d’accéder à la demande de sa camarade, ne serait-ce que par curiosité. Ni l’un ni l’autre ne bougea d’un cil pendant quelques secondes avant qu’Eve ne reprenne la parole.

- Maintenant, tu nous attends ici. Je vais chercher Camille.
- D’accord, répondit Tristan en s’asseyant par terre. Je vous attends.

Eve sourit, rassurée. Puis elle se détourna de Tristan et se mit en route. Où pouvait bien se trouver Camille ?

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Cela faisait déjà trois longues minutes que la Sérénade avait commencé. Cependant, les partitions étaient plutôt longues et le Rituel devrait encore durer quelques minutes. L’être de Lumière commençait tout juste à se matérialiser petit à petit au centre des Idoles et tous les regards étaient centrés dessus.

C’est alors qu’Edith et Rosa arrivèrent, Sablaireau, Scorvol et Pyrax de sortie, téléportées par Kadabra. En voyant l’étrange scène qui s’offrait à elles, les dresseuses furent directement prêtes à passer à l’action. Aussi, quand elle vit la Tailleuse en train de jouer de la Flûte, la Sage du Clan Distorsion envoya Scorvol pour la mettre à terre et la blesser, le souvenir du meurtre de l’Inspecteur Besace étant toujours très tenace, mais aussi pour interrompre le Rituel.

Mais alors que Scorvol fondait sur sa proie, un autre Pokémon se dressa devant lui et l’attrapa par la gorge avant de le jeter au sol avec force.

- Occupes-toi d’elles, Further, cria le Directeur. Ne les laisse pas interférer.
- Avec plaisir, s’exclama le Galeking qui relevait déjà Scorvol pour le lancer vers sa dresseuse.
- Mais c’est… s’exclama Rosa, ébahie, en apercevant le visage du Directeur.
- Et bordel, s’écria Edith en serrant les poings. Je le préférais mort. On s’occupera de lui après.

Further balança Scorvol droit sur les nouvelles arrivantes et elles durent s’écarter pour éviter d’entrer en collision avec. Le pauvre Pokémon était lourdement blessé et inconscient, mais ses quelques grognements indiquaient qu’il était encore en vie.

- Pyrax ! cria Edith en pointant la Chorale du doigt. Danse du feu !

Le Papillon ardent s’éleva dans les airs, mais ne put se rapprocher. En effet, Further avait attrapé une poubelle pas loin de lui, l’avait arrachée du sol puis l’avait lancée sur l’insecte qui, surpris, ne put échapper à l’attaque.

- Bordel, tu vas nous laisser passer ! s’écria Edith.
- Hors de question que vous interrompiez le Rituel, dit Further en ricanant.
- Alors je vais te crever ! Pyrax !
- Edith, arrête-ça ! cria une voix que la Sage reconnut immédiatement.

Les deux femmes tournèrent leurs têtes déconcertées vers Henry et Marie. Le Pokéathlète tenait sa fille avec son unique bras valide et les regardait d’un air grave et très sérieux.

- Henry ? s’étonna Rosa. Mais merde on doit…
- T’occupes pas, Rosa, répondit Edith. Il doit avoir été hypnotisé.
- Quoi ? s’étonna la coordinatrice.
- Quoi ? répéta Henry en écarquillant les yeux.
- Je ne sais pas comment il a fait pour revenir, mais si le Directeur est là ce soir, on doit s’attendre à tout. Envoie Sablaireau aider Pyrax.
- Je… ok…

Elle adressa un signe de tête à Sablaireau qui acquiesça avant de rejoindre Pyrax face à Further qui faisait toujours barrage en ricanant.

Mais alors que le combat allait s’engager, subitement, le son de la musique gagna en intensité. Parmi toutes les personnes et Pokémon présents, tous se sentaient comme paralysés sur place. Aartsen, la Tailleuse et Grodoudou semblaient être les seuls à ne pas être affectés. C’était comme si la pression terrestre s’était soudainement décuplée. Tous les regards se tournèrent vers le centre du Cercle où Arceus terminait de se matérialiser. Ce gigantesque Pokémon blanc immaculé et jaune d’or, aux airs de cheval, semblait presque endormi du haut de ses quatre mètres. Et c’est lorsqu’Aartsen appuya sur une dernière touche de son piano que le Grand Architecte ouvrit les yeux et que la pression se relâcha d’un coup. Et pourtant, tout le monde était trop intimidé pour réagir.

Puis enfin, le Directeur s’avança vers le Dieu qu’il venait d’invoquer. Celui-ci baissa la tête pour le regarder, curieux. Et, sans prévenir, l’Hypnomade déformé lui lança une Ball noire comme les ténèbres qui, à la grande consternation d’Edith et Rosa, absorba le Grand Architecte sans que celui-ci ne réagisse. La Ball tomba à terre et fut prise de violents sursauts avant de s’immobiliser. Le Directeur se rapprocha et ramassa la Ball.

- Nous avons réussi, dit-il dans un souffle, comme si lui-même avait du mal à y croire. Le Grand Architecte… est désormais sous mes ordres !
- Parce que vous croyez qu’il va se laisser faire ? cria Edith, énervée. Votre aventure avec Giratina ne vous a pas prouvé que maitriser un Dieu n’était pas si simple que cela ?
- Ma chère Edith, dit le Directeur en se tournant vers elle. Cela faisait longtemps, pas vrai ? Mais je pense que vous avez rencontré le Professeur Nessmad ?
- La Ball qu’a confectionné Papa est un peu particulière, ricana Aartsen depuis son Piano.
- Non seulement, elle garantit la capture, mais elle transforme aussi le Pokémon en véritable coquille vide, ajouta la Tailleuse dans un sourire.
- Comment ça ? demanda Rosa. Qu’est-ce que vous entendez par coquille vide ?
- Je pense qu’une démonstration vaut mieux qu’un long discours, soupira le Directeur. Et puis, j’ai hâte d’en finir…

L’Hypnomade déformé lança la Ball noire en l’air, invoquant à nouveau Arceus, de manière plus rapide qu’avec le Rituel. Le Grand Architecte était de nouveau là, debout sur ses quatre pattes. Mais ses yeux étaient fermés et il ne semblait même pas respirer. Aussitôt, les Mélancolux se placèrent juste au-dessus de sa tête et le Dieu sembla se réveiller.

- C’est aux Mélancolux que revient la tâche de maitriser Arceus, dit le Directeur en voyant les regards effrayés de Rosa et Edith. Nous avons enfin réussi…

Les deux dresseuses firent un pas en arrière. La situation virait à la catastrophe. Non seulement, elles n’étaient toujours que deux pour affronter leurs adversaires, mais ceux-ci semblaient avoir les plein pouvoirs sur Arceus lui-même et, comme si ça ne suffisait pas, il y avait encore la Tailleuse, l’Escroco et le Galeking. Pire, leur mystérieux patron se révélait être le Directeur, leur ancien ennemi, et Henry avait certainement été hypnotisé par celui-ci. On aurait difficilement pu imaginer pire et Rosa était tentée de dire à Edith qu’elle l’avait prévenue, mais sentait bien que ce n’était pas vraiment le moment. C’est alors que, soudainement, le Galeking s’avança d’un pas vers Arceus.

- Depuis le temps que j’attends ce moment ! s’écria-t-il.
- Further… soupira le Directeur. Ecarte-toi.
- C’est hors de question, patron !

La Tailleuse et Aartsen paraissaient outrés de voir Further défier leur patron en refusant d’obéir. Ce dernier, au contraire, ne semblait pas réellement surpris et gardait tout son calme. Les humains, quant à eux, ne comprenaient pas ce qu’il se passait, que ce soit du côté d’Edith ou d’Henry.

- Je tiens enfin une occasion de vous prouver que je suis plus fort que lui ! cria Further. Je vais tuer Arceus de mes propres mains !
- Tu n’as vraiment rien compris, soupira le Directeur. Ce n’est pas une question de force et, de toute façon, tu t’attaques à un trop gros morceau.
- Je me prépare à ce combat depuis longtemps, cria Further. Et je vais exploiter à fond mon pouvoir !

Sur ce, Further sembla étirer au maximum chacun de ses membres et cria de toute ses forces vers le ciel. Et puis il baissa la tête et se mit à exploser de rire. De la fumée rougeâtre semblait sortir de sa bouche. Et, sans attendre, il fit un bon prodigieux et se prépara à donner un violent coup de poing sur la tête du Grand Architecte.

Mais juste avant qu’il ne touche sa cible, Arceus envoya par sa bouche un gigantesque rayon bleu nuit qui projeta Further contre la Grande Roue qui, sous le choc, commença à pencher. Dans les débris, Further se relevait déjà et riait aux éclats.

- Heart Burst, murmura Aartsen pour lui-même.
- De quoi ? demanda Henry, qui s’était rapproché avec Marie.
- Further dispose de plusieurs cœurs, répondit la Tailleuse. Et lorsqu’il active cette technique qui lui est propre, ses forces sont tout simplement décuplées… Son sang circule à une vitesse effarante dans son corps, quitte à bouillir dans ses veines, ce qui améliore toutes ses capacités.
- Voir même au-delà, ajouta Aartsen. C’est vraiment pas bon…
- Mais qu’est-ce qui lui prend ? demanda Henry en fronçant les sourcils. Pourquoi veut-il tuer Arceus ?
- Aucune idée, répondit la Tailleuse. Mais Aartsen a raison, c’est pas bon du tout.

Further marchait droit vers Arceus, l’air à la fois décidé et fou. Le Directeur le regardait avec une certaine déception dans le regard.

- Ce n’est pas en réduisant tous nos efforts à néant que tu prouveras quoique ce soit, Further, dit-il, l’air contrarié.
- Au contraire, annonça Further en continuant d’avancer. En tuant un Dieu, je prouverai que JE suis le Pokémon le plus puissant du Monde. Il nous sera alors si simple de changer ce monde, monsieur… Je serai votre meilleur partenaire pour vos Projets !
- Tu ne lui arriveras jamais à la cheville, Further, répondit l’Hypnomade.

Et aussitôt, Arceus ouvrait de nouveau la gueule pour laisser échapper un nouveau Rayon d’énergie vers Galeking. Mais celui-ci enfonça d’un coup violent ses jambes dans le sol et intercepta l’attaque avec ses deux bras tendus. Malgré ses jambes enfoncées dans le bêton, le Titan d’Acier recula de quelques centimètres. Mais il ne semblait pas pour autant souffrir de l’attaque. Au contraire, il riait toujours aux éclats.

- Pourquoi refusez-vous de comprendre, patron ? s’écria Further. Je suis votre nouveau Colosse ! Votre meilleur ami ! Votre…

Il fut interrompu dans ses paroles par de puissantes gerbes de flammes. Celles-ci étaient lancées par Pyrax mais aussi par Arcanin, qu’Henry avait appelé. Le Galeking se tut et ferma les yeux le temps de l’assaut puis recommença à rire. Sablaireau et Aartsen lui lancèrent alors des rochers qu’il explosa à la force de ses poings sans souci.

- Reste en dehors de ça, Aartsen ! cria le Galeking. Tu as déjà eu ton heure de gloire !
- Ce n’est pas pour autant que tu dois gâcher celle du Patron ! répliqua l’Escroco avec un air grave.
- Tu ne peux pas comprendre… personne ne peut comprendre ! Mais vous ne pourrez m’empêcher d’atteindre mon but !

Il écarta presque négligemment les nouveaux rochers qu’on lui lançait, ne prêta pas attention aux flammes et fonça droit sur Arceus et le Directeur. Encore une fois, le Grand Architecte, toujours manipulé par les Mélancolux, répliqua avant d’être touché avec le même rayon d’énergie que précédemment, ce qui fit reculer le Galeking de quelques mètres. De la fumée rouge semblait désormais sortir de tout son corps et, pourtant, le Titan continuait de rire.

- Maintenant ! cria Edith.

A nouveau, une salve d’attaques s’accabla sur Further qui encaissa en riant, que ce soit les flammes ou les projectiles. Lorsqu’un nouveau rayon bleu fonça sur lui, il mit ses bras pour l’intercepter et, encore une fois, recula de quelques mètres. C’est alors que Cizayox et Ecrémeuh, surgissant de nulle part, lui assénèrent une Roulade et une Surpuissance dans le dos avant de reculer précipitamment. Mais Further n’y prêta même pas attention.

- On vous expliquera après ! cria Rosa à Hector et Blanche, qui paraissaient un peu décontenancés et étonnés par la situation.
- Si seulement on comprenait nous-même ce qu’il se passait, répliqua Edith à la coordinatrice.
- Ouais bon…

Le flot d’attaques cessa quelques secondes. Le Pokémon était toujours debout et ne semblait pas avoir été affecté par ce à quoi tout être vivant normal aurait succombé depuis longtemps. Mais ces cœurs battaient à la chamade, prouvant qu’il était encore bien en vie, et même plus que le commun des mortels. Il surprit néanmoins tout un chacun en se retournant vers la Grande Roue et en s’avançant vers elle, déterminé.

- Tu te décides enfin à abandonner cette idée ridicule ? demanda le Directeur en plissant ses nombreux yeux.
- Pas du tout, répondit Further. Je vais en finir… en une seule attaque !

Il était presque arrivé au niveau de la Grande Roue déstabilisée quand Scorvol se dressa devant lui pour l’empêcher d’avancer plus loin. Le Pokémon de la Sage se prépara à lancer une Surpuissance, mais le Galeking l’attrapa à nouveau rapidement, maintenant ses deux bras dans ses mains.

- Scorvol ! cria Edith.
- Dégage de mon chemin ! cria le Titan en écartant violement ses bras, déchiquetant le pauvre Pokémon en deux morceaux et provoquant une effusion de sang qui l’éclaboussa.

Edith tomba à genoux sous la violence de la scène tandis que Rosa, à côté d’elle, lui tapotait dans le dos, sachant très bien quelle douleur la Sage pouvait ressentir. Hector eut un haut le cœur et même la Tailleuse et Aartsen détournèrent les yeux. Mais Blanche, qui avait déjà vu une scène similaire, pensa directement au Colosse qui, quelques années auparavant, avait fait pareil avec l’Ectoplasma de la Sage de l’époque. Henry, lui aussi, commençait à comprendre tout doucement ce qui préoccupait le Titan.

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Lorsque Further était né, le Directeur l’avait tout de suite pris sous son aile avec Dédain. Ils étaient les premiers à voir la lumière du jour. Un bébé dans les bras, le Directeur leur racontait alors des histoires sur son passé et ses anciens partenaires.

Il leur avait expliqué que le Pokémon qu’il avait le mieux connu, un Mackogneur, était mort en obtenant enfin la vengeance qu’il cherchait depuis des années sur sa seule et unique défaite. Aussi, même, s’il avait été peiné par sa perte, le Directeur savait qu’il était mort satisfait. Et pourtant il s’agissait presque de son meilleur ami à l’époque, son confident. C’est lorsqu’il expliqua qu’il tirait ses forces de ses trois cœurs qui augmentaient ses forces et ses réflexes que Further fit le lien avec lui. Car c’était justement ce qu’il avait ! Plusieurs cœurs et une capacité physique au-dessus de la normale.
Depuis lors, pour Further, c’était comme une évidence ! Il était destiné à devenir le nouveau Colosse ! Fier de ce statut, Further se découragea quand il comprit que Dédain était clairement avantagé aux yeux de leur patron. Jaloux, le Galeking se lança dans différentes opérations cardiaques dans le but de devenir toujours plus fort. Plus fort que Dédain. Plus fort que l’Ancien Colosse. Plus fort que quiconque. Plus fort que Dieu.

Et c’était ce qu’il était décidé à prouver au Directeur. Il était le nouveau Colosse. Ils n’avaient pas besoin de Dieu pour changer le monde. Ils se plieraient tous à leur volonté par peur. Par peur du Titan d’acier. Et ensemble, ils changeraient le monde !

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Further jeta les morceaux de carcasse derrière et lui et se rapprocha au maximum de la Grande Roue. Il saisit de ses mains deux barres en métal de la structure et tenta de la soulever. Au départ, il paraissait presque ridicule, tel un bodybuilder qui avait eu les yeux plus grands que le ventre. Puis, sous les yeux ébahis de chacun, il souleva la Grande Roue de quelques centimètres d’abord. Puis il la souleva de plus en plus haut et tendit les bras au-dessus de sa tête en riant aux éclats. Et, lentement, il se tourna vers ses adversaires, faisant tourner l’immense attraction d’une bonne centaine de tonnes au même rythme. La fumée rouge cachait presque entièrement son corps désormais, tel un spectre de sang venu tout droit des Enfers.

- C’est impossible, souffla Blanche, les yeux grands ouverts. Ça pèse combien de tonnes ce truc ?
- Aucune idée, répondit son mari sans oser détourner les yeux.
- Patron ! cria le Galeking. Ecartez-vous, je vous prie !
- Tu es stupide, Further, répliqua celui-ci.

Et à nouveau, Arceus ouvrit la bouche et dégagea un gigantesque rayon droit sur le Titan. A la différence de ses précédentes attaques cependant, celui-ci était orange. Une fois de plus, Further reçut l’attaque sans avoir l’air d’en souffrir. Le poids supplémentaire de la gigantesque structure de métal qu’il tenait en l’air l’empêcha de reculer. Encore et toujours le Titan riait aux éclats et, tandis que l’attaque ne finissait pas, Pyrax et Arcanin projetèrent sur lui leurs flammes brûlantes.

- C’est inutile ! Je suis l’être le plus puissant du Monde ! Je suis le…

Further s’interrompit brutalement en écarquillant les yeux. Il ressentait soudainement une vive douleur dans la poitrine. Une douleur insupportable, fulgurante, qui commençait à s’étendre à d’autres endroits de son corps. Il sentit par la même occasion ses forces l’abandonner peu à peu et sa vue se troubler.

- Qu’est-ce… que… réussit-il tout juste à dire alors qu’Arceus interrompait son attaque en voyant la faiblesse du Titan.
- Tu as vu trop grand Further, répondit le Directeur. Tu as poussé trop loin les limites de tes cœurs. Les pompes se sont trop emballées. C’est fini.
- N…Non ! s’écria Further en pliant un genou, la lourde Grande Roue toujours dans les mains. Je …
- Tu l’as peut-être dépassé en force, dit le Directeur en se détournant. Mais ce n’est pas ce qui me plaisait tant chez le Colosse. Tu n’as jamais été et ne sera jamais Lui.

Des larmes de sang coulaient aux yeux de Further lorsqu’il ne put plus maintenir le poids de la Grande Roue en l’air. Son corps chuta et la gigantesque structure de métal lui retomba dessus dans un bruit assourdissant qui dégagea un gigantesque nuage de poussière et de petites pièces. La Grande Roue fit ensuite mine de s’écrouler vers eux, mais Arceus lança un nouveau Rayon, presque transparent, pour pousser légèrement la Grande Roue, ce qui suffit pour qu’elle tombe de l’autre côté, dans un second fracas.

Tous les regards se tournèrent vers le Directeur, qui leur faisait dos. Arceus et les Mélancolux ne bougeaient plus et ils semblaient concentrés sur une tâche qui leur échappait. Puis Edith, se ressaisissant, pointa le Directeur du doigt.

- Danse du Feu ! cria-t-elle.

Aussitôt, le Papillon se retourna et passa à l’attaque, suivi de Sablaireau, Cizayox et Ecrémeuh. Mais c’était sans compter Aartsen, la Tailleuse, ainsi que l’Arcanin et l’Elekable d’Henry, qui se dressèrent entre eux et leur cible. Le Pianiste bougeait comme s’il dansait une valse et surprit Sablaireau en le touchant avec une Lame de Roc. Elekable réussit à intercepter Ecrémeuh avant qu’elle ne soit lancée à pleine vitesse et Arcanin barra la route de Cizayox. Pyrax, quant à lui, esquiva de justesse le coup de ciseaux que lui destinait la Tailleuse.

- Henry ? s’étonna Hector. Qu’est-ce que tu fous ?
- Laissez-les tranquilles, lança le Pokéathlète. Tout n’est qu’un malentendu…
- Laissez tomber, cracha Edith dont les traits étaient déformés par la colère. Ils ont dû l’hypnotiser.
- Merde merde… répétait Blanche.
- Mais pas du tout, bordel ! protesta Henry.

Il aidait toujours Marie à se tenir debout, mais celle-ci était maintenant parfaitement consciente, quoiqu’encore fatiguée. Elle ne savait pas du tout comment réagir, d’autant que Kaede et Ténéfix étaient restés dans la Cache de Baggaid. Les combats s’enchainaient donc, chacun ayant un ou plusieurs adversaires, tandis que le Directeur se contentait d’observer les Mélancolux et Arceus d’un air anxieux.

La Tailleuse bougeait très rapidement pour le Papillon qui échouait dans ses attaques et avait du mal à lui-même esquiver. Edith s’était rapprochée au plus près du combat et encourageait son Pokémon déjà très fatigué à continuer. Pas loin, Aartsen dominait largement son combat contre Sablaireau. Lui aussi était fatigué de ses précédents combats, notamment contre le Chef Uru et ses Pokémon. Du côté des dresseurs de Jotho, par contre, personne ne se battait à fond. Dégoûtés de devoir se battre contre des amis, de la famille même, ils retenaient leurs coups inconsciemment.

Subitement, la Tailleuse porta un coup de ses lames dans le torse de Pyrax, faisant jaillir son sang. Le Pokémon fut alors tout aussi soudainement rappelé dans sa Poké-ball et, surgissant par surprise de derrière, Edith plaqua la Taileusse au sol. Celle-ci, par réflexe, tenta de porter un nouveau coup de ciseaux mais la Sage lui saisit le bras et les lui arracha des mains. C’était elle maintenant qui tenait l’arme, prête à venger l’Inspecteur Besace. La Tailleuse parvint cependant à attraper le bras de son opposante juste avant qu’elle ne plonge ses propres lames dans son corps. Mais la situation n’était pas à son avantage pour autant, car elle ne pouvait pas enlever sa fausse main pour libérer son bras de Manternel et regagner un atout.

- Je vais te tuer, grogna Edith, les traits du visage crispés. Tu vas payer, salope…
- Essaie un peu, répliqua la Tailleuse en luttant contre la force de la Sage.

C’est alors que subitement, une musique très entrainante retentit à leurs oreilles. Le visage décontenancé, Edith sentit ses mains lâcher la paire de ciseaux sans qu’elle n’en ait donné l’ordre et, toujours sans avoir rien demandé, elle se releva. La Tailleuse l’imita en pinçant les lèvres car, contrairement à la Sage, elle comprenait ce qu’il se passait.

Aartsen avait mis Sablaireau KO et était revenu à son Piano auquel il jouait la musique qu’ils entendaient tous. Car c’était celle-ci qui contrôlait les mouvements de tous ceux à qui elle parvenait, dans un certain rayon. Et cette musique les obligeait tous à danser sans leur consentement. C’est ainsi que les deux ennemies se mirent à valser tout en s’insultant allègrement. Rosa était bien la seule à danser toute seule et au vue de son visage, elle trouvait cela limite vexant. Henry et Marie étaient eux aussi touchés et dansaient ensemble tandis qu’Hector et Blanche les imitaient, sans comprendre. Les derniers Pokémon, quant à eux, dansaient comme ils le pouvaient, tout en s’étonnant de la situation. Le Directeur, lui, était assez à l’écart pour éviter de subir le contrôle de la musique d’Aarsten.

- Vous êtes sous mon pouvoir, ricana l’Escroco en pianotant avec passion les touches de son instrument. Vous êtes condamnés à danser et à vous déhancher, au rythme de ma musique.

Edith enrageait de la situation. Elle allait enfin en finir avec cette salope qui avait tué l’Inspecteur. Mais avec cette maudite musique, elle était obligée de danser avec et, en plus, il n’y avait plus personne pour empêcher le Directeur et les Mélancolux de corrompre Arceus. Hector et Blanche, inquiets, pensaient à leurs deux filles. Et si la Grande Roue était tombée sur Camille ?

Le Directeur, au contraire, jubilait de son côté. Enfin, ENFIN, ils touchaient au but. La Jalousie de Further n’avait été qu’un incident et ils étaient parvenus à rattraper le temps perdu. Et grâce à la musique du Piano qu’avait confectionné le Professeur Nessmad, Aartsen empêchait quiconque de venir contrarier ses plans. Après tant d’années de regrets, il allait pouvoir réparer ses erreurs passées et trouver le repos, la quiétude, le répit. Il fallait juste laisser le temps aux Mélancolux de comprendre comment faire pour forcer Arceus à briser la Malédiction.

C’est alors que le Directeur sentit quelque chose ramper à ses pieds. Il baissa la tête et fut surpris par la présence d’un Aspicot qu’il lui projeta un coup de Sécrétion sur le visage, l’aveuglant en partie. Le Directeur recula d’un pas et tenta de dégager la matière gluante qui lui collait le visage, tandis qu’Arceus perdait toute concentration et baissait les yeux vers lui. Les mélancolux étaient inquiets pour lui. Estelle profita de la distraction de son petit Pokémon pour sortir de sa cachette et se jeter sur l’Hypnomade déformé avec Nidoqueen, Ortide, Coatox et Nosferalto. La dresseuse grimaçait, car elle avait toujours une jambe en miette et elle devait faire preuve de beaucoup de volonté pour se maintenir debout. Le Grand Architecte bougea les pattes mais s’immobilisa en se rendant compte qu’il avait failli écraser le Directeur. Celui-ci parvenait tout juste à dégager la soie visqueuse d’Aspicot quand Estelle essaya de s’emparer de la Ball qu’il tenait en main en tirant de toutes ses forces dessus.

- Non ! cria-t-il, paniqué. Pas maintenant !

Il résistait à la force de la jeune femme et prépara une Ball’ombr pour l’écarter de lui, mais avant qu’il ne puisse la lancer sur Estelle, Coatox, Ortide et Nosferalto se mirent à trois dans une combinaison de Bomb’Beurk et Direct Toxik. Sous la violence des attaques, le Directeur lâcha la Ball et tomba par terre. La flamme des Mélancolux redoubla d’intensité et Arceus fit un pas vers Estelle, avec la ferme intention de l’écraser, mais celle-ci esquiva et lança l’objet sphérique vers Nidoqueen, qui à l’aide d’un Plaquage, la détruisit.

Le Grand Architecte fut soudainement pris de sursauts incontrôlables. Une gigantesque aura dont la couleur variait de seconde en seconde s’échappait du Dieu et les Mélancolux furent repoussés plus haut dans le ciel. Les Pokémon Poison d’Estelle et leur dresseuse semblaient incapables de bouger tandis que les danseurs regardaient la scène sans oser dire quoique ce soit, toujours forcés à valser. Aartsen faillit même interrompre sa musique tant il était surpris par la situation qui commençait à dégénérer. Le Directeur parvint à se relever, fou de rage, et attrapa Estelle par le cou alors qu’elle regardait ailleurs, et se mit à l’étrangler.

- Sale petite peste ! cria-t-il, son visage déjà difforme modifié par la haine.

La dresseuse commençait à étouffer et Nidoqueen allait se jeter sur son agresseur, mais avant qu’elle ne puisse réagir, un gigantesque rayon noir s’échappa de la bouche d’Arceus et frappa de plein fouet le Directeur, le faisant lâcher prise et le projetant avec violence contre un mur. Estelle avait aussi reçu l’attaque, mais le choc l’avait envoyée dans une autre direction, face contre terre, le corps encore plus endolori. Aarsten cria après son patron et s’arrêta de jouer sa mélodie, libérant les humains et Pokémon sous son emprise. Mais aucun d’entre eux ne souhaitait reprendre le combat devant la scène qui s’offrait à eux. Ils étaient tous effrayés par Arceus, dont le regard brillait d’un éclat rouge de folie. Aussi, lorsqu’il tourna la tête et lança un nouveau rayon, jaune cette fois, tout le monde s’écarta en courant dans des directions différentes pour éviter l’attaque qui provoqua un petit cratère au sol.

- Je crois qu’il n’est pas content d’avoir été manipulé, dit Rosa en tremblotant légèrement.
- Ça peut se comprendre, dit Hector. Quelqu’un sait comment on calme un Dieu ?
- Aucune idée, dit Edith.

A nouveau, Arceus lança un rayon coloré vers Aartsen qui fuit juste à temps, mais en abandonnant son Piano qui explosa. L’Escroco rejoignit la Tailleuse, à qui il adressa un regard interrogateur. Celle-ci acquiesça et, sans demander leur reste, les deux musiciens prirent leurs jambes à leur cou, à la grande consternation d’Edith.

- Ha les enfoirés ! cria-t-elle. Bande de lâches !
- Edith ! cria Henry.
- Quoi enc…

Ramenée à la réalité au bon moment, la Sage parvint à esquiver le nouvel assaut d’Arceus à son encontre, mais l’onde de choc la poussa néanmoins plus loin. En même temps qu’elle se relevait, elle voyait le Directeur se mettre debout avec l’aide des Mélancolux. L’Hypnomade jetait un regard désespéré vers Arceus tandis que les Spectres le forçaient à décamper. Un nouveau rayon esquivé de justesse par Marie et Henry aveugla Edith, l’empêchant de voir dans quelle direction les Pokémon fuyaient.

Arceus se dressa sur deux pattes et poussa un cri de colère. Lorsque ses pattes avants rentrèrent en contact avec le sol, cela provoqua un petit séisme qui fit trembler la terre, faisant perdre l’équilibre à Estelle, à peine remise debout. Mais cela provoqua aussi la chute de la statue de Rayquaza, qui perdit la tête en tombant. Arceus sembla soudainement souffrir, son aura devenant complètement noire l’espace d’un instant. Ce détail n’échappa ni à Edith, ni à Henry.

- Il faut détruire les statues ! cria Henry. Ça a l’air de l’affecter.
- Et si ça le tuait ? protesta vivement Edith.
- On a pas trop le choix je crois, répondit Hector. Cizayox !

L’Insecte acquiesça et, avec Surpuissance, détruisit une petite statue à l’effigie de Mew qui se trouvait à proximité. A nouveau, Arceus fut entouré d’une aura noire et agita la tête en signe de mécontentement. Suivant l’exemple d’Hector, tous s’y mirent pour détruire les différentes statues. Nidoqueen mit en miette la statue de Zygarde à l’aide de Telluriforce. Ecrémeuh roula à plusieurs reprises sur celle de Lugia, jusqu’à ce qu’elle ne s’effondre. Elekable, avec Coup-Croix, fit exploser la statue de Kyogre. Kadabra, dirigé par Rosa, envoya la statue de Kyurem se fracasser contre Arceus. Chaque destruction d’idole semblait interrompre le Grand Architecte de plus en plus longtemps. Edith finit elle aussi par s’y mettre en appelant son Branette à la rescousse. Il ne restait plus beaucoup de statues à détruire quand Mistigrix, Scalproie, Tauros, Cupcanaille, Tenéfix et Pashmilla débarquèrent, téléportés par la Magicienne. Le Lanceur de Couteaux se précipita vers Grodoudou pour la mettre à l’abri des attaques. Elle n’avait pas bougé, toujours hypnotisée. Kaede et Ténéfix rejoignirent rapidement leur dresseuse et les nouveaux arrivants se mirent à détruire les dernières statues.

Enfin, au bout d’un long moment ponctué de quelques rayons d’Arceus, Tauros détruisit la dernière statue, celle de Célébi, en l’écrasant sous ses sabots. A ce moment, l’aura noire qui entourait Arceus prit de gigantesques proportions et le Dieu poussa un long hurlement. L’aura se dissipa ensuite soudainement, en même temps que l’éclat de folie des yeux du Pokémon. La Grand Architecte baissa ensuite la tête vers les humains et les Pokémon, qui redoutaient sa réaction. Il cligna des yeux puis, l’air serein, il se mit à rayonner. Un grand éclat de lumière s’échappa d’Arceus vers le ciel et le Dieu Pokémon disparut en quelques instants.

- Ouf, soupira Estelle en tombant par terre. On l’a eu !
- C’était… plus simple que ce que je n’aurai cru, dit Rosa, soulagée.
- Le Rituel était peut-être pensé pour ne pas pouvoir abuser des pouvoirs d’Arceus, supposa Edith en haussant les épaules.
- Je préfère ça comme ça, grommela Henry.
- Bon, lança Hector. C’est pas qu’on ne veut pas vous voir, mais on repart chercher les enfants ! On a retrouvé Eve et Tristan, mais il nous manque Camille, on vous laisse.
- C’est déjà ça, dit Rosa tandis que le couple partait de là où ils venaient.
- Ho merde ! s’exclama Henry. Hector, Blanche, attendez, je dois vous parler !
- Hop hop hop, intervint Edith en s’interposant. Tu es toujours hypnotisé, je crois, non ?
- Mais je n’ai jamais été hypnotisé ! Laisse-moi passer !
- Edith, laisse-le, dit Estelle. Tu veux pas plutôt qu’on essaye de choper la femme aux ciseaux ?

Edith se pinça les lèvres. Pouvait-elle vraiment faire confiance à Henry après ce qu’il s’était passé ? Il était le seul à être resté avec eux pour calmer Arceus, mais elle s’attendait à n’importe quelle mascarade de la part du Directeur et des Mélancolux. Cependant, la perspective de pouvoir arrêter la Tailleuse fut plus forte que ses doutes.

- T’as raison, dit la Sage en laissant passer le Pokéathlète et sa fille. Rosa, Estelle, on va les chopper !
- Han, c’est pas vrai… soupira Rosa.

Aussi chacun partit-il dans des directions différentes. Edith, Rosa et Estelle partirent à la recherche des fugitifs. Comme Estelle avait la jambe cassée ainsi que quelques côtes en piteux état, un souvenir des rayons d’Arceus, c’était Nidoqueen qui la portait sur son dos. De l’autre côté, Henry et Marie partaient à la poursuite d’Hector et Blanche, qui revenaient là où ils avaient laissé Tristan et Eve environ une heure auparavant. La Troupe quant à elle aidait Grodoudou à se remettre de ses émotions avant de repartir sauver ceux qui pouvaient encore l’être dans la Cache de Baggaid.

Posté à 19h37 le 15/12/17

Coxy/Coxyclaque ...
Coxy


A la surprise général (c'est du sarcasme), Coxy et Coxyclaque sont inspirés de la famille des Coccinelidae, plus souvent appelées coccinelles.

Il s'agit d'une famille de Coléoptère, un ordre regroupant les insectes qui protègent leurs ailes avec leurs élytres. Les coccinelles sont bien connues de tous et sont aisément reconnaissable avec les petites tâches sur leurs élytres. Les coccinelles les plus connues ont des élytres rouges et des points noirs, mais cela dépend des espèces. Coxy et Coxyclaque partagent toutes ces caractéristiques.

Coxy et Coxyclaque sont décrits comme les Pokémon 5 Etoiles, du fait de leurs 5 tâches noirs sur les élytres. Il existe justement une Coccinelle disposant de 5 tâches sur les élytres, la Coccinella quinquepunctata. La disposition des tâches (deux de chaque côté et une demi sur chaque élytre) est la même que chez Coxy et son évolution.


Une coccinelle à 5 étoiles


Dans Pokémon, il semblerait que les tâches de Coxy et Coxyclaque réagissent au ciel étoilé. C'est assez curieux de voir que la nuit et les étoiles ont une influence sur eux alors que, généralement, ces Pokémon sont observables en journée ou en matinée, mais pas la nuit. Chez nos coccinelles à nous, aucune influence du ciel, et encore moins de l'âge, contrairement à ce qu'on raconte parfois aux enfants.

Notons tout de même que Coxy ressemble dès la naissance à une coccinelle adulte. Pourtant, les larves de coccinelles sont très différentes.


Franchement, ç'aurait pas fait un Pokémon cool?


Coxy et Coxyclaque partagent aussi quelques traits avec le sport de la boxe. Le bout de leurs pattes ressemblent effectivement à des gants de boxe. C'est ironique quand on connait leur statistique de base en attaque...

Enfin, il existe une coccinelle qui partage les couleurs de Coxy et Coxyclaque en version chromatique. Il s'agit de la
Coccinella transversalis



Coxyclaque


Coxyclaque partage les inspirations précédentes avec Coxy.

Il existe néanmoins un point supplémentaire à souligner, sa ressemblance au niveau du visage avec le Petit-Gris.

Le Petit-Gris n'est pas une espèce d'escargot (enfin, si, mais c'est pas de celui-là qu'on va parler). Il s'agit du nom qu'on donne à une représentation d'un peuple extraterrestre. C'est surtout les grands yeux de Coxyclaque et leur forme qui rappellent l'alien. Mais quand on sait que Coxyclaque est lié d'une manière mystérieuse aux étoiles, on comprends mieux l'analogie.


Posté à 09h39 le 13/12/17

[Fiction] Le Cirque Madyapno ...

Chapitre 11 : Le Final de la Troupe



Henry avait le regard baissé, mal à l’aise. Le Directeur venait de lui raconter son histoire et celle des Mélancolux. Il s’était tu tout au long du récit, et il était encore incapable de prononcer le moindre mot. Tout ce qu’il pensait sur le Directeur était remis en cause. Alors que quelques minutes avant, il le haïssait au plus profond de lui-même, il ne pouvait désormais qu’éprouver de la pitié pour lui qui avait été accablé par le malheur. Et même s’il subsistait encore quelques doutes dans son esprit, Henry avait décidé de croire Le Directeur.

- Ce soir, déclara celui-ci, je vais enfin pouvoir tenir ma promesse. En invoquant Arceus lui-même, je pourrai mettre un terme à la malédiction de mes enfants. Grâce aux travaux du Professeur, les Mélancolux seront en mesure de prendre possession de lui assez longtemps pour l’y obliger.
- Et ensuite ? demanda Henry. Qu’est-ce que vous ferrez une fois la malédiction rompue ?
- Si c’est possible, nous transformerons le monde. J’aimerai changer la vision que la population a sur ceux qu’elle appelle « monstres » et dont nous faisons partis parce que nous sommes différents. Mais je ne me leurre pas. Même si c’est ainsi que je me suis assuré la participation de la plupart de mes agents, je ne pense pas que j’en serai capable.
- Vous aurez Arceus avec vous, ce n’est quand même pas rien.
- Je vais mourir, Henry.

Henry releva la tête, étonné. Le visage difforme du Directeur paraissait biens serein malgré ce qu’il venait d’annoncer.

- Vous allez mourir ?
- Je suis vieux pour un Pokémon né adulte, vous savez. Mes forces m’abandonnent de plus en plus chaque jour. Je sais que ma fin est proche, mais si je peux sauver les Mélancolux avant, alors je ne regretterai rien.
- Et votre fille ? demanda Henry.
- C’est la raison pour laquelle j’ai tant tenu à vous impliquer dans ce grand final, dit le Directeur. Je veux qu’Eve vive heureuse. Hors, si je meurs, comment m’occuper d’elle ? C’est pour cela que, lorsque tout sera terminé, elle repartira comme si elle était la fille de votre frère et de sa femme. Je sais qu’ils prendront soin d’elle comme vous avez pris soin de Marie.

Henry se tut. Même s’il désapprouvait la tromperie dont était en ce moment victimes Hector et Blanche, il avait du mal à en vouloir au Directeur et à sa fille maintenant qu’il savait tout.

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Marie et la Troupe s’étaient finalement débarrassés des Greffés qui s’en étaient pris à eux. Ceux-ci s’étaient finalement enfuis. Ils s’en sortaient avec quelques blessures assez légères et continuaient à explorer le Parc à la recherche des enfants, plus que jamais sur leur garde.

Leur recherche les conduit finalement à la Cache de Baggaid, un parcours en train racontant l’histoire de policier à la recherche d’une bande de voleurs. Ils ne trouvèrent rien de bien intéressant avant d’arriver au plus profond de l’attraction. C’était une salle plutôt grande qui disposait de deux petites cellules et de quelques statues. Ce qui frappa Marie, c’était que les portes étaient ouvertes et que différents objets trainaient par terre au lieu de se trouver sur les statues. Ils se mirent à examiner les cellules à la recherche d’indice tandis que Xatu ramassait une sorte de sceptre.

- Xatu dit qu’ils étaient ici ! affirma Pijako en agitant les ailes. Mais ils se sont enfuis.
- Vraiment ? demanda Marie.

Le Mentaliste acquiesça. On pouvait lui faire confiance pour voir des choses que d’autres ne voyaient pas. Marie poussa un soupir de soulagement. Au moins devaient-ils être en vie, enfin, peut-être… Encore fallait-il les retrouver, maintenant.

- Bon, on va devoir mettre les voiles, dit Marie. Il faut qu’on les retrouve le plus rapidement possible, avant que quelqu’un d’autre ne tombe sur eux.
- Ou que quelqu’un d’autre ne tombe sur vous, lança subitement une voix que personne ne connaissait.

Tous les regards se tournèrent vers l’entrée de la pièce. Au-dessus des rails voletait un Papilord, sabre en main, ainsi que quatre Mélancolux. Derrière eux, Mistigrix était adossée contre la paroi, les yeux fermés, comme si elle s’ennuyait. Sa vision provoqua des murmures incompréhensibles parmi les membres de la Troupe et Marie elle-même était surprise.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle en reprenant ses esprits.
- On m’appelle Dédain, déclara le Papilord. Tandis que les autres, je pense que vous les connaissez déjà.
- C’est vrai, confirma Marie en fronçant les sourcils, sachant pertinemment que la présence des Mélancolux n’engageait jamais rien de bon. Et je suppose que si on vous demande gentiment de nous laisser passer, vous n’accepterez pas ?
- Je suis là uniquement pour ramener deux personnes en vie à mon patron qui fut le leur autrefois.

Marie déglutit tandis qu’une partie de la Troupe faisait un pas en arrière. Les propos de Dédain étaient clairs et, même si certains avaient eu des doutes, le retour du Directeur restait un choc. Xatu s’était littéralement paralysé sur place. Les acrobates et Grodoudou serraient leurs poings et Scalproie s’était saisi de ses couteaux. Tauros martelait le sol de son sabot et Mr.Mime était tombé à genoux, tremblant de tout son être. Les autres membres n’avaient pas connu l’ancien Directeur, mais ils le connaissaient de réputation et paraissaient tout aussi troublés.

- Et si on n’était pas d’accord de vous laisser ces personnes ? demanda Marie.
- He bien, je tuerais tous ceux qui s’y opposeraient, déclara calmement Dédain. Ce n’est pas bien difficile de choisir, non ?
- Vous êtes six, fit remarquer Marie. Nous vous sommes largement supérieur numériquement.
- Mais je vous suis largement supérieur sur tous les autres aspects, dit Dédain.

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Et sans plus attendre, il fondit vers eux à toute vitesse. Sa lame fut arrêtée par le Bâton de Canarticho, qui se trouvait le plus proche de lui mais avait été très réactif. Dédain recula en souriant tandis que l’Ancienne Garde Rapprochée du Seigneur Poutine se mettait en position de combat, sur le qui-vive. Parmi toute la Troupe, ces quatre Pokémon étaient surement ceux qui étaient le mieux préparés au combat. Tauros, Rhinocorne,Némélios, Ursaring, Bêtochef et les Acrobate se préparaient eux aussi juste derrière eux. Cupcanaille et Limaspeed se tenaient avec Scalproie et Groudoudou un peu plus loin, parés à lancer des attaques à distance. Marie, Kaede sur les épaules, invoqua son Ténéfix. Devant autant d’adversaires, Dédain semblait plutôt satisfait.

- C’est parti alors, déclara Dédain. On va passer un bon moment !

Et de nouveau, il se jeta sur ses opposants. Cette fois encore, Canarticho intercepta son attaque, mais cette fois, son Poireau fut tranché en deux. Dédain faillit bien lui couper la tête sur le coup si Insolourdo n’avait pas attrapé son partenaire par la patte afin de l’emmener avec lui dans son Tunnel, à l’abri. Le Papilord regarda alors autour de lui. La Parade l’avait encerclé et ils courraient tous vers lui. Le plafond étant assez bas, l’escrimeur n’avait la possibilité de s’élever assez haut pour s’échapper, mais il décida de foncer lui-même vers Némélios. Dos au Pokémon lion, Dédain entendit celui-ci hurler de douleur tandis que son sang s’échappait de son flanc. Puis il agita son sabre pour dévier trois couteaux lancés dans sa direction. Il dut bien se résoudre à faire face à ses adversaires quand il vit de loin arriver quelques petites bombes lancées par Limaspeed et Cupcanaille. Il agita violement les ailes pour utiliser Bourdon, ce qui fit exploser les projectiles des Jongleurs en vol. Profitant de l’explosion, Tenefix, Betochef et les Acrobates se jetèrent sur lui pour l’attaquer au corps à corps. Mais Dédain était plus rapide qu’eux et c’est lui qui surgit de la fumée pour couper le bras de Simiabraz en vol, tout en esquivant chacune des attaques qui lui était destinée.

Simiabraz et Némélios étaient à terre et Tauros et Jungko essayaient de les écarter du combat tandis que les autres tentaient tant bien que mal de toucher Dédain. Mais c’était comme si celui-ci voyait toutes les attaques arriver quelques secondes en avance car il anticipait chaque assaut qui lui était destiné, si bien qu’aucun membre de la Troupe ne parvint à le toucher sur le moment. Marie se précipita vers les deux blessés tandis que leurs amis retournaient au combat. Eoko s’attelaient déjà à stopper l’hémorragie de Némélios, mais elle ne pouvait pas faire grand-chose pour le bras de l’acrobate. C’est en voyant plus précisément dans quel état se trouvaient les blessés que Marie comprit que ce Papilord était largement supérieur à tous les adversaires qu’elle avait rencontrés jusqu’alors. Serrant les poings, elle encouragea Ténéfix qui tentait de le brûler avec Feu-Follet.

Subitement, tous les Pokémon s’écartèrent de Dédain. Celui-ci n’avait pas répliqué et ne semblaient même pas fatigué, au contraire de ses opposant qui étaient à bout de souffle. Mais ce n’était pas la fatigue qui les avait fait se déplacer. La voie était libre pour Scalproie qui projeta une vingtaine de couteaux en direction du Papilord tandis que Grodoudou renforçait la puissance du jet avec son Mégaphone. Marie poussa un cri de victoire. Avec autant de projectiles, il ne pourrait pas en sortir indemne.

Mais malgré cela, Dédain n’avait pas l’intention de bouger et, encore une fois, il dévia une partie des lames avec la sienne, en ne se souciant pas des couteaux qui ne le toucheraient pas s’il restait dans cette position. Aussi, encore une fois, l’assaut fut un échec.

- Ce n’est pas encore suffisant, dit Dédain, un peu désappointé. Il en faudra plus si vous voulez m’abattre.

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Estelle et Frederick continuaient leur exploration du parc, toujours à la recherche des enfants. Smogogo et Nidoqueen étaient un peu fatigués après leur combat contre Lerne et les Greffés mais tenaient toujours bon. Il n’empêche qu’ils restaient sur leur garde. Qui sait sur quel autre monstre ils pouvaient encore tomber.

Ils n’étaient pas bien loin de l’espace technologique. S’avançant prudemment, ils découvrirent les enclos vides d’un petit zoo. Il n’y avait là rien de très intéressant. Aussi entrèrent-ils dans le bâtiment adjacent. Il y avait là un nombre incalculable de machines dont les ampoules clignotaient de différentes couleurs. Ils trouvèrent une réserve de pistolets laser dont les enfants se servaient pour désactiver des Pokémon animatronics et gagner des points lors d’un parcours. Il y avait d’ailleurs un classement des meilleures performances. Les deux meilleurs scores étaient à égalité et affichaient « Dédain » et « Lain ». Si le nom du Papilord ne disait rien à Estelle, celui de Lain lui provoqua quelques frissons. Les souvenirs du Porygon2 et de Morgue se sacrifiant pour lui permettre de fuir resurgirent en elle. Son père constatant sa mine triste posa sa main sur son épaule. Estelle écarta une petite larme qui perlait et attrapa l’un des pistolets.

- Ce n’est pas vraiment le moment de jouer, fit remarquer son père.
- Je sais, répondit-elle. Mais si jamais un robot nous attaque, ça suffira peut-être à le désactiver.
- Ça m’étonnerait, dit Frederick en en attrapant un à son tour. Mais pourquoi pas…

Ils suivirent donc le parcours de l’attraction, aux aguets. Il y avait bien une centaine de Pokémon robotisés, mais aucun d’eux ne bougeaient. Après tout, l’attraction n’était pas en marche, comme l’avait fait remarquer Frederick, qui tenait son arme d’un air absent tandis qu’Estelle étaient concentrée.

Finalement, ils arrivèrent au bout de l’attraction. Le chemin se séparait alors en deux. La route principale donnait sur la sortie et l’annonce des résultats mais l’autre donnait sur une porte.

- Ça doit être une salle bonus si on obtient un certain nombre de points, dit Frederick en s’approchant.

Il poussa la porte. Celle-ci était ouverte. Il y jeta un coup d’œil puis fit signe à Estelle de le suivre silencieusement. Elle rappela Nidoqueen dans sa Pokéball, fit signe à Smogogo d’attendre là et suivit les traces de son père.

Ils se trouvaient dans une sorte de grand laboratoire. Des machines étranges et très différentes de celles qui ornaient l’entrée de l’attraction parsemaient les lieux. Il y avait aussi d’innombrables cuves dans lesquelles se trouvaient de petits Pokémon, tels que Togépi, Mélo, Coxy, ou encore Ecayon. Ceux-ci, en voyant les deux humains passer près d’eux, leur faisaient des signes joyeux et semblaient réclamer des caresses. Estelle se serait bien arrêtée pour les sortir de là si un brusque bruit métallique ne les avait pas stoppés net dans leur exploration du laboratoire. Ils se cachèrent derrière une grande machines qui clignotait et distinguèrent un cylindre bleu métal se déplacer à l’aide de quatre jambes de la même couleur, mais d’apparence très souple. Le Cylindre était surmonté d’une tête ronde sur lequel se trouvait un écran qui affichait des milliers de caractères. On aurait dit une étrange boite de conserve géante. La Machine se dirigeait vers une des cuves, qui s’ouvrit. L’un des bras s’introduit dedans et il attrapa un Togépi avant de le caresser.

- Un jour, je serai comme vous, mes petites chéries, dit une voix artificielle qu’Estelle reconnut de suite. Une créature de chair et de sang…

Il redéposa ensuite le Togépi dans la cuve qui se referma. Père et fille restaient sans bouger et essayaient de faire le moins de bruit possible pour éviter d’attirer l’attention de Lain. Ils avaient vu de quoi le Porygon2 était capable, comment il avait grillé le Commissaire d’un simple toucher et, si possible, ils voulaient éviter que cela leur arrive à leur tour.

- Et si nous pouvons exploiter les données du sujet Arceus, cela pourrait même s’avérer plus rapide que ce que mes calculs ont prévu, déclara Lain en tapotant sur une cuve d’Ecayon. Je vais… vivre.

Le robot tourna ensuite subitement son écran vers la cachette des intrus. Le visage du Porygon2 n’exprimait aucun sentiment.

- Mais avant cela, je dois éliminer toutes causes potentielles d’arrêt du protocole, déclara Lain en s’avançant lentement dans leur direction.

Comprenant qu’ils avaient été repérés, Estelle et son père quittèrent précipitamment leur cachette et coururent vers la sortie. Lain n’avait pas accéléré le pas et n’avait même pas réagit en les voyant surgir de derrière la machine.

- Activation du Programme Anti-Virus. Analyse de la situation… L’Elimination est l’action recommandée. Elimination. Elimination.

En sortant du laboratoire, Frederick et Estelle constatèrent directement qu’il y avait eu du changement. Plusieurs lumières s’étaient allumées et, comme si l’attraction était en marche, les différents animatronics commençaient à bouger. La porte qui donnait sur la sortie s’était quant à elle refermée. Ils étaient piégés.

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Dédain faisait toujours face à la Troupe. Il avait encore blessé Rhinocorne et Qulbutoké en esquivant leurs attaques et sans leur laisser le temps de l’atteindre. Tous les artistes se donnaient à fond dans le combat et pourtant, le Papilord contrait la moindre de leur tentative sans la moindre difficulté. Heureusement, il ne frappait que rarement jusqu’à présent et restait assez passif dans la bataille. Mais à chaque fois qu’il partait à l’assaut, il faisait mouche et blessait gravement sa cible. Marie commençait à se demander comment ils allaient se débarrasser de lui.

Xatu et Mr.Mime étaient les seuls à ne pas prendre part au combat. Ils fixaient tous les deux Mistigrix qui n’avait pas bougé depuis leur arrivée et regardait le combat d’un air distrait. Au-dessus d’elle, les quatre Mélancolux faisaient danser leurs flammes bleutées sans plus de réactions.

Kaede et Ténéfix passèrent à l’attaque, mais Dédain se contenta d’esquiver à nouveau la combinaison de Plumo-Queue et Combo-Griffe. Ce léger déplacement sur le côté était cependant ce qu’attendait Betochef pour lancer de toutes ses forces son cylindre de bêton en direction de sa tête. Mais le Papilord trancha l’énorme bloc comme s’il s’agissait d’un morceau beurre. C’est à ce moment qu’Insolourdo sortit subitement de terre et attrapa Dédain par le pied, tout en le tirant vers le sol. Cette fois-ci, Dédain semblait plutôt surpris, d’autant que Canarticho sortit lui aussi d’un autre trou un peu plus loin, cette fois équipé du sceptre dont s’était servi Camille pour atteindre la clé, bien décidé à assommé son adversaire. Ils furent nombreux à retenir leur souffle, persuadés de la réussite de l’attaque. Mais le sourire satisfait de la Troupe s’effaça tout aussi brusquement.

D’un rapide mouvement, Dédain avait tout simplement décapité le Canarticho qui était pourtant sur le point de le toucher. Puis, faisant pivoter son arme, Dédain s’en servit pour transpercer la tête d’Insolourdo qui, mort sur le coup, relâcha sa proie.

Tout le monde resta figé d’horreur. On aurait su dire ce qui était le plus effrayant dans la situation. Le fait que les deux meilleurs stratèges de la Troupe aient été abattus en un instant, la facilité et le sang-froid dont avait fait preuve Dédain ou encore le cri déchirant d’Eoko et Grodrive en voyant leurs partenaires de toujours mourir sous leurs yeux.

- Voilà ! déclara joyeusement Dédain. Voilà le genre de chose que je veux voir ! Ils étaient à deux doigts de me tuer ! Un peu plus de rapidité et d’effet de surprise et c’était parfait ! Alors qu’attendez-vous, Troupe ? Venez me tuer !

Pour toute réponse, tous les Pokémon de la Troupe se bouchèrent les oreilles et Marie plaqua un morceau de tissus contre celles des Pokémon qui n’en étaient pas capables. C’était Xatu qui leur avait proposé cette solution et Grodoudou se mit donc à entonner son chant mortel, le Requiem.

En comprenant ce qu’elle entonnait, Dédain se précipita vers la Chanteuse pour l’empêcher de continuer. Mais c’était sans compter sur Mr.Mime qui, insensible aux attaques sonores, se tenait entre eux, une expression déterminée sur le visage. Le Papilord, d’un mouvement de son sabre, tenta de le tuer, mais sa lame fut stoppée par un mur invisible créé par le Clown. Dédain donna trois coups sur la Protection avant d’essayer de la percer, sans succès. Le son du Requiem parvenait à ses oreilles et il commençait à perdre peu à peu ses forces. Mais au lieu de paraitre mécontent, il souriait, plein de satisfaction.

- Hahaha ! Franchement bien joué ! déclara-t-il en frottant la pointe de sa lame sur le mur invisible. Je ne m’attendais pas à ce qu’un être si lâche me cause problème !

Les traits du visage de Mr.Mime se crispaient de secondes en secondes pour maintenir sa Protection. Jamais Marie ne l’avait vu comme ça, lui qui semblait pourtant être le plus trouillard de la Troupe faisait désormais face au Pokémon le plus dangereux qu’ils n’avaient jamais eu à affronter auparavant, et ce sans flancher.

- Elle serait surement fière de voir que tu t’es améliorée depuis ce jour, clown, susurra Dédain. Mais ça ne change rien à tes erreurs passées. Tu es et resteras à jamais responsable de cet accident.

Marie n’entendait pas ce que disait Dédain à Mr.Mime, mais de toute évidence, celui-ci était perturbé par les paroles de l’escrimeur. De loin, elle voyait des larmes couler sur son visage déformé par l’effort qu’il réalisait pour l’empêcher d’atteindre Grodoudou. Le Requiem était déjà à sa moitié et, malgré son sourire sarcastique, le Papilord semblait fatiguer sous le pouvoir de la mélodie et commençait à avoir du mal à respirer

- J’avoue que je suis impressionné, continua Dédain en haletant légèrement. Il va sans dire que vous avez plus d’un tour dans votre sac. Mais le souci, vois-tu, Clown, c’est que je dois absolument ramener votre Chanteuse au Patron. Enfin… moi ou quelqu’un d’autre.

Soudain, le chant de Grodoudou s’interrompit dans un cri de douleur et de surprise. Mr.Mime tourna la tête et vit avec effroi que les Mélancolux et Mistigrix se trouvaient derrière lui. Pire encore, Grodoudou était prisonnière d’une Danse-Flamme. Toute la Troupe poussa des cris de colère et de stupéfaction, Xatu le premier, consterné que son plan n’ait pas fonctionné. Mr.Mime cria pour demander à la Chanteuse si elle n’avait pas été blessée, mais il fut interrompu par une vive douleur au ventre. La lame de Dédain avait fini par percer la Protection, qui vola en éclat quand Mr.Mime tomba à terre, une mare de sang s’agrandissant tout autour de lui. Tandis que Dédain ne lui prêtait déjà plus aucune attention, le Clown tenta néanmoins de se relever et tendit la main vers Mistigrix. Après tout, ils avaient été amis, partenaires dans la Troupe. Ils se connaissaient depuis si longtemps… Mais Mistigrix se contenta de le regarder en haussant les sourcils, comme si elle ne le connaissait pas. Puis elle se détourna de Mr.Mime et s’avança vers les flammes pour transporter Grodoudou plus loin.

Marie voulut se précipiter vers Mr.Mime pour lui venir en aide, comme elle l’avait déjà fait avec les autres blessés. Mais Dédain écarta brutalement Betochef et Jungko à l’aide de Bourdon et se plaça juste devant elle. La dresseuse eut un mouvement de recul en le voyant surgir ainsi face à elle. Mais le Papilord se contenta de l’observer méticuleusement.

Mr.Mime tentait toujours péniblement de se lever, ses larmes se mêlant à son sang. Les quatre Mélancolux lui faisait face et, comme Dédain face à Marie, ne bougeaient pas d’un pouce. Mistigrix, quant à elle, écarta les flammes avec Psyko et se dirigeait calmement vers Grodoudou qui, effrayée, recula jusqu’à ce que le feu l’empêche d’aller plus loin. Inquiète pour sa partenaire de toujours, Scalproie fonça vers elles, ne se souciant ni des Mélancolux ni de Dédain qui de toute façon ne se s’intéressaient pas plus à lui. Mais alors qu’il bravait la Danse-Flamme, Mistigrix se téléporta, et Grodoudou avec, loin du combat, provoquant les cris de colère du Lanceur de Couteaux.

- Votre Chanteuse est le dernier élément qu’il nous manquait pour la réalisation du Rituel, murmura Dédain à Marie.
- Qu’est-ce que vous lui voulez ? demanda Marie, la mine sombre en essayant de cacher sa peur.
- Nous avons un Pianiste, une joueuse de Flûte, mais nous n’avions personne pour pousser la chansonnette.
- Et vous pensez qu’elle va accepter de vous aider ? dit Marie.
- Ho que oui, puisque nous allons l’y forcer. Mais vous ne voudriez pas plutôt voir cela de plus près ?
- Comment ça ?
- Tout à l’heure, j’ai dit que j’étais venu chercher deux personnes. Et la deuxième…

Marie sursauta en sentant soudain un poids son épaule droite. Elle tourna le visage et vit que Mistigrix venait d’y apparaitre, assise à la place généralement réservée à Kaede.

- C’est vous.

Aussitôt terminait-il sa phrase que, sans laisser le temps à quiconque de réagir, Mistigrix se téléporta à nouveau, en compagnie de Marie. Les Pokémon protestaient tout autour de Dédain qui poussa un soupir. Sa mission était remplie. Aussi se dirigea-t-il calmement vers la sortie, suivant les Mélancolux qui ouvraient la marche. Mais alors qu’il allait passer l’encadrement de la porte, cinq couteaux furent projetés vers lui. Bien qu’il les esquivât facilement, il se retourna à nouveau pour faire face à ses adversaires. Le Lanceur de Couteaux le regardait avec haine et colère et les Pokémon qui n’étaient pas blessés ne semblaient pas d’accord pour le laisser partir ainsi. Le sourire du Papilord s’élargit de plaisir. Exactement comme il l’avait espéré.

- Puisque vous m’en redemandez, dit Dédain tandis que les Mélancolux partaient sans se soucier de lui. Je vais vous montrer ce qu’est un vrai spectacle !

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Piégés dans l’attraction, Estelle et son père était forcés de revenir sur leurs pas. Mais si l’aller avait été très simple et sans encombre, les divers animatronics étaient maintenant en état de marche, manipulés par Lain, et le retour s’annonçait bien plus compliqué.

Des Maskadra et des Tutafeh mécaniques envahissaient la salle. Estelle rappela son Nidoqueen au combat tandis que le Smogogo de Frederick commençait à leur mettre le feu avec son Lance-Flamme, faisant fondre leur peau de plastique et dévoilant leur squelette de métal. Mais même avec l’aide de Nidoqueen, ils étaient dépassés et il arrivait de plus en plus de robots. Estelle tenta alors de tirer avec l’arme laser qu’elle avait récupéré peu de temps avant et, à son grand soulagement, parvint à désactiver sa cible. Voyant le succès de sa progéniture, l’Ingénieur l’imita et, ensemble, ils réussirent à éliminer les machines. Sans plus attendre, ils foncèrent vers la salle suivante.

Cette fois, les petits Pokémon n’étaient plus là et c’est un Alakazam de métal qui les attendait. Il se précipita sur Frederick et le saisit par le bras gauche. Sa cible hurla en recevant une décharge électrique puissante mais Nidoqueen interrompit l’attaque en expédiant l’Alakazam plus loin avec Telluriforce, le décapitant sous le choc. Estelle se précipita pour voir l’état du bras de son père. Il avait une très vilaine brûlure et avait du mal à soutenir son bras. Mais le blessé la rassura et, malgré ses protestations, continua d’avancer pour faire face aux nouveaux animatronics qui débarquaient des autres salles, droit vers eux, mais aussi de derrière, car les robots qu’ils pensaient avoir désactivés s’étaient remis en marche et revenaient à la charge.

Devant cet attroupement de plus en plus gros d’adversaires, Estelle déglutit, mal à l’aise. Si le moindre contact avec eux pouvaient faire autant de mal que ce qu’elle avait déjà vu, ils étaient dans de beaux draps et elle ne voyait clairement pas comment ils allaient bien pouvoir s’en sortir. Ils n’étaient que quatre contre un seul, mais pourtant ils n’avaient pas l’avantage du nombre.

Frederick lui cria de se mettre dos à lui, ce qu’Estelle fit sans attendre, arme en main, prête à tirer. Smogogo et Nidoqueen se joignirent à eux, afin de couvrir à eux quatre tous les côtés. Puis, sans plus attendre, chacun fit feu à sa manière. Estelle, qui regardait de là où ils venaient, abattait les Maskadra et Tutafeh en vol, tout en surveillant l’Alakazam qui se relevait, sans tête. Son père, lui, réussit à désactivé le Tartard et le Tyranocif, même si ceux-ci devaient être touchés à différents endroits avant de ne plus pouvoir bouger. Mais d’autres animatronics commençaient à arriver. Le premier, un Cacturne, prit feu sous l’attaque de Smogogo, mais continua d’avancer tandis que Nidoqueen s’acharnait sur un Flagadoss qui avait déjà perdu ses deux bras.

La résistance continua ainsi pendant plusieurs minutes, les animatronics se succédant sans relâche. Ceux qui avaient été simplement désactivés par Estelle ou son père finissaient par revenir à la charge, à moins que Nidoqueen ou Smogogo n’ait eu le temps de les détruire à distance. Il faisait une chaleur insupportable à cause des robots qui prenaient feu et ces derniers paraissaient d’autant plus inquiétants car leur peau fondait et il ne restait plus que leur exosquelette qui continuait à s’avancer vers eux.

Seulement, malgré tous leurs efforts, les intrus étaient bel et bien dépassés. Les animatronics continuaient sans cesse d’arriver et il y en avait toujours plus. Finalement, ils étaient encerclés par cet effrayant attroupement de machines, certaines en flammes, qui les fixaient à l’aide de leurs ampoules. Ils n’étaient plus qu’à deux mètres d’eux.

Mais ils cessèrent pourtant subitement de bouger. Estelle et Frederick continuèrent de leur tirer dessus un instant avant de le constater. L’ingénieur se relâcha en respirant comme après un grand effort tandis que sa fille n’osait pas relâcher sa vigilance. Soudain, les machines furent prises d’étranges tremblements puis semblèrent exploser. Mais aucun des débris ne fut projeté vers eux et des milliers de pièces s’envolèrent et se mirent à tournoyer en l’air. Puis, machinalement, les pièces commencèrent à s’assembler.

Estelle et Frederick avaient déjà assisté à ce genre de spectacle quelques jours avant, mais avec des machines plus quotidiennes. Ici, la diversité des pièces disponibles atteignait des sommets et c’est un gigantesque robot qui prenait forme devant eux, tout en provoquant quelques éclairs. Sa construction prenait du temps, mais il était impossible pour eux de fuir, car le géant de métal bloquait la sortie.

Finalement, le robot prenait une allure de chevalier de métal, bien loin du robot parodique à tête d’ordinateur et au torse de cafetière qu’ils avaient vu au commissariat. Il disposait de deux long bras et un faisceau lumineux éclatant, semblable à des lames, surgissait de leur extrémité. Le corps mécanique reposait sur deux jambes pliées à la manière d’un Rexilius. Enfin, la tête était une sorte de sphère disposant d’un écran, de la même façon que la boite de conserve qu’ils avaient vu quelques instants auparavant. Et au dit écran, le visage de Lain s’afficha. Estelle déglutit à nouveau, sans oser bouger.

- Toute résistance est inutile, déclara la voix artificielle de Lain. Vos chances de survivre avoisinent les 0 %.
- Si elles ne font qu’avoisiner, répliqua Frederick en faisant néanmoins un pas en arrière.
- Vous êtes dépassés, dit Lain en faisant un pas vers eux tandis qu’ils reculaient.
- C’est pas pour autant qu’on doit abandonner !
- Les êtres humains, les Pokémon… vous êtes tous dépassés ! répéta Lain en soulevant son bras gigantesque, prêt à frapper vers eux avec son arme. Les robots et les intelligences artificielles telles que moi sont la prochaine étape de l’évolution.
- Alors pourquoi est-ce que tu veux être vivant ? demanda Estelle.

Lain interrompit son mouvement d’attaque. Un silence de mort s’installa quelques secondes dans la pièce avant que l’intelligence artificielle ne s‘explique.

- Les sentiments ne font pas partie de ma base de données. Je ne peux pas comprendre les émotions comme le pourrait un être de chair et de sang. Et s’il me manque quelques choses, c’est que je ne suis pas encore aussi parfait que cela.
- Finalement, c’est plutôt nous qui te dépassons alors ? demanda Frederick.
- Je vous suis supérieur dans toutes les matières, répliqua Lain. Mathématiques, culture, physique, informatique, je suis capable de tout, sauf de ressentir. Mais ce n’est qu’une question de temps.
- Tu penses vraiment être un jour capable de ressentir des émotions ? demanda Estelle en relevant les sourcils, sceptique.
- L’Administrateur et moi-même effectuons des recherches en ce sens. Et si nous pouvons obtenir des données de la part d’Arceus, alors peut-être pourrons-nous les exploiter pour cette tâche.
- Et c’est pour ça que vous voulez faire appel à Arceus ? demanda Frederick.
- Nous faisons ça pour servir les besoins de l’Administrateur 2.
- Et qui c’est, cet administrateur 2 ? demanda Estelle.

Lain ne répondit pas. L’écran était désormais rempli de chiffres verts sur fond noir et ils défilaient à toute vitesse. Puis, soudain, le visage bleu et rose réapparut.

- Résultat de l’analyse. Pourcentage de réussite de l’attaque calculée à 99,5% de chance de détruire les intrus.
- Hey, c’est pas très pol… s’exclama Estelle, frustrée que Lain mette un terme à leur conversation sans plus de tracas.
- Elimination.
- Smogogo ! cria Frederick en poussant Estelle en arrière. EXPLOSION !

Et alors que Lain terminait le mouvement de sa lame lumineuse, Smogogo fonçait vers lui. Estelle entendit la détonation et fut projetée plus loin, inconsciente.

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Lorsqu’Estelle se réveilla, elle avait mal partout. Elle avait plein de poussières sur le visage et elle toussa. Elle essaya de se relever, mais chuta et cria de douleur. Elle avait la jambe droite cassée. Elle s’appuya péniblement sur son coude et constata avec effroi que la pièce était complètement dévastée.

Il y avait un petit cratère et le sol était plein de gravats. Le Robot Chevalier de Lain n’était plus qu’un tas de pièces détachées et abimées. Nidoqueen remuait elle aussi, pas loin d’Estelle. Le Pokémon faisait la grimace, apparemment blessée elle aussi. Estelle se mit à ramper en direction de son père, qu’elle voyait étendu, face contre sol. Il y avait dans l’air une désagréable odeur. Estelle secoua Frederick un instant puis, comme il ne répondait pas, essaya de le pousser. Lorsqu’elle parvint à voir son visage, en sang, elle sentit les larmes couler à ses yeux. Prise d’un effroyable doute, elle tenta de chercher son pouls. Sans succès. La tête entre les mains, la jeune fille explosa en sanglot et poussa un hurlement de désespoir avant de tenter un massage cardiaque.

Ses souvenirs lui revenaient. Au dernier moment, son père l’avait poussé pour qu’elle échappe à l’attaque de Lain et il avait demandé à Smogogo de se faire sauter avec lui sur le monstre électronique. Pour la troisième et dernière fois, il s’était sacrifié pour elle. Mais s’il avait survécu à l’explosion et aux Racines de l’Epouvantail, cette fois, c’était bel et bien terminé.

Au fond de la pièce, immobile, Lain s’était réintroduit dans son corps habituel en forme de Boite de conserve. Il entendait les cris de la jeune femme et la regardait s’acharner sur le torse du cadavre, en vain. Son père avait faussé tous ses calculs en choisissant de se sacrifier, mais pourquoi ? Cette action était dénuée de tout sens logique, comme Morgue au commissariat. Et pourtant, pour la seconde fois, on l’empêchait de tuer cette humaine, uniquement à cause de ces sentiments qu’il ne comprenait toujours pas.

Lorsqu’Estelle s’aperçut de sa présence, la jeune femme poussa un nouveau cri, mais très différent du précédent, empli de haine. Malgré la blessure à la jambe, elle se releva et se jeta sur lui, faisant tomber à la renverse son corps de métal. Elle saisit ensuite un gros rocher et le fracassa contre l’écran, entreprenant de détruire son enveloppe corporelle morceau par morceau. Mais Lain s’était déjà téléchargé bien loin, tout en conservant ces questions qui l’assaillaient de plus en plus.

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Marie cligna des yeux, effrayée. Elle venait à l’instant d’être téléportée et Mistigrix sauta de son épaule, se détournant déjà d’elle. Elles étaient au beau milieu d’un bien étrange spectacle.
Tout autour d’elles, il y a avait diverses statues de plus ou moins grandes tailles, représentant chacune un Pokémon Légendaire différent. Marie reconnut notamment Lugia, Ho-Oh ou encore Yveltal, qu’elle avait vu en vrai quelques années avant. En dehors du cercle formé par les statues, un Escroco, habillé d’un costume en queue de pie, était assis à un Piano noir et discutait avec une femme que la dresseuse reconnut comme étant celle qui s’était introduite dans le QG du Clan Distorsion pour kidnapper les enfants en compagnie du Trioxhydre. Elle portait ce soir une robe bleue nuit très élégante et tenait en main une sorte de Flûte taillée dans la roche. Un gigantesque Galeking déplaçait légèrement les statues comme si elles étaient faites en plastique afin de former un cercle parfait. Pas très loin d’elle, Grodoudou faisait face à un être habillé d’un imperméable et qui faisait dos à Marie, de sorte qu’elle ne puisse voir son visage, à genoux pour être à la hauteur de la Diva. Le masque de la Chanteuse était à terre et son visage déformé semblait étrangement vide.

- Hey, qu’est-ce que vous lui faites !? s’écria Marie.

Comme elle s’approchait, l’être se relevait et se tournait vers elle. Mais en voyant le visage du Directeur, Marie se figea d’effroi. D’affreux souvenirs lui revenaient en tête. Son corps se mit à trembler comme une feuille et elle tomba à genoux, la tête dans les mains. Elle se voyait encerclé, piégée par des torrents de flammes tandis que des gens, autour d’elle, paniquaient. Elle avait l’impression de revivre ces évènements à nouveau, elle avait l’impression de brûler, de ne plus pouvoir respirer, de suffoquer, de mourir… L’enfer vécu par les enfants s’était transmis à elle, comme à chacune des victimes de l’emprise des Mélancolux.

Mais quand son père la serra dans ses bras, elle reprit peu à peu contenance. La sensation des flammes imaginaires se faisait moins vive, moins douloureuse et elle respirait mieux. Henry lui chuchotait des mots pour la rassurer et elle se sentait peu à peu mieux, mais toujours en état de choc.

- Je suis désolé, dit le Directeur. Mais au moins, si elle est ici, il ne lui arrivera rien.
- Pourquoi dites-vous cela ? demanda Henry tout en tapotant le dos de sa grande fille.
- Parce que vous êtes avec elle, tout simplement, répondit le Directeur. Maintenant, si vous voulez bien vous écarter un peu, il sera bientôt l’heure de commencer le Rituel. Je n’ai pas envie que vous soyez écrasés par Arceus quand celui-ci sera matérialisé ici.

Henry aida Marie à se relever, tout en lui chuchotant des paroles pour l’encourager, et l’aida à se déplacer, pas aidé par son bras unique. Le Directeur regarda autour de lui. Il venait d’hypnotiser Grodoudou pour qu’elle chante les paroles de la Sérénade. Aartsen et Nina étaient prêts à jouer leur musique. Further était là aussi pour protéger leurs arrières et les Mélancolux seraient bientôt de retour avec Dédain. Il n’avait pas de nouvelles de la plupart des Greffés, mais d’après ce qu’il avait pu observer, ils étaient, pour la plupart, encore en vie. Lain devait être en train d’organiser l’évasion du professeur Nessmad et pour ce qui était de Lerne, il espérait que ce dernier allait bien. Son regard se porta alors sur Mistigrix, qui semblait troublée.

- Mistigrix ? l’appela-t-il.

L’ancienne assistante d’Alakazam se retourna à peine en entendant son nom. Elle avait un petit air décidée. Le Directeur soupira en comprenant ce qui lui trottait par la tête.

- Merci, Mistigrix, dit-il. Pour tout ce que tu as fait malgré… merci…

Mistigrix baissa la tête. Elle repensait à ses souvenirs, à sa dresseuse tuée par le Directeur, mais aussi à la vie que ce dernier lui avait offerte, à ses joies, à ses peines, et puis à Alakazam aussi. Après tant d’années elle avait fini par pardonner à cette créature difforme tout le malheur qui lui était arrivé car elle-même avait des reproches à se faire. Et c’était la vision de Mr.Mime agonisant dans la même posture que son ancien partenaire qui lui avait remis tout cela en tête.

Aussi, pleine de remord et pour se racheter auprès de Xatu et des autres, elle se téléporta de là où elle venait, dans la Cache de Baggaid.

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Camille courrait depuis une bonne vingtaine de minute, à bout de souffle. Elle avait réussi à échapper à ses parents en se cachant à plusieurs reprises et en changeant plusieurs fois de trajectoire. Ses vêtements étaient trempés de ses propres larmes tant elle avait pleuré.

Eve l’avait trompé. Elle lui avait volé ses parents ! Elle ne savait pas du tout comment son ancienne amie avait fait pour les amadouer, mais ce n’était clairement pas normal. Qu’est-ce qu’elle leur avait fait ? Est-ce que c’était une sorcière, comme dans les contes ? En tout cas, c’était plus sa copine.
Et si elle faisait en sorte qu’ils l’oublient ? Si Hector et Blanche ne savaient même plus que Camille était leur fille ? C’était la plus grande peur de la fillette. Après tout, elle ne savait pas de quoi était capable Eve et elle aimait ses parents plus que personne d’autre au monde.

La petite fille en peine marchait péniblement dans le Parc, sur ses gardes. Si son papa ou sa maman lui tombait dessus, peut-être qu’ils allaient l’obliger à croire le mensonge d’Eve, ou peut-être la gronder ? Dans tous les cas, elle n’avait pas envie de les revoir avant d’avoir trouvé une solution.

Hors, une solution, elle n’en trouvait pas. Elle avait beau se remuer les méninges, rien ne venait. Elle demandait même conseil à Crickzik qui se contentait d’agiter ses antennes en jouant quelques notes d’un air à la fois inquiet et peiné. Elle approchait d’une montagne russe qu’elle avait essayée quelques jours avant, l’Arbok, quand elle remarqua, par terre, une petite mare de sang.

D’abord effrayée, Camille fit quelques pas en arrière, se rappelant avec quelle violence Ugo avait été écrasé par un morceau de structure du Drascore. Est-ce que quelqu’un d’autre était mort de la même manière ? Et dans ce cas, qui était-ce ? Rémi peut-être ? La petite fille remarqua alors, un peu plus loin, par terre, un long couteau de cuisine.

Et la solution, l’unique solution possible à son problème, lui vint en tête. La petite fille ramassa le couteau. Ses parents lui avait toujours dit de ne pas jouer avec de tels objets, que c’était dangereux. Mais elle se souvenait aussi de ses différents contes où, pour tuer la sorcière ou sauver la mère-grand du Grahyena qui l’avait mangé, le héros devait utiliser ce type d’arme.

Camille regarda la lame un instant, pas très rassurée, mais son regard se renfrogna. Elle n’avait pas le choix et c’était la seule solution. Crickzik agita ses antennes pour montrer son désaccord mais la petite fille n’y prêta pas attention et fit demi-tour. Elle devait retrouver Eve pour régler cette histoire.

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Lorsque Mistigrix réapparut sur les lieux du combat, ce dernier avait repris de plus belle et les corps de Limaspeed et d’Ursaring gisaient, sans vie, au sol. Pashmilla et Ténéfix étaient KO aux côtés de Scalproie, blessé au bras, qui regardait, impuissant, le combat se poursuivre. Cupcanaille, sur le dos de Tauros, lançait ses bombes avec hargne sur Dédain tandis que celui-ci achevait Jungko avant de s’en servir comme bouclier. La Magicienne resta cependant immobile, dans le couloir et non dans la salle, à l’écart du combat et du regard des autres, plus particulièrement de celui de Dédain. Il ne fallait pas qu’on la remarque. Pas tout de suite.

Eoko et Grodrive, qui avaient habituellement un rôle de soutien, se jetèrent ensemble sur Dédain pour l’empêcher de bouger en le saisissant par les ailes. Ce ne fut pas la meilleure des idées puisque celles-ci étaient aussi tranchantes que sa lame et, lorsqu’il les agita pour se débarrasser d’elles, il déchiqueta les bras du Grodrive et le ruban d’Eoko. Les deux Pokémon s’écrasèrent au sol et le Papillon fonça vers Tauros et Cupcanaille, à court de munition.

Mais Bêtochef se jeta sur lui avant qu’il ne les atteigne. Il avait déjà perdu ses blocs de bêton et attaquait cette fois-ci avec l’une des statues de policier qui se trouvait dans la pièce comme s’il s’agissait d’un bélier. Mais avec un gracieux mouvement, Dédain esquiva l’attaque et trancha avec sa lame à la base du cou du Pokémon qui lâcha son arme de fortune, la main sur sa blessure pour tenter d’endiguer l’hémorragie.

- Vous êtes vraiment devenus pathétiques ! cria Dédain avec colère. Vous aviez pourtant de l’imagination à un moment ! Mais maintenant, votre Troupe est has been ! Elle ne mérite plus de vivre !

Pijako et Rhinocorne se jetèrent sur lui, enragés comme jamais. Mais encore une fois, Dédain esquiva les attaques et, d’un seul et brusque coup de sabre, blessa à mort les deux Pokémon. Dédain n’avait aucun problème tout contrer tout type d’attaque mais paraissait frustré et déçu.

- C’est maintenant le tour de la quatrième Troupe de montrer ce qu’elle a dans le ventre ! cria Dédain. Et cette quatrième Troupe, c’est moi ! J’ai toutes les qualités qui faisaient de vous une Troupe parfaite ! Je suis plus fort, plus agile, plus intelligent, plus adroit que vous tous réunis !

Tauros et Cupcanaille haletaient. Ils combattaient depuis déjà un moment et avaient vu nombre de leurs camarades mourir ou être dangereusement blessés. Ils étaient à bout. Scalproie tenait son bras gauche que Dédain avait failli couper pour répliquer à sa dernière attaque. Il n’avait plus aucun couteau de disponible, il les avait tous lancés et certains avaient même étés détruits. Tous les autres étaient soit morts soit cruellement blessés. Tous sauf Xatu qui fixait Dédain sans bouger.

Et puis, sans prévenir, le Mentaliste fit quelques pas en avant, droit vers le Papilord. Celui-ci releva un sourcil.

- Tu te décides enfin à combattre ? demanda-t-il. Moi qui pensais que tu tenais à ta peau…

Xatu n’attendit pas la fin des paroles de Dédain pour se jeter sur lui. Mais alors qu’il tentait son attaque, il disparut subitement pour réapparaitre juste derrière le Papilord, en bon expert en Téléport. Cependant, comme pour les autres combattants qui avaient tenté une attaque surprise, Dédain le transperça de sa lame avant même qu’il ne puisse l’atteindre.

- Désolé, Xatu, dit-il. Mais vois-tu, j’ai aussi une de tes qualité en moi. Je vois tout. J’ai une vision parfaite !

Tout se déroula très vite ensuite. Dédain eut le temps de voir que Scalproie s’était relevé et s’approchait de lui, l’air décidé, derrière le Mentaliste. Mais cela ne l’inquiétait pas, puisqu’il l’avait complètement désarmé à force d’esquiver ses attaques. C’est quand il vit que le Lanceur de Couteau plongeait quelque chose dans le corps de Xatu qu’il comprit qu’il n’était peut-être pas si inoffensif que ça. Et en effet, une longue lame surgit du corps de Xatu, et se dirigeait vers le visage du Papilord. Très rapide, cependant, Dédain tenta de reculer, quitte à lâcher son arme. Mais il se cogna contre quelque chose d’invisible qu’il l’empêcha d’esquiver la lame qui lui perça l’œil droit.

Dédain hurla de douleur. Il n’avait jamais ressenti autant de souffrance. Il n’avait jamais été blessé auparavant. Un liquide chaud surgissait de son orbite. Du sang, son sang. Dédain agita ses ailes avec Bourdon pour écarter Scalproie et Xatu de lui et éviter de recevoir une nouvelle attaque. Aveuglé en partie à cause de son propre sang, Dédain se détourna de ses adversaires et s’envola péniblement vers la sortie. Lors de sa fuite, il reçut un nouveau coup de couteau dans le dos qui lui fit échapper une nouvelle exclamation de douleur. Il passa à côté de Mistigrix sans se préoccuper d’elle et se précipita vers la sortie de l’attraction.

Mistigrix courut dans la pièce, inquiète. C’était Xatu qui lui avait demandé par télépathie de leur prêter main forte. Lui seul s’était aperçu de sa présence en dehors de la salle alors que même Dédain ne l’avait pas remarqué. Il lui avait simplement demandé d’armer à distance et en toute discrétion le Lanceur de couteaux. Il y avait dans l’attraction plusieurs autres statues pour raconter l’histoire de Baggaid et sa bande aux visiteurs et Mistigrix avait décidé d’offrir à Scalproie un petit sabre semblable à celui de Dédain. Xatu s’était ensuite arrangé pour distraire le Papillon tandis que, sous ses ordres, Scalproie le transperçait pour enfin l’atteindre, en prenant soin de cacher l’arme du regard du Papilord. Et pour éviter qu’il n’esquive encore cette ultime offensive, il avait demandé à Mr.Mime, affaibli mais encore vivant, de donner ses dernières forces pour une Protection qui l’empêcherait de fuir.

Le plan du Mentaliste avait porté ses fruits. Le combat était terminé. Xatu essaya de se relever, mais il avait toujours les deux lames qui le transperçaient de part en part. Autour de lui, Mistigrix tomba à ses genoux, tout comme Scalproie, Tauros, Cupcanaille, et Mr.Mime qui s’était péniblement relevé malgré ses blessures. Le regard fatigué mais paisible, Xatu semblait presque sourire quand il expira. Et, pour la première fois, Mistigrix se mit à pleurer.

Posté à 22h43 le 09/12/17

Statitik/Mygavolt ...
Effectivement, ça ressemble beaucoup :o J'ajoute, merci Croque!

Je vais tout de même garder la tique pour la taille et le parasitisme, même si c'est vrai que ça n'y ressemble pas, c'est plus au niveau comportementale que je trouvais ça pertinent.

J'ai ajouté les images, comme tu me l'avais proposé.

Posté à 18h39 le 09/12/17

Statitik/Mygavolt ...

Statitik


Statitik a plusieurs inspirations dans le Bestiaire réel.

Premièrement, nous avons l'araignée sauteuse. Comme Statitik, cette araignée dispose d'yeux disposés un peu comme les nôtres, de manière à voir en 3D. Physiquement, Statitik est très ressemblant. *


Sitticus floricola n'est-elle pas toute mimi?


Ensuite, plus au niveau comportement que physique, il y a la tique. Il s'agit aussi d'un arachnide, qui a donc 4 paires de pattes, alors que les insectes n'en ont que 3. La tique est porteuse d'une bien mauvaise réputation. Il s'agit en effet d'un parasite. La tique n'étant pas très difficile, elle s'attache à tous types de vertébrés pour se nourrir de leur sang. Elle est aussi connue pour être porteuse de maladies diverses, dont la plus grave est la Maladie de Lyme.


Une tique en plein festin. omomomomom


Si Statitik n'est pas réputée dangereuse, il n'empêche qu'il s'agit tout de même d'un parasite pour les autres Pokémon Electrique. En effet, Statitik absorbe l'électricité de ceux-ci, car elle n'en produit pas elle même.

Statitik est l'un des Pokémon les plus petits existants. Les tiques de notre monde sont aussi de toutes petites bêtes, même si les femelles peuvent énormément grossir après un festin de sang (qui dure parfois plusieurs jours). On répertorie même des cas où la femelle grossit jusque 600 fois son poids d'avant.


Elle est toute pitite!


Son aspect poilu rappelle aussi l'ordre des Mygalomorphae, plus connu sous le nom de mygales, mais c'est surtout Mygavolt qui leur ressemble.


Mygavolt


Les Mygales sont caractérisée d'une part par leurs chélicères dirigés vers l'avant. Les chélicères, ce sont ces deux appendices étranges proche de la bouche des araignées, et qui se termine généralement avec des crochets. Chez les Mygales, les chélicères au repos sont repliées de manière parallèles. Mygavolt partage cette caractéristique.

La Mygale orang-outang ressemble particulièrement à Mygavolt


Ho, la jolie Mygale orang-outan !


Les Theraphosidae, la plus grande famille de mygales, dispose, comme Statitik et Mygavolt, d'une pilosité assez importante. Chez nos mygales, il s'agit d'ailleurs d'une arme de dissuasion. Elles expulsent leurs poils urticants pour se protéger des attaques de prédateurs. Ces derniers peuvent provoquer de terribles démangeaisons. Un seul poil dans l’œil peut nécessiter l'intervention d'un ophtalmologue. Ces démangeaisons sont à relier au type électrique de Mygavolt.

*Cette idée de l'araignée sauteuse est proposée par Croqueforme en commentaire.

Sources
Wikipedia

Posté à 20h54 le 08/12/17

Mimigal/Migalos ...
La famille de Mimigal est évidemment inspirée de l'Ordre des Araneae, plus connu sous le terme d'Araignée. La famille est caractérisée pour être des prédateurs qui fabriquent et utilisent un toile pour attraper ses proies.

Cependant, il est intéressant de noter que la caractéristique principale de l'ordre des Arachnides, à savoir leur 4 paires de pattes, n'est respecté ni chez Mimigal, ni chez Migalos. Mimigal a 6 pattes, comme nos insectes, et Migalos semble n'en avoir que 4 (en vérité, deux pattes supplémentaires sont relevées, mais nous y reviendrons)

Cependant, le mode de vie de la famille Mimigal, son Movepool et son étymologie le rapprochent de l'Ordre Araneae. Rappelons aussi que les Pokémon insectes qui ont effectivement 3 paires de pattes sont assez rares, et il ne s'agit donc pas d'un critère dans le monde Pokémon.

Mimigal semble plus particulièrement inspirée de la Theridion grallator, dite Araignée souriante.

Effectivement, la caractéristique principale de Mimigal est le motif en forme de visage sur le dos. Et justement, ces Araignées souriantes arborent des motifs qui peuvent rappeler les traits d'un visage.


Spécimen de Theridion grallator


Theridion grallator est une espèce vivant dans les forêt tropicale de l'archipel d'Hawai. Toutes les araignées ont un motif unique, et ces motifs varient d'une île à l'autre. Notons aussi le caractère nocturne des Theridion, ce qui est justement en accord avec Mimigal, qui se rencontre d'ordinaire de nuit.

Ses pattes rayées jaune et noir rappellent aussi de nombreuses espèces d'araignées, comme Argiope bruennichi.


Spécimen de Argiope bruennichi femelle


Migalos semble avoir une inspiration plus étonnante. Il s'agit de Myrmarachne formicaria. Il s'agit d'une araignée sauteuse dite mimétique, c'est-à-dire qu'elle imite d'autres espèce et, ici, il s'agit des ... fourmis.


Notre araignée qui aimait trop les fourmis.


La ressemblance entre Migalos et les fourmi n'est pas très frappante. Mais pourtant, Migalos cache bien son jeu.

Si nous regardons Migalos de dos, en effet, nous remarquons que son aiguillon forme une sorte de nez, et qu'elle possède deux tâches noir, comme des yeux. Et surtout, Migalos soulève deux de ses pattes, donnant l'impression qu'il s'agit de deux antennes. Une technique utilisée par Myrmarachne pour se faire passer pour une fourmi! La seule différence, c'est que Migalos se sert de son dos et non de son avant corps pour se faire passer pour un autre Pokémon.


Migalos (chromatique) de dos, ne parait pas bien effrayant.




Sources:
Wikipedia
http://www.insectes-provence.fr
http://french.china.org.cn
http://www.eurospiders.com

Posté à 16h48 le 06/12/17

[Fiction] Le Cirque Madyapno ...

Chapitre 0: Dans l'Enfer des Mélancolux (partie 2)



Un peu plus de huit mois plus tard, la Troupe vivait sa vie calmement. Lilith essayait de continuer à coordonner la Troupe, mais le Directeur voulait qu’elle se repose un maximum. Le grand jour n’allait pas tarder et le Directeur avait déjà prévu un plan d’urgence, demandant à Natu et Alakazam de se tenir sur leur garde car ils allaient peut-être devoir se téléporter d’un moment à l’autre.

Les quatre enfants étaient eux-aussi très excités par l’arrivée du futur bébé. Lilith leur avait donné plus de responsabilités et ils les assuraient avec fierté. De plus, ils répétaient ensemble pour former leur propre numéro et jouer un rôle dans les Représentation. C’était un peu devenu leur nouveau rêve depuis quelques temps déjà. Ils avaient fabriqués leurs propres marionnettes et s’entrainaient de plus en plus à les manipuler, avec les encouragements du Directeur et les conseils de Lilith.

Le Directeur était particulièrement soucieux ces temps-ci. Serait-il un bon père ? Son propre créateur l’ayant traité comme un monstre, il avait peur d’en devenir réellement un aux yeux de sa progéniture. A ce sujet, Lilith le rassurait sans cesse, disant que comme il se comportait avec les quatre orphelins, il n’y avait aucun risque. Il avait aussi dû gérer des fauteurs de troubles, trois Dracaufeu qui s’étaient approchés dangereusement du Chapiteau pour leur voler de la nourriture. Mais au contraire des cas de Tauros et Girafarig, ils s’étaient montrés très hostiles. Aussi Mackogneur et Doduo les avaient-ils mis KO et, dans l’attente d’une meilleure solution, ils avaient été enfermés entre les murs qu’avait créé Mr.Mime spécialement pour eux. Le Directeur prévoyait de les relâcher avant de partir, mais en attendant, il ne pouvait prendre le risque qu’il arrive un incident fâcheux.

C’est Mélanie qui lui courut après ce matin-là. En vue de l’excitation de la petite fille, le Directeur comprit de suite. Il l’envoya chercher Natu et Alakazam et se précipita à leur roulotte. Lilith était déjà debout, ronde comme un ballon de mousse, l’air essoufflée. Antoine portait une valise dans laquelle ils avaient rangé quelques affaires et que le Directeur attrapa. Natu et Alakazam arrivèrent rapidement et téléportèrent le couple bien loin de la Troupe devant un hôpital d’Illumis. Sur ordres du Directeur, les deux Pokémon restèrent dehors pour les attendre.

Cependant, au moment où le Directeur et Lilith passaient les portes de l’établissement, Natu, qui fixait le soleil, eu sa première vraie vision. Une vision telle qu’il refusera pendant plus de 20 ans de fixer à nouveau l’astre du jour pour lire l’avenir…

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Lorsqu’ils entrèrent dans l’hôpital, le Directeur et Lilith furent très vite pris en charge. On installa Lilith dans une chambre et on la relia à plusieurs appareils étranges que le Directeur ne connaissait pas tandis qu’on lui posait de rapides questions sur sa femme, notamment depuis quand elle était enceinte, si c’était la première fois, etc. Inquiet pour elle, l’Hypnomade au visage caché répondait un peu distraitement, le regard attiré par les cris de souffrances de Lilith qui n’allait pas tarder à enfanter.

Il y avait deux infirmières présentes. L’une d’elle tentait de rassurer Lilith tandis que l’autre préparait une péridurale, afin qu’atténuer la douleur des contractions de plus en plus violentes. Mais Lilith les insultait allègrement et ne réclamait que son mari. Dès que le médecin eut finit de lui poser des questions, le Directeur rejoint sa femme pour lui tenir la main.

Lilith haletait de plus en plus. La péridurale qu’on venait de lui administrer était censé avoir des effets directement, mais la pauvre femme ne les ressentait apparemment pas, ou très peu. Une infirmière parlait au médecin en montrant une des machines. Elle semblait inquiète et cela ne laissait rien présager de bon. Mais quand le Directeur chercha à comprendre ce qui n’allait pas, il ne vit qu’un écran afficher des nombres variant dont il ne comprenait pas la signification.

Soudain, Lilith hurla de douleur tout en serrant fort la main de son mari. Le médecin et l’infirmière se précipitèrent vers elle en lui criant de pousser. La machine clignotait rapidement maintenant, mais les cris de Lilith étouffaient tout autre bruitage, tandis que le Directeur, dépassé par les évènements, restait muet comme un Magicarpe.

Mais quand la main de Lilith relâcha brusquement la sienne, le Directeur comprit que quelque chose clochait. Le corps de la jeune femme était pris de spasmes incontrôlables et la machine clignotait plus fort que jamais. Le médecin poussa un juron et les infirmières attrapèrent le lit par des poignées et se mirent à le pousser en dehors de la chambre.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda le Directeur, dont le visage caché avait perdu sa teinte jaune pour un blanc pâle. Qu’est-ce qui lui arrive ?
- Elle a des complications, dit le médecin qui quittait la chambre pour suivre les infirmières.
- Quel genre de complications ? dit sèchement le Directeur qui suivait ses pas.
- Je ne sais pas, grogna le médecin. Mais de toute évidence, on va devoir vite faire une césarienne si on veut sauver l’enfant avant de la réanimer.
- La réanimer ? répéta le Directeur en se figeant sur place. Vous voulez dire que…
- Ecoutez, si vous voulez qu’elle vive, va falloir me lâcher la grappe, on a pas de temps à perdre!

Et sans rien ajouter, il laissa le Directeur se place pour rejoindre la salle d’opération en urgence. Ce dernier, plus angoissé que jamais, tituba un instant, serrant les poings. Puis, se ressaisissant, il se précipita pour observer l’opération.

On ne le laissa pas entrer dans la pièce pour des raisons d’hygiène, mais il pouvait observer la scène depuis des vitres. Il eut un haut le cœur en voyant le chirurgien en train d’ouvrir le ventre de sa femme à l’aide d’un scalpel. Il y avait deux médecins et deux infirmières sur place et tous semblaient très agités. Le corps de Lilith avait cessé de bouger et semblait presque endormie.

Puis, quand le chirurgien plongea sa main dans le corps de Lilith, il en retira un petit corps rouge et trempé d’une substance étrange, relié à un cordon au niveau de nombril. De loin, le Directeur regardait son enfant, sans comprendre. Manifestement, quelque chose n’allait pas.

L’enfant ne ressemblait pas à ce à quoi il s’attendait. On aurait dit qu’il n’avait pas de cou. Il semblait disposer d’une espèce de petite trompe à la place du nez et ses quatre membres étaient particulièrement courts. Il se tenait dans les bras de l’homme dans une position fœtale assez disgracieuse. Le petit être ne pleurait pas mais bougeai en ouvrant la bouche, comme à la recherche d’air. Il semblait étouffer. Le chirurgien quant à lui observait la chose qu’il venait de sortir du corps de Lilith avec un air de dégoût tandis qu’une infirmière avait relâché des compresses en criant d’effroi. Le sang du Directeur n’en fit qu’un tour.

Il entra de force dans la salle d’opération. Le chirurgien venait de déposer l’enfant sur un plan de travail comme pour s’en débarrasser et avait fait quelques pas de recul pour s’en éloigner. Tous les regards étaient fixés sur la chose qui gigotait avec de moins en moins de force.

- Qu’est-ce que vous foutez, hurla le Directeur avec colère.
- C’est vous qui allez nous dire c’est quoi ce bordel, cria le médecin. Qu’est-ce que c’est que cette chose ?

Pour toute réponse, le Directeur lui envoya une Ball’ombr en pleine poitrine, ce qui le projeta contre le mur. Les infirmières crièrent de terreur et reculèrent. Le chirurgien regarda le Directeur avec un air à la fois surpris et dégoûté.

- Vous êtes quoi ? demanda-t-il.
- Qu’est-ce qu’il se passe avec mon enfant ? demanda le Directeur sans prêter attention et en essayant de se calmer.
- Je crois qu’il étouffe, dit l’homme en jetant un regard vers la petite chose qui ouvrait la bouche désespérément, sans parvenir à ce qu’aucun son n’en sorte. Il doit avoir une malformation des poumons et comme il n’est plus relié à la mère, il n’est pas viable.
- QUOI ? cria le Directeur en serrant les poings. Qu’est-ce que vous attendez pour le sauver ?
- C’est inutile, dit l’homme. Il est déjà trop tard.

C’était surement vrai. L’enfant difforme avait cessé de bouger. Le Directeur tomba à genoux, sentant les larmes monter à ses yeux.

- Et elle ? demanda-t-il. Lilith…
- Elle est morte aussi, dit sombrement le chirurgien.
- Mais… vous n’essayez pas de… de la réanimer ?
- A quoi bon sauver des monstres ? répondit l’homme.

A ce moment précis, le Directeur comprit. Ils auraient peut-être pu sauver l’enfant et Lilith. N’avaient-ils pas des machines pour donner des chocs électriques ou pour aider la respiration ? Mais ils n’avaient juste pas envie de les sauver. L’enfant était difforme, monstrueux, donc ses parents devaient l’être aussi. Personne ne les aiderait… Ils n’étaient que des monstres à leurs yeux, ils l’avaient toujours été. Lilith seule avait pu comprendre que ce n’était pas vrai…

Aussi, explosant de colère, le Directeur saisit le chirurgien par le cou et entreprit de l’étrangler. Les infirmières, apeurée, tentèrent de l’en empêcher, mais elles étaient les mêmes que cet homme. C’était eux les véritables monstres de l’histoire. C’était eux qui devaient mourir.

Lorsque le Directeur sortit de la salle d’opération, il portait le corps ensanglanté de Lilith dans ses bras. On aurait dit qu’elle dormait paisiblement. Il avait placé l’enfant mort-né contre la poitrine de sa défunte mère. Il laissait derrière lui les quatre cadavres des infirmières et médecins. Accablé par la tristesse et les sanglots, le Directeur se déplaça dans l’hôpital à visage découvert. Les gens qu’il croisait faisaient bien vite demi-tour ou se cachaient dans les chambres, n’osant pas réagir. On le laissa ainsi tranquillement sortir tandis qu’il pleurait la mort de sa bien-aimée et de l’enfant qu’il aurait pu avoir, qu’il aurait pu aimer.

Natu et Alakazam se figèrent eux aussi d’horreur en voyant leur Directeur sortir de l’hôpital en portant les deux corps sans vie. Les larmes du Directeur s’étaient calmées, mais il reniflait bruyamment. Sans rien dire, Natu et Alakazam utilisèrent Téléport pour revenir au campement du Cirque. Le Directeur fixait le sol quand ils arrivèrent sur place. Mais de grands cris d’effrois le ramenèrent à la raison et c’est en relevant la tête qu’il découvrit avec effroi un autre spectacle d’horreur.

Le chapiteau était en proie à de vives flammes gigantesques. Partout autour, des Pokémon et des humains tentaient de maitriser le feu, sans grand succès, tandis que d’autres paniquaient. Le Directeur en resta sans voix. C’est comme si tout ce qu’il avait construit avec Lilith devait mourir avec elle.

Il déposa délicatement le corps de sa femme puis se précipita pour aider la Troupe. Il se mit à donner des ordres un peu partout, auxquels les Pokémon obéissaient sans broncher. Les humains de la Troupe, cependant, mirent du temps avant de s’y mettre, apparemment choqués en voyant le visage de leur Directeur pour la première fois.

Prinplouf fut ce jour-là particulièrement courageux et efficace. Relayant les ordres de Directeur avec autorité, il fut aussi très utile pour éteindre l’incendie qui emportait l’ensemble du Chapiteau. Le Colosse et Estom étouffaient ensemble les flammes à l’aide d’objets lourds tandis que les autres, parmi lesquels le Directeur, faisaient des chaines de seau à une mare voisine. Plusieurs membres de la Troupe avaient cependant été gravement brûlés dans l’incendie et gisaient par terre, inconscients pour certains comme le couple de Manternel que Mackogneur et Prinplouf avaient sortis des flammes juste avant le retour du Directeur.

Au bout de deux grosses heures qui parurent une éternité, les dernières flammes s’éteignirent. Du fier chapiteau il ne restait que des décombres fumants. Sans dire un mot, lentement, le Directeur se mit à marcher au milieu des ruines de tout ce qu’il avait construit pendant presque trois années, les plus belles de sa vie, en compagnie de Lilith. Mais maintenant qu’elle n’était plus là, ce désastre sonnait comme la fin des beaux jours, la fin du paradis sur terre. La fin de la Première Troupe.

Prinplouf, Mackogneur et Doduo suivaient le Directeur, sans rien oser dire. Ils tombaient parfois sur un cadavre noirci, un malheureux qui n’avait pu échapper aux flammes. Mais soudain, le Directeur arrêta sa procession. Il faisait face à quatre petits corps calcinés.

Le Directeur tomba à genoux sur les cendres encore chaudes. Il pensait qu’il avait déjà pleuré toutes les larmes de son corps, mais les dernières qu’il lui était encore possible de produire coulaient désormais de ses cinq yeux. Il rampa et regarda les enfants avant de laisser échapper une plainte de douleur et de tristesse que tout le monde entendit. Voyant le Directeur dans cet état, ni Mackogneur, ni Doduo, ni Prinplouf ne sut comment réagir. Ils le laissèrent éclater tout son chagrin. Puis, quand enfin il se releva, il leur ordonna de déplacer les corps et de les amener aux côtés de celui de sa femme et de son enfant.

Une dizaine de minutes plus tard, le Directeur faisait face aux six personnes qu’il avait le plus aimé dans sa vie. Sa femme, ses enfants adoptifs et celui qui allait devenir sa fille… Tous les survivants de la Troupe étaient rassemblés juste derrière lui, mal à l’aise. Les Manternels n’avaient pas survécu, tout comme l’ingénieur de son et l’un des clowns de l’équipe. Les stylistes étaient blessés mais leurs Pokémon avaient été piégés par les flammes, eux aussi. Natu et Alakazam s’étaient brûlés en aidant à éteindre l’incendie, mais avaient tenus à être présents.

- Prinplouf, dit finalement le Directeur sans se retourner. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Ce sont les Dracaufeu, monsieur, répondit Prinplouf, le regard baissé. Ils se sont échappés et ont mis le feu au Chapiteau. Ils se sont acharnés dessus.
- Vous n’avez pas tenté de les arrêter ? cracha le Directeur après s’être mouché.
- Si, monsieur. Mackogneur, Estom, Doduo et moi-même nous sommes chargés de les abattre, mais c’était déjà trop tard…
- Mr.Mime, dit le Directeur en faisant sursauter ce dernier. Comment se fait-il que tes barrières n’ont pas su les retenir ?

Un silence de mort s’installa. Mr.Mime tremblait comme une feuille, tous les regards étant fixés sur lui sauf celui du Directeur qui leur faisait toujours dos. Mais, lassé d’attendre les explications, il se retourna, le visage déjà difforme marqué par la colère.

- ALORS ? cria-t-il avec haine.

Mr.Mime déglutit et se mit à expliquer que les enfants s’étaient mis en tête de dresser les Dracaufeu, pour leur faire une surprise à leur retour. Mr.Mime avait donc accepté d’ouvrir la barrière, mais les choses avaient dégénérés. Il se confondait d’excuses quand il se prit une Ball’Ombre qui le fit tomber à la renverse. Le Directeur, furieux, le souleva par le cou.

- C’EST TOI ALORS ? TU LES AS TUÉ ! TU ES RESPONSABLE !

Mr.Mime suffoquait sous la pression de la main du Directeur. La Troupe regardait la scène, paralysée d’horreur. Finalement, Mackogneur attrapa le Directeur en-dessous des bras et l’écarta de Mr.Mime tandis que Prinplouf s’interposait.

- Dépose-moi tout de suite ! Je vais le tuer !
- Mr le Directeur… dit Prinplouf. Malgré tout le respect que je vous dois, nous avons déjà eu assez de morts comme ça aujourd’hui, vous ne pensez pas ?
- C’est lui qui les a tués ! Par son incompétence, il est responsable !
- Peut-être… mais vous ne pensez pas qu’elle lui aurait laissé une chance ? C’était son Pokémon après tout…

L’évocation à Lilith calma soudainement le Directeur, qui cessa de se débattre. Il se remit à sangloter, sans que plus une larme ne puisse sortir. Mackogneur le déposa et l’Hypnomade se tourna vers les cadavres.

- Enterrez les victimes, dit le Directeur. Mais je veux moi-même enterrer les enfants et Lilith… mais pas ici… Alakazam ? Tu peux me conduire au Lac Colère ?

Alakazam acquiesça. Doduo courut chercher une pelle et de la nourriture qu’il amena au Directeur avant son départ en compagnie des cadavres. Une fois sur les rives du Lac, il se tourna vers le Mage.

- Laisse-moi ici… Tu viendras me rechercher demain. Je veux être seul.

Alakazam ne répondit pas et partit comme il était venu. Puis, sans attendre, le Directeur se mit à creuser les tombes des personnes les plus chers à son cœur.

Il lui fallut plusieurs heures pour creuser cinq trous assez grands et profonds pour y déposer les corps. Le soleil s’était couché mais la Lune illuminait le ciel. Comment une si belle soirée pouvait-elle être chargées d’autant de sentiments de tristesse ?

Le Directeur était assis face aux 5 monticules de terre. Dessous reposaient les corps de ces êtres chers, ceux qu’il avait tant aimés. Il voulait passer une dernière fois la nuit avec eux.

Il se croyait seul quand soudain, il entendit des bruits de pas derrière lui. Il n’y fit d’abord pas attention. Mais quand il entendit la personne toussoter derrière lui, comme pour attirer son attention, il soupira et se retourna, s’attendant à voir Alakazam.

Mais c’était un humain. Celui-ci avait de longs cheveux blancs et ses yeux étaient cachés par un chapeau Melon. Il portait une sorte de toges grise très veillottes et abîmée et exposait un grand sourire de dents blanches. Il portait aussi une sorte de sac à dos.

- Pardonnez ma curiosité, monsieur, mais vous me semblez avoir traversé de terribles évènements, je me trompe ? demanda l’homme.
- Partez d’ici, répondit le Directeur. Je ne veux voir personne.
- Vous avez beaucoup de choses sur le cœur, dit l’homme qui continuait de sourire. Vous avez perdu des êtres chers, pas vrai ?
- Allez-vous--en, dit le Directeur. Je n’ai pas été capable de sauver les enfants, ma femme est morte parce que je suis un monstre…
- Ce n’est pas avec ce genre d’attitude que vous honorerez leur mémoire ! dit l’homme. Mais j’ai peut-être de quoi vous aider.
- Peu m’importe, dit le Directeur.
- Allons allons ! Que serait un enterrement sans cierge ? demanda l’homme en déposant son sac à dos. Et vous avez de la chance, je suis justement un vendeur de bougies !
- Des bougies ? dit le Directeur en plissant les yeux.

L’homme sortit de son sac six grosses bougies de cire blanche identiques et les agita sous le nez du Directeur.

- Elles sont à vous ! Je vous les offre ! dit l’homme en souriant. Et je veux bien même vous les allumer si vous n’avez pas de briquet.
- Pourquoi pas, soupira le Directeur. Je suppose que ça se fait dans ce genre de situation…
- Tenez, voici de quoi honorer vos six morts, dit l’homme en allumant les bougies avant de les lui donner. Prenez en soin, surtout !

Sans rien dire, le Directeur disposa les grosses bougies proches des monticules de terre. Il resta un instant sans rien dire, puis s’étonna en comptant les bougies et les monticules de terre. Il avait enterré sa fille avec Lilith.

- Comment saviez-vous qu’il y avait six morts ? demanda-t-il, interloqué.

Personne ne répondit. Intrigué, le Directeur le chercha du regard un instant, sans résultat. Le Vendeur de Bougies avait disparu. Puis, abandonnant l’idée de comprendre ce qui lui arrivait, il se mit à prier.

______________________________


Lorsqu’il se réveilla le lendemain matin, il était encore très tôt. Il avait veillé très tard mais la fatigue l’avait finalement emporté. Il essaya de se relever, mais remarqua soudain qu’il y avait quelque chose qui le tenait faiblement contre son ventre.

Quatre grosses bougies équipées de petits bras de cire, allumées avec une petite flamme bleutée, se blottissaient contre lui. Il cligna des yeux plusieurs fois, pensant rêver. Il en attrapa une et la mit devant son visage. Le Funécire se réveilla et le regarda avec un regard peiné et triste. Les trois autres Bougies s’animèrent en même temps et le regardèrent avec la même expression. Il redéposa le premier Funécire par terre et s’assit pour mieux les observer. Puis il regarda vers les tombes qu’il avait creusées la veille.

Sur la tombe de Lilith et de son enfant, les deux bougies étaient toujours là, mais leurs flammes s’étaient éteintes. Celles qu’il avait disposées sur les tombes des enfants, cependant, n’étaient plus là. C’est à ce moment qu’une terrible phrase prononcée par une vieille dame lui revint en tête : « qui brise la Plaque flamme doit périr par le feu et être condamné à brûler à jamais ».

La malédiction proférée lors de leur rencontre pouvait-elle être vraie ? Ces Funécire pouvaient-ils être … ? Le Directeur se pencha vers eux et éclata une dernière fois en sanglot.

- Je vous promets… que je vais réparer tout cela… Je suis désolé … Désolé… Désolé…

Ce sur quoi les Funécire ne répondirent pas et se contentèrent de faire danser leurs flammes bleutée.

______________________________


Lorsque le Directeur rentra sur les lieux de l’Incendie, tout le monde s’étonna de la présence des quatre Funécire. Le Directeur hypnotisa les humains pour leur faire oublier tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, de peur qu’ils ne l’abandonnent d’eux-mêmes à cause de sa difformité dévoilée. Puis, avec l’aide des Pokémon survivants, ils entreprirent de reconstruire le Cirque et de fonder ensemble la Seconde Troupe, tout en recrutant de nouveau, exclusivement des Pokémon. Mais le Directeur ne fut plus jamais le même.

C’est lorsque les Funécire évoluèrent, quelques années plus tard, que les enlèvements commencèrent. Ils étaient d’abord temporaires et l’enfant était restitué à leurs parents après une soirée pendant laquelle le Directeur l’hypnotisait. Les Mélancolux prenaient alors ensemble possession du corps de l’enfant et le Directeur avait alors l’impression, l’espace d’un moment, de retrouver ses enfants. Cette intrusion dans la psyché des victimes du Directeur les chamboulaient un peu et, une fois réveillé, les enfants ne pouvaient s’empêcher d’associer le Directeur à une terrible impression de brûlure et de mort. Puis, un jour, des parents apeurés furent prêts à abandonner leur petite fille. Scandalisé par leur attitude, le Directeur décida de passer un niveau supérieur. Désormais, ils kidnapperaient les enfants pour tester l’amour que leur portaient leurs parents. Mais ils étaient tous décevants, sans aucune volonté. Aussi le Directeur les faisait exécuter. Puis pris de pitié pour l’enfant abandonné de ses parents, mais déchiré par le sentiment de ne pas avoir été lui-même à la hauteur, il les tuait aussi, achevant ainsi ce qu’il pensait être un calvaire.

Il fallut une vingtaine d’année pour qu’un père porté par l’amour pour sa fille ne se dresse enfin contre la Seconde Troupe. Cela tombait mal car le Directeur pensait avoir trouvé à ce moment précis un moyen de réparer ses erreurs en s’accaparant les pouvoirs d’un Dieu. Mais pourtant, il voulait voir jusqu’où cet homme serait capable d’aller, et même si, à cause de cela, ses plans échouèrent, il ne pouvait qu’admirer ce père aimant et ses amis.


Certains pourraient prendre le Directeur pour un Fou, et surement auraient-ils raison. Cependant, on ne peut pas imaginer comme une seule mauvaise journée peut marquer profondément la vie d’un être et le changer du tout au tout…

Posté à 16h45 le 06/12/17

[Fiction] Le Cirque Madyapno ...

Chapitre 0 : Dans l’Enfer des Mélancolux (partie 1)



Ce matin-là, Lilith Delporte se leva de bonne heure. La jeune femme avait à peine vingt-trois ans et venait d’être diplômée de l’Académie d’Art d’Illumis. Elle était depuis rentrée chez elle, à Vestigion, en espérant y trouver du travail. Sans succès… Aucune proposition d’emplois intéressante ne lui était parvenue, du moins jusqu’à hier où elle était tombée presque par hasard sur une petite annonce dans le journal : « Cherche conseiller artistique pour Projet d’envergure. Rdv demain à la clairière à midi. » Depuis qu’elle était tombée sur ça, la jeune diplômée était en effervescence. Elle allait passer son premier entretien d’embauche !

Sous les conseils de sa tante, elle avait préparé une robe sombre assez classique mais néanmoins élégante. Elle mit un moment pour se faire un chignon avec ses cheveux noirs éclatant et se maquilla un minimum. Elle avait rassemblé tous ses papiers d’identité, les obligations légales, et plein de paperasse dont elle ne comprenait pas vraiment l’utilité, mais que son oncle lui avait dit de prendre au cas où. Elle attrapa son bloc-notes et le fourra dans son sac à main, prête à partir.

- Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’accompagne ? lui demanda son père, un homme approchant de la cinquantaine, en la voyant sortir.
- Je suis une grande fille, papa ! s’exclama-t-elle. Puis c’est à la clairière de la forêt de Vestigion, ce n’est pas très loin.
- N’empêche que ce lieu de rendez-vous n’est pas banal, répondit son père en se pinçant les lèvres.
- Qu’est-ce que tu veux qu’il m’arrive ? demanda Lilith en riant. Fais attention, on va retrouver mon corps dans trois jours, découpés en pièces.
- Ne parle pas de malheurs !
- Ne t’inquiète pas enfin ! Je prends Mr.Mime avec moi de toute façon.
- Bon… sois prudente quand même, mais décroche ce job ! Je croise les doigts !
- Merci papa. A tantôt !

Elle sortit de chez elle et d’un pas décidé, elle se dirigea vers la forêt de Vestigion, là où l’attendait son futur probable employeur. Elle avait largement le temps pour arriver, ayant pris pas mal d’avance, mais elle n’avait pas envie de trainer pour autant. Elle traversa le petit pont, salua son oncle qui y pêchait et qui lui souhaita bonne chance, puis continua en direction de la Clairière.

Une fois arrivée, son regard pivota plusieurs fois de gauche à droite. Il n’y avait personne. Elle regarda sa Pokémontre. Elle avait presque une heure d’avance ! Elle soupira et se trouva une pierre pas trop sale sur laquelle elle s’assit en attendant. Elle avait vue sur le vieux village de Vestigion qui l’avait vu naitre. Elle n’avait jamais trouvé le village aussi ennuyeux que depuis qu’elle était revenue de ses 5 années d’études à Illumis, la grande ville d’une région éloignée à la sienne. Cette vie d’étudiant lui manquait parfois.

Elle était assise depuis dix minutes quand elle entendit un bruit derrière elle. Elle se retourna et se leva précipitamment. Un homme pas très grand, en imperméable, le visage caché par une capuche, l’observait. Il portait des gants et Lilith remarqua qu’il portait tellement de vêtement que le moindre cm² de sa peau était caché. L’homme mystérieux toussa avant de parler.

- Vous êtes ici pour le poste de Conseiller artistique ?
- Heu… oui ! s’exclama Lilith en s’inclinant légèrement. Lilith Delporte, monsieur. Je suis diplômée de l’Académie des Arts d’Illumis.

Elle s’approcha de l’homme en essayant de garder le contrôle d’elle-même, mais elle sentait le stress monter de minutes en minutes. Elle lui tendit la main, qu’il serra d’une poigne vigoureuse. Elle était un rien plus grande. Même aussi proche de lui, Lilith ne pouvait voir les traits de son visage.

- Impressionnant, dit-il. Si jeune et déjà une experte, alors ?
- Hé bien, je manque encore un peu d’expérience mais je suis motivée et pleine de volonté !
- Ha, mais l’expérience va se gagner au fil des jours, mademoiselle Delporte ! Venez, suivez-moi, je vais vous présenter le Projet et les autres.
- Dans la forêt, s’étonna la jeune femme en voyant son employeur pénétrer dans l’obscurité des arbres.
- C’est là que nous avons établi notre campement, répondit celui-ci. Mais n’ayez crainte, il n’y a rien de bien dangereux.
- Et on n’attend personne d’autre ? demanda Lilith d’une voix hésitante.
- Pourquoi attendre si je vous ai déjà vous ?

Lilith se tut et se mit à suivre l’homme. Elle ne savait pas quoi penser de ce dernier. Elle le trouvait juste mystérieux. Elle avait néanmoins un peu d’appréhension. N’importe qui d’autre aurait refusé de suivre cet inconnu mais elle l’avait quand même fait. Et s’il s’agissait vraiment d’un piège ? Plus elle avançait, moins elle croyait à cette hypothèse, puisque l’homme lui parlait très gentiment et écartait les branches pour lui faciliter le passage. Un quelconque agresseur ne s’en serait pas inquiété. Non, décidemment, ce personnage était très intriguant, mais pas hostile.

Finalement, au bout d’un bon quart d’heure de marche, Lilith poussa une exclamation de surprise. Un petit chapiteau rouge et jaune se dressait dans la forêt et quelques Pokémon s’affairaient tout autour.

- Bienvenue à notre Cirque, mademoiselle Delporte, s’exclama joyeusement l’homme en se retournant vers elle.
- Alors c’est ça, votre Projet ? demanda Lilith en souriant. Et dire qu’elle avait tout d’abord imaginé un malfaiteur !
- Exactement. Je compte fonder une Troupe de Cirque. Nos amis Manternel nous ont fabriqué ce Chapiteau pour le moment et nous avons déjà commencé à répéter quelques numéros, mais je n’ai pas vraiment d’expérience dans le spectacle, voyez-vous. Et c’est là que vous intervenez.
- Vous avez besoin de mes conseils pour organiser tout cela, c’est ça ? demanda Lilith.
- C’est cela. Si vous acceptez le travail, nous commencerons notre recrutement un peu partout, à Sinnoh comme dans d’autres régions, et vous nous aiderez à mettre notre Projet en marche.
- Vous voulez dire qu’on va devoir voyager ? demanda Lilith.
- Oui, un Cirque ne reste pas toujours au même endroit et en voyageant, je pense qu’on aura plus de chance de trouver des perles rares. Même si nous en avons déjà trouvée une bien belle aujourd’hui…

Lilith rougit aux mots de l’homme au visage caché. La perspective de devoir suivre le Cirque un moment ne lui déplaisait pas, au contraire, elle se disait que ça la changerait de la morne vie à laquelle elle était confrontée depuis son retour au domicile familial. Elle avait beau bien aimer son père, elle rêvait d’aventure.

L’homme lui fit signe de le suivre à l’intérieur du chapiteau et elle s’exécuta. Sur la scène, des Pokémon attendaient, apparemment tout aussi nerveux qu’elle ne l’avait été peu de temps avant. L’homme se mit alors à les présenter. Le premier était un Mackogneur, récemment évolué d’après les dires de l’homme, qui avait une force musculaire incroyable, même au sein de ses semblables. Ensuite, il y avait un Coudlangue du nom d’Estom. Ce Pokémon laissait à Lilith une désagréable impression car, au contraire des autres, il ne semblait pas être mal à l’aise et la fixait avec un regard gourmand. L’homme passa à Natu et Alakazam, qui travaillaient ensemble sur un numéro de magie et qui aidaient la Troupe à se déplacer via Téléport. Vient ensuite un Prinplouf qui se présenta tout seul dans un français très correct, ce qui étonna d’autant plus la jeune femme. Juste après, c’était le tour des deux Manternel, un couple, qui avaient cousu la toile du Chapiteau. Et enfin un Doduo, apparemment très doué au combat, mais qui ne savait pas vraiment quoi faire dans la Troupe.

Les Pokémon commencèrent à montrer une partie de leurs talents à Lilith, qui observa le tout silencieusement aux côtés de son employeur. A la fin, celui-ci se tourna vers elle.

- Alors ? demanda-t-il avec appréhension. Votre verdict ?
- Hé bien… Ce n’est pas encore parfait, avoua-t-elle. Mais je pense qu’il y aurait moyen d’améliorer la plupart de vos numéros. Vos Pokémon ont du potentiel.
- Et vous vous sentez de taille à nous aider pour faire de notre Cirque une Troupe renommée ?
- C’est exactement le genre de défis qu’y me plait, assura-t-elle en souriant, confiante.
- J’en conclus donc que vous êtes partante ?
- Oui. Je vais de ce pas faire ma valise et je reviens pour vous accompagner.
- Voilà qui me remplit de joie ! répondit l’homme. Prenez donc Natu avec vous, il vous ramènera ici plus rapidement.
- Bonne idée ! Mais dites-moi, monsieur… comment puis-je vous appeler ?

L’homme se figea sur place aux mots de la jeune femme. Elle ne savait pas que l’être à qui elle faisait face n’avait jamais vraiment eu de nom, même 6 ans après s’être échappé du laboratoire qui l’avait vu naître avec Estom, Machoppeur et Doduo. Il n’y avait jamais véritablement réfléchis.

- Je n’ai qu’à vous appeler Mr le Directeur, si vous ne voulez pas me dire votre nom, dit Lilith en haussant les épaules, mais en continuant de sourire. Je reviens vite, monsieur le Directeur !

Et en toute hâte, Natu sur les épaules, elle se mit à courir vers Vestigion, pressée de revenir sur place pour accompagner cet homme si mystérieux dans son Projet. Celui-là même qui la regardait partir sans la quitter des yeux.

_________________________________________


Une année après sa rencontre avec le Directeur, Lilith Delporte est toujours conseillère artistique auprès de la Troupe en devenir. Avec son patron, elle était partie à la chasse aux Pokémon de talent et autres saltimbanques prometteurs pour leur proposer de les rejoindre. Et la jeune femme avait l’œil. Elle avait trouvé de nombreuses personnes pour les aider à faire grandir la Troupe de différentes manières. Mais pas seulement, puisqu’elle avait aussi imaginé de nombreux numéros pour les membres de la Troupe, incluant même Doduo dans le Projet.

Aussi la Troupe avait-elle commencé à faire quelques représentations et avait été acclamée par un public grandissant de jour en jour. Prinplouf et le Mr.Mime de Lilith, qui l’avait accompagnée durant ses études, présentaient le spectacle d’une main de maitre. En vérité, Prinplouf était encore un peu maladroit parfois et Mr.Mime était un peu son guide dans l’affaire. Le Pokémon avait aussi commencé à prendre des cours d’escrime avec un humain qui les accompagnait, histoire de guérir sa maladresse. Mackogneur et Estom, par leurs prouesses hors du commun, épataient le public avec des défis impressionnants imaginés par Lilith et le Directeur. Natu servait d’assistant à Alakazam dans leur numéro de magicien, mais travaillait en solo sur un futur numéro de mentalisme avec l’aide de Lilith. Les Manternels et trois autres stylistes humains s’occupaient de tout ce qui était costumes et vêtements. Deux clowns originaire d’Unys et leurs Pokémon Insectes avaient été contactés par Lilith, qui les connaissait pour les avoir côtoyé ses deux premières années d’étude avant qu’ils ne soient renvoyés pour une farce de mauvais goût au Principal de l’Académie. Un ingénieur du son et son Electrode se chargeaient de tout ce qui était micro et le spectacle était illuminé par des Mucioles qui s’étaient aussi joints à eux. Un Tauros et un Girafarig, qui s’étaient d’abord approché pour voler de la nourriture, étaient aussi devenus des membres à part entière de la Troupe et participaient avec Doduo à ce que Lilith appelait « La Parade », par laquelle débutait chaque séance. A force d’engranger des bénéfices, la Troupe faisait l’acquisition d’un matériel de plus en plus performant.

Lilith était fière du travail accompli. Ils en avaient fait du chemin depuis sa rencontre avec la Troupe. Certes, il restait encore du travail à faire et le spectacle était encore un peu court. Lilith cherchait depuis déjà 2 mois des acrobates, mais aucun de ceux qu’elle avait pu dénicher ne l’avaient convaincue. Il y avait aussi quelques spectacles qu’elle souhaitait améliorer et travaillait d’arrache-pied avec les Pokémon et humains concernés. La vie au sein de la Troupe lui plaisait énormément. Elle s’y sentait même mieux que pendant sa vie d’étudiante. Mais elle avait néanmoins un petit regret.

Pendant toute l’année qui s’était écoulée, elle avait été intriguée par le Directeur. Elle n’avait toujours pas réussi à apercevoir son visage, et personne d’autre d’ailleurs. Des rumeurs courraient à son sujet parmi les autres employés, mais Lilith n’y faisait pas attention. Les secrets autour de son patron commençaient tout doucement à l’obséder.

Pourtant, on ne peut pas dire qu’elle était effrayée ou quoique ce soit. Non, elle désirait juste mieux connaitre cet étrange personnage qu’elle trouvait si charmant, si bienveillant. D’ailleurs, elle sentait tout doucement que de nouveaux sentiments se mêlaient à son obsession grandissante. Elle avait appris à connaitre les habitudes du Directeur et savait toujours où le trouver. Ou bien s’agissait-il du contraire et s’était lui qui la cherchait ? Toujours est-il qu’ils passaient beaucoup de temps ensemble.

A plusieurs reprises, elle avait eu des discussions avec lui et avait ressenti comme un frisson sur certaines de ses paroles. Elle se surprenait parfois à guetter son arrivée ou à l’observer paresseusement, malgré sa tonne de vêtements, tandis qu’il parlait à quelqu’un d’autre. Elle se sentait parfois gênée en sa présence, et avait l’étrange sentiment que cette situation était parfois réciproque. Et puis il y avait eu ce jour, à la première représentation où, sous les salves d’applaudissements des spectateurs satisfaits, il s’était jeté dans ses bras pour soudainement reprendre contenance et se redresser comme si rien ne s’était passé. Lilith était devenue rouge pivoine et se doutait bien que, sous sa capuche, le visage de son employeur devait avoir pris une teinte semblable.

Plus elle y réfléchissait, plus les sentiments qu’elle éprouvait envers le Directeur lui posaient question. Etait-ce seulement du respect ? De la curiosité maladive ? Ou bien s’agissait-il de sentiments plus forts ?

Un soir, alors qu’ils s’installaient non loin du Lac Colère, elle surprit son employeur s’éclipser tandis que les autres montaient le chapiteau. A vrai dire, ils n’avaient pas besoin de tous s’y mettre, Mackogneur étant largement capable de supporter une grosse partie de la structure à lui seul. Mais cela n’en restait pas moins étonnant, car habituellement, le Directeur assistait à chaque montée de chapiteau pour aider à superviser. Lilith hésita un instant, puis se décida à le suivre discrètement.

Il s’était installé sur les rives du Lac. Il regardait l’étendue d’eau sans rien faire d’autre, assis. Silencieuse comme un Chacripan, la Conseillère artistique s’assit juste à côté de lui. Surpris, il tourna son visage vers elle, mais ne dit rien et redirigea son regard vers les eaux calmes et sereines du Lac. Le silence perdura encore quelques minutes avant que Lilith ne se décide à lui demander ce qui lui trottait par la tête.

- Ça ne vous ressemble pas de vous éloigner seul de la Troupe, dit-elle.
- On a parfois besoin d’être isolé pour réfléchir, répondit sereinement son employeur.
- Réfléchir à quoi ?
- Tout et rien à la fois.

Encore une fois, le Directeur restait énigmatique et mystérieux, sans pour autant être malveillant. C’était une de ses choses qui fascinaient Lilith depuis un bon moment déjà.

- J’aime beaucoup les lacs, confia soudainement le Directeur.
- Ha bon ? s’étonna Lilith. Pourquoi ?
- Il s’agit de la première chose que j’ai vue après… après un évènement assez déplaisant de ma vie.
- Quel genre d’évènement ? demanda la jeune femme un peu précipitamment avant de se ravissez. Ho, mais vous ne voulez peut-être pas en parler…

Lilith ne voulait pas insister. Même s’il s’agissait peut-être d’une occasion unique d’en apprendre plus sur le Directeur, elle ne voulait pas pour autant le brusquer. Elle baissa la tête, légèrement embarrassée.

- Il s’agit de ma naissance, dit brusquement le Directeur après quelques minutes de silence.
- Votre naissance ? répéta Lilith, étonnée. Comment ça ?
- La première fois que nous nous sommes rencontrés, commença le Directeur, vous m’avez demandé comment vous pouviez m’appeler. Je ne vous ai pas répondu.
- C’est vrai, dit Lilith, qui se souvenait très bien de leur rencontre. J’ai supposé que vous ne vouliez pas me le dire parce que vous aviez peut-être eu des ennuis avec la justice… Je me suis trompée ?
- Un peu. En vérité, si je ne vous ai pas répondu, c’est parce que je n’avais vraiment pas de nom.

Lilith fronça les sourcils, ne comprenant pas vraiment où il voulait en venir.

- C’est vous qui, la première, m’en avez donné un que j’ai adopté. Le Directeur… Un pseudonyme qui me plait bien…
- Ce n’est pas vraiment un nom, dit Lilith en rougissant. C’est plutôt votre titre dans notre Projet de Cirque.
- Et savez-vous d’où me vient cette volonté de fonder un Cirque ?
- Non, dit Lilith dans un souffle, des étoiles dans les yeux.

Elle sentait son pouls accélérer de secondes en secondes. Jamais le Directeur ne lui avait parlé comme ce soir-là, jamais il n’avait été si ouvert à la discussion, jamais il n’avait dit un mot sur son passé. Mais seuls tous les deux, il semblait enfin se confier à elle des choses qu’il avait sur le cœur. La jeune femme avait une boule au ventre, à la fois un peu mal à l’aise et, pour une raison obscure, très heureuse.

- Lorsque je suis né, dit le Directeur en fixant les eaux du lac, mon anatomie n’a pas convenue à mon père. Il m’a rejeté alors que je venais à peine de commencer à vivre, il m’a insulté… Alors je l’ai tué. Puis je me suis enfui en libérant Estom, Machopeur et Doduo. Et en sortant, nous faisions face à un lac… je les associe depuis à une certaine forme de liberté.

Lilith déglutit. Elle sentait bien que le Directeur était mal à l’aise de lui raconter tout cela, mais son aveu ne lui faisait pas peur pour autant. Elle ne pouvait imaginer ce que Le Directeur avait vécu. Cependant, raconter son histoire devait aussi certainement lui faire du bien après tout ce temps.

- Comment un père peut-il insulter son enfant ? demanda Lilith en se rapprochant légèrement de lui. Qu’est-ce qu’il vous a dit ?
- Il m’a traité de monstre. Il m’a dit que je n’étais bon qu’à être exposé comme bête de Cirque. C’est pour cela que je désirais fonder une Troupe. Pour prouver que les membres d’une Troupe, même les plus horribles, ne sont pas nécessairement des monstres. Je voulais lui prouver qu’il se trompait.
- Et je pense que vous avez réussi, dit Lilith en souriant paisiblement. Vous n’êtes pas un monstre, aussi difforme soyez-vous… Ce n’est pas par l’apparence physique que l’on doit juger les gens sur leur monstruosité mais sur ce qu’ils ont sur le cœur. Et je peux vous garantir, après toute une année passée à vos côtés, que vous êtes quelqu’un de bon.
- Si seulement tout le monde pouvait penser comme vous, Lilith… soupira le Directeur. Malheureusement, ils sont encore bien nombreux à nous juger sur notre apparence.
- Mais ce n’est pas mon cas, dit Lilith en se redressant. Mr Le Directeur, pardonnez-moi mais… puis-je voir votre visage ?

Le Directeur resta silencieux, tout en fixant continuellement les eaux du lac. Il hésitait. C’est en voyant la mine un peu déçue de Lilith qui semblait croire qu’il ne lui laisserait pas le voir qu’il retira, pour la première fois, sa capuche.

Son visage, illuminé par la lumière de la Lune, n’était clairement pas celui d’un humain. Tout d’abord il était jaune et disposait de 5 yeux disposé presque aléatoirement sur la partie supérieure de son visage. Il avait un gros nez qui tombait et il lui manquait des morceaux de peau par endroit, particulièrement autour de la bouche, dévoilant sa chair. Son coup était recouvert d’une crinière blanche. Son visage d’Hypnomade déformé.

Lilith ne parut pas surprise. Après le récit du Directeur, elle s’était attendue à quelque chose de particulièrement horrible et elle n’en fut pas déçue. En temps normal, peut-être aurait-elle crié d’effroi. Mais ce n’était pas la difformité du Directeur qui l’intriguait le plus. Non, c’était la façon dont il s’était confié à elle et lui avait parlé. Alors tout parut clair au fond d’elle. Elle se rapprocha du visage du Directeur, qui sembla surpris par son attitude. Avec sa main, elle rapprocha délicatement le visage déformé du sien et, en fermant les yeux, elle embrassa tendrement son employeur.

Tout d’abord, le Directeur ne réagit pas, comme s’il ne réalisait pas ce qu’il se passait, puis il étreignit Lilith contre lui et lui rendit son baiser. Des larmes perlaient à ses yeux fermés.

C’est ainsi que commença l’histoire du couple le plus étrange que le Monde Pokémon semblait avoir porté depuis bien des années.

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Deux mois plus tard, la relation entre Lilith Delporte et le Directeur se porte à merveille. S’ils se cachaient des autres au départ, ce n’était plus le cas depuis que Mackogneur était tombé sur eux en train de s’embrasser, ce sur quoi le Colosse aimait taquiner le Directeur. Celui-ci gardait toujours son visage caché et seuls quelques Pokémon de la troupe étaient au courant en plus de Lilith. Il y avait bien quelques discussions dans leur dos, mais Lilith n’y faisait clairement plus attention. Jamais elle n’avait été aussi heureuse de sa vie.

Souvent, ils se rendaient ensemble en ville, prétextant partir à la recherche de nouvelles recrues potentielles, et ils en profitaient pour passer l’après-midi ensemble, main dans la main, en amoureux.

Ce jour-là, le Cirque s’était installé tout près de Bonville. Le couple s’était rendu au village et revenait d’une petite excursion aux Ruines. Ils avaient prévu de retourner au centre du petit village pour prendre le gouter avant de rentrer, mais s’étaient retrouvés en pleine brocante. Ils regardaient avec curiosité quelques babioles disposées sur les étalages quand un enfant bouscula le Directeur. Celui-ci se retourna avec l’intention de le gronder mais fut frapper par la pauvreté apparente du garçonnet.

L’enfant devait avoir 8 ans et était habillé avec de vieux vêtements déchirés de toute part. Il portait un vieux béret, lui aussi troué. Le petit enfant le regardait et s’inclina légèrement.

- Désolé, m’sieur, j’ai pas fait exprès.

Et sans attendre de réponse, il s’enfuit plus loin. Le Directeur le regarda s’éloigner et rejoindre trois autres enfants, deux garçons un peu plus âgés et une fille du même âge, qui paraissaient tous aussi pauvres que celui qui l’avait bousculé.

- Ils font peine à voir, dit Lilith en voyant son amant observer les enfants d’un air intrigué.
- Oui… dit le Directeur. Ils n’ont pas l’air d’avoir beaucoup de chance…

Ils continuèrent leur visite de la brocante, s’arrêtant devant un cracheur de feu et son Magmar, que Lilith ne jugea pas très convaincant, puis ils s’installèrent à un café pour prendre une glace. Ils étaient assis quand un bruit de verre brisé et un cri de colère un peu plus loin attira leur attention.

- Bordel, sales gosses ! criait un vieil homme. Vous ne pouvez pas faire attention !? Vous l’avez cassée !
- Désolé m’sieur, dit le plus grand des quatre enfants. On jouait et on n’a pas vu votre étalage.
- Rien à faire, je veux être remboursé ! Cette relique était d’une valeur inestimable ! Une véritable Plaque du Dieu Arceus, tu sais ce que ça représente ?
- Non monsieur, mais…
- Où sont vos parents ? demanda le vieillard avec mauvaise humeur. Ils vont me rembourser ou je peux vous jurer que je vais vous donner une sale correction !
- On a pas de parents, répondit sèchement le second garçon.
- Vermine ! cria l’homme. Viens ici que je te fasse payer !

Le vieil homme levait le bras pour infliger une gifle à l’enfant quand une forte poigne le saisit au dernier moment par le poignet. Il se tourna et fit face à un homme recouvert de vêtement dont il ne voyait pas le visage.

- Ces enfants sont avec moi, dit le Directeur. Je vais vous rembourser.
- Hein ? Vous êtes qui ?
- Peu importe, puisque je vais régler ce problème, non ? Combien est-ce que je vous dois ?
- 350 000 PokéDollar, cracha le vieillard.

Le Directeur soupira. Il avait beau avoir la somme, cela représentait un fameux paquet d’argent. La Troupe allait devoir se contenter de leurs vieux micros encore quelques temps. Il ouvrit son portefeuille d’un air maussade. Lilith, bras croisés, regardait le vieil homme avec un air méfiant.

- Et on peut savoir ce que c’était pour valoir une telle somme ? demanda-t-elle.
- Une relique originelle de notre Dieu à tous, répondit une voix suave derrière le comptoir.

Le vieil homme se retourna, laissant le couple distinguer une vieille dame d’apparence maussade, qui devait être la femme de l’homme, assise dans un fauteuil en osier et en train de caresser un Delcaty.

- La Plaque Flamme fait partie intégrante d’Arceus, le Grand Architecte. L’argent ne peut remplacer cette relique inestimable.

Son mari grogna en levant les yeux au ciel. Il avait entendu ce discours à plusieurs reprises. Lilith et le Directeur semblaient dubitatifs. Les quatre enfants, par contre, paraissaient un peu effrayés par la femme.

- Il ne laissera pas impuni la destruction de cette plaque. Et qui brise la Plaque flamme doit périr par le feu et être condamné à brûler à jamais.
- C’est cela, dit le Directeur en soupirant. Voici l’argent, et nous, on part.
- Mouais, dit l’homme en prenant les billets tendus par le Directeur. C’est ça, et que vois plus ces gosses trainer tout près de mon étalage !

Le Directeur et Lilith retournèrent en direction du café où ils s’étaient arrêtés pour manger leur glace, suivis par les enfants, silencieux. Lilith déplaça des chaises pour ajouter des places à leur table et leur fit signe de s’asseoir, ce qu’ils firent, l’air gêné.

- Vous voulez quelque chose à boire ? demanda la jeune femme d’un air compatissant. Une limonade ou un soda peut-être ?
- Non merci, dit le plus grand des garçons, malgré le regard de la fillette qui s’était illuminé à la proposition de Lilith. On vous a assez dérangé comme ça…
- Ne dit pas de sottise, lança le Directeur. Dites-nous plutôt vos noms.
- Moi c’est Mélanie ! s’écria la petite fille en écartant les bras joyeusement.
- Antoine, dit le garçon qui l’avait bousculé peu de temps avant.
- Je m’appelle Colin, dit celui qui avait répondu un peu grossièrement au vieillard.
- Et moi, c’est Lucien, dit le plus grand, l’air mal à l’aise.
- Et vous disiez que vous n’aviez plus de parents ? demanda Lilith d’un air compatissant. Est-ce que je peux vous demander de nous raconter… ce qu’il s’est passé ?

Les quatre enfants baissèrent la tête et restèrent silencieux un instant avant que Lucien ne commence ses explications.

- Nos parents s’en fichaient de nous… On avait quasi rien à manger, on pouvait pas sortir et ils se servaient de nous pour faire tout le boulot à la maison. Ils ne nous aimaient pas.
- Il ne faut pas dire ça, voyons ! dit Lilith en plissant les yeux. Je suis sûre que…
- Ils nous ont vendus comme des esclaves à un sale type, cracha Colin.
- Ha…

Lilith se tut. Elle chercha à croiser le regard de son amant mais celui-ci, caché par la capuche, fixait toujours les enfants sans rien dire.

- On était enfermé dans des cages, dit Antoine sans relever la tête.
- C’était encore pire que chez nos parents, dit Lucien, qui semblait trembler légèrement à l’évocation de ces souvenirs. On était juste des objets pour eux.
- Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? demanda Lilith, la mine sombre.
- C’est Mélanie qui nous a sortis de là, dit Colin.
- Ils avaient laissés les clés dehors, alors moi, je me suis servie ! dit Mélanie d’un air un peu plus enjouée que ses frères. Puis j’ai fait sortir les garçons et on s’est enfuis.
- Ça fait un mois qu’on est dehors, dit Lucien. On n’a nulle part où aller, mais au moins, on est ensemble…

Lilith regarda plus attentivement les enfants. La petite Mélanie semblait la plus joyeuse de la bande, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux bleus. Antoine devait être son jumeau, où être né peu de temps avant la petite fille. Il avait des cheveux assez courts mais aussi découpés un peu maladroitement, surement l’œuvre d’un de ses frères. A l’opposé de sa sœur, il semblait bien plus souffrir émotionnellement. Colin avait des cheveux bien plus longs du côté droit et une frange qui lui cachait l’œil de ce même côté, ce qui lui donnait un air rebelle du haut de ses dix ans. Enfin, Lucien avait les cheveux ébouriffés et semblait plus sage et plus réfléchi que les trois autres. Il paraissait le plus âgé, peut-être douze ans. Ces enfants avaient dû subir bien des épreuves pour leur âge…

Lilith attrapa la main du Directeur dans les siennes, ce qui dirigea le regard de ce dernier vers elle. Sous la capuche, elle voyait les reflets des yeux du Directeur croiser les siens et elle sourit. Ils avaient la même idée.

- On devrait peut-être se présenter à notre tour, dit-elle. Moi c’est Lilith Delporte, et lui, c’est mon amoureux.
- Vous êtes une maman et un papa ? demanda timidement Mélanie.
- Pas encore, dit Lilith. Mais si jamais nous le devenons, nous ne serons pas aussi horribles que ceux que vous avez eu, je peux vous le promettre.
- Et votre nom, c’est quoi ? demanda Lucien à l’homme qui lui faisait face.
- On m’appelle le Directeur, dit enfin l’intéressé.
- Directeur ? s’étonna Colin. C’est pas un nom, ça, si ?
- C’est le mien pourtant. Et on m’appelle ainsi parce que je suis le Directeur d’une Troupe de Cirque. Vous en avez déjà vu un ?
- Jamais, répondit Antoine, l’air intéressé.
- Et si on vous disait que nous pouvions vous prendre avec nous, pour travailler au Cirque, qu’est-ce que vous diriez ? demanda Lilith.

Le visage de Mélanie s’illumina et Antoine ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Colin fronçait les sourcils d’un air méfiant tandis que Lucien relevait la tête, étonné.

- Par travailler, vous voulez de nous comme esclaves, c’est ça ? demanda sèchement Colin.
- Pas du tout, dit le Directeur. La Troupe a besoin de l’aide de tout le monde pour fonctionner. Cependant, nous sommes tous sur le même bateau et tout le monde, humain comme Pokémon, adulte comme enfant, est sur une marche d’égalité.
- Nous ne vous voulons aucun mal, dit Lilith. Si vous désirez partir, alors vous pouvez. Mais nous avons de quoi vous loger, vous nourrir, vous habiller…
- Et vous nous protégerez ? demanda Antoine. Je veux dire, si nos parents ou les gens qui nous avaient achetés revenaient…
- Je vous promets que je ferai tout mon possible pour vous protéger, dit le Directeur.
- Même contre le gros canartecte ? demanda Mélanie.
- Le quoi ? s’étonna Lilith avec un petit rire.
- J’sais pas, dit la petite en haussant les épaules. C’est la vieille madame qui a dit qu’il allait nous brûler parce qu’on a cassé son plateau.
- Je vous donne ma parole que je serai là pour vous protéger, même face à Arceus, dit le Directeur.
- Mais ne t’inquiète pas, le gros canartecte ne pourra rien, parce que c’est juste des carabistouilles cette histoire, dit Lilith en souriant à la petite.

Les deux plus jeunes semblaient charmés par la proposition du couple. Colin semblait plus réservé et regardait son grand frère comme pour lui demander son avis. Celui-ci semblait réfléchir en fixant la table. Finalement, il releva la tête et sourit.

- C’est d’accord pour moi, dit-il. Je vous suis.
- Moi aussi, alors! reprit Colin.
- Et nous aussi, s’exclamèrent Mélanie et Antoine en cœur.

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Les enfants s’intégrèrent rapidement dans la vie de la Troupe. Tout le monde les appréciait, malgré quelques farces qu’il leur arrivait de faire. Lorsque quelqu’un avait besoin d’un accessoire ou de faire passer un message à quelqu’un, c’étaient à eux qu’on s’adressait en priorité. Ils se rendaient donc utiles, même s’ils ne participaient pas aux représentations. Ils se sentaient mieux qu’ils ne l’avaient jamais été, à côtoyer des artistes, des clowns et des Pokémon qui étaient de surcroit tous sympathiques.

Ils passaient en outre beaucoup de temps en compagnie du Directeur ou de Lilith, qui n’hésitaient pas à leur demander leur avis sur les performances des artistes ou sur les idées qui fusaient dans tous les sens.

Un jour, cependant, alors qu’ils jouaient au ballon, Colin envoya accidentellement la balle sur le visage du Directeur, faisant tomber la capuche. Le Directeur tenta de cacher tant bien que mal son visage, mais les enfants, curieux de nature, virent sa difformité. Ce fut une scène assez gênante à laquelle seule Lilith, Mr.Mime et Prinplouf assistèrent de loin. Lilith craignait qu’ils perdent la confiance des enfants, mais fut soulagée en voyant la petite Mélanie faire un câlin au Directeur, suivie par ses frères.

- C’est pas grave si t’es pas très beau, lui avait dit la petite. On t’aime quand même !
- Désolé pour le ballon… avait ajouté Colin. C’est à cause du vent…
- Ce n’est pas grave… Mais si vous voulez bien, cela restera notre petit secret à tous, vous êtes d’accord ?
- Oui !

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Quelques mois après cet épisode, un nouvel incident vint troubler le quotidien paisible de la Première Troupe. Un homme, qui avait assisté à la représentation, était resté après que tout le monde soit parti, en exigeant de voir le Responsable. Lorsque le Directeur et Lilith arrivèrent, l’homme paraissait furieux.

- Ha enfin ! cracha-t-il. C’est pas trop tôt !
- Il y a eu un problème lors de la représentation, s’enquit Lilith, soucieuse.
- J’en ai rien à foutre de votre spectacle. Je veux récupérer ce qui m’appartient !
- Pardon, s’étonna le Directeur. Vous voulez être remboursé, vous voulez dire ?
- Nan, j’ai vu les gosses ! répondit sèchement l’homme. Ils sont à moi, leurs parents, les Crux, me devaient de la thune.

Un silence de tombe s’en suivit. Lilith vit que les enfants regardaient la scène, cachés dans les gradins, l’air terrifié. Elle jeta un regard froid sur l’homme.

- Les enfants ne sont pas une marchandise, dit Lilith.
- Rien à foutre, ma bonne dame, mais je vais envoyer les services sociaux ici, et je récupèrerai mon dû d’une façon ou d’une autre !
- Allez-vous fair…
- Je vais de ce pas vous les chercher, intervint le Directeur en tournant les talons, ce qui horrifia Lilith tandis que l’homme souriait d’un air satisfait.
- Je vois que vous êtes quelqu’un de raisonnable, dit-il en ricanant tandis que le Directeur s’éloignait, suivis par une Lilith offusquée.
- Tu ne vas quand même pas les laisser partir avec lui ? demanda Lilith tout bas à son amant.
- Va plutôt les faire sortir de là, murmura celui-ci. Discrètement, pendant que je vais chercher Estom et Mackogneur…

Lorsque le Directeur revint, l’homme parut surpris de voir que les enfants n’étaient pas là. Mais il n’eut pas le temps de dire quoique ce soit, puisque le Colosse l’attrapa par la tête avant qu’il ne puisse réagir et la fit exploser comme un raisin dans sa paume. Estom se chargea ensuite du nettoyage, avec énormément d’entrain. Les enfants et Lilith attendaient le Directeur en dehors du chapiteau. Ils étaient en larmes et se jetèrent dans les bras du Directeur qui les rassura. Jamais il ne les laisserait tomber, il en avait fait la promesse.

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Encore plus tard, un nouvel évènement vint ébranler la petite vie de la Première Troupe. C’était exactement un an après leur premier baiser. Le Directeur avait décidé de retourner sur les rives du lac Colère pour accueillir le public d’Acajou. Le soir de la représentation, il demanda à Lilith de le suivre tandis que les autres géraient le spectacle. Et c’est sur les rives du Lac qu’il l’a demanda en mariage. Ce que Lilith accepta directement, plus heureuse que jamais.

On fit une grande fête ce jour-là. Un prêtre malvoyant avait accepté d’unir les deux êtres, même si le Directeur gardait sa capuche lors de la Cérémonie. Les quatre orphelins apportèrent les alliances et les témoins furent Mackogneur et Manternel. Toute la Troupe applaudit quand ils s’échangèrent leur baiser, même s’ils ne pouvaient toujours pas voir le visage de leur patron. Puis l’après-midi se vécue dans la joie, avec des interventions de chaque membre humain. Mais le plus beau discours fut, sans conteste, celui de Prinplouf, qui avait perdu toute sa maladresse et s’exprimait parfaitement. Un grand festin fut organisé et on raconte qu’il y avait tellement à manger que même Estom put calmer sa faim.

Et puis, enfin, quelques semaines plus tard, Lilith annonça la grande nouvelle.

Elle était enceinte.

Posté à 11h00 le 02/12/17

Aspicot/Coconfort/Dardargnan ...
Merci croque!

Bon par contre, mon ordinateur refuse de me laisser aller sur ton lien... J'ai réussi à trouver l'image dont tu parle en tapant le nom de ton site sur google image, c'est bien de ça que tu parles ?



Si c'est le cas, tu saurai m'en dire plus sur de quoi il s'agit exactement comme chrysalide ? (n'ayant pas accès à ton site)

Posté à 20h35 le 30/11/17

Aspicot/Coconfort/Dardargnan ...
Mmmh, effectivement, il parait bien petit... selon la légende que j'avais trouvé, c'était bien le cas, mais je vais changer, ça prête à confusion. Merci de la remarque!

Posté à 22h31 le 29/11/17

Yanma/Yanmega ...
La famille de Yanma est inspirée de l'ordre des Odonata, plus connu sous le nom de Libellules. Cet ordre d'insecte est très ancien, et existait déjà au Carbonifère, c'est-à-dire il y a plus de 300 millions d'années!

Yanma semble particulièrement inspirée du Sympétrum à nervures rouges, ou Sympetrum fonscolombii pour les intimes. Ils partagent leur couleur rouge sur le corps.



Yanméga, en revanche, semble plutôt inspiré de la Meganeura, l'un des plus grands insectes ayant jamais existé. Cette espèce vivait au Carbonifère et pouvait atteindre jusque 70 cm! Il s'agit de l'ancêtre des plus grosses libellules actuelles.


Faudra se contenter d'un dessin, cette fois...


En connaissant cette inspiration, la manière d'évoluer de Yanma, qui demande l'apprentissage de l'attaque Pouvoir Antique, fait sens.

Posté à 21h39 le 29/11/17

Aspicot/Coconfort/Dardargnan ...
La famille d'Aspicot est inspirée de celle des Frelons et des Guêpes, qu'on regroupe dans la sous-famille des Vespinae.


Aspicot


Aspicot est caractérisé par son aiguillon sur la tête et son nez tout mimi (sisi)

Concernant le nez, on peut voir un petit lien avec la figure des larves des Frelon et guêpe, qui se colorise légèrement. On remarque aussi en illustration ses petites pattes toutes choupinettes. Cependant, il faut concéder que la ressemblance n'est pas évidente non plus.


Elle est pas mimi ma larve de Frelon asiatique?


Pour ce qui est de la corne, aucune espèce de la sous famille Vespinae n'en ai pourvu.

Il est possible néanmoins que ce soit inspirée de celle que porte la Chenille du Sphinx du Tilleul. Contrairement à celle d'Aspicot, celle-ci est inoffensive.


Encore des larves toutes mimi, des chenilles du Sphinx du Tilleul



Coconfort


Coconfort est quant à lui inspiré de la nymphe des Guêpes et Frelons. En effet, à ce stade, l'insecte ressemble à sa version adulte mise en position foetale version insecte. Une photo vaut parfois mieux qu'un long discours.


Nymphe de Frelon asiatique à différents stade de maturation


Il existe aussi une sacrée ressemblance avec les chrysalide des papillons du type Mechanitis.*


A noter qu'à la base, Coconfort n'avait pas des bras collés en permanence contre son corps. On se souvient tous des premiers artwork à son sujet, où ses bras pouvaient s'étendre. Et c'est même confirmé dans certains artwork !


Artwork de Ken Sugimori



Dardargnan


S'il n'était pas évident de trouver une espèce particulière à rapprocher à ses sous-évolutions, c'est légèrement plus simple avec Dardargnan.
Il semble que ce dernier soit inspiré du Frelon Géant, ou Vespa Mandarinia. Il s'agit de la plus grande espèce de Frelon, et l'une des plus dangereuses.


Vespa Mandarinia, à ne pas confondre avec une mandarine.


Il s'agit de l'insecte social le plus grand et le plus féroce. contrairement à la plupart de leurs cousin, ceux-ci chassent en groupe, ce qui rappellent les essaim de Dardargnan dans l'Animé (et notamment dans l'épisode 4! )

Il ne semble pas y avoir d'inspiration particulière supplémentaire pour la forme méga-évoluée. On a juste rajouté des dards...


*La proposition des chrysalide de Mechanitis est proposée par Croqueforme en commentaire.
Sources
Insectes-net.fr

Posté à 14h27 le 29/11/17

[Fiction] Le Cirque Madyapno ...

Le Tribunal du Ridicule



Blanche pesta. Alors qu’ils la cherchaient depuis si longtemps, un mur incandescent les séparait de leur petite fille. Les Mélancolux étaient là, au-dessus d’eux, presque immobiles et, derrière le feu, les enfants criaient à l’aide. Aussi la championne invoqua-t-elle son Ecrémeuh tandis que son mari faisait appel à Caratroc et Scarhino.

Camille avait reculé de plusieurs pas à cause des flammes qui l’avaient surprise. Elle appelait ses parents à l’aide, mais parvenait à peine à voir ce qui se passait derrière la barrière brûlante des Mélancolux.

- Camille ! l’appela Eve. Regarde !

La petite fille se retourna et suivit la direction du doigt que pointait Eve. Venant de sortir d’un petit bâtiment, en homme habillé en blanc et en rayures bleue, s’avançait vers eux. Il avait un sourire crispé et assez désagréable que Camille reconnut de suite. C’était le Glacier, l’homme qui, quelques jours auparavant, l’avait enfermée avec Eve dans sa camionnette. Il était accompagné de deux Sorboul et sa main droite semblait être gelée. Il marchait d’une manière assez étrange, comme s’il avait des talons et qu’il cherchait à garder son équilibre.

Camille déglutit. Elle regarda en direction d’Eve et de Tristan. Eux aussi ne semblaient pas rassurés par la présence du Glacier qui, bien qu’il s’agisse d’un humain, n’était clairement pas normal. Aussi, ni une ni deux, les enfants décidèrent de revenir sur leurs pas. Le plus vite possible.

De l’autre côté des flammes, Blanche et Hector commençaient tout juste à affronter les Mélancolux quand Blanche remarqua que les enfants n’étaient plus là, prévenant son mari et commençant un peu à paniquer.

- Essaye de les rejoindre, proposa Hector. Je vous retrouve quand je me serai débarrassé d’eux…
- Et comment je fais pour passer à travers le feu ? demanda vivement Blanche, de mauvaise humeur.
- Utilise Ecrémeuh, dit Hector. Si elle traverse avec Roulade, elle devrait faire un trou temporaire, si tu suis de près…
- Pas con… dit Blanche. Tu as entendu ?

Son Pokémon acquiesça et se mit en boule avant de commencer Roulade, son attaque fétiche. Blanche, quant à elle, se mit en position de course. Lorsque son Pokémon s’élança vers le mur, elle l’imita tout en essayant d’être la plus proche possible. La Roulade, comme l’avait pensé Hector, provoqua une petite faille dans laquelle s’engouffra Blanche en vitesse. A peine passait-elle que les flammes reprenaient leur place et léchaient les vêtements et la peau de Blanche. Elle tomba par terre, une vilaine brûlure sur le bras droit, mais elle avait franchi la barrière des Mélancolux. Sans plus se soucier d’elle, elle se mit à courir aux côtés de son Pokémon, elle aussi un peu brûlée, en apercevant au loin un homme poursuivre les enfants…

Hector, lui, était prêt à en découdre contre les Mélancolux. Il n’avait pas appelé Cizayox car celui-ci avait beaucoup de faiblesses face au feu. Aussi son choix s’était-il porté sur deux Pokémon qu’il utilisait moins souvent, mais qui avaient fait leurs preuves lors de ses combats en tant que membre du Conseil des 4 de Jotho.

Scarhino tenta d’atteindre les Mélancolux avec Balle Graine et Dard Nuée tandis que Caratroc utilisait Gyroballe. Mais les 4 Pokémon mystérieux se contentaient d’éviter les coups agilement, sans jamais répliquer contrairement à ce qui s’était passé durant leur dernier affrontement, quelques années auparavant. On aurait dit que leur seul but était de le ralentir. Pourtant, ils avaient à peine réagi quand Blanche était passée entre les flammes pour rejoindre les enfants.

Hector serra le poing. Ce combat commençait à l’agacer. Il n’avait aucune idée de ce qui se passait en même temps du côté des enfants. Il hésitait à faire appel à ses autres Pokémon et particulièrement à Cizayox pour en finir au plus vite.

Soudain, une nuée de Cornèbre sortit de nulle part et se mit à agresser les Mélancolux. Ceux-ci parurent surpris et, au contraire de leur attitude face à Hector, en firent rôtir plus d’un à coup de Feu d’Enfer. Mais leur nombre grandissant finit par les mettre en fuite.

Hector regarda les Mélancolux fuir les Cornèbre avec une expression d’incompréhension sur le visage. D’où pouvaient-ils bien sortir ? D’autres Cornèbres étaient restés sur place et se mettaient à attaquer Caratroc et Scarhino que leur dresseur rappela au plus vite dans leur Ball en comprenant ce qu’il se passait. Il allait se retourner pour voir d’où venaient les Oiseaux quand il se prit un coup violent sur la tête et qu’il tomba, assommé, par terre.

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Henry regardait toujours le bras artificiel que lui proposait le Directeur, silencieux. Il n’avait pas dit un seul mot et ce fut finalement le Directeur qui rompit le silence.

- Vous étiez prêt à sacrifier votre vie pour sauver votre fille. Notre affrontement vous aura coûté un bras. Je vous devais bien ça. Cependant, ne vous attendez pas à pouvoir utiliser des attaques, nous n’avons réussi cet exploit que sur un seul sujet et le procédé a quelques effets secondaires que je ne veux pas vous affliger.
- Pourquoi… balbutia Henry. Pourquoi je vous ferai confiance ?
- Allons, je vous offre une occasion unique de …
- VOUS AVEZ VIOLÉ MA FILLE ! Jamais je ne pourrai vous croire ! C’est un piège !

Le Directeur fixait Henry de ses 5 yeux disproportionnés. Son sourire avait disparu, même si le manque de peu et de chaire laissait quelques dents visibles. Le Monstre semblait étonné et même mécontent.

- Avez-vous… des preuves de ce que vous avancez ?
- Evidemment, vous avez kidnappé Marie et mon frère !
- Ont-ils raconté quoique ce soit concernant un éventuel attouchement ?
- Ils n’en ont pas gardé le souvenir, fort heureusement, dit Henry.
- Peut-être parce qu’il ne s’est jamais rien passé ?

Henry voulut répliquer mais se tut. Marie et Hector étaient allés plusieurs fois voir un psy après leur sauvetage, mais malgré tous ses efforts, on n’avait jamais rien su sur ce qu’il s’était passé exactement pendant leur captivité. Soudain, un détail lui revint à l’esprit.

- Hector se souvient du jour où vous l’avez capturé. Il s’est réveillé en face de vous, complètement nu. Vous allez dire quoi, que vous vouliez qu’il prenne son bain ?
- Non, dit le Directeur, apparemment embarrassé. Evidemment, sur ce point, les apparences jouent contre moi, puisque je l’ai hypnotisé d’une manière assez … violente sur le moment. Je comprends donc que la situation prête à confusion…
- Comment ça, « prête à confusion » ? Vous êtes un pervers sexuel, c’est tout !
- Non, dit le Directeur. Si Hector était nu à ce moment-là, c’est juste parce que je désirais l’habiller avec d’autres vêtements.
- Vous mentez, dit Henry. Je ne peux pas vous croire. Quand ils vous ont vu à travers la fenêtre du Monde des Morts de Spectra, ils ont tous les deux paniqués et se sont repliés sur eux-mêmes, effrayés. Ils perdaient leurs moyens ! Vous leur avez fait quelque chose de mal, et quoi d’autre si ce n’est un viol !
- Certes, dit le Directeur. Je leur ai fait subir quelque chose d’horrible, je le reconnais. Cependant, contrairement à ce que vous pensez, jamais je ne les ai …

Le Directeur fut subitement interrompu par deux coups sur une fenêtre. Les Mélancolux attendaient dehors et Dédain leur ouvrit avant qu’ils n’entrent. Le Directeur semblait perturbé par leur arrivée et ne prêtait plus attention à Henry.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda l’Hypnomade en regardant ses protégés.

Les Mélancolux se mirent à communiquer avec des gestes qu’Henry ne comprenaient pas mais qui ne laissaient évidemment pas le Directeur indifférent. Il semblait en colère et désemparé, ce qu’Henry prit comme une bonne nouvelle.

- On dirait que votre plan ne se passe pas comme prévu, dit le Pokéathlète avec une certaine satisfaction.
- Si j’étais vous, je ne ferai pas le fier. Il y a des gens que je ne veux pas voir mourir parmi vous, et vu comme c’est parti, un de mes agents a décidé de ne pas s’embarrasser de tels détails !

Il alluma un des écrans derrière lui et se mit à rechercher frénétiquement une pièce en changeant de caméra via sa télécommande avant de trouver ce qu’il cherchait. Ce qui s’affichait à l’écran saisit Henry d’effroi.

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Lorsqu’il reprit enfin connaissance, Hector crut qu’il était en plein dans un rêve très étrange, tant l’endroit où il se trouvait semblait surréaliste. Il était dans une pièce qui ressemblait fort à un Tribunal. Le membre du Conseil des 4 était assis sur le banc d’un des deux partis, à côté d’un mannequin sur lequel quelqu’un avait placé un masque semblable à celui de Mr Smile, mais affichant une mine sombre. En face d’eux, un autre mannequin occupait la place du juge, un marteau dans la main et un autre masque affichant une expression neutre. Hector tourna la tête et constata que la salle d’audience était pleine à craquer d’autres mannequins, ayant tous une expression amusée sur leur masque, mais aussi de Pokemon tels que Flagadoss, Noadkoko et Xatu. Partout dans la pièce, il y avait aussi des Cornèbre et l’un d’eux était juste à côté du faux juge. Enfin, derrière eux, une potence prête à l’usage trônait. C’est ensuite qu’Hector reconnut les lieux. Il était dans une des pièces que traversait le Cornèbre, une des attractions de Smiland ! Il était donc toujours dans le Parc, mais pourquoi diable se trouvait-il ici précisément ?

Lorsqu’il essaya de se lever, il remarqua qu’il avait été menotté et que ses jambes étaient solidement attachées au banc. Il essaya de se débattre, ce qui, à sa grande surprise, provoqua des rires dans toute la salle. Il se retourna tant bien que mal. Les mannequins s’étaient mis à bouger et semblaient se moquer de lui. Il commença à s’agiter à sa place et sentit soudain avec horreur que ses poches étaient vides ! Il n’avait plus ses Pokémon ! Soudain, trois coups de marteau se firent entendre et Hector regarda à nouveau devant lui. Le mannequin juge tenait fermement le marteau et son masque exprimait du mécontentement.

- Silence ou je fais évacuer la salle ! cria-t-il d’une grosse voix.

Les rires se stoppèrent subitement et les mannequins reprirent un air sérieux et se tinrent droit sur leurs bancs. Hector ne comprenait décidément rien à ce qu’il se passait.

- Si l’accusé daigne enfin se réveiller, nous allons pouvoir commencer le procès, reprit le juge.

Hector déglutit. La douleur à la tête lui disait qu’il ne s’agissait pas d’un rêve mais pourtant, comment expliquer ce qu’il se passait autour de lui ? Il regarda autour de lui et du bien se rendre à l’évidence que le mannequin parlait de lui en tant qu’accusé. Mais accusé de quoi ?

- Excusez-moi, dit-il timidement. Heu… puis-je savoir ce que je fais ici ?

Cette déclaration provoqua beaucoup de bruit derrière lui. Tous les mannequins s’étaient levés et s’étaient mis à huer et insulter Hector et le juge recommença avec son marteau.

- SILENCE, hurla-t-il, une expression enragée sur le visage. Alors comme ça, vous ignorez pourquoi vous vous trouvez devant moi ?
- He bien … oui, dit Hector, pas très rassuré. Je l’ignore…
- He bien, dans ce cas, nous allons demander à notre Accusateur de vous expliquer. Qu’on le fasse entrer !

Les portes au fond de la salle s’ouvrirent d’elles-mêmes aux mots du juge. Hector se retourna pour regarder qui entrait et n’en crut pas ses yeux.

L’Accusateur n’était pas un mannequin mais bien un homme, habillé tout en froufrou et en tenue extravagante. Il fit quelques petits pas de dance en entrant et se dirigea ensuite vers Hector. Son visage était, comme à son habitude, caché par un masque souriant à l’excès. Il se plaça juste devant le juge et le salua.

- Mr le Juge ! dit-il en s’inclinant.
- Maitre Smile, répondit celui-ci. Pourriez-vous expliquer à Mr Hector d’Ecorcia ce qui lui est reproché ?
- Parfaitement, monsieur le Juge ! dit Mr Smile en se retournant. Mais avant je crois que je dois quelques explications à notre accusé !

Hector regardait Mr Smile avec une expression de surprise et d’incompréhension. On leur avait pourtant affirmé que le gérant du Parc avait été retrouvé mort. Cela voulait-il dire que lui aussi, l’était ?

- Je vous croyais mort… dit Hector en redoutant la réponse.
- Ha un simple tour de passe-passe ! dit Mr Smile avec son entrain habituel. Voyez-vous, on m’avait demandé de me tenir à l’écart de la dernière opération de notre Patron. J’ai donc décidé de mettre en scène ma propre mort, mais avec un autre acteur principal ! Un de ces flics qui a échappé à l’infiltration de vos amis et de Morgue dans le commissariat ! Il m’a suffi de rendre son visage impossible à reconnaitre, puis de l’habiller comme moi et de mettre un de mes masques sur son visage avant de balancer le tout à la flotte. Vous voyez, un jeu d’enfant !
- Votre… patron ? dit Hector en se mordant les lèvres.
- Ha, c’est vrai, vous n’êtes surement pas encore au courant ! Voyez-vous, je dirigeais ce Parc avec une autre personne. Une de vos vieilles connaissances. Si je dis Hypnomade et Cirque vous me répondez ?
- Le Directeur ? s’écria subitement Hector, frappé d’effroi.
- Touché ! dit Smile en claquant des mains. Mais ce n’est pas lui qui m’a demandé de vous faire venir ici. Il aurait préféré que je vous laisse tranquille. Sauf que je ne suis pas d’accord…
- Pourquoi est-ce que vous m’avez emmené ici ? demanda Hector en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que vous me voulez ? Je pensais que vous…
- Que je quoi, Hector ? demanda Smile en se rapprochant. Que je vous appréciais, qu’on était amis à cause des deux fillettes ? Mais Hector ! Je vous HAIS !

Hector écarquilla des yeux. Qu’avait-il bien pu faire au patron du Parc pour qu’il éprouve de la haine envers lui ? Autour d’eux, les mannequins ne bougeaient plus. Leurs masques, même celui du juge, exprimait le même sourire exagéré que celui qui se trouvait sur celui de Smile.

- Qu’est-ce que je vous ai fait… ? demanda Hector en clignant des yeux.
- Vous ne me reconnaissez pas encore, pas vrai ? demanda Smile. Mais ce n’est pas grave, je vais rappeler les faits.

Il se mit à faire les cent pas dans l’espace qui séparait le banc des accusés du Juge. Hector le suivait des yeux, inquiet quant à savoir ce qu’on lui reprochait.

- C’était il y a quoi, quinze ans ? Vous étiez encore champion à l’époque, mais plus pour très longtemps. Fort de votre réputation de dresseur hors pair, vous avez tenté d’obtenir une promotion et avez donc passé votre candidature pour faire partie du Conseil des 4 du Plateau Indigo. Jusque-là, vous confirmez mes dires ?
- Oui, dit Hector en plissant des yeux. Mais je ne vois pas où vous voulez en ve…
- Seulement, si vous remplissiez toutes les conditions pour entrer dans le Conseil, celui-ci était déjà complet. Vous avez donc proposé un défi à Mademoiselle Marion, dite la Ténébreuse, une imminente membre du Conseil de l’époque. Cela consistait en un simple combat auquel les autres membres assistaient ! Si vous démontriez votre supériorité, alors le Maitre et le Conseil envisageraient peut-être de remplacer quelqu’un par vous.
- Oui, c’est ça, dit Hector. Mais qu’est-ce que …
- Vous avez donc combattu Marion ! l’interrompit à nouveau Smile en reprenant ses explications. Et vous l’avez littéralement humiliée ! Elle ne put rien faire face à vos Pokémon surentrainés ! Il faut dire que vous disposiez de l’avantage du type, aussi ! Marion subit une si écrasante défaite que Peter, le Maitre de l’époque a décidé de vous donner sa place !
- Ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé, dit Hector. Ce n‘a pas été si soudain et …
- Mais c’est comme ça qu’en ont parlé les magazines et les médias ! dit Smile en haussant le ton. « Une humiliante défaite », « La Ténébreuse écrasée », « Victoire d’un jeune sur son ainée » ! Voici les titres de l’époque !

En même temps qu’il évoquait les titres, un Cornèbre au-dessus d’Hector lâchait un journal qui atterrissait juste devant l’accusé, prouvant les dires de l’Accusateur qui continuait son discours, le visage toujours caché par un masque souriant.

- La pauvre Marion était humiliée, ridiculisée ! Les médias la harcelaient pour se foutre de sa tête sans aucune pitié ! Même dans la rue, les gens se moquaient d’elle, alors qu’ils n’avaient pas un gramme de son talent ! Elle est devenue dépressive et a finalement disparu de la circulation.
- Attendez, dit Hector en commençant à paniquer. C’est faux, elle a accepté la défaite quand…
- Peut-être sur le moment, dit Smile, agacé. Mais c’est à cause de VOUS qu’elle s’est recroquevillée sur elle-même ! C’est VOUS qui l’aviez ridiculisée ! C’est VOUS qui lui aviez volé son titre !
- Mais je ne pouvais pas savoir que les médias s’acharneraient sur elles ! se défendit Hector.
- S’acharner ! C’est bien la seule chose que les Médias ont fait ! Elle n’a été qu’un sujet de moquerie pendant 3 mois entiers ! Jusqu’à ce qu’elle n’en meurt !

Hector allait répliquer mais la déclaration de Smile le figea soudainement. Marion était morte ? Il n’en avait jamais rien su.

- Comment ça… qu’elle n’en meurt… ? demanda-t-il finalement Hector après un moment de silence. Vous venez de dire qu’elle avait juste … disparu de la circulation…
- C’est vrai, dit Smile d’une voix soudain plus calme. Elle s’était réfugiée chez moi, le seul ami qui lui était resté fidèle. Car voyez-vous, j’aimais Marion…

Autour d’eux, les mannequins affichaient un visage colérique sur leur masque. Seul celui du Juge affichait une autre expression, plus neutre. Le masque de Smile n’avait pas changé mais il serrait ses poings à l’évocation de ses souvenirs.

- On m’a toujours dit que le Ridicule ne tuait pas… Mais vous voulez que je vous dise ? Il n’y a rien de plus faux. Car c’est à cause du ridicule qui lui était tombé dessus qu’un jour, en revenant du boulot où je devais me coltiner votre présence si désagréable, je l’ai retrouvée, pendue au plafond…

Hector déglutit. Il n’avait jamais rien su de tout ça. Il ignorait que Marion s’était suicidée en partie à cause de lui. Mais cet homme, Smile, lui, le savait depuis toujours et était apparemment bien décidé à lui faire payer.

- Je pense maintenant que vous comprenez ce que vous faites ici ? dit Smile. J’ai caché la mort de Marion pour ne pas que les Média ne continuent à s’acharner sur elle comme un chien sur un vieil os. Mais j’ai démissionné dès le lendemain, ne pouvant plus supporté d’être en votre présence au Plateau Indigo.
- Vous voulez dire que … vous êtes …
- Clément, ancien membre du Conseil des 4, dit Smile en enlevant son masque en s’inclinant légèrement, dévoilant son vrai visage qu’Hector reconnut de suite malgré les années passées. Vous avez tué ma meilleure amie… et ce soir, je vais la venger !

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- Plus vite, Tristan ! criait Camille. Il va nous rattraper !

Poursuivis par le Glacier et ses Pokémon, les enfants revenaient sur leurs pas en vitesse. Le fait de s’éloigner un peu plus de ses parents enrageait presque Camille, mais ils n’avaient pas vraiment le choix. Même si elle ne l’avait pas compris ce jour-là, le Glacier avait déjà essayé de leur faire du mal, à elle et à Eve. Et comme pour le gigantesque Galeking, ils n’avaient d’autre choix que de fuir.

Le Glacier, pour une obscure raison, semblait avoir du mal à marcher. Cependant, les enfants, fatigués, ne parvenaient pas encore à le distancer. Soudain, Eve, qui menait la course, bifurqua en direction du Démanta.

- Où on va ? demanda Tristan en haletant.
- On a réussi à se débarrasser du gros tantôt, on devrait pouvoir faire pareil avec celui-ci ! Suivez-moi !

Traversant à toute vitesse l’espace dédié à la longue file d’attente de l’attraction, le Glacier sur les talons, les enfants couraient à en perdre haleine. Soudain, ils débarquèrent sur une plateforme en bois tournante, entourée d’eau.

- C’est un cul-de-sac ! cria Tristan avec un mouvement de recul. On est piégés !
- Mais non, patate ! répondit Camille. Il y a des bouées-bateaux !
- Hein ?
- La suivante ne devrait pas tarder à arriver, dit Eve en guettant le sens du courant. Enfin j’espère…
- Mais qu’est-ce qu’on va… commença Tristan avant d’être interrompu par le cri de victoire d’Eve en voyant arriver une des fameuses bouées, portée par le courant.
- En voilà une ! Dès qu’elle accoste ici, on se place dedans ! Il ne pourra pas nous attraper si on est dans une bouée !

Les proportions des bouées du Démanta avaient été pensées pour être dirigées par la plate-forme tournante un instant avant de repartir suivre le courant du parcours de l’attraction. Pendant cet instant, il était possible de monter dans la bouée, chacune ayant une capacité de 8 personnes maximum. Elles étaient ensuite conduites par le courant dans un parcours, s’entrechoquant parfois avec d’autres bouées ou avec une paroi, mais sans dommage pour les occupants autre que d’éventuelles éclaboussures. D’ailleurs, des centaines de Rémoraid vivaient dans l’eau et s’amusaient à mouiller les passagers. Mais à part ses agressions aquatiques assez mineures, les enfants y bénéficieraient d’une sécurité approximative. Au moins l’homme ne pourrait pas les attraper.

Encore fallait-il monter à l’intérieur, cependant. Aussi les enfants se tenaient-ils prêts à sauter quand, juste au moment où la bouée se collait à la plateforme de bois, le Glacier arrivait à son tour. Il se précipita pour les attraper, mais les enfants étaient déjà à l’intérieur. Il parvint néanmoins à se saisir de Tristan par le col avec sa main glacée. L’enfant hurla et donna un coup de coude qui déstabilisa le Glacier qui le lâcha. Il faillit tomber mais se rattrapa de justesse. Mais c’était déjà trop tard pour lui, car la bouée qui contenait les enfants commençait son tour et était hors de portée.

Camille eut un cri de joie tandis que Tristan s’asseyait bien fort contre un siège, haletant. Il avait bien cru qu’il allait y passer. Eve, quant à elle, semblait surtout soulagée. Camille se tourna vers leur agresseur et commença alors à le provoquer avec l’aide de Crikzik qui montrait son mécontentement.

- Hey, Mr Nigaud ! cria-t-elle. Tu nous attraperas pas ! Nananère !

Sur la plateforme de bois, les regardant s’éloigner, le Glacier continuait de sourire d’un air crispé. Soudain, il plongea sa main droite dans l’eau et ses Sorboul lancèrent des Laser Glace à la surface de l’eau.

En le voyant faire, Camille cessa immédiatement, saisie d’un mauvais pressentiment. Tout autour de la main du Glacier, la surface de l’eau gelait rapidement. Très rapidement. Tant et si bien que même si le courant du Démanta les emportait de plus en plus loin, la glace se rapprochait d’eux, bien plus vite qu’ils ne s’éloignaient. Elle déglutit sans dire un mot, pendant que les deux autres enfants, horrifiés, assistaient au même spectacle qu’elle.

Ils avaient à peine fait 30 mètres en bouée que la glace les rattrapaient, bloquant et piégeant leur embarcation. La glace continua de s’étendre 2 mètres autour de la bouée puis cessa son expansion. Les deux Sorboul s’étaient arrêtés et le Glacier s’était relevé. Même de loin, les enfants pouvaient voir son sourire crispé. Sans crainte, il mit un pied à la surface gelée du Démanta et, soudainement plus vif, il se mit à courir vers eux. Ou plutôt à patiner, car ses chaussures étaient équipées de lames. En le voyant ainsi fondre sur eux, sa main bleue prête à en saisir un par la gorge, les enfants crièrent de toute leur force, effrayés, désespérés.

Mais alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres d’eux, le Glacier reçu un coup surpuissant dans le dos, le faisant s’étaler contre la glace qu’il avait créé. La bouche en sang, il se releva pour voir à qui il devait ça et vit, sur la Plateforme de bois, une femme aux cheveux rose et au visage rougi par la colère et la haine.

- ESPECE D’ENFOIRE !!! cria Blanche. ROULE SUR SA TRONCHE DE DEGENERE, ECREMEUH !

Suivant les ordres de sa maitresse, le Pokémon qui roulait sur la glace fit demi-tour, se dirigeant à nouveau vers le Glacier. Celui-ci se releva rapidement et esquiva de justesse une nouvelle attaque, tout en patinant. Mais cette fois, il se dirigeait vers Blanche.

La Championne regardait le Glacier d’un air sombre, les poings serrés. Elle savait que, même s’il était rapide sur la glace, il l’était moins que son Pokémon, qui s’apprêtait à recommencer. Il n’aurait pas le temps de l’atteindre. Cependant, elle remarqua que les deux Sorboul se dirigeaient vers les enfants pour prendre le relai de leur maitre.

- Ecrémeuh ! cria-t-elle précipitamment. Débarrasse toi d’abord d’eux !

Ecrémeuh freina et, suivant les consignes de sa dresseuse, recommença sa course rotative vers les deux Pokémon qui se rapprochaient dangereusement des enfants, laissant sa maitresse se débrouiller seule face à l’homme à la main de glace.

Celui-ci, patinant à toute allure, arrivait désormais à sa hauteur. Subitement, il leva une jambe et donna un puissant coup de lame à Blanche en se servant de ses patins. Celle-ci, surprise, n’eut pas le temps de reculer assez et subit l’attaque en au ventre. Elle commençait à saigner légèrement et y mit sa main comme pour freiner l’hémorragie tandis que Glacier se préparait à lui donner un coup de Poinglace.

Mais la Championne de Doublonville se jeta sur lui avant qu’il ne puisse la toucher et le poussa contre la glace. Il tomba violement sur le dos et c’est Blanche qui, assise sur lui, l’accabla de coup sous la colère.

Soudain, alors qu’elle se déchainait, son poing fut brusquement arrêté par la forte poigne glacée de sa victime. Serrant fort son poignet, le Glacier tentait de se relever, la fixant avec son éternel sourire crispé. Blanche tentait tant bien que mal de résister mais il avait décidément une bien forte poigne.

- Vas-y maman ! entendit-elle soudain d’un peu plus loin. Botte lui les fesses !

Il n’en fallait pas plus comme encouragement pour donner une idée à Blanche. Au lieu de résister au Glacier, elle tira son bras maintenu en arrière, entrainant le glacier en avant, surpris. Et sans attendre, elle lui donna un coup de boule fracassant. Le choc fit lâcher prise au Glacier et il retomba allongé sur la glace, avec un sourire quelque peu différent, puisqu’il manquait désormais deux dents.

Ainsi libérée, Blanche se releva et courut vers les enfants. Les deux Sorboul avaient été rapidement mis hors d’état de nuire par Ecrémeuh et les enfants sortaient prudemment de la bouée. Le sol glissait légèrement, mais il semblait aussi assez solide pour marcher dessus. La Championne, en pleur, se jeta sur les enfants et les attrapa tous les trois dans ses bras, les étreignant.

- Tout va bien, balbutia-t-elle en sentant les larmes couler de ses yeux sous l’émotion. On ne vous fera plus de mal… jamais … Je suis là…
- Maman…, dit Camille en serrant sa mère encore plus et en commençant à pleurer elle aussi.

Tristan lui aussi étaient en larmes, mais de soulagement cette fois. Toute cette terreur allait peut-être se terminer maintenant… Même Eve s’était mise à pleurer, un sourire ému au visage. Ecrémeuh, quant à elle, roulait à toute vitesse vers le Glacier.

Celui-ci venait à peine de se relever, encore un peu chamboulé par le coup de tête de Blanche. Il regarda devant lui, voyant le Pokémon foncer droit dans sa direction, mais aussi les enfants rassemblés près de Blanche qui les serrait dans ses bras comme si elle n’avait plus vu sa fille depuis des siècles. Alors, pour la première fois depuis l’explosion qui lui avait couté une main et bloqué les os de la mâchoire, et peut-être à cause du choc qu’il venait d’encaisser, son sourire sembla plus paisible. Il avait réussi à accomplir son ultime mission.

Il ne chercha pas à esquiver la Roulade d’Ecrémeuh qui le propulsa dans les airs. Il tomba un peu plus loin, près de la plateforme de bois, mais là où rien n’avait gelé. Il s’enfonça dans l’eau, attirant l’attention des Rémoraid qui s’approchèrent. Il les vit attendre une réaction de sa part avant de fermer les yeux, une bonne fois pour toute. Tout était enfin terminé pour lui, désormais.

La mort du Glacier se déroula dans une quasi indifférence de la part des enfants et de Blanche qui étaient encore trop occupés à pleurer de joie. Blanche prit la tête de Camille entre ses deux mains et lui embrassa le front.

- J’ai eu si peur de te perdre… lui dit-elle. Mais maintenant, plus rien ne nous séparera…

Puis elle regarda les deux autres enfants. Tristan d’abord à qui elle lui adressa un regard qui voulait lui redonner courage, puis passa à Eve. Elle s’attarda un peu à la regarder, puis embrassa aussi son front et se releva en se tenant le ventre.

- Maman, tu saignes ? demanda Camille, inquiète.
- Ne t’inquiète pas, dit Blanche. Ça picote un peu, mais c’est pas très profond, je n’ai qu’à appuyer pour le moment. Allez, les filles, on va retrouver papa ! Tu viens aussi Tristan !

Et sans plus se soucier du Glacier, ils quittèrent ensemble le Démanta, accompagnés d’Ecrémeuh.

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- Ecoutez, je suis vraiment désolé pour ce qui est arrivé, lança précipitamment Hector. Je ne savais pas … je ne pouvais pas savoir !
- Votre excuse est aussi ridicule que ce Tribunal, susurra Smile, désormais à visage découvert. Être désolé, ça nous fait une belle jambe ! Ce n’est pas ça qui la fera revenir !
- Peut-être, admit Hector. Mais me tuer ne changera rien à la situation…
- Au contraire ! s’exclama Clément en levant les bras. Puisque j’aurai enfin justice après toutes ces années !
- Ce n’est pas une vraie justice…
- Evidemment, puisque la vôtre aurait étouffé l’affaire et ne l’aurais jamais fait passé devant un Tribunal ! Mais ce soir, le juge, l’avocat, l’accusateur, c’est MOI !
- Vous ne pouvez pas … dit Hector, de plus en plus angoissé.
- Ho, je vais me gêner ! l’interrompit Smile en se retournant. Mr le Juge ? Toute cette mascarade a assez duré !
- Je suis d’accord avec vous, Maitre Smile, répondit le Juge qui s’anima soudain, un visage sérieux sur le masque.
- Attendez, je n’ai donc pas le droit de me défendre ?! s’exclama Hector en essayant de se lever.
- A quoi bon, puisque tout ce que vous pourrez dire ne changera rien, dit Smile. Mr le Juge, j’attends votre décision.
- Bien, reprit le Juge. Dans ce cas et en vue des différents éléments apportés, je condamne l’accusé, Hector d’Ecorcia, à la pendaison jusqu’à ce que mort s’en suive.

Et il frappa un coup avec son marteau avant de tomber en arrière, comme s’il n’était plus maintenu par une force invisible. Hector regardait vers le mannequin qui venait de le condamner avec incompréhension. C’est en voyant le Cornèbre, qui n’avait pas quitté le juge, s’envoler qu’il comprit que c’était le Pokémon qui avait parlé, depuis le début. Les Cornèbres avaient en effet ce don particulier de reproduire le langage humain si on lui apprenait des phrases en particulier, à l’instar de Pijako. Puis, en se retournant et en voyant les autres mannequins se lever et se diriger vers lui en riant, il comprit aussi que les Pokémon Psy de Clément, qu’il avait aperçu au fond de la salle, devait jouer un rôle dans la manipulation du public.

- C’est ridicule, dit Hector dans un souffle. Obtenir justice en se créant soi-même un public …
- Certes, dit Smile. Mais après tout, je suis aussi là pour démontrer que le Ridicule est un meurtrier en puissance ! Et puis au final, c’est efficace !

Et à peine disait-il cela que quatre mannequins se saisirent d’Hector tandis qu’un Cornèbre défaisait ses liens. A peine libéré, le condamné à mort commença à se débattre, mais sans parvenir à quoique ce soit, si ce n’était accentuer les rires qu’il savait désormais venir des Cornèbre. Clément, le visage dépourvu d’artifice, souriait, à l’instar de son masque. Mais si ce dernier exprimait une bonne humeur excessive, le visage du directeur du Parc montrait toute la satisfaction, mêlée à de la folie accumulée depuis plus de 10 ans.

- Lâchez-moi ! criait Hector en paniquant et en essayant d’échapper aux mannequins. Lâchez-moi !
- Regardez-vous, dit Clément en ricanant. Vous êtes vraiment ridicule. Tous vos efforts sont inutiles !

Le faux public rapprochait Hector de la potence du fond de la salle, lentement, mais surement. Malgré tous ses efforts, il était incapable de se défendre. Si seulement il avait eu ses Pokémon… Si seulement il n’avait pas été séparé de Blanche… Si seulement sa fille n’avait pas été enlevée… Son cœur bondissait dans sa poitrine, une dernière fois avant de s’arrêter pour toujours. Il était maintenant juste devant la corde, son regard étant comme attiré par le nœud mortel qui n’attendait que lui…

- C’est terminé, maintenant, dit Smile. Adieu, Hector !

Mais alors qu’un mannequin allait lui passer le nœud autour du cou, celui-ci le relâcha et tomba comme une poupée de chiffon. Tout autour, d’autres mannequins l’imitaient et Hector était presque libre lorsqu’il vit Cisayox et Ecrémeuh mettre à terre le second Xatu de Clément. Celui-ci n’avait pas compris ce qu’il se passait et son visage afficha soudain une expression de colère et de haine en remarquant les intrus.

- Non… NON ! Pas maintenant ! cria-t-il. J’ai attendu ce moment depuis trop longtemps ! Je ne laisserai personne se mettre sur mon chemin !
- He ben pourtant, t’as pas le choix ! lui répondit Blanche, qui se tenait devant la fenêtre par laquelle elle était entrée. Parce que je laisserai personne tuer mon mari !

Aussitôt disait-elle cela que Noadkoko était mis KO par une Plaie-Croix de Cisayox et que Flagadoss était envoyé promené par Ecrémeuh. C’est ainsi que les derniers mannequins tombèrent, libérant Hector qui tomba sur les genoux en haletant. Mais Smile n’avait pas dit son dernier mot et c’est lui qui attrapa le condamné par le col.

- Retenez-les ! cria-t-il aux Cornèbre qui obéirent en fondant vers les intrus.
- Lâchez-moi ! répétait Hector en se débattant.
- C’est peut-être mieux comme ça ! lui murmura Smile. Comme ça, je vous aurais véritablement tué de mes mains !

Smile tentait de diriger la tête d’Hector vers la corde, mais celui-ci n’était pas prêt à se laisser faire et gesticulait brutalement pour l’éviter. Pendant ce temps, les oiseaux harcelaient de Picore Ecrémeuh et Cizayox. Blanche, quant à elle, se jeta subitement dans la nuée de Pokémon, qui l’ignora totalement, attrapa le marteau du juge, puis courut en direction de son mari tout en hurlant.

- CREEEEEEVE !

Clément tourna son regard vers Blanche juste au moment où celle-ci lui assenait un violent coup de marteau sur la tête. Il lâcha Hector et, dans un soupire, tomba face contre terre, juste à côté de son masque.

Subitement, les Cornèbre cessèrent d’attaquer et quittèrent le bâtiment par les fenêtres, comme paniqués. Cizyaox et Ecrémeuh se relâchèrent en soupirant eux aussi et s’approchèrent de leurs dresseurs.

Blanche tenait son mari dans ses bras. Celui-ci en avait les larmes aux yeux, conscient d’être passé à quelques centimètres de la mort. Il reprenait peu à peu sa respiration.

- Ne me fais plus jamais un coup pareil, dit Blanche. Je préférerai encore que tu partes avec une autre femme…
- Pourquoi je quitterai une femme aussi formidable que toi ? demanda-t-il. Comment as-tu fais pour me retrouver ?
- Je suis revenue là où on s’était séparés et on a retrouvé tes Pokéball. Puis les enfants ont trouvé des plumes de Cornèbre et on a décidé de suivre la piste…
- Les enfants ? Tu veux dire que …
- Oui, je les ai sauvés, dit Blanche. Viens, je leur ai dit de m’attendre en sécurité.

Main dans la main, le couple quitta la salle du Tribunal par la fenêtre empruntée par Blanche et, à force de quelques acrobaties, descendirent sur le plancher des vaches, laissant Smile seul avec ses Pokémon KO et tous ses mannequins.

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Le Directeur poussa un soupir de soulagement. Ils avaient assisté au sauvetage d’Hector par Blanche qui était arrivée de justesse. Henry tenait sa tête dans les mains, rassuré. Il avait assisté à toute la mise en scène de Smile. Dédain et les Mélancolux avaient été envoyés sur place, mais le Cornèbre était une attraction fort éloignée de l’endroit où ils se trouvaient. Aussi le Directeur prit-il un talkie-walkie pour enfant et l’alluma pour prévenir ses agents.

- Smile a été éliminé, dit le Directeur dans l’appareil.
- Compris, répondit la voix de Dédain entre deux grésillement. Quels sont les ordres ?
- Tu sais de quoi j’ai encore besoin, je crois ?
- Compris, on s’en occupe.
- Allez d’abord chercher Mistigrix pour vous aider.
- Bien reçu.

L’Hypnomade déposa le talkie-walkie sur son bureau et poussa un nouveau soupir.

- C’est dommage, j’appréciais beaucoup Smile… Après tout, il était un peu comme vous et moi…

Henry le regardait avec de plus en plus d’incompréhension. Ils avaient tous les deux espéré voir Hector survivre, mais cela ne ressemblait guère à l’ennemi intraitable et manipulateur qu’il avait connu autrefois.

- Pourquoi voulez-vous que mon frère survive ? demanda-t-il enfin.
- C’est en rapport avec Eve, dit le Directeur.

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Hector et Blanche s’avançaient vers les buissons lorsque deux petites filles en sortirent, toutes joyeuses, pour se précipiter vers le membre du Conseil des 4. L’homme sourit et les étreignit dans ses bras tandis que Tristan sortait à son tour, un peu gêné, mais content. Soudain, une idée frappa le Maitre des insectes comme un coup de couteau. Si Smile était impliqué dans l’histoire, alors Eve… Horrifié, il tourna lentement son visage vers l’enfant et la fixa dans les yeux. La petite fille souriait, comme si c’était le plus beau jour de sa vie.

- Dis Papa, demanda-t-elle. On va sortir du Parc, maintenant ?
- Mais bien sûr ma chérie ! dit-il en retrouvant subitement le sourire et en la serrant fort contre lui avec Camille, provoquant le désappointement de Crikzik entre les deux. On va vous mettre en sécurité, c’est notre priorité !

Mais Camille se dégagea de l’étreinte de son père. Son visage étonné faisait des va-et-vient d’Eve à son père, qui la regardait avec un air tout aussi surpris.

- Comment ça… papa ? répéta-t-elle. T’es aussi le papa d’Eve… ?
- Bien sûr, dit Hector en rigolant. Et Blanche est sa maman, puisque vous êtes sœurs !
- Quoi ? répondit Camille. Mais …

Elle regarda sa mère. Elle semblait inquiète pour sa fille.

- Tu dois être fatiguée, dit Blanche. Tu ne nous reconnais plus ou quoi ?
- Mais … bafouilla Camille.

Son regard se tourna vers Eve. Celle-ci la regardait avec une expression tout-à-fait différente. Un sourire confiant. Une expression de victoire. Soudain mal à l’aise, Camille fit deux pas en arrière.

- J’ai pas de sœur… dit Camille… C’est pas vrai…
- Camille… dit Hector d’un air inquiet.
- J’AI PAS DE SŒUR !

Et sans attendre plus longtemps, Crikzik dans les bras, elle se retourna et se mit à courir le plus vite possible en pleurant, poursuivie par ses parents qui criait son nom.

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- Votre QUOI ? s’exclama Henry à l’annonce du Directeur.
- Ma fille, répéta celui-ci. C’est la première chose que j’ai demandé au Professeur Nessmad. Un enfant humain qui porterait une partie de mon patrimoine génétique. Après tout, j’ai du sang humain dans les veines, non ?
- Heureusement qu’elle ne vous ressemble pas trop …, dit Henry qui en revenait toujours pas.
- Et pourtant, elle a le même don d’Hypnose que moi, en plus puissant néanmoins. Elle n’a pas besoin de Pendule, ses yeux seuls agissent dans le procédé.
- Mais … pourquoi… Pourquoi vous avez fait ça ? Vous êtes un gros malade !
- Si vous connaissiez mon passé, alors peut-être que vous comprendriez pourquoi je fais tout ça, pourquoi je vais jusqu’à défier des Dieux, pourquoi je voulais un enfant à moi…
- J’ai du mal à imaginer ce qui pourrait justifier de telles choses… dit Henry, le regard sombre.
- Alors laissez-moi vous raconter comment une seule mauvaise journée peut changer la vie d’un être vivant…

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Désormais seul dans la salle du Tribunal du Cornèbre, Clément, alias Mr Smile, était assis au pied de la Potence, son masque souriant en main. Il fixait ce sourire exagéré tout en pleurant. Tout autour de lui, des dizaines de mannequins gisaient par terre, comme une simulation d’accident. Ses Pokémon étaient inconscients, peut-être morts, non loin de lui. Au fond, le mannequin Juge semblait avoir récupéré son marteau, que l’homme lui-même lui avait remis en main après l’avoir ramassé près de la fenêtre et avant de revenir récupérer son masque.

- Toute ma vie, ils m’ont répété que le Ridicule ne tuait pas… dit-il à lui-même. Le Ridicule ne tue pas… Le Ridicule ne tue pas…

Tout en répétant toujours la même phrase, il se redressa et posa le masque sur son visage avant de tourner la tête vers le nœud de la potence, qui attendait toujours.

- Le ridicule ne tue pas… dit-il en passant la corde autour de son cou. Il ne tue pas !

A peine eut-il posé la tête contre la corde qu’une trappe sous ses pieds se dérobait et que son corps tombait, retenu par la corde. Sous l’agitation du corps qui gesticulait une dernière fois comme dans une tentative désespérée d’échapper à la mort, le masque tomba. Il n’y avait plus aucune trace de sourire sur le morceau de plastique. Juste une un visage défait et triste. La dernière chose que Smile entendit avant d’expirer fut un coup de marteau dans le fond de la pièce. Trois Cornèbre ayant assisté à la scène se posèrent sur l’épaule de l’Accusateur et commencèrent alors à se nourrir du cadavre encore frais de leur ancien maître.